15/04/2008

Manif: casseurs et lycéens, deux mondes séparés

 

Grosse manif mardi à Paris, entre Bastille et Nation, tout au long de l’interminable boulevard Voltaire. 20 000 manifestants, estime la préfecture de police; 40 000, annoncent les organisateurs, les syndicats de lycéens en l’occurrence. Tête de Turc désignée: le ministre de l’éducation nationale Xavier Darcos, dont le nom est parfois orthographié «Darkos»… un K de force mineure qui donne à ce Périgordin rondouillard une inquiétante teinte germanique. Le motif: protester contre la suppression de postes   8000 à 11 000 – dans l’enseignement. En fait, il s’agit d’exprimer l’angoisse des lycéens qui voient leurs frères et sœurs aînés disposer  de bacs et même de diplômes universitaires qui ne leur donnent accès qu’à des boulots précaires. Pourquoi accumuler les études, si c’est pour servir des cheeseburgers dans un McDo?1127163450.jpg
Comme toujours, fleurissent banderoles et de pancartes sur tous les tons. Inquiet: «Laissez-nous étudier, on ne veut pas devenir policier»; langue de bois: «Tous contre les suppressions de poste dans l’enseignement»; sarkophobe: «Un seul emploi à supprimer, celui de l’Elysée».

Le déploiement de force est impressionnant. Les CRS avec canons à grenade, casques à visières rabattues et armures de Robocop entourent le cortège. Mais le plus gros du travail de sécurité est assuré par les services d’ordre internes des manifestants. Arborant brassards avec la rose au poing du PS ou sigle de la CGT ou de Force Ouvrière, les vieux de la vieille qui ont fait Mai 68 se placent au centre pour rythmer la marche du cortège. Les ailes sont occupées par le service d’ordre des deux grandes organisations lycéennes – l’UNL et la FIDL. Les filles sont au moins aussi nombreuses que les garçons à assumer cette tâche délicate que ces jeunes mènent avec beaucoup de maturité.

La tension s’élève. Les casseurs tentent de s’introduire au sein du cortège. Certains portent des maillots avec le numéro de leur département: 93 (Seine-Saint-Denis) ou 78 (Yvelines). Autre mode de reconnaissance des «lascars»: le capuchon relevé sur la casquette portée, pour une fois, à l’endroit.
Petit à petit, presqu’insensiblement, les lycéens les écartent du cortège. Les casseurs – quelque 200-300 ados - envahissent alors les trottoirs. Aux embranchements des rues adjacentes au boulevard Voltaire, ils se trouvent coincés entre les services d’ordre internes et les CRS. Et c’est là que des affrontements se sont produits. Mais l’étanchéité du cortège étant bien assurée, ils restent brefs et localisés. Selon l'AFP, la police a interpellé 24 "lascars" et compte trois blessés légers dans ses rangs.

Pourquoi un affrontement éclate ici et non pas là? Un lycéen nous l’a expliqué. Les casseurs se divisent en plusieurs gangs rivaux. Tout au long du cortège, ils se défient du geste et de la voix. Et lorsqu’ils aperçoivent une possibilité de rencontres, c’est la castagne. Variante: les gangs s’unissent pour se frotter aux forces de l’ordre. Mais là, les coups de tonfa font mal.1936647618.jpg Mardi, les CRS ont chargé à trois reprises, avec emploi des gaz. Le Plouc en a pris pour son rhume! Au cours de ces bagarres entre casseurs, un ado a été sérieusement blessé (traumatisme crânien). Une ambulance des pompiers est parvenue à le secourir malgré la densité de la foule.

En fait, il y a eu deux manifs. Celle des lycéens et celle des casseurs, chacune avec son rituel particulier. Or, les uns et les autres appartiennent souvent aux mêmes cités, portent les mêmes vêtements, proviennent des mêmes origines socioculturelles. Mais entre ceux qui sont parvenus à intégrer le système scolaire et les autres qui en ont été éjectés, un mur s’est désormais élevé.


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

PS: le Plouc est un âne et s'excuse platement. Dans les éditions "papier" de mercedi 16 avril de la Tribune de Genève et de 24 Heures, il a écrit que la manif s'était déroulée de la Bastille à Nation. Or, il fallait lire de République à Nation. La prise de la Bastille, ce sera pour une autre fois.  

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Commentaires

Avis aux jeunes manifestants: j'ai un BAC+3 et je suis Policier!!
Et sachez que si nous, Policiers, n'étions pas là lors de vos manifestations, vous vous feriez "manger" par les casseurs...
A bons entendeurs.

Écrit par : Katolivier | 16/04/2008

Regardez la vérité en face ! les lycéens n'en n'ont rien à faire des profs ! c'est tout simplement très très sympa de sécher les cours et de se ballader en hurlant dans la rue ! parole de tous les lycéens que j'ai rencontrés, "on le fait pour ne pas aller en cours!"

Écrit par : Café | 17/04/2008

je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce que vous dites "café"... Je suis lycéenne et j'ai participé a la manifestation du 15 avril et je peux vous assurer que la majorité des étudiants qui étaient présents (autour de moi du moins)étaient la pour protester contre ces réformes inutiles et inadéquates. Ok certains ne voient la qu'une occasion de ne pas aller en cours et de faire du bruit mais pensons que même si c'est le cas une manifestation c'est quand même une expérience a vivre. Il faut être indulgent avec ceux-là.

Écrit par : elisa | 19/04/2008

Selon les différents articles lu ici et la les lascars comme vous dites sont peu présent , le service d'ordre n'est pas uniquement constitué de jeunes ou de vieux syndic style ouvrier métallo ( bonjour les clichés)mais de véritable "pro" (proche de milice civil et ressemblant étrangement aux flics en civils parait il)pret à tout instant à livrer un "perturbateur "aux forces de l'ordre après quelques coups de matraques bien sur.IL y a une seul différence qui existe réellement celle des classes entre le lycéen des quartiers riches et des quartiers pauvres d'ailleurs toutes réformes du gvt contribue à renforcer ce fossé(mais bon les classes ,les ségrégation , les lycées guetto et tout ça fait trop sérieux ...).Autre élément intéressant l'apparition de branches autonomes, il y a une réelle volonté d'une jeunesse anarchiste ,"gauchiste" méme si cette jeunesse semble étre en recul à transformer les moyens d'actions en faisant la nique aux syndicats.A bon entendeur

Écrit par : dedelafrite | 19/04/2008

Il faut que la France se mette en tête qu'elle a trop de fonctionnaires ! Comment se fait-il que les autres pays d'Europe avec 50% de fonctionnaires en moins, FONCTIONNE MIEUX ? Il faut que la France se débarrasse de la fonction publique en trop. Un peu moins de "couilles molles" parmi les profs serait déjà pas mal. Le retour au châtiment corporel pour ces gosses insolents serait une bonne chose ! Aujourd'hui un prof avec 25 élèves est DEBORDE ! N'IMPORTE QUOI !

Écrit par : café | 21/04/2008

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