07/12/2007

Villiers-le-Bel: du fric contre l’omerta

 

Du fric contre l’omerta. La police française a distribué dans toutes les boîtes aux lettres de Villiers-le-Bel un tract appelant à dénoncer, contre rémunération, les voyous qui ont tiré sur les policiers lors des dernières émeutes de cette cité du Val d’Oise, sise à une vingtaine de kilomètres de Paris. Grosse émotion dans les médias. Payer les délateurs, voilà qui relèverait de l’immonde et de l’ignoble.

On se calme. Tout d’abord, ce n’est pas la première fois qu’un appel de ce genre est lancé en France. La police avait procédé ainsi pour retrouver les «lascars» qui avaient bouté le feu à Marseille au bus 32, provoquant de terribles brûlures à une jeune passagère. Et c’est grâce à cet «appel à témoin récompensé» que les auteurs de cette agression ont pu être arrêtés.

Faut-il condamner cette pratique pour des raisons morales? Mais en quoi rechercher des agresseurs lorsqu’on est policier est-il immoral? C’est bien ce que la société exige de lui, non? Alors, certes, la fin ne justifie pas les moyens. Le recours à la torture ou au tabassage est un moyen inacceptable qui dégrade la fin qu’il poursuit. Et l’on ne saurait soutenir que promettre des sous pour inviter un quidam à dénoncer des apprentis tueurs est d’une incontestable élégance éthique. Mais cela reste un moyen acceptable qui n’altère pas la fin. A un suspect battu pour qu’il passe aux aveux, préférons un témoin rémunéré.

Les risques existent, bien sûr: fausses dénonciations pour se débarrasser d’un gêneur tout en ramassant des billets, accusations fantaisistes qui parasitent les enquêteurs. Mais lorsque règne une omerta aussi épaisse que dans certains quartiers de Villiers-le-Bel, il n’y a pas trente-six méthodes pour ramasser des renseignements. Dans la masse des tuyaux crevés, il s’en trouvera bien un ou deux qui conduiront à des suspects.

 

Cela dit, ces «appels à témoin récompensé» démontrent à quel point la police ignore tout de ces bandes et reste impuissante à les infiltrer. Une fois de plus, il apparaît que le président Nicolas Sarkozy, à l’époque où il dirigeait le Ministère de l’intérieur, aurait dû éviter de passer au Kärcher la police de proximité!

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

15:11 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonjour.


Deux petites précisions à votre article par ailleurs bien argumenté.

L'appel à la délation rétribuée n'empêchera pas les méthodes "brutales" que vous dénoncez mais vient s'y ajouter.
Pourquoi "On" ne fait rien quand il s'agit de la Corse?
Là les "encagoulés" peuvent y donner des conférences de presse, les armes à la main.
Les journalistes y ont été déjà été conviés dans le passé.
Sans "réaction" policière.

Et cela, l' "Omerta", y dure depuis plus de cinquante ans.

Passer la Corse "au Karcher", vous n'y pensez pas.

Bon "ouiquende."

JC S.

Écrit par : salard | 08/12/2007

On peut souvent lire que les habitants des quartiers sont les premiers à souffrir du comportement des "jeunes" de banlieue. A eux d'agir, s'ils veulent améliorer leur vie quotidienne. S'ils choisissent de se taire, eh bien, ils n'ont qu'à continuer à regarder leurs voitures brûler... Et s'ils ne veulent dénoncer personne, qu'ils organisent des "réseaux citoyens" (les Français aiment beaucoup l'adjectif "citoyen") ou qqch du genre pour ce défendre contre la racaille, pardon, contre les lascars. J'avoue que j'ai de la peine à comprendre leur passivité et leur résignation face aux gangs, aux armes, aux molosses tueurs de bébés.

Écrit par : Babouchka | 10/12/2007

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