29/01/2008

Dieu,Sarkozy et nous (3): les francs-maçons montent au créneau

Rappel des épisodes précédents: Nicolas Sarkozy veut donc nettoyer les âmes françaises au Kärcher d’eau bénite. Ses prêches au Vatican et à Ryad ont fait naître des craintes sur sa volonté de maintenir la République dans le cadre laïque qui est le sien depuis 1905.
Et lorsque la séparation de l’Eglise et de l’Etat est en cause, la principale obédience maçonnique (fédération de loges) du pays, le Grand Orient de France, monte au créneau pour la défendre.

 A cette déclaration de l’Omniprésident:

«Que s’il existe une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée des convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas associée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini».

 Le Grand Maître du Grand Orient de France, Jean-Michel Quillardet, a répondu:

 «Agnostiques, athées, chrétiens ou non chrétiens se trouvent en quelque sorte blessés par l’affirmation du président de la République. Chacun dans la République laïque, justement, est libre d’espérer, de désespérer, ou de ne rien attendre… Qui peut juger la justesse de la recherche de chacun d’entre nous et de ses positionnements à l’égard des origines, des mystères de la vie et de la mort? Pas le président de la République, certainement pas la République, pas un quelconque Etat. Il y là une tentative d’imposer, en quelque sorte, à chaque citoyen la nécessité d’une dimension spirituelle qui ne peut que provoquer la colère de ceux qui partagent ce projet d’un pacte républicain et laïque».

 Pourquoi la Franc-Maçonnerie s’impliquerait-elle dans la laïcité? Relevons tout d’abord la diversité des démarches maçonniques. Les unes postulent en l’existence de Dieu révélé, à l’instar de la plupart des loges anglo-saxonnes. D’autres préfèrent évoquer un Etre Suprême, un Principe créateur sans lui donner le contenu d’un Divin révélé. Et certaines défendent la liberté absolue de conscience en renonçant à tout ce qui pourrait ressembler à l’invocation d’une puissance supérieure. Le Grand Orient de France (GODF) se range dans cette dernière catégorie avec de gros bémols: certaines de ses Loges continuent à utiliser la Bible comme Volume de la loi Sacrée dans leurs rituels, à invoquer le Grand Architecte de l’Univers et quelque 68 Ateliers (synonyme de Loges) du GODF pratiquent le Rite Ecossais Rectifié qui est, lui, ouvertement chrétien. Lorsque les médias parlent de Franc-Maçonnerie – en général lorsqu’il s’agit de combler un creux dans l’actualité – ils font fi de ces différences pourtant essentielles.
 Le point commun de toutes ces franc-maçonneries est - par une approche basée sur les symboles de la construction – de s’efforcer à répondre aux questions fondamentales, telle que celle-ci: que fais-je dans cette vie?

 

 Quelles que soient leurs tendances, les loges maçonniques professent toutes à des degrés divers la liberté de conscience. Dès lors, elles se sont heurtées d’emblée aux systèmes théologiques qui enseignaient Dieu en usant du principe d’autorité. Dans la chrétienté, l’Eglise romaine et son imprégnation autocratique représentaient le plus clairement cette tendance. Il était donc inévitable que les deux démarches – maçonnique et romaine – s’opposassent. Dès lors, dans les pays catholiques, la Franc-Maçonnerie s’est progressivement installée comme une opposante naturelle au césaro-papisme en défendant la séparation de l’Eglise et de l’Etat. 

 

En revanche, dans les pays protestants, la franc-maçonnerie n’a pas rencontré un tel obstacle, la Réforme défendant comme elle la liberté de conscience. D’ailleurs, de nombreux pasteurs figurent parmi les fondateurs de la Franc-Maçonnerie moderne. Ainsi, la question de la laïcité s’est posée pour les francs-maçons protestants d’une façon tout à fait différente que pour leurs Frères vivant en nations catholiques. Pour eux, la laïcité n’était pas un problème majeur. A Genève, par exemple, de nombreux francs-maçons étaient opposés à la séparation de l’Etat et de l’Eglise nationale protestante. 

 

Ces fondements historiques expliquent donc l’énergie avec laquelle le Grand Orient de France défend les principes laïques de la République face à un président qui, à son gré, agite trop le goupillon à tout va.

 Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

 

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22/01/2008

Dieu,Sarkozy et nous (2): le discours de Ryad

Le mot «Dieu» fleurit sur les lèvres de l’Omniprésident comme les primevères à Pâques. Peut-être veut-il faire oublier à son électorat catholique ses frasques et frusques pipolesques. Poursuivons donc notre petit florilège des dévotions sarkoziennes.
Au cours de son voyage en Arabie saoudite, Nicolas-le-Preux a débité ce prêche aux membres du Conseil consultatif de la monarchie saoudienne à Ryad:

 

«Le Dieu unique des religions du Livre. Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme. Dieu qui n'asservit pas l'homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d'humilité et d'amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect.»

 

S’il écorchera les oreilles sensibles des athées militants, ce discours ne manque pas d’allure. Quant à ceux qui sont mus par la foi, comment refuserait-il ce «Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère»? Certes, lorsque le monarque électif parle du «message d’humilité» prodigué par ce «Dieu transcendant», on ne manquera pas d’être surpris tant cette vertu paraît éloignée de la pompe élyséenne et de ce Pipole 1er tout en Rolex, jet-set et bling-bling. Mais enfin, nous savons tous que les voies du Seigneur sont aussi impénétrables que Ses desseins.

 

Ce n’est donc pas tant le discours en lui-même qui pose question que la fonction de l’homme qui le fait sien et le lieu où il est prononcé.
Depuis la séparation de l’Eglise romaine et de l’Etat en 1905, le président de la République et son gouvernement ne doivent pas s’immiscer dans la religion. Les médias ont récemment rappelé que Charles de Gaulle, grand catholique devant l’Eternel, ne communiait jamais en public et s’interdisait toute allusion religieuse dans ses allocutions. Certes il y a, en France, une conception dogmatiste et même intégriste qui fait de la laïcité une vache sacrée et interdit toute évolution dans les rapports entre le religieux et le politique. Et cet intégrisme laïcard doit être bousculé, comme tous les intégrismes, pour que la société ne reste pas figée. Il faut donc repenser constamment ces rapports complexes entre Dieu et César. Mais il n’en demeure pas moins que le rôle du chef de l’Etat n’est pas de défendre une profession de foi. Il doit garantir à toutes les formes de croyances et de non-croyances le droit à l’expression, tout en renonçant pour sa part à prêcher.

 

De plus, les discours présidentiels ne sont jamais dépourvus de vues intéressées sur le plan matériel. Dans le contexte de celui de Ryad, on ne peut s’empêcher de penser que Nicolas Sarkozy, par ses paroles édifiantes, a voulu séduire son auditoire en vue d’obtenir des avantages diplomatiques et économiques. Réduire Dieu à un argument de vente pour la maison Dassault ou l’industrie nucléaire a de quoi révulser les croyants.

 

Enfin, le lieu où cette allocution s’est tenue – le Conseil consultatif du Royaume saoudien – était particulièrement mal choisi. Ce pays défend une conception intégriste et liberticide de l’islam qu’il colporte dans le monde entier avec ses pétrodollars. D’ailleurs, de nombreux islamoterroristes, à commencer par Ben Laden lui-même, sont issus de cette idéologie politico-religieuse. De plus, toutes les autres religions sont interdites sur le territoire saoudien. C’est ainsi que le drapeau suisse avec sa croix ne peut être arboré à l’ambassade de la Confédération helvétique à Ryad! Dès lors, parler de Dieu dans un tel contexte revient à légitimer l’ignoble usage que fait l’Arabie saoudite de la religion.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

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18/01/2008

Sarkozy, Dieu et nous

  Comme autant de diables dans les bénitiers, les médias français s'agitent beaucoup à propos de Dieu dont Sarkozy serait le Prophète. L'Omniprésident aurait-il une nouvelle casquette sous forme d'auréole?

 

En tout cas, ses propos ont alarmé les défenseurs de la laïcité. A tort. Et à raison. Examinons d'abord, l'une des phrases qui les a fait bondir, celle que le président français a prononcée au Latran, le Saint des Saints de l'Eglise romaine: "Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes". Essentiellement? C'est-à-dire que, par essence, la France serait chrétienne? Que son christianisme serait la cause première de sa naissance? A l'évidence, cette essence-là est frelatée. La France est née de la Gaule qui existait avant l'apparition du Christ.

 

Sans doute Sarkozy a-t-il voulu dire. "La France est principalement chrétienne". C'est moins faux. Il est évident que le christianisme a nourri la France comme les autres pays d'Europe. Mais ce "principalement" fait bon marché des héritages gréco-romains qui irriguent notre droit et notre pensée. De même, elle laisse à l'écart l'apport décisif du judaïsme sans lequel le christianisme n'aurait jamais pu voir le jour. Outre Rome, l'autre source de notre droit et de notre morale remonte aux Dix Commandements qui figurent dans la Thora. De même, l'Islam a tenu un rôle essentiel dans la transmission à nos pays de la philosophie grecque.

 

 Réduire la France et l'Europe à une entité chrétienne ne rend service ni à l'Europe, ni au christianisme. L'Europe s'est formée de tous ces apports divers. Quant au christianisme, il ne borne pas son message à un seul continent.

 

Nous aborderons plus tard, les autres aspects des discours sarkoziens. En attendant, le Plouc se fait un petit coup de pub. Tous ces problèmes de laïcité sont abordés dans le bouquin TOUCHE PAS A MON DIEU (auteur: Jean-Noël Cuénod, éditeur: La Tribune de Genève). En vente dans toutes les très bonnes librairies. Bonne lecture.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris 

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17/01/2008

Les bons plans du Plouc: Marivaux le détour

Comme maints Romands, vous tégévisez ce week-end vers Paris. Alors ne manquez par cette pièce de Marivaux, «La Dispute» qui est présentée jusqu’au 17 février au Théâtre 13. Pour les renseignements pratiques, descendez au bas de ce texte, le Plouc vous fait le guide bénévolement. Non, non pas besoin de dire merci.

 

Marivaux (1688-1763) est desservi par le terme issu de son patronyme: le «marivaudage» que Larousse qualifie de «badinage spirituel et superficiel». Larousse raisonne parfois comme une blonde. Car, il n’y a rien de superficiel dans cette «Dispute». Ce conte de fées cruel met en scène toutes les phases des relations entre femmes et hommes. C’est la trame même des existences que tisse Marivaux sans tabou, sans afféterie mais avec une constante élégance de la pensée et du propos. En usant de cette langue magnifique de précision et de grâce qui est celle du XVIIIe siècle, Marivaux nous parle de notre vie affective et sexuelle d’aujourd’hui. A saute-mouton sur les époques, cette «Dispute» démontre que toutes les nouveautés technologiques qui nous encombrent ne changent rien à la quête amoureuse, jeune et vieille comme le monde.

 

 

Ce conte cruel est parfaitement servi par la mise en scène de Filip Forgeau. Il a évité deux écueils: la vision muséale qui figerait la pièce dans les atours du XVIIIe siècle et le choix modernolâtre qui transformerait les personnages en rappeurs. Forgeau a donc choisi l’intemporalité pour faire ressortir ces grains d’éternité que recèle le texte de Marivaux. Et les comédiens jouent au diapason de cette tonalité. Un vrai plaisir.

 

 

DISTRIBUTION: Féodor Atkine (Le Prince), Hélène Bosc (Adine). Arno Chéron (Azor), Julien Defaye (Mesrin), Soizic Gourvil (Eglé), Hervé Herpe (Le Serviteur), Nicole Kaufmann (Hermiane)

 

 RENSEIGNEMENTS PRATIQUES: «La Dispute» se joue jusqu’au 17 février au Théâtre 13 (103A boulevard Auguste-Blanqui Paris XIIIe arrondissement) mardi, mercredi et vendredi à 20 h 30, jeudi et samedi à 19 h 30 et dimanche à 15 h 30. Prix des places 22 euros (le 13 de chaque mois, tarif unique à 13 euros).

 

COMMENT S’Y RENDRE. Dès votre arrivée à Paris Gare de Lyon, vous prenez le métro 14 (direction Olympiades) et vous descendez à la première station, Bercy. De là, vous montez dans le métro 6 (direction Charles de Gaulle Etoile) et vous vous arrêtez à la station Glacière.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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15/01/2008

Le pouvoir d'achat à ras le bitume

LE POUVOIR D'ACHAT! C'est la formule qui court sur toutes les lèvres. L'Omniprésident avait eu l'audace d'en faire son thème principal de campagne l'an passé. Voilà le boomerang qui lui revient dans les gencives. Heureusement qu'il y a Cécilia, Carla et tutta quanta pour jeter de l'eau de rose sur ce feu qui se propage. Mais le glamour ne fait oublier le portemonnaie que durant un trop bref moment. Certaines patates se prennent pour des truffes, du moins sur l'étiquette des prix et la morue - oui même la morue - se rêve esturgeon pondant ses oeufs d'or.

Le Parisien de base relève donc le défi. Le marchandage commence à s'étendre transformant en opéra de quatre souks les plus gaulois des marchés. Voici un petit échange enregistré à celui du boulevard Blanqui dans le treizième. Un client arborant une soixantaine intello apostrophe le boucher:

 

- Eh mais ne jetez pas comme ça mon entrecôte sur la balance! Elle n'est pas stabilisée et c'est le prix plus haut qui s'affiche.

Le boucher: - Ben non, elle se stabilise tout de suite!

Le client: - Mon oeil, oui!

Le boucher:- Ben, vous me faites pas confiance?

Le client, résolu: - Non, votre viande est délicieuse, ça je le reconnais, mais votre balance est pourrie.

Le boucher: - Elle est pourrie ma balance? Non mais des fois! Alors, je vais vous la repeser, votre entrecôte.

L'homme de lard repèse la barbaque: - Eh bien voyez, ça n'a pas changé de prix!

Le client, agacé: - Mais je n'ai pas eu le temps de voir le prix s'afficher, vous êtes trop rapide!

Le boucher: - Ce n'est pas ce que dit ma femme...

Il repèse une troisième fois. Les autres clients ne s'impatientent pas. Au contraire, ils soutiennent l'irascible. Une voix: "faut lutter pour le pouvoir d'achat. Ben, on lutte, quoi!" devant ce front uni, celui du boucher se fronce: "Bon, mais si vous saviez les taxes qu'on paye... Moi aussi j'ai mon pouvoir d'achat à défendre". Va-t-on vers la guerre civile?

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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08/01/2008

Les vacheries et bons mots du président Sarkozy

Des lustres élyséens pleins les yeux, le Plouc n'en revient pas d'avoir serré la main du Majuscule Président Nicolas Sarkozy à l'issue de sa conférence de presse. Mais il faut si peut pour émouvoir un plouc... Même si Sarkozy l'a ramené sur terre en ironisant sur la presse suisse qui "dit beaucoup de bien" de lui.

En grande forme, Sarkozy a décoché au cours de ses deux heures d'intervention un nombre important de vacheries et de formules choc. En voici un florilège.

 Réponse à Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de "Libération" qui évoquait le goût présidentiel pour la monarchie élective: "La monarchie est héréditaire... Croyez-vous que je suis le fils légitime de Jacques Chirac et qu'il m'a assis sur le trône? C'est du recyclage, M'sieur Joffrin!"

Le même Laurent Joffrin - qui en a pris pour son rhume - avait abordé sa dilection pour le pouvoir personnel. Réplique: "Mais c'est vous qui faites mon pouvoir personnel avec toutes les "unes" que vous me consacrez!"

Un autre confrère lui demande s'il est inquiet: "Si j'étais inquiet, je ne ferais pas président de la République. Je ferais éditorialiste."

Et les photographes qu'il attire comme un aimant? "Eh bien, ne les envoyez pas sur mes traces. Nous nous en porterons que mieux!"

S'engagera-t-il dans la campagne pour les municipales? " Vous croyez sérieusement que je vais les attendre passivement, comme le "Ravi" de la crèche?"

Et terminons par cette belle envolée qui frise la raffarinade: "Un pays marche sur la tête, lorsque sa tête ne ressemble pas à son corps."

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

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05/01/2008

A la poursuite du diamant noir

 

 

Loin des bals bobos et du Magic Sarko-Circus, le Plouc s’est refait une santé – escalope de foie gras à la fleur de sel, magret flambé au cognac, pommes de terre à la sarladaise – au Paradis. C’est-à-dire au Périgord, nom bien plus évocateur pour les papilles que la dénomination bureaucratique: département de la Dordogne. Personne n’aurait dans l’idée d’appeler le perdreau à la périgordine, perdreau à la dordognaise, n’est-ce pas? Et puis, ne copiez pas les bobos qui nomment les gens de ce coin béni du sud-ouest des «Périgourdins». Ils feraient bien de prendre dans les gencives ce «gourdin» qu’ils manient avec tant de désinvolture. Suivez plutôt l’exemple du grand écrivain local, Eugène Le Roy («Jacquou le Croquant», «L’Ennemi de la Mort»), qui rendait à ses compatriotes leur légitime identité en les appelant Périgordins.

Passons aux choses sérieuses. Et les choses sérieuses au Périgord, ce sont les truffes. A mille euros le kilo, on peut en effet envisager ce diamant noir avec respect. Le Plouc, lui, considère la «tuber melanosporum» uniquement avec gourmandise. Son goût et son parfum sont d’une telle qualité qu’on ne saurait la comparer avec d’autres produits de la nature. Elle donne une idée olfactive et gustative de l’Eternité. La truffe, c’est la larme d’ébène que Dieu laisse tomber sur la planète pour consoler l’humanité souffrante.

Assez de lyrisme pour aujourd’hui. Comment cueille-t-on ce trésor? Comme tous les trésors, en fouillant le sol. D’ordinaire, la truffe noire préfère les terrains calcaires et se cache sous la terre à plusieurs centimètres de profondeurs. Généralement, elle se trouve dans une place caillouteuse à proximité d’un chêne. Mais comme il est habituel en matière de champignons, les exceptions sont nombreuses. Et les chênes truffiers ne sont pas de ceux qui se prennent pour Louis XIV mais présentent souvent un physique souffreteux et tourmenté, voire malingre. La truffe est une obsédée de la discrétion.

 

De la truie à la mouche en passant par le chien

 

Pour la débusquer, il existe trois méthodes. La plus spectaculaire consiste à conclure un contrat avec une truie qui, si elle est bien disposée, vous dénichera la perle du Périgord en quelques snifs de groin. Une truie donc. Et non pas un porc ou un verrat (qui est un porc auquel l’homme n’a pas fait subir le supplice d’Abélard). Car, le parfum de la truffe est identique à celui d’une phéromone sécrétée par les testicules du verrat. Lorsqu’elle capte cette érotique fragrance, la truie fouille avec frénésie le sol, persuadée qu’elle va se livrer à une inoubliable partie de jambons en l’air. La truie est une vraie cochonne.

Ce ne sont pas des considérations morales qui ont induit le Plouc à éviter de recourir à cette gourgandine de soie vêtue, mais des raisons pratiques nées de l’expérience. Tout d’abord, la truie se précipite d’emblée sur la truffe pour la dévorer (si j’étais verrat, je me ferais du souci). Il faut donc retenir ce puissant mammifère, ce qui est tout sauf aisé. Ensuite, vous devez lui donner une partie de votre récolte, car sans récompense la truie est aussi gréviste qu’un cheminot. De plus, le Plouc se rappelle le jour où, avec ses proches, il a dû remonter Rosalie – 200 kilos de lard – qui avait roulé comme un tonneau en bas d’une grande pente après avoir fait un faux pas.

Certains chiens se montrent particulièrement doués et d’un maniement plus aisé que le suidé femelle. La truffe de «Nina» par exemple est d’une rare efficacité pour localiser ses homonymes. Et une croquette suffit comme récompense. Cette chienne, mélange de labrador et de border collie, appartient à Gilles Brun, un maître d’hôtel savant en matière trufficologique, qui vit à Vieux-Mareuil dans le Périgord Vert (au nord du département). Elle a permis au Plouc de dénicher une demi-douzaine de belles truffes juste après Nouvel-An.

 

 

La troisième méthode est la moins aisée mais la plus jouissive pour qui a la patience d’observer la nature. Après la truie et le chien, la mouche peut aussi être utilisée dans ces investigations fouillées. En l’occurrence, il s’agit d’un minuscule spécimen que l’on observe lorsque les rayons du soleil sont rasants. En faisant preuve d’une attention soutenue, le truffilâtre remarque que cette petite mouche arrête son vol à la façon d’un hélicoptère et reste en surplomb sur un endroit précis. Il faut alors délicatement creuser dans cette partie - à la main de préférence pour ne pas tout saccager ou alors avec un petit instrument aratoire – et renifler la terre. Si une odeur de truffe s’en dégage, la victoire est toute proche. Vient alors l’émouvant moment de la découverte. Entre vos doigts apparaît cette noire rondeur parfumée qui vaut toutes les pierres précieuses. Et vous ferez aussi connaissances des milles parfums différents que cache notre sol. Lorsqu’il n’est pas pollué.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Saint-Sulpice-de-Mareuil

PS: Je laisse le soin à mon copain Jérôme de vous mitonner une recette aux truffes dans son incomparable «Top Slurp»

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03/01/2008

Après les Sarkovoeux, il est urgent d’urgenter

Par de nombreux ruisselets de fuites, l’Omniprésident avait alléché le chaland: ses vœux de Nouvel-An ne ressembleront en rien à ceux de ses ringards de prédécesseurs. Il est vrai qu’avec les discours chiraquiens – langue de bois clapotant dans de l’eau tiède – Nicolas Sarkozy ne risquait pas grand-chose à se comparer. Quant à faire oublier les derniers propos que François Mitterrand avait adressés aux Français au crépuscule de sa vie et à l’aube de 1994 – «Je crois aux forces de l’esprit, je ne vous quitterai pas» - c’est tout autre chose. La droite Rolex a le sens des paillettes mais pas celui du tragique. Or, pour régner en digne successeur de ces Rois qui ont fait la France – et qui continuent à la faire par présidents interposés - il faut allier les deux.

Il n’empêche que Sarkozy a réussi son coup dans un premier temps: les Français ont cessé d’ouvrir les huîtres pour se brancher sur les Etranges Lucarnes (le cumul des deux activités se révélant hautement préjudiciable à l’intégrité corporelle). Toutefois, une certaine déception n’a pas tardé à embrumer l’ambiance. Que le président nouveau ait innové en débitant son petit compliment en direct n’a pas rendu cette figure obligée plus attrayante. Pourtant, dans l’ensemble, Nicolas Sarkozy nous a offert une bonne prestation. Il n’a pas oublié les pauvres, les malades et ceux qui travaillent pendant que les autres festoient, tout en balayant l’ensemble des problèmes actuels avec, à la clé, la volonté farouche de les résoudre. L’Omniprésident a même piqué au grand sociologue de gauche Edgar Morin l’expression «politique de civilisation» tout en se gardant de nous en dire plus. Il serait pour le moins surprenant que Nicolas Sarkozy développe la même «politique de civilisation» que celle préconisée par Edgar Morin. Mais avec l’ouverture tous azimuts, sait-on jamais? Le sociologue sera-t-il nommé «ministre de la civilisation» lors du remaniement gouvernemental qui se profile? On imagine la tête de Jack Lang!

Alors d’où nous vient-elle cette légère frustration? Risquons cette hypothèse. Trop de communication tue la communication (formule pratique, car on peut l’appliquer à tout bout de champs: trop d’impôts tuent l’impôt, trop de sports tuent le sport, trop de Ségolène tue Royal etc.). On espérait «quelque chose» d’inédit, sans savoir quoi. Mais on nous avait tant fait saliver… Alors qu’il est impossible – même au créateur du Magic Sarko Circus – de provoquer la surprise dans un genre aussi convenu.

Que restera-t-il de cette allocution? Le mot «urgence» répété par le président à… douze reprises, des fois que l’on aurait de la peine à comprendre! Il y a partout de l’«urgence» qui est pour Sarkozy comme «le poumon» pour Toinette qui se fait passer pour un médecin itinérant dans «Le Malade Imaginaire». Rappelez-vous ces moliéresques échanges.

Argan: Je sens de temps en temps des douleurs de tête
Toinette: Justement, le poumon.
Argan: Il me semble parfois que j’ai un voile devant les yeux…
Toinette: le poumon
Argan: J’ai quelquefois des maux de cœur
Toinette: le poumon
Etc.
 

En sarkozien dans le texte, cela donne: pouvoir d’achat? Urgence! Autonomie des universités? Urgence! Régimes spéciaux des retraites? Urgence! Environnement? Urgence! Modernisation de l’Etat? Urgence! Et ainsi de suite. Reste à savoir si en accumulant tous ces états d’urgence, les réformes seront enfin appliquées ou si les erreurs commises dans la précipitation provoqueront leur paralysie durant plusieurs années. Ce n’est pas toujours en voulant aller vite que l’on parvient rapidement à bon port.

Mais Sarkozy demeure un homme pressé. C’est tout juste, s’il ne nous a pas souhaité une belle année 2009!

Jean-Noël Cuénod

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