18/12/2007

Aragon, le poète des banlieues en flammes

 

Après les deux jours d’émeute à Villiers-le-Bel, le Plouc est tombé sur ce poème d’Aragon tiré du «Fou d’Elsa» et se dit que, vraiment, il n’y a rien de nouveau sous le gris soleil parisien. Ce «Chant des Vauriens» a été écrit au début des années soixante. Déjà, les «blousons noirs» semaient la violence aux portes de Paris. Comme avant eux les «Apaches» de 1900. Et les tire laines de la médiévale Cour des Miracles. Le «grand malaise des banlieues» n’a pas été inventé au XXIe siècle!

Voici des extraits de ce poème, éternellement actuel.

 

(…)

Sans or que pris sans droit que d’être
Bagarreurs des quartiers éteints
Qui sentez le sang du prochain

 

Poulains d’enfer ô frénétiques

 

Qu’importent les murs et les hommes
Ce sont des verres renversés
Le plaisir est dans les fossés

 

A quitte ou double ô loups de terre

 

Violeurs des lois et des femmes
Ivre de vivre à pas vingt ans
Vous que l’on prend avant le temps

 

Chenapans ô célibataires

 

Blasphémez quand vos dents sont blanches
Jetez votre âme à vos pieds nus
Battez-vous premier qu’on vous tue

 

Comme gibier au coin des rues

 

Etouffez dans vos bras les ombres
Criez Dieu est mort et faux l’amour
Brisez comme paille les jours

 

Enfants nés pour la fin du monde.

 

Louis Aragon – Le Chant des Vauriens

 

Les poètes comprennent le monde qui ne les comprend pas.

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

10:22 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

Commentaires

"Regardez les passer, eux, ce sont les sauvages..."
J.Villepin
Abandonnez ce "plouc", vous rentrez trop dans le jeu des Parisiens. Ils n'en demandent pas tant. Vous n'avez pas remarqué que les plus méprisants des Parisiens sont ceux qui débarquent de leur province ?

Écrit par : Géo | 18/12/2007

En effet Géo, car selon le séculaire adage: le dernier arrivé ferme la porte derrière lui. Je doute quand même que les casseurs de banlieue soient les audacieux oiseaux de passage du poème de Jean Richepin (lapsus villepinesque révélateur ou voulu?)

Écrit par : david laufer | 18/12/2007

Villepin ! Horribile dictu ! je vais de ce pas me faire hara-kiri !
Mais juste avant : vos doutes sur les audacieux oiseaux de passage ne peuvent-ils se reporter sur le poème d'Aragon ?

Écrit par : Géo | 18/12/2007

Dur à dire. Je crains que la réalité dont parlait Louis n'ait été tout de même très différent. Les paralèlles séduisants ne sont pas forcément les plus exacts.

Écrit par : david laufer | 18/12/2007

J'ai retrouvé cette citation dans un carnet, mais je ne sais plus à qui l'attribuer: "La société cède à la canaille. Dès que celle-ci lève la tête, il faut mettre le talon dessus. Si elle allonge la main, on la lui coupe". Quelle importance peut avoir le nom de son auteur ? La Fontaine a dit: " Selon qu'on est puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir". Le parallèle à tenter serait: "Selon qu'on est de droite ou de gauche, les jugements du public vous rendront blanc ou noir". Cela dit, toute ressemblance avec une affiche fameuse serait purement fortuite et qu'on pourait disserter à l'infini sur le "Phénomène" et la "Chose en soi" de Schopenhauer.

Écrit par : Rabbit | 18/12/2007

Rien de nouveau sous le soleil, sauf que le génie qui s'exprime dans ce poème n'existe pas de nos jours, ni sur les antennes variées et multiples ni en guise d'exutoire dans les quotidiens. Si celà était on prendrait quelques minutes pour se rendre compte que la beauté se trouve même dans des descriptifs de faits violents et difficiles à supporter et que on pourrait prendre une pause pour respirer au rythme des césures...
Merci de nous rappeler ces merveilles.

Écrit par : JUNOD Agnès et Wilfred | 20/12/2007

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