02/04/2008

Quarante ans après Mai-68, il ne fait pas bon être jeune

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A chaque manif sur le pavé parisien, les souvenirs du Plouc remontent. Il y a quarante ans, il faisait partie de ceux qui se couraient de Paris à Lyon, de Lyon à Genève pour participer à ce grand bouleversement de la génération née après le Deuxième Désastre Mondial. Contrairement à ce qu’ânonnent les médias, ce vaste mouvement n’a pas commencé à Paris, mais aux Etats-Unis, dans la foulée de la lutte contre la guerre du Vietnam et la discrimination raciste. Il franchit l’Atlantique au début de l’année 1968 et parvient en Allemagne de l’Ouest, surtout à Berlin, sous l’impulsion d’un sociologue de gauche, Rudi Dutschke qui conteste tout à la fois le pouvoir stalinien de l’Allemagne de l’Est et le régime capitaliste de l’Ouest. Les manifs berlinoises prennent de l’ampleur. «Rudi der Rote» est la cible favorite de la presse de droite. Le 11 avril 68, Dutschke est victime d’un attentat: un de ses collaborateurs lui tire trois coups de feu à la tête. Les circonstances de ce crime ne seront jamais élucidées. Après plusieurs interventions délicates, Rudi Dutschke surmonte ses blessures. Il sera l’un des fondateurs du parti Vert allemand. Sa mort prématurée en 1979 à l’âge de 39 ans est due à une séquelle de l’attentat de 1968.
Sur la lancée berlinoise, le «Mouvement du 22 mars» de Daniel Cohn-Bendit amorce la contestation à Nanterre, Paris, puis à l’ensemble de l’Hexagone. En juin, tout rentre dans l’ordre. La France vote massivement pour le parti gaulliste. En Suisse, le 1er août 1968 à Delémont se déroule à l’ombre des tanks de l’armée, les indépendantistes réclamant le départ de l’Ours des terres jurassiennes.

L’année 68 s’est terminée dans la nuit du 20 au 21 août à Prague. Les chars soviétiques écrasent l’expérience d’un «socialisme à visage humain» en Tchécoslovaquie. A l’Est et à l’Ouest, l’ordre règne. Silence de plomb d’un côté, consommation de masse de l’autre. Malheureux, ceux qui rêvent…

Et aujourd’hui, les jeunes rêvent-ils encore? A eux comparés, leurs ancêtres de Mai-68 sont des enfants gâtés. A l’époque, ces futurs papys qui tenaient le haut du pavé voulaient terrasser le pouvoir des profs afin de faire cesser le caporalisme des cours magistraux. Lors de la récente manif des lycéens à Paris, changement de décors: les ados volent au secours de leurs enseignants. Le non-renouvellement des départs à la retraite va en réduire le nombre et les lycéens crient en chœur: «Sarko, touche pas à nos profs!»
«Les études, c’est tout ce que nous avons pour sortir de nos cités. Si l’on n’a plus cette possibilité, ça ne vaut même pas la peine d’espérer quoi que ce soit», explique un des manifestants qui a quitté son bahut de Seine-Saint-Denis pour tenir une banderole boulevard Montparnasse. Et la révolution qui mobilisait les soixante-huitards? «Vous parlez de quoi, là?» En effet, on parle de quoi, là? Je vous le demande?

Dernière image. Un lycéen aveugle tâtant le pavé de sa canne blanche participe à la manif de mardi 1er avril. Un de ses copains le guide en lui tenant le bras. Il veille sur lui de façon presque maternelle et cherche des yeux une issue en cas de charge des CRS.

La solidarité, elle, n’est pas morte…


Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Les médias américains aussi, ils disent que cela a commencé à Paris ? Ou le Plouc parle-t-il des médias genevois ? S'il entend "médias français" lorsqu'il dit simplement "médias", cela veut-il dire qu'il s'est boboïsé ?

J'ai lu aujourd'hui un article, dans le journal imprimé, au sein duquel le Plouc évoque les lycées de la banlieue parisienne, alors que les lycées de France sont tous soumis au même régime. Moi, je suis aussi plouc, c'est à dire que j'aurais parlé du lycée d'Annemasse, par exemple. Le TGV va plus vite que le tramway, vous croyez ?

Écrit par : R.M. | 02/04/2008

I have a dream!

Écrit par : Micheline Pace | 02/04/2008

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