03/12/2007

Comprendre et excuser: la grande confusion

Les émeutes de Villiers-le-Bel se sont donc éteintes. Mais que se passera-t-il lorsque les 1000 policiers quitteront cette cité et ses voisines? En tout cas, les commentaires, eux, poursuivent leurs feux de bouche. Une grande partie d’entre eux se résume ainsi: «ceux qui cherchent à savoir ce qui s’est passé excusent les actes barbares des émeutiers et font de l’angélisme.»

Cette réaction est typique de la confusion mentale qui sévit actuellement. Ce que nous avons vu à Villiers-le-Bel demeure inacceptable et inexcusable à tous points de vue: tirs à balle sur les policiers, lynchage d’un commissaire qui a échappé à la mort par miracle, tabassage de journalistes, pillages de magasins bien ciblés (ceux des amis sont épargnés), incendies de bâtiments publics.

Alors, oui, ça fait du bien de s’indigner un bon coup devant ces porteurs de capuchons qui roupillent la journée pour mieux, le soir venu, mettre leurs propres équipements à feu et à sang, dans une sorte de grand sabbat autodestructeur.

Mais s’arrêter à cette légitime indignation ne fait que perpétuer l’aveuglement devant des réalités gênantes. Pourquoi ces émeutes se déroulent-elles toujours dans les mêmes lieux? Comment les parents de ces «lascars» se sont-ils laissé déborder? Pourquoi les milliards promis lors des émeutes de 2005 n’ont pas amélioré la situation des banlieues? Pourquoi le fait de vivre à Sarcelles ou à Gonesse ou à Villiers-le-Bel constitue un facteur de rejet à l’embauche? Pourquoi la police est-elle si détestée – même par des citoyens âgés et peu portés à la violence – dans les quartiers dits «sensibles»?

On ne saurait répondre par des clichés mais par une réflexion. Et pour que cette réflexion s’engage, il est nécessaire de ne pas se complaire dans les plis confortables de l’indignation. Le mot même de «réflexion» devient incongru dans la société médiatique qui dicte sa dictature de l’émotion par l’emploi surabondant d’images-choc. Réfléchir, c’est d’une certaine manière résister. Au flux télévisuel, mais aussi à la barbarie. A toutes les barbaries.

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

11:44 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bien. Mais qui d'autres que vous, journalistes, pourraient amener un début de réponse à ces questions ???

Écrit par : Géo | 03/12/2007

Géo s'appelle Roland Favre et Rabbit Pierre-André Rosset, domicilié dans le canton de Vaud.
Coller leur adresse mail dans google: petrus@recyclable pour rabbit et rfgeollon pour geo... et faites circuler!

Écrit par : Un ami | 05/12/2007

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