25/01/2015

HAÏKUS POUR LES ANIMAUX DE PARIS

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Le chat se promène

Sur le dos de la nuit

    Pour chasser les astres

 

 

Le pigeon se penche

Et à petits coups de bec

Boit son image

 

Un voyou de chat

Pisse sur un pneu et glisse

Entre ses mystères

 

Le chant des oiseaux

Rend le chat parisien

Avide et frustré

 

 

 

Sous les feuilles mortes

Un pigeon un peu couillon

Apprend à nager

 

 

La belle belette

Rend chèvres tous les blaireaux

Du parc Montsouris

 

 

 

 

Au-dessus des toits

Une cheminée qui boite

Rend fous les corbeaux


Sous les réverbères

Le vieux rat des poubelle

Attend ses fantômes

 

 

Jean-Noël  Cuénod

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22/01/2015

Djihadisme en France: l'école et les banlieues en mille morceaux (2)

 

A la demande de ses amis français, le Plouc publie ici ses derniers papiers parus dans la Tribune de Genève et 24 Heures sur la France après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes. Voici le second, consacré à une interview du formidable comédien Papy (Alain Degois), suivie d'une vidéo qui donne une petite idée de son travail avec et pour les jeunes de banlieue.

 

imgres.jpgL’impressionnant élan d’union nationale qui a emporté la France après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher ne saurait cacher les profondes fractures qui divisent sa société et, en premier lieu, ses banlieues. Comment recoller les morceaux d’Hexagone brisé? Le comédien Alain Degois, plus connu sous son surnom Papy, ne manque pas d’idées. Immergé dans le monde des quartiers catalogués «sensibles», il y a découvert de nombreux talents dont Djamel Debbouze, Sophia Aram, Arnaud Tsamere. Pendant vingt ans, il a animé la troupe «Déclic Théâtre» à Trappes en banlieue parisienne, vouée à l’improvisation théâtrale. Aujourd’hui, il dirige la société de production AD2 «Allons Z'enfants de la Culture».  Ajoutons qu’il est rigoureusement impossible de vouvoyer Papy.

 

– Comment ton coin de banlieue a-t-il réagi?

 

­– Le choc a été violent, pour tous. Je craignais que la situation ne dégénère à Trappes ou ailleurs. Mais je ne vois rien de tel, pour le moment. Je suppose que l’impressionnante mobilisation de dimanche dernier – avec les quatre millions de Français qui ont participé aux marches républicaines – a étouffé toutes les velléités de déstabilisation  dans les banlieues.

 

­– D’emblée, quelles sont les premières réactions à Trappes?

 

– Je remarque deux dénis. Le déni musulman et le déni français. Lorsqu’ils me parlent des djihadistes, mes amis musulmans répètent que l’islam, ce n’est pas ça, que les terroristes ne sont pas des vrais musulmans… Je leur réponds, eh bien si, ils le sont, musulmans! Certes, ils ne correspondent pas à votre lecture du Coran mais enfin, ils ont été élevés dans des familles musulmanes. Ils ont fréquenté la mosquée. Ils ont été éduqués dans l’islam. On ne peut pas évacuer leur islamité d’un revers de main. Il faut aussi que les musulmans se confrontent à cette réalité. L’autre déni est exprimé par la France. Car, les trois terroristes étaient de nationalité française, nés en France, élevés, comme moi, à l’école de la République. Prenons bien conscience de ce fait, au lieu de renvoyer les tueurs à leur origine familiale. Ce sont des Français fous de Dieu qui ont assassiné d’autres Français libres penseurs. De même, l’égorgeur montré par les caméras de l’Etat islamique était un Normand de souche.

 

­– Les terroristes – mais aussi le brigadier Ahmed Merabet assassiné par eux – venaient tous de la banlieue parisienne. Pourtant, on ne peut pas dire que rien n’a été fait en faveur des cités défavorisées…

 

– En 1995, la France subit une vague d’attentats meurtriers. En 2005, les émeutes de Clichy-sous-Bois se répandent dans les banlieues de l’Hexagone. Et nous voilà en 2015 avec ces deux attentats. A chaque fois, le gouvernement y va de son «plan banlieue» et promet des aides financières en faveur des zones déshéritées. Or, les associations de quartiers ou culturelles n’ont pas vu l’ombre d’un centime de cette montagne d’euros!­

 

– Et où va l’argent?

 

­– Voilà comment le système fonctionne. Le gouvernement demande aux régions d’établir la liste des projets à soutenir. Les régions refilent cette mission aux départements. Ceux-ci se tournent vers les maires pour les charger de rédiger cette liste des priorités. C’est donc le potentat local qui va, en fin de compte, distribuer la manne. Il va choisir les associations qui sont de son bord politique ou qui peuvent lui valoir  des électeurs. Les autres, souvent plus utiles socialement, ne recevront que des miettes. Et encore! Alors, cette année, j’espère qu’on nous épargnera le énième «plan banlieue» et que le gouvernement se mettra enfin à cibler ses aides, là où le besoin se fait réellement sentir.

 

– La prise d’otages à l’Hyper Casher de Vincennes et les quatre Juifs assassinés démontrent la virulence de l’antisémitisme. Le phénomène est-il nouveau?

 

– Avant la première guerre du Golfe en 1990-1991, ce sentiment était ignoré dans les communautés musulmanes. C’est à partir de ce conflit que les gamins se sont mis à jouer à la guerre en se donnant les rôles d’Arabes et de Juifs. Ils avaient alors une dizaine d’années. Aujourd’hui, ils ont donc l’âge des terroristes de la semaine passée, les frères Kouachi et Amédy Coulibaly. Ce n’est sans doute pas un hasard.

 

– Comment l’islam radical a-t-il pu ainsi se développer dans les cités dites «sensibles»?

 

– Depuis trente ans, on a laissé les imams intégristes prêcher un islam violent, inspiré par les Frères musulmans. Les politiciens locaux ne les prenaient pas au sérieux et se persuadaient qu’en leur laissant un strapontin, cela suffirait à les calmer. Mais les fous de Dieu ne pensent pas ainsi. L’un d’entre eux avait proclamé que Trappes deviendrait une république islamique et qu’il avait tout le temps pour y travailler. Le politicien, lui, n’a pour horizon que la fin de son mandat. L’Etat a donc laissé les esprits se gangrener. Et lorsque des troubles ont surgi, il n’a eu pour seule réponse que le déploiement des forces policières. Et après cette opération, lorsque les CRS ont regagné leur caserne, que se passe-t-il? Rien! C’est à nous, les associations de quartier qu’il revient de payer les pots cassés, avec nos petits moyens.

 

– Pour recoller les pots cassés de la République, que proposes-tu?

 

– Je rêve d’une B.I.C., Brigade d’intervention culturelle, chargée de créer des événements pour les gens qui sont persuadés que la culture n’est pas  faite pour eux. Ce n’est pas eux qui iront à Molière. C’est à nous de leur amener Molière. C’est la culture que les terroristes ont voulu attaquer à Charlie Hebdo. C’est par la culture que nous devons répliquer. Ces habitants de Trappes ou d’ailleurs qui viennent du Maroc, du Sénégal ou du Mali n’ont pas de mémoire liée à leur ville, rien qui les rende fiers. Alors, ils se recroquevillent sur leur mémoire communautaire. L’intervention culturelle sur leurs lieux de vie leur donnerait enfin cette mémoire de Trappes qui les sortirait du ghetto dans lequel ils ont été confinés.    

 

 Jean-Noël Cuénodimgres-1.jpg

 

 

 

 

 

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21/01/2015

Djihadisme en France: l'école et les banlieues en mille morceaux (1)

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A la demande de ses amis français, le Plouc publie aujourd’hui et demain, ses derniers papiers parus dans la Tribune de Genève et 24 Heures sur la France après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes. Le premier est consacré à l’école. Il est suivi d’une vidéo sur la manière dont la minute de silence à la mémoire des victimes a été vécue dans certains établissements scolaires.

 

L’école en France est l’objet de critiques acerbes. Elles ont pris un tour encore plus vif, après les incidents qui ont émaillé, dans quelques établissements scolaires, la minute de silence dédiée, jeudi 8 janvier, à la mémoire des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo. A Lille, un élève a menacé son enseignante – «je te bute à la kalach’» – qui annonçait cette minute de recueillement. «Il ne faut pas se le cacher, beaucoup de responsables nous en ont informé : il y a eu des discussions parfois désagréables lors de cette minute de silence», confirme Anne Marty, présidente de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public-PEEP.

Antoine Tresgots, prof d’histoire-géo au Collège (Cycle d’Orientation à Genève) de Montargis dans le Loiret et membre de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) relativise: «Sur 8000 collèges en France, il n’y a qu’une centaine d’établissements qui ont enregistré des incidents durant cette minute de silence.» Comment s’y est-il pris pour expliquer à ses élèves les attentats et prises d’otages des 7 et 9 janvier?

«Il a fallu tout d’abord les aider à gérer le choc. Un choc que nous, enseignants, avons aussi subi, comme tout le monde. Le plus important est d’en parler. Surtout, ne pas mettre l’événement sous le tapis. En mettant des mots, on met aussi de la distance par rapport à la violence exceptionnelle de l’événement. Il faut ouvrir la porte aux échanges pour lutter contre les phénomènes d’identification et éviter les amalgames dans tous les sens. Il ne faut pas que les élèves se sentent contraints d’adhérer à tel ou tel groupe en raison de leurs origines. Tout doit être entrepris pour les rendre libres.»

    Depuis les incidents survenus lors du moment de recueillement, les médias soulignent les risques de fracture au sein de l’école.

«La fracture existe mais elle n’est pas née avec les attentats», rétorque Antoine Tresgots qui poursuit : «La fracture, ce sont ces jeunes qui ne perçoivent pas le sens de l’école. Ils ne sont pas aveugles et voient bien que les valeurs de la République transmises par les enseignants ne sont pas pratiquées dans la vraie vie. Ils savent qu’en fonction du statut social de leur famille, ils ne pourront pas avoir accès aux meilleurs établissements. Comment voulez-vous enseigner l’égalité à des jeunes qui sont conscients de se trouver toujours du mauvais côté de la barrière? Enseigner ces valeurs, c’est vraiment difficile, dans de telles conditions. Il faut le faire, bien sûr. Mais la société doit aussi prendre sa part, alors qu’elle ne cesse de nous charger de nouvelles missions.»

Anne Marty, présidente de la PEEP (parents d’élèves), met en cause le fonctionnement du ministère de l’Education nationale:

«Jusqu’à maintenant, il pratiquait la politique de l’autruche en refusant de voir la réalité en face, à savoir que l’autorité des enseignants n’était plus respectée. Les recteurs disaient au ministère que tout allait bien chez eux. Il ne fallait surtout pas faire de vague sous peine de se faire reprocher une mauvaise gestion de leur établissement. Dès lors, la situation continuait à se dégrader à l’école sans que quiconque soit en mesure de briser cette omerta. Comment transmettre le savoir dans ces conditions?»

Anne Marty note, toutefois, un changement: «Aujourd’hui, après les attentats et les incidents qui se sont produits dans certains établissements, la ministre Najat Vallaud-Belkacem a eu la bonne réaction en affirmant le retour de l’autorité au sein de l’école. Son désir de tout mettre sur la table, d’en parler avec les enseignants et les parents d’élèves semble sincère et sérieux. Certes, dans un ensemble de la taille de l’éducation nationale, il faut plus qu’une volonté exprimée par une ministre pour faire bouger les choses. Mais cette volonté politique est absolument indispensable pour commencer ce processus. »

  

Jean-Noël Cuénod

 

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17/01/2015

"Charlie Hebdo" ou de l’utilité du blasphème pour un croyant

 

 

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Ainsi, la couverture du «numéro des survivants» de Charlie Hebdo, dessinée par Luz représentant le prophète Mohammed, soulève des vagues de manifs dans le monde musulman. De ventripotents avocats ont même brûlé une effigie de François Hollande à Karachi (photo ci-dessous). Ce qui donne une image assez consternante du Barreau pakistanais et de son niveau intellectuel. Les foules musulmanes crient donc au blasphème, cet outrage fait à Dieu.

 

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Mais de quoi parle-t-on en l’occurrence ? Il est plutôt sympathique, le Mohammed de Luz. «Là n’est pas le problème, éructent les barbes en bataille, il est interdit de représenter le Prophète, un point c’est tout!» Ah bon? Le Plouc a lu trois fois le Coran dans trois traductions différentes (Masson, Berque, Chouraqui). Il n’a lu aucune interdiction de ce genre. D’ailleurs, des illustrations perses et ottomanes (cf. au bas du texte, cette image tirée d’un manuscrit ottoman du XVIIe siècle) représentent aussi le prophète, sans que cela ait tiré les avocats de Karachi ou d’ailleurs de leur sieste.

 

Il en va de l’islam comme du judaïsme et du christianisme réformé, l’interdit porte sur la représentation de Dieu, cet Eternel que l’on ne saurait enfermer dans l’espace-temps d’une représentation physique, au risque de faire de cette image, l’objet de l’adoration. Or, dans les religions monothéistes, c’est l’Invisible que l’on adore et non pas ses imparfaits supports.

En islam, le prophète ne doit pas être pris pour Dieu ; Allah n’a pas d’associé. Et Mohammed n’est que son ultime prophète. Dès lors, le représenter n’est pas un blasphème puisqu’il n’y a pas d’outrage à Dieu.

 

Creusons un peu le vrai blasphème, celui qui outrage non pas un homme, aussi saint soit-il, mais l’Eternel, le Créateur, Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, bref, la puissance créatrice de la vie. En quoi ce Dieu peut-il être outragé par une injure, des imprécations, un dessin scatologique sortis du gosier ou du crayon d’un humain, mortel et faillible? Je ne sais si Dieu a des épaules mais s’il en avait, il les hausserait en signe d’indifférence. En quoi ce microbe qui s’énerve et s’agite pourrait faire de l’ombre à l’Eternel qui n’est que lumière?

 

Les barbes en batailles postillonneront alors que ce n’est pas Dieu qui serait outragé par ces dessins, mais les croyants qui lui sont fidèles. C’est leur foi qui serait ainsi atteinte.

 

La foi, c’est cette force intérieure, cette certitude inexprimable que seule la vie est permanente et que l’amour est son bras armé. La foi, c’est la voix sans le son, la parole sans les mots, la musique sans les notes. Vous pouvez essayer de la chasser si elle vous a visité ne serait-ce qu’une fois, mais elle revient toujours sous des formes diverses. Elle est là pour vous dire: «Tu vas mourir un jour. Mais ce ne sera pas le dernier mot.»

Alors, cette foi-là personne ne peut l’atteindre. Les injures, les insultes, les calomnies glissent sur elle comme sur les plumes d’un cygne toujours immaculé. Même les hommages outrés à Dieu, les bondieuseries ridicules, les dévotions hypocrites – qui sont pires que les insultes – ne sauraient ternir son plumage.

 

Dès lors, ceux qui crient actuellement au blasphème se sentent atteints dans leur ego, dans leur identité culturelle mais pas dans leur foi si, toutefois, elle leur est venue. C’est la haine de la démocratie qu’ils expriment et en aucun cas l’amour de Dieu qui n’a nul besoin de tels défenseurs.

 

Venons-en au blasphémateur; il prend en compte Dieu en le prenant à partie. Lorsque l’anarchiste Proudhon est reçu Franc-Maçon à la Loge «Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié»  à Besançon, à la question «que devez-vous à Dieu», il répond: «La guerre!» Ce qui ne l’a d’ailleurs nullement empêché de poursuivre sa carrière maçonnique.

 Lorsqu’on fait la guerre à quelqu’un, on ne l’ignore pas, on ne le nie pas. Au contraire, on le scrute, on l’observe, on imagine une stratégie à son propos, on trame des tactiques pour tenter de le circonvenir, on ourdit des complots pour essayer de le déstabiliser.

Le blasphémateur se dit athée mais il n’est pas indifférent. Il éprouve, au fond, une forme de foi.

  

Ensuite, Le blasphème représente une chance pour l’humain qui a la foi. Car le blasphème s’adresse toujours à un support de l’image de Dieu. Il est impossible d’insulter l’Invisible qui est, par nature, insaisissable ou de le caricaturer puisqu’il est sans visage. Le blasphème s’attaque donc aux emblèmes figurant (ou défigurant) Dieu. Or, trop souvent, les dévots confondent Dieu avec l’un de ses emblèmes. C’est ce bout de bois ou ce livre sacré qu’ils adorent et non pas la puissance de vie. Ils vénèrent donc des idoles, c’est-à-dire des illusions créées par la vanité humaine. En vilipendant l’emblème, le blasphémateur permet au croyant de distinguer entre le bon grain et l’ivraie, entre Dieu et ses supports.

 

Que l’Eternel protège ses blasphémateurs !

 

Jean-Noël Cuénod

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12/01/2015

«Je suis Charlie-Je suis flic-Je suis juif-Je suis Ahmed» :le récit national français est-il en chantier?

 Chaque pays construit son récit national. Les historiens en dénonceront le caractère mythique, toujours, les erreurs, souvent, et les falsifications, parfois. Il n’empêche qu’aucun ensemble humain ne peut s’en priver s’il veut fonctionner collectivement. Le récit national fait le peuple autant que le peuple fait le récit national.

 Au fil du temps, ce récit change pour épouser les contours de la société à laquelle il s’adresse. La France abrite aujourd’hui les plus grandes communautés juives et musulmanes d’Europe. Elle doit donc adapter son récit national à cette situation.

En 1998, après la victoire d’une équipe tricolore très multiculturelle, la «France Black-Blanc-Beur» a été célébrée par les médias. Mais le football n’a pas en France l’importance essentielle, quasi vitale, qu’il a dans d’autres pays comme le Brésil. Cette victoire, même célébrée dans la liesse, n’a pas remué le pays dans toutes ses profondeurs.

Les attentats contre Charlie Hebdo et l’hypermarché casher, en revanche, ont bouleversé la France de fond en comble. Les terroristes se sont attaqués à l’une des particularités de la culture française, la satire, et à la présence des Juifs en France qui, eux aussi, participent à cette culture depuis des siècles. Alors que ces terroristes se réclamaient d’un islam dévoyé, d’autres musulmans les ont affrontés, au péril de leur vie comme le brigadier Ahmed Merabet ou en l’ayant risquée, tel Lassana Bathily, le salarié de l’hypermarché casher qui a caché plusieurs clients. Durant cette attaque, deux jeunes juifs ont été tué en s’opposant au terroriste Coulibaly. Aussitôt des affiches ont fleuri: «Je suis Charlie – Je suis flic –Je suis juif – Je suis Ahmed». Car les flics, jadis conspués dans les manifs, sont devenus des héros.

Sur cette base, un nouveau récit national est-il en train d’être élaboré en France ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Mais déjà les personnages pour l’illustrer se mettent en place.

 

1. – «Je suis Charlie. Je suis musulman. Je suis Ahmed» 

 

Merabet.jpgLe brigadier Ahmed Merabet est l’exemple-type de la méritocratie républicaine. Originaire d’une famille d’immigrés algériens, il a bossé dur pour devenir un policier français en accumulant les petits boulots pendant ses études: serveur au McDo, travailleur à la SNCF et à l’aéroport de Roissy. Le policier vit à Livry-Gargan, dans ce département illustratif du mal-être de la banlieue parisienne, le «9-3», autrement dit la Seine-Saint-Denis. A bientôt 41 ans, le brigadier Merabet vient de réaliser son rêve, devenir officier de police judiciaire après avoir réussi son concours. Mercredi 8 janvier, il accomplit son dernier jour de policier de rue au commissariat du XIe arrondissement de Paris en patrouillant à vélo boulevard Richard-Lenoir. Il entend des coups de feu. Se précipite vers l’immeuble où travaille la rédaction de Charlie Hebdo. Tente d’intercepter les frères Kouachi qui viennent de commettre leur carnage. Le brigadier Merabet est tout d’abord blessé par balle et s’effondre sur la chaussée. L’un des deux terroristes s’approche de lui pour, calmement, l’assassiner.

L’autre héros musulman est le jeune Malien Lassana Bathily, 24 LassanaBathily.jpgans, vendeur à l’hypermarché casher de Vincennes. C’est lui qui a permis à plusieurs clients de se cacher dans une chambre froide, après avoir éteint le système de réfrigération. Par la suite, il s’échappe par le monte-charge et donne aux policiers les renseignements nécessaires pour mener à bien leur assaut. Lassana Bathily est venu en France en 2007 et a vécu sans papier jusqu’à sa régularisation en 2011.

D’ores et déjà, un site d’extrême-droite remet en cause son rôle. Car les mouvements identitaires développent un récit national rigoureusement opposé; l’exemple d’un ex-sans-papier musulman qui sauve des vies juives est donc, dans cette optique, insupportable. C’est ainsi que le nationaliste Jean-Marie Le Pen, au lieu de se réjouir de la victoire de son pays en 1998, avait vilipendé l’équipe de France «Black-Blanc-Beur».

 

2. – «Je suis Charlie. Je suis flic»

 

Brinsolaro.jpgComment imaginer deux mondes plus antinomiques que celui de Charlie Hebdo et de la police? Les journalistes de l’hebdomadaire satirique n’ont pas la plume tendre envers les forces de l’ordre et ses dessinateurs taillent leur crayon de façon fort pointue pour les caricaturer. Pourtant, le brigadier Franck Brinsolaro est mort à 49 ans en tentant de protéger le directeur de Charlie Hebdo, Stéphane Charbonnier dit Charb, tombé lui aussi sous les balles des frères Kouachi.

Policier d’élite, le brigadier était chargé de la protection des personnalités ; il avait accompli plusieurs missions dangereuses en Bosnie, au Liban, en Afghanistan. Il fut blessé par balle en Afrique, il y a une dizaine d’années.

Une semaine sur deux, Franck Brinsolaro ne lâchait pas Charb d’une semelle.  Il l’accompagnait partout: à la rédaction, chez les amis du dessinateur-journaliste, au restaurant et jusqu’à la porte de son appartement. Les deux hommes partageaient souvent leur repas. Et entre le flic et celui qui croquait la police avec appétit, des liens d’estime se sont tissés. A l’un de ses amis, Franck Brinsolaro avait un jour déclaré: «A Charlie, c’est du grand n’importe quoi, mais du n’importe quoi génial!»

 Dans Sud-Ouest, son épouse Ingrid– rédactrice en chef de l’Eveil Normand – témoigne que de tous les hommes qu’il a protégés, c’est Charb qu’il trouvait le plus intelligent. Elle ajoute : «Même s’il n’était pas du tout politisé, Franck aimait l’actu, l’info. Notre métier lui parlait. Et il est mort pour la liberté de la presse.» Il était le père d’un garçon de 25 ans, né d’un premier mariage et d’une petite May, âgée d’un an.

 A Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet ainsi qu’à tous les policiers et gendarmes qui ont maîtrisé de façon remarquable les prises d’otage de la semaine dernière, les participants aux grandes marches républicaines de dimanche ont réservé des ovations. Le plus stupide slogan de Mai-68 – «CRS=SS» – n’a jamais paru aussi incongru.

 

3. ­­– «Je suis Charlie. Je suis juif»

 

Selon les premiers témoignages des rescapés de la prise d’otage de Vincennes, deux jeunes juifs ont très courageusement tenté de s’opposer au terroriste Amédy Coulibaly qui venait de prendre en otages les clients de l’hypermarché casher de Vincennes, vendredi.

YohanCohen.jpgYohan Cohen, 20 ans, vivait avec sa famille à Sarcelles, dans le Val d’Oise près de Paris, qui abrite l’une des plus importantes communautés juives d’Europe. Après avoir obtenu son bac avec mention bien, il travaillait depuis un an à l’hypermarché casher de Vincennes afin de payer ses futures études universitaires. Yohan était ami avec son collègue de travail, Lassana Bathily.

Selon le témoignage de l’un des otages, Yohan Cohen a tenté de s’emparer de l’une des armes de Coulibaly. Mais elle s’est enrayée. Le terroriste a alors abattu le jeune homme d’une balle à la tête. Le tueur avait déposé cette arme dans un coin car elle ne fonctionnait pas. Coulibaly portait, outre un gilet pare-balle, une kalachnikov, quatre pistolets et quinze bâtons d’explosifs.

D’après d’autres témoignages, Yoav Hattab a tenté d’arracher son YohavHattab.jpgarme à Coulibaly avant d’être abattu par le terroriste.  Agé de 21 ans, originaire de l’île de Djerba, il était le fils du grand rabbin de Tunis et a été élevé à La Goulette, une ville portuaire située près de la capitale tunisienne. Il est parti pour Paris afin de suivre des études de commerce international. Pour les payer, le jeune homme travaillait comme responsable d’une petite entreprise.

Yoav Hattab habitait à Vincennes. Il se rendait régulièrement à l’hypermarché casher. Vendredi, le magasin était fréquenté par une nombreuse clientèle venue faire ses emplettes avant le shabbat.

Yohan et Yoav, deux garçons pleins de vie et d’espoirs sont donc morts pour avoir résisté à un terroriste qui avait pris d’assaut un commerce parce que celui-ci était fréquenté par des Juifs.

Et c’est parce qu’ils étaient Juifs que deux autres personnes ont été assassinées lors de cette action terroriste : François-Michel Saada, un retraité de 64 ans, et Philippe Braham, un cadre commercial de 45 ans.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

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11/01/2015

"Je Suis Charlie": Un tsunami humain pour emporter les ennemis de la liberté

 

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Le Plouc sort de la grande marche républicaine en l'honneur de Charlie Hebdo et de la liberté d'expression. Voici son papier qui paraîtra dans la Tribune de Genève et 24 Heures 

  

Paris n’avait jamais vu ça! 1,5 million de femmes, d’hommes et d’enfants ont participé, hier après-midi, à la grande marche républicaine pour défendre la liberté d’expression. En province, les défilés sont de semblable ampleur. En tout, 3,7 millions de citoyens sont  descendus dans les rues de France. C’est la plus grande démonstration publique jamais recensée outre-Jura.

Ces manifestants ont aussi honoré la mémoire des dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo, ainsi que celle de toutes les victimes de la semaine sanglante que vient de vivre la capitale française. C’est la République qui s’est réveillée en ce dimanche au froid piquant et ensoleillé. Elle semblait, jusqu’alors, bien assoupie.

1,5 million, cela représente plus d’un Parisien sur deux  qui ont marché – ou plutôt piétiné – entre la place de la République et celle de la Nation. Mais ils sont tellement nombreux que toutes les autres rues et boulevards sont pris d’assaut allant jusqu’à envahir une autre grande place mythique, la Bastille. Certains ont mis près de trois heures pour parcourir cinquante mètres.

L’ambiance au cœur de ce cortège? Impressionnante de sérénité, de bonhommie, de ferveur aussi. Aucun cri de haine. Nul appel à la vengeance. Devant nous, un groupe de jeunes beurs et leurs copains noirs brandissent des drapeaux tricolores en criant «vive la France, vive la République». D’autres arborent des drapeaux israéliens pour saluer les victimes du supermarché casher de Vincennes. Tous ces groupes se saluent, se congratulent, chantent souvent La Marseillaise

2.MichelPinault.jpgPlusieurs manifestants ont bricolé leur pancarte. C’est le cas de l’historien Michel Pinault qui a reproduit la «une» de L’Humanité annonçant l’assassinat de Jean Jaurès en lui ajoutant le bandeau «Je suis Charlie»: «Certes, la situation de Jaurès à la veille de la première guerre mondiale n’est pas celle que nous vivons actuellement. Mais il y a tout de même des similitudes. Il ne faut pas que la passion nous domine. Je propose donc ainsi une piste de réflexion».

Nadia, n’a pas de pancarte mais elle ne cache pas ses sentiments ni sa 3.Nadia.jpgdétermination : «Je participe à cette marche, avant tout parce que je suis Française mais aussi parce que je suis musulmane. En tant que Française, je défends les belles valeurs de la République laïque qui sont les miennes. En tant que musulmane, je m’oppose à toutes les formes de barbarie et de fanatisme. Chacun est libre de ses croyances.» 

1.Catherine.jpgCatherine, elle, est partie de Bordeaux pour battre le pavé parisien. Sur son écharpe rouge, elle a agrafé le dessin de Plantu publié par Le Monde de vendredi (Marianne pleurant sur l’Elysée) : «Pourquoi je suis montée à Paris? Par solidarité devant ces lâches assassinats. Pour défendre la liberté
d’expression et l’esprit critique. Pour affirmer mon attachement aux valeurs démocratiques face au danger de la barbarie.»

  Samuel et Christine ont également fait un voyage assez long, puisqu’ils ont quitté dans la matinée le… canton de Berne! «Nous sommes restés Français, même si nous vivons en Suisse. Nous voulions absolument témoigner notre attachement à la République et défiler dans un esprit d’unité, par-delà les clivages politiques et religieux.»

Yane et sa femme viennent du Val de Marne voisin avec leurs huit enfants : «Il n’est jamais trop tôt pour leur apprendre notre devise – Liberté, Egalité, Fraternité – et la défendre!»

Un groupe important de Kurdes du PKK piétine place de la République vers le boulevard Voltaire, avec drapeaux, portraits de leur chef Öcalan et des banderoles «Je suis Charlie. Je suis Kurde». D’autres pancartes expliquent leur présence: elles reproduisent l’agrandissement d’un article de Charb ­– le directeur de Charlie Hebdo, assassiné mercredi – expliquant que face à l’Etat islamique, les Kurdes nous défendent tous.

Des crayons géants apparaissent ici ou là. Le Parisien Daniel est très fier de sa banderole. Il a dessiné une grande colombe de la paix qui proclame dans une bulle: «65 millions de Charlie et moi, et moi, et moi» pour parodier la chanson de Jacques Dutronc. Des petits personnage répètent la même chose dans différentes langues, arabe, hébreu, allemand, anglais et même en corse et en basque.


La foule passe devant un car de CRS en stationnement. Les agents qui y sont installés sont acclamés. Une grande première pour une manif! Il s’agit de rendre hommage aux policiers qui ont été tués dans l’exercice de leur mission et saluer le professionnalisme des forces de l’ordre lors de ces trois jours de barbarie. L’un des participants au cortège brandit sous le nez des CRS cette pancarte: «Je suis Charlie, je suis juif, je suis policier». 

Une hirondelle ne fait pas le printemps, même en hiver. Mais l’impression qui se dégage de ce cortège ­– qui restera inscrit dans l’Histoire – est qu’un déclic s’est produit lors de cette démonstration de volonté collective. Un déclic qui annonce, peut-être, un réveil des valeurs républicaines et laïques auxquelles les Français ont rappelé leur attachement de façon spectaculaire.

Jean-Noël Cuénod 

 PS: grand merci à Monsieur Bernard Peyréga qui a transformé mon cliché raté en photo réussie.

 

 

 

 

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10/01/2015

Après l’attentat contre Charlie Hebdo, la guerre ? Mais quelle guerre ?

 

 

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Pendant trois jours Paris a vécu en état de guerre avec deux prises d’otages simultanées. En tout, 17 morts et la situation maîtrisée par les forces de police françaises qui ont donné une leçon de professionnalisme au monde entier. Cet état de guerre se retrouve même dans les choses minuscules de la vie. Ainsi, au marché Blanqui dans le XIIIe arrondissement, ce boucher qui attend en vain son fournisseur, bloqué pas les barrages de police en Seine-et-Marne ; cette dame qui s’empresse de regagner son domicile «et s’ils avaient posé une bombe, là, hein?»

La sanglante journée laissera forcément des traces que même le temps n’effacera pas si facilement. Ce serait donc la guerre? Mais de quelle guerre parlons-nous?

 

La guerre civile que des chroniqueurs comme Zemmour semblent appeler de leurs vœux tant ils disent la redouter ? Alors, les terroristes auront gagné et la démocratie aura perdu. Car, le plan de ceux qui ont manipulé les frères Kouachi et Amedy Coulibaly est justement de parvenir à cet affrontement interne qui mettrait en péril la France et au-delà, toute l’Europe.

 

La guerre des civilisations, Islam contre Occident ? S’il nous affrontons l’islam comme un bloc uni et cohérent, alors nous risquons de tomber dans un conflit sans fin ; il y a tout de même 1,6 milliard de musulmans sur la planète!

 

Il y a bel et bien un état de guerre, ou plutôt plusieurs niveaux de guerre. Le premier est constitué par l’affrontement de plus en plus intense entre les chiites et les sunnites. Et les attentats de Paris en procèdent, certes indirectement. Ceux qui ont manipulé les frères Kouachi – les islamoterroristes d’Al Qaïda au Yémen – mènent chaque jour des opérations  contre les chiites. Les attentats contre Charlie Hebdo avaient sans doute aussi pour objectif de placer les sunnites comme seuls vrais gardiens de la pureté islamiste.

 

Le deuxième niveau est beaucoup moins évoqué. Il s’agit de la répression implacable que mènent les dirigeants politiques sunnites contre un grand nombre de tariqas soufies. Le soufisme fait partie intégrante de l’islam mais il représente une voie centrée sur l’ésotérisme et la mystique que les intégristes de l’Arabie Saoudite et des Emirats, mais aussi d’Al Qaïda et l’Etat islamique (Daech), considérent comme hérétiques et qu’ils pourchassent systématiquement. Ces «tariqa» échappent trop à leur contrôle et certaines sont suspectées de donner trop d’importance au prophète Issa – c’est-à-dire Jésus – ce qui les rangerait du côté occidental. Même si Issa, pour les soufis, n’est pas perçu de la même manière que les chrétiens.

Les soufis représentent tout de même 20% de l’ensemble des fidèles du culte musulman, selon Khaled Bentounes, qui dirige la «tariqa Alâwiyya» en Algérie qui a souffert de la répression du gouvernement algérien dès l’ère Boumedienne.

 

Il y a aussi un troisième niveau de conflit, celui qui oppose les démocrates arabes aux intégristes, incarnés par les Frères musulmans. Jusqu’à maintenant les démocrates en terre d’islam étaient mal organisés, faibles numériquement et désunis. Le succès impressionnant de l’élection présidentielle en Tunisie démontre que tel n’est plus forcément le cas.

Enfin, il y a les aspirations d’un nombre de plus en plus élevé de femmes musulmanes à ne plus subir le joug patriarcal. En Tunisie, elles ont tenu un rôle capital dans l’instauration de la démocratie. Au Maroc, elles sont nombreuses à prendre l’économie en mains. Et même en Arabie Saoudite, elles commencent à relever la tête en réclamant le droit de conduire leur voiture !

 

Il faudra donc jouer intelligemment de toutes ces contractions au sein de l’islam. Les Etats-Unis semblent enfin l’avoir compris en préparant la remise en selle de l’Iran chiite comme interlocuteur valable. De même, en Syrie, il faudra bien choisir entre la peste Etat Islamique et le choléra Bachar.

 

Les nations démocratiques doivent donc tenir compte de ces multiples niveaux qui font de l’islam, non pas un bloc, mais un puzzle. Et il est important que les opinions publiques occidentales ne poussent pas leur gouvernement à prendre des décisions islamophobes qui iraient à fin contraire de nos propres intérêts.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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08/01/2015

Terrorisme à Charlie Hebdo : le temps des amalgames

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Après le massacre à la rédaction de Charlie Hebdo, l’amalgame entre islam et terrorisme fait partie des craintes les plus couramment exprimées. A ce propos, voici l’interview par Le Plouc de Samir Amghar,  sociologue français, docteur de l’Ecole des hautes études de sciences sociales (EHESS) de Paris et chercheur à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il est l’auteur notamment de L’islam militant en Europe (Editions Infolio). Le Plouc diffuse en fin de blogue une vidéo de BFMTV avec un autre sociologue spécialiste de l’islam, Gilles Kepel.

 

- Après l’attentat contre Charlie Hebdo, de nombreuses voix s’élèvent pour combattre tout amalgame entre l’islam et le terrorisme. Cet amalgame, comment se forme-t-il ?

 

- Il y a en France et, plus généralement en Europe, un phénomène d’essentialisation des musulmans qui sont renvoyés systématiquement à leur pratique religieuse, en leur déniant leur qualité de citoyen. Ils deviennent la figure de l’altérité par excellence et sont requis de dénoncer publiquement chaque acte de barbarie qui se commet, non pas en tant que citoyens mais en tant que musulmans. Il y a en creux cette idée sous-jacente qu’au fond les musulmans approuvent ces actes, tout en faisant mine de les condamner en parole, qu’ils forment une cinquième colonne et qu’ils sont inintégrables aux sociétés européennes. C’est aussi inacceptable que si l’on demandait aux juifs, en tant que juifs, de se désolidariser d’Israël à chaque violence en Palestine. C’est comme citoyen de la cité, à l’égal de tous les autres, que le français de confession musulmane doit réagir. Et non pas comme appartenant à une religion.

 

- Ne craignez-vous pas  qu’à la suite du massacre à la rédaction de Charlie-Hebdo, cet amalgame va se développer ?

 

- C’est à craindre en effet. Car le traumatisme que vit maintenant la France est très profond. Cet acte terroriste – le plus important depuis un demi-siècle – a un impact encore plus important que celui provoqué par l’affaire Merah, dans la mesure où les victimes représentent la culture française dans ce qu’elle a de plus caractéristique.

 

- L’Arabie saoudite ne finance-t-elle en France des imams qui prônent un islam tellement rétrograde qu’il peut verser dans la violence terroriste ?

 

- S’il est vrai que l’Arabie saoudite soutient la diffusion d’un islam de type salafiste en France, il n’en demeure pas moins qu’il s’oppose au djihadisme. Le royaume a tout intérêt à empêcher la diffusion d’un terrorisme dont il serait l’une des premières victimes. Les Saoudiens ont même recommandé aux responsables religieux en Europe de collaborer avec la police pour éradiquer la radicalisation des jeunes musulmans.

 

- Comment surmonter cet amalgame entre l’islam et le terrorisme ?

 

- Il faut faire preuve de pédagogie de façon systématique afin de démontrer en quoi cette religion n’a rien à voir avec les dérives qui se réclament d’elle. Et surtout, considérer enfin les Français musulmans pour ce qu’ils sont, à savoir des citoyens qui doivent se prononcer en tant que tel et non pas comme pratiquant d’une religion.

 

- Comment expliquer que des jeunes de nationalité française, éduqués en France tombent dans le djihadisme ?

 

- Tout d’abord, il y a l’emploi par des propagandistes de versets du Coran prônant la guerre sainte. Ces versets sont sortis de leur contexte pour servir une idéologie de la violence. De même, la notion de Djihad est pervertie et même défigurée. En arabe, ce mot signifie «effort». Le Djihad majeur, c’est le combat contre ses passions intérieures, ses défauts. Et le Djihad mineur, c’est effectivement la guerre sainte mais uniquement lorsque les musulmans sont attaqués. Bien entendu, les idéologues n’insistent que sur l’aspect guerrier et ignorent le principal, à savoir le caractère spirituel de cette notion. 

 

- Toutefois cela ne suffit pas à expliquer ce phénomène…

 

- Bien sûr, je vois deux autres facteurs. Le premier est qu’un jeune qui est en désaccord avec une politique ne passe plus par la médiation des partis politiques. Jadis, le Parti communiste français et les syndicats de gauche portaient les doléances des jeunes, ce qui courcircuitait  le recours à la violence révolutionnaire. Aujourd’hui, cette médiation n’existe plus. Le jeune qui se trouve en opposition est donc tenté de passer directement à l’action violente. Le second facteur est le sentiment partagé par les musulmans de France d’être montrés du doigt. Cela conforte certains dans l’idée qu’ils ne seront jamais perçus comme des citoyens à part entière, d’où le développement des ressentiments à l’égard d’une société qui semble incapable de les considérer autrement qu’en tant que membre d’une communauté religieuse. Cette situation fait le lit de tous les extrémisme qu’il soit islamiste ou populiste.

 

Jean-Noël Cuénod


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07/01/2015

Après l'attentat contre "Charlie Hebdo": VIVE LA REPUBLIQUE!

 

IMG_1095.jpgAprès le massacre qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo à Paris, il y a deux attitudes. Soit, on continue à en appeler à la guerre civile, à semer la panique, à prôner la haine entre communautés façon Zemmour. Et alors les ratonnades antimusulmanes auront pour effet de grossir les rangs des fanatiques intégristes, ce qui provoquera d’autres actes de barbarie. Un mur s’installera entre Français. Nous accomplirons alors exactement tout ce que les terroristes veulent que nous fassions. Ils auront gagné.

 

Soit, les Français retrouvent l’esprit de la République qui n’accepte en aucun cas – et sous aucune forme – les divisions entre clans communautaires et identitaires. C’est maintenant qu’il faut tendre la main à tous les musulmans qui s’opposent au fanatisme et dont ils risquent fort d’être les nouvelles victimes.

C’est maintenant aussi qu’il convient de rejeter tous les irresponsables, tous les diseurs de mauvaises aventures, qui, pour alimenter leur fonds de commerce médiatique ou politique, n’ont de cesse de rejeter les Français musulmans et d’en faire des sous-citoyens.

 

S’il appartient au peuple de ne pas tomber dans les panneaux que leur tendent les fanatiques, il ressortit à l’Etat français de réinvestir tous les lieux qu’il a délaissés avec une coupable légèreté. C’est plus urgent que de satisfaire aux critères budgétaires de Madame Merkel.

 

La République, c’est avant tout un état d’esprit et une façon d’être qui privilégient systématiquement ce qui unit par rapport à ce qui divise.

 

C’est sans doute pour cela que la foule parisienne s’est massée ce soir place de la République (photo). Parmi les manifestants, de nombreux jeunes de toutes origines dont de nombreux musulmans, horrifiés par ce carnage. Ces jeunes ont le bon réflexe, celui de se réunir sans crier leur haine. Mais un soir de partage solidaire ne fait pas le printemps, même au cœur de l’hiver. Cet après-midi, mon vendeur de journaux de la Butte-aux-Cailles m’annonçait qu’il avait écoulé tous ses Charlie Hebdo. Mais auparavant, il n’en vendait plus un seul. C’est aussi cela défendre la liberté d’expression : ne pas laisser mourir les journaux qui la serve.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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06/01/2015

Après les "Genferei", les "Schwytzâneries": les lapins crétins politiques frappent au cœur de la Suisse !

 

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Tous aux abris! Les lapins crétins de la politique attaquent au cœur de la Suisse. Plus précisément à Einsiedeln, dans le canton de Schwytz.

Le professeur d’origine californienne Irving Dunn (79 ans) a passé près de la moitié de sa vie en Suisse pour y enseigner l’ingénierie chimique à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Auteur de nombreux ouvrages scientifiques, organisateur d’une filière de formation continue, il fait partie de ces scentitifiques qui ont fait le renom de notre pays dans le monde entier.

images.jpgDepuis 39 ans, il vit avec sa famille à Gross, dans le district d’Einsideln, au bord du lac de Sihl. Il fait partie du club de tennis du village et celui de voile. Se sentant bien implanté dans ce qui est devenu sa patrie, il a donc demandé sa naturalisation. Pour ce faire, le professeur a dû subir un examen oral humiliant où les lapins crétins locaux lui ont demandé le nom du village d’en face et de s’expliquer sur les méandres de la politique municipale. Verdict : NEIN ! Motif : le demandeur n’est pas assez intégré dans le village. Il n’y a d’ailleurs pas d’amis. Ce qui fait bien rire Herr Professor, lui qui joue chaque semaine au tennis et fait de la voile avec les habitants du lieu depuis des lustres.

Autre argument des lapins crétins: Irving Dunn voudrait se faire suisse pour échapper au fisc américains. Faux: il garderait sa nationalité américaine et resterait, de toute façon, à portée des autorités fiscales des Etats-Unis. Selon certains médias, le professeur contestera en justice le refus d’Einsiedeln. D’autres affirment que, dégoûté, il laissera tomber sa demande dans le lac de Sihl.

En Suisse, il y a presque autant de procédures de naturalisation images-1.jpgque de communes. Et il ne faudrait pas croire que les lapins crétins municipaux ne sévissent que dans nos cantons primitifs, voir hystériquement préhistoriques. Ainsi, le Plouc se rappelle – durant son stage à la Feuille d’Avis de Vevey, il y a, disons, quelques siècles –, ces membres de commissions de naturalisation qui passaient un doigt inquisiteur sur les rayonnages des candidats au passeport à croix blanche afin de voir si «Madame passait bien la poussière» ou qui compulsait le carnet scolaire des enfants, en guettant la moindre mauvaise note. Sans compter la recette de la fondue et, plus difficile, le nom des conseillers fédéraux que la plupart des Suisses de chez Suisse ignorent.

A Genève, ce n’est pas plus reluisant. Le Plouc a encore en mémoire, ce refus de naturaliser l’inamovible chef de la rubrique locale de la Tribune de Genève, René Vincent, Français né à Genève et qui connaissait la politique genevoise mieux que personne. Autre exemple, celui de cet Egyptien d’origine, vivant à Corsier (GE) depuis des années, marié à une Suissesse de la commune, sapeur-pompier dans la compagnie du village et que le Conseil municipal avait retoqué sous le prétexte qu’il avait donné un prénom musulman à ses enfants.

imgres-1.jpgCertes, l’attention doit être de rigueur en matière de naturalisation afin de ne pas donner le précieux passeport suisse à des terroristes et autres malfrats. Mais il faudrait que notre personnel politique parvienne enfin à établir la différence entre cette nécessaire précaution et la confondante bêtise provoquée par les petites querelles de village.

Nous avons nos Genferei mais l’autre côté de la Sarine n’est pas épargné par ses Schwytzâneries.


Jean-Noël Cuénod

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04/01/2015

La mort de deux bébés roms remue un paquet de boue

Il est des Noël monstrueux. Une fillette de trois mois est frappée par la mort subite du nourrisson. Malgré son transport en urgence à l’hôpital de Corbeil, dans l’Essonne près de Paris, les médecins ne pourront pas la sauver.

 

Lorsque l’entrepreneur de pompes funèbres demande à la mairie de Champlan (Essonne) l’autorisation d’inhumer le petit corps, il essuie un refus à son grand étonnement. Or, la famille a trouvé abri dans un camp sis sur le territoire de cette commune (photo). Au Parisien, le maire Christian Leclerc (divers droite) explique que la place dans le cimetière est mesurée. Il ajoute cet argument: «Les concessions sont accordées à un prix symbolique et l'entretien coûte cher, alors priorité est donnée à ceux qui paient leurs impôts locaux.»

 

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Si vous mourez à Champlan, n’oubliez pas de présenter votre certidicat de contribuable… Et puis, il vaut mieux ne pas être Rom, comme le bébé défunt. On ne les veut ni vivants ni morts. Même un petit cercueil est de trop (voir la vidéo) et peu importe que la famille soit installée en France depuis huit ans.

Une association d’aide aux familles roumaines et roms s’insurge. Alerté le docteur Richard Trinquier, maire UMP de Wissous, met à la disposition des parents endeuillés le cimetière de cette commune voisine de Champlan. Il avait suivi médicalement la mère du bébé.

 

Devant le tollé suscité par sa décision, le maire de Champlan prétend aujourd’hui que Le Parisien a mal transcrit ses propos, qu’il n’avait jamais refusé l’inhumation ou alors que son administration l’avait mal compris. Toutefois, le témoignage du journaliste mais aussi de l’entrepreneur des pompes funèbres contredisent cette explication qui est, d’ailleurs, exprimée fort tardivement.

 

Au Nouvel An, un autre bébé rom, une fillette de deux mois, décède à la Gare de Lille. En guise de message de condoléances, un certain Narquin, Jean-Yves de son prénom, maire de Villedieu-le-Château (centre de la France), frère de l’ex-ministre UMP Roselyne Bachelot, membre du Front national et délégué général du Rassemblement Bleu Marine, s’est fendu de ce tweet:

 

Un bébé rom meurt dans les bras de sa mère qui mendiait à Lille utiliser un bébé comme appât comprend des risques.

 

La mort est bien survenue alors que la mère mendiait à l’intérieur de la gare de Lille mais selon les premières constations médicales, le décès ne serait pas lié à cette situation. Il s’agit encore de ce mal foudroyant que l’on nomme «mort subite du nourrisson» qui peut frapper n’importe où.

 

Peu importe d’ailleurs ces explications. Il reste que la mort d’un bébé et le désespoir de sa mère font ricaner Monsieur le maire de Villedieu-le-Château. Il aurait pu se contenter de ricaner tout seul, confortablement installé dans son fauteuil, trônant au sein de son bel hôtel-de-ville bien chauffé. Mais non, le partisan de Madame Le Pen tient à faire part de son ricanement tout azimuth! Histoire de montrer à ses partisans qu’il en a, lui!

 

C’est le nouveau politiquement correct: cracher sur les pauvres, à la condition qu’ils ne soient pas électeurs. C’est du dernier chic ; ça vous pose dans les milieux lepénistes qui, demain peut-être, distribueront les prébendes élyséennes.

 

Des Narquin… Des Leclerc… Il en existe d’autres du même tonneau. En France, en Suisse ou ailleurs. Et ces gens-là, ils ont bien été élus par quelqu’un, non ?

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Essonne: un maire refuse d'enterrer un bébé rom... par BFMTV

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01/01/2015

Chat alors! Que 2015 ronronne...

La patte du chat

Jouait avec la nuit

Et tous ses soleils

 

La patte du chat

Dirige le grand ballet

Du soleil nocturne

 

 

 

 

 

 

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J’ai croisé le chat

A travers moi il a vu

Les univers autres

 

 

Les uns et les autres

Galèrent dans la mélasse

Les chats se gondolent

 

Le chat se promène

Sur le dos de la nuit

Pour chasser les astres



Jean-Noël Cuénod

 

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25/12/2014

Les oubliés de Noël 2014

 

 

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Peu avant Noël, un cargo chargé de 800 Syriens fuyant les massacres a été trouvé par la Marine italienne en train de dériver au large de la Sicile (photo). Ces candidats au refuge avaient été abandonnés à leur sort par les passeurs qui avaient placé le rafiot sur pilotage automatique, à la merci des collisions et autres accidents. L’un des candidats à l’asile politique a pu alerter les garde-côtes transalpins qui ont ainsi pris les commandes du vieux cargo pour le ramener à bon port.

 La veille, les marins italiens avaient sauvé de justesse 194 autres migrants – dont 38 enfants et 23 femmes – à bord d'une coquille de noix qui prenait l'eau et a coulé peu après. Ces migrants venaient également de Syrie. Les deux bateaux étaient partis de Turquie, plaque tournante du trafic d’êtres humains, dont la mafia est aussi puissante que bien organisée.

 

Selon les chiffres donnés par les autorités italienne, pour l’année 2014, le total des arrivées chez notre voisin du Sud dépasse 160.000 migrants clandestins, soit une moyenne de plus de 450 personnes par jour, dont plus de la moitié ont quitté la Syrie et l’Erythrée, deux nations à feu et à sang.

 

Le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) relève que tout au long de cette année, 350 000 migrants ont traversé les océans fuyant famine, guerres et massacres – triste trinité – pour des contrées en paix mais peu accueillantes. 3 419 de ces candidats au refuge ont perdu la vie au cours de ces traversées où ils sont entassés sur des cargos hors d’âge.

 

Ces drames qui se déroulent tous les jours au large de l’Europe nous laisse d’une indifférence de fer. A peine en parle-t-on quelques secondes à la TV ou à la radio ou lui consacre-t-on un coin de page dans les journaux. A part les efforts déployés par les organisations humanitaires et aussi par les admirables marins italiens, aucun vaste mouvement de solidarité ne pointe à l’horizon de nos contrées repues. Au contraire, les partis nationalistes engrangent des voix en les vouant aux Gémonies. Nous préférons pleurnicher sur notre identité nationale ou culturelle qui serait mise à mal par ces désespérés. Faut-il qu’elle soit bien faible, cette identité!

 

Alors en ce jour de Noël, consacrons juste un infime moment à penser à eux, vulnérables comme l’enfant né dans la clandestinité d’une grotte.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 


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23/12/2014

La Tunisie, bastion avancé de la démocratie

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Voilà une scène qui donne du baume au cœur et du cœur au ventre: à l’issue d’une campagne où les candidats à la présidence de la Tunisie ont confronté leurs arguments sans se ménager, le vaincu, Moncef Marzouki, a félicité le vainqueur, Béji Caïd Essebsi.

Une fois de plus, l’impressionnante Tunisie montre l’exemple, non seulement aux pays musulmans mais aussi à nous autres Européens pour qui voter est une corvée à laquelle il est si facile de se soustraire. Merci les Tunisiens ! Il leur fallait à la fois du courage, du discernement et une volonté sans faille pour parvenir à accomplir ce premier acte d’un peuple libre, malgré les menaces de groupes djihadistes.

Le Printemps arabe a échoué partout, sauf en Tunisie. Le Printemps des Peuples européens en 1848 avait connu pareil échec partout, sauf en Suisse. La Confédération était alors la seule République du continent. Mais la graine démocratique avait été semée au cœur des Alpes et ses rhizomes ont progressivement poussés sous les cieux voisins.

En sera-t-il de même pour la Tunisie? La graine tunisienne fructifiera-t-elle en terre d’islam? Il faudra tout d’abord la protéger. Car, elle reste bien fragile, cette graine. La coalition laïque Nidaa Tounès, qui a emporté cette présidentielle, devra sans doute partager le pouvoir avec l’autre grand force, le parti islamiste Ennahda. Pour rassurer les démocrates, celui-ci ne peut plus guère exciper du modèle de l’AKP turque qui a versé dans l’autocratisme et la régression antilaïque. Le modèle d’un parti démocrate islamique, sorte de pendant à la démocratie chrétienne européenne, reste encore à inventer.

Ceux qui prétendent la chose impossible et ceux qui affirment qu’elle est inéluctable, parlent, chacun, pour ne rien dire. Nous ne savons rien de l’existence possible ou impossible d’un tel parti, sinon une chose : l’Histoire nous réserve toujours des surprises, bonnes ou mauvaises, mauvaises et bonnes.

Tout dépendra de la manière dont se feront les accords entre les deux forces rivales. Elles ont entre leurs mains, l’avenir de la Tunisie et de la démocratie dans le monde musulman. Lourde responsabilité ! Mais elle n’incombe pas aux seuls Tunisiens, cette responsabilité. Les Européens doivent aussi en prendre leur part. Sans progrès économique et social, sans la résorption du chômage, sans amélioration des conditions de vie du peuple, la révolution démocratique tunisienne sera vouée à l’échec. Dès lors, il appartient aux Etats riches de guider les investissements vers la Tunisie, de lui accorder toutes les facilités pour son décollage économique, de l’aider sans l’étouffer.

Il en va aussi de l’avenir d’une idée qui reste fragile comme un brin de jasmin : la démocratie.

Jean-Noël Cuénod

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18/12/2014

Le rire élégant d’Ariane Ferrier

 

 

Nous voici plongé dans cette affreuse période où l’on célèbre moins le petit Jésus que les mamelles de Mammon. Les idées de cadeaux, qui affluent toute l’année, se tarissent d’emblée devant cet étalage de marchandises bidulesques.

 

 imgres-1.jpgHeureusement, Ariane Ferrier est là. Pas folle, la guêpe. Elle sort son bouquin maintenant, rien que pour nous donner LA bonne idée à glisser sous le sapin (avant qu’on appelle le SIS pour l’éteindre). Il s’agit du recueil de chroniques (Editions Fictio-BSN Press) qu’elle a rédigées pour le quotidien fribourgeois La Liberté (Ariane tient aussi une autre chronique «vous prendrez bien un peu de recul?» dans le mensuel La Cité).  Son titre ? FRAGILE.

 

Alors, là, laissez nous rigoler! Fragile Ariane? Ne vous fiez pas aux apparences. Cela fait, disons, quelques années (Ariane, je vais t’épargner cette douloureuse comptabilité) que je la connais. Chez elle, la fragilité est une arme. Redoutable.

 

Imaginez un peu la santé qu’il faut avoir pour supporter d’être née comme elle dans une famille de la Genève patricienne. Les hasards de la profession m’ont conduit, un jour, à prendre le thé rue des Granges dans l’une de ses familles «un-sucre-ou-pas-du-tout?» (non, Ariane, ce n’était pas la tienne). L’épreuve est terrible. Assis sur le rebord d’une chaise Louis XVI – que votre poids de pilier droit de rugby fait souffrir comme si c’était elle qui allait à l’échafaud – vous touillez une tasse d’eau tiède vaguement teintée de thé. Et le nuage qui passe entre vous et vos hôtes, n’est point de lait (cela ne se fait pas de mettre du lait dans le thé, voyez-vous). Quelques petits gâteaux secs – très secs – délicatement posés sur une assiette en porcelaine de Bavière ornée de roses pâles, vous sont offerts, sans que quiconque ne songe à s’en saisir.

La conversation tourne autour de vos parents, de vos ascendants, d’où vous venez, du nom de votre mère, de celui de la mère de votre père. Dans le meilleur des cas, vous partagez avec vos hôtes un vague cousin rendu à la poussière depuis des lustres. Alors, une fugitive lueur de soulagement s’allume dans la prunelle dédaigneuse. Vous n’êtes point tout à fait indigne. Mais si ce vague cousin vous fait défaut, le froid s’installe. Il s’installe tellement que vous partez aussitôt après avoir balbutié un rendez-vous oublié.

Et puis, lorsqu’on est jeune patricienne, croyez-vous que c’est drôle de se voir affublée du sobriquet de «Lullin» par de gros lourdauds qui trouvent malin de vous associer (en commandite?) à la banque Ferrier-Lullin?

 

Ariane a connu encore pire : le naufrage de La Suisse dont elle fut l’une des vedettes, suivi de son transfert par canot de sauvetage chez L’Ennemi héréditaire, la Tribune de Genève. Là, elle a dû subir les confs de rédaction qui naviguaient entre ennuis et règlements de compte. Sans oublier les crises de certain caractériel que je rencontre encore chaque matin en me rasant.

Il y a eu aussi pour elle l’épisode de la télé romande et de son Box Office. C’est bien connu, avoir son image dans le poste rend fou. Ariane, elle, est restée intacte là où les âmes les mieux trempées ont succombé sous les coups d’un égo télégonflé. Les images ont glissé sur elle comme sur les plumes d’un cygne (Oui, Ariane, je n’allais pas te comparer à un canard, même si tu continues à travailler pour les palmipèdes).

 

Son secret? L’humour. Oh, elle en a un d’égo, bien présent, bien vivace! Mais elle ne peut s’empêcher de se payer sa tête. Qui aussitôt désenfle pour regagner sa niche dans un grand éclat de rire.

 

Alors, ne ratez pas FRAGILE, c’est un vrai bonheur que de lire ou relire ces lignes qui amusent souvent (je vous recommande, entre autre, «la grande fête annuelle du slip»), émeuvent parfois («lettre à ma grand-mère morte») et consolent toujours («avoir 15 ans dans ma cuisine»).

Et vous entendrez tinter sous le sapin, au lieu des agaçantes sonneries de portables, le rire élégant d’Ariane.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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17/12/2014

Le Hamas s’abrite sous la robe des juges européens!

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 Le Tribunal de l’UE a, ce jour, annulé pour vice de forme la décision du Conseil européen inscrivant le Hamas sur la liste des organisations terroristes établie par l’Union.

Disons-le d’emblée, la portée de cette décision reste, sur le plan juridique, limitée. Tout d’abord, les juges maintiennent le gel des fonds du Hamas. Ensuite, les magistrats ne se prononcent pas sur le fond de cette question: faut-il ou non maintenir cette organisation sur la liste noire? Ils renvoient sa copie au Conseil européen pour décision nouvelle après en avoir amélioré l’argumentation juridique.

Le Tribunal de l’UE a estimé que pour placer le Hamas sur la liste terroriste, le Conseil[1] européen s’était fondé sur des informations issues de la presse et de l’internet et non pas, selon les termes de l’arrêt, «sur des faits examinés et retenus dans des décisions d’autorités nationales compétentes».

Tout d’abord, point n’est besoin de recevoir 25 000 coups de tampons officiels pour savoir que le Hamas est une organisation terroriste. Sa charte (lire la version complète[2]), ses actions, ses discours, son mode de gouvernement démontrent son caractère terroriste. Mais à force de dénicher les plus infimes détails dans une procédure, la vue des juges baisse tellement que l’évidence les éblouit parfois!

 

Ce qui est plus inquiétant dans ce contexte, ce n’est pas la décision en elle-même. Si le Conseil européen veut vraiment inscrire le Hamas sur sa liste noire, il le fera sous la forme voulue par les juges. En revanche, elle démontre à quel point la judiciarisation de la vie sociale– une mode venue d’outre-Atlantique – peut pervertir le processus de décision politique. En général, on invoque la séparation des pouvoirs pour protéger la justice et ses magistrats des ingérences du pouvoir politique. Mais la séparation est tout aussi nécessaire dans l’autre sens.

La décision politique obéit à des critères bien différents de ceux utilisés pour émettre un arrêt de justice. Celui-ci établit une vérité judiciaire sur des preuves et des faits dûment avérés, à la suite d’un long processus contradictoire. La justice cherche la fixité et la certitude.

La politique évolue, elle, dans un monde en constant mouvement où règne l’incertitude. Ses décisions doivent être prises rapidement en se basant sur le raisonnement certes, mais aussi sur l’intuition et sur des éléments qui ne sont pas forcément du même ordre qu’une preuve dûment estampillée comme telle.

 Là où la justice tend vers la science, la politique tend plutôt vers l’art. Certes, l’une n’est pas vraiment une science et l’autre n’est pas pleinement un art, mais leur tendance profonde s’exprime ainsi.

Dès lors, confondre la décision politique et la décision juridique risque d’aboutir à des catastrophes, car le temps de la politique ne sera jamais celui de la justice.

Aujourd’hui, le Hamas a trouvé sous les robes des juges un asile provisoire. Il ne faudrait pas pour autant que le pouvoir politique se… dérobe devant ce qui doit rester de ses responsabilités.

Jean-Noël Cuénod



[1] Organe exécutif de l’Union européenne qui regroupe les chefs d’Etat ou de gouvernement des pays membres. Il est présidé depuis peu par le Polonais Donald Tusk.

[2] La traduction que vous pourrez lire sur ce lien est due au chercheur français et historien arabisant Jean-François Legrain. Naguère, nous l’avions fait relire à un ami égyptien qui a jugé cette traduction fidèle au texte originel.

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15/12/2014

Le Plouc cause dans le poste: Raffarin à France-Inter (VIDEO)

Lors de l'émission "Tous Politiques" de France-Inter, Marc Fauvelle, chef du service politique de cette station, Thierry Borsa, directeur des rédactions du Parisien et votre serviteur Jean-Noël Cuénod, autrement dit Le Plouc, ont interviewé l'ancien premier ministre et figure actuelle de l'opposition Jean-Pierre Raffarin.

Voici donc la vidéo intégrale de cette émission qui s'est déroulée dimanche de 18h. 10 et 19 h. 

Entre Sarkozy et Juppé, le coeur de Raffarin balance toujours pour la primaire qui désignera le candidat de la droite et du centre en 2017; il ne se prononcera qu'au dernier moment. D'ici là, il va tout faire pour que le duel ne se termine pas en massacre au sein de son camp.

S'il condamne la manière dont le président socialiste Hollande s'y prend pour relancer le vote des résidents étrangers non-communautaires aux élections locales, à une question du Plouc, il répond qu'en principe, il n'est pas opposé à un vote de ce genre, pour autant qu'il fasse l'objet d'une étude non-partisane.

Tout à la fin, Jean-Pierre Raffarin évoque le décès de sa mère qui est intervenu quelques heures avant l'émission.

 

Jean-Noël Cuénod

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Jean-Pierre Raffarin : "Le gouvernement est à... par franceinter

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13/12/2014

EMERVEILLE

Ta main sur la hanche

Comme une mésange bleue

Dans son nid de peau

                 Prête à l’envol et au chant

                 Vers la brise matinale

                 

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                                                                                                               Ton parfum galope                                                                                              Dans le pré de ton absence                                                                                                          Cheval invisible

 

 

 

L’oiseau rouge bouge

Sautille au fond de la rue

C’est toi dans ta robe

 

 

 

                                              Lent balancement 

                                              De tes hanches serpentines

                                              Marche inexorable

                                                           Sur le trottoir ébloui

                                                           En allant chercher du pain

 

 

Lever de soleil

Sur tes monts sur tes vallées

Ombre douce et rouge

                Le camion des poubelles

                A dissipé la magie

 

 

A midi sonnant                                                                                                      Le soleil et les persiennes

Font de toi un zèbre

                             Mais en sortant dans la rue

                  Tu deviens antilope

 

Jean-Noël Cuénod 

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11/12/2014

La torture ne détruit pas que des suspects

 

 

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Le rapport que le Sénat américain vient de rendre public confirme ce que tout le monde supposait : les Etats-Unis se livrent à la torture (photo : un prisonnier des Américains à Guantanamo) Comme une vulgaire dictature. Sauf que dans une dictature, vulgaire ou non, ce genre de divulgation est impossible. Elle torture sous le voile du silence. Dans une démocratie, les cris finissent par le percer.

 

Et la sempiternelle question de l’efficacité de la torture se repose. La patronne du Clan des Blondes, Marine Le Pen, suit fidèlement les traces de son père en comprenant l’usage de la torture sur les ondes de RMC : « Il peut y avoir des cas, permettez-moi de vous dire, quand une bombe - tictac tictac tictac - doit exploser dans une heure ou deux et accessoirement peut faire 200 ou 300 victimes civiles, où il est utile de faire parler la personne.»

Mais à la différence du fondateur de la boutique familiale, elle n’assume pas ses propos et fait machine arrière. Passons. Restons plutôt sur cette question de l’efficacité. Pour sauver cent vies humaines ne faut-il pas aller jusqu’à la torture pour faire parler un suspect ?

 

Exposée ainsi et vue superficiellement, la question appellerait une réponse positive. Sauf que, dans la réalité, cela ne marche pas ainsi. L’une des principales leçons à tirer du rapport d’enquête américain est que, justement, la torture n’a servi à rien, comme le précise la présidente démocrate de la commission sénatoriale, Dianne Feinstein :

 

«A aucun moment les techniques d'interrogatoire renforcées de la CIA n'ont permis de recueillir des renseignements relatifs à des menaces imminentes, tels que des informations concernant d'hypothétiques bombes à retardement dont beaucoup estimaient qu'elles justifiaient ces techniques.»

(A ce propos, l'intervention de John McCain dans la vidéo ci-dessous est particulièrement éclairante)

 

Marine Le Pen aurait dû lire ce rapport avant d’en parler. Mais sans doute est-ce trop demander à une créature médiatique.

 

Sous la torture, on peut parler certes, mais de quoi? Sous l’effet de la douleur insupportable, le torturé dit n’importe quoi, avoue des crimes qu’il n’a pas commis, désigne des pistes imaginaires, dénonce des complices fantomatiques qui ne font que retarder l’enquête. De plus, l’usage de la torture renforce la détermination de l’adversaire comme le relève Albert Camus dans Actuelles III :

 

Celle-ci (la torture) a peut-être permis de retrouver trente bombes au prix d'un certain honneur, mais elle a suscité du même coup cinquante terroristes nouveaux qui, opérant autrement et ailleurs, feront mourir plus d'innocents encore.

 

Son emploi ne détruit pas que le torturé mais atteint aussi le bourreau qui, irrémédiablement, se détache de la communauté humaine. Nos actes nous suivent comme des ombres. Impossible d’y échapper. Le tortionnaire devient prisonnier de la torture qu’il inflige. Au-delà de ce couple infernal, bourreau-torturé, c’est toute la société qui est sapée à sa base.

Dans ce magma d’images confuses, de violences irrationnelles, d’insécurité généralisée suscité par le capitalisme dans sa version mondialisée, sauvage et financière, il ne reste que la notion d’Etat de droit à laquelle se raccrocher. Lorsqu’un Etat de droit commet l’arbitraire dans toute sa violence, alors tout ce qui fait société risque de s’effondrer.

En Amérique, la pratique de la torture a donc été dûment dénoncée par le Sénat, ce qui démontre que l’Etat de droit y demeure. Mais le danger est que, petit à petit, on s’habitue à la violence d’Etat. On la dénonce, mais de plus en plus mollement. Puis, on la prend pour un mal nécessaire. Et enfin, l’inhumanité devient la norme.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

Extrait du journal de RTL Info.


Rapport accablant pour la CIA qui a massivement pratiqué la torture aux USA

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08/12/2014

Le Front national transforme la crèche de Noël en champ de bataille

 La crèche de Noël est devenue un champ de bataille en France. Le Front national s’est emparé du bœuf et de l’âne, du divin enfant, de Joseph et Marie, sans oublier bergers et musettes pour mener sa guerre contre la laïcité. Tout est parti de l’Hôtel du Département de Vendée, à La Roche-sur-Yon ; le président du Conseil général Bruno Retailleau (UMP tendance culs-bénis) y a installé une grande crèche au milieu du hall d’entrée. Le Tribunal administratif de Nantes lui a ordonné de la démonter. Retailleau a interjeté recours. Il fut du vicomte Philippe de Villiers, le bras très droit.

 

Les maires du Front national ou crypto-frontistes se sont engouffrés dans cette brèche et ont aussitôt monté leur crèche à Béziers, à Beaucaire, à Cogolin, à Fréjus, au 7ème secteur de Marseille et bientôt à Villers-Cotterêts. Le petit Jésus au service de la politique raciste du Front national, on aura vraiment tout vu avec ces gens-là, surtout le pire. Pas un seul instant, l’indécence de leur démarche leur est apparue. Au contraire, le clan des blondes – Marine Le Pen, flanquée de sa nièce – a applaudi à tout rompre à cette utilisation du Christ pour commettre ce sale coup médiatique.

 

Les nouveaux discours frontistes glorifiant la République laïque, ce n’était que du pipeau à pistons. Les masques n’auront pas mis longtemps à tomber : la laïcité à la frontiste ne sert donc qu’à lutter contre une seule religion, l’islam. Autrement dit, il ne s’agit en aucun cas de laïcité. Comme tous les politiciens qu’elle se plaît à fustiger, Marine Le Pen détourne les mots, les mâche, les remâche pour les recracher sous forme de bouillie infecte.

 

L’argument avancé par les frontistes pour justifier leur offensive est de prétendre que la crèche est un élément des traditions françaises plus qu’une manifestation religieuse. C’est insulter le christianisme que de le dégrader en une sorte de folklore dépourvu de  signification religieuse. Que Noël ait été tardivement transformé (au IVème siècle après Jésus-Christ) en fête chrétienne, sur le substrat des célébrations de la Rome antique, ne change en rien son appartenance au christianisme. Rendons à Noël ce qu’il est désormais depuis seize siècles, la célébration de la naissance du Sauveur pour les chrétiens, c’est-à-dire un moment particulier d’une religion particulière mais qui ne saurait être célébré, d’une manière ou d’une autre, par l’Etat et ses organes.

 

Qu’est-ce que la laïcité ? Ni une arme au service d’une religion contre les autres ni un succédané d’Eglise. Il s’agit avant tout d’un principe séparant l’Etat des communautés religieuses; celles-ci n’interviennent pas en tant que telles dans les affaires de l’Etat ; celui-là n’intervient pas dans les affaires des institutions religieuses, sauf à faire respecter la loi, comme pour n’importe quelle autre personne morale.

 La laïcité ménage également un espace où les fidèles des différentes communautés religieuses, les personnes professant l’athéisme, celles choisissant l’agnosticisme, ainsi que les tenants de systèmes de pensée ou philosophiques de toute nature, peuvent échanger, débattre, évoluer en tant que citoyens, sans chercher à imposer leurs convictions par la contrainte, la menace ou le harcèlement.

 

L’Etat laïc ne reconnaît pas une confession qui deviendrait ainsi, comme dans de nombreux pays, « religion nationale ». L’Etat laïc ne reconnaissant pas les institutions religieuses, il les respecte toutes. La liberté d’expression leur est garantie ainsi qu’à tous les citoyens ou groupements de citoyens dans les limites de la paix publique.

 

L’Etat n’a pas à intervenir dans l’espace qui est dévolu aux religions. De même, celles-ci n’ont pas leur place dans les lieux symbolisant l’Etat. La crèche de Noël étant liée à une religion particulière, elle n’a pas à figurer dans une mairie, un hôtel du département ou de région, dans un ministère, etc. De même, une mairie ne doit pas abriter un concert de Ramadan, comme ce fut le cas à Paris sous le règne du maire socialiste Bertrand Delanoë.

 

Cette neutralité de l’Etat a aussi pour but d’éviter l’instrumentalisation des religions par les politiciens. Il est évident que Bertrand Delanoë a voulu séduire l’électorat musulman  grâce à ce concert de Ramadan. Il est tout aussi évident que c’est pour de basses besognes politiciennes que les élus frontistes se prennent d’amour pour les crèches. La laïcité protège donc les religions de ce détournement à des fins partisanes.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Légende de la photo : dans le rôle des ravis de la crèche, en haut à gauche, Marc-Etienne Lansade (Cogolin), en haut à droite, Stéphane Ravier (7ème secteur de Marseille), en bas à gauche, Julien Sanchez (Beaucaire), en bas à droite Marion Maréchal-Le Pen (députée).

 

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