22/05/2008

NosTRAMgie

59282326.jpgLa nostalgie ravit votre âme, sans crier gare, comme un voleur à la tire. Une banale sensation vous frôle et vous voilà subtilisé.

Pour le Plouc, c’est le tram qui est le moteur de ce transport individuel.


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La nostalgie ravit votre âme, sans crier gare, comme un voleur à la tire. Une banale sensation vous frôle et vous voilà subtilisé. Pour le Plouc, c’est le tram qui est le moteur de ce transport individuel. Petit, il aurait donné les plus fumantes locomotives pour le traclet de la ligne 12 qui, plein d’arthrites dans les essieux, grimpait comme il le pouvait, la route de Chêne vers Grange-Canal*. Son côté massif de crocodile obèse et édenté avait quelque chose d’attendrissant et même de rassurant. Une sorte de nounours en tôle.
D’autres trams ont déboulé dans les rues de Genève, plus élancés, tout aussi fascinants mais pour des raisons différentes: c’était la modernité enthousiasmante et pleine de promesses radieuses qui glissait ainsi de Moilesullaz (prononcez: «moite-sulle») à Carouge.
Pour le Plouc, le tram est donc lié à Genève de façon encore plus serrée que le Grand Crachat de la Rade et le gratin de cardons à la moelle.

Expédié à Paris, le voilà qui retrouve le tram. Mais ces retrouvailles se révèlent plutôt troublantes. Ce n’est pas de la déception. Non… C’est un autre sentiment, confus et assorti d’une pointe d’agacement, comme lorsque la femme de ménage a placé à gauche la pile de paperasse qui doit absolument rester à droite. Pour le Plouc, Paris, c’est le métro. Voire le bus si l’on n’est pas trop pressé. Mais pas le tram. Le tram, c’est Genève. Point.
C’est donc avec une certaine réticence teintée d’appréhension qu’il est monté dans le T3 qui relie la Porte d’Ivry, emprunte le Sud des Maréchaux (ces boulevards qui ceinturent Paris et arborent le nom des compagnons d’arme de Napoléon Ier) pour parvenir au Pont du Garigliano. L’intérieur du tramway ressemble à celui des véhicules de la ligne 13 ou 12. Le bruit chuintant, l’odeur même, tout rappelle les TPG et rien n’évoque la RATP. Si bien que perdu dans ses pensées, le Plouc croit se trouver place des Augustins. Mais c’est la Porte de Vanves qui s’ouvre devant lui.1538602241.jpg

 

Au retour, Le Plouc reprend ses vieilles habitudes: regarder du côté des montagnes pour se repérer dans la ville. Ses yeux cherchent en vain à saisir le Salève et ne s’arrêtent que sur les gratte-ciel de l’avenue de Choisy. Petit coup au cœur. On appelle ça le mal du pays. De retour à Genève, c’est sûr, Le Plouc aura la nostalgie du métro.


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris


*Pour les a-lémaniques (c’est-à-dire, les malheureux qui sont privés de Léman), la chose se situe à Genève.

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