20/04/2008

Aimé Césaire et la lucidité nègre (1)

1029546798.jpgA Fort-de-France, le cercueil d’Aimé Césaire a parcouru les rues, les quartiers, accompagné par la ferveur du peuple en fête et en larmes. Cette poussée de sève populaire vaut tout les Panthéon et fait oublier les lamentables tentatives de récupérations ourdies par le Microcosme, de Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy. Récupérations que nous répugnons à qualifier de «politiques». Car il y a dans ce mot «politique» une noblesse oubliée certes, mais vivace lorsqu’il est prononcé par des humains majuscules comme Aimé Césaire.
Le tintamarre qui préside à sa disparition aurait déplu au poète qui avait les honneurs en horreur. Mais il recèle des aspects positifs, comme celui d’amener à l’œuvre de Césaire de nouveaux lecteurs.

Mieux que tout autre, Aimé Césaire a montré en quoi l’acte poétique et l’acte politique coulaient de la même source.
 Après la Deuxième Guerre mondiale, deux conceptions radicalement opposée de la poésie s’affrontaient. D’un côté, les poètes inspirés par le Parti communiste sous la direction d’Aragon qui voulait imposer le réalisme socialiste dans toutes les activités artistiques et littéraires. Elles devaient servir au prolétariat dans sa lutte pour la conquête du monde. L’écrivain avait pour fonction celle d’ «ingénieur des âmes» comme le prescrivait Staline. Il s’en est suivi une poésie de propagande au service, non pas du peuple ou du prolétariat, mais du Parti ou plutôt de sa caste dirigeante.
 La poésie s’est ainsi dégradée en slogans, en textes écrits au premier degré alors que dans son essence même elle est foisonnement de degrés, bouillonnement de sens, champ magnétique des contradictions. Elle n’est l’esclave de personne et encore moins de ceux qui l’écrivent. Dans cette soupe totalitaire, la poésie d’Aragon a surnagé, certes, mais en raison du génie contradictoire de l’auteur du «Roman Inachevé» qui prenait bien garde de ne pas obéir systématiquement aux ordres qu’il prescrivait à ses disciples.

De l’autre côté, ce qui restait du groupe surréaliste s’est insurgé contre cette pseudo-poésie « garde-à -vous- fixe ». Benjamin Péret – grand ami de Césaire – a écrit à ce propos un pamphlet, «Le Déshonneur des Poètes», pour clouer le bec aux fils soumis du Petit Père des Peuples.

Les intellectuels européens, esclaves du «tiers exclu» (1), ont donc divisé l’art et la poésie en deux camps: «les politiques» et les «non-politiques». Or, rien n’est plus faux que cette division. Certains poèmes d’Eluard célébrant les «cerveaux d’amour» de Staline sont nettement moins révolutionnaires que ceux où il communie dans l’amour fou. Cet amour qui bouleverse tous les ordres établis.

Dans un prochain blogue, nous tenterons de voir en quoi l’apport d’Aimé Césaire est, dans ce contexte, essentiel.


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

(1) Tiers exclu en résumé: selon Aristote, soit une chose existe, soit elle n’existe pas. il n’y a pas de troisième terme.

17:28 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |

Commentaires

Si le peuple est fervent, l'Etat ne doit pas rester de marbre, s'il veut être représentatif. Inversement, l'Etat est dirigé par des gens qui appartiennent au peuple français, en République. La ferveur des Antillais doit avoir sa résonnance jusqu'à Paris, sinon, cela veut dire que la Martinique est en dehors. Or, elle ne l'est pas. C'est comme les dieux locaux dont les Romains mettaient les statues dans leur propre Panthéon : la ferveur des peuples intégrés à l'Empire devait se diffuser dans tout l'Empire. Et la raison n'en est pas la récupération, mais l'unité, et la communion.

En se disant du peuple contre l'Etat, on affiche aussi une position politique, de type révolutionnaire. Mais même les rois honoraient les saints locaux, quand ils se rendaient dans une ville en particulier : il n'était pas que le père de sa capitale, n'est-ce pas. L'Etat français n'est pas représentatif d'une fraction du peuple, en tout cas pas officiellement. D'ailleurs, les Français vont massivement voter, quand il y a des élections. Ils ne le font pas seulement dans le "microcosme".

Écrit par : R.M. | 20/04/2008

Erratum : "ilS n'étaiENt pas que leS pèreS de LEUR capitale".

Et révolutionnaire, ou post-révolutionnaire, pour la position politique. Car il y a déjà eu une révolution majeure.

Écrit par : R.M. | 20/04/2008

je suis vraiment triste du décès de Mr Aimé Césaire. Que ton me repose en paix et sincère condoléance a toute ta famille

Écrit par : géraldine | 20/04/2008

je sui un jeune trés toucher de la mort de papa aimé césaire quelle grande tristesse pour l homme magnifique dans c est poéme et c est livre nous les jeune alons faire comme lui pour lui montré nous suivon son chemin il es partie loin de nous mai pa son chemin je t aime Amé Césaire je m appel olivier tresfield j ai 16 ans j abite au gros morne
quartier bois d inde

Écrit par : tresfield | 21/04/2008

je sui un jeune trés toucher de la mort de papa aimé césaire quelle grande tristesse pour l homme magnifique dans c est poéme et c est livre nous les jeune alons faire comme lui pour lui montré nous suivon son chemin il es partie loin de nous mai pa son chemin je t aime Amé Césaire je m appel olivier tresfield j ai 16 ans j abite au gros morne
quartier bois d inde

Écrit par : tresfield | 21/04/2008

je sui un jeune trés toucher de la mort de papa aimé césaire quelle grande tristesse pour l homme magnifique dans c est poéme et c est livre nous les jeune alons faire comme lui pour lui montré nous suivon son chemin il es partie loin de nous mai pa son chemin je t aime Amé Césaire je m appel olivier tresfield j ai 16 ans j abite au gros morne
quartier bois d inde

Écrit par : tresfield | 21/04/2008

J'ai vraiment honte des des Chefs de Gouvernement des pays africains, je suis affligé, scandalisé et révolté par leur comportement.
Il n'y avait pas un seul chef d’Etat Africain aux funérailles du Nègre Fondamental qui s‘est battu durant toute sa vie pour l‘Afrique!!!
Honte à vous Africains! Honte à vous Chefs d’Etat sous fifres, larbins, remplaçants du Maitre Blanc sur la négraille! Honte à vous!

"Un baobab est tombé, un phare qui s'éteint..." Tout ce que vous avez à proposer en hommage!
Honte à vous Africains, Présidents d'Etat. Pas un seul chef d'Etat Africain ne s’est déplacé pour rendre hommage à celui qui vous a sorti de la torpeur ténébreuse avec son cri de la Négritude,
à celui qui vous a arraché des griffes du colonialisme avec son discours du colonialisme,
à celui qui vous a rendu votre dignité salie dans la boue, traînée dans la merde et déversée dans les poubelles,
à celui qui a hisser votre valeur de nègre au rang de l’Universel.
Honte à vous!!! La tragédie du roi Christophe vous résume parfaitement.

Honte à vous tous les chefs d'Etat africains!!! Honte à vous!!!

Écrit par : angolo | 22/04/2008

Les commentaires sont fermés.