15/11/2007

Le bizutage du plouc

Pour un premier jour à Paris, le plouc que je suis a subi a sacré bizutage: la grève des transports qui transforme le quidam en piéton et le piéton en galérien. Première mission journalistique: se rendre dans les gares pour y sentir l'air de la contestation syndicale. Encore faut-il y arriver, à la gare. Et c'est là que le plouc possède un avantage indéniable sur le bobo (pour les ploucs encore plus ploucs, bobo signifie "bourgeois-bohème", classe sociale dominante dans le Paris delanoësque): il sait marcher, lui. Et parvient à la gare de Lyon sans trop d'encombres grâce à la ligne miracle, la 14 qui fonctionne automatiquement. (Le rêve de sarkozy: transformer toutes les autres lignes, en métro 14)

A la gare de Lyon, c'est le désert. Beaucoup d'uniformes et peu de civils. Les CRS montent la garde pour empêcher les étudiants - gréviste eux aussi - de bloquer les rares trains qui circulent. Et les cheminots en colère, où se cachent-ils? Un agent de la SNCF inspecte les trains. Il porte un uniforme azur, un beau badge qui montre combien il est vachement chef. Et surtout, une immense casquette blanche comme celles qu'en portaient les amiraux de la flotte soviétique. Le plouc journaliste déploie son sourire numéro 1bis pour aborder ce magnifique spécimen de la fonction ferroviaire. Mais l'interlocuteur affiche une mine de tchékiste (c'est dû à la casquette, sans doute) pour aboyer: "pas de déclaration!" Bon. On élargit le sourire et on tente de reprendre le dialogue par un autre bout: "Pas de déclaration!". Le sourire devient banane. Mais rien n'y fait: "Pas de déclaration!". Alors tant pis, au revoir Monsieur: "Pas de déclaration!" éructe la casquette blanche derrière mon dos. Je repense alors ce que disait ma grand-mère savoyarde: "Mets un uniforme à un Parisien, affuble-le d'un titre bien ronflant. Et il se prendra aussitôt pour Napoléon en plein soleil d'Austerlitz." Cette maxime se confirme avec d'autres casquettes, tout aussi blanches et tout aussi avenantes. Les casquettes bleues (elles sont moins cheffes sans doute) sont plus sympas. Mais ne savent rien. Je dois d'ailleurs expliquer moi-même à des touristes éberlués comment faire pour prendre un billet de la ligne 14, en usant d'un anglais digne de Jacques Delors.

  A la gare Saint-Lazare, même schéma. Seul changement, les CRS sont remplacés par des...chasseurs alpins aisément reconnaissables à leur immense béret en forme de bouse de vache éclaffée. Fiasco total. Retour à la maison. A pieds bien sûr. De ce premier jour à Paris, j'ai donc rencontré des couvre-chefs grognons et des chaussures fatiguées.

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Votre papier me fait rappeller un citation de Coluche "De tout ceux qui n'ont rien à dire, les plus intéressants sont ceux qui se taisent".

Écrit par : Dji | 15/11/2007

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