11/12/2007

La tyrannie des cages d’escalier

 

Lors du blogue précédent, le Plouc évoquait le tous-ménages effectué par la police à Villiers-le-Bel pour inciter, contre rémunération, la population à dénoncer les émeutiers qui ont tiré sur les forces de l’ordre. Eh bien, ça marche! Les policiers ont reçu plus d’une centaine de renseignements, dont une bonne partie sera exploitée dans l’enquête. Le plus curieux, du moins à première vue: la quasi-totalité de ces dénonciateurs n’ont pas demandé leurs primes comme ils en avaient le droit. En fait, ces témoins avaient peur de perdre leur anonymat en réclamant leur dû.

On peut tirer deux leçons, au moins, de cette attitude. D’une part, la population des quartiers devient tellement excédée par la dictature que font peser sur eux les «lascars» qu’ils n’hésitent plus à les balancer aux autorités. Alors même que la police demeure toujours aussi impopulaire, même auprès des habitants les plus âgés. Mais d’autre part, le refus de toucher ces primes alléchantes – malgré la maigreur des revenus – illustre bien la peur que font régner les apprentis-gangsters. Alors, oui, les émeutes ont une cause sociale, contrairement à ce que prétendent les déclarations sarkoziennes. Mais avant d’engager la renaissance civique de ces quartiers, il faudra éradiquer cette tyrannie des cages d’escalier. Avec elle, rien de stable ne peut être construit. L’argent réservé à la rénovation et la socialisation de ces quartiers subira le sort de l’eau versée sur du sable brûlant. Aujourd’hui, c’est le temps de la répression pénale. Identifier les petits «parrains» des mafias adolescentes. Les arrêter.

Mais qu’en faire, après? La prison, c’est un peu leur ENA à eux. Ils en sortent plus aguerris et nimbés d’une gloire sulfureuse. Elle reste le passage obligé pour gagner du galon dans les bandes. Les alternatives à la prison - travaux d’intérêt général, bracelets électroniques – concernent les «lascars» les moins englués dans la délinquance, ceux qui peuvent comprendre la portée d’une telle sanction. Cependant, elles ne constituent pas une réponse à la gravité des crimes commis par les chefs de bande, ceux qui tiennent les quartiers. Ni le pouvoir politique, ni les médias n’ont trouvé de solutions. Lors de la dernière campagne présidentielle française, la candidate socialiste Ségolène Royal avait émis l’idée d’encadrer ces jeunes dans des formations disciplinaires sous le contrôle de l’armée. Elle a dû aussitôt effacer cette idée pourtant intéressante, ses amis politiques l’ayant qualifiée de «réactionnaire».

Toutefois, devant ce tissu humain qui se défait, ces huées qui se soulèvent lorsque l’équipe de France joue à domicile contre une équipe maghrébine, ce sentiment de ne posséder qu’une vie réduite au quartier, l’armée aurait pu créer ce grand brassage à la fois régional et social qui aide à l’intégration. Et l’on se dit qu’en supprimant le service militaire obligatoire, le ci-devant président Chirac s’est taillé un très éphémère succès dans les sondages mais n’a pas forcément rendu… service à sa nation.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

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