24/02/2017

Meklat, le Dibbouk et le facho en moi

Un dibbouk par Ephraim Moshe Lilien (1874–1925) dans le Livre de Job.jpg

Les tweets immondes du « double » de Mehdi Meklat ont fait un bruit tel qu’il a même couvert celui de la campagne électorale. C’est dire. Cet épisode illustre-t-il la confrontation entre deux sociétés, comme l’affirme Le Monde ou celle qui naît en nous ? Les deux sans doute. (Illustration tirée du Livre de Job. "Un Dibbouk" par Ephraim Moshe Lilien; 1874–1925)

Meklat, c’était le chouchou des médias. Un jeune (24 ans) de la banlieue parisienne, formé au Bondy Blog, devenu chroniqueur vedette dans les médias les plus courus, auteur de bouquins, icône de la France des Beurs, modèle des lascars qui soutiennent les murs de leur barre HLM. C’était, car son aura s’est éteinte comme l’ampoule d’un réverbère en panne après son passage, jeudi 16 février, à l’émission « La Grande Librairie » sur France 5.

Parmi les téléspectatrices, une enseignante qui connaît la face cachée de Mehdi Meklat. Elle ne supporte pas de le voir se pavaner devant les caméras et balance sur la Toile un florilège des tweets que Meklat a signés sous le pseudonyme de « Marcelin Deschamps » de 2011 à 2016. De clic en clic, la nouvelle s’est répandue causant un beau scandale dans la sphère médiatique. A titre d’exemples, citons quelques tweets de « Marcelin Deschamps », dans les catégories « antisémitisme », « pro-djihadisme » et « homophobie » : « Faites entrer Hitler pour tuer les juifs » (24 février 2012) ; « Je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie Hebdo » (30 décembre 2012) ; « Vive les PD Vive le Sida avec Hollande » (3 décembre 2013).

Piégé par l’éphémère à longue mémoire

Sommé de s’expliquer sur les médias, son terrain de jeu favori, Mehdi Meklat a soutenu que « Marcelin Deschamps » n’était que son « double maléfique », ajoutant, façon Docteur Jekyll et Mister Hyde : «A travers Marcelin Deschamps, je questionnais la notion d'excès et de provocation. Mais aujourd'hui je tweete sous ma véritable identité » et de battre sa coulpe d’un poing mou : « Je m'excuse si ces tweets ont pu choquer certains d'entre vous : ils sont obsolètes. »

Cet usager impénitent des réseaux sociaux aurait dû savoir que sur la Toile, rien n’est obsolète. Vos photos les plus scabreuses, vos vidéos les plus intimes, vos discours les plus idiots, vos écrits les plus ineptes peuvent vous revenir en pleine poire, même des années plus tard. La Toile, c’est l’éphémère à longue mémoire.

Pour sa défense, Meklat aurait pu plaider qu’il avait « fait du second degré », voire du centième ou du millième degré mais que les réseaux sociaux ne le supportent plus et prennent tout au pied de la lettre. Imaginez, ajouterait-il, le sort réservé à Georges Brassens s’il avait publié sur Facebook le texte de sa chanson Au Marché de Brive-la-Gaillarde (comme je suis moi aussi un brin pervers, la voici)…

 Mais voilà, à partir du moment où vous exaltez l’antisémitisme, crachez sur les victimes du terrorisme et les malades du Sida, il n’y a plus de second degré possible, pas plus hier qu’aujourd’hui. C’est intolérable. C’est tout. Quel que soit le support.

Cela dit, l’excuse du « double manifeste », pour minable qu’elle apparaisse, nous dit tout de même quelque chose. Dans un bel édito, Le Monde de mercredi 22 février souligne que « cette duplicité en reflète une autre, celle de deux sociétés parallèles qui n’arrivent toujours pas à converger ». D’une part, « la société médiatique (…) consciente des ratés de l’intégration des minorités issues de l’immigration, mais réticente à faire elle-même le lent et laborieux effort d’intégration (…) » et d’autre part, « la société des quartiers, que ces difficultés d’intégration rendent de plus en plus rebelles (…)».

Les dibboukeries

Il y a une autre duplicité que révèlent les éclats de Meklat. Si nous cessons de nous raconter des fables roses sur nous-mêmes, nous devons admettre que nous portons tous un facho dans les replis de notre ombre intérieure.

 Un sale reptile qui vient du fond des âges et s’excite contre tout ceux qui ne font pas partie des siens, qui veut dominer son entourage tout en acceptant, dans le même mouvement, d’être dominé par les porte-paroles de ses passions tristes, par tous ceux qui savent le réveiller et l’agiter en nous pour mieux s’en servir dans leurs propres intérêts.

Il est formé par toutes nos frustrations réelles ou imaginaires, nos angoisses non-dites, nos peurs inavouées, nos regrets refoulés, les erreurs d’aiguillage de notre existence, nos remords mal digérés, nos préjugés lourdingues. Il grossit à mesure que s’étiole notre estime de soi.

Ymaginères. Webzines.jpg

Illustration tirée du webzine Ymaginères

 La mythologie juive appelait ce monstre intérieur, le Dibbouk. Meklat l’a nommé « Marcelin Deschamps », un nom bien « français de souche » comme pour le mettre à l’extérieur, en faire une entité noire qui n’aurait rien à voir avec sa personnalité, même si c’est sa main à lui, Mehdi Meklat, qui s’agite sur le clavier du smartphone. S’il avait voulu exorciser son Dibbouk en procédant ainsi, alors c’est vraiment raté. On ne se débarrasse pas comme ça de son Dibbouk. D’autant plus que le reptile en s’extériorisant s’est nourri de tous ses « followers », ses « suiveurs » qui ont applaudi à ses dibboukeries. Il est devenu costaud, bien alimenté, en pleine forme. Et les autres Dibbouk ont été confortés par cette avalanche d’immondices. De Dibbouk en Dibbouk, on en arrive à ce que le pire vienne au pouvoir. Au pouvoir de notre petite vie. Au pouvoir de la société.

Le fascisme, c’est le Dibbouk en liberté. Et ce n’est pas qu’une affaire de blancs ou de chrétiens. Tout le monde en est affecté. L’erreur serait de nous croire forcément meilleur que Mehdi Meklat. C’est d’abord, en nous que le combat contre le Dibbouk doit commencer. Devenir conscients de notre facho interne pour mieux le jeter dans un néant salvateur.

Jean-Noël Cuénod

17:42 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : racisme, antisémitisme, homophobie, réseaux sociaux | |  Facebook | | |

18/05/2013

La loi sur le mariage gay est validée: de quoi se mêle l'Eglise catholique?

La loi sur le mariage homosexuel est inscrite dans le droit. Elle a passé les filtres du parlement et du Conseil constitutionnel. Pourtant, par la voix du cardinal Barbarin  - archevêque de Lyon et à ce titre primat des Gaules -, l’Eglise dite catholique(1)  poursuit le combat: «Je pense que cette loi provoquera plus de trouble. Si elle passe, c’est évident que je continuerai ma mission», a-t-il déclaré vendredi devant les caméras d’Orange-Le Figaro (cf. l'intégralité de son intervention où il aborde d'autres sujets dans ESPACE VIDEO).

 

Que l’Eglise romaine fasse entendre sa voix pendant le débat qui a précédé l’adoption de ce texte, qu’elle organise des manifs à grande échelle pour s’y opposer, c’est dans l’ordre des choses démocratiques. Mais qu’elle maintienne ses consignes de bataille, alors que le mariage gay est devenu, en toute légalité, une loi de la République, cette Eglise sort de son rôle et dévoile ce qui constitue, de tout temps, sa véritable nature: une institution de domination qui prend en otage la sublime figure du Christ pour cacher ses desseins trop humains.

 

De quoi se mêle-t-elle, cette Eglise? La République ne cherche pas à lui imposer de consacrer religieusement une union entre personnes de même sexe. Si tel avait été le cas, l’institution aurait, à bon droit, protesté en brandissant la Loi de 1905 qui sépare en France Etat et religions. Maintenant que le «mariage pour tous» est devenu réalité juridique, qu’elle respecte, à son tour, cette séparation. On ne saurait s’en prévaloir lorsqu’elle nous arrange et en faire fi lorsqu’elle nous dérange.

 

En poursuivant son combat, que cherche-t-elle? A changer la loi? Tous ses recours sont épuisés. A entrer dans le jeu politique pour que, chassant la gauche du pouvoir, la droite abroge le mariage gay? Tout d’abord, il n’est guère probable qu’en cas d’alternance, la droite se lance dans une telle mesure qui tiendrait du casse-tête juridique. Ensuite, l’Eglise romaine ne pourrait plus prétendre se situer au-dessus de la mêlée. Elle y entrerait au beau milieu. Et foi d’ancien pilier de rugby, dans une mêlée, on prend beaucoup de coups! De ce mauvais combat, le catholicisme en sortirait encore plus cabossé qu’il ne l’est. 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

(1)    Selon l’étymologie grecque, «catholique» signifie «universel». Or, l’Eglise qui se prétend telle n’est qu’une branche, parmi d’autres, du christianisme, ni plus ni moins. Elle ne saurait donc prétendre à l’universalité. En tant que chrétien, je n’accepte pas qu’une institution qui doit plus à César qu’à Dieu veuille parler en mon nom.

 

ESPACE VIDEO

 

14:05 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : mariage pour tous, homosexualité, catholicisme | |  Facebook | | |