04/05/2008

Faut-il tuer le mot «socialisme»

1894325202.jpgDéputé-maire de la ville d’Evry dans la région parisienne, Manuel Valls (45 ans) est l’  « éléphanteau » qui barrit le plus fort dans le marigot socialiste français. Il vient de publier un bouquin «Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche!» (éditeur : Robert Laffont) qui a le mérite de sortir le PS d’outre-Jura de sa torpeur idéologique. Certes, le propos n’a rien d’un texte doctrinal. Il s’agit d’un livre d’entretien (avec le journaliste Claude Askolovitch, du «Nouvel Observateur») qui préfère le raccourci saisissant à l’analyse fouillée. On attend toujours l’ouvrage de fond qui se consacrera à l’aggiornamento du socialisme démocratique vis-à-vis de la nouvelle donnée géopolitique imposée par la mondialisation. Et vu le niveau actuel du débat au sein de ce parti, il serait surprenant que cet ouvrage naisse dans le contexte du PS français.


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Mais ce «Pour en finir avec le vieux socialisme etc.» ne manque pas d’intérêt. Il met clairement en face de ses responsabilités, ce parti englué dans sa politique de compromis entre «éléphants» qui se voient déjà en haut de l’affiche élyséenne. Il en appelle moins à une refonte complète du parti que de la création d’une nouvelle grande formation de gauche démocrate, un peu comme en Italie, même si l’exemple est plutôt mal choisi compte tenu du désastre électoral subi récemment par le centre-gauche transalpin!

Manuel Valls (photo à gauche) veut que les socialistes se convertissent clairement – et non pas à reculons comme ils le font depuis l’ère mitterrandienne – aux vertus du libéralisme. C’est ce qu’on appelle en France le «blairisme». A injuste titre, car Blair ne fut pas ce libéral qu’encensent ou dénoncent – selon leurs positions partisanes – les hérauts de la classe politique française. Blair, au contraire, a remis en selle l’Etat dans la vie sociale britannique, sans pour autant revenir au vieux système des nationalisations.
Avec Manuel Valls, le PS aurait bien besoin d’une cure de libéralisme pour se purger de son discours qui retarde de plusieurs guerres sociales et l’adapter enfin à sa pratique qui est sociale-démocrate depuis décembre 1924, lorsque la minorité du Congrès de Tour a refusé de se fondre dans le Parti communiste. Cette distance vertigineuse entre discours et pratique a facilité le développement d’une conception hypocrite de la vie politique au sein de ce parti, ce qui peut – parfois - lui concilier des électeurs mais sape sa crédibilité à long terme.

Dans sa volonté – légitime – de tout flanquer par terre, Manuel Valls n’hésite pas à vouloir effacer le nom même de «socialisme» comme référence à ce parti – assez vague idéologiquement – qu’il appelle de ses vœux. Un détail, cette affaire de dénomination? «Après tout, qu’il se nomme, Chose ou Machin, peu importe. Pourvu que ce nouveau parti élabore une bonne politique», diront certains, plus soucieux d’efficacité que de sémantique.
 Erreur! Le contenu est lié au contenant. Essayez de boire un Haut Médoc dans un verre à Fendant et vous constaterez l’étroitesse des rapports entre fond et forme!

 Le titre que l’on choisit pour présenter un parti est tout sauf anodin. Il constitue sa «carte de visite» pour les électeurs-citoyens, sert de ciment à ses militants et, surtout, il le place dans une filiation historique. Sans cette filiation, un parti se trouve hors-sol. Or, pour croître, il a besoin de racines. Si elles sont trop envahissantes, le parti étouffe. Mais si elles sont absentes, le parti sombre dans la confusion.
Et de la confusion, le livre de Valls n’en manque pas. Ainsi veut-il transformer sa nouvelle formation de la gauche en «parti des entreprises». Que la gauche, lorsqu’elle est au pouvoir, aide à la promotion des PME comme l’a fait Blair (photo à droite), c’est fort bien vu, dans la mesure où ce sont surtout ces entreprises qui produisent, chez nous, des emplois. Mais les aider est une chose, en devenir le parti, en est une autre. Si cette nouvelle formation politique de gauche devient le «parti des entreprises», qui sera le parti de ceux qui travaillent dans les entreprises ? Car, la lutte des classes, si elle a changé de forme, n’a pas cessé d’exister pour autant. Les intérêts entre salariés et patrons peuvent parfois coïncider. Mais ils demeurent foncièrement divergents.381338815.jpg
Dès lors, si les travailleurs ne trouvent pas «leur parti» dans une formation de gauche de gouvernement, où iront-ils? A l’extrême gauche, pour certains, c’est-à-dire dans un lieu voué à l’opposition éternelle. Ou à l’extrême droite, en abandonnant les structures politiques qui les expriment en tant que travailleurs pour choisir des mouvements qui les expriment en tant membre d’une communauté nationale ou religieuse. Ce processus est d’ailleurs largement entamé dans de nombreux pays.


L’abandon du mot «socialisme» n’est pas sans conséquence, non seulement pour les PS mais pour toute la société. Le socialisme se définit traditionnellement par la socialisation des moyens de production. Ce sont des termes qui fleurent le XIXe siècle. Mais cette volonté de socialiser les richesses de l’activité humaine traverse, elle, les millénaires, sous des masques différents.
Le socialisme moderne consiste donc, non pas à se renier, mais à donner une forme politique nouvelle à cette volonté de socialiser les richesses à l’époque de la mondialisation.

 

Jean-Noël Cuénod

16:15 Publié dans Livres, Politique française | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

Commentaires

"Les intérêts entre salariés et patrons peuvent parfois coïncider. Mais ils demeurent foncièrement divergents."
Ceci n'est qu'une opinion de quelqu'un de gauche, et le "foncièrement divergents" reste à prouver: c'est à mon avis une expression complétement extrémiste. Les marxistes diraient que ces intérêts sont contradictoires.

Et tout le problème de l'information est là. Tout le personnel de tous les medias sont de gauche, enfin à 96 % en France parait-il. Quand donc les gens qui possèdent des journaux se rendront-ils enfin compte qu'un peu de diversité idéologique ne ferait pas de mal dans leur équipe rédactionnelle ?

Écrit par : Géo | 04/05/2008

@Géo

Comme le disait l'autre, vous dîtes quele 96% des employés des médias sont de gauches.
Il reste les 4% qui controlent ces-dit médias...

Écrit par : Luner | 05/05/2008

Comment expliquer alors que le PSS puisse être à la fois "parti socialiste suisse" et SP soit "sozial-demokratische Partei" en étant le même parti? M. Leyvrat n'est pourtant pas schizophrène...

Écrit par : Alex Dépraz | 06/05/2008

Un mot.
C'est une erreur d'opposer socialisme à capitalisme, une erreur qui conduit à un certain nombre de sottises. En revanche, le socialisme s'oppose à l'individualisme, la vision d'une société où les individus vivent en inter-dépendance s'oppose à une société du chacun pour soi et où, par un miracle auquel il est difficile de croire, l'intérêt général est la somme - exacte - des intérêts particuliers.

Si le PS français voulait bien tenir compte de ce fait, il ferait un grand pas vers quelque chose de positif (l'intérêt général des "travailleurs" n'est pas la somme des intérêts particuliers des élus socialistes), pour lui comme pour les autres.

RH

Écrit par : Régis Hulot | 21/11/2009

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Écrit par : Regal Palms Resort | 20/05/2011

Ahh, l'éternel "Les medias sont de gauches ..." ... c'est vrai qu'en France, quand on voit le traitement médiatique réservés aux grêves, on voit bien que les média sont de gauches.

Écrit par : djinius | 20/05/2011

Monsieur Cuéno.
pourriez-vous transmettre à TDG que je ne peux jamais commenter; à chaque fois j'en reviens à fausse I-D. Je voulais commenter sur la plaisanterie du jour: Les Sept milliards d'humains. Entre autre j'ai donné à votre journal le livre auto-biographique que j'ai écrit (Le Rescapé de la Bombe). Je n'ai eu aucune nouvelle. C'est le droit de TDG de ne pas l'avoir apprécié; mais alors pourquoi ne rien dire et ne pas renvoyer le livre...Merci pour votre coopération...
Jean-Claude Meslin Tel: +33 450 24 57 54

Écrit par : Jean-Claude Meslin | 31/10/2011

Il faut bien comprendre la triste mentalité qui règne dans la politique française depuis plusieurs décennies. Vals, comme tous les autres en n'a rien à fiche du peuple français. Ses seuls soucis: sa carrière et comment arriver au sommet.Chez tous nos politiciens et politiciennes, il n'y a aucune sincérité. Quand on met cela en évidence dans les médias-collabos français on est censuré.
Etant concerné pour ce que l'on va léguer aux générations futures, je n'hésite pas à agresser ces minables. Ce matin nos "têtes pensantes" se masturbent intellectuellement parce qu'il y a 7 milliards d'humains sur Terre et que la France produit le plus grand nombre de bébés en Europe. Il est difficile de savoir qui va être le Sept milliardième quand on ne sait pas combien il y aura de morts en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Yémen et sur les routes de France, aujourd'hui. On ferait mieux de s'intéresser au bonheur de tous les humains qui est possible si l'on cesse de gaspiller annuellement 1500 milliards $ pour notre auto-destruction et enrichir quelques milliers de salopards. il vaut mieux avoir 60 millions de français heureux que d'en avoir 80 millions dont la moitié sera des exclus. Ainsi quand on a tant de misère et d'inégalité, je préconise et demande à mon pays d'être l'exemple en exigeant qu'il n'y ait plus de milliardaires (fortunes, immobilier, tout compris ne pouvant dépasser 150 millions $. Tout le reste redonné aux trésors publics des états. Imaginez à quelle vitesse les médias "putains-collabos" d'Orange m'ont censuré...Voyons ce que va faire la Tribune de Genève? Jean-Claude Meslin

Écrit par : Jean-Claude Meslin | 31/10/2011

Les commentaires sont fermés.