28/11/2007

Le journaliste face à la haine des émeutiers

Suivre les émeutes de Villiers-le-Bel, dans la région parisienne constitue une rude leçon pour le journaliste. D'habitude, lorsque le reporter couvre une manif, il est généralement bien reçu. Les protestataires n'ont aucun intérêt à brusquer celui qui, bien ou mal, relaie le contenu de leur révolte. A Villiers-le-Bel, à Sarcelles, à Gonesse  et dans ces cités du Val d'Oise (le 9 - 5 ainsi que ses habitants le nomment comme s'il s'agissait d'un numéro matricule), rien de tout cela. D'ailleurs, on ne saurait parler de manifs en l'occurrence. Point de défilés avec drapeaux rouges ou noirs, de calicots moqueurs contre le gouvernement, de slogans scandant des revendications.  Les "lascars" cassent en se taisant. Il y a la rage - qui s'explique par une situation sociale dramatique. Mais il y a aussi le sentiment de garder un territoire. Le policier est un intrus qui va mettre son nez dans les trafics de l'économie souterraine. Mais aussi le pompier. Et maintenant le journaliste. Un reporter porte-t-il une caméra? Il est agressé. Moins pour voler son appareil que pour le fracasser. Les photographes subissent un sort semblable. Epargnés jusqu'alors, les journalistes de l'écrit deviennent eux aussi des indésirables. Un de ces "lascars"  n'a pas hésité à prendre sous mon nez le carnet de note de mon confrère de "Ouest-France" pour en lire son contenu. Avant de le rendre d'un air las, n'ayant pas réussi à décrypter les hiéroglyphes.

Naguère encore, le reporter de manif avait l'impression de servir de trait d'union entre une colère et les institutions. Il en tirait, sinon de la fierté, du moins le sentiment de se rendre utile à la société. Aujourd'hui, les damnés du macadam le regardent comme un rouage de cette Grande Machine dont ils ne comprennent pas le mécanisme. Notre rôle pourrait être de leur en donner le mode d'emploi. Encore faudrait-il qu'ils le souhaitent. Ce qui est une tout autre histoire.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

17:43 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

Commentaires

Pourquoi les journalistes seraient à l'abri et que seul les policiers et les pompiers seraient au feu ? Les journalistes doivent aussi gagner leur pain au front et non au chaud derrière leur bureau.

Écrit par : Ivan Skyvol | 28/11/2007

Toute la difficulté est de se faire respecter, et ceci auprès des leaders...? En même temps, c'est un journaliste derrière son bureau qui dit ça!

Écrit par : Nicolas Burnens | 28/11/2007

Le problème est qu'il n'y a pas de message dont le journaliste pourrait se faire le médiateur ! Ce qui frappe c'est justement la vacuité du message : c'est une manifestation du non-langage, un éloge de l’aphasie. C’est pourquoi chacun peut à l’envi sous-titrer ces désolantes guerres urbaines ; la sous-culture est totale. Ces jeunes haïssent tellement le langage et la culture qu’ils brûlent des écoles et des bibliothèques.
La manif traditionnelle voulait (le modèle est 68’) changer la société pour qu’elle s’adapte à la nouvelle pensée dont la jeunesse d’alors se disait porteuse et qu’elle ne cessait d’expliquer ; la manif néo-moderne semble vouloir que chacun puisse prendre sa place dans cette société de la consommation et s’intégrer dans la lourde et conforme bastringue du monde comme il va. Et évidemment, il n’y a rien à dire et tout à brûler !

Écrit par : Jean Romain | 29/11/2007

oo

Écrit par : François Henriot | 29/11/2007

Les "damnés du macadam"! Assez de compassion et de formules glorificatrices pour les voyous. Les médias, depuis des annés, essaient, en France du moins, de se faire le relais de toutes les justifications possibles: poussés par leur environnement post soixante-huitard, ainsi que leurs rédacteurs en chef, les journalistes donnent la parole systématiquement aux "assoces" sympathisantes des casseurs, et volontiers à ceux-ci. Eh bien, lécher les bottes ne sert à rien, on en a hélas la preuve aujourd'hui. J'ai été journaliste plus de trente ans, et c'est cette ambiance rédactionnelle qui vient de me faire changer de métier! J'ai démissionné! Alors, je regrette les difficultés de mes anciens confrères. Mais rien ne me surprend. Qui contribue à semer le vent... Je sais cependant que beaucoup est encore à améliorer dans ces quartiers: ce n'est pas parce que l'on a horreur des voyous que l'on est aveugle. Et je ne suis pas lepéniste.

Écrit par : François Henriot | 29/11/2007

Les "damnés du macadam"! Assez de compassion et de formules glorificatrices pour les voyous. Les médias, depuis des annés, essaient, en France du moins, de se faire le relais de toutes les justifications possibles: poussés par leur environnement post soixante-huitard, ainsi que leurs rédacteurs en chef, les journalistes donnent la parole systématiquement aux "assoces" sympathisantes des casseurs, et volontiers à ceux-ci. Eh bien, lécher les bottes ne sert à rien, on en a hélas la preuve aujourd'hui. J'ai été journaliste plus de trente ans, et c'est cette ambiance rédactionnelle qui vient de me faire changer de métier! J'ai démissionné! Alors, je regrette les difficultés de mes anciens confrères. Mais rien ne me surprend. Qui contribue à semer le vent... Je sais cependant que beaucoup est encore à améliorer dans ces quartiers: ce n'est pas parce que l'on a horreur des voyous que l'on est aveugle. Et je ne suis pas lepéniste.

Écrit par : François Henriot | 29/11/2007

Tiens, tiens.
"c'est cette ambiance rédactionnelle qui vient de me faire changer de métier"
On a donc pas rêvé...

Écrit par : Géo | 29/11/2007

Les journalistes viennent de découvrir que les pauvres jeunes des banlieues, victimes de la société, sont en réalité des êtres violents, racistes et bornés! Quelle bonne nouvelle! N'oublions pas non plus que les "victimes" roulaient sans casque, la faute à la police?

J'ai lu récemment qu'un marchand de kebab avait refusé de servir des journalistes, de peur que les "jeunes" ne lui cassent sa baraque... Les jeunes font la loi et décident qui a le droit de manger dans la cité, super! A une certaine époque, les commerçants n'avaient pas le droit de servir les juifs... toute ressemblance avec des idéologies existantes serait bien sûre purement fortuite! (ajoutez à cela la mentalité "les femmes à la maison"!)

Écrit par : Babouchka | 29/11/2007

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