19/03/2008

Euthanasie et douleur sans retour (2): Chantal Sébire dans l'Eternel présent

Dans le brouhaha des ondes, une nouvelle surgit: le calvaire de Chantale Sébire a pris fin et rejoint l'Eternel présent. Que l'on garde d'elle dans nos mémoires vives, ce sympathique visage d'avant la tumeur. Et qu'en son souvenir, les invectives s'effacent.

Les commentaires à un blogue sont libres. Aussi en règle générale certains blogueurs évitent-ils de répondre. Mais j'apporterai une précision à un commentaire qui se présente comme une rectification de fait. Et sur ce fait, je dois donc m’expliquer. J’avais écrit qu’avec l’article 115 du Code pénal suisse, l’assistance au suicide n’était pas réprimée lorsqu’elle était entreprise dans un but non-égoïste. Ce correspondant, que je remercie, indique que la justice n’est pas écartée en l’occurrence puisqu’il y a enquête qui se conclut - si les conditions de l’application de l’article 115 ne sont pas remplies - par un non-lieu. C’est-à-dire par la renonciation à organiser un procès.

 

Dans mon propos, il appartient au juge (ou le jury) de constater que telle personne a aidé une autre à se suicider, que ce «don de la mort» reste interdit par la loi mais que compte tenu des circonstances particulières posées par ce cas, il ne prononce pas de peine. Or, cette démarche ne peut être accomplie que dans le contexte d’un procès public et contradictoire. Un procès qui, dans toutes les sociétés, développe cet élément essentiel à la vie en commun, la «catharsis», c’est-à-dire à la «purgation des passions». Par définition, le non-lieu empêche le procès public et s’oppose donc à la «catharsis». Et c’est bien ce que je reproche à cet article 115.

 

 

 

Pâques est là pour rappeler à chacune, à chacun d’entre nous, que la vie triomphe de la mort. Mais ces mots sonnent forcément faux à ceux qui se battent contre la douleur et qui ne peuvent en témoigner tant elle leur paraît incommunicable. Le Christ est la seule figure qui apparaît réelle dans ce brouillard de souffrances et de paroles vaines. Non pas le Christ sanglant et crucifié des peintres magnifiques du Quattrocento. Mais le Christ vainqueur de la souffrance et de la mort, tel que le représente génialement Salvador Dalí.

Bien à vous tous Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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Commentaires

Je vis à côté de quelqu'un qui arrive à la fin de sa vie, et je n'arrive pas à saisir un traître mot de votre dernier paragraphe. Peut-être avez-vous la chance d'avoir la foi, mais quelle aliénation à mes yeux.

Écrit par : Géo | 19/03/2008

Géo,

Malgré nos différents récurrents, j'approuve complétement ce que tu dis et j'espère que tu sauras gérer (mais qu'il est moche ce mot dans ce contexte ...) cette épreuve.

Écrit par : Dji | 19/03/2008

L'épreuve, c'est l'attente de l'inéluctable.

Écrit par : Géo | 19/03/2008

Bien que je ne sois pas souvent sur la même longue d'onde que vous et que vous m'ayez parfois agressée verbalement, je suis émue pour ce que vous vivez!

Il est vrai que la vie est une aventure qui finit toujours mal ...

Peut-être en aurez-vous que faire mais je vous adresse néanmoins mes sentiments les plus cordiaux.

Écrit par : Micheline Pace | 19/03/2008

Merci beaucoup d'avoir pris la peine de me répondre sous cette forme. C'est un des charmes de l'internet que de pouvoir susciter le débat. Je comprends parfaitement votre opinion, à défaut de la partager entièrement. Si j'ose faire encore une petite précision juridique - mais ce n'est en aucun cas une rectification! - il ne vous sera peut être pas indifférent de savoir que le Code de procédure pénale unifié, adopté par le Parlement l'an dernier et qui devrait entrer en vigueur en 2010, rendra moins secrète la procédure préliminaire (suppression des juges d'isntruction) et supprimera de fait les cours d'assises et jurys populaires. Mais, cela ne modifiera en rien bien sûr la dramaturgie du procès en lui-même. Bien à vous et joyeuses Pâques.

Écrit par : Enfaitetendroit | 20/03/2008

Je réagis à votre titre, comme au billet précédent:mais cela n'a rien à voir avec l'euthanasie! Je sais bien que c'est Chantal Sébire elle-même qui a commencé (et vous avez, mieux que d'autre, su opérer le décryptage vers le suicide assisté) e qu'à sa suite vous entreteniez une confusion dangereuse entre la liberté personnelle inaliénable de mettre fin à ses jours et l'euthanasie, qui est l'acte pour une personne de mettre fin aux jours d'une autre personne. Un suicide assisté, à la mode d'Exit, reste un suicide. C'est pour Vincent Humbert, tétraplégique, que la question de l'euthanasie se posait, pas pour Chantal Sébire. En toute immodestie, je me permets de vous renvoyer à mon billet sur le sujet:
http://swissroll.info/?2008/03/15/1088-d-hannelore-kohl-a-chantal-sebire

Écrit par : François Brutsch | 20/03/2008

Les deux cas se ressemblent justement du point de vue de la médecine légale, M. Brutsch!

Non un suicide assisté n'est pas vraiment un sucide; il s'apprente plus à de l'euthanasie active. Pensons aux personnes réduites à l'incapacité de mettre fin à leurs jours toutes seules...

Peut-être n'avez-vous jamais digéré le suicide votre feu père pasteur?

Le cas de Mme Sébire a le mérite de remettre sur le tapis ces questions d'éthique médicale dont la société se démet à chaque fois qu'elle peut, sous couvert d'une "morale toute faire à deux balles", dictée par l'égoïsme de bien-portants comme Christine Boutin...

Pâcques=la victoire de la vie sur la mort? Et qui sait si la mort n'est pas la vraie vie et que la vie n'est pas une mort lente, pour paraphraser un Grec de l'Antiquité?!? (...)

Écrit par : Micheline | 20/03/2008

Micheline, j'ai bien peur que vous m'ayez mal lu et mal compris, ci-dessus, et sans vous donner la peine d'aller lire mon billet sur le sujet (il y en a un autre depuis). Les "personnes réduites à l'incapacité de mettre fin à leurs jours toutes seules", posent, elles, la question de l'euthanasie active, mais ce n'était pas le cas de Chantal Sébire.

Écrit par : François Brutsch | 22/03/2008

D'accord avec vous pour cette précision, M. le député. Ayant précédemment distingué le suicide assisté, l'euthanasie active et passive, je ne voulais pas en répéter l'argumentaire.

Le cas de Mme Sébire est éloquent aussi à cet égard. Axel Kahn en convient, d'ailleurs. N'étant pas totalement dans l'incapacité de mettre fin à ses jours, elle a voulu tout de même mener le législateur à se poser ces questions. Si elle s'était noyée près de chez elle, la problématique de l'euthanasie ne se serait pas posée. Or, attendre l'inéluctable dans des souffrances psychiques et physiques inhumaines, conscient (e) que le jour suivant n'apportera rien de meilleur, en demandant l'aide nécessaire pour s'en délivrer dignement constituent l'essence même de ce questionnement.

En conclusion, les deux cas évoqués doivent être traités sous cet angle. Bonnes Pâcques!

Écrit par : Micheline | 22/03/2008

Je me marre de plus en plus lorsque j'entends les français frontaliers dire que les Suisses sont lents...alors que la loi sur l'euthanasie existe en Suisse et pas en France.
Cela étant dit, Mme. Sébire pouvait physiquement se suicider seule, elle souffrait d'aucun membre(mains, pieds)...l'euthanasie, me semble être réservée aux personnes handicapées (ceux qui ne peuvent plus bouger leurs mains et pieds)...
En tout cas, qu'elle repose en paix ... amen

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 23/03/2008

Entre rayons de soleil printaniers et flocons de neige, en ce jour de résurrection, il faut le dire : la Suisse est avant-gardiste en la matière!

Mais je reste persuadée que l'euthanasie doit s'ouvrir à tous les cas de demande volontaire de gens en fin de vie, ne serait-ce que pour ne pas condamner les malheureux conscients à des actes de barbarie contre eux, d'une violence extrême, comme de se jeter du pont Butain ou de se pendre dans la pire des solitudes!
Fraternellement vôtre...

Écrit par : Micheline Pace | 23/03/2008

A propos de l'euthanasie, chez les Juifs,à la mort, l'âme se scinde en trois.Un aspect de l'âme demeure auprès de la sépulture de la personne puis disparaît. Le second aspect reprend le forme (la "forme") de la personne de son vivant. Le troisième aspect de l'âme, immortelle, étincelle divine retourne à la source dont elle émane pour en recevoir le baiser d'amour.
Avec prudence extrême, la parole évangélique nous invitant à redouter non pas ceux qui peuvent faire périr notre corps mais ceux qui ont le pouvoir de faire périr l'aspect mortel, animal, de l'âme... Cette parole évangélique, de douceur et de compassion, sincèrement, de façon impartiale, condamnerait-elle l'euthanasie?

Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam Belakovsky | 01/09/2013

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