22/07/2014

LÖTSCHENTAL DÉMASQUÉ

 

 

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 Le long tissu des nuages

 S’est déchiré à la pointe

       Du clocher tranchant vibrant

   Village au manteau troué

Agrippé à sa montagne

          Vieillard craignant pour son or

  Fondu depuis longtemps

     Dans les sables du torrent

 

      Mais la mémoire est avare

          Et grimace dans son masque

 

      D’un coup de rein le soleil

Disperse ses oripeaux

         Les chalets reprennent chair

       Odeur de femme et de foin

         Murets au ventre de mousse

   Un homme lance sa faux

A l’assaut de son talus

  La mort attendra encore

 

Jean-Noël Cuénod

 

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 (Photos jnc à Ferden, Lötschental, Valais)

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

 

 

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20/07/2014

L’après-Gaza et l’antisémitisme suburbain

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Samedi, au quartier Barbès à Paris. 


«Il ne faut pas importer dans nos banlieues, ni la bataille de Gaza ni le conflit israélo-palestinien», psalmodient le président français Hollande et son premier ministre Manuel Valls. Vaine prière. Cela fait des années que cette guerre sans fin s’est installée à La Courneuve, aux quartiers Nord de Marseille, à Vaulx-en-Velin et autres ghettos où sont confinés les anciens colonisés musulmans et leurs descendants. Les chaînes de télévision arabes diffusent à haute dose les images les plus horribles; les commentaires font d’Israël le Shaïtan sanguinaire installé par cet Occident qui fascine et révulse, qui attire et qui rejette.

 

Il faut avoir erré un dimanche après-midi dans ces allées toutes semblables de ces départements de la couronne parisienne – que l’on n’appelle plus que par leur numéro matricule,93,94,95, comme des prisonniers – pour en mesurer le degré d’ennui. Sans travail, sans formation, sans espoir, ces jeunes s’emmerdent à soutenir les murs, à partir dans des embrouilles, à tendre l’oreille à ces frères djihadistes qui parlent de sacrifices sacrés, d’aventures exaltantes, du Bien musulman vengeant le Mal juif.

 Alors, lorsque Gaza est attaqué, la cité leur semble changer de visage. Elle n’est plus un coin de la Seine-Saint-Denis et devient un morceau de Palestine. Eux, ne sont plus des paumés de la périphérie mais des combattants de la cause la plus sacrée. Leur cinéma intérieur est enclenché sur fond d’images télévisées répétant les horreurs guerrières, en boucle, comme des psaumes de sang.

 

Dans ce précipité d’icônes confuses, toutes les rancoeurs contre une France qui les rejette, contre une terre d’origine qui ne les reconnaît plus, contre leurs échecs scolaires à répétitions, contre leurs complexes d’infériorité, contre les flics qui réclament leur identité plusieurs fois par jour, contre le mépris des grandes métropoles, se réunissent en une seule figure honnie: le Juif.

 

Ce processus a un nom: antisémitisme.  Et que l’on ne prétende pas que ces jeunes, étant d’origine arabe et donc sémite, ne sauraient être antisémites! Tout d’abord, être sémite ne signifie rient d’autres que d’user d’une langue sémitique comme l’hébreu ou l’arabe. Cela ne constitue en aucun cas une manière de vaccin contre l’antisémitisme.

 

 Né en Allemagne au XIXe siècle, l’antisémitisme consiste à faire du Juif le symbole de toutes les frustrations sociales. En supprimant le symbole, on efface la cause. La mort du Juif est le but, avoué ou caché, de l’antisémite. Dans les médias, sous les lambris du pouvoir, on ne veut surtout pas employer ce mot, de peur de faire advenir ce fléau. Mais ce fléau, il est  là, depuis laide lurette!

L’antisémitisme des banlieues existe, le nier ne fait que retarder la prise de conscience de ce phénomène qui a pris une ampleur inquiétante, comme on le constate avec les débordements nés de la bataille de Gaza.

Le mal est profond, tant la République française a laissé des territoires entiers lui échapper en confiant à l’économie délinquante et aux islamistes violents les clés des cités. Il est d’ailleurs décourageant de constater que la réforme territoriale qui redécoupe la France n’a pas ou peu abordé la question de ces terrains vagues de l’Hexagone.

 Que le pouvoir politique écoute d’abord les associations qui tentent de sortir les cités de leur état de ghetto. C’est à la base qu’il faut recréer une nouvelle France.

 

Jean-Noël Cuénod 

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17/07/2014

Un parc à bagnoles nommé Paul Eluard (Jeudis du Plouc)

 

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Elle a abrité la naissance d’œuvres majeures de l’art pictural et de la poésie du XXe siècle, cette bicoque de 50 mètres carré environ, sise à Saint-Brice-sous-Forêt, en banlieue parisienne. Et pourtant, elle va bientôt être livrée à la démolition afin de laisser la place à un parc à bagnoles . Ainsi en a décidé le Conseil municipal de cette commune dirigée par un maire UMP, Alain Lorand. De fin 1920 à l’automne 1923, cette maison aujourd’hui laissée à l’abandon a abrité le ménage à trois le plus prolifique du surréalisme, celui formé par le poète français Paul Eluard, sa femme d’alors la Russe Gala et le peintre allemand Max Ernest (1).

 

Paul Eluard et Max Ernst revenaient de la Grande Guerre qu’ils avaient subies l’un sous le casque à pointe, l’autre sous la vareuse bleu-horizon. Ils sont sortis de cette boucherie plus révoltés que jamais contre le désordre savamment établi. Entre eux, s’est produit l’un de ses coups de foudre d’amitié qui ont fait éclore nombre d’œuvres novatrices. Foin de fraternité d’arme. Vive la fraternité d’art! Le peintre et le poète se sont donnés mutuellement leur regard; les mots et les images ont fait ménage commun.

 

Fin 1920, Paul Eluard, Gala et leur fillette Cécile emménagent dans la maison de Brice-sous-Forêt qui appartient au père du poète. En 1922, Max Ernst les rejoint. Gala, qui chasse les grands hommes comme d’autres les grands fauves, séduit le beau Max Ernst (par la suite elle jettera son dévolu sur Dali dont elle a géré la carrière avec une redoutable efficacité).

Il s’ensuit un trio amoureux qui est traversé par toutes les tensions, les ambiguïtés, les jalousies inexprimées, les chagrins refoulés comme des sanglots honteux que suscite ce triangle rouge et noir. Mais jamais l’amitié entre Max Ernst et Paul Eluard ne se démentira. Cette situation où les deux hommes et la femme cherchent leur équilibre sur le fil du rasoir devient un creuset de créations.

 

A Brice-sous-Forêt, Max Ernst peint l’un des tableaux devenus icône du surréalisme, Au rendez-vous des amis, qui représente les figures majeures du mouvement alors en pleine expansion: André Breton, René Crevel, Robert Desnos, Max Morise, Georges Ribemont-Dessaignes, Jean Paulhan, Benjamin Péret, Philippe Soupault, Roger Vitrac, Jacques Rigaut, Jean Arp, Louis Aragon et Francis Picabia.

Dans cette même maison, Eluard écrit Répétitions, la première partie de son chef-d’œuvre Capitale de la Douleur (qui sera publié en 1926). Le poème liminaire est intitulé – et c’est vraiment tout un programme – Max Ernst. Il sublimera grâce à la métaphore et à la métrique bouleversée son angoisse devant la perte possible, de la femme certes, mais aussi de l’ami. Ce poème donne, au sens plein du terme, le ton à tout le recueil.

 

 A en croire Le Figaro, les autorités municipales avaient caressé le projet de faire de cette bâtisse une Maison du Patrimoine. Mais prétextant la crise, la mairie a préféré l’option parc à voitures. Présidente de l'Association des amis du vieux Saint-Brice, Monique Borde-Germain tente de s’opposer à cette obscène démolition qui, hélas, ne paraît pas soulever en France des torrents d’indignation. 

Aujourd'hui, comme nous le signale aimablement une de nos excellentes commentatrices, le parking vient d'être ouvert. Mais la maison, dans un piteux, semble être très provisoirement conservée. Semble, car tout est fait pour que cette bâtisse devenue masure soit démolie. La justice sera peut-être saisie. Mais le sort de la demeure d'Eluard paraît scellé.

 

Ah, j’oubliais un détail essentiel. La mairie a tout de même fait une concession à l’histoire de l’art et de la littérature: le nouveau parking s’appelle Paul Eluard. Comme c’est mignon d’offrir le nom de l’un des plus grands poètes français à un espace dévolu au stationnement automobile!

 

Dans quelques années, on pourra peut-être saisir ce dialogue entre un conducteur et son fils :

 

- Dis papa, pourquoi il s’appelle Paul Eluard, le parking?

- Ben, j’sais pas moi…

- C’est le nom d’un type?

- Ouai. Tiens, c’est sans doute celui d’un vieux coureur de formule 1.

 

Pour terminer sur une note plus enthousiasmante, voici le poème L’Amoureuse, rédigé par Eluard à l’époque où il vivait à Saint-Brice-sous-Forêt.

 

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s'engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

 

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s'évaporer les soleils

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.

 

Jean-Noël Cuénod 

 

(1) Photo de gauche à droite: Max Ernst, Gala et Paul Eluard à l'époque où ils vivaient dans la maison vouée à la démolition. 

ESPACE VIDEO

 

L’inoubliable Gérard Philippe dit l’un de plus célèbres poèmes de la langue française, Liberté, composé par Paul Eluard au moment où participait à la Résistance contre l’occupation nazie. Ces vers ont été parachutés sur la France par les avions de la Royal Air Force.

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13/07/2014

En Israël, à Gaza et partout… De la guerre comme système de vie

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La guerre, reine de la nuit et des calamités? Pire fléau de l’humanité? Et si elle n’était pas plutôt le système de vie préféré des humains? Après tout, depuis que notre espèce a envahi la planète, elle n’a cessé de guerroyer. Certes, des zones demeurent, ici ou là, épargnées. Mais la paix n’a jamais régné sur la totalité du globe.

 

Prenons le conflit israélo-palestinien qui fait rage à Gaza. Les antagonistes cherchent-ils vraiment la paix? Toutes leurs attitudes démontrent qu’au contraire, ils la fuient. Depuis plus de six décennies, les médias regrettent ponctuellement «les occasions manquées» par l’un ou l’autre camp. Ne s’agirait-il pas plutôt d’occasions qu’il fallait surtout ne pas saisir, au risque de tomber dans cette paix inopportune?

Les morts et les larmes de leurs mères, leurs détresses exprimées en hébreu ou en arabe, ne pèsent rien en regard du système de vie collective qui s’est instaurée autour de ce noyau qu’est l’état de guerre permanent.

 

En Israël et en Palestine, toute une économie a été ainsi créée qui dépasse largement les étroites frontières de cette région. Les Etats-Unis soutiennent économiquement Israël et maintiennent à bout de bras l’Egypte. Les pétro-monarchies financent tant Gaza que la Cisjordanie. Et pour les complexes militaro-industriels de la planète, cette guerre de plus de soixante ans devient une rente de situation difficilement remplaçable. Croyez-vous que tous ces braves gens qui – à Tel-Aviv, à Ramallah, à Gaza, à Washington, au Caire et ailleurs – vivent de l’économie du sang versé souhaiteraient la fin d’une telle aubaine?

 

Sur le plan politique, l’état de guerre permet à des politiciens israéliens d’une rare médiocrité, à l’instar d’Avigdor Liberman, de se maintenir au pouvoir, l’exploitation de la peur restant d’un grand rapport sur le plan électoral. A Gaza, cette situation profite au Hamas qui, détenant les armes, contrôle forcément la population. Sa dictature islamo-fasciste s’effondrerait aussitôt si la paix était, par malheur, instaurée! Et d’une manière générale en Palestine, chaque pas vers des négociations avec l’ennemi se traduit par une poussée intégriste et terroriste.

 

Toutes les parties sont donc d’accord au moins sur ce point: surtout ne pas faire la paix!

 

Il en va de ce conflit comme de tous les autres. Et tant que les humains redouteront plus la paix que la guerre, tous les efforts pacifistes resteront lettre morte. Prendre conscience de cet état d’esprit au lieu de se bercer d’illusions, c’est accomplir un petit pas dans la longue marche pour devenir femmes et hommes, nous qui ne sommes que des brouillons d’êtres humains.

 

Jean-Noël Cuénod


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Conférence de Pierre Hassner, philosophe et géopolitiste, à l'Université de tous les savoirs (Paris): "Guerre et Paix à l'âge de la mondialisation".


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09/07/2014

Les perroquets fous du dialogue social à la française (les Jeudis du Plouc*)

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Le président François Hollande avait eu l’excellente idée de redonner vie au dialogue entre syndicats de salariés et organisations patronales, dialogue qui se trouvait bien malade depuis fort longtemps en France.

Mais du désir à la réalité, le fossé tient plus de l’Atlantique que de la Seymaz[1]. Car la France, c’est le pays, non pas du dialogue, mais du monologue à plusieurs. Chacun cause sans entendre l’autre. L’autre qui, de toute façon, ne cherche pas à vous à écouter puisqu’il bavarde de son côté. Le troisième fait la même chose. Et le quatrième. Et ainsi de suite.

 

Les tables rondes sociales, c’est en fait une assemblée de perroquets sourds mais non pas muets, hélas !

 

Chaque perroquet quitte ensuite son perchoir en gueulant encore plus fort que, décidemment personne ne l’écoute et que puisque c’est comme ça, il s’en va, non sans lâcher une fiente courroucée.

 

Enfin, chaque volatile glapissant se rend dans sa volière où l’attendent ses congénères pour leur brosser le topo de ses exploits de négociateur à la gauloise :

«Putain, les camarades, si vous aviez vu la mandale que je leur ai mis dans les gencives ! Ah, vous auriez dû voir ça! C’était du chaud et du lourd. Mais grâce à moi, on n’a rien lâché. Rien, j’vous dis!»

 

Une petite voix se fait entendre : «Ouai, euh, mais on n’a rien obtenu non plus». Tous ses camarades psittaciadae dardent alors sur l’intrus un œil aussi rond que furibard :

«Toi, le réformiste, tu fermes ta gueule! Compris?»

 

C’est donc ce qui s’est passé lors de la Conférence sociale que vient d’organiser par le président français et son premier ministre Manuel Valls. Le Medef, organisme patronal, a joué le grand air des maîtres chanteurs en affirmant qu’il refuserait de s’asseoir à côté du gouvernement et des syndicats si on ne le caressait pas dans le sens du plumage. Pour lui complaire, Valls a aussitôt annoncé le report d’une mesure en faveur des travailleurs qui subissent les travaux les plus pénibles[2].  Après cela, trois des syndicats les plus importants – FO, CGT et FSU (fonction publique et enseignants) ont claqué la porte, parfois même avant de l’ouvrir (la porte, bien sûr). Sont restés à négocier : la CFDT, la CFTC (les chrétiens), CFE-CGC (les cadres) et UNSA (les autonomes). Mais sans les trois autres syndicats, cette table ronde s’est révélée bancale.

 

Pourquoi la France est-elle l’un des rares pays avancés où le dialogue social relève de la mission impossible ? Comme toujours, les causes sont diverses. Parmi celles-ci, figure en bonne place l’esprit monarchique qui dort dans chaque français mais qui se réveille dès qu’il devient patron :

«Je suis le maître de ma boîte (de mon atelier, de mon entreprise, de mon groupe, de ma multinationale) et si je cède quoique ce soit, les gueux vont prendre ça pour de la faiblesse et n’hésiteront pas à me couper la tête, ou pis, à m’arracher une augmentation. On leur donne un ongle, à ces manants, et ils vous prennent un bras ou pis, une Rolex».

 

De plus, le syndicat des patrons joue sur du velours. Le Medef est, de loin, l’organisation la plus importante, côté employeurs, lors des négociations. En face de lui huit syndicats se disputent la représentation des travailleurs (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFE-CGC, Sud, CFTC, FSU). Or, malgré leur nombre pléthorique, ces organisations représentent moins de 8% de l’ensemble des salariés français. Elles sont donc à la fois divisées et peu ou pas représentatives. C’est un peu comme si les juniors suisses allaient défier l’équipe d’Allemagne en Coupe du Monde.

 

Cette situation provoque de la surenchère entre les syndicats et empêche la recherche de solutions de compromis qui débloqueraient la France.

 

Au fond, ni les syndicats ni le patronat ne souhaitent vraiment que le dialogue social réussisse. Le patronat reste au sommet de sa puissance et dicte ses volontés au gouvernement qu’il soit de droite ou de droite, je veux dire de droite ou de gauche. Il ne veut rien céder de son pouvoir monarchique. Et pourquoi le ferait-il face à des syndicats aussi nuls ?

Quant aux syndicats, leurs permanents (salariés par les syndiqués) sont trop heureux de disposer d’autant d’organisations dans lesquelles ils règnent, eux aussi, en petits monarques. La fusion en une seule organisation puissante risquerait de mettre en péril leurs privilèges bureaucratiques.

 

«Français, encore un effort si vous voulez être républicains!» clamait le Marquis de Sade dans sa « Philosophie dans le boudoir». Plus de deux siècles plus tard, l’ouvrage est resté sur le métier.

 

Jean-Noël Cuénod

 

*PS : certes, nous sommes mercredi, mais demain Le Plouc et La Plouquette rejoindront les hauteurs du Lötschental. D’où ce jeudi prématuré.



[1] Pour ceux qui ne sont pas de Piogre-sur-Rhône, la Seymaz figure dans Wikipédia. Jetez-y un œil. Vous ne risquez pas la noyade.

[2] Lexpress.fr : En fonction de leur temps d'exposition à différents facteurs de pénibilité, ces salariés pourront accumuler des points sur un compte personnel qui leur permettra de partir plus tôt à la retraite, de se former ou de travailler à temps partiel. A terme, ce seront ainsi 3 millions de salariés qui seront concernés, selon le gouvernement.

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Exemple de conférence sociale...


Les perroquets attaquent!!! par MiGhTyToM

 

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06/07/2014

Les drones à l’attaque pulvérisent les ultimes vestiges de la chevalerie

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Vous allez me dire : «Pff… la chevalerie est morte, incinérée et ses cendres furent moulues par le moulin du temps depuis des siècles! Les drones n’y sont pour rien». Abjections, Votre Horreur! C’est vrai que les beaux principes des chevaliers  ­– intrépidité pendant le combat et mansuétude pour les vaincus ; sauvagerie dans l’action et courtoisie après la bataille – étaient passés de mode dès l’apparition de l’artillerie lourde. Et les beaux chevaliers du Moyen-Age se livraient aussi aux viols, carnages et massacres.

 Mais il y avait le Code d’Honneur de la Chevalerie qui, s’il était plus ou moins respecté comme toutes les lois, n’en consistait pas moins un frein aux pulsions les plus monstrueuses. Le seul fait de son existence témoignait de la présence de l’humanité dans l’inhumanité, ainsi que de la grandeur d’âme d’une société irriguée par la Foi. Les combats se déroulaient au corps à corps. L’ennemi m’était tellement proche qu’il portait une part de moi-même.

 

Avec l’artillerie lourde, changement d’optique : les canons fauchaient des soldats situés au loin ; on les distinguait à peine au milieu des fumées. Mais enfin, les artilleurs risquaient aussi leur peau. Ils étaient les premières cibles des confrères d’en face.

Le recours au bombardement aérien a encore éloigné le militaire de ses ennemis. Le largueur de bombes n’apercevait qu’un troupeau de maisons sous le ventre de l’appareil, sans autre vie que celle d’une fourmilière. Toutefois, l’équipage mettait aussi sa vie en jeu, entre les tirs de la DCA et la chasse des aviateurs ennemis.

 

Les guerriers donnaient la mort mais savaient aussi qu’ils pouvaient la recevoir à tout moment. Il restait donc, ça et là, quelques micropoussières de la chevalerie en ruine, qui se sont réduites à l’état moléculaire au fur et à mesure des progrès – vous avez dit, «progrès»? – de la technologie militaire. 

 

Aujourd’hui, l’emploi des drones permet, pour la première fois, à des militaires – peut-on encore leur donner ce titre? ­– de téléguider la mort sans aucun risque pour leur petite personne.  Sinon celui de se faire renverser par une voiture en sortant de la caserne.

 

Les Etats-Unis sont les plus gros – et de loin – consommateurs de ces engins d’un futur déjà bien présent. En 2011, le nombre d’opérateurs de drones (350) formés par les armées américaines a dépassé celui des pilotes d’avions de combat (250).

Dans des lieux tenus secrets, au Nouveau Mexique, au Texas, au Nevada, ces fonctionnaires cybertueurs pilotent à distance un appareil sans pilote pouvant disposer d’une autonomie de vol de quarante heures. La caméra installée dans le corps du drone offre au téléguideur la vision parfaite du champ de bataille. Ses supérieurs désignent les cibles. Et en un clic la mort débarque à 10 000 kilomètres de là, en Irak, au Pakistan, en Somalie, en Afghanistan.

 

Tuer sans être tué, sans même être éclaboussé par le sang. Tuer en restant propre sur soi. Tuer sans même avoir besoin de s’en laver les mains. A l’étape suivante, l’opérateur sera remplacé par un ensemble de logiciels qui accomplira toute ses tâches. L’ordinateur prendra même la décision de s’enclencher sans ordre dès que s’agitera une «cible» correspondant aux données de son programme.

 

Et ­– qui sait? ­– provoquera-t-il peut-être la troisième guerre mondiale. Un beugue est si vite arrivé. Pleure chevalier! Tu n’étais qu’un pauvre couillon.images.jpg

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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03/07/2014

Sarkozy, le retour : «L’Etat, c’est à moi!» (Les Jeudis du Plouc)

 

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Nicolas Sarkozy est un mis en examen privilégié. Les inculpés ordinaires n’ont pas la chance qu’une grande chaîne de télévision (TF1) et une autre, de radio (Europe1), leur offrent la plus large audience pour exposer leur défense, traîner les juges dans la boue et accuser le gouvernement d’ourdir des complots contre eux. « Justiciable comme les autres », l’ancien président de la République?  Tu parles! Enfin… C’est plutôt lui qui a parlé pendant de longues minutes, mercredi soir.

 

Au moins après ce show post-inculpation, le doute n’est plus permis : Sarkozy n’est qu’un Berlusconi sans empire économique mais avec amis financiers, sans bimba juvénile mais avec femme riche.  Même stratégie, même tactique, même culot, même arrogance, même passion pour le fric et la frime. Berlu avait brigué ses mandats pour échapper à la justice. Sarko suit son exemple.

 

Sa téléplaidoirie pro domo avait pour but de créer un agenda politique pour cacher l’agenda judiciaire. En accusant nommément des ministres, le premier d’entre eux et l’actuel président – avec autant de flou que de véhémence – Nicolas Sarkozy a jeté sa défroque d’ancien président oint de sagesse pour enfiler son bleu de chauffe d’opposant en chef. Il fait ainsi d’un pavé deux coups. D’une part, chaque fois que la justice l’atteindra Sarkozy pourra hurler que la majorité s’attaque au chef de l’opposition. D’autre part, il brûle la politesse à ses rivaux au sein de l’UMP (Alain Juppé, François Fillon, Xavier Bertrand, notamment) qui veulent à tout prix l’écarter de la course présidentielle en 2017.

 

Sarkozy prend donc son propre camp – la droite de gouvernement – en otage afin de tenter d’échapper aux griffes de la justice. Pour ce faire, il n’hésite pas à crier au complot mis en œuvre par les juges et téléguidé par la gauche au pouvoir. Cette thèse ne tient pas une seconde, à moins d’accuser les magistrats de forger de faux indices, ce que l’ex-président se garde bien d’affirmer. Mais cela n’a pas d’importance. Ce qui importe, ce n’est pas le fond mais le bruit, ce ne sont pas les faits mais les gesticulations. Par exemple, Sarkozy et ses séides enfoncent le clou dans la paume de l’une des juges d’instruction qui l’a mis en examen en soulignant son appartenance au Syndicat de la Magistrature, situé très à gauche et qui avait appelé à voter Hollande en 2012. Mais si tous les magistrats qui n’avaient pas voté pour lui devaient se désister, ce serait le désert dans les Palais de Justice français! A ce que compte-là, aucun politicien ne pourrait être jugé.

 

Si Nicolas Sarkozy parle fort, c’est qu’il joue gros. Voici les six dossiers dans lequel figure l’Ex qui veut devenir Néo.

 

1- Trafic d’influence. C’est dans cette procédure que Sarkozy a été mis en examen pour «trafic d’influence», «corruption active» et «recel de secret de l’instruction». Il est accusé d’avoir instrumentalisé un haut magistrat de la Cour de cassation afin de connaître le déroulement de l’instruction sur l’affaire Bettencourt.

2- Affaire Bygmalion. Les proches de l’ex-président de l’UMP Jean-François Copé sont accusés d’avoir fait des fausses factures qui auraient servi à payer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.

3- Affaire Tapie. En juillet 2008, un arbitrage intervenu lors de la présidence Sarkozy accorde 403 millions d’euros à Bernard Tapie dans son litige avec la structure (étatique) de défaisance du Crédit Lyonnais. Tapie n’a pas manqué de soutenir politiquement Sarkozy. Une instruction pénale est menée sur cet étrange arbitrage.

4- Affaire Karachi. Elle concerne des rétrocommissions consenties, après signatures de contrats d’armement, par l’Arabie Séoudite et le Pakistan au profit supposé de la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Nicolas Sarkozy était son directeur de campagne.

5-Affaire Kadhafi. Le fils de feu le dictateur libyen affirme que son père avait financé la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007. Accusation contestée, bien sûr.

6- Sondages de l’Elysée. Sous Sarkozy, la présidence signe des contrats avec la société de Patrick Buisson (conseiller d’extrême-droite de l’alors chef de l’Etat) en juin 2007 pour des études de sondages payées 1,5 million d’euros par an et 10 000 par mois, sans passer par des appels d’offre. La Cour des Comptes a jugé ces contrats irréguliers.

 

Enfin citons pour mémoire la célèbre affaire Bettencourt que nous ne comptons pas dans ce florilège, puisque Nicolas Sarkozy y a bénéficié d’un non-lieu. Toutefois, son ancien trésorier de campagne et ci-devant ministre des Finances Eric Woerth a été mis en examen et renvoyé en jugement devant un Tribunal correctionnel.

 

Au-delà de la démarche sarkozienne instrumentalisant la politique 20080210022912-sarkozy-bonaparte-fullblock.jpgpour se défendre en justice, tout le comportement de l’ancien président révèle qu’il n’a jamais accepté la défaite et qu’il est, non pas le serviteur de l’Etat, mais son propriétaire. «L’Etat, c’est moi!» aurait déclaré Louis XIV. En écho, Nicoléon Sarkonaparte lui répond : «L’Etat, c’est à moi!»

 

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO


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01/07/2014

Nicolas Sarkozy et François Hollande, le duo des Calamiteux VERSION ACTUALISEE

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Version actualisée en fin de texte, caractères gras

Avec un Espace Vidéo.

Nicolas Sarkozy aime être le premier. En tout. La Police judiciaire vient de le satisfaire. Depuis tôt ce matin, il est le premier ex-président de la République à être placé en garde à vue. Même Jacques Chirac ­– pourtant condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris – n’avait pas dû subir cette humiliation de partager ses 24 heures (voire plus, si affinités avec les poulagas) entre une cellule et la salle d’interrogatoire. Les policiers, sur demande de deux juges d’instruction, sont en train de le cuisiner afin de tenter d’en savoir plus sur le vaste réseau d’information que l’entourage de Sarkozy aurait tissé au sein des plus hautes instances de la police et de la justice françaises. L’information pénale porte sur les chefs d’accusation suivants, «trafic d’influence» et «violation du secret de l’instruction». Deux hauts magistrats de la Cour de cassation, Gilbert Azibert et Patrick Sassoust, ainsi que l’avocat de Sarkozy, Me Thierry Herzog, sont également interrogés en garde à vue.

En résumé, le magistrat Azibert est soupçonné d’avoir donné des informations couvertes par le secret de l’instruction aux proches de Nicolas Sarkozy pour le tenir informé des développements de l’affaire Bettencourt, lui permettant ainsi de bien préparer sa défense. Pour ce service, le juge de cassation aurait reçu la promesse d’obtenir un poste plaqué or à Monaco. Cette affaire avait été découverte à la suite d’un autre dossier concernant Sarkozy, celui de l’éventuel financement de sa campagne présidentielle  par Kadhafi. Sarkozy se doutant qu’il était placé sur écoute par la police, avait acquis un autre téléphone portable pour s’abonner sous le nom de Paul Bismuth. Mais les policiers avaient aussi découvert cette «ligne Bismuth» et l’avait également branchée sur leurs longues oreilles, ce qui leur a permis d’engranger de précieux indices. 

Qu’il soit ou non innocent, Nicolas Sarkozy trimballe une batterie de cuisine complète à faire rêver les marmitons les mieux dotés. Dès lors, sa volonté de se représenter à l’élection présidentielle de 2017 prend un autre visage, celui d’un Berlusconi se faisant élire pour bénéficier de l’immunité présidentielle. Peut-être que ses nombreuses accusations tomberont dans le néant. Il n’empêche que le soupçon polluera sa campagne. C’est pourquoi la plupart des dirigeants de son parti l’UMP veulent à tout prix empêcher son retour. Ils savent qu’ils payeront très cher une berlusconisation de leur formation.

Nicolas Sarkozy pourrit la droite. A gauche, c’est l’actuel président François Hollande qui sert d’agent de décomposition. Certes, les affaires judiciaires ne plombent pas son quinquennat. L’affaire Cahuzac, pour aussi grave qu’elle soit, n’est pas le symptôme d’un système mais la faillite abyssale d’un homme. En revanche, l’incompétence du président dans l’exercice de ses fonctions saute aux yeux (et au porte-monnaie des Français) après plus de deux ans passés à l’Elysée. De reculades en reniements, la politique de François Hollande n’a ni cap ni contours, ni queue ni tête. En quatre mois et demi de pouvoir, le président du Conseil italien Matteo Renzo a accompli plus de réformes que Hollande en vingt-six mois. L’Italie est d’ailleurs en passe de remplacer la France comme interlocuteur privilégié de l’Allemagne en Europe. Le président français est contesté par ses propres troupes qu’il a menées aux désastres électoraux ; son impopularité l’empêche d’agir ; son crédit politique – et, partant, celui de la France – est au plus bas sur la scène internationale.

Dès lors, même si, par miracle, la courbe de l’emploi se redresse dans un sens favorable, François Hollande n’est même pas certain d’en recueillir les fruits qui risquent plutôt d’être chapardés par son premier ministre Manuel Valls.

Faisons un cauchemar. Nicolas Sarkozy se présente sous la bannière de la droite et François Hollande brigue un second mandat. Marine Le Pen aura en face d’elle un Sarkozy englué dans les affaires et un Hollande empêtré dans son bilan. Elle n’aura même pas besoin de faire campagne pour prendre possession de l’Elysée.

Il devient donc urgent pour les deux partis de gouvernement de se débarrasser de leurs faiseurs de défaites qui ont largement dépassé la date de péremption.

Ce blogue a été cité mercredi matin à la Revue de presse de France-Inter.

Jean-Noël Cuénod

Mercredi vers 2 heures du matin,  les juges d'instruction ont mis en examen Nicolas Sarkozy pour corruption active, trafic d'influence actif et recel de violation du secret professionnel. Il est ressorti du Pôle financier libre et sans contrôle judiciaire. D'ores et déjà, ses lieutenants s'activent pour protester contre cet "acharnement judiciaire". Le premier ministre Manuel Valls rétorque: "Les faits sont graves". Pour l'UMP, la grosse affaire concerne Bygmalion et les impressionnants frais de la campagne Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2012.

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Garde à vue de Nicolas Sarkozy : quels sont les... par lemondefr


28/06/2014

Mozart, Bach et la grâce

 

IMG_0583.jpgLe sociologue et politologue français Gil Delannoi est un homme universel. Ce grand spécialiste de la notion de nation est aussi un poète et un amant de la musique. Il a publié à ce propos deux ouvrages, brefs puisqu’ils vont à l’essentiel de façon élégante et sans verbiage gluant : «Mozart ou le génie de la discrétion suivi de Bach et Mozart» (Editions Berg International à Paris) ainsi qu’un recueil de poèmes très courts « L’ermite presque tranquille – Sans importance- Journal » (Gil Delannoi - L’Ombre et le Frais). Gil Delannoi se refuse à les nommer haïkus en raison, selon lui, de l’impossibilité de transposer dans une langue alphabétique les particularités de la langue japonaise. Mais les fragments d’instant de son «ermite presque tranquille» ont trouvé leur inspiration dans cette attention au moment présent propre aux poètes asiatiques. En voici quelques bribes évocatrices.

 

un banc public

le dos des amoureux

au crépuscule

 

retrouvant mon chemin

aux cris des chiens

je reconnais les humains

 

au déclin du jour

déjà l’herbe humide

pue la pure verdure

 

la fille nue de la pub

le froid sous l’abribus

l’hiver.

 

Venons-en à l’autre livre de Gil Delannoi. Les ouvrages sur Mozart peuvent bien s’accumuler depuis des siècles sur les rayons de bibliothèques, il est toujours possible de trouver dans ce génie un biais original comme le démontre Delannoi qui insiste sur le comique du compositeur et, phénomène encore moins évoqué, sa discrétion.

 

«Ce qui peut-être distingue Mozart de tous les compositeurs, même les plus grands, c’est une sorte d’aisance, l’impression que la musique était sa langue maternelle, qu’il sentait, pensait en musique plus qu’autant autre langage. Cette facilité ne le conduisait pas à travailler peu, au contraire», note l’auteur. (…) Cette facilité lui a permis de considérer l’esthétique avec la plus grande liberté, de n’être prisonnier d’aucun schéma, d’aucune recette et ne chercher finalement que la pureté de l’expression».

Les clichés colportés sur Mozart ont balancé entre le «divin enfant prodige» et l’homme «très ordinaire, voire grossier (…) qui ne dédaignait ni les farces ni les bouffonneries». Comme si l’on ne pouvait pas être l’un et l’autre, et surtout tellement plus.  Incapable de saisir le subtil, le cliché ne sert que l’épais à grosses louches de poix.

 

 Subtil? Vous avez dit subtil? «C’est un fait méconnu de nos jours, que le pathétique souvent est renforcé par la discrétion. C’est alors qu’il peut frapper comme une révélation ou surprendre comme un secret brusquement révélé» ajoute Gil Delannoi. «Pour Mozart, l’intensité, joyeuse ou triste, est en rapport avec la respiration, la battement du cœur. Le style se fait haletant, essoufflé ou agité».

 

L’autre géant, Bach, poursuit dans l’infini, là où se croisent les parallèles, son dialogue avec Mozart: «Bach sait allier  les contraires (…) solidité et sublime, prosaïque et mystique, danse et contemplation (…) Il est roc et vent (…) L’ordre musical vient avant l’émotion (…) Chez Mozart, on trouve toutes les situation humaines (…) Son élégance empêche toute agressivité, même dans la puissance. L’ordre musical est dicté, suggéré ou subverti par l’émotion».

 

Pour Gil Delannoi, «les deux ont un point commun la grâce; celle de Bach tournée vers le divin des religions révélées, l’harmonie pythagoricienne des nombres, la pulsation vitale; celle de Mozart tournée vers l’humain, corps et âme».  

 

La terre et le ciel dans leurs noces impossibles et pourtant toujours recommencées.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Gil Delannoi est interviewé dans le contexte de sa spécialité de sociologue, la nation et ce qu’elle recouvre comme notions.


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26/06/2014

Les fumées de Monsieur Sapin dans la forêt bancaire (les Jeudis du Plouc)

 images-1.jpgLe déplacement du ministre des finances Michel Sapin à Berne, mercredi, n’est pas tout à fait passé inaperçu dans les médias de son pays. En règle générale, ils saluent sa mâle fermeté vis-à-vis de ces Suisses aux doigts crochus. Sur le plan intérieur français, le voyage à Berne se révèle donc profitable. Et c’est sans doute ce qui importait au ministre français: montrer ses muscles devant ses compatriotes, même si ses hôtes helvétiques rigolaient sous cape. On a vu de quel bois se chauffait ce Sapin, ah mais!

 

Car tout était joué avant les roulements de mécaniques sapinesques. Si le secret bancaire helvétique a été vaincu, c’est parce que les Etats-Unis ont décidé que les gnomes de Zurich et les lutins de Genève avaient cessé de rendre service à la puissance américaine. Bien aidé par des banquiers suisses qui ont fait rimer cupidité avec stupidité, Washington a contraint la Confédération à accepter, en fin de compte, le principe de l’échange automatique d’informations en matière fiscale avec les pays de l’OCDE dont la France. En attendant la mise en place de cet échange automatique, la Suisse accepte les demandes de renseignements fiscaux venant des pays étrangers, de façon groupée. Cela signifie que le fisc tiers n’a plus besoin de connaître l’identité du fraudeur. La France, comme d’autres en bénéficiera. Et son ministre des finances n’y est pas pour grand-chose.

 

De même, il se fait une gloire d’avoir récupéré près d’un milliard d’euros auprès de 25 000 fraudeurs français qui avaient, pour la plupart (80%), planqué leur fric en Suisse. Or, Sapin doit moins ce spectaculaire résultat à ses mérites qu’à la rapide adaptation des gnomes de Genève et des lutins de Zurich (ils sont interchangeables) à la situation créée par les Etats-Unis. Allant plus vite sur leurs petites pattes que ce lourdaud de pouvoir politique suisse, nos nains dorés ont d’ores et déjà anticipé l’échange automatique d’informations fiscales et la mort du secret bancaire helvétique.

Ils ont donc mis en demeure leurs clients étrangers (dont les Français) de se mettre immédiatement en ordre avec le fisc de leur pays, faute de quoi leurs comptes seraient fermés. Pour les banques suisses, ces clients devenaient une source d’ennuis plus que de profits. Dès lors le dentiste de Carpentras, qui avait placé à l’abri une partie de ses honoraires à Genève, a été prié de ramener sa fraise ailleurs.

 

Voilà pour le dentiste de Carpentras. Car pour les grands groupes français, d’autres mesures, plus courtoises, ont été proposées. Le produit de l’«optimisation fiscale» (c’est comme ça qu’on appelle l’évasion fiscale quand on est ultrariche) ne passera plus par la Suisse mais par Hong-Kong, le Delaware, l’Ohio ou d’autres paradis fiscaux. Et vous voyez Monsieur Sapin réclamer la fin de leur secret bancaire à Xi Jinping ou à Obama?

 

1749347818_fraude_fiscale_sapin_en_suisse_pour_maintenir_.jpgA Berne, le ministre français a fait un peu penser à un Fabrice Del Dongo qui aurait pris la pose du vainqueur à Waterloo.

Photo: Michel Sapin et la conseillère fédérale Widmer-Schlumpf, un couple qui déménage!

Jean-Noël Cuénod

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25/06/2014

Docteur Bonnemaison et Vincent Lambert: l’euthanasie et la bousculade de l’info

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Hasard du calendrier ou manifestation du divin ? Trois nouvelles quasi simultanées ont transformé le délicat problème de la fin de vie en champ de foire. La décision du Conseil d’Etat français d’arrêter le traitement qui maintient Vincent Lambert, la suspension provisoire de cette mesure par la Cour européenne des droits de l’homme «jusqu’à droit jugé» (lire notre précédent texte) et, enfin, l’acquittement du docteur Nicolas Bonnemaison par la Cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques.

Ce médecin urgentiste avait été accusé d’avoir abrégé la vie de sept patients à l’agonie sans avoir respecté la Loi Leonetti qui, en France, régit la fin de vie. Ouvrant un certain droit au « laisser mourir », à condition de remplir un nombre important de conditions, cette loi ne répond pas aux douloureuses questions des longues agonies, avait expliqué le docteur Bonnemaison aux jurés. Il les a convaincus, puisqu’aux quatorze questions de culpabilité qui leur ont été posées, ils ont répondu négativement, entraînant ainsi l’acquittement du médecin.

 

Pour le ministre Le Foll, porte-parole du gouvernement français, ce verdict d’acquittement «conforte l’idée qu’il faut faire évoluer la loi» (voir aussi la vidéo ci-dessous).

 

Les affaires Lambert et Bonnemaison sont de nature fort différente et l’on ne saurait comparer les décisions judiciaires dont elles ont fait l’objet. Toutefois, leur point commun – la fin de vie ­– suscite une émotion telle que ces deux situations se trouvent mélangées dans un débat qui s’est engagé de façon confuse.

 

Inscrire le droit à mourir dans la dignité ne va pas de soi. Certes, il est des situations où les soins palliatifs et le recours aux puissants analgésiques ne suffisent pas à mener un malade vers une extinction apaisée. En ce cas, avancer l’heure de l’inévitable semble la seule issue humaine possible. Toutefois, systématiser ce droit dans une loi comporte de sérieux risques. Nombre de patients en fin de vie veulent hâter leur décès afin, disent-ils, de soulager leurs proches. Ils font ainsi preuve d’une belle qualité d’âme. Mais la vie est le bien le plus précieux sur cette terre; on ne saurait la brader, fût-ce par souci de préserver les nôtres. Car si on démonétise la vie, on ouvre la porte à bien des abus. Qui nous certifie qu’à l’avenir, afin de préserver la santé budgétaire des hôpitaux, la société ne fera-t-elle pas en sorte d’abréger la vie de ces patients coûteux?

 

Deux biens légitimes sont mis en balance. Sur un plateau : le droit de mettre un terme à des souffrances aussi intenses qu’insoignables. Sur l’autre : le refus de donner à la société un droit de vie et de mort sur ses membres. Comment trouver le bon équilibre? Par la loi? Si elle est nécessaire, elle n’est pas pour autant suffisante. Car, il lui sera impossible de régler toutes les situations. Chaque cas étant différent, il doit être examiné pour lui-même sans forcément tenir compte des solutions qui ont été trouvées ailleurs, ce qui ne s’adapte guère au cadre rigide du droit. Ce qui est bon pour certains se révèle néfastes pour d’autres.

 

Nous sommes fascinés par la magie des lois en croyant qu’elles règlent tout. Un problème? Hop, une loi! Est-elle appliquée? Comment l’est-elle? C’est secondaire pourvu qu’elle dorme bien à l’aise dans son code. Mais la vie – et l’agonie, c’est encore la vie – ne peut être enfermée dans les grilles juridiques. Il faut faire avec elle, avec tous ses impondérables et toutes ses surprises.

 

La principale leçon à tirer est de ne jamais rester seul devant l’agonie. Le dialogue continu entre le corps médical et les familles vaut plus que toutes les lois.

 

Jean-Noël Cuénod  

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24/06/2014

Euthanasie: les juges français arrêtent la survie artificielle de Vincent Lambert VERSION ACTUALISEE

La version actualisée est signalée en corps gras dans le texte

 

La plus haute instance administrative française – le Conseil d’Etat – vient de rendre sa décision concernant le maintien ou non en vie artificielle de Vincent Lambert. Elle a ordonné l’arrêt des traitements, un patient tétraplégique qui survit en état végétatif depuis six ans, après avoir été victime d’un accident de la route.

 

Si l’affaire a été prise dans l’engrenage des procédures, c’est que la famille de cet homme de 39 ans est profondément divisée. D’une part, le père et la mère exigent la poursuite de l’alimentation et des actes de survie ; d’autre part, la femme de M. Lambert, soutenue par un neveu du patient et l’un de ses frères, excipe de la volonté de son mari, exprimée avant l’accident, de ne pas être exposé à l’acharnement thérapeutiques. Elle ajoute qu’étant infirmier de profession, il savait d’autant plus de quoi il parlait.

A ce différend familial s’ajoute un aspect idéologique qui complique encore la situation. Les parents de Vincent Lambert sont proches de la Fraternité de Saint-Pie X, l’un des principaux mouvements catholiques intégristes qui proscrit de façon absolue tout recours à l’euthanasie.

 

Le Conseil d’Etat français a donc décidé de laisser Vincent Lambert s’en aller vers l’autre rive. Cette décision sera-t-elle appliquée rapidement? Rien n’est moins sûr, le père et la mère ont saisi – avant même le prononcé du jugement des magistrats administratif ­– la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui siège à Strasbourg. Certes, ce recours n’est pas suspensif automatiquement. Mais Strasbourg peut ordonner de suspendre l’application de la mesure, à titre exceptionnel, et en cas d’urgence vitale. Si la CEDH décide d’activer cette clause (article 39 de la Convention européenne des droits de l’homme), les soignants de Vincent Lambert devront le maintenir en vie artificielle, jusqu’à ce que la Cour de Strasbourg statue définitivement.

C'est d'ailleurs ce que vient de décider la Cour européenne des droits de l'homme, mardi soir. En elle-même, cette mesure n'est pas choquante car elle est provisoire. Si la CEDH n'avait pas ordonné cette suspension, Vincent Lambert n'aurait plus reçu le traitement qui le maintient en survie et serait donc décédé avant que la Cour de Strasbourg ne prenne une décision finale. Il n'empêche que pour ses proches et l'équipe thérapeutique l'épreuve est rude. Vincent Lambert reste encore prisonnier de son corps.

 

Dans cette affaire, il n’y a ni bons ni méchants mais seulement des femmes et des hommes qui souffrent. Ni les parents ni l’épouse ne sauraient être condamnés par on ne sait quel tribunal de l’opinion, prompt à juger en fonction de son ignorance et de ses préjugés.

 

Aucune décision de ce genre n’est satisfaisante. La médecine ayant flouté la frontière entre la vie et la mort, il appartient aux humains de la retracer. Et ils ne sont pas encore taillés pour assumer cette tache proprement sur – humaine. Tentons de l’aborder avec humilité et méfiance envers ses propres opinions. Entre les dérives d’une euthanasie sauvage guidée par des motifs d’économie budgétaire et le maintien absurde d’une âme dans un corps devenu insupportable fardeau, il faudra choisir la Voie du Milieu, comme toujours. Nous tâtonnerons, pauvres humains myopes, nous hésiterons, nous nous tromperons dans un sens puis dans l’autre. Surtout, prenons notre cœur pour guide.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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La décision du Conseil d’Etat commentée.



 

 

 

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23/06/2014

Angoisse sociale en France: Le Plouc cause dans le poste à France-Info


imgres.jpgLe malaise social s'est muée en mal profond en France. Angoisse chronique devant l'impéritie de la caste politique. Les grèves des trains et des intermittents du spectacle ne sont qu'un phénomène parmi tant d'autres.

En participant, dimanche, à l'émission de Marie-Christine Vallet Micro-Européen sur France-Info, Le Plouc avec sa consoeur du quotidien italien Il Manifesto Anna-Maria Merlo-Poli ont tenté de comprendre cette situation préoccupante pour tous les voisins de la France. Bonne écoute  

 

MICRO EUROPEEN sur France-Info


podcast

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22/06/2014

Coupe du Monde (suite): mini-traité zen à usage footballistique

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Il existe de multiples voies pour parvenir à la sagesse. Toute expérience est bonne à prendre dans ce contexte. En ces temps de Coupe du Monde, Le Plouc vous propose d’utiliser les passions  footballistiques comme exercice de zénitude.

 

Première étape. Préparez-vous à assister au match sans vous préoccuper de rien d’autres que de la rencontre qui va se dérouler. Piquez une petite bière (voire une grande, voire plusieurs) dans le réfrigérateur, si vous le désirez. Affalez-vous sur le canapé, sans complexe. Ne fuyez pas le ridicule. Au contraire, recherchez-le. La panoplie du supporteur comprend en masse maillots grotesques, chapeaux de bouffon à clochettes, casques de viking en fer blanc avec corne de vache en plastique ou perruques aux couleurs criardes qui feraient passer Achille Zavatta pour un pasteur méthodiste. Puisez dans cet arsenal clownesque de quoi vous transformer en parfait crétin. Non, ne reculez pas! Votre recherche de la sagesse exige que vous ne zappiez point cette épreuve.

 

Deuxième étape, version exaltée. La suite des événements est conforme à vos souhaits. Votre équipe a marqué et prend le pas sur votre adversaire. Laissez alors parler ce monstre intérieur que, d’ordinaire, vous muselez avec ce qui vous reste d’éducation. Hurlez votre joie de la façon la plus provocante ; lancez à l’endroit (mais surtout à l’envers) de l’équipe adverse les épithètes les plus méprisantes, les plus insultantes et les plus grossières. Joignez même le geste à la parole en faisant divers bras d’honneur devant votre téléviseur. Vous aurez l’air assez couillon, certes. Mais justement, cette étape nécessite que vous assumiez votre couillonnade, expression de ce monstre intérieur qu’il vous faut, littéralement, déchaîner.

 

Deuxième étape, version déprimée. Rien ne va plus. Votre équipe joue comme un troupeau de chèvres anémiques. Votre attaque est ectoplasmique et votre défense se transforme en passoire poinçonnée à la kalachnikov. N’insultez pas tout de suite vos favoris. Lâchez tout d’abord votre monstre intérieur aux basques des arbitres et de certains joueurs adverses. Là, vous les traitez de tous les noms, les plus orduriers, les plus ignobles, les plus révoltants. Point de filtre. Du brut de brute.  Puis, lorsque votre répertoire sera épuisé, retournez-vous contre vos joueurs. Ne lésinez pas sur les allusions malveillantes quant à leurs capacités sexuelles, voire à l’absence de leur appareil reproducteur. Si vous doutez de cette absence pour une raison ou une autre, promettez de passer ledit appareil au hachoir de boucher.

 

Troisième étape. Le match est terminé. Laissez-vous aller à la joie ou au désespoir. Ne cherchez surtout pas à brider l’un ou l’autre de ces sentiments. Vous commencerez ensuite votre processus de rumination. Au fur et à mesure que votre monstre intérieur donne des signes de fatigue, une légère sensation de honte monte en vous, rafraîchissante d’abord, avant de devenir froide, puis glaciale. Concentrez-vous sur les différentes phases de votre comportement durant le match. Vous y verrez alors le vrai visage de votre monstre intérieur: haineux, raciste, xénophobe, sexiste. Tout ce que vous avez recouvert d’un épais vernis de bienséance craque et tombe en poussière. Vous prenez conscience que vous n’êtes pas toujours ce gentil social-démocrate qui cotise à Amnesty International ou ce sympathique libéral qui finance le WWF.

 

Quatrième étape. Vous savez désormais que vous abritez le pire en vous. Un pire prêt à s’éveiller lorsque l’émotion collective le secoue. Ce monstre intérieur est du genre coriace. Il semble se faire oublier, mais c’est pour mieux déchiqueter votre raison à la première occasion. Vous n’allez pas vous en débarrassez comme ça,  avec une petite prière ou un sermon raisonneur. Il faut le fatiguer, comme le fait un pêcheur à la truite qui épuise le poisson qu’il a ferré avant de l’amener sur la rive. A chaque match, vous répéterez ce processus, en laissant au monstre libre course afin de l’essouffler, avant de vous livrer à l’introspection.

 

Cinquième étape. Quand vous pourrez assister à un match sans que votre cœur ne s’emballe lorsque votre équipe gagne ou perd, ce sera le signe que votre monstre intérieur se sera éteint. La sagesse alors pourra prendre sa place. Mais restez sur vos gardes. Ce monstre intérieur dispose d’un grand nombre de vies.

 

Jean-Noël Cuénod

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21/06/2014

Coupe du Monde : survie d’un Suisse à Paris après la déculottée

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 Le Plouc a bien souffert, vendredi soir, lorsqu’en se riant l’équipe de France de foot a enfoncé ses cinq coups d’épée dans le ventre mou de la défense helvète. Une sorte Morgarten à l’envers. Les rochers en avalanche roulaient dans le mauvais sens. Et les deux buts marqués par les Suisses n’ont même pas sauvé un honneur définitivement compromis sur cette pelouse pelée de Salvador de Bahia.

 

Même s’ils parviennent tout de même à se qualifier pour la suite de la Coupe du Monde, les Suisses traineront cette déculottée comme un boulet rouillé. D’autant plus qu’elle leur a été infligée par ces Français qu’ils aiment tant brocarder avec la suffisance des bons élèves vis-à-vis des cancres. Le dépit en est d’autant plus vif côté Suisse et la joie d’autant plus intense côté France.

 

Au milieu de la foule en liesse dans les rues parisiennes, Le Plouc s’est senti très seul. Furieuse envie de descendre de la Butte-aux-Cailles pour se terrer dans les catacombes à Denfert-Rochereau. Et ne plus en sortir, jusqu’à ce que la joyeuse rumeur s’éteigne. Voilà pour les mauvais sentiments. Car Le Plouc était vraiment envahi par cette bile noire. Le foot réveille en vous un animal intérieur aussi effrayant qu’effarant.

 

Et puis, petit à petit l’animal footeux regagne sa niche. La raison revient avec ses baumes analgésiques pour réduire les bleus, non pas à l’âme – faut pas exagérer! – mais à l’instinct. Au fond, – mais alors tout au fond – cette calamiteuse défaite suisse est une bonne chose.

 

D’une part, elle nous remet les pieds sur terre. Nous autres Helvètes avons la fâcheuse tendance à plastronner sur la scène européenne en donnant en exemple notre prospérité, notre harmonie sociale, notre stabilité politique comme signe de notre supériorité sur les autres. Oubliant ainsi qu’il s’agit là d’un état précaire et que si nos mérites ne sont pas minces, la chance y tient aussi son rôle.

D’autre part, cette victoire éclatante de la France sera peut-être la petite goutte de confiance nécessaire pour que ce pays, qui est au fond du gouffre sur le plan moral, reprenne confiance en son destin.

 

Romands mes compatriotes, l’Histoire nous apprend que lorsque la France est affaiblie notre influence en Suisse diminue vis-à-vis des Alémaniques. Et lorsqu’elle parle haut dans le monde, notre voix se fait mieux entendre au-delà de la Sarine. 

Jean-Noël Cuénod

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19/06/2014

Faire confiance aux politiciens ? Et quoi encore? Les Jeudis du Plouc

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Lors d’un dîner entre amis, lancez cette exclamation, histoire de raviver le feu d’une conversation en train de s’éteindre : « Eh bien, moi je fais confiance aux politiciens !» Retour d’ambiance garanti, avec ricanements, moqueries, lazzis, colères, démonstrations d’effarement. En effet, tous les sondages le démontrent, personne n’accorde son crédit à ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire. Seuls les journalistes attirent autant de méfiance et de défiance. Sans doute, le public les juge-t-il contaminés en raison de leur trop grande proximité – réelle ou fantasmée – avec le pouvoir politique.

 

Même en Allemagne, où Angela Merkel semble échapper à ce phénomène, la confiance de l’électeur envers le gouvernement n’est pas sans borne puisque, par son récent vote au législatif, il a installé les sociaux-démocrates à côté des démocrates-chrétiens au gouvernement, comme si associer l’ancienne opposition à l’exercice du pouvoir allait servir de garde-fou réciproque aux deux plus puissants partis allemands.

 

En Suisse, autre pays à l’économie florissante, la confiance paraît encore plus limitée, le Conseil fédéral recevant régulièrement moult claques à l’issue des votations populaires. Et lorsque ses projets sont approuvés, le gouvernement paraît tellement surpris que ses ministres se partagent entre larmes d’émotion et sourires illuminés par ce miracle.

 

Mais au moins dans ces Etats, sous le brouillard de la méfiance, les citoyens gardent tout de même une lueur de confiance envers la politique en général.

 

C’est en France, la belle dame malade de l’Europe, que ce phénomène atteint son paroxysme. Le stade de la méfiance y est dépassé depuis longtemps pour laisser place à celui de la défiance. Les deux partis de gouvernement, le PS et l’UMP, en sont les plus atteints. Il faut dire que ces deux larrons redoublent d’effort pour mériter les crachats qu’ils essuient. Mais les autres formations n’attirent pas plus la sympathie.

Même le Front national, qui parade avec ses 25% de voix récoltés aux Européennes, n’est guère mieux loti. En tenant compte des abstentions, on constate que seuls 10% des Français en âge de voter ont donné leur suffrage aux frontistes. Une vaguelette Marine, mais point de raz-de-marée. D’ailleurs, la tenancière de l’entreprise familiale Le Pen n’obtient pas des résultats bien probants dans les sondages à la rubrique «lui faites-vous confiance?» Dans un sondage BVA publié dans Le Parisien du 10 mai dernier, 78% des personnes interrogées ont déclaré ne pas lui faire confiance pour gouverner leur pays. Les Français se rendent bien compte qu’avec Marine au gouvernail, le paquebot France coulerait encore plus vite.

 

Interviewé par l’excellente revue CLES, Boris Cyrulnik, relève que «dans une démocratie, mille vérités et façons de vivre se contredisent. La liberté diversifie les normes et le partage du savoir complexifie les visions. C’est (…) stimulant. Mais le prix à payer est l’intranquillité et le doute. Et donc la défiance.»

 

Toutefois, cette défiance, effet secondaire inconfortable de la liberté, n’atteint pas la même intensité détestataire que la défiance exprimée par les Français sous la forme d’une répulsion chronique à l’égard des politiciens. Tout a été dit sur les raisons de ce phénomène (lire aussi notre blogue de la semaine passée «Du Front national au PS et l’UMP : la grande déglingue des partis français») : l’effet caste qui prend une ampleur particulière dans la politique française par rapport à ses voisins (même moule énarchique tous partis confondus, carriérisme, népotisme dont le Front national offre l’exemple le plus indécent), la contradiction criante entre la réduction des marges de manœuvres politiques sur le plan national et la concentration des pouvoirs dans les seules mains présidentielles, l’esprit lèche-escarpins, héritage des courtisans, qui enferme les dirigeants dans une bulle d’irréalité narcissique.

 Cette défiance détestataire est donc compréhensible. Et pour sortir d’épaisseur, la France devra en passer par bien des bouleversements, non seulement institutionnels et économiques, mais surtout moraux et spirituels. Comme pour les grands blessés en voie de convalescence, la rééducation sera nécessaire. Parmi ses réapprentissages, celui de la confiance ne sera pas le moins laborieux. Confiance en son destin, en son être collectif. Confiance envers ses institutions qui, bien sûr, devront être rebâties. La confiance est un moteur qui permet à l’action collective de se développer.

 

Mais il est malaisé de faire confiance. Cela suppose un certain abandon de soi-même à ce qui pourrait n’être qu’une illusion ; cela suppose aussi une prise de risque, celui de se tromper. Mais si la défiance demeure, elle fige tout un pays dans un gel acide qui le ronge. Rien n’avance et rien ne change, tout se bloque et se grippe.

La confiance, c’est accepter l’éventualité d’être déçu pour, peut-être, ne plus l’être. Qui sait? Les Français seront-ils un jour, à l’image de l’expression vaudoise, «déçus en bien» ?

 

Jean-Noël Cuénod 

   

LE PLOUC CAUSE DANS LE POSTE A EUROPE1

 

Le Plouc a récemment participé sur Europe1 à l’émission de Sophie Larmoyer «Carnet du Monde», en compagnie de son confrère néerlandais Stefan de Vries.


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15/06/2014

La stèle de Grisélidis Réal ou Tartuffe au Conseil administratif

 

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En 2010, Piogre-sur-Rhône faisait un beau geste, un brin rebelle. Le Conseil administratif de la Ville de Genève acceptait l’inhumation de Grisélidis Réal au Cimetière des Rois, non loin de l’homme de théâtre François Simon et de l’écrivain argentin Jose-Luis Borgès. Mais comme s’il était effrayé par sa propre audace – pourtant si ténue – notre exécutif municipal a refusé par trois voix contre deux (des noms ! Des noms ! Des noms !) la stèle proposée par la famille de notre chère Grisélidis. Trop osée. Trop évocatrice. Trop sexuelle. Cachez cette stèle que nos Tartuffes administratifs ne sauraient voir !

 

Petit aparté à destination de ceux qui, par un caprice de leur destin, ne seraient pas Genevois. Ou pas encore. Grisélidis Réal est une écrivaine, artiste et prostituée qui revendiquait l’aspect social et profondément humain de son métier. Une grande et belle femme pleine de feux et de bontés. Une amazone du bonheur de vivre. A jamais révoltée contre ce qui brise l’humain.

 Quant au cimetière des Rois, il s’agit de notre Panthéon où reposent nos célébrités venues d’ici et d’ailleurs. Son nom n’a rien de monarchique. Jadis sur ce champ, les Rois des concours de tirs recevaient leurs couronnes, les seules admises par ce peuple genevois viscéralement républicain.

 

Revenons à notre monument refusé. Et contemplez ci-dessus la photo l’illustrant. La trouvez-vous choquante ? Les angelots fessus qui font les intéressants sur d’autres tombes se montrent nettement plus lubriques, non ? Les mômiers qui excipent de la présence des restes de Calvin pour refuser la stèle de Grisélidis n’ont pourtant pas exigé qu’on leur mette des slips !

D’ailleurs, personne ne sait vraiment si Calvin repose dans ce cimetière. Il a mis ses ultimes énergies de vivant à exiger qu’aucun marque distinctive ne soit posée sur sa sépulture, qu’il voulait anonyme afin de ne pas donner à la superstition un prétexte pour s’exprimer.

Cette œuvre du sculpteur Jo Fontaine est belle, tout simplement. Sobre, presqu’austère calviniste, en un mot. Elle serait même trop sage, au goût du Plouc, pour signifier le passage sur cette terre d’une rebelle indomptée. Sans doute, Jo Fontaine a-t-il dû brider son grand talent pour ne point choquer nos Tartuffes. Peine perdue, choqués, ils le sont quand même ! Parce qu’il est de la nature des Tartuffes de l’être lorsque la vérité surgit à leurs yeux dans sa nudité. Qu’ils sachent que sans cette stèle, notre Panthéon est décousu !

 

Mais laissons-les à leurs tartufferies et relisons les livres de Grisélidis Réal qui continue, de là où elle est, à nous flanquer des coups de pieds au cul.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Bibliographie de Grisélidis Réal

 

– Le Noir est une couleur, Paris, Éditions Balland, 1974 ; Lausanne, Éditions d'en bas, 1989; Paris, Éditions Verticales, 2005.

La Passe imaginaire, Vevey, Éditions de l'Aire/Manya, 1992 ; Paris, Verticales, 2006.

À feu et à sang, recueil de poèmes écrits entre mai 2002 et août 2003, Genève, Éditions Le Chariot 2003

Carnet de bal d'une courtisane, Paris, Verticales, 2005.

Les Sphinx, Paris, Verticales, 2006.

Le carnet de Griselidis, paroles de Grisélidis Réal et Pierre Philippe, musique de Thierry Matioszek et Alain Bashung, chanson interprétée par Jean Guidoni sur l'album "Putains", 1985.

Suis-je encore vivante? Journal de prison, Paris, Verticales/phase deux, octobre 2008. 

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14/06/2014

Ces librairies qu’on abat

 

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Revoir sa ville vous provoque souvent un sacré crève-cœur. Il y a peu, Le Plouc traînait ses sabots à Genève, du côté de ce collège Calvin qu’il n’a fréquenté que distraitement. Cancre jusqu’au bout des ongles (pas très nets, les ongles). Mais cancre passionné de littérature. Aux salles de classe, Le Plouc en herbe préférait les recoins de la Librairie Descombes, à l’angle des rues Verdaine et du Vieux-Collège (photo).

 

Et voilà qu’en voulant lorgner sur les vitrines, à la découverte de ces étalages de livres que les Descombes savaient rendre attractifs, Le Plouc reçoit un coup de matraque. Symbolique, certes. Mais d’autant plus douloureux. Disparus, les bouquins. Tuée, la librairie. A la place, des fringues, des fringues et encore des fringues, comme autant de bouts de tissus formant le drapeau de la connerie triomphante.

Jadis, Le Plouc aurait eu le courage de flanquer un pavé vengeur sur ces vitrines impies. Mais voilà, il se fait vieux, Le Plouc. Et puis, à quoi bon pulvériser une vitrine ? En un clin d’œil elle sera remplacée par l’assurance du commerçant en nippes.

 

Alors, les souvenirs remontent au cœur comme un doux venin. Voilà M. Descombes père, avec son visage de chef indien, sa silhouette mince et sportive, son costume impeccable… Guide incomparable pour lecteurs adolescents à l’appétit livresque désordonné ; n’imposant jamais, suggérant toujours. Erudition et discrétion.

 

Comme la bande de galapiats à laquelle Le Plouc appartenait avait les yeux plus gros que le portemonnaie, elle est souvent tombée dans la tentation du vol de bouquins, subrepticement glissés sous l’épaisse parka, voire dans le capuchon de l’anorak. L’été, c’était plus difficile, forcément. Mais nous étions passés maîtres dans la fauche, au nez et à la barbe du libraire. Enfin, c’était ce que nous croyions jusqu’à ce que nous lisions l’interview de M. Descombes… La Tribune de Genève avait consacré une page d’enquête sur les vols dans les commerces. Interrogé, le libraire avait expliqué qu’effectivement, un certain nombre de ses clients lui barbotaient des bouquins mais que jamais il ne les dénoncerait, préférant voir des jeunes piquer des livres plutôt que des objets futiles. Dès cet instant, les galapiats n’avaient plus eu le cœur à subtiliser, ne serait-ce que le plus petit opuscule chez Descombes.

 

Riche en ouvrages surréalistes, la librairie possédait un joyau, une édition originale et de luxe de l’œuvre du poète Benjamin Péret, « Le gigot, sa vie, son œuvre » avec une eau-forte de Toyen. Le Plouc en était obsédé. Ce gigot-là le faisait saliver mieux que ne pourrait le faire le plus délectable des agneaux de prés-salés. Régulièrement, il demandait à M. Descombes de le lui présenter, ce que le libraire faisait sans rechigner. Mais, prudent, il se tenait juste à côté. C’est que le bouquin valait 300 francs ! Dans les années 60, cela représentait une somme. Surtout, pour des étudiants.

Un très beau jour, Le Plouc avait fait ses comptes, après avoir payé le loyer de sa chambre, ce qui lui donnait au moins un mois de répit. Il lui restait 305 frs. sur son salaire d’aide-déménageur. Fauché pour fauché, autant tout claquer. Le Plouc allait enfin enfoncer son esprit dans ce gigot bien saignant.  Le regard brillant, un sourire malicieux à peine esquissé, M. Descombes lui avait remis l’ouvrage avec une pointe de cérémonie dans le geste, comme s’il l’avait jugé enfin digne de recevoir ce précieux dépôt.

En sortant de la librairie, « Le gigot, sa vie, son œuvre » sous le bras  - ou plutôt sur les bras, étant donnée sa taille imposante –  Le Plouc s’était rendu chez Davidoff pour s’offrir un Havane avec la thune restante. Luxe suprême : feuilleter un livre rare en fumant un Davidoff dans un gourbi d’étudiant, alors que plus un sou ne garnit la boîte en fer blanc…  

 

Mais que faire de tous ces souvenirs ? Se lamenter sur le temps perdu à jamais ? Pleurnicher sur les méchancetés actuelles ? Se complaire dans le sirop amer de la nostalgie ? Vitupérer l’époque comme le fourreur dans le poème d’Aragon ? Ce serait baisser pavillon.

 

Décrétons plutôt la résistance de l’écrit. Les nouvelles technologies déversent des flots confus d’images qui confondent le crétin et le génial. Or, avec ce gloubiboulga, le crétinisme contamine le génial mais l’inverse, hélas, ne se vérifie pas. Seule l’écriture permet de décrypter l’image, d’en dénoncer les manipulations, d’en subvertir le caractère stupéfiant, de distinguer le subtil de l’épais. Témoignons de la force de l’écrit partout. Occupons tous les espaces, les virtuels, les réels. Inoculons la poésie dans ce grand corps mous de l’Internet. Nos voix se perdent-elles dans ce chaos frénétique ? Il en restera toujours quelque chose, une graine, un mot qui sera, peut-être, le germe d’un monde moins stupidement brutal.

 

 

Jean-Noël Cuénod


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La rentrée littéraire par Europe1fr

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13/06/2014

Du Front national au PS et l’UMP : la grande déglingue des partis français (Les Jeudis du Plouc)

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Le paysage politique français ressemble à un champ de ruines. De ruines ? Non, l’image est à jeter. Il y a de belles ruines, évocatrices et attachantes. Rien de tel en l’occurrence. Disons qu’il est semblable à un champ de détritus et n’en parlons plus. Enfin si, parlons-en. Car depuis la guerre d’Algérie, jamais la France n’a traversé une période aussi périlleuse.

 

Sa situation sociale bloquée et son économie en déclin accéléré sont encore aggravées par une caste politique d’une rare médiocrité et qui ne cesse de sombrer dans le ridicule. Vis-à-vis de ses voisins, la France décroche, même par rapport à l’Italie. Après avoir chaussé le clown Berlusconi, la Botte a sombré au fond du gouffre. Elle est en train d’en sortir grâce aux réformes que Matteo Renzi a su faire accepter à son peuple, en damant le pion aux partis démagogistes. A ce rythme, le fameux couple franco-allemand sera remplacé par le couple italo-allemand.

 

Le Parti socialiste au pouvoir est incapable d’expliquer aux citoyens les réformes qu’il envisage d’appliquer, réformes qui se transforment vite en demi-mesure, voire en chiffon de papier dans une poubelle. Son président n’est pas seulement impopulaire, il est méprisé, même par une grande partie de ses électeurs.

Les petites combinaisons de François Hollande qui ont fait merveille durant son règne de patron du PS ne lui servent à rien lorsqu’il s’agit de négocier les intérêts de son pays auprès des instances européennes. Hollande s’y est d’ailleurs fait rouler dans la farine par Angela Merkel qui a réussi à prendre le commandement de l’Union en imposant sa politique d’austérité qui sert les intérêts de l’Allemagne. Hollande suit donc la même politique d’abdication face à Berlin que celle qu’avait suivie de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Or, le socialiste a été élu pour, justement, en faire une autre.

 

Le principal parti d’opposition, l’UMP, réussit l’exploit de tomber encore plus bas que le PS au pouvoir. On ne compte plus le nombre d’affaires politico-financières qui accablent plusieurs de ses dirigeants, à commencer par Sarkozy qui veut, malgré tout, reprendre du service pour 2017. La casserole la plus récente – le dossier Bygmalion ­– déborde de fausses factures qui ont asséché les comptes de l’UMP, alors que les militants de base avaient dû cracher au bassinet pour renflouer les caisses de leur parti à la suite d’un Sarkothon resté dans toutes les mémoires. Et voilà que certains protagonistes murmurent qu’ils se pourraient bien que l’argent détourné ait servi à la campagne présidentielle de Sarkozy en 2012. Pour un parti qui veut gérer la France, voilà qui fait vraiment très sérieux !

 

Le Front national se montre tout aussi lamentable. Grand vainqueur des élections européennes, le FN offre l’hilarant spectacle d’une polémique familiale opposant publiquement les Le Pen père et fille, à propos de la « sortie » antisémite du paternel frontiste contre le chanteur Patrick Bruel. Mais ce n’est pas tout. Selon Mediapart, le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire afin de connaître l’origine d’un enrichissement personnel de Jean-Marie Le Pen, enrichissement évalué à 1,1 million d’euros entre 2004 et 2009.

 

Les trois principaux partis français perdent chaque jour de leur crédibilité. Les autres (centristes divers, Front de gauche, Verts) ne se montrent pas plus convaincants. Les Français sont désormais persuadés qu’avec de pareils bourrins son attelage ne sortira pas de l’ornière. Et c’est ce qui les angoisse. Par qui les remplacer ? En fait, c’est tout le système de la Ve République qui est mort et dont le cadavre ne cesse d’empuantir l’Hexagone. Deux tribus néfastes encombrent les allées du pouvoir. La plus ancienne, l’Enarchie, continue à pondre des textes de lois abscons, tarabiscotés, totalement déconnectés de la réalité, inapplicables et incompréhensibles. La plus jeune, la Comm’, multiplie les «éléments de langage» à l’intention des politiciens, ce qui consiste à diffuser un sabir tellement prévisible et formaté qu’il en devient comique.

Au sommet, trône un roi élu, revêtu de tous les pouvoirs symboliques mais ne pouvant plus guère en exercer. Car, le pouvoir politique ne s’active plus dans le pré carré national mais au sein des instances mondialisées. On peut s’en lamenter et grossir le chœur des pleureuses, la globalisation est un fait particulièrement têtu qui a transformé le Roi républicain en un bouffon qui agite ses grelots en croyant encore brandir un sceptre.

 

Mais pour élire ce Roi impotent dans son omnipotence de papier, il en faut de la galette! Les campagnes électorales deviennent des spectacles avec effets spéciaux (et spécieux) gigantesques et onéreux. D’où le recours à la gymnastique comptable dans le meilleur des cas et aux magouilles crapuleuses dans le pire.

 

Ce système n’est plus réformable et pour que la France se ressaisisse, il lui faudra passer par un changement radical et profond de ses structures. Seul son peuple, trouvant en lui des forces nouvelles, peut mener cette transformation. Ce pays s’est toujours réformé dans la douleur et parfois le drame. Espérons qu’il affrontera la douleur en évitant le drame.

 

Jean-Noël Cuénod


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ANALYSE D'UN JOURNALISTE POLITIQUE SUR L'UMP


Jeudy Politique : Fillon/Juppé 1 – Sarkozy 0 par lejdd

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10/06/2014

Marine Le Pen contre son père... Fausse querelle?

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 Gratinés, les repas de famille chez les Le Pen! Ce samedimanche, le père, la fille et le gendre (pas de Saint-Esprit à l’horizon) se sont lancés dans de sévères invectives intrafamiliales par médias interposés. A l’origine, une vidéo diffusée par le site du Front national au cours de laquelle Jean-Marie Le Pen se moque des chanteurs qui ont proclamé leur déception après la victoire frontiste aux Européennes.

Vient le tour de Patrick Bruel: «Oh, ça ne m’étonne pas… On fera une fournée la prochaine fois !»  Parler de fournée, à propos d’un chanteur de religion juive, nous ramène au Front national des origines et de son antisémitisme fondamental.

Ce faisant, le père semble saboter tout le travail de dédiabolisation entrepris par Marine Le Pen et son entourage, au grand dam du député Bleu Marine Gilbert Collard et de Florian Philipot, numéro 2 du FN.

Le compagnon de Marine Le Pen (qui est aussi vice-président du FN) Louis Aliot s’est lâché devant les micros à propos de la déclaration de beau-papa: «C’est stupide politiquement et consternant». Sentant sa moutarde lui monter au nez, le père Le Pen a ensuite traité son gendre et les amis de ce dernier d’ «imbéciles» pour avoir mal interprété ses propos qui sont pourtant d’une couleur brune tout à fait voyante. 

 

C’est alors que Marine Le Pen en a rajouté une louche: «Je suis convaincue que le sens donné à ses propos relève d’une interprétation malveillante. Il n’en demeure pas moins qu’avec sa très longue expérience, ne pas avoir anticipé l’interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique.»

 De plus, cette «sortie» paternelle intervient peu après une autre où le «président d’horreur» du FN invoque «Monseigneur Ebola» pour éradiquer l’«immigration massive» due à l’«explosion démographique».    

 

Bien entendu, il ne s’agit pas de dérapages, contrairement à ce que les médias radios-TV ânonnent façon mantra. Jamais le père Le Pen ne dérape. Il faut lui laisser au moins cette qualité, il est l’un des rares politiciens français qui usent de notre langue à la perfection; Le Pen dispose d’un large registre d’expressions qu’il utilise chaque fois avec précision. Dès lors, que cherche-t-il? Subirait-il les vicissitudes du grand âge – 86 ans aux cerises? Il n’y paraît guère à le voir aussi prompt à la réplique.    

 

Tentons deux explications.

 

Version divergence réelle. Jean-Marie Le Pen – furieux de se voir dépossédé de «son» parti – mine la politique actuelle de sa fille qu’il juge coupable de vouloir émasculer le Front national en n’utilisant plus la rhétorique néofasciste paternelle.  Déjà que les fils tuent les pères à l’instigation de Freud (encore un Juif, ils sont partout !), si les filles s’y mettent, c’est la fin des haricots patriarcaux.

Version divergence bidon. Le père et la fille miment leurs désaccords en utilisant la classique tactique, en l’honneur chez les vieux flics, du «bon» et du «méchant». D’un côté, Marine Le Pen fait des risettes à l’électorat de la droite modérée mais aussi aux ouvriers et aux laissés-pour-compte du social-hollandisme. Elle élargit ainsi de façon notable l’audience du FN. De l’autre, Jean-Marie Le Pen rassérène le noyau dur des frontistes par ses déclarations racistes et antisémites. Et de cette façon, il conserve au sein du Front national, ces militants très actifs qui pourraient être tentés de rejoindre d’autres mouvements encore plus extrémistes.

 

Quelle que soit l’explication, c’est le noyau dur du FN qui est en cause. Soit, Marine Le Pen veut le réduire à son minimum, en multipliant les gestes symboliques contre son père. Soit, elle veut conserver ce précieux héritage militant en laissant son père batifoler dans la forêt brune.

«Marinistes» contre «gollnischiens» au congrès de Tours du FN  

 

Lors du Congrès FN à Tours en janvier 2011, deux camps bien distincts se font face. Il s’agit de procéder à l’acte final de l’élection interne qui paraphe la victoire de Marine Le Pen contre son rival Bruno Gollnisch. Les «marinistes» se présentent comme des Français moyens, aux idées tout aussi moyennes. Dès que Marine parle de «justice sociale» sur le mode gauchisant et de «République» sur le mode gaulliste, ces garçons et filles applaudissent à tout rompre, dans un joyeux désordre, quitte à huer Gollnisch. En face, les «gollnischiens», nettement plus machos, sont groupés au cordeau. De l’ordre, de la discipline. Pas de huées contre la fille du Chef, seulement un silence glacial lorsqu’elle discourt sur les mérites de la République.

 Leur patron Gollnisch fait un discours totalement opposé à Marine Le Pen et reprend tous les vieux mythes du fascisme français. Il met du baume sur la nuque rasée de ses troupes en évoquant, avec des trémolos, l’émeute antirépublicaine du 6 février 1936. Pour les «gollnischiens», cette République célébrée par Marine Le Pen n’est que la «Gueuse», pour reprendre l’expression de leurs grands-parents, lecteurs de feu L’Action Française. 

 

Les «gollnischiens» sont nettement moins nombreux que les «marinistes». Mais contrairement à ces derniers, ils sont bien organisés et disposent d’un corpus idéologique cohérent. Ce sont de tels éléments qui constituent la colonne vertébrale de tous les partis extrémistes; ils sont les garants de leur pérennité. Il est donc difficile de s’en passer, même s’ils sont encombrants. Les «marinistes», eux, sont idéologiquement flottants et se montrent plus enclins à butiner ici ou là au gré des modes politiques. Il est difficile de pétrir des militants avec cette pâte un peu molle. A la première bourrasque, ils peuvent quitter le navire.

Pour filer la métaphore fromagère, les «gollnischiens» représentent le ferment lactique du Front national.

 

C’est pourquoi Le Plouc penche en faveur de la version «divergence mimée» entre le père et la fille. Certes, il peut se tromper car personne ne se promène dans la tête des Le Pen. Mais de toute évidence, le noyau «gollnischien» constitue un enjeu important dans la vie interne du FN, même si Bruno Gollnisch n’est plus qu’une relique d’Ancien Régime.

 

DERNIERE MINUTE

 

 

 

Les événements se précipitent au Front national. Lundi après-midi, l’avocat du parti, Wallerand de Saint-Just, annonce que le blogue de Jean-Marie Le Pen – dans lequel le vieux chef avait déblatéré sur Patrick Bruel et sa «fournée» ­– ne sera plus hébergé par le site du FN. Explication avancée: Marine Le Pen, responsable du site frontiste, en avait marre d’essuyer les plaintes provoquées par les propos paternels. Dès lors, ce serait plutôt la thèse de la divergence réelle qui prendrait de la consistance. Que fera le noyau dur des frontistes ? 


 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

La première vidéo montre Jean-Marie Le Pen prononçant sa formule contre Patrick Bruel ; la seconde met en scène les JAG (Jeunes avec Gollnisch), le noyau «gollnischien» du FN.


Le Pen attaque Bedos, Madonna, Noah et Bruel... par LeLab_E1



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