20/07/2017

Macron Centralisator met au pas les manants élus

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Après l’avoir vilipendée dans son brillant pamphlet « Le coup d’Etat permanent », François Mitterrand avait endossé les habits de la Ve République sans y faire un pli. Emmanuel Macron, lui, ne se contente pas de s’en revêtir. Il taille la présidence à sa mesure. Voire à sa démesure (dessin original de l'artiste Bernard THOMAS-ROUDEIX).

Au fil de ses premières décisions, il apparaît que loin de changer les institutions actuelles, PrésidentToutNeuf va en renforcer le caractère autocratique, autoritaire et centralisateur. L’apparent coup de jeune qu’Emmanuel Macron a donné à la France est aussi vieux que la Sicile du « Guépard » de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, lorsque Tancredi (interprété par Alain Delon dans le film de Visconti) lance à son oncle, le prince Salina (Burt Lancaster) : « Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change. » Installation de nouveaux rideaux, dépoussiérage des meubles, bouleversement au sein de la domesticité, mais renforcement des fondations du château-fort.

Les élus des collectivités territoriales ont été vite mis au pas par Macron-l’Araignée (lire aussi le précédent papier) et son attrape-mouches barbu Edouard Philippe. Pour participer à la première « Conférence nationale des territoires », lesdits élus ont dû « monter » à Paris. Compte tenu de la nature de ce raout, on aurait pu imaginer que, pour une fois, cette conférence se tiendrait dans une métropole régionale, histoire de faire une com’ sympa. Mais voilà, la com’ horizontale, c’était bon pour la campagne électorale. Maintenant, c’est à la verticale du pouvoir de s’exprimer. Finie la com’ sympa. Place à la com’ du Chef. Et un Chef, un vrai, pas un faux mage de Hollande, ça marque son territoire. Donc, c’est en sa Capitale que les manants sont convoqués pour y recevoir les directives de Jupiter Centralisator. Seule petite concession, cette conférence nationale s’est déroulée au Sénat, palais des notables provinciaux. Mais l’élu territorial de base a su d’emblée que son rôle se limitait à enregistrer les volontés présidentielles, la tête basse et en roulant son béret entre ses grosses mains calleuses.

Dans son allocution dite de « bienvenue », la Barbe-attrape-mouches a aussitôt refroidi ses interlocuteurs en leur signifiant que la France devait désormais se montrer économe et à ce titre, « les collectivités territoriales doivent prendre leur part à cet effort et cet effort sera globalement important ». Le gouvernement a d’ores et déjà fixé à 13 milliards d’euros d’ici à 2022, le montant dudit effort à fournir par les collectivités territoriales. Voilà, c’est ainsi. Pas le choix. Passez à la caisse.

Macron-l’Araignée, bien installé au centre de sa toile, a pris le relai en rappelant aux manants convoqués que 80% des personnes assujetties à la taxe d’habitation en seront exonérées dans trois ans. « Elle est injuste ! » clame l’Araignée. L’ennui, c’est que la générosité de l’Etat central envers les contribuables locaux se fera au détriment des collectivités territoriales dont la taxe d’habitation constitue l’une des principales ressources financières. Selon le quotidien Sud-Ouest (19 juillet), « exonérer, comme l’a annoncé le gouvernement, 80% des ménages revient à amputer de 8,5 milliards les revenus des villes ».

Imaginerait-on, en Suisse, le Conseil fédéral imposer une telle purge aux cantons et aux communes sans véritables concertations ? Le sort de Berne serait très vite réglé !

Macron, Centralisator mais bon Prince

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Bon prince, Jupiter Centralisator promet de consentir auxdites collectivités un « pacte girondin [1]» leur accordant des libertés nouvelles en guise d’onguent pour adoucir leurs plaies financières (photo). Elles pourraient se regrouper plus ou moins librement, tenter des expériences dérogeant à la loi. Selon Les Echos (17 juillet) le président « s'est dit aussi ouvert aux demandes des présidents de régions de leur transférer de nouvelles compétences étatiques, voire un droit réglementaire. » Mais tout cela reste bien flou et relève de la « parole verbale » chère au Canard Enchaîné. Surtout, comment utiliser sa liberté avec des ressources en décroissance constante ? Le seul critère qui vaille pour déterminer si une entité est autonome ou non réside dans son pouvoir de lever des impôts à l’intérieur de sa sphère de gouvernance. Ce qui relève du fédéralisme. En France, cela n’est pas du tout à l’ordre du jour. Et encore moins sous Macron

Les manants élus sont donc repartis vers leurs provinces le cœur lourd et la besace allégée. Les promesses qu’ils ont reçues n’ont rassuré que les ravis de la crèche, comme celle-ci : « les collectivités seront indemnisées de leurs efforts à l’euro près ». Mais alors pourquoi leur prendre des sous de la main gauche, si c’est pour les leur rendre de la main droite ? Voilà un argument aussi crédible que la pub d’un opérateur de téléphonie mobile. Ces braves élus seront consultés, écoutés, consolés. Il y aura même des négociations. Si, si ! Mais sur quoi négocier si les grandes décisions sont déjà prises ?

Comme il l’a fait vis-à-vis des militaires en poussant à la démission le général de Villiers, –­ chef de l’Etat-Major des Armées coupable de crime de lèse-Araignée ­– Emmanuel Macron a rappelé aux collectivités territoriales la centralité de son pouvoir.

« En même temps », pour user de la Macronlangue, l’Etat central tarit les ressources fiscales des collectivités territoriales (communes, départements, régions, métropoles) – avec la suppression, sous Nicolas Sarkozy, de la taxe professionnelle et la réduction massive de la taxe d’habitation – et il baisse fortement ses dotations et subventions à ces mêmes collectivités.

Certes, la gestion des deniers publics par certaines d’entre elles relève trop souvent du copinage et du clientélisme. Mais alors que l’Etat central fasse son travail de supervision, au lieu de les mettre toutes au pain sec et à l’eau.

La commune, le département, la région, c’est l’essentiel du service public que Macron cherche à remplacer le plus possible par l’ubérisation de l’économie. Etrangler ces collectivités, c’est agrandir les déserts ruraux, c’est creuser encore plus les ornières dans lesquelles s’enfoncent les banlieues.

L’ère Macron ne changera donc rien au système centraliste qui alourdit la France encore plus que son Code du Travail. La décentralisation restera toujours ce qu’elle a toujours été : une vaste blague.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Référence aux Girondins, groupe parlementaire de la Révolution française dont de nombreux membres venaient du département de la Gironde. Ils étaient favorables à un régime décentralisé, en opposition aux Jacobins. Pour en savoir plus sur ce « pacte girondin » lire cet article des Echos. Cliquez ici.

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04/07/2017

Président Macron et le sourire de l’Araignée

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Emmanuel Macron n’est pas seulement le « Maître des Horloges », comme le serinent les médias. Il est aussi le Grand Architecte ­– pas encore de l’Univers, mais cela ne saurait tarder – de l’Espace, Seigneur de l’horizontale et de la verticale.

Savoir combiner ces deux dimensions ­est la clef du succès politique dans la France d’aujourd’hui : s’activer sur les réseaux sociaux, tout en restant lié au principe monarchique. Et dans ce domaine, PrésidentToutNeuf a démontré un talent épatant.

Au départ, point de parti structuré verticalement, à l’ancienne, avec un secrétaire général ou un président, un comité central ou directeur, des permanents. Bref, un appareil. Là, nulle structure rigide mais une nébuleuse, une toile d’araignée qui organise la transmission des messages et leur coordination entre les différents acteurs, séduits comme autant de mouches captées par les ondes chaleureuses de l’araignée.

Car il y a bien une araignée au centre de la toile. Une Araignée. Pas deux. Tout vient d’elle, tout se rapporte à elle. A ce stade, on reste encore dans l’horizontalité des échanges. Les mouches énamourées éprouvent le doux sentiment de ne plus appartenir tout à fait à l’ordre des diptères mais de constituer une partie ­– petite certes, mais quand même… ­– de l’Araignée. Cette mise en réseaux crée l’impression d’avoir un accès direct à l’Araignée, sans filtre… Mais avec beaucoup d’écrans ! En quelques clics, les mouches vrombissent dans l’orbite arachnéenne de l’Araignée qui ne leur veut que du bien. Les mouches ainsi captées relaient les ondes bienfaisantes, attirant d’autres insectes. En retour, les mouches font remonter leurs informations – voire leurs fonds, pour les très grosses mouches – vers le centre qui peut ainsi orienter sa toile en fonction de la météo de l’opinion. 

Du militant discipliné au consommateur de politique

Il fallait des années pour construire un appareil politique, avec toutes ses strates, ses structures, ses superstructures. On a vu avec quelle rapidité Macron a tissé sa toile. Il a compris que le type d’organisation des vieux partis ne pouvait pas s’adapter aux technologies numériques et aux réseaux sociaux qu’elles ont fait naître. Le militant discipliné n’existe plus. Place au consommateur de politique. En un clic, je m’inscris. Et deux clics, je participe aux financement de la structure. En trois clics et plus, j’échange, je donne mon avis directement sur la Toile. Plus de réunion de section ou de cellule dans des arrière-salles de bistrot où le secrétaire faisait semblant de prendre en note votre avis qui finissait dans quelque poubelle aux étages supérieurs.

Le parti est désormais remplacé par le mouvement. L’important, c’est de bouger. On verra pour le reste.

Certes, dans le système Macron il existe encore des réunions qui se tiennent au niveau local, dans la dimension non-numérique de la vie. Le militantisme numérique ne suffit pas. Il faut encore recourir aux échanges directs, « en viande », pour galvaniser les bonnes volontés et créer une dynamique de groupe. Mais ces réunions servent plus à élaborer la stratégie et les tactiques à employer sur la Toile que se répartir les lieux de tractage.

Président ? PDG plutôt

Dans le système Macron, il n’y a plus de militants mais des « helpers ». L’usage du globish est la marque de ce système. Militants, ça faisait militaire. Pas très engageant pour les djeunes, filles ou garçons. « Helpers », ça fait « start up ». Bien plus attractif. De même, Macron-l’Araignée dispose, non pas d’un comité central ou directeur, mais d’un « conseil d’administration »,[1] histoire de montrer que, désormais, c’est l’organisation de type « entreprise » qui domine.  Macron n’a fait qu’acter ce qui était une réalité depuis de vilaines lurettes : l’économique a définitivement supplanté la politique.

Parvenu à cette étape, Macron-l’Araignée ne peut plus se contenter de l’horizontalité et doit commencer à maîtriser la verticalité. C’est d’ailleurs l’un des thèmes de ses discours qui prennent souvent un tour franchement monarchique. L’Araignée s’est bien nourrie sur la Toile. Elle a puisé suffisamment de forces pour grimper au sommet. A cet égard, les institutions politiques françaises offrent un terrain idéal. L’essentiel du pouvoir se blottit dans les mains du présimonarque, on l’a assez dit et répété. Surtout avec une Assemblée nationale composée pour l’essentiel de mouches macroniennes et d’oppositions aussi diverses que menues.

Tout est désormais en place pour la construction de la « start-up » France avec son PDG, son directeur exécutif et un minimum de cadres priés de faire dans l’enthousiasme. Tout cela semble neuf, dynamique, stimulant. C’est oublier que la verticalité prime alors sur l’horizontalité, ce qui est vieux comme le pouvoir.

L’horizontalité sert à drainer les énergies, uniquement en vue d’assurer l’ascension de l’Araignée. Lorsque le but est atteint, c’est la verticalité qui doit lui succéder car elle seule fait descendre les décisions de l’Araignée vers la piétaille qui se meut tout en bas. Le pouvoir vertical ne se partage jamais.  Il ne le peut pas, sinon il s’horizontalise et l’Araignée perd sa domination.

Les mouches se demanderont peut-être un jour si les vieilles structures n’avaient pas du bon, au fin fond du fond. Elles étaient pesantes et bureaucratique certes, mais au moins étaient-elles animées par une vision du monde. Dans le système Macron, tout est dévolu à un seul homme. Les visions du monde comptent peu. PrésidentToutNeuf offre à la vue un visage ô combien plus avenant que la trogne chafouine de Louis XI. Mais il mérite, comme son lointain prédécesseur, le surnom d’« Universelle Aragne ». L’Araignée est l’alpha et l’omega de la structure. Peu de truchements entre elle et les mouches. Or, malgré tout leurs défauts, les strates intermédiaires des anciens partis permettaient d’organiser, autant que faire se peut, une action collective qui n’avait pas pour unique but de mettre au pouvoir un seul homme.

Certes, à la fin des années 1950 et au début des années 1960, le parti gaulliste avait pour programme numéro 1 de placer le Général à la direction de la France. Mais cela ne représentait pas l’unique objectif. Il s’agissait alors de sortir le pays de la guerre d’Algérie et de tirer un trait sur la colonisation. Or, seul de Gaulle était en mesure de relever ces défis historiques.

Avec Macron, on est loin d’une telle situation, même si le chômage de masse persistant reste une plaie ouverte. Les Français – enfin une minorité de votants – ont élu un homme, sans programme clair, sans idées fortes, pour le récit qu’il a donné de lui-même.

L’Araignée est au sommet. Dans cette chaîne alimentaire, les mouches ont fait leur boulot.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Composé d’un maximum de dix personnes selon les statuts.

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23/06/2017

Une Franc-Maçonnerie particulière

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Une Franc-Maçonnerie particulière ? Celle du Rite et/ou Régime Ecossais Rectifié. Un élément fondamental – et trop oublié – de son Histoire est révélé par Alain Bernheim dans le premier livre publié par la toute nouvelle collection Les Architectes de la Sagesse aux Editions Slatkine. Disponible en librairie. En voici la quatrième de couverture.

Une Histoire secrète du Régime Ecossais Rectifié – Les mystères dévoilés de la Grande Profession évoque un aspect souvent incompris de la Franc-Maçonnerie d’inspiration chrétienne, à savoir le rôle tenu par la Grande Profession, sa plus discrète institution. L’écrivain et historien Alain Bernheim y livre les clefs essentielles pour ouvrir cette « porte aux mystères » du Régime Ecossais Rectifié (RER ) qui développe un rite maçonnique d’une incomparable richesse. Resté pendant longtemps méconnu, le RER est aujourd’hui en pleine expansion.

Alain Bernheim est l’un des historiens de la Franc-Maçonnerie les plus réputés dans les pays de langue française mais aussi ailleurs et, notamment, en Grande-Bretagne, lieu de naissance de la Maçonnerie dite spéculative dont nous célébrons cette année le 300ème anniversaire. Premier Français à être élu membre actif de la Loge Quatuor Coronati No. 2076, de la Grande Loge Unie d’Angleterre, il fut Premier Surveillant de cette Loge de recherche, la plus ancienne et de la plus prestigieuse de l’Ordre maçonnique.

Parmi ses nombreux ouvrages de référence, citons Les débuts de la Franc-Maçonnerie à Genève et en Suisse, (Slatkine – 1994), Une certaine idée de la Franc-Maçonnerie (Dervy – 2008), Le rite en 33 grades (épisodes et documents inconnus ou oubliés) (Dervy – 2011) et Régularité Maçonnique (Dervy – 2014).

Son travail d’historien a été couronné par plusieurs distinctions dont, à deux reprises, le Norman Spencer Award de la Loge Quatuor Coronati (1986 et 1993), le Prix Caroubi du Suprême Conseil de France (2010) et le Prix Spécial Acacia d'Or du Salon du Livre Maçonnique pour l'ensemble de son œuvre (2014).

Jean-Noël Cuénod

Directeur de la collection Les Architectes de la Sagesse

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21/06/2017

Petit manifeste pour une gauche post-Macron (II)

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Emmanuel Macron et sa République En Marche ont ramassé le pouvoir pour mettre en pratique le social-libéralisme qui consiste à créer une sorte de capitalisme financier à visage humain. Une fatalité? (Suite du précédent texte).

Si l’on prend comme principe de base de sa réflexion que l’hypercapitalisme financier est devenu une calamité insurmontable, alors l’option sociale-libérale de Macron présente la solution la plus adaptée à cette situation. Elle offre au moins une issue d’apparence réaliste à la situation économique de la France marquée par le chômage de masse et le déclin industriel. L’actuelle vague d’optimisme qui rafraîchit agréablement la France ainsi que les succès électoraux impressionnants d’Emmanuel Macron et de son parti ­– tempérés par une abstention record – indiquent bien qu’une large partie des Français y adhère.

Les deux anciens pôles politiques – la vieille droite libérale-conservatrice et la social-démocratie défunte – ont été fort logiquement balayés. Les formations protestataires sont également dans l’impasse. Le Front national avance des solutions d’avant-hier (fermeture des frontières) aux défis de la globalisation et la médiocrité de son personnel politique est apparue dans toute sa lamentable ampleur lors des récentes campagnes électorales.

Bien qu’infiniment plus convaincante sur le plan intellectuel, La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon reste elle aussi enfoncée dans un passé à jamais révolu. Son programme vise, par exemple, à surtaxer les revenus supérieurs à 33 000 euros par mois et par personne et à taxer les transactions financières. Et pour appliquer ces fort justes mesures ? Eh bien, on contrôle les capitaux et les marchandises aux frontières nationales! Ce qui ferait rire les hypercapitalistes qui changent de pays en un vol de jet d’affaire et déplacent leurs capitaux en quelques clics de souris.

La majorité des électeurs de gauche s’est rendue compte que cette offre protestataire, pour séduisante qu’elle apparaisse, était inadaptée à la situation présente. Une partie d’entre eux a donc choisi de voter Macron ou LREM, par défaut.

L’option sociale-libérale offre une solution d’apparence réaliste à la situation de la France, disions-nous.

Apparence, en effet, car les médicaments contre la douleur prescrits par le docteur Macron ne combattent aucunement le mal en lui-même, à savoir l’hypercapitalisme. Or, l’«énergie cupide» qui lui sert de moteur est mortifère à plusieurs titres.

La mentalité ambiante induite par l’hypercapitalisme provoque de façon habile la soif d’acquisitions toujours renouvelées. Que les ressources de la planète ne soient pas infinies, tout le monde le sait. Sauf Trump, l’idiot du village planétaire. Mais regardez avec quelle peine, les dirigeants de la planète, tentent de prendre des mesures pour, bien modestement, modérer l’allure de cette «énergie cupide»!

Malgré les discours repeints en vert, la volonté politique n’est pas suffisamment forte pour dompter la puissance de cette machine hypercapitaliste, formée par une myriade d’intérêts commerciaux transfrontières. A l’évidence, les Etats-Nations n’ont pas la dimension nécessaire pour s’y opposer, surtout sur notre continent. Nommer Nicolas Hulot ministre d’Etat à la transition écologique est un très joli coup de marketing politique. Toutefois, au mieux, l’écologiste français numéro 1 pourra initier dans son pays d’utiles expériences. Mais cela n’aurait pas d’effets décisifs à la seule échelle qui vaille en matière d’environnement: la planète. Dès lors, il faudrait trouver d’autres lieux pour que la volonté politique s’exerce. Et en Europe, on ne voit que l’Union qui dispose de la taille critique nécessaire pour prendre cette mission en main. Si du moins, elle le voulait…

Vers un Parti social-écologiste européen?

Dès lors, la nouvelle social-démocratie sera écologiste et européenne ou ne sera pas. Certes, les partis de gauche, du moins ce qu’il en reste, ont mis de grosses louches vertes dans leur programme. Mais cela ne suffit pas. C’est toute une doctrine social-écologiste qu’il est nécessaire de développer. Et surtout, cette social-écologie doit situer son combat en priorité sur le plan européen, pour qu’une réelle volonté politique efficiente apparaisse. Dès lors, l’organisation traditionnelle des partis de gauche claquemurés dans les limites de leurs Etats-Nations est devenue irrémédiablement obsolète. C’est un vaste Parti social-écologiste européen qu’il convient de créer et non un conglomérat de formations nationales incapables d’avoir une action commune en profondeur.

Emmanuel Macron a prouvé qu’il était un stratège politicien particulièrement efficace. Mais ses indéniables qualités intellectuelles ne sauraient dissoudre les chaînes qui le lient à cet hypercapitalisme auquel il doit tout, à commencer par son trésor de guerre. Son social-libéralisme tentera d’insérer, en les formant, le maximum de jeunes dans le flux du travail, grâce à l’ubérisation, sous diverses formes, de l’économie. C’est le rêve de l’hypercapitalisme : transformer le producteur en microentrepreneur pour qu’il accepte, au prix d’une liberté illusoire, de travailler à vil prix. Macron s’évertuera à réduire les rigueurs de cette ubérisation tout en la développant. Mais au bout de ce processus, la précarité sera le lot de la majorité de travailleurs. Moins de chômeurs, peut-être, si tout va bien; plus de pauvres, assurément.

S’attaquer à ce phénomène dans un seul pays est aussi illusoire que de lutter pour préserver l’environnement dans un seul territoire. La réponse à l’hypercapitalisme, là aussi, ne peut provenir que de l’échelon européen.

Ce parti social-écologiste devrait se construire à la base, de façon horizontale pour utiliser au maximum les possibilités offertes par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies. C’est en fédérant ces associations locales qui fourmillent en Europe dans tous les domaines, environnementaux, sociaux, culturels que ce parti pourrait se former à l’échelon du continent. La gauche nouvelle jettera aux orties le tout-productif qui fut, si l’on ose dire, sa marque de fabrique. Elle sera à la fois conservatrice – en préservant la nature des appétits voraces de «l’énergie cupide» – et progressiste en s’attaquant à l’hypercapitalisme qui veut faire des femmes et des hommes, des consommateurs ubérisés.

 La tâche est tellement rude qu’elle paraît insurmontable. Mais celui qui ne lutte pas atteint la rive des morts avant son cadavre.

FIN

Jean-Noël Cuénod

17:43 | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : macron, écologue, finance, captalisme, europe | |  Facebook | | |

19/06/2017

Petit manifeste pour une gauche post-Macron (1)

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Majorité absolue, mais sans excès. PS pulvérisé. Droite LR affaiblie et divisée. Front national privé de groupe parlementaire. France insoumise présente au parlement mais réduite. Emmanuel Macron tient désormais toutes les cartes en main. Et la gauche? A reconstruire? Mais quelle gauche?

«Le pouvoir n’était pas à prendre, il était à ramasser», disait de Gaulle pour expliquer son retour au commandement de la France, le 13 mai 1958. Ce n’est donc pas le Général qui a provoqué la ruine de la IVe République. De même, ce n’est pas Lénine qui a causé la chute du tsarisme. Et Macron, n’est pas à l’origine de l’effondrement de la social-démocratie française. Les régimes implosent sous l’effet de leurs contradictions internes.

Le plus grand génie politique reste impuissant si les circonstances historiques ne se prêtent pas aux changements radicaux. Il faut donc que le pouvoir tombe en ruine pour que l’homme dit «providentiel» soit en mesure de ramasser les morceaux et de restaurer les fondations.

L’essentiel est de distinguer le moment juste qui précède l’effondrement afin d’être prêt à intervenir avant les rivaux. C’est ce coup d’œil aiguisé qui a permis à Emmanuel Macron de quitter le gouvernement et de mettre «en marche» son mouvement à l’instant idoine. L’alors premier ministre et principal concurrent Manuel Valls avait diagnostiqué l’effondrement de la social-démocratie française bien avant Macron. Mais, contrairement à ce dernier, Valls n’a pas su se dégager à temps de la gangue gouvernementale. Quand il l’a fait, c’était trop tard. Le ci-devant chef du gouvernement, empêtré par son bilan collé aux semelles, n’était plus capable de rattraper son fringant ex-ministre. De plus, Valls est apparu comme le traître qui a poignardé François Hollande dans le dos. Certes, Macron avait déjà planté sa dague dans l’échine hollandaise. Mais l’opinion ne s’est souvenue que de la surinade de Manuel Valls. L’ancien président a fort bien décrit la chose: «Macron m’avait trahi avec méthode». Valls l’a aussi trahi mais sans méthode. Ça ne pardonne pas. Le savoir-trahir est le premier savoir-faire de l’homme d’Etat.

Certificat de décès de la vieille gauche

Macron a donc ramassé le pouvoir que les mains malhabiles du Parti socialiste et de la vieille droite française ont laissé tomber. Son début de parcours triomphal a signifié la fin d’un modèle social-démocrate français original géré alternativement par la droite et la gauche modérées, depuis l’application dès 1946 du programme «Les Jours Heureux» du Conseil national de la Résistance, programme qui a permis aux Français de bénéficier d’une couverture sociale de premier ordre.

Mais la social-démocratie a partout subi une crise majeure dès la mort de l’Empire soviétique. Tant que le communisme menaçait les structures du capitalisme, les représentants politiques de l’économie dominante ont fait des concessions aux partis socialistes démocratiques et accepté des réformes sociales souvent importantes qui ont permis de calmer les colères ouvrières et d’introduire les travailleurs, devenus aussi consommateurs, dans les circuits de l’économie de marché.

Lorsque l’ «Ogre rouge» a disparu, les partis sociaux-démocrates ont perdu cet épouvantail et, en plus, ont dû affronter un type de capitalisme fondamentalement nouveau : l’hypercapitalisme financier qui a remplacé le traditionnel capitalisme  industriel[1].

Cet hypercapitalisme est né de la financiarisation toujours accrue de l’économie et change complètement la situation: il n’est plus besoin de recourir aux gros bataillons du prolétariat, du moins dans les pays de modèle occidental; les nouvelles technologies créent de nouveaux emplois avec des formes tout aussi nouvelles de rapport au sein de l’entreprise, l’idéal étant de transformer le salarié en un microentrepreneur taillable et corvéable à merci.

Naguère encore, le patron (tiré du mot «père») était une figure bien établie en tant que telle, avec un visage connu et une implantation locale. Aujourd’hui tout se dissout dans le brouillard financier. Qui est le vrai «patron» des salariés française d’Altice ? le PDG Patrick Drahi ou bien les banques qui ont prêté à son groupe quelque 50 milliards d’euros ? Et où est implanté le «patron» de cette petite entreprise? A Cologny[2] ? A Champel[3], A Zermatt[4] , au Luxembourg[5] ? A Amsterdam[6] ? La réglementation d’un pays X déplaît-elle au groupe ? Qu’à cela ne tienne, le pays Z est prêt à l’accueillir. La chanson est bien connue, même si moult oreilles ne veulent pas l’entendre. Jadis, le savoir-faire ouvrier limitait (sans l’empêcher tout à fait) la mobilité de l’entreprise. Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas.

Dès lors, comment, dans un tel contexte, faire pression sur le patronat (si l’on peut encore parler de «patronat») pour exiger des réformes sociales? A cette énigme, la social-démocratie n’a pas apporté de réponse, ce qui a provoqué son effondrement en France, en Italie et dans d’autres pays. Certes, elle s’est encore maintenue ailleurs (Allemagne, Suède, Suisse, etc.), là où elle s’était plus solidement implantée au sein de la classe ouvrière sans avoir été concurrencée par les Partis communistes. Mais partout, la social-démocratie est en crise pour n’avoir pas (encore ?) pu relever le défi de l’hypercapitalisme financier.

Le social-libéralisme façon Macron

Emmanuel Macron, semble-t-il, a bien saisi la situation en proposant d’instaurer une forme française de ce social-libéralisme inauguré, avec plus ou moins de succès, par Tony Blair et son «New Labour» (qui a tout de même pris un sacré coup de vieux, avec le quasi septuagénaire Jeremy Corbyn à sa tête). Il s’agit donc pour ce nouveau parti social-libéral qu’est La République en Marche (LREM) d’accepter la donne imposée par l’hypercapitalisme financier en réduisant le plus possible les services publics pour donner de l’espace aux entreprises ou aux microentreprises privés, ces dernières étant gérées par des artisans dépourvus des droits sociaux attribués aux salariés.

Dans cette optique, les sociaux-libéraux macroniens vont miser sur la nouvelle économie développée par la transition écologiste. D’où le choix de l’écologiste numéro 1 en France, Nicolas Hulot (cela dit pour les Martiens qui viendraient d’atterrir), comme ministre d’Etat. La majorité présidentielle espère ainsi y trouver des gisements d’emplois à défaut de pétrole. Pour son volet social, le nouveau président veut former les individus à cette mobilité professionnelle qui est devenue la réalité quotidienne de chacun. Le propos macronien n’est donc pas de s’opposer à l’hypercapitalisme financier mais de tenter d’en corriger les effets les plus pervers, les plus dommageables pour l’ensemble de la population. Surtout, son propos est de préparer le mieux possible les classes populaires à s’insérer dans la nouvelle économie, basée, notamment, sur les modèles de type Uber. Alors, social-libéralisme ou social-ubéralisme ?

Au fond, le social-libéralisme façon Macron réédite avec l’hypercapitalisme financier ce qu’avait fait la social-démocratie avec le capitalisme industriel. Non pas abattre le monstre mais soigner ses victimes. Il ramasse donc la gauche et la droite modérées afin de créer une force centrale.

Jean-Noël Cuénod

(A suivre)

[1]Le développement du capitalisme dans sa phase industrielle reposait sur l’expansion de la production. Le capital (l’argent qui est réinvesti) devait être alloué en partie à des investissements productifs, c’est-à-dire qui permettent d’augmenter la capacité de production (par exemple, l’achat de machines plus performantes ou la construction de nouvelles usines). La logique financière est tout autre. Le capital n’a plus à passer par le détour de la production pour fructifier ; sa simple circulation engendre une création de capital neuf. L’investissement à court terme devient la norme et c’est la spéculation qui fait augmenter la valeur d’un actif. («Qu’est-ce que la financiarisation de l’économie?» par Julia Posca, IRIS, Institut de recherche et d’informations socioéconomiques au Québec. http://iris-recherche.qc.ca/

 [2] A l’intention des non-suisses: commune du canton de Genève, sorte de Neuilly-sur-Seine en plus cossu.

[3] Idem: quartier de Genève-Ville, sorte de XVIe arrondissement en plus riche.

[4] Idem: station de montagne dans le canton du Valais (partie germanophone), sorte de Courchevel en beaucoup plus chic.

[5] Altice est une société de droit luxembourgeois.

[6] Altice est cotée à la Bourse d’Amsterdam.

16/06/2017

Nouvelle collection dédiée à l'ésotérisme

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Les Editions Slatkine s’enrichissent d’une nouvelle collection qui a pour nom : Les Architectes de la Sagesse.

Elle s’intéresse à la Franc-Maçonnerie, puisque son premier ouvrage qui vient de sortir est consacré à l’un de ses aspects : Une Histoire secrète du régime écossais rectifié, né de la plume experte de l’historien de la Franc-Maçonnerie Alain BERNHEIM.

Mais elle ne sera pas la seule terre d’exploration des Architectes de la Sagesse, loin de là.  Initiations et spiritualités – au pluriel – concernent cette collection. La Foi – quel que soit son objet – se vit. La Foi en Dieu ; la Foi en l’Humain… la Foi en l’Univers… Elle est ce souffle intérieur qui s’éprouve mais ne se prouve pas. La Sagesse, elle, se construit. Il lui faut donc des architectes.

 La Sagesse avec une majuscule, cette astuce scripturale qui permet à un substantif de prendre, justement, un surcroît de substance qui l’élève au-dessus de la tourbe quotidienne. La définir est périlleux, elle prend tellement de formes. Disons que la Sagesse que nous cherchons à bâtir représente cet effort des humains à dépasser leurs conditions matérielles pour tenter de prendre langue avec la puissance créatrice et ordonnatrice de l’univers. Elle n’est pas cette foudre mystique qui frappe Paul Claudel, le 25 décembre 1886, près du second pilier à l’entrée du chœur de Notre-Dame à Paris (En un instant mon cœur fut touché et JE CRUS).  La Sagesse est la patiente approche vers ce qui nous dépasse. Et nous dépassera toujours. Mais qui continue et continuera à nous faire progresser vers un peu plus de lumière. La Sagesse est faite d’erreurs suivies de corrections, d’hésitations suivies d’élans. La Sagesse est une maison toujours en chantier dont on ne voit jamais le toit.

 La collection Les Architectes de la Sagesse des Editions Slatkine se propose donc d’éditer des œuvres élaborées par ces patients bâtisseurs de l’Esprit, soit sous la forme d’essais, soit sous celle de fictions.

 Jean-Noël CUÉNOD

Directeur de la Collection Les Architectes de la Sagesse aux Editions Slatkine.

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14/06/2017

Bayrou, comme un petit air de Cahuzac

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Comme ministre de la Justice François Bayrou présente ce mercredi sa loi sur la moralisation de la vie publique. Et comme président du MoDem, le voilà embarqué dans une vilaine affaire de financement de son parti qui aurait bénéficié d’emplois fictifs payés par le Parlement européen.

Un ministre de la justice qui veut moraliser la vie politique alors que le parti qu’il dirige fait l’objet d’une enquête du Parquet de Paris pour «abus de confiance et recel de ce délit», cela ne vous rappelle pas quelque chose? Cherchez bien! Jérôme Cahuzac, voooiiilà! Le ministre délégué au Budget chargé de lutter contre la fraude fiscale alors qu’il avait planqué son trésor en Suisse, puis lorsque les lois helvétiques ont changé, à Singapour.

«Ce sont deux affaires d’intensité dolosive fort différente», couineront les communicants, petit doigt levé en tenant l’anse de leur tasse de Darjeeling. Pour le citoyen sirotant son pastaga sur le zinc, ce sera bonnet sale et sale bonnet:  Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais. Et si vous faites ce que je fais, vous êtes faits!»

«Et la présomption d’innocence, vous vous asseyez dessus, c’est ça?» glapiront ces mêmes communicants. Bayrou et son MoDem seront peut-être innocentés. Ou peut-être pas. Il n’empêche que le ministre de la Justice n’est pas un justiciable comme les autres puisque le Parquet chargé d’enquêter sur lui dépend de son ministère qui reçoit des Parquets généraux les notes de synthèse des dossiers sensibles politiquement. Dans un tel cas de figure, une seule solution s’impose : démissionner. Ce ne serait que pure décence. Billevesées et calembredaines!

Les naïfs auraient pu penser qu’avec un président tout neuf, porté par une vague rafraichissante vouée à balayer les vieux débris de la scène politique, un tel cynisme n’aurait plus cours. C’était sans compter sur la persistance d’habitudes tellement ancrées chez les politiciens français que, sûrs de leur impunité, ils n’ont même pas conscience du caractère choquant de leur comportement.

De plus, l’ego-montgolfière de Bayrou, déjà fort élevé en altitude, atteint des couches stratosphériques depuis qu’il a été nommé par le président Macron «Ministre d’Etat, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ». Ainsi, a-t-il téléphoné à Jacques Monin, directeur de la cellule investigations de Radio France, pour protester contre ses journalistes qui avaient eu l’idée incongrue d’enquêter sur les soupçons d’emplois fictifs du MoDem. François Bayrou s’est fait publiquement remettre à l’ordre par le premier ministre Edouard Philippe. Sèche réplique du rebelle qui rétorque : «Je ne sais pas vivre sans liberté de parole». Dans ce cas, il ne faut pas faire ministre et encore moins ministre de la Justice. Sa parole n’engage pas que lui mais son ministère, les magistrats de l’Ordre judiciaire, les justiciables et son pays.

Qu’il la reprenne, sa liberté. En quittant le gouvernement.

Le nouveau président de la République n’aura sans doute pas besoin du MoDem pour disposer de la majorité absolue. Dès lors, si Bayrou continue à être aussi encombrant, nul doute que l’Elysée l’éjectera sans pitié. Après avoir pulvérisé le Parti socialiste, assommé le Front national, démoli Les Républicains, Emmanuel Macron peut fort bien continuer en rejetant le MoDem dans les limbes. Il n’y aurait alors pas foule entre lui et Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Noël Cuénod

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11/06/2017

Poignée de bémols pour un Macron en fanfare

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L’affaire est entendue. Elle est même pliée. Le président Macron continue sa marche sur les eaux d’une France transformée en lac de Tibériade. Avec près de 33% des voix au premier tour des élections législatives, son parti La République En Marche aura de 400 à 440 députés sur les 577 composant l’Assemblée nationale. C’est quasiment une majorité de type Soviet Suprême. La droite LR est laminée avec 21% des suffrages et le Parti socialiste est définitivement mort avec seulement 9%. Le Front national essuie une défaite (13,5% des voix) et paie l’incompétence crasse de sa patronne Marine Le Pen, révélée lors du désormais fameux duel télévisé contre Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon et sa France Insoumise (11% des voix) ne confirment pas leurs bons résultats de la présidentielle. Mais pour Mélenchon, l’essentiel a été atteint: le PS de Mitterrand va disparaître. Voilà pour la partition jouée avec un bel entrain par le Macron’s Brass Band. Toutefois, les bémols n’y manquent pas.

Par effet de levier dû au scrutin majoritaire, le pourcentage obtenu par LREM va se traduire en raz-de-Macron alors que s’il est important, ce résultat n’est pas aussi triomphal que pourrait le laisser croire la future avalanche de députés macroniens.

L’abstention-record, plus de 50%, n’annonce pas une adhésion enthousiaste aux projets défendus avec plus ou moins de clarté, par le président Macron. Si l’on ajoute à ce taux celui obtenu par les deux formations les plus farouchement anti-macronienne – Front National et France Insoumise – on parvient à un pourcentage de 77,7% de citoyens qui restent insensibles aux sirènes En Marche.

Ce n’est pas tout. Une intéressante étude de Harris Interactive indique que si 49% des électeurs de Macron ont fait un vote d’adhésion, 42% se sont contentés de voter «utile». Dans les autres formations, le vote d’adhésion est beaucoup plus net. 

Un autre élément gênant pour La République En Marche apparaît dans cette analyse. 27% des «sondés» souhaitent que le parti macronien dispose à lui seul de la majorité absolue. 35% espèrent qu’il détiendra une majorité relative et 38% ne veulent pas qu’il obtienne la majorité et espèrent une cohabitation. Or, c’est l’inverse qui, sans doute, se produira à l’issue du second tour: le président Macron et son parti posséderont la majorité absolue alors que seule une minorité le désire.

Tous ces bémols réunis peuvent provoquer une sacrée cacophonie. Les colères futures ne pourront donc pas s’exprimer au Parlement, dominé par un parti massivement majoritaire. Elles risquent de débouler dans les rues. Ou, peut-être, apparaîtront certaines formes d’opposition nouvelles développées par les réseaux sociaux.

Veillée funèbre du PS à Solférino

 

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Le Plouc, dimanche soir, s’est rendu au siège du PS. Voici son petit reportage pour la Tribune de Genève et 24 Heures. 

Rue de Solférino à Paris, l’ambiance est à la veillée funèbre, dimanche soir. Il faut dire que le nom «Solférino» sonne bien pour évoquer le désastre sur un champ de bataille. Mais aujourd’hui, aucun Henri Dunant ne viendra réchauffer les cœurs meurtris. Heureusement, les cadavres ne sont que symboliques, sous forme de parlementaires «dégagés». Toutefois, la perte est colossale. De 273 députés à l’Assemblée nationale, le PS va passer à 20 ou 35 élus, selon les projections pour le second tour. Son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a la tête des très mauvais jours, le front emperlé de sueur et le regard noir. Il y a de quoi puisqu’il est éliminé dès le premier tour dans sa circonscription du XIXe arrondissement de Paris.

S’il admet la défaite du PS – comment faire autrement ? – Cambadélis pointe l’abstention «qui atteint un niveau historique» et lance une pierre dans le jardin en pleine floraison d’Emmanuel Macron: «Il n’est ni sain ni souhaitable qu’un président n’ayant reçu que 24% au premier tour de la présidentielle et élu au second tour grâce au rejet de l’extrême droite obtienne la majorité absolue».

Mais ces paroles lasses ne convainquent personne. A Solférino, aucun «éléphant» n’a daigné barrir devant les micros, mis à part  Jean-Christophe Cambadélis. Mais certaines figures connues semblent déjà avoir tourné la page de ce PS fondé par Mitterrand en 1971 sur les ruines de la SFIO. Par exemple Gérard Filoche (photo JNC), héraut de l’aile gauche:  «J’ai œuvré de toutes mes forces pour que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon concluent un accord avant le premier tour de la présidentielle. Cela ne s’est pas fait et voyez le résultat! Il n’empêche que Benoît Hamon avait récolté 2,4 millions de suffrages. Ce n’est pas rien et cela constitue une base pour se reconstruire. Je lutte pour créer un grand parti de gauche plurielle incluant toutes les composantes de la gauche, y compris les partisans de Mélenchon, bien entendu. Mais soyons clairs, dans ce parti, il n’y aura aucun macronien. On ne saurait être socialiste et favorable à Macron.»

L’une des rares élues socialistes présentes au siège, la sénatrice et ancienne ministre Marie-Noëlle Lienemann, quitte Solférino en rasant les murs à toute vitesse pour éviter les journalistes. Vaine crainte. Aucun micro ne se tend. Personne ne se retourne sur cette petite souris qui se fond au milieu des passants. Bienvenue dans la sphère des anonymes.

Jean-Noël Cuénod

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09/06/2017

Trump l’éléphant fou dans le bazar oriental

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Au moment l’ancien directeur du FBI James Comey l’accuse, le président Trump continue à piétiner les porcelaines du bazar moyen-oriental et risque de faire sombrer tout l’Occident dans un conflit qui n’est pas le sien, à savoir la guerre intra-musulmane entre sunnisme et chiisme, forme contemporaine de l’antagonisme millénaire arabo-perse.(Dessin d'Acé)

Et rien à voir avec ce qui précède: Le Plouc a reçu le Grand Prix de Poésie à Pau.

L’éléphant fou échappé à grands barrissements de la Maison Blanche pèse désormais de tout son poids en faveur des sunnites menés par l’Arabie Saoudite, alors que l’affrontement entre les deux grandes confessions de l’islam a pris une ampleur nouvelle. Suspecté de se montrer trop accommodant avec les chiites Iraniens, le Qatar a été mis au ban des nations par les Emirats arabes unis, Bahreïn, l'Égypte et le Yémen à l’instigation du maître de la manœuvre, le régime saoudien. Le motif avancé par Ryad pour expliquer la quarantaine du Qatar – à savoir que cet émirat favoriserait le terrorisme – ne trompe personne.

Dans son sermon antiterroriste adressé au Qatar, l’Arabie Saoudite est aussi crédible qu’une mère maquerelle prêchant l’abstinence sexuelle à l’une de ses pensionnaires. C’est donc bien le rapprochement, fantasmé ou réel, du Qatar avec l’Iran chiite qui est en cause.

En outre, le terrorisme sunnite de l’Etat Islamique a frappé mercredi Téhéran au cœur même du pouvoir chiite, causant la mort de treize personnes. Comme si les terroristes de Daech voulaient donner un signal aux Saoudiens en leur rappelant qu’une cause sacrée les unissait : combattre le chiisme.

Obama avait rééquilibré la position des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran, sans pour autant abandonner les intérêts de son pays auprès des monarchies arabes. Trump a démoli ce savant équilibre en soutenant pleinement le régime saoudien au détriment de l’Iran. Certes, l’Arabie Saoudite a dû payer cet engagement au prix fort, en signant au bénéfice des Etats-Unis pour 380 milliards de dollars en contrats dont 110 milliards d’armement. Armement qui, d’ailleurs, risque un jour ou l’autre de servir contre le fidèle allié américain, Israël.

Le président américain a agité ces contrats en signe de victoire. Une victoire qui risque fort d’être de dupes. Car avec quel argent les Saoudiens vont-ils honorer ces mirifiques projets ? Le déficit saoudien a dépassé les 84 milliards de dollars et la dette publique du Royaume s’alourdit à la suite de l’effondrement constant des cours du pétrole et des campagnes militaires en Syrie et au Yémen. Comme l’on dit à Genève, « les promesses rendent joyeux les fous ». Surtout, les fols éléphants…

Le but que semble – la prudence est de mise – poursuivre Dingo Donald serait de susciter un changement de régime en Iran, en mettant la pression sur ce pays. Au moment où les Iraniens ont massivement réélu à la présidence de la République le modéré Hassan Rohani, dans l’espoir de renouer avec l’Occident, le Pachyderme n’a rien trouvé de mieux que de leur fermer la porte au nez, en soutenant Ryad contre Téhéran. Ce faisant, Washington a apporté aux ennemis de l’Occident, aux conservateurs iraniens et aux tyranniques gardiens de la Révolution un soutien inespéré. Si changement de régime il y avait en Iran, ce serait sans doute au détriment des partisans de l’ouverture à l’Occident. Bien joué, le Mammouth !

La mollarchie iranienne n’est pas plus sympathique que les monarchies arabes, loin de la là. Mais force est de constater que le terrorisme qui nous frappe reste le fait de pays ou de groupes qui se réclament du sunnisme. Pendant longtemps, les pétromonarchies ont financièrement soutenu nos plus implacables ennemis et ils continuent aujourd’hui à les nourrir de leur idéologie salafiste, antisémite, liberticide et antidémocratique.

Les démocraties occidentales n’ont donc aucun intérêt à intervenir dans le conflit entre sunnites et chiites, ni d’un côté ni de l’autre. Il n’y a, dans cette affaire, que des coups à prendre. Dans son Médecin malgé lui, Molière avait tout compris en s’exprimant par le truchement de Sganarelle:

Vous êtes un impertinent de vous ingérer dans les affaires d’autrui. Apprenez que Cicéron dit : Qu’entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt.  

Jean-Noël Cuénod

Le Plouc reçoit le Grand Prix de Poésie à Pau

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Le Grand Prix de Poésie des XXIIIème Jeux Floraux du Béarn a été attribué à Jean-Noël Cuénod –– autrement dit votre Plouc – samedi 3 juin 2017 pour son manuscrit encore inédit En Etat d’Urgence. Ce concours est placé sous l’égide du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, de la Ville de Pau et la revue de poésie L’Etrave.

Outre la coupe remise audit Plouc par Jean Lacoste – adjoint à la culture du maire de Pau un certain François Bayrou – cette distinction permettra à ce manuscrit d’être édité par La Nouvelle Pléiade.

Moult mercis à la présidente des Jeux Floraux du Béarn, la poétesse Floriane Clery et à Vital Heurtebize, président de Poètes sans Frontières et président d’honneur de la Société des Poètes Français, inlassable et efficace militant de la cause poétique.

 

17:25 Publié dans Poésie L'Or du temps, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : trump, islam, iran, arabie, terrorisme, poésie | |  Facebook | | |

01/06/2017

Affaires – les Macron's n’ont rien compris

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Les petites affaires immobilières du ministre Richard Ferrand intéressent désormais les magistrats. Le ministre de la Justice relaie un communiqué de son bras droit qui fait l’objet d’une enquête. Macron et les siens n’ont donc rien compris au changement radical de la mentalité ambiante qui ne supporte plus copinage et népotisme. Indécrottable caste politicienne.

Après avoir affirmé qu’il fallait « circuler » car il n’y avait « rien à voir » dans le dossier Ferrand, la justice a changé de disque : le Parquet a ouvert une information préliminaire pour jeter la lumière sur les opérations immobilières réalisées par le tout nouveau ministre de la Cohésion des territoires lorsqu’il dirigeait les Mutuelles de Bretagne.

Le Canard Enchaîné d’hier a clairement décrit le processus : Les Mutuelles de Bretagne cherchent des locaux à louer. Leur directeur général Ferrand trouve un vendeur avec lequel il signe, en son nom, un compromis aux termes duquel la vente ne sera effective que si Les Mutuelles de Bretagne signent un bail avec la Société civile immobilière (SCI) qui prendra la place de l’acheteur (Richard Ferrand). Le futur ministre propose alors cette location à son conseil d’administration, sans spécifier son rôle dans l’opération. La compagne de Ferrand fonde sa SCI qui reprend à son compte le compromis de vente et se substitue à son compagnon pour devenir propriétaire des locaux. Le bail de location est signé par le Conseil d’administration des Mutuelles de Bretagne. « Tout le monde savait que la propriétaire n’était autre que ma compagne » dit aujourd’hui Richard Ferrand. Mais, ajoute Le Canard, celui qui présidait le conseil à l’époque n’en a gardé aucun souvenir. Résultat : la compagne du futur ministre, nanti du bail des Mutuelles, a obtenu un prêt de 400 000 euros – soit la totalité de l’investissement – couvert par les loyers. Et comme les Mutuelles de Bretagne ont pris à leur charge les travaux de réfection des locaux (184 000 euros), l’heureuse bénéficiaire deviendra propriétaire de locaux restaurés. Gâteau sur la cerise, la compagne de Ferrand est désormais l’une des principales avocates des Mutuelles de Bretagne.

Façon François Fillon – dans une moindre mesure – Richard Ferrand a finassé avec les journalistes, avançant un argument qui, le lendemain, était contredit. Et ainsi de suite. Comme le l’ex-futur président, il a alimenté lui-même la spirale de la polémique. Or, ce genre de mécanisme entraîne ipso facto le gouvernement. Sur ce point, le président Macron a raison : c’est au premier ministre de prendre les décisions. Or, force est de reconnaître qu’Edouard Philippe a mal géré l’affaire en laissant la spirale se développer.

Le comportement de Richard Ferrand enfreint-il la loi, notamment celles sur les mutuelles ? A la justice de répondre. Mais sur le plan politique, la question n’est pas là. Destinés à favoriser les proches de hauts dirigeants, ces petits tours de passe-passe ne… passent plus, qu’ils soient ou non légaux.

Bayrou et l’affaire du touïte maudit

Autre clou dans l’escarpin présidentiel : l’enquête préliminaire ouverte pour emplois fictifs d’assistants au Parlement européen contre 19 eurodéputés, dont la ministre Marielle de Sarnez, bras droit au MoDem de François Bayrou. Le dénonciateur n’est autre que le Front national. A l’évidence, le FN veut enfumer la justice et les médias pour faire oublier ses propres turpitudes qui sont d’une toute autre nature : après enquête, le Parlement européen a dénoncé à la justice française un important système d’emplois fictifs ourdi par le Front national pour alimenter ses caisses avec l’argent public des Européens (préjudice allégué : cinq millions d’euros). Rien de tel pour les 19 députés dont la ministre qui a porté plainte en dénonciation calomnieuse contre une représentante du FN.

Sa cause paraît plutôt bonne. C’est sans compter sur son mentor, le Ministre ­– d’Etat !– de la Justice, François Bayrou : il a retouïté un communiqué de Marielle de Sarnez se défendant contre les accusations frontistes. Certes, il a pris soin d’effacer de son compte Touïteur toute référence à sa fonction ministérielle. Mais quand on est ministre de la Justice, on ne l’est pas à temps partiel. La distinction entre expression privée et charge publique n’est pas acceptable. Bayrou engage son ministère, son gouvernement et son pays en tout temps et sous toutes les latitudes.

Cette rediffusion d’un communiqué plaidant la cause d’une personne visée par une enquête judiciaire est d’autant plus inadmissible qu’elle est le fait du ministre de la Justice, garant de l’indépendance des magistrats français. Où est l’indépendance lorsque son garant a pris fait et cause pour un justiciable ?

Affaires et Common Decency

Ces deux affaires démontrent à quel point la caste politique française – pourtant en plein renouvellement – n’a pas encore intégré la « common decency » illustrée par le grand George Orwell. Cette formule difficilement traduisible qui signifie, en gros, « décence ordinaire ou générale ou populaire » et que le philosophe Bruce Bégout définit comme « la faculté instinctive de percevoir le bien et le mal » dans son ouvrage La décence ordinaire (Editions Allia).

La « décence commune » est donc un sentiment d’évidence qui permet de trancher entre ce qui se fait et ce qui ne doit pas se faire. Evidence ? Pas pour tout le monde. Nombre de politiciens ne partagent pas cette « décence commune » et naviguent entre les eaux du « ce qui se fait » et celles, troubles, « de ce qui ne se fait pas ». Souvent mal rémunérés, ils ont pris l’habitude d’agrémenter leur frugal quotidien par quelques margoulinades et autres carabistouilles. Ces petits arrangements avec la « décence commune » étaient tolérés par la grande majorité des citoyens. Mais le vent du Nord avec ses effluves vertueuses a soufflé sur l’Hexagone : ce qui était accepté, ne l’est plus. L’affaire Fillon en est la démonstration la plus éclatante.

Et puis, la jeunesse d’Emmanuel Macron, son audace et sa vivacité, ont profité de ce changement de climat et en ont accentué les rigueurs en promettant une loi sur la moralisation politique et en flanquant un grand coup de balais sur ces partis qui puaient le remugle. Grand ménage de printemps dans la maison France. Mais voilà qu’avec Richard Ferrand et François Bayrou, on ferme les fenêtres, on range les produits d’entretien.

Certes, la France a toujours éprouvé de la peine à mettre le curseur de ses humeurs au bon endroit. Trop laxiste hier, deviendrait-elle trop excessive ? C’est probable. Cela dit, le moins que l’on puisse attendre de ce gouvernement est qu’il mette en pratique les principes moraux dont il s’est fait l’héroïque héraut. Le président Emmanuel Macron est aujourd’hui porté par une vague d’espérance populaire. Gare au reflux.

Jean-Noël Cuénod

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26/05/2017

Les idiots utiles du terrorisme

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Après l’attentat de Manchester, les réseaux sociaux crépitent de réactions faussement musclées et réellement stupides, du genre «contre le terrorisme, assez de marche blanche, passons à l’action ». Comme si les Tartarinades pouvaient changer quoique ce soit. Si vous n’êtes ni militaires, ni agents de renseignement, ni policiers, ni magistrats, le mieux que vous ayez à faire est de méditer cette maxime de l’inusable Pierre Dac:

Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir.

L’avantage des marches blanches est qu’elles s’efforcent de souder le peuple. Car rien ne contrarie mieux les plans de l’islamo-fascisme que de l’affronter uni. Son but, au moins, est clair : abattre la démocratie et toutes les libertés, asservir les femmes et déverser l’intelligence dans les marais de l’obscurantisme.

Pour parvenir à cette fin, l’islamo-fascisme doit créer un fossé entre l’immense majorité des musulmans d’Occident qui veulent vivre en paix et leurs concitoyens professant d’autres convictions. Il s’agit donc de provoquer des actions de représailles de la part de groupes d’extrémistes non-musulmans contre leurs voisins musulmans, entrainant ainsi notre société dans la spirale des violences. Dès lors, tous ceux qui excitent la haine contre les musulmans sans distinction sont les plus efficaces idiots utiles de l’islamo-fascisme.

L’autre «idiot utile» du terrorisme

Il faut dire que l’exemple vient de haut. Dans le registre «idiot utile» du terrorisme, Donald Trump se pose en champion. Compte tenu de son inaptitude à lire un dossier et à en comprendre quoique ce soit, le président américain a été placé, selon toute vraisemblance, sous la coupe des nombreux généraux qui le conseillent. Ou plutôt qui le guident. Ils représentent ce complexe militaro-industriel dont le président Eisenhower – républicain et ancien général, chef de l’Etat-Major de l’armée américaine – dénonçait la mainmise en 1960 déjà, lors de son dernier discours à la Maison Blanche.

Afin de permettre à ce complexe de réaliser de plantureuses affaires, Trump va couvrir d’armes de très haute technologie le pays qui a nourri idéologiquement (et parfois financièrement) le terrorisme islamique : l’Arabie Saoudite. Le sympathique Royaume liberticide et gynophobe consacrera à son petit marché de mort, 110 milliards de dollars (selon l’agence Bloomberg, ce chiffre serait gonflé ; l’achat des Saoudiens est estimé entre 30 et 40 milliards de dollars, ce qui reste considérable). La nation qui a donné naissance au wahabbisme et diffusé la pire des interprétations de l’islam disposera bientôt en son arsenal déjà bien pourvu par l’oncle Sam, du système de défense antimissile THAAD, de navires de combat, d’avions de transport militaire tactiques ainsi que des technologies les plus actuelles dans le domaine des hélicoptères.

La diplomatie américaine soutient qu’il s’agit pour Washington d’aider l’Arabie Saoudite à contrer la menace iranienne et à lutter contre le terrorisme. Même l’ultranationaliste et pro-américain ministre israélien de la défense Avigdor Liberman est interloqué par cette avalanche d’armes sur le régime saoudien et a fait part de son inquiétude au micro de la radio militaire de son pays:

« Je ne suis jamais tranquille devant aucune course à l’armement, et l’énorme acquisition faite par les Saoudiens n’ajoute certainement pas à ma tranquillité.»

Directement visés, les dirigeants iraniens vont sans doute renforcer leur arsenal militaire en se tournant vers leur allié russe. Quant à ce qui reste de l’Etat islamique, point n’est besoin d’un tel équipement pour en venir à bout en Irak et en Syrie. Leur pouvoir de nuisance s’exerce désormais principalement dans les actes terroristes contre lesquels des missiles de croisière ne peuvent vraiment pas grand chose !

Surtout, même si l’Etat islamique venait à disparaître, il serait aussitôt remplacé par une autre structure terroriste. Et celle-ci pourrait fort bien prendre le pouvoir en Arabie Saoudite qui reste un Royaume fragile et dont l’idéologie islamo-fasciste correspond à tous points à celle des terroristes.

On imagine alors en quelles mains tomberait cet imposant arsenal vendu par Trump et l’usage qui en serait fait contre Israël et l’Occident. Le pire n’est jamais sûr. Mais on sait depuis les errements américains en Irak qu’il reste diablement probable.

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

11:23 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : terrorisme, trump, arabie saoudite | |  Facebook | | |

23/05/2017

Les petits de Manchester

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Les petits de Manchester

 Etincelles la nuit au cœur

            

            Les petits de Manchester

            Les petits de Manchester

            Les petits de Manchester

 

Sont partis dans les gerbes d’étoiles

En emportant l’enfance éternelle

Nous voilà maintenant orphelins

De ces petits devenus immenses

Pour leur bourreau à jamais l’oubli

Pas même l’aumône de la haine

Jean-Noël Cuénod

17:42 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : terrorisme, manchester | |  Facebook | | |

18/05/2017

Gouvernement Macronvélique, entre caviar et knout

 

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Contrairement à ce qu’un vain peuple pense, Nicolas Hulot n’est pas le seul ministre de la nouvelle équipe cornaquée par Edouard Philippe. Ils valent aussi le détour, les autres membres du gouvernement concocté par Macronvel, ce Machiavel aux yeux de velours.

Tout d’abord, sur un plan général, outre le respect[1] de la parité entre femmes et hommes – saluée unanimement avec des sincérités variables – Emmanuel Macron n’a pas fait dans le jeunisme à tout crin. La moyenne d’âge reste stable : 54 ans en moyenne, soit un an de plus que le dernier cabinet Valls (53 ans). A titre de comparaison, l’âge moyen du gouvernement suisse est de 57 ans.

Le nouveau président avait promis un gouvernement resserré. Avec 22 membres (3 ministres d’Etat, 15 ministres et 4 secrétaires d’Etat), on a vu plus ristrète, sans être pléthorique pour autant. Le dosage entre gauche, centre, droite et hors-caste[2] étant malaisé à réaliser, il a fallu allonger la sauce pour parvenir à la bonne cuisson : 6 socialistes libéraux, 2 radicaux de gauche, 3 centristes du MoDem, 2 figures de la droite Les Républicains et 9 hors-castes (avec des sensibilités, pour certains, gauche modérée, centriste et droite républicaine).

En compulsant un peu plus cette liste, on constate que le président Macron a cherché à équilibrer enthousiasme et rigueur, caviar et knout.

Côté caviar, passons sur la nomination de Nicolas Hulot, le Plouc en a assez causé. Relevons d’emblée une divine surprise, en la personne de la nouvelle ministre de la Culture Françoise Nyssen, l’une des dernières éditrices dignes de ce nom qui a fait d’Actes Sud une belle lumière de la littérature contemporaine. Macron a donc choisi l’intelligence à la verroterie médiatique. Françoise Nyssen nous changera très agréablement de Fleur Pellerin…

Excellente aussi l’idée de placer Marlène Schiappa au Secrétariat d’Etat à l’égalité femmes-hommes. Elle a lancé un réseau d’une remarquable efficacité sur la base de son blogue «Maman travaille». Voilà au moins un membre du gouvernement qui sait comment jongler entre ordinateur, biberon, couche-culottes, conférences.

Malin également, le choix de Sylvie Goulard aux Armées. Certes, on l’attendait plutôt aux Affaires européennes, mais justement... Le président Macron veut donner un sérieux élan à l’Europe de la Défense qui avance au pas d’une tortue asthmatique. Or, pour atteindre cet objectif, Sylvie Goulard présente un excellent profil. Députée européenne et ancienne conseillère de Romano Prodi lorsqu’il dirigeait la Commission à Bruxelles, elle connaît l’UE de fond en comble. Et puis, il fallait trouver au bras droit de François Bayrou – ce précieux allié devenu ministre d’Etat à la Justice –, un dicastère de choix. Marielle de Sarnez, europhile convaincue et militante, est à sa place aux Affaires européennes.

Judicieux enfin, d’avoir installé Elisabeth Borne, ministre des Transports. Tout d’abord, d’avoir une Borne aux transports, voilà qui va réjouir Le Canard Enchaîné. Ensuite, elle fut directrice de la stratégie aux chemins de fer français (SNCF), préfette de la région Poitou-Charente, directrice de cabinet de la ministre de l’Environnement Ségolène Royal et des tentaculaires transports publics parisiens (RATP), tous postes qui l’ont bien préparé à exercer pleinement ce ministère plus stratégique que médiatique.

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Voilà pour le caviar. Mais le knout est prêt à cingler le dos des budgétivores. Bercy est désormais dirigée par la droite libérale avec les LR Bruno Le Maire et Gérald Darmanin (photo: leur arrivée pour leur premier Conseil des ministres). Ils ont donc en main, l’économie, le budget, le fisc, la sécurité sociale et la fonction publique qui va être réformée. Du lourd. Du franc. Du massif. Les ministres «caviar» auront bien de la peine à soutirer des fonds pour leurs projets. Car si le nouveau président a placé Le Maire et Darmanin à ces postes essentiels, c’est pour appliquer une politique libérale. Quelle sera la dose de «social» dans ce libéralisme ? Un doigt ? Deux ? Un bras ?

Autre manieur de knout, beaucoup moins connu, Jean-Michel Blanquer qui fut directeur-général de l’Enseignement scolaire entre 2009 et 2012, sous la présidence Sarkozy, ce qui en faisait le numéro 2 de l’alors ministre de l’Education nationale, Luc Chatel. Les langues vipérines sifflent que Blanquer était plutôt le numéro 1, Chatel n’ayant guère d’aisance en milieu scolaire. Sous sa direction, la politique de la droite a été rudement appliquée. Les syndicats affronteront donc forte partie. D’autant plus forte, la partie, qu’elle les connaît bien! 

Jean-Noël Cuénod

Dessin d'Acé

 

[1] La parité macronienne a ses limites : une seule femme a reçu un ministère d’autorité, Sylvie Goulard aux Armées.

[2] Le Plouc se refuse à ranger les ministres qui n’appartiennent pas à un appareil de parti dans la catégorie «société civile», terme vide de sens, et préfère celui de hors-caste. Les politiciens d’appareils formant une catégorie assez proche de la définition que donne Larousse de la caste (Groupe social endogame, ayant le plus souvent une profession héréditaire et qui occupe un rang déterminé dans la hiérarchie d'une société).

 

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17/05/2017

Hulot ne partira pas en vacances !

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Chirac, Sarkozy, Hollande en avaient rêvé, Macron l’a réalisé: convaincre Nicolas Hulot de devenir ministre. Et pas n’importe lequel: «Ministre d’Etat, ministre de la transition énergétique et solidaire». Il aura besoin de ce titre-bouclier, car ses collègues du nouveau gouvernement n’ont pas tous la fibre écolo, loin de là.

 En ajoutant «d’Etat» à son titre ministériel, le président Macron a donc élevé l’écologiste français le plus célèbre dans le peloton de tête de la hiérarchie protocolaire. Le numéro 2 du nouveau gouvernement, Gérard Collomb, est lui aussi «Ministre d’Etat» (à l’Intérieur). François Bayrou (à la Justice) est le troisième ministre à être ainsi oint par ce Saint Chrème gouvernemental.

Outre qu’elle permet d’être servi à table avant les autres (mais après le président de la République et le premier ministre, quand même), cette distinction donne un contenu symbolique fort à celui qui en est revêtu. Ce n’est pas forcément un détail négligeable dans un pays comme la France où les médias sont très gourmands en emblèmes et bimbeloteries clinquantes.

 Au fil des ans à la tête de sa Fondation, Hulot a démontré qu’il n’était pas qu’un homme de belles images mais surtout un porte-parole populaire et convaincant de la défense de l’environnement.  Pendant quinze ans, il a refusé systématiquement les portefeuilles que les présidents successifs lui ont proposés afin de profiter de sa grande notoriété télévisuelle. Pourquoi a-t-il changé d’avis maintenant ? S’il ne faut pas négliger l’effet sur Hulot de la Macromania qui balaie la France d’un vif courant d’air, le nouveau président lui a sans doute garanti un espace d’actions qu’aucun de ses prédécesseurs à l’Elysée n’avaient osé lui aménager. Et c’est vraisemblablement cette large marge de manœuvre qui a convaincu Nicolas Hulot d’accepter ce ministère d’Etat.

Son titre n’est d’ailleurs par anodin, «transition écologique et solidaire». Cela signifie que Nicolas Hulot ne se contentera pas de protéger le lys martagon ou le gypaète barbu (rien à voir avec la pilosité du premier ministre Edouard Philippe) mais qu’il aura la main sur un secteur-clé de la nouvelle économie vouée à la transformation des activités énergivores en développement respectueux de l’environnement. L’adjectif «solidaire» suppose que cette transition écologique ne laissera pas dans l’ornière les classes sociales défavorisées.

Comparée à ses pays voisins, la France a pris un grand retard en matière de politique environnementale. Le pari macronien est donc de créer un nouveau type d’activités économiques basé sur l’écologie au sens large du terme et d’en faire «un gisement d’emplois» pour reprendre l’expression chère aux énarques. La France macronifiée ferait donc d’une pierre deux coups : protéger l’environnement et lutter contre le chômage.

En théorie, ce plan paraît idéal. Il reste à le mettre en œuvre. Aussitôt, les ennuis commencent. Opérer une transition de ce type réclamera forcément l’injection de fonds publics, même si le nouveau gouvernement fera tout pour y intéresser le secteur privé. Or, dans cet exercice, Nicolas Hulot sera confronté à deux ministres issus de la droite Bruno Le Maire (Economie) et Gérald Darmanin (Action et Compte publics, autrement dit Budget, Sécurité sociale et Fonction publique), désignés comme chiens de garde pour défendre le coffre-fort de l’Etat contre les appétits budgétivores de leurs collègues.

Certes, toujours aussi malin en matière de «casting», le président Macron a choisi deux hommes de droite au libéralisme plus relatif qu’absolu. Lors de la primaire de la droite, Le Maire et Darmanin avaient vivement critiqué l’ultralibéralisme de François Fillon. Néanmoins, si Macron les a placés à ce poste, c’est bien pour tenir le rôle de pittbulls et non celui de caniches. Ce duo droitier connaissant mieux que lui les rouages de l’administration, Nicolas Hulot ferait bien de surveiller ses mollets.

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Hulot et son premier ministre nucléocrate

L’autre obstacle sur la route de Nicolas Hulot sera le premier ministre Edouard Philippe lui-même (brossé à rebrousse-poils par Bernard Thomas-Roudeix). Car ce «gentil boxeur», qui semble aussi lisse que son président Macron, fut un nucléocrate de l’ombre. En octobre 2007, Edouard Philippe fut nommé «directeur de la communication et des affaires publiques» de la multinationale nucléaire française Areva. Ce titre ronflant cache, en fait, l’activité de lobby auprès des parlementaires et des médias pour les convaincre d’œuvrer en faveur de la cause nucléaire. Les discussions entre le chef du gouvernement et son ministre d’Etat risquent fort d’être explosives. Attention aux retombées!

Il reste à espérer que Nicolas Hulot aura l’entourage nécessaire pour l’aider à surmonter ou contourner tous ces obstacles. Une de ses armes maîtresses sera la menace de démissionner. Car son départ du gouvernement provoquerait une forte chute de popularité du président Macron. Mais on ne saurait la brandir à tout bout de champ. Rien ne s’use plus vite qu’une sommation qui n’est jamais suivie d’effet.

Jean-Noël Cuénod

20:00 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : nicolashulot, macron, gouvernement, france | |  Facebook | | |

15/05/2017

Macron joue la droite contre la droite

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En nommant premier ministre Edouard Philippe, le président Macron a choisi le pire des scénarios pour le parti Les Républicains (LR). Même s’ils avaient eu le temps de se préparer depuis plusieurs heures, les chapeaux à plumes de la droite n’ont pu cacher leur embarras.

Celui de Bernard Accoyer en est tout ébouriffé.

D’un côté, le secrétaire général du parti LR se demande si le nouveau premier ministre va soutenir, aux législatives, les candidats de son parti ou ceux du mouvement présidentiel de la République En Marche (REM). Mais de l’autre, il ne veut surtout pas exclure Edouard Philippe du parti LR.

Avis diamétralement opposé à la déclaration matamoresque de François Baroin, directeur de la campagne du parti LR, qui a promis l’exclusion immédiate – en attendant l’estrapade, le pilori et les mines de sel ­– à tout élu de son parti pris en flagrant délit de flirt avec le mouvement présidentiel REM. Mais si Edouard Philippe, chef du gouvernement nommé par l’ennemi Macron, n’est pas exclu, alors qui le sera ? Le petit candidat de base ? On imagine le barouf.

La droite française est bien enREMerdée.

D’autant plus que si le président est tout jeune, tout beau, tout lisse, la tambouille politicienne, elle, reste ce qu’elle a toujours été, lourde en sauce. Et les fumets qui se dégagent des cuisines de l’Elysée excitent une fois encore les appétits des politiciens; jeunes ou vieux, ils n’ont jamais manqué d’estomac. Ainsi, le sarkoyste impénitent Gérard Darmanin, maire de Tourcoing, l’un des espoirs LR, s’est empressé de saluer l’arrivée à Matignon de son compagnon de parti et de saluer « la décision du président de la République » qui s’est élevé au-delà des « clivages politiques » (traduction simultanée: merci de me faire une petite place au gouvernement). Et François Baroin de manger son chapeau à plumes tout neuf.

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Pour commencer la démolition de la droite, le choix d’Edouard Philippe par le doux tueur aux yeux d’azur est parfait. Avec Alain Juppé, le nouveau chef du gouvernement ne partage pas que la même coupe d’absence de cheveux. Après deux ans passés au Parti socialiste auprès de l’alors premier ministre Michel Rocard, Edouard Philippe – qui a la souplesse nécessaire pour marcher sur les deux trottoirs à la fois ­– a rejoint la droite et participe en 2002 à la création de l’UMP par Alain Juppé. Depuis, il restera fidèlement attaché au maire de Bordeaux. Qui n’a pas manqué de féliciter son « poulain ». Au fond, avec Edouard Philippe, Macron s’est offert un Juppé avec 30 ans de moins. Un Juppé qui n’a jamais été aussi populaire à droite.

Edouard Philippe est également un homme jeune, 46 ans. Le duo qu’il forme avec Emmanuel Macron donne donc un sacré coup de bambou à la classe politique française, jusqu’alors fripée et chenue. Même François Baroin, 51 ans, n’est pas épargné, lui qui semble toujours traîner une vieille fatigue.

Pour l’instant, cette nomination fait l’effet d’une volée de bâton dans la fourmilière de la droite. Les LR courent dans tous les sens. Mais la droite est forte en France. Elle se reformera. Comment ? Les centristes LR vont rejoindre la majorité présidentielle, d’autant plus que c’est l’un des leurs qui va diriger la campagne des législatives, rôle dévolu au premier ministre. Sous la bannière du mouvement macronien REM ou sous celle d’un nouveau parti ? La question reste ouverte.

Privé de ses éléments centristes, ce qui restera du parti LR sera mécaniquement tiré vers la droite par la tendance culs-bénits de Sens Commun, des partisans de Laurent Wauquiez et des fillonistes. Les relations avec le Front national se poseront donc aussitôt. Malgré le score impressionnant qu’il a réalisé (10,6 millions de voix), le Front national est ressorti affaibli de la campagne présidentielle. La désastreuse prestation de sa patronne Marine Le Pen au débat avec Emmanuel Macron continue à laisser des traces. La dirigeante du FN est désormais ouvertement contestée au sein de son parti, situation mortelle pour un chef d’extrême-droite. Dès lors, la droite LR peut en profiter pour vider de sa substance le Front national en se calant sur le catholicisme identitaire et l’immigration et offrir ainsi aux électeurs frontistes une alternative intellectuellement plus crédible que celle présentée par Marine Le Pen.

Mais alors, la droite LR radicale risque à son tour de ne pas sortir de cet enclos extrémiste que le Front national est parvenu à élargir sans en sortir.

Jean-Noël Cuénod

 

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10/05/2017

Macron-Mélenchon, entrepreneurs en démolition

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Au-delà du fossé idéologique qui les sépare, par-delà leurs divergences de style, Macron-Mélenchon poursuivent la même stratégie et sont en train d’atteindre leur objectif commun : débarrasser le paysage politique français des immeubles lépreux qui l’encombraient.

Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon se sont d’abord attaqués au Palais décrépit de la gauche, le Parti socialiste. Le nouveau président français a toujours tenu son plan de démolition bien à jour. Il a quitté le gouvernement juste au moment où il le fallait, ni trop tôt (il n’avait pas encore amassé de soutiens, ni d’expériences de haut niveau), ni trop tard, (pour ne pas porter l’ensemble du bilan Hollande). Il a lancé son mouvement En Marche et annoncé sa candidature, pile à l’heure. Pendant ce temps, son rival social-libéral Manuel Valls restait englué à Matignon et dans ce PS qui le rejette. Aujourd’hui, l’ancien premier ministre subit revers sur humiliation; il en est réduit à quémander un bol de soupe à la table du président élu qui, cruel, lui en jette le contenu, bouillant, à ses pieds. A la queue comme tout le monde, si tu veux être MON député ! Et encore, pas sûr que je t’accepte, t’as pas le profil, coco.

Macron, un si gentil tueur

Macron est un sympathique tueur politique aux yeux d’azur candide.

La façon dont il traite Valls n’a rien d’une quelconque vengeance pour lui faire payer ses remontrances publiques lorsque le président tout neuf était ministre de l’Economie. Emmanuel Macron n’a pas ce genre de passion. Il tue par méthode et non par colère.

Il fait plutôt d’Emmanuel Valls un exemple pour les socialistes qui sont tentés de le rejoindre : si vous voulez une investiture aux législatives, ce ne sera pas la rose au poing que vous viendrez, mais avec une corde au cou, signe que vous acceptez de concourir sous mes propres couleurs. Il ne s’agit pas de redonner un second souffle au PS moribond mais bien de l’achever pour faire place nette.

Sur l’aile gauche du Palais socialiste, Jean-Luc Mélenchon a fait la même besogne dans ce style à la fois tonitruant, populaire et cultivé qui est le sien. En développant un programme très axé sur l’écologie et la défense des revendications socialistes classiques, il a vidé de sa substance le pâle accord entre le candidat officiel du PS Benoît Hamon et le reliquat des écologistes. Comme ses qualités de débatteurs, de tribuns et d’organisateurs de campagne sont sans comparaison avec celles du modeste Hamon, Mélenchon est devenu le leader de la gauche – et plus seulement de la gauche de la gauche – en réduisant le parti du gouvernement à 6%, à peine plus que Debout La France. Aujourd’hui, Hamon doit à son tour quémander un bol de soupe en annonçant la création en juillet, «d’un mouvement pour reconstruire une gauche inventive, qui dépassera les étiquettes politiques». Un mouvement destiné, sans doute, à faire alliance avec la France Insoumise de Mélenchon. Mais il n’y aura qu’un patron, on devine sans peine lequel. Aspiré sur sa droite par Macron et sur sa gauche par Mélenchon, voilà le Palais Rose réduit en gravats.

Macron,Melenchon,Valls,legislative2017Mélenchon, après le PS, le PC

Mais La Méluche n’a pas terminé son boulot. Il y a encore la cabane du jardinier, occupée par les restes du Parti Communiste français. En refusant de s’allier avec lui, la France Insoumise, oblige le PCF à n’avoir pour alliés que des socialistes déambulant, hagards, sur leurs ruines. Dès lors, le pire est à craindre, à savoir des pertes spectaculaires en sièges avec, pour conséquence, la fermeture du robinet à finances publiques. Donc, exeunt PS et PC, place à la France Insoumise, pôle de la gauche avec lequel tous ceux qui se réclament de ce camp devront composer,

Emmanuel Macron en a bientôt fini avec l’aile droite du Palais Rose. Reste à démolir la Bastille du parti Les Républicains qui, bien qu’affaibli, résiste mieux que le PS. Cela dit, les modérés LR piaffent de rejoindre la future majorité présidentielle. Mais sur leur route, François Baroin, directeur de la campagne des LR, a dressé un obstacle de taille, représenté par les investitures aux législatives, en menaçant d’exclusion celles et ceux qui seraient prêts à rejoindre la nouvelle majorité présidentielle. Pas de parti, pas d’aide logistique et certitude d’avoir un concurrent LR dans les pattes. Ça fait réfléchir.

Néanmoins, si Machiavel-Macron désigne pour premier ministre une personnalité du centre-droit, voire même issu des rangs LR, alors cet obstacle va sans doute voler en éclats. C’est bien ce qu’a annoncé mercredi Gilles Boyer, ancien directeur de campagne d’Alain Juppé et candidat : « Si Emmanuel Macron désigne lundi un Premier Ministre qui appartient aux Républicains ou appartient à la famille de la droite et du centre, nous ne pouvons pas ne pas en tenir compte ».

La truite de Macron

Si Emmanuel Macron ne parvient pas à débaucher une personnalité de la droite modérée ou du centre, il risque fort de ne pas pouvoir disposer d’une majorité. Or, même pour gouverner par ordonnances comme il l’envisage, il est nécessaire d’obtenir l’aval du parlement. Il porterait cet échec comme un boulet jusqu’à la fin de son quinquennat et ne serait alors qu’un président faible, à la merci de majorités changeantes.

En revanche, s’il réussit à prendre dans ses filets une belle truite de la droite, les autres poissons LR vont suivre Macron par bancs entiers. Il en sera alors fait de l’unité du parti LR. Il n’en restera que la tendance hyperconservatrice dont le chef de file est Laurent Wauquiez avec Sens Commun pour cavalerie catho-tradi. Comme ce courant n’est séparé du Front national que par l’épaisseur d’une hostie, il ne sera nullement malaisé pour le FN de lui ménager une passerelle. C’est d’ailleurs ce que vise Marine Le Pen lorsqu’elle veut transformer son parti en changeant son nom.

Dès lors, le nouveau paysage politique français serait composé d’une force centrale, d’un pôle de gauche radicale et d’un pôle de droite radicale. A moins que le chaos s’installe, en cas de mauvais choix initial du premier ministre. Dans tous les cas de figure, l’ancien ordre politique disparaît dans la fosse commune de l’Histoire.

 Et les écolos, dans tout ça ? C’est ce qui a de bien avec les écolos français, ils n’ont besoin de personne pour se démolir. Ils se biodégradent tout seuls.

Jean-Noël Cuénod

17:58 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : macron, melenchon, valls, legislative2017 | |  Facebook | | |

09/05/2017

Premières lézardes à la façade du FN

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Le Front national veut muer pour mieux se placer dans la recomposition de la vie politique française, comme l’a annoncé sa présidente, Marine Le Pen, dimanche soir. Mais le FN y laissera-t-il sa peau ?

Dès dimanche soir, son père Jean-Marie Le Pen s’est vigoureusement opposé à cette transformation et au changement de nom du parti qu’il a cofondé en octobre 1972 sur les décombres du mouvement néofasciste Ordre Nouveau. De son point de vue, le résultat obtenu par Marine Le Pen est un échec due à l’influence qu’exerce sur elle son principal conseiller et vice-président du FN, Florian Philippot. 

Certes, à 89 ans, Jean-Marie Le Pen ne constituera pas pendant longtemps un obstacle sur la route de sa fille. Néanmoins, le cofondateur du parti conserve un certain pouvoir de nuisance qu’il peut d’autant plus faire valoir que les divisions ne manquent pas au sein du Front national. Le FN n’a jamais été un parti monolithique contrairement à ce que la prééminence du Chef pouvait le faire penser. Le talent de Jean-Marie Le Pen fut de faire cohabiter en une seule entité politique les traditionnelles familles de l’extrême-droite française ­– pétainiste, royaliste, catholique intégriste, nationale-révolutionnaire, néofasciste ­– qui se sont souvent opposées, y compris durant l’Occupation.

Pour conserver l’harmonie au sein de son parti, Jean-Marie Le Pen préférait agir sur l’Exécutif de l’extérieur, en évitant de diluer son mouvement dans des alliances formées en vue d’exercer les responsabilités gouvernementales. Marine Le Pen a choisi une stratégie inverse; elle veut exercer la réalité du pouvoir. Or, il lui sera impossible de viser cet objectif sans alliance. La première qu’elle a conclue, celle avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan – qui veut rester indépendant du FN – n’a guère été convaincante[1]. Mais ce fut un début. Dans l’optique des élections législatives (11 et 18 juin), elle cherche à attirer dans ses filets l’aile droite du parti Les Républicains en pleine décomposition. Et pour ce faire, il est préférable de transformer le FN en écurie présidentielle, en évacuant les symboles encore liés à l’extrême-droite.

Au sud, le FN fait moins bien que prévu

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Mais cela ne va pas sans résistance au sein des éléments les plus militants du Front national qui risquent d’élargir les lézardes. Les nombreuses divisions au sein du parti se fédèrent en deux grands courants, deux figures et deux régions. La tendance incarnée par Marine Le Pen et Florian Philippot (un ancien proche du souverainiste de gauche Chevènement) est ancrée dans le nord et l’est de la France que la présidente du FN a arrachés aux socialistes. Son propos est nettement social, étatique, antilibéral et souverainiste. Il s’adresse à l’électorat ouvrier du FN.

L’autre courant est représenté par la nièce, Marion Maréchal-Le Pen(2), députée du Vaucluse. Son propos met en exergue l’identité nationale et culturelle, le catholicisme conservateur et intégriste; en revanche, ce courant défend une conception libérale de l’économie, l’Etat devant se concentrer sur son autorité régalienne (armée, police, frontière). Son électorat est moins ouvrier qu’au nord et plus représenté dans le monde du commerce, des artisans, des petits patrons et des nostalgiques de l’Algérie française, nombreux dans cette région.

Alors que l’on s’attendait à ce qu’elle prenne la tête de la Région Provence-Alpes-Côtes d’Azur, très favorable au FN, Marine Le Pen y a été battue assez largement par Emmanuel Macron (44, 5% contre 55,4%). Même dans le Vaucluse, fief de Marion Maréchal-Le Pen, la candidate frontiste ne fait pas un tabac (46,5% contre 53,4% à Macron). La mobilisation du FN s’est donc révélée moins forte que prévue, ce qui peut démontrer que le message «social» de Marine Le Pen ne passe pas de façon optimale auprès des frontistes du sud.

Dès lors, la présidente du FN ou de sa nouvelle mouture devra équilibrer savamment les investitures de candidats en vue des législatives pour colmater les brèches. Pour l’instant, Marion Maréchal-Le Pen et ses partisans se tiennent sur la réserve. En cas de résultats décevants aux législatives, les couteaux seront dégainés au sein du parti. Et de la famille Le Pen.

Jean-Noël Cuénod

Cet article a paru dans une version plus courte dans la Tribune de Genève et 24 Heures de mardi 9 mai 2017.

 

[1]  A Yerres, près de Paris, fief du député-maire Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen réalise un score inférieur (31,5%) à celui qu’elle a obtenu sur le plan national (33,9%).

(2) Marion Maréchal-Le Pen vient d’annoncer qu’elle renonçait à tous ses mandats politiques pour se lancer dans l’entreprise et se consacrer à sa famille. Son grand-père est fou furieux et parle de « désertion » ; ça continue de chauffer dans la famille ! Mais cela n’invalide pas le fait qu’il existe au FN un courant libéral-catho-conservateur opposé à celui de la ligne Marine Le Pen-Philippot ; il reste à savoir qui l’incarnera.

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08/05/2017

Lettre ouverte aux futurs déçus de Macron

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Ainsi, à plus de 66% des votants, vous autres Français avez accordé à Emmanuel Macron, le droit de vous décevoir. Dans ce jeu de massacre qui est votre mode de fonctionnement politique, combien de temps tiendra-t-il ? Une semaine, un mois, un an ? Plus longtemps que Hollande ? Sans doute. Plus longtemps que Sarkozy ? Peut-être.

Il reste encore les troisième et quatrième tours de cette interminable campagne, à savoir les législatives des 11 et 18 juin. Un beau bouzin, ces élections à l’Assemblée nationale !

Avec les partis traditionnels de la gauche et de la droite en miettes.

Avec Marine Le Pen qui agite ses 33,9 % pour faire oublier la claque subie, tout en conservant son pouvoir de nuisance comme une épaisse vipère qui n’aurait pas encore vidé toute sa poche à venin.

Avec les canassons jeunes ou vieux des écuries obsolètes – celle du PS, celle du parti Les Républicain – qui veulent continuer à brouter dans leurs mangeoires quelle que soit la casaque du jockey.

Avec toutes les pesanteurs de ce pays qui pleure encore ce roi dont il a fait couper la tête, qui demeure enchaîné à son passé.

Avec toutes les enfantillages d’un peuple qui ne cesse d’attendre son sauveur suprême alors qu’il ferait bien de se flanquer des coups de pieds aux fesses pour avancer.

Alors peut-être, peut-être, vous offrirez à votre président tout neuf, une majorité à sa main. Mais vous l’attendrez au contour, prêts à l’agonir d’injures dès qu’il touchera à votre pré carré comme votre noblesse l’avait fait jadis avec mon compatriote Necker. Vous défilerez contre lui en trichant sur le nombre de manifestants, tout comme la police en sens inverse. Vous ferez grève. Vous voterez contre lui aux élections municipales et aux régionales. Vous installerez peut-être – le pire est toujours possible – Marine Le Pen à l’Elysée après avoir essoré Emmanuel Macron. Et, très rapidement ­– car la patronne frontiste n’a pas le cerveau du nouveau président – vous serez encore plus déçus. Ces journalistes – que vous détestez tant, parce qu’ils ne vous caressent pas toujours dans le sens de votre poil hérissé– vous en viendrez à les regretter, puisqu’ils disparaîtront dans cet Ordre de la Presse que Le Pen fille nous a promis, à l’image des Ordres professionnels de Pétain. Vous perdrez alors jusqu’à votre droit de rouspéter. Ce sera une autre Histoire. Et vous deviendrez un boulet pour tous vos voisins.

Alors franchement, vous n’en avez pas assez d’aduler un homme, puis de le jeter comme une vieille chaussette trouée ? Ne mettez pas trop d’espoir en ceux qui ont la prétention de vous diriger. Ils représentent des intérêts qui ne sont pas forcément les vôtres.

En regardant tous ces jeunes frimousses crier leur joie au Louvre lorsqu’apparaissait l’impérial Emmanuel Macron, j’ai eu peur. Car il en a fait des tonnes, le Sémillant… La longue marche en solitaire – Napoléon caracolant sur le pont d’Arcole – dans la cour du Louvre… L’Hymne à la Joie qui rythme ses pas… Son discours à la perpendiculaire du triangle de la pyramide, comme pour associer le Delta lumineux maçonnique à son discours d’intronisation républicaine… Le manteau qui flotte un peu au vent, comme la toge de César frémissant dans les courants d’air du Colisée. Ah, il ne nous aura rien épargné question fresque historique, le Garçon Majuscule ! Pas même, la famille royale à ses côtés.

Alors, oui, j’ai eu peur, vraiment peur pour tous ces jeunes qui conduisent leur énergie vers cet aimant Macron. J’ai envie de leur dire : vous avez bien fait d’éviter l’ignoble Front national et sa patronne débectante. Mais gardez votre énergie à meilleure fin. Ne comptez pas sur ce sympathique président qui vous ressemble. Comptez sur vous-mêmes. S’il faut quitter la France pour grandir ailleurs, allez-y. Sans doute, reviendrez-vous car vous verrez que la vie dans votre pays, « c’est pas si mal que ça ». Luttez dans votre quartier, votre village, votre entreprise, votre atelier, votre bureau, votre chantier, pour la justice, pour l’environnement, pour que votre vie soit meilleure et plus fraternelle, ici et maintenant. Il n’y a pas de petites luttes, il n’y a que de grands renoncements.

Ne vous laissez pas envahir par l’adulation d’un homme car elle se transformera vite en rejet. Et le cycle infernal des présidents métaphoriquement guillotinés recommencera pour votre plus grand désespoir.

Mais bon Dieu, bande de Français, quand consentirez-vous enfin à devenir républicains !

Jean-Noël Cuénod

 

 

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04/05/2017

Débat atterrant et République malade

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Atterrant, effarant, indigne… dans la trousse à épithètes, on ne sait laquelle saisir pour qualifier cette chose nommée «débat politique» et diffusée, mercredi soir, sur de multiples chaînes. Chaînes dont nous fûmes trop heureux de nous libérer régulièrement lorsque le niveau d’insultes devenait insupportable. La cause principale de ce désastre: Marine Le Pen, Emmanuel Macron ne faisant qu’essuyer les insultes avec stoïcisme et que répondre à la vingtaine d’infos toxiques débitées par cette marchande de poissons avariés[1]. Un tel déballage de médiocrité haineuse aurait été inenvisageable, même dans un passé récent. Il est ainsi démontré que les structures de la Ve République sont tellement malades qu’elles en viennent à sécréter ce genre de personnages que l’on ne saurait qualifier de «dirigeants» sans rire (jaune). 

Confondant Alstom avec SFR, se mélangeant dans ses dossiers, ne proposant rien, lançant des insultes pour toute réplique, étalant son incompétence crasse avec l’air bravache des cancres-et-fiers-de-l’être, Marine Le Pen n’a pas semblé, ne serait-ce qu’une micro-seconde, se rendre compte qu’elle participe au second tour d’une élection présidentielle. Force est de reconnaître que même le débat Trump-Hillary Clinton n’avait pas sombré en de telles abysses.

Dans quel autre pays démocratique, un débat de cette importance pourrait se permettre d’occulter l’environnement, la culture et même l’emploi dont il fut très peu question? Sur ce point au moins, Le Pen fille n’est pas l’unique responsable de cette invraisemblable carence. Les présentateurs ectoplasmiques du débat se sont montrés incapables de redresser la barre de ce bateau ivre. Macron aussi aurait pu aborder ces thèmes. Mais soyons juste, devant la tornade mensongère qui s’abattait sur lui, il ne pouvait pas faire grand-chose, sinon de rester digne et ferme.

Dans un pays normal, la piètre prestation de Marine Le Pen aurait valu à cette dernière d’être carbonisée politiquement. Mais en France, il n’est même pas dit que cela lui sera défavorable. Il n’y a pas que la Ve République qui est malade, l’Hexagone en général ne tourne pas rond. Néanmoins, on peut espérer que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui voulaient s’abstenir auront changé d’avis après ce naufrage.

Même si Marine Le Pen a sans doute fait une croix sur la présidentielle pour apparaître comme l’opposante numéro 1 à Emmanuel Macron, le résultat de dimanche soir reste crucial. Si elle atteint 40%, ce qui est probable selon les sondages, elle aura doublé ses voix par rapport au second tour. Et pourra légitimement se poser en principale opposante en vue des élections législatives (11 et 18 juin). Mais si elle ne parvient pas à ce score, alors les divisions au sein du clan Le Pen apparaîtront aussitôt. Le Plouc laisse la conclusion à Aragon (extrait de La Rose et le Réséda).

Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas.

Jean-Noël Cuénod

 VIDEO

Le poème en entier chanté par La Tordue

[1] «Le Monde» a trouvé 19 fausses informations dans les interventions de Le Pen fille. Vous pouvez lire l’article en cliquant ici. 

17:00 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : débat, presidentielle2017, macron, marinelepen | |  Facebook | | |

02/05/2017

La gauche, une défaite en trompe-l’œil

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Entre la première place de l’ex-inconnu Macron et le score imposant de Marine Le Pen, un fait a été relégué au second plan dans les commentaires décryptant les résultats du premier tour de la présidentielle : si elle était partie unie, la gauche aurait pris la tête des suffrages avec plus de 9 millions d’électeurs et 25,5% des voix[1].

Par conséquent, Marine Le Pen aurait été absente au second tour, alors qu’il lui semblait promis. On imagine la guerre qui aurait fait rage au sein du Front national contre la patronne du parti. Sa série de succès électoraux a permis au FN de surmonter ses profondes divisions internes qui, en premier lieu, apparaissent au sein de la famille Le Pen comme nul ne l’ignore. Une éviction, dès le premier tour, de l’héritière du clan aurait été perçue comme un échec cinglant par les dirigeants et militants frontistes. Et les querelles entre sous-clans en auraient été décongelées. Le Front national aurait subi un sévère coup de frein.

Premier constat : en n’étant pas parvenu à unir leurs forces – l’un s’accrochant à son ego démesuré et l’autre, à son appareil impotent –, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont raté leur rendez-vous avec l’Histoire. Ils ont ouvert un boulevard à Le Pen fille et frustré des millions d’électeurs d’une présence de la gauche au second tour.

Deuxième constat :  alors que moult médias clamaient sa mort en submergeant son cadavre de leurs larmes de crocodiles, la gauche reste une force de premier plan. De plus, les programmes de Mélenchon et Hamon contenaient nombre d’idées intéressantes et parfois novatrices : débat sur la VIe République, sur le Revenu minimum d’existence, renforcement de la démocratie d’entreprise, plan pour assurer la transition vers les énergies renouvelables. Aucun des deux n’envisageaient de Frexit tout en militant pour une revitalisation démocratique de l’Union européenne.

C’est donc l’appareil du PS de type mitterrandien qui est en état de mort cérébrale mais pas du tout l’ensemble de la gauche et surtout sa base. Elle semble, au contraire, déborder d’idées ; elle s’est même convertie à la défense de l’environnement, ce qui jusqu’alors n’était pas du tout sa tasse de thé vert.

Dupont Raignan.jpegLa gauche doit débrancher le PS

La gauche dispose du carburant idéologique ; il lui reste à trouver un bon véhicule pour l’amener sur les routes du nouveau paysage politique français. Le social-libéralisme a trouvé son Macron providentiel, du centre-gauche au centre-droit. La droite nationale-conservatrice est solidement implantée, avec Nicolas Dupont-Aignan comme sas pour permettre l’exfiltration de l’aile droite du parti LR vers Marine Le Pen. Il reste donc à la gauche authentique – celle qui, unie, aurait obtenu plus de 25% des suffrages – de débrancher le PS pour qu’il rejoigne la SFIO d’antan au paradis des éléphants roses et de s’organiser pour créer une nouvelle structure adaptée à cette recomposition des forces politiques françaises.

Il n’est pas certain que les candidats du premier tour Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon soient les mieux placés pour mettre au jour cette structure.

Hamon n’a jamais eu qu’un seul métier : apparatchik du Parti socialiste. Il lui sera donc difficile de sortir de ce moule pour participer à l’émergence d’un nouveau mouvement qui devra, contrairement au PS, se connecter sur le monde du travail et adopter des formes bien différentes que celles imposées par les gros appareils vétustes. Comme l’explique fort bien Jacques Julliard dans Le Figaro (pour lire sa chronique cliquer ici), les partis politiques classiques sont en voie de disparition. De nouvelles structures vont les remplacer, la nature politique ne supportant pas le vide. Sans doute seront-elles plus fluides, plus horizontales moins pérennes et plus axées sur des thématiques précises (écologie, Europe, démocratie directe). A cet égard le jeune Benoît Hamon paraît vieux.

Paradoxe apparent, Jean-Luc Mélenchon, 65 ans, a mieux saisi et mieux utilisé que son cadet ses formes nouvelles de « faire de la politique ». Mais, compte tenu de son âge, il a sans doute mené sa dernière campagne. Et sa conception de l’action politique reste trop centrée sur sa personne pour créer un mouvement de type horizontal.

La gauche est donc à réinventer. Au cours de l’Histoire, elle a toujours trouvé les femmes et les hommes, pour accomplir cette tâche toujours recommencée. Espérons que notre époque ne fasse pas exception.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] La consultation initiée auprès de ses partisans de La France Insoumise par Mélenchon a donné les résultats suivants : 65%  d’entre eux préconisent le vote blanc ou nul ou l’abstention et 35% déclarent qu’ils voteront Macron. Le choix de Marine Le Pen ne figurait pas dans cette consultation. 243 000 militants y ont pris part sur 450 000. Une grande partie n’y a donc pas participé. Une part d’entre eux risquent de voter Marine Le Pen.

ESPACE VIDEO

Ce discours de Léon Blum, prononcé le 24 octobre 1936 à Toulouse n’est pas sans résonnances actuelles.

17:40 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : présidentielle2017, gauche, hamon, mélenchon | |  Facebook | | |