30/04/2008

Mai 68, très mort et bien enterré

313924517.jpgMa blonde entends-tu dans la ville
Siffler les fabriques et les trains?
Allons au-devant de la vie
Allons au-devant du matin

 




                                                                                 

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Les grilles du cimetière médiatique se referment. En se retournant, on peut encore apercevoir la tombe de Mai 68 sous sa colline de fleurs et de gerbes. «Ce fut un bel enterrement». Ah certes, on n’a pas lésiné sur les faire-part! Chaque média a réservé une place de choix à cet exquis cadavre.En bon croque-mort, le Plouc y a participé de grand cœur.

Et pendant qu’il pondait ses papiers pour l’inévitable numéro spécial Mai 68, les souvenirs sont remontés. Les pancartes, les manifs, l’adrénaline, les vapeurs de lacrymogène, les coups de matraque, la hantise du panier-à-salade. Il regarde ses souvenirs comme ces vieilles photos de famille que l’on se repasse de main en main avant de mettre en terre le cher défunt. On n’est pas triste, non, on sourit. On n’a pas le temps de pleurer. Il y a tant à faire. Enterrer, c’est vraiment remuer ciel et terre.

Mais tout a une fin, même les plus interminables funérailles. Après l’excitation de la cérémonie, la machine à sanglots est prête à s’enclencher. Un rien suffit à la mettre en marche. Pour le Plouc, ce rien a pour forme cette vieille chanson qu’il chantait jadis avec ses camarades derrière les drapeaux rouges et noirs.

Ma blonde entends-tu dans la ville
Siffler les fabriques et les trains?
Allons au-devant de la vie
Allons au-devant du matin.

Elles sont un peu couillonnes ces paroles, dites-vous? Certes. Elles sont même franchement cucul-la-praline. Il s’agit du Chant des Auberges de Jeunesse créé au moment du Front Populaire en France sur la musique du compositeur soviétique Dmitri Chostakovitch. Mais sa fraîcheur, son entrain illustraient une époque où tous les rêves de fraternité étaient à portée de cœur. Alors, un chagrin que rien ne pouvait éteindre a jailli sans crier gare, sans faire de quartier. Douloureuse certitude que ce monde où les possibles étaient probables appartient désormais à la République Socialiste des idées défuntes.

Le mot Fraternité faisait vibrer les manifestants d’il y a quarante ans. Aujourd’hui, il fait ricaner. La Fraternité? A quoi peut-elle bien servir dans un univers où chacun est le concurrent de l’autre?

Le chagrin se transforme en rage. En rage contre soi-même. Parti pour la solidarité nous y avons ramené la cupidité. Tout cet espoir pour en arriver là, au triomphe de la consommation et de l’unique idéologie: il n’y a que le capitalisme qui vaille. Circulez, il n’y a rien à voir. Le pire, c’est qu’effectivement, il n’y a plus rien à voir.

En enterrant Mai 68, Le Plouc y a aussi enseveli ses vingt ans.285087039.jpg

 

Ma blonde entends-tu dans la ville
Siffler les fabriques et les trains?
Allons au-devant de la vie
Allons au-devant du matin.

 

PS: vous pouvez écouter cette chanson sur ce site Internet

http://www.chambre-claire.com/PAROLES/ma-blonde.htm

 

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Commentaires

Vous dites qu'il n'y a plus rien à voir?

Pas tout à fait. Avant de vous pendre par nostalgie d'une époque où tout était possible, je vous recommande quand même "la commémoration 68 façon jeunesse UMP". Puisque tant qu'à désespérer, faisons-le au moins avec un sourire cynique et moqueur pour ce quatuor qui ne mérite pas mieux :

http://www.dailymotion.com/video/x54hhj_40-ans-plus-tard-la-jeunesse-qui-bo_news

Écrit par : Sandro Minimo | 30/04/2008

Que d'illusions perdues! Tristesse et colère font rage dans ce monde désanchanté que la génération suivante. Mais vous avez de la chance d'avoir pu vivre de telle émotions, ce à l'époque des "30 Glorieues", seule période de répit pour l'humanité.

Les suivants n'auront vécu que désolations, manque de perspectives réelles, solitude malgré des engagements associatifs, le tout ... en voyant doubler la densité mondiale.

Il vous reste au moins des souvenirs de possibles.

Bien à vous!

Écrit par : Micheline Pace | 30/04/2008

Hé, Le Plouc, i’ faut pas désespérer comme ça !

D’accord, un enterrement, c’est pas vraiment la fête la plus marrante qu’on puisse imaginer. Anti soixantehuitard au possible comme idée, ca.

Mais, d’un autre coté, j’ai écouté « ta » chanson. Enfin j’ai essayé, parce que, malgré mes efforts, j’ai pas pu résister à plus d’un couplet. C’est pas seulement cul-cul-la-praline qu’elles sont les paroles. C’est un véritable encouragement à abandonner sa liberté de penser, le tout emballé dans une musique complètement daube.

Je me suis donc dit que, s’il fallait absolument en passer pas là pour épargner nos oreilles de cette musique pourrie, on devait finalement vous dire merci d’avoir supporté les lacrymos sur la tête.

Et puis, en réfléchissant un peu plus loin, c’est de la mauvaise musique ou de ce genre d’idéologie dont vous nous appris à nous méfier ?

AlainD

Écrit par : AlainD | 02/05/2008

Il est exceptionnelle votre blog, rapide, pratique, il l'aime bien, est ce que l'élaboration d'un tel blogging est gratuite ?

Écrit par : france honduras cote | 12/06/2014

Il est exceptionnelle votre blogging, prompte, pratique, on l'aime bien, est ce que la réalisation d'un comme blogging est gratuite ?

Écrit par : cote france honduras | 15/06/2014

Totalement gratuite!

Écrit par : Cuénod | 15/06/2014

On se retrouve en 2068 pour le centenaire. Mr Cuénod. On dit tant de mal sur cette époque, on la dénigre et on l'assassine, les Sarkozystes en premier, alors j'imagine que nous n'avions pas forcément tort de rêver à un idéal de paix et d'amour pour tous les êtres humains.

Écrit par : pachakmac | 15/06/2014

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