24/02/2008

Dieu, Sarkozy et nous (5) : les racines de la polémique


Si l’Omniprésident s’agite dans les bénitiers avec autant de vigueur que de constance, c’est en partie pour faire diversion chaque fois que les médias embouchent leur trompette par le mauvais embout : baisse du pouvoir d’achat, politique des caisses vides, drame familial à Neuilly-sous-Sarko, députés de droite ulcérés, sondages en berne. Mais surtout Nicolas Sarkozy veut s’appuyer sur la religion pour redéfinir la société française, qu’il voit empêtrée dans un conservatisme qui tient à l’alliance objective entre la social-démocratie hexagonale et le bonapartisme revu et corrigé par de Gaulle.

 Les gaullistes traditionnels et les socialistes ont toujours suivi la même ligne par rapport à la religion : ne pas toucher à la Loi de 1905 séparant l’Eglise de l’Etat. Sur ce point au moins, Sarkozy a démontré sa volonté de rupture. Ce qui suscite des réactions hostiles non seulement à gauche mais aussi à droite au sein, justement des gaullistes traditionnels emmenés, entre autres, par Dominique de Villepin qui attend son non-lieu dans l’affaire Clearstream pour sonner la charge contre Nicolas le Frénétique.

 

Ce retour des institutions confessionnelles dans les préoccupations de l’Etat français réveille les anciens antagonismes qui opposaient au XIXe siècle et durant les deux premières décennies du XXe, l’Eglise romaine, puissante, totalitaire et monarchiste, au camp des républicains. Dans ce camp cohabitaient athées et agnostiques mais aussi des catholiques qui ne suivaient pas les diktats romains contre la République, une grande partie des communautés juives et des églises protestantes.
La Franc-Maçonnerie – née dans un contexte chrétien mais qui, au cours de sa très longue Histoire, a souvent entretenu des relations tendues avec le pouvoir ecclésiastique – a constitué la principale élite fédératrice de ce courant vaste et hétéroclite, du moins son obédience la plus importante en nombre de membres et de loges, le Grand Orient de France. D’autres obédiences maçonniques, notamment celles qui partageaient les sensibilités déistes voire théistes de la Franc-Maçonnerie anglo-saxonne, se sont montrées plus circonspectes, voire franchement hostiles à cette démarche qu’ils jugeaient – et jugent toujours – contraire aux traditions de non-engagement politique et de réflexion ésotérique sur la destinée humaine et ses rapports avec le Grand Architecte de l’Univers.

 


Pour que la République puisse croître dans un terreau – la France – qui, malgré les clichés, ne lui était pas favorable, ses partisans ont donc dû s’attaquer à l’Eglise catholique romaine, foyer idéologique du camp monarchiste. Certes, la République a été proclamée dès 1870, toutefois, elle essuyait les attaques incessantes des monarchistes et de l’Eglise. Or, celle-ci, par sa place éminente au sein de l’enseignement entre autres, demeurait la grande formatrice des intelligences. Le Grand Orient de France a donc tenu le rôle de « contre-Eglise romaine » à cette époque. A la liturgie et aux prêches ecclésiastiques, il opposait ses rituels et ses « planches » (textes écrit par des francs-maçons et lu en Loges).
La loi de 1905 séparant l’Etat de l’Eglise, conçue en partie par des responsables politiques appartenant au Grand Orient de France ou proches de lui, a changé radicalement cette donne. La « fille aînée de l’Eglise » y a perdu ses liens ancestraux avec l’Etat, ce qui a suscité la vive hostilité des milieux catholiques et provoqué de larges déchirures dans le tissu social français.

 La Première Guerre mondiale a, paradoxalement, pacifié cette querelle entre République française et Eglise romaine. Face à l’ennemi allemand, les principales forces politiques, culturelles et morales de la France ont décrété l’union sacrée. L’Eglise a aussitôt suivi le mouvement. C’est ainsi que des officiers monarchistes portant des noms à particule sont morts pour la République. Certes, le mouvement antirépublicain a connu son dernier soubresaut avec le régime de Pétain. Mais la République avait définitivement remporté la guerre des idées après l’armistice de 1918.

 

Cela dit, comme l’écrit Aragon dans son poème « Epitaphe », « avoir vaincu est trois fois rien, du moment que l’homme, de l’homme est comptable. » La République n’est pas acquise une fois pour toute. Affaire à suivre donc, à la lumière, éblouissante et sombre, du sarkozysme.

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

18:51 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

Commentaires

ben quoi?le salon de l'agriculture c'est de l'art ou du cochon?en tous cas le nombre des agriculteurs décroit à propotion que le bio croit..est une conséquence ou une nostalgie?les français sont de vieux croyants,reste à savoir en quoi! go

Écrit par : gpradet | 28/02/2008

Personne n'a parle de la derniere invention de notre tele-sarko-reality, l'Union Mediterranee !!!!!
Je propose que Sarkozy prenne une chaise et mette un coussin bleu. Il peut la nommer "chaise bleue pour un cul patriote français". La nouvelle invention fabuleuse qui célébrera le monde entier..... L'Union pour la Méditerranée existe dès 1995, se nomme "Processus de Barcelone" et célèbre chaque année un sommet Euro-Med; et surtout il n'est pas nécessaire qu'il arrive le dernier con avec son cirque à lui changer le nom et recolter les médailles. Qu'il part avec la Bruni pour chanter, c'est le dernier ridicule qui lui reste à faire. Pauvre Europe avec des guignols comme celui-ci.

Écrit par : Isabelle | 04/03/2008

Really nice to read this post.I really like your effort.

Écrit par : gledanje u solju | 23/01/2012

Les commentaires sont fermés.