16/05/2008

Comment ça marche, une manif?

876126153.jpgTout d’abord, une manif, ça marche beaucoup. Jeudi 15 mai, celle des fonctionnaires et lycéens – opposés à la suppression de postes dans la fonction publique – a déroulé ses quelque 30 000 participants* sur six kilomètres à Paris de la place d’Italie à République en passant par la Bastille. Mais pour assurer son reportage, le Plouc en a parcouru bien plus, remontant vers la tête, puis redescendant vers la queue et ainsi de suite, comme un berger des Pyrénées surveillant son troupeau.


Ce qui frappe d’emblée – non, pas à coups de matraque! – c’est le caractère festif du cortège. Chaque syndicat se signale, soit par une montgolfière colorée, soit par des grappes de ballons tout aussi multicolores. Plusieurs organisations disposent d’un camion avec pont ouvert sur lequel d’énormes enceintes vont diffuse2045230119.jpgr alternativement slogans, chants révolutionnaires et musique techno. Une vraie «protest’parade», avec animateurs et disques-jockeys!


Parmi les tubes les plus prisés, citons celui-ci qui revient comme un répons à la messe: «Darcos, si tu savais, ta réforme, ta réforme… Darcos, si tu savais, ta réforme où on s’la met». C’est pratique, dès qu’un nouveau ministre de l’éducation nationale est mis en place, vous changez le nom et vous gardez la chanson.
Il y a aussi la «Samba du gouvernement»: plusieurs rangées de lycéens se forment en se tenant par les épaules et effectuent dans un bel ensemble deux sautillements en avant et trois en arrière en chantant: «Deux pas en avant, trois pas en arriè… re, c’est la politique du gouvernement».
Les plus anciens éprouveront un haut-le-cœur en entendant parmi les flons-flons et les cris, le «Chant des partisans» en version reggae. Ses auteurs, Joseph Kessel et Maurice Druon, auraient été bien étonnés si on leur avait dit que soixante ans après l’avoir écrite dans un mess des officiers de la France Libre en Angleterre, leur œuvre était scandée par un grand diable en dredd-locks se trémoussant sur un camion au milieu de la foule!

1072281357.JPGUn tel remue-peuple vous donne faim et soif. Pas de souci. Tout est prévu. Des camionnettes aux flancs ouverts proposent kebabs, des brochettes, Coca et autres denrées de première nécessité dans les fumées des friteuses. Dès que la queue passe devant les kebabiers, hop, ils replient leur matos, remontent dans leur camionnette et se faufilent un  peu plus loin.


Ces images «bon enfant» ne doivent pas faire oublier la méthodique organisation des services d’ordre. Traditionnellement, des clans opposés du 9 – 3 et du 9-4 (départements de la banlieue parisienne en ébullition chronique) choisissent les grands rassemblements – politiques ou sportifs – pour régler leurs comptes. Il faut constamment parer à ce danger. Les syndicats disposent de leurs propres troupes aguerries. Et qui – très discrètement – n’hésitent pas à se coordonner avec les forces de gendarmerie et de police, comme le Plouc a pu le constater place de la République. Le slogan soixante-huitard «CRS = SS» est tombé en désuétude.

Chez les lycéens, les vrais patrons des services d’ordre sont des… patronnes! Les filles se montrent, en effet, omniprésentes en tête des cortèges. Ce sont elles qui dirigent les manœuvres, envoient leurs costauds à tel endroit, les en retirent lorsqu’elles le jugent utile. Et les costauds leur obéissent, le petit doigt sur la bande Adidas de leur survêt’.
A ce propos, le Plouc a vécu une scène tout à fait éclairante. La manif est officiellement terminée à République. Mais plusieurs groupes demeurent sur place en profitant des ultimes instants libres de bagnoles. C’est à ce moment-là que les bagarres interviennent le plus souvent. Et ça n’a pas manqué. Deux clans font les coqs en se provoquant. Les filles prennent conscience de la menace en envoyant leurs costauds les plus balèzes mais aussi les plus calmes. Ces derniers séparent habilement les deux clans et les poussent, l’air de rien vers les policiers. Coincés entre deux barrières d’armoires à glace, les perturbateurs préfèrent s’éclipser.
Mais quelques membres du service d’ordre des lycéens, plus excités, ont voulu se mêler au début de bagarre. Aussitôt, les filles ont sauté en bas de leur camion pour s’interposer et engueuler leurs camarades: «Idris, tu retournes au camion. Fissa!» Et Idris est retourné au camion. 1936647618.jpgFissa.
 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris


*Estimation établie en fonction des annonces diverses et contradictoires par l’IPPP (Institut Pifométrique Personnel du Plouc)

11:07 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |

Commentaires

"Des camionnettes aux flancs ouverts[...] dans les fumées", qu'en disent les écolos ?

"Coincés entre deux barrières d’armoires à glace, les perturbateurs préfèrent s’éclipser."
quelle lâcheté...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 16/05/2008

Vive les filles !

Écrit par : Géo | 16/05/2008

Cela s'appelle "une journée d'action". Les autres journées sont des journées d'inaction`!!!

Écrit par : Octave Vairgebel | 16/05/2008

" Les autres journées sont des journées d'inaction"

Venant d'un rentier, c'est asser cocasse.

Écrit par : Dji | 16/05/2008

Et non, pas rentier mais toujours actif, pas branleur comme certains !!

Écrit par : Octave Vairgebel | 16/05/2008

Bonheur de faire un petit tour à Paname grâce à vous ...hors des chemins ... battus!
J'ai suivi de très près à Genève quant à moi la tentative du mouvement intersquatt d'occuper les
Glycines. Je m'étais même ramenée le mardi matin avec un sac de pomme pour le petit-déj. des occupants. Hélas la police m'avait précédée...
Ici aussi les filles sont en avant. Mais la prédominance n'existe pas encore!

Je reviendrai de temps en temps chez les Bobos avec le Plouc.
Merci!
D.M.

Écrit par : Mützenberg Denise | 19/05/2008

Thanks for sharing such a useful information, will be checking out more from yours.

Écrit par : vezbe za stomak | 23/01/2012

Les commentaires sont fermés.