24/11/2014

Le Plouc cause dans le poste: Jean-Luc Mélenchon à "Tous Politiques" sur France-Inter

Jean-Luc Mélenchon, s'il a quitté officiellement la tête du Parti de Gauche pour s'investir dans le Mouvement pour la VIe République, a visiblement repris du poil de la bête (politique) après son coup de blues de l'été dernier où il déclarait vouloir se reposer "et bayer aux corneilles". A l'évidence, cette période de repos et de replis est terminée. Jugez-en par la vidéo de l'émission "Tous Politiques" sur France Inter de dimanche dernier. Elle est dirigée par Marc Fauvelle, avec Thierry Borsa directeur de la rédaction du Parisien et votre serviteur, Jean-Noël Cuénod.


J-L Mélenchon : "L'Europe va peut-être mourir... par franceinter

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22/11/2014

OBJECTIF

 

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Nous avons crevé nos yeux

Pourquoi chercher la lumière ?

 

                                                  Somnambules déambulant

                              Dans les étroits couloirs du temps

                              Nous nous racontons des histoires

                              Pour nous donner du  cœur au ventre

                              Comme l’enfant dans la forêt

                              Qui siffle pour chasser sa peur

                              Et nous roulons des mécaniques

                              Alors que nous vivons en panne

 

Il faut retrouver nos yeux

Pour regarder la mort en face

Et surprendre sa nudité


Jean-Noël Cuénod

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20/11/2014

La France arrive au fond de l’impasse

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Il ne s’agit que d’une mesure technique, certes. Mais elle va conduire la France au fond de l’impasse où elle se trouve déjà bien engagée. Dans son budget 2015, le gouvernement Valls-Hollande veut réduire de 3,7 milliards d’euros les dotations que l’Etat alloue aux collectivités territoriales (régions, départements, groupements de communes, communes). La plus importante d’entre elles – la dotation globale de fonctionnement (DGF) – s’élève cette année à 40,1 milliards d’euros. Les coups de rabot se poursuivront jusqu’en 2017 pour atteindre 11 milliards, voire plus, au détriment de ces collectivités.

Dans le même temps, l’Etat transfert de plus en plus de charges vers les entités régionales ou locales. Les dépenses de ces dernières augmentent donc et leurs recettes diminuent, du fait de la baisse de ces dotations.

 

En France, les collectivités territoriales s’abreuvent principalement à trois sources pour se financer: les dotations de l’Etat, l’emprunt et la fiscalité locale (taxes foncières, taxes d’habitation, etc.). Les premières, nous venons de le voir, vont diminuer d’au moins 11 milliards en trois ans. L’emprunt est fortement encadré, nombre de collectivités ayant été bernées par des emprunts dits «toxiques» ; cette solution à court terme n’est plus de saison.

Il reste la fiscalité locale. Or, celle-ci ne cesse d’augmenter chaque année dans la plupart des régions. Et les communes, les départements, les régions ne peuvent pas solliciter le portemonnaie de leurs administrés ad vitam aeternam.

Le gouvernement évoque même une nouvelle taxe supplémentaire pour les résidences secondaires, dans les régions où le marché immobilier est tendu. Le caractère fumeux de cette nouvelle ponction laisse présager le pire et aura notamment pour effet de convaincre les propriétaires étrangers de quitter la France.

 

Les entités régionales et locales – celles qui font vivre la France au quotidien – sont donc coincées. De quel côté qu’elles se tournent, c’est un mur qui leur fait face. Etre maire français tenait de l’apostolat ; aujourd’hui, cet engagement relève du masochisme.

 

Ces collectivités seront ainsi contraintes de diminuer leurs investissements. Conséquence: nombre d’artisans qui ont besoin de ces commandes tomberont en faillite ; des petites et moyennes entreprises, notamment dans le bâtiment, licencieront ou déposeront leur bilan. Il en résultera l’accélération de cette spirale infernale : moins d’investissements, plus de faillites, plus de chômeurs, moins de ressources fiscales. Et ainsi de suite.

 

Cette diminution de la dotation de l’Etat déstabilisera donc encore plus la société française, avec tous les risques de violences sociales que cela comporte.

 

Alors que faire, comme disait l’autre? Cette situation démontre que c’est toute l’organisation du pouvoir d’Etat qui est à revoir, de A à Z. Mais le temps presse. La France n’a plus le loisir d’attendre qu’une VIe République s’installe.

La solution d’urgence serait d’abandonner cette politique d’austérité hypocrite qui ne veut pas dire son nom. Elle est en train de ruiner la France sans satisfaire pour autant aux exigences de Berlin, le véritable maître de l’Union européenne, qui réclame encore plus de coupes budgétaires. Le gouvernement Valls-Hollande perd ainsi sur les deux tableaux.

Certes, si le gouvernement abandonne sa politique de rigueur, la dette publique va encore augmenter, ou en tout cas, elle ne diminuera pas. Or, elle est déjà pesante. Mais entre deux urgences, il faut choisir la plus ardente. La dette attendra. Les Français n’attendront plus encore longtemps.

 

Jean-Noël Cuénod 

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18/11/2014

L’antisémitisme prospère à l’ombre des réseaux sociaux

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Le Plouc continue sa plongée dans les eaux boueuses de l’antisémitisme et du racisme[1], en résumant un autre chapitre des enquêtes menées par la Fondapol   – Fondation pour l’innovation politique  – et l’IFOP. Notre précédent texte avait évoqué trois des quatre foyers où l’antisémitisme est plus présent que dans la population française prise dans son ensemble, à savoir l’électorat de Marine Le Pen, les Français musulmans et dans une moindre mesure, les proches du Front de Gauche.

 

 Nous avions alors constaté qu’en dix ans, bien des choses avaient évolué. Ou plutôt involué. En 2004, le rapport établi sur la même problématique par l’écrivain et diplomate Jean-Christophe Rufin avait relevé l’apparition de l’antisémitisme au sein des musulmans de France, ce qui est confirmé en 2014 par les travaux de la Fondapol et de l’IFOP.

En revanche, le rapport Rufin avait conclu à la quasi disparition de l’antisémitisme d’extrême droite. Les enquêtes Fondapol-IFOP démontre l’exact contraire. L’antisémitisme et le racisme sont plus présents que jamais, tant parmi les proches du Front national qu’au sein de l’électorat de Marine Le Pen. C’est pourquoi Le Plouc avait mis l’accent sur cet aspect relativement nouveau… Du moins, nouveau pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un meeting frontiste et qui n’ont donc pas pu dresser ce constat: les propos des militants du FN ont une coloration nettement plus brune que ceux scandés au micro par leur blonde patronne.

 

Le Plouc aborde aujourd’hui le quatrième foyer d’incandescence antisémite et raciste, allumé sur le ouèbe par trois torches : les réseaux sociaux, les forums de discussion et les sites de partage de vidéos. Ces derniers sont les plus virulents.

 

  • A l’affirmation «les Juifs utilisent aujourd’hui dans leur propre intérêt leur statut de victimes du génocide nazi», 35% de la population française en général répondent positivement. Cette affirmation est soutenue par 67%  des utilisateurs des sites de partage de vidéos, 51% des participants aux forums de discussion et 46% des adeptes de réseaux sociaux.

 

  • L’affirmation «les Juifs ont trop de pouvoirs dans le domaine de l’économie et des finances» est acceptée par 25% de la population en général, 42% des utilisateurs des sites de partage de vidéos, 28% des participants aux forums de discussion et 35% des adeptes de réseaux sociaux.

 

  • L’affirmation «les Juifs ont trop de pouvoirs dans le domaine des médias» est soutenue par 22% de la population en général, 59% des utilisateurs des sites de partage de vidéos, 31% des participants aux forums de discussion et 37% des adeptes de réseaux sociaux.

 

  • L’affirmation «les juifs ont trop de pouvoirs dans le domaine de la politique» est partagée par 19% de la population française en général, 47% des utilisateurs des sites de partage de vidéos, 27% des participants aux forums de discussion ainsi que des adeptes de réseaux sociaux.

 

  • L’affirmation «les Juifs sont responsables de la crise économique» ne rencontre que 6% d’approbation au sein de la population en général, mais ce taux est doublé – 12% – par les utilisateurs des sites de partage de vidéos (7% des participants aux forums de discussion et 9% des adeptes de réseaux sociaux).

 

 

Les enquêtes Fondapol-IFOP se sont penchées sur les réactions des internautes après l’interdiction du spectacle monté par l’humoTriste Dieudonné. Là aussi, le résultat est édifiant. 

Si 21% de la population française en général attribue cette interdiction à l’influence de la communauté juive, ce taux grimpe à 58% auprès des utilisateurs des sites de partage vidéo, à 36%, des participants aux forums de discussion et à 31%, des adeptes des réseaux sociaux.

 

Enfin, 50% des utilisateurs des sites de partage de vidéos estiment que l’ «on parle trop de la Shoah et de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale». Opinion partagée par 38% des participants aux forums de discussion et 30% des adeptes de réseaux sociaux. A titre de comparaison, seuls 23% de la population générale la soutiennent. Ce qui est déjà trop, d’ailleurs. Mais ce taux de 50% chez les internautes vidéophiles est consternant.

 

Le coupable serait-il l’internet en général? Non, car les lecteurs des journaux numériques (ou sites d’information) sur le Ouèbe réagissent de la même manière que le reste de la population et l’on ne relève pas de virulence antisémite ou raciste particulière de leur part. On la constate auprès de ces trois catégories d’internautes que nous avons citées.

Pourquoi? L’une des raisons est que l’on peut s’y exprimer de façon anonyme sans craindre le gendarme ou la réprobation des proches. Il en résulte une plus forte concentration d’antisémites et de racistes qu’ailleurs. Chacun peut dire les monstruosités les plus gluantes sans que cela n’entame la bonne réputation du courageux anonyme.

Dans ce conglomérat brunâtre, les utilisateurs des sites de partage de vidéos se distinguent tout particulièrement. Cela n’est guère étonnant car l’image fascine et a pour avantage de réclamer moins d’effort cérébral que d’écrire ne serait-ce que quelques lignes sans orthographe. Comme la réflexion ne constitue pas le point fort de ces individus, le copier-coller du code d’intégration d’un spectacle de Dieudonné ou la diffusion d’une vidéo bien sanglante font parfaitement l’affaire. La guerre à Gaza cet été a été l’occasion d’envois massifs d’images de ce genre. Evidemment, dans la plupart des cas, il est impossible de les authentifier. Mais dans ces milieux qui se soucie de vérité, de vérification, d’authenticité?

 

Contrairement aux sites d’information, les réseaux sociaux ouvrent aux racistes et aux antisémites du Ouèbe de larges boulevards à leurs mensonges. Ils y roulent à tombeaux ouverts.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO




[1] A ce propos, citons Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol : «le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme sont des opinions liées entre elles, qui se génèrent et se renforcent mutuellement». 

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14/11/2014

L’antisémitisme prospère à l’ombre de Marine Le Pen

 

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«L’antisémitisme dans l’opinion publique française», tel est le thème de deux enquêtes d’opinion réalisées par l’IFOP, commandées et analysées par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), un laboratoire d’idées d’orientation libérale. Il a été présenté ce matin à Paris. Ce remarquable travail est d’une importance cruciale au moment où la France est devenu le premier pays d’émigration vers Israël (article du Figaro consultable ici).

 

Dans l’ensemble, l’antisémitisme et le racisme ne sont virulents que dans quatre groupes humains relativement limités, par rapport à l’ensemble de la population. Mais plusieurs de ces groupes humains sont en expansion. Il s’agit, en premier lieu, des électeurs d’extrême droite et de Marine Le Pen, des Français d’origine musulmane en deuxième place, des proches du Front de Gauche et de Jean-Luc Mélenchon en troisième rang et, enfin, des internautes actifs sur les réseaux sociaux, surtout ceux destinés au partage des vidéos.

 

 

En 2004, le médecin, écrivain et  diplomate Jean-Christophe Rufin a déposé sur le bureau du premier ministre Dominique de Villepin son «Rapport sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme en France». Il avait alors noté que l’antisémitisme tendait à disparaître au sein de l’extrême-droite et qu’il augmentait, sous de nouvelles formes, au sein de la jeunesse issue de l’immigration, notamment d’origine musulmane.

 

Qu’en est-il dix ans après ? Pour Dominique Reynié, directeur général de Fondapol et professeur à Sciences Po, si la seconde partie – hausse de l’antisémitisme au sein des jeunes musulmans – de l’analyse de Rufin s’est vérifiée, en revanche, il n’en va pas du temps de même concernant l’extrême droite. Loin de tendre à disparaître, les opinions antisémites et racistes prospèrent vigoureusement à l’ombre de Marine Le Pen et du Front national. 

 

Selon l’enquête IFOP-Fondapol, de tous les partis politiques et des mondes qu’ils fédèrent autour d’eux, les proches du Front national et les électeurs de Marine Le Pen constituent l’univers politique et partisan où l’on trouve – et de très loin – le plus d’opinions antisémites et xénophobes. Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti (Jean-Marie Le Pen) qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente (Marine Le Pen) s’efforce de mettre en scène.

 

L’un des groupes de questions posées était ainsi libellé : êtes-vous d’accord avec les affirmations suivantes ?

 

1. Les Juifs utilisent aujourd’hui dans leur propre intérêt leur statut de victimes du génocide nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sont d’accord avec cette affirmation : 35% de l’ensemble des personnes interrogées, 62% des proches du Front national et 56% des électeurs de Marine Le Pen (élection de de 2012).

2. Les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de l’économie et de la finance.

Sont d’accord avec cette affirmation : 25% de l’ensemble des personnes interrogées, 50% des proches du Front national et 46% des électeurs de Marine Le Pen.

 

 3. Les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine des médias.

Sont d’accord avec cette affirmation : 22% de l’ensemble des personnes interrogées, 51% des proches du Front national et 48% des électeurs de Marine Le Pen

 

4. Les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine politique.

Sont d’accord avec cette affirmation : 19% de l’ensemble des personnes interrogées, 41% des proches du Front national et 39% des électeurs de Marine Le Pen

 

5. Les Juifs sont responsables de la crise économique actuelle.

Sont d’accord avec cette affirmation : 6% de l’ensemble des personnes interrogées, 13% des proches du Front national et 14% des électeurs de Marine Le Pen.

 

6. Il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale.

Sont d’accord avec cette affirmation : 16% de l’ensemble des personnes interrogées, 37% des proches du Front national et 38% des électeurs de Marine Le Pen.

 

Ces six affirmations ont été présentées à des Français d’origine musulmane ainsi qu’à des proches du Front de Gauche et des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Voici les résultats.

Affirmation 1 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 67%, les proches du Front de Gauche, à 51% et les électeurs de Mélenchon, à 39%  (moyenne nationale : 35%).

 

Affirmation 2 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 61%, les proches du Front de Gauche, à 33% et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon à 29% (moyenne nationale : 25%).

 

Affirmation 3 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 56%, les proches du Front de Gauche, à 28% et les électeurs de Mélenchon, à 23% (moyenne nationale : 22%).

 

Affirmation 4 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 51%, les proches du Front de Gauche, à 27% et les électeurs de Mélenchon, à 24% (moyenne nationale : 19%).

 

Affirmation 5 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 13%, les proches du Front de Gauche, à 19% et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, à 11% (moyenne nationale : 6%).

 

Affirmation 6 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 46%, les proches du Front de Gauche, à 17% et les électeurs de Mélenchon, à 18%.

 

Concernant les musulmans, les enquêtes IFOP-Fondapol démontrent que plus l’implication dans la religion est grande, plus les préjugés antisémites sont présents.

A propos du Front national, on ne remarque guère de différence dans leurs réponses entre les membres de ce parti et les électeurs de Marine Le Pen, contrairement à ce que l’on relève chez les militants du Front de Gauche et les électeurs de Mélenchon dont les réponses sont plus contrastées.

 

La virulence des préjugés antisémites et racistes est nettement plus élevée au sein du Front national et des électeurs de Marine Le Pen que de l’autre côté du rivage politique On peut le constater, entre autres, avec leurs réactions respectives à ces deux affirmations :

 

I. Un Français juif est aussi Français qu’un autre Français. 61% des proches du Front national acceptent cette formulation ; ce taux grimpe à 85% pour ceux du Front de Gauche (moyenne nationale : 84%)

 

II. Un Français musulman est aussi Français qu’un autre Français. Seuls 23% des proches du Front national partagent cette opinion alors qu’elle est professée par 84% des proches du Front de Gauche (moyenne nationale : 65%).

 

La principale leçon à tirer de cet aspect-là des deux enquêtes de Fondapol est que le Front national n’a pas changé, malgré les discours plus ou moins lénifiants de Marine Le Pen. Il reste un parti fondamentalement raciste et antisémite. La «dédiabolisation» entreprise par la patronne du FN est une réussite sur le plan médiatique mais elle ne traduit nullement un changement idéologique au sein de ce parti qui, jamais, ne sera comme les autres, contrairement à ce qu’un nombre croissant de médias veut nous faire croire.

 

Marine Le Pen a beau jeu de faire semblant de s’opposer aux propos antisémites et racistes de son père; la dirigeante frontiste sait fort bien qu’elle ne perdra pas l’électorat sensible aux thèses xénophobes puisque son père, justement, alimente ponctuellement la chaudière détestataire. Lorsqu’elle met la pédale douce sur le racisme, ce n’est que pour charmer les oreilles médiatiques afin d’apparaître dans tous les grands rendez-vous radiotélévisés. Et ça marche !

 

Nous verrons prochainement,  d’autres aspect des ces passionnantes recherches. Voici le texte intégral du rapport Fondapol.

 

Jean-Noël Cuénod

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13/11/2014

Le rapport sur la laïcité est à votre disposition

Le Plouc a été désigné président du Groupe de travail sur la laïcité qui a été chargé par le Conseil d'Etat de rédiger un rapport afin d’étudier la portée de l’article 3 alinéa 3 de la Constitution de la République et canton de Genève, en abordant notamment les questions suivantes :

-  comment définir la notion de « communautés religieuses » dans un cadre républicain ;

-  quels types de relations peuvent être envisagées, considérant les alinéas 1 et 3 du même article ;

-quelles doivent être les autorités chargées d’entretenir des relations avec ces communautés religieuses.

En revanche, le domaine scolaire ainsi que celui des cimetières sont exclus de son champ d’investigation.

Rappelons la teneur de l'article 3 de la nouvelle Constitution genevoise

1.  L’Etat est laïque. Il observe une neutralité religieuse

2.  Il ne salarie ni ne subventionne aucune activité cultuelle.

3.  Les autorités entretiennent des relations avec les communautés religieuses.

Ci-dessous, figure le résumé des propositions; toutefois, nous attirons l’attention sur la nécessité de ne pas se contenter de ces quelques grandes lignes et de lire l’ensemble de ce rapport, tant les notions liées à la laïcité se révèlent complexes et délicates à maîtriser.

Ce rapport est désormais public. Le Conseil d'Etat lance une procédure de consultation qui durera deux mois. Il prendra ses décisions sur la base des opinions ainsi récoltées.

Voici l'intégralité du rapport 

Définition du terme de « communauté religieuse » avec laquelle l'Etat peut entretenir des relations.

Au sens de l'alinéa 3, article 3, de la Constitution genevoise, une communauté religieuse est une association ou une fondation qui se revendique comme telle; réunie par la pratique commune et consciente d'un ensemble de paroles et de rites faisant référence à un ou des agents transcendants ou surnaturels; elle est essentiellement à but cultuel et ne poursuit pas de but lucratif.

Elle respecte le droit de chaque individu de croire ou de ne pas croire, ainsi que l'existence des autres communautés religieuses; elle reconnaît et respecte le droit fédéral et le droit cantonal.

Elle fait état d'une présence significative et active au sein du tissu social genevois.

 

Quelles sont les autorités habilitées à entretenir des relations avec les communautés religieuses ?

Les relations avec les communautés religieuses sont avant tout le fait du Conseil d’Etat ainsi que des services qui agissent sur sa délégation. Lorsque les autorités municipales – dans les domaines relevant de la compétence communale –entreprennent des rapports avec les communautés religieuses, elles conforment leurs décisions à la politique suivie par l’exécutif cantonal en matière de laïcité.

 

A propos de la contribution ecclésiastique perçue actuellement pour le compte des seules Eglises reconnues publiques (Eglise protestante, Eglise catholique romaine et Eglise catholique chrétienne).

Le Groupe de travail sur la laïcité propose l’élargissement de la perception de l’actuelle contribution ecclésiastique aux autres communautés religieuses répondant à la définition qu’il a élaborée. La contribution ecclésiastique volontaire deviendrait ainsi la contribution religieuse volontaire selon des conditions définies au chapitre 3 du présent rapport.

 

 

Les communautés religieuses dans l’espace public.

Afin de garantir la liberté d’expression religieuse prévue par la Convention européenne des droits de l’Homme, la Constitution fédérale, la Constitution cantonale genevoise, mais aussi afin de préserver l’ordre public et la paix religieuse, le rapport préconise divers changements dans les textes suivants : Loi sur le culte extérieur, Loi sur le domaine public, Règlement régissant l’utilisation du domaine public et Loi sur les procédés de réclame ainsi que son Règlement.

En matière de prosélytisme, le rapport suggère des réponses et trace certaines pistes juridiques pour traiter de cet aspect.

 

Le port du voile intégral (burqa, niqab) dans l’espace public

Concernant le port du voile intégral, sous forme de burqa ou de niqab, c’est-à-dire d’une pièce de vêtement masquant entièrement le visage, le GTL préférerait que l'on ne soit pas amené à légiférer, les débats sur ces questions pouvant causer plus de dommages à la paix confessionnelle que les menaces que l'on prétend écarter en légiférant.

Toutefois, constatant les précédents dans d'autres pays et cantons et le risque qu'un tel débat soit lancé à Genève, le GTL retient les principes suivants :

 

-  présenter un visage masqué sur la voie publique heurte les coutumes genevoises, porte atteinte aux liens sociaux les plus essentiels ainsi qu’au respect dû à son interlocuteur ;

 

-le fait de dissimuler son visage peut aussi entraîner un risque quant à la sécurité publique ; les principes liés à la visibilité du visage dans la sphère publique et de la justification de l'identité doivent donc être respectés selon les règles juridiques et les coutumes locales genevoises;

 

cependant une tolérance dans l’application de ces principes doit bénéficier aux gens de passage (notamment, les touristes, les membres du corps diplomatique et consulaire) qui, ne participant pas à la cohésion sociale locale, ne sont pas concernés par ces dispositions ;

 

si l’usage du voile intégral devait sortir du cercle restreint de quelques hôtes de passage et si cet usage menaçait la liberté individuelle ou l’ordre public ou la paix confessionnelle, les autorités du canton de Genève pourraient en interdire le port dans l’espace public ;

 

si une telle interdiction devait être prononcée, le GTL souhaite qu’elle soit effectivement appliquée afin d’éviter la situation constatée dans certains pays voisins qui ont inscrit l’interdiction du voile intégral dans leurs textes mais qui n’ont pas la volonté de l’appliquer dans les faits ; il s’ensuit une dévalorisation de la loi qui porte un grave préjudice à l’ordre public et lèse le sentiment de justice ;

 

dès lors, l’applicabilité d’une telle interdiction doit être envisagée avant même de prendre cette mesure. Si les autorités ne sont pas certaines de pouvoir la traduire

 

 

dans les faits, il vaut mieux qu’elles s’abstiennent. Mais si les autorités estiment qu’elles peuvent le faire, alors elles doivent avoir la volonté et les moyens d’appliquer cette interdiction.

 

Quant au port d’autres signes religieux sur la voie publique – sous forme de foulard ne couvrant que les cheveux, de pendentif en forme de croix, de kippa, entre autres – le GTL est d’avis qu’il n’est pas nécessaire de prendre des dispositions spécifiques, dans la mesure où ni l’ordre public ni la paix religieuse ne sont troublés. Sont toutefois réservées, les dispositions concernant les agents de l’Etat.

 

Port des signes religieux par des membres du personnel de l’Etat.

L’Etat est laïque et observe une neutralité religieuse. Les collaborateurs de l'Etat et des établissements publics en contact avec le public ne doivent donc afficher leur appartenance religieuse ni par un signe ni par leurs propos, dans le cadre de leurs fonctions.

 

Edifices et bâtiments religieux.

Dans l’état actuel des dispositions législatives, les communautés religieuses ne peuvent pas louer, vendre ou aliéner les édifices ou bâtiments qu’elles possédaient depuis la Loi de 1907 supprimant le budget des cultes (dite "loi sur la séparation"). Or les communautés religieuses concernées éprouvent parfois de la peine à financer l’entretien ou la rénovation de tous leurs édifices. Pour pallier cet inconvénient, le GTL propose la rédaction d’un projet de loi autorisant l’aliénation ou le changement d’affectation de ces biens, à la condition que le produit de cette aliénation ou changement d’affectation soit dévolu au financement de buts cultuels ou à la rénovation d’autres lieux de culte.

Cette proposition de loi devrait prévoir un droit de préemption pour l’Etat et les communes sur ces biens.

 

Les rapports entre les aumôneries et l’Etat laïque.

Des aumôneries sont présentes dans les institutions ou établissement au sein desquels des personnes peuvent être retenues pendant plusieurs jours pour des motifs de maladie, d’exécution de peine, de rétention, etc. Il s’agit des établissements suivants dépendant de l’Etat de Genève: Hôpitaux universitaires genevois (HUG), Etablissements médico-sociaux (EMS), Aéroport international de Genève (AIG), établissements relevant de l’Office cantonal de la détention (OCD).

Le Groupe de travail suggère trois principes de base pour fonder les relations entre aumôneries et Etat : prise en compte du rôle social des aumôneries ; conformité aux principes de la laïcité et respect de l’égalité de traitement entre les communautés religieuses.

Sur la base de ces principes, le Groupe de travail sur la laïcité émet les suggestions suivantes :

informations et sensibilisation du personnel concerné aux questions relatives à la religion, à la spiritualité et à la laïcité ;

conventions (ou documents analogues) entre les aumôneries et l’Etat (ou les établissements qui en dépendent) afin de spécifier les engagements réciproques des parties ;

respect de l’égalité de traitement entre les communautés religieuses ;

formation commune destinée aux aumôniers (ou accompagnants assimilés). Le détail sur ces divers points figure au chapitre 7.

 

A propos de la Faculté autonome de théologie protestante.

La Fondation responsable de cette Faculté reçoit une subvention de l’Etat correspondant à 75% de ses dépenses. Le Groupe de travail sur la laïcité propose de maintenir cette allocation dans la mesure où la Faculté autonome de théologie protestante (FATP) est un héritage de l’Académie de Genève fondée en 1559 par Jean Calvin et Théodore de Bèze.

Dès lors, la FATP n’est pas seulement une faculté de théologie protestante, elle est aussi le témoin de l’histoire de Genève.

Toutefois, le Groupe de travail sur la laïcité estime souhaitable que se tienne une réflexion sur le développement d’études théologiques autres que celles relevant du protestantisme. Cette question doit cependant être abordée de façon distincte, sans lien direct avec la FATP.

 

Mise à jour régulière des relations entre Etat et communautés religieuses.

Compte tenu des changements constants dans ce domaine, il paraît nécessaire de procéder à une mise à jour régulière des principes figurant dans le présent rapport afin de les appliquer le mieux possible à la réalité sociale et aux transformations du domaine religieux. A cette fin, le GTL suggère que l’Etat recoure aux compétences du Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC).

 

La laïcité, un état d’esprit.

Parmi les éléments de sa conclusion, le GTL tient à souligner que la laïcité est un état d’esprit qui doit imprégner, non seulement les textes légaux, mais aussi les personnes chargées de les appliquer. Elle est aussi l’expression d’une morale sociale qui devrait servir de guide à l’ensemble des citoyens qu’ils soient croyants ou non.

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12/11/2014

Warluzel à Paris : amour haineux et fraternel

Pierre Santini,Jean-Pierre Kalfon,Dominique Warluzel

 

 

Les relations entre frères de sang ne coulent jamais de source. La source de leur sang est pourtant la même. Mais c’est là le nœud de l’affaire. De la complicité intime à la concurrence féroce des lionceaux, il y a tant de combats…Complicité féroce et concurrence intime, devrait-on plutôt dire.

 

 Sur ce thème vieux comme la tragédie grecque, l’avocat genevois Dominique Warluzel a écrit une pièce, «Fratricide», présentée actuellement à Paris au Théâtre de Poche de Montparnasse[1]. La «générale» s’est récemment tenue en présence de l’auteur accompagnés d’amis attentifs et, pour le coup, fraternels. Disons-le d’emblée, c’est une réussite.

Le texte dense et serré de Warluzel est bien servi par une mise en scène (Delphine de Malherbe) sobre, au ton juste et, surtout, par le jeu émouvant et subtil des deux frères ennemis, Pierre Santini, l’homme de la réussite et Jean-Pierre Kalfon, l’homme de la déchéance.

 

Après s’être ignorés pendant des années, les frères se rencontrent dans la salle d’attente d’un notaire. Celui-ci, double étrange de leur père qui vient de mourir, doit attribuer à l’un ou à l’autre son plantureux héritage. Mais ce notaire n’apparaît jamais. C’est une sorte de divinité manipulatrice et ordonnatrice. Chaque fois qu’il faut relancer le travail introspectif des frères, ce dieu à la fois notaire (celui qui prend acte) et géniteur envoie ponctuellement son messager, c’est-à-dire un blanc-bec de clerc

Car c’est bien d’un travail qu’il s’agit. Un travail qui est surtout accompli par l’ex-taulard, assassin et proxénète. Lui se voit tel qu’il est. Certes, il ne peut pas faire autrement, compte tenu de son passé. Sa part d’ombre apparaît, si l’on ose dire, en toute clarté. Et l’avocat comblé sur tous les plans, il n’aurait rien à cacher? A d’autres! Si le déchu est un habitué de sa part d’ombre, le nanti, lui, veut ignorer la sienne. Mais son frère lui tend un miroir qui l’oblige à faire face à ses monstres qu’il a glissés sous l’épais tapis de sa bonne conscience. Qui est l’ange? Où est la bête?

 

Dans ce torrent de haine apparaissent des ilots d’amour. Progressivement, le torrent devient ruisseau, ruisselet, puis simple flaque que l’on peut enjamber à pied sec. Les masques sont tombés. Ces masques qui, en figeant le visage, préfigurent la mort. En induisant les deux frères à les jeter, le mort a donc accompli sa tâche qui est de rendre vivant les vivants.Vign-Fratrice-454x454.jpg

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 



  • [1] Elle est programmée jusqu’au 1er mars 2015. Théâtre de Poche, 75 boulevard Montparnasse, 75006 Paris. Réservation, de l’étranger : 00 33 1 45 48 92 97 ; de France : 01 45 48 92 97.

 

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10/11/2014

Sarkozy, Fillon, Jouyet… Une affaire d’Etat après des tas d’affaires

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C’est la nouvelle affaire qui affaire tous les médias qui n’ont plus rien d’autres à faire, dirait-on. Résumons la: deux journalistes du Monde – Gérard Davet et Fabrice Lhomme

– révèlent que François Fillon a demandé au secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet (à gauche sur la photo)  de hâter les enquêtes pénales contre Nicolas Sarkozy. François Fillon hurle à la diffamation et monte sur ses grands chevaux immaculés. Jamais, il ne se serait livré à une aussi vile vilenie. Jouyet nie tout d’abord le contenu de sa conversation avec les journalistes. Puis, finalement se ravise et admet la véracité des propos… Il faut dire qu’ils avaient été enregistrés par les journalistes.

 

Pour ceux qui ne suivent pas les méandres de la politique française, ce bref rappel : Fillon est l’ancien premier ministre UMP de Nicolas Sarkozy, son rival interne pour la candidature à la présidence de la République en 2017 ; Jean-Pierre Jouyet, l’homme qui se trouve toujours du côté du manche, est un ami très proche du président François Hollande, ce qui ne l’avait pas empêché d’être nommé par Fillon et Sarkozy, secrétaire d’Etat aux affaires européennes de mai 2007 à décembre 2008 ; bien entendu, Jouyet a rejoint le camp Hollande après l’élection de ce dernier à la magistrature suprême et occupe aujourd’hui le poste de numéro 2 de l’Elysée.

 

Comparé aux vrais défis de l’heure – Ebola, réchauffement climatique, prédation financière, chômage endémique– ce  scandale paraît bien anodin. Toutefois, il peut se révéler encore plus assassin que d’autres pour la caste[1] politique française. En quoi ?

Tout d’abord, il conforte la connivence entre les deux partis de gouvernement, connivence dont Jean-Pierre Jouyet est la figure emblématique puisqu’il a servi les deux camps. Certes, chacun pouvait entrevoir cette proximité, puisque Hollande applique à peu près la même politique que Sarkozy. Mais la chose s’étale désormais au grand jour. Un dirigeant de l’UMP demande l’aide de la présidence socialiste pour dégommer un autre dirigeant de l’UMP. Voilà ce qui restera dans les mémoires.

 

Ensuite,  ce gloubiboulga fangeux démontre que, malgré toutes les déclarations main sur le cœur, le pouvoir politique cherche encore et toujours à instrumentaliser la justice qui, en France, n’est pas considérée comme un pouvoir (Eh oui, Montesquieu, nul n’est prophète en son pays, même pas toi !). Certes, François Hollande aurait refusé que son gouvernement intervienne dans cette affaire, mais le simple fait qu’un ancien premier ministre émette cette demande, démontre que, pour lui, la soumission des juges et procureurs à l’exécutif ne fait pas l’ombre d’un doute.

 

C’est toute la propagande du Front national qui se trouve ainsi illustrée. L’ « UMPS » dénoncée par Marine Le Pen prend consistance. Le plus grave est que le caractère dangereux des propositions de la cheffe frontiste – notamment le retour au protectionnisme qui avait provoqué l’effondrement des économies mondiales dans les années 30 – passe au second plan. On oublie aussi le fonctionnement népotiste du FN, avec la famille Le Pen détenant tous les leviers de commande de ce parti (en cela, ce clan appartient pleinement à la caste qu’il entend dénoncer). Non seulement, Marine Le Pen apparaît comme la seule véritable opposante du gouvernement, mais encore les théories complotistes, qui font le fiel de l’extrême droite, trouvent en cet échange (avéré ou non) un écho retentissant. Comme d’habitude, les Le Pen’s emportent la mise.

 

A part eux, qui peut en tirer profit ? Nicolas Sarkozy ? Revanchator va crier qu’il l’avait bien dit, que les enquêtes pénales qui lui collent aux basques sont des manœuvres destinées à empêcher son retour à l’Elysée. Mais cette médaille à son revers. Selon les propos de Jouyet enregistrés par les journalistes, l’intervention de Fillon était mue par les frais de campagne extravagants de Sarkozy durant sa campagne présidentielle en 2012. Dès lors, cette question surgit aussitôt à l’esprit : comment un homme qui s’est révélé incapable de gérer son budget électoral peut-il prétendre redresser les finances publiques de tout un pays ? D’autant plus que durant son quinquennat, il a fortement contribué à les plomber.

 

François Fillon va apparaître comme le traître de celui qu’il a servi pendant cinq ans comme premier ministre. On peut faire confiance à Nicolas Sarkozy et à sa harde pour lui donner la chasse. Cela dit, Fillon continuera à nier en toute impunité puisque, contrairement à ceux de Jouyet, les propos qu’il aurait tenus n’ont pas été enregistrés. Il peut alors jouer les victimes d’une opération pilotée par l’Elysée.

 

Jean-Pierre Jouyet perd ce qui lui restait de crédibilité. Soit, il a inventé ces propos ; soit il les a restitués plus ou moins fidèlement. Dans les deux cas, on se demande pourquoi le numéro 2 de l’Elysée a pris le risque insensé d’être enregistré ; car les propos de Jouyet ne lui ont pas été volés ; le dictaphone de l’un des intervieweurs était posé devant lui et les deux journalistes prenaient ostensiblement des notes lors d’un entretien dont Jean-Pierre Jouyet devait bien se douter qu’il était sujet à publication.

 

Le secrétaire général entraîne aussi son patron dans sa chute, puisqu’on peut reprocher à François Hollande d’avoir placé à un poste aussi stratégique l’un de ses amis proches qui a démontré son peu de fiabilité. Manque de discernement, pour le moins.

 

La caste politique française a encore fait un pas de plus vers le gouffre qui l’attend. Encore une affaire d’Etat, après des tas d’affaires.

 

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

C'est bien la voix de Jean-Pierre Jouyet
 

[1] On parle généralement de « classe politique » dans ce contexte. A tort, car il ne s’agit pas d’une classe sociale, c’est-à-dire un ensemble de dimensions importantes, partageant le même type de relations avec le travail et le pouvoir économique. La classe sociale comprend une certaine mobilité entre les échelons de la hiérarchie. Les ouvriers d’hier peuvent devenir les patrons de demain, même si l’inverse est nettement plus rare! Le mot « caste » convient mieux en l’occurrence, puisqu’il caractérise un groupe social plus limité qu’une classe et organisé de façon hiérarchique, endogame et héréditaire. La « caste politique » répond bien à ses critères. Son caractère hiérarchique saute aux yeux. Son endogamie est patente, puisque souvent les individus qui la composent se reproduisent entre eux. Quant à l’hérédité, il n’est qu’à voir le nombre de dynasties qui sévissent dans les allées du pouvoir pour en constater la réalité.

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06/11/2014

Aux Etats-Unis et ailleurs, la démocratie est hors de prix

 

Le premier enseignement à tirer des récentes élections américaines dites « de mi-mandat » n’est pas la victoire des républicains avec les blocages qui vont s’ensuivre entre le Congrès et la Présidence. Après tout, ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis connaissent pareille situation. Non, l’information principale réside dans le coût phénoménal de cette campagne électorale : quatre milliards de dollars. Un record historique. En comparaison, la campagne présidentielle de 2012 entre Obama et Romney fait gagne-petit : 2,5 milliards $. Or, elle était déjà la plus coûteuse de l’histoire américaine. In Gold we trust ! (photo : le lingot-rotshchild.jpgnouveau bulletin de vote américain)

 

Ce montant de quatre milliards de dollars représente dix fois le budget que le gouvernement des Etats-Unis a réuni pour lutter contre le virus Ebola, a rappelé la chaîne CNN. Et pour quoi faire ? Payer des équipes spécialisées dans le porte-à-porte et la veille des réseaux sociaux. Fabriquer du matériel électoral qui fait de la pub McDonald’s un sommet de finesse artistique. Et surtout, tourner des clips vidéos plus stupides et plus menteurs les uns que les autres, propagande qui donne une image effrayante du niveau culturel moyen aux Etats-Unis (voir la vidéo). Ces débilités valent dix fois la lutte contre Ebola. C’est à mourir, et pas que de rire.

 

Bien entendu, ce flot de dollars n’a rien de gratuit. Si les frères pétroliers Koch balancent 290 millions de dollars (selon Le Figaro) dans la campagne de cet automne, c’est bien pour imposer la liberté de polluer, par le truchement d’élus bien dressés, devenus les chiens de garde de leur coffre-fort. Et si le milliardaire Tom Sayer a donné 74 millions aux candidats soucieux de l’environnement, cela ne rend pas plus démocratique ce type d’élection qui est vicié par cette pompe à phynance. Ce n’est pas de la corruption au sens juridique du terme. Mais le résultat, en fin de compte, est le même. Par cet afflux massif de fonds, le processus de prise de décision est dévié au profit d’une minuscule minorité dorée sur tronche.

 

En France, on a vu avec l’affaire Bygmalion à quel point le financement des campagnes présidentielles devient sujet à enquêtes pénales. En Suisse, c’est presque pire. Le milliardaire Blocher est en mesure de financer à flux continu son bourrage de crâne raciste, sans que cela ne choque grand monde.

 

L’Europe n’est donc pas épargnée, loin de là. L’américanisation de la vie politique ne peut que poursuivre son cours fangeux. D’autant plus que les militants bénévoles se font de plus en plus rares. Même pour coller des affiches, il faudra payer des équipes. Cela se pratique d’ailleurs déjà maintenant. En outre, les nouvelles techniques de propagande sur le Ouèbe nécessitent des compétences qu’il faut bien rémunérer. Et comme aux Etats-Unis, les propagandistes professionnels – appelés communicants en langue de bois – frapperont les esprits assoupis en recourant à l’image violemment stupide. Ou stupidement violente.

 

Ce cirque électoral, malgré ses grosses tatanes de clowns, intéresse de moins en moins la population. La démocratie ne signifiera bientôt plus rien. Elle sera à réinventer. Et cette réinvention – mais par qui et comment ? – est la seule lueur d’espoir qui clignote à l’horizon.

En attendant, face aux tyrannosaures intégristes, le monde démocratique semble à bout de souffle. Sauf pour certains qui ne manquent pas d’air et peuvent même se le payer très cher, s’il venait à manquer.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

Citée par le site Publico relayé par Libération, cett pub payée par l'association des gouverneurs démocrates, suggère que le gouverneur républicain du Texas, Rick Perry, a voulu inoculer aux jeunes filles de l'Etat une maladie sexuellement transmissible...

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03/11/2014

Le Plouc cause dans le poste et en vidéo: le ministre français Michel Sapin sur le grill

Après les émissions consacrées à François Bayrou et Ségolène Royal, Le Plouc a participé à celle que "Tous politiques" a réservée dimanche sur France-Inter au ministre français des Finances Michel Sapin. L'émission était menée par Carine Becard avec Henri Vernet du "Parisien", outre votre serviteur. Chapitres principaux, en bonne logique: l'équilibrisme budgétaire et l'échec de la lutte contre le chômage.

A l'issue de l'émission, le ministre français a glissé dans l'oreille du Plouc quelques propos sur la Suisse:

"Désormais avec la Suisse la page du litige fiscal est bel et bien tournée. Le traditionnel compte caché en Suisse de certains contribuables français, c'est bien fini. D'ailleurs, même vos banquiers n'en veulent plus! En fait, avec la Suisse, il ne reste plus qu'à régler le contentieux concernant l'aéroport de Bâle-Mulhouse. Mais nous sommes en bonne voie de résoudre le problème".

Jean-Noël Cuénod


Michel Sapin : "L’émotion est légitime après la... par franceinter

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30/10/2014

Sivens, Notre-Dame-des-Landes...La France a raté sa décentralisation

 

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Conçue sous de Gaulle au début des années 1960, mise en place après l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1982, la décentralisation de la France n’a guère tenu ses promesses. Le drame de la manif contre le barrage de Sivens – qui a provoqué la mort de Rémi Fraisse (21 ans, photo) – et les nombreuses autres démonstrations s’opposant à des projets locaux destructeurs de l’environnement, comme l’ «Ayraultport» de Notre-Dame-des-Landes, n’en sont que les symptômes les plus récemment apparus. 

 

Souvent, ce n’est pas l’Etat central qui se trouve en première ligne, mais les collectivités locales, tels les conseils régionaux et généraux (assemblées départementales). Ce qui frappe d’emblée: ces collectivités censées être plus proches de la population, adoptent le comportement arrogant et autoritaire que l’on reproche aux instances centrales de Paris. Pourquoi? Cette réponse tient dans la différence radicale entre le fédéralisme et la régionalisation.

 

Le fédéralisme est un mouvement qui part de la base pour constituer le sommet. La base garde un grand nombre de ses prérogatives et accepte de déléguer à un centre les domaines qu’elle ne peut pas ou plus gérer. Le centre est construit par la base. La régionalisation va en sens inverse. Le centre délègue une part de ses responsabilités à la base mais tout en gardant le contrôle final. La base est, si l’on ose dire, «construite» par le centre, du moins ses compétences lui sont octroyées par le centre et sous le contrôle de celui-ci. 

 

La régionalisation consiste aussi à répercuter dans les niveaux locaux, le même type de rapports entre administrateurs et administrés que celui en vigueur au centre. La monarchie absolue – réinterprétée à la Révolution par les Jacobins et Napoléon Bonaparte  – avait créé un pouvoir central fort pour installer dans ses provinces des vassaux chargés de les administrer au nom du Roi, de l’Empereur ou de la République, selon les époques.

 Ce schéma est resté en vigueur lors de la régionalisation, les présidents de région et de conseils généraux partageant le pouvoir avec les préfets, représentants directs du centre. Certes, ces présidents provinciaux sont élus par le peuple mais ils restent dépendants, pour la bonne suite de leur carrière, des grands appareils politiques dont les états-majors figurent au centre, à Paris. Ce sont ces derniers qui détiennent les cordons de la bourse lors des campagnes électorales.

De plus, pour se faire élire, ces dirigeants locaux doivent entretenir une clientèle et satisfaire à ses exigences autant que faire se peut. Quand tout va bien, les intérêts généraux coïncident avec les intérêts de la clientèle. Mais on ne saurait faire de cette miraculeuse coïncidence, une généralité.

Les dirigeants provinciaux doivent donc à la fois tenir compte du centre et de leurs «clients», ce qui ne laisse guère de place aux questions qui, pour eux, restent subalternes, comme la défense de l’environnement.

La régionalisation n’est donc, en fin de compte, que la duplication, réduite à l’échelle locale, des tares du pouvoir central.

 

Pour l’instant, il n’existe qu’un seul système qui répartit de façon cohérente les diverses instances du pouvoir, c’est le fédéralisme. Alors, la France peut-elle l’adopter? Pas si vite! Comme nous l’avons vu, le fédéralisme est un mouvement qui part de la base pour créer progressivement son sommet. Or, un tel mouvement n’a jamais pu naître en France, sans doute en raison de la marque profonde que la monarchie absolue a imprimée sur l’Histoire de ce pays. Il faudra donc que les Français trouvent un moyen particulier pour que leurs régions vivent de façon plus démocratique. La démocratie semi-directe peut devenir l’un de ces moyens, car il existe une véritable demande en ce sens. Cela contraindrait les roitelets locaux à tenir compte de l’ensemble des électeurs et non plus uniquement de leur clientèle et des appareils parisiens.

On n’imagine pas en Suisse, une instance locale présenter un projet aussi mal ficelé que celui du barrage de Sivens (présenté par le Conseil général du Tarn), sans se faire rabrouer vertement par une votation populaire.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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25/10/2014

LE DESERTEUR

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Froissés par le mufle de la pluie

Les herbes rendent au sol leur parfum

Le feu de la pierre s’est éteint

Ne plus s’encombrer du soleil et marcher

 

Marcher jusqu’à ce que vie s’ensuive

Marcher comme un soldat désespéré

La fuite seul héroïsme qui vaille

Quand nul ne sait où donner de la guerre

 

Le désert ne vaut rien au déserteur

Vers la forêt mère libératrice

Diriger les souliers lourds de glèbe

 

Buissons d’épineux, ronces et orties

Coins et recoins de roches et de mousses

Fraternels gardes du corps des fuyards

 

Aucune trahison à redouter

Entre les fougères les esprits veillent

Le courant d’amour sans cesse circule

 

Jeter les armes reprendre son souffle

Ailleurs les mornes combats ont repris

Sous les frondaisons le cercle est fermé

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

                                               *****************************

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

 

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22/10/2014

De Charles de Gaulle à François Hollande, l’art du rebrousse-poils

 

 

imgres.jpgC’est devenu une Lapalissade, un chef d’Etat est-il élu à gauche qu’il fait une politique de droite. Et réciproquement. Il bat la campagne pour la paix puis déclare la guerre. Et réciproquement. Ce mouvement à rebrousse-poils se vérifie un peu partout.

 

Sauf en Suisse, où, selon le mot du conseiller fédéral Willi Ritschard, si personne ne sait vraiment où est le pouvoir, chacun est persuadé qu’on ne saurait le trouver au gouvernement. Que l’électeur helvète actionne de l’eau froide ou chaude, c’est toujours un filet tiède qui s’échappe des urnes. Les surprises sont rares. Si, par hasard, un extrémiste bien clivant – un type comme Blocher, par exemple – se glisse parmi les sept nains de la Blanche-Neige fédérale, l’intrus en est éjecté comme un vulgaire Schtroumpf noir. On lui choisit comme remplaçant – prenons au hasard, Ueli Maurer – un compagnon de parti de même sinistre mentalité et de semblable démagogie, mais qui a l’avantage d’avoir le dynamisme d’une moule pendant la canicule.

 

A part le casus helveticus, les dirigeants des pays démocratiques usent du rebrousse-poils avec un art consommé. En Israël, c’est le belliciste Menahem Begin qui a signé la paix avec l’Egypte. Aux Etats-Unis, Obama a été élu pour retirer les troupes américaines du Moyen-Orient ; aujourd’hui il doit les réengager pour achever un job sans fin. Et l’on pourrait multiplier les exemples.

 

La Grande Zohra et les cocus de l’Histoire

 

C’est en France que le poil électoral est le plus malmené. Le général de Gaulle a été porté au pouvoir par l’armée, les Pieds-Noirs de l’Algérie française et la droite nationaliste pour vaincre les indépendantistes algériens et conserver le pays le plus important du Maghreb au sein de la France. On sait ce qu’il en est advenu. La Grande Zohra[1] a fait tout le contraire. Quatre ans après la reconquête du pouvoir par le Général, l’Algérie était indépendante, ce qui a contraint les Pieds-Noirs, électeurs aussi gaullistes que cocufiés, à traverser la Méditerranée en catastrophe.

 

Georges Pompidou est mort trop tôt pour trahir qui que ce soit durant son mandat.

 

Quant à Giscard d’Estaing, le favori des culs-bénis, il a légalisé l’avortement. La Fille aînée de l’Eglise pratiquant l’IVG … Même dans leurs cauchemars les plus délirants, les grenouilles de bénitier n’avaient pu envisager pareil blasphème.

 

Mitterrand et la «bascule à Charlot»

 

Avec François Mitterrand, c’est autre chose. Il a tellement trahi ses camps successifs, passant de la droite nationale au programme commun avec les communistes, qu’il serait fastidieux de dresser la comptabilité de ses changements de veste. Avec ce paradoxe particulier: son nom restera lié à la suppression de la peine de mort; or, lorsqu’il était ministre de la Justice durant la Guerre d’Algérie, il a fait tourner la «bascule à Charlot[2]»  à un rythme effréné, cosignant même le 17 mars 1956, avec trois autres ministres, les lois 56-268 et 56-269, qui ont permis de condamner à mort – sans instruction préalable – les membres du FLN (indépendantistes algériens) pris les armes à la main. (Le Point, N° 1511 du 31 août 2001).

Sur un plan plus politique, Mitterrand sera celui qui, élu sur un programme à la limite du gauchisme, aura tenté de convertir les Français aux frénétiques bienfaits de l’économie de marché, qui est le mot poli pour dire «capitalisme».

 

Du Grand Matin Calme aux petits soirs agités

 

Jacques Chirac a été élu par la droite et le centre pour mener une série de réformes très ambitieuses destinées à rendre compétitif le capitalisme français. Mais pendant ses douze ans de règne, il s’est surtout efforcé de ne rien faire, ce qu’il a accompli avec une constance qui force l’admiration. On comprend mieux l’intérêt de Chirac pour la culture asiatique qui prône le non-agir. Contempler le bilan chiraquien relève de la méditation zen sur le vide.

 

Comme pour Mitterrand, énumérer les volte-face de Nicolas Sarkozy remplirait plusieurs tomes: un jour prenant les socialistes plus ou moins repentis genre Kouchner, Besson, Bockel et Jouyet[3] dans son gouvernement ; un autre, débordant le Front national sur sa droite extrême. Mais il a effectué ses zigzags avec une telle rapidité qu’il en est venu à décontenancer son électorat. Celui-ci l’a désarçonné comme l’aurait fait un cheval agacé par son cavalier trop agité.

 

L’Etat-Major n’aime pas le nez sale des trouffions

 

Avec François Hollande, le rebrousse-poil est devenu une pratique quotidienne. Il n’est pas un jour où l’actuel président paraît-il socialiste ne fait pas le contraire de ce qu’il a promis. Evénement rare dans un parti de gouvernement, des élus de son parti et même d’anciens ministres, encore en charge récemment, dénoncent aujourd’hui le hollandisme en des termes d’une rare violence. Encore ministre de l’Education nationale il y a deux mois, Benoît Hamon (voir la vidéo) vient de déclarer que la politique menée par François Hollande – pour laquelle il a œuvré pendant plus de deux ans – «menace la République» et va provoquer «un immense désastre démocratique» , rien que ça ! Au Parti socialiste, ça sent le sapin et pas seulement parce que le ministre des Finances porte le nom de ce bois dont on fait les cercueils.

 

Au fond, Hollande ne fait que suivre les traces de ses prédécesseurs en menant la politique pour laquelle il n’a pas été élu. Ni plus ni moins. Alors, pourquoi suscite-t-il un rejet aussi massif, une impopularité aussi générale, qui dépasse même celle de la présidence Sarkozy?

 

Hasardons cette hypothèse. L’actuel président français n’a pas pris la mesure du changement profond qui est en train de transformer la société française. Naguère encore, elle se résignait avec fatalisme à ces promesses qui rendent les fous joyeux. De temps en temps, elle battait le pavé et grognait mais s’en tenait à ces manifestations quasi-hygiéniques de mauvaise humeur. On défilait sur les Grands Boulevard, la bouche pleine de kebab, lors de manifs où l’on se retrouvait entre copains, comme aux noces et enterrements en province.

 

Mais voilà, le peuple en a marre de marcher pour des prunes. Il voudrait être associé de plus près aux décisions qui le concernent. Une femme politique avait bien perçu cette mutation, à savoir Ségolène Royal qui a tenté de promouvoir la «démocratie participative» lors de sa campagne présidentielle de 2007. Mais l’appareil de son parti, le PS, a tout fait pour torpiller l’idée. Les généraux d’Etat-Major détestent que les simples trouffions mettent leur nez sale sur leurs belles cartes bien dessinées. Exit donc Ségo.

Ce désir de démocratie plus ou moins directe a toutefois pris de l’ampleur. En octobre 2009, les syndicats, mouvements associatifs et partis de gauche avaient organisé contre la privatisation de la poste, un référendum sans aucune portée juridique, puisque la France ignore ce type de scrutin.

 Malgré tous les obstacles mis sur son chemin, cette consultation a attiré 2.123.717 personnes, selon Libération à l’époque. Le résultat – écrasante majorité contre la privatisation – ne signifiait pas grand-chose. En revanche, le succès de cette initiative – qui a convaincu plus de deux millions de Français à se déplacer lors d’une votation qui «comptait pour beurre» – aurait eu de quoi faire réfléchir le futur candidat François Hollande.

Mais le président socialiste reste ce qu’il est profondément, c’est-à-dire un énarque qui ne dispose pas du logiciel permettant d’associer le peuple à sa politique.

Dès lors, Hollande est incapable de trouver les mots justes pour expliquer ses réformes. Ce n’est même pas par mauvaise volonté, mais toute la formation (déformation?) qu’il a reçue le conforte dans cet esprit de caste qui a de la vie sociale, une vision pyramidale. C’est le sommet qui s’occupe de la base qui, elle, doit rester à sa place subalterne.

 

 Or, la société vit désormais sous le règne de l’horizontalité, à l’image des réseaux sociaux. L’heure est aux échanges et non aux ordres du haut vers le bas. Les interventions via internet ont fait tomber de leur piédestal les faiseurs d’opinions de jadis. Désormais, n’importe quel citoyen peut commenter, en temps réel, un discours, un projet, une décision, et le faire savoir à un large public.

 

La démocratie autocratique telle que la France la pratique encore est morte. Tout le monde le sait, mais ceux qui en profitent encore ne veulent pas le savoir. Ils oublient qu’enfouir la tête dans le sable reste le plus sûr moyen de recevoir un coup de pied aux fesses.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO




[1] Surnom donné à de Gaulle par les Pieds-Noirs ; sobriquet d’abord affectueux, puis franchement injurieux.

[2] Le Charlot en question n’est point de Gaulle et encore moins Charlie Chaplin, mais Charles-Henri Sanson, rejeton d’une célèbre dynastie de bourreaux français, qui a raccourci Louis XVI et 2999 autres suppliciés. A son époque, sa petite entreprise ne connaissait pas de morte saison.

[3] Malgré une concurrence de très haut niveau, Le Plouc remet à Jean-Pierre Jouyet le Caméléon d’Honneur pour l’ensemble de ses œuvres. Serviteur de gauche à droite, puis de droite à gauche, il est aujourd’hui le bras droit (mais pas gauche) de François Hollande comme secrétaire général de l’Elysée.

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21/10/2014

TENIR

 

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Sous le soleil une volée de cloches

Secoue la poussière des chemins

Au loin tu passes vraie comme un mirage

Je ne t’attendais plus et te voilà

Tache de fraîcheur sous le ciel sec

Tu es à portée de voie T’appeler

T’appeler toutes affaires cessantes

Vers toi courir comme un enfant ému

Un mur te dérobe et me voilà nu

Mes yeux ne savent plus te chercher

 

 

                       Dans le ciel le vol d’une hirondelle

                       A gravé le signe de la perte

                       Pour m’inciter à la défaite

                       Il n’y a pas de drapeau blanc

                       Et je crache au ciel

                       Bénédiction

                       Colère sainte

                       Je reprends

                       Mes yeux

                       Toi

                       Toi

                       Enfin

                       Sur le mur

                       En équilibre

                       Les bras grands ouverts

                       Lançant des éclairs de rire

                       Sur l’armée des hommes gris

                       Ton soleil brûle mes yeux

                       Dans mes veines le souffle du feu

                       Et voilà mon corps revêtu de joie

 

 

Jean-Noël Cuénod


                                     ****     ****      *****

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16/10/2014

Devant l’Etat islamiste, la Turquie jette son masque démocrate

 

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Au début de son règne commencé en Turquie il y a onze ans, Recep Tayyip Erdogan (photo: avec le grand démocrate Ahmadinejad, ancien président iranien) devait inaugurer une nouvelle forme d’islamisme politique, à la fois conservateur dans les mœurs mais respectueux de l’Etat de droit et des principes démocratiques. Il voulait créer une sorte de parti démocrate musulman à l’instar des partis démocrates chrétiens européens. La Turquie allait, enfin, inventer le modèle de démocratie originale qui manquait tant aux pays musulmans.

  En tant que premier ministre, Erdogan a d’abord misé sur le processus d’entrée au sein de l’Union européenne. Des mesures ont été alors projetées pour permettre à la Turquie de s’insérer dans ce processus.

Auparavant, l’armée était la garante de l’ordre constitutionnel et laïque. Pour Erdogan, il fallait se débarrasser de cet encombrant concurrent qui lui faisait de l’ombre. Dans ce but, il s’est appuyé sur l’Europe et le respect de la Convention européenne des droits de l’homme en utilisant habilement ces principes démocratiques pour enlever ses prérogatives à l’armée turque.

 

Que les militaires soient écartés des leviers de commande politique, cela ne pouvait que réjouir les démocrates. Sauf qu’en Turquie, l’armée était aussi très attachée au respect de la laïcité inscrite dans la Constitution par le fondateur de la Turquie moderne Mustafa Kemal Atatürk. Or, Erdogan n’a eu de cesse de vider la laïcité turque de sa substance. En utilisant le masque démocrate, il s’est donc attaqué à cette laïcité qui l’empêchait de viser son but : remettre l’islam au centre de la politique, avec son auguste personne comme défenseur de la religion.

 

Aujourd’hui, Erdogan a modifié la Constitution en donnant l’essentiel du pouvoir au président de la République ; il s’est installé dans cette fonction le 28 août dernier, porté par une forte majorité d’électeurs. Car force est de reconnaître que, pour l’instant, Erdogan est soutenu par une majorité de Turcs, surtout dans les campagnes où sa popularité est à son comble. Cela dit, il ne cesse d’agrandir son pouvoir personnel et musèle les médias. Le rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), publié en février dernier, accuse la Turquie «d'être à la tête des pays ayant le plus grand nombre de journalistes incarcérés» (39 sont emprisonnés et 153 ont été blessés) pour la deuxième année consécutive. Parvenu au pouvoir par la voie électorale, Erdogan acceptera-t-il d’en être évincé de la même manière? Rien n’est moins sûr. Le pouvoir est une drogue. Le pouvoir absolu est un stupéfiant.

 

Désormais, son masque de gentil démocrate ne lui sert plus à rien. La Turquie est la championne incontestée des violations de la Convention européennes des droits de l’homme, avec 2521 condamnations prononcée par la Cour de Strasbourg, loin devant l’Italie (1651 condamnations), puis la Russie (1262). Et la Turquie ne cherche guère à remédier à cette sinistre situation.

 

L’attitude actuelle d’Erdogan face aux avancées de l’Etat islamiste au Kurdistan démontre aussi qu’il est prêt à s’entendre avec l’Etat islamiste sur le dos des Kurdes. Il les laisse se faire massacrer à Kobané, près de sa frontière syrienne, et empêche par la violence les Kurdes de Turquie d’aider leurs frères. Pire, dimanche et lundi, l’aviation turque a bombardé des positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), faisant d’Erdogan l’allié, au moins objectif, des égorgeurs de l’Etat islamiste.

 

Lorsque la Turquie avait frappé à la porte de l’Europe en 1999, il était possible de parier sur une intégration qui aurait permis à ce pays de se développer dans la démocratie. Aujourd’hui, tout démontre l’inanité de cette position. Sur les trente-cinq chapitres de négociations entre ce pays et l’Union européenne, quatorze ont été ouverts et un seul a pu être terminé définitivement. A l’évidence, Erdogan utilise l’Europe quand cela entre dans ses desseins – par exemple, se débarrasser de l’armée pro-laïcité – et la rejette pour le reste.

Autant prendre acte, clarifier les positions et abandonner ces négociations sans fin qui ne servent que de prétexte à un président turc dont la soif de pouvoir est inextinguible.

 

Jean-Noël Cuénod

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15/10/2014

Ségolène Royal jettera l'éponge en 2017: Le Plouc cause dans le poste

 

 

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Le Plouc a participé dimanche à l'émission de Marc Fauvelle, Tous Politiques, sur France Inter, avec, pour Le Parisien - Aujourd'hui en France, Henri Vernet. La ministre de l'écologie annonce qu'elle renoncera à la politique active en 2017. Mais d'ici là, elle compte bien occuper le terrain. On lui fait confiance.

Pour écouter l'émission, c'est ici.

 

Jean-Noël Cuénod

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14/10/2014

Le sang de la France et l’argent de Bruxelles

 Bruxelles tord le nez devant le projet de budget du gouvernement français qui ne dégage pas assez de mesures d’économie. Paris a prévu de raboter ses dépenses budgétaires de 21 milliards d’euros. La Commission européenne laisse filtrer cette information : la France devrait encore jouer du rabot en trouvant 8 milliards supplémentaires. C’est que, voyez-vous, la France ne retrouvera ses 3% de déficit autorisés pour les pays de la zone euro qu’en 2017. Cela représente un retard de deux ans par rapport au plan de rabotage prévu.

 

Ce projet de budget est, peut-être, mal ficellé ou trop timoré ou tout ce que l’on voudra. Mais, sciemment, Bruxelles ne prend pas en compte un paramètre important: l’Union européenne a délégué, de fait, sa défense armée à la France et, dans une moindre mesure, au Royaume-Uni.

Chaque fois qu’il faut aller au casse-pipe pour défendre les intérêts de l’Europe – hier en Afghanistan, aujourd’hui au Mali, en Centrafrique, en Irak et demain, ailleurs – l’armée française est requise. Actuellement, 8000 de ses militaires sont expédiés loin des leurs pour se battre contre les milices djihadistes. Il ne faudrait pas oublier que c’est aussi pour nous – Suisses compris – qu’ils risquent leur peau. Depuis le 1er janvier 2009, 84 d’entre eux sont morts en «opérations extérieures» (opex).

 

Ces «opex» ont aussi coût financier énorme. Pour la seule année 2014, le surcoût des opérations extérieures de l’armée française dépasse de 1,1 milliard d’euros la provision initiale (450 millions) prévue au budget. Et encore, l’envoi récent de l’aide aérienne fournie par la France en Irak n’a pas encore été comptabilisé.

 

Les autres pays d’Europe, la Grande-Bretagne mise à part, laissent donc la France se débrouiller ou alors ne lui apportent qu’une aide chichement mesurée.

La puissante Allemagne fournit surtout aux soldats français des batteries d’applaudissements et quelques pansements.

Comme ses prédecesseurs, Angela Merkel avance l’argument classique du passé allemand pour ne pas envoyer la Bundeswehr se battre à l’étranger. L’explication se justifiait après la Seconde guerre. «Armer l’Allemagne, c’est donner un bonbon à la liqueur à un alcoolique», disait-on à l’époque. Mais aujourd’hui, une telle position ne tient pas la route. Les générations polluées par l’idéologie nazie ne sont plus en état de nuire à quiconque. La caste militaro-prussienne des porteurs de moustaches cirées a passé l’arme à gauche depuis bien longtemps. L’Allemagne est l’un des pays les moins atteints par les idéologies d’extrême-droite.

 

Par conséquent, Berlin pourrait fort bien tenir son rôle sur les théâtres d’opérations extérieures. L’Allemagne n’entend pas le faire, surtout pour des raisons économiques, car elle devrait alors augmenter la capacité de la Bundeswehr, tant en personnel qu’en armement. On comprend qu’elle ne veuille pas se lancer dans cette coûteuse entreprise. Mais alors qu’elle se montre plus compréhensive vis-à-vis des écarts budgétaires français, puisque c’est son gouvernement qui donne le ton de la rigueur budgétaire à Bruxelles.

 

Cette situation est malsaine à tous égards. Soit l’Union européenne continue à profiter de la présence militaire française dans les conflits extérieurs, mais alors elle doit rémunérer la prestation ainsi offerte. Soit, l’UE met sur pied sa propre armée et c’est elle qui va au combat. Mais comme cela fait depuis 1954 que l’on évoque cette fantômatique armada, ce n’est pas demain la veille qu’elle deviendra réalité.

Les troupes françaises resteront donc pour l’Europe ce que les gardes suisses étaient pour le Royaume de France. A un détail près, les régiments helvètes se vendaient à fort bon prix[1].

 

Jean-Noël Cuénod



[1] On rapporte souvent cette anecdote. Louvois, ministre des finances de Louis XIV, devant les exigences des régiments helvètes, se serait ainsi adressé au roi: «Avec tout ce que lui ont coûté les Suisses, Votre Majesté aurait pu paver d'or une route de Versailles à Bâle.» A quoi aurait répliqué le lieutenant-général Pierre de Stupa : «Mais avec tout le sang que les Suisses ont versé au service de Votre Majesté, on aurait pu remplir un canal allant de Bâle à Versailles!»

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09/10/2014

Contre l'Etat islamique, quelles sont nos valeurs?

 

 

 Gagner une guerre sur le plan militaire ne sert à rien si on la perd politiquement. Au début des années 1960, l’armée française avait vaincu par les armes les indépendantistes algériens. Pour quel résultat? En 1962, l’indépendance de l’Algérie était proclamée et ses habitants d’origine européenne ont dû quitter leur terre natale dans des conditions particulièrement inconfortables.

La France avait perdu la seule bataille décisive, celle du rapport de force moral, politique et idéologique. Alors que son armée – encore traumatisée par sa déroute face à la Wehrmacht en 1940 et à la perte de l’Indochine – se crispait sur ses acquis en Algérie, de Gaulle avait compris, lui, que cet ascendant militaire n’était que provisoire.

Qu’elles étaient les valeurs défendues par la République? Perpétuer un régime colonial? Qui se battrait pour un tel motif? En France même, l’idée d’une poursuite des hostilités en Algérie a été vigoureusement rejetée par l’immense majorité des citoyens.

 

Certes, la guerre d’Algérie a peu de points communs avec celle qui fait rage contre l’Etat islamique. Toutefois, la leçon principale du conflit franco-algérien demeure: qui abandonne le terrain des valeurs perd la guerre.

Que nous jugions les valeurs de nos ennemis fausses, trompeuses, stupides, obscurantistes ou barbares importe peu; ce qui compte, c’est leur capacité de mobilisation.

Or, force est de reconnaître que l’Etat islamique (EI) mobilise. Les divers services de renseignements occidentaux estiment le nombre de combattants d’EI entre 12 000 et 20 000, voire plus. Parmi eux, figurent 2000 à 3000 terroristes originaires des pays occidentaux dont 700 à 900 Français, quelque 400 Britanniques et 270 Allemands. La plus forte proportion en fonction de la population est atteinte par la Belgique qui compte 250 djihadistes pour 11 millions d’habitants (voir aussi la vidéo).

La Suisse n’est pas épargnée. Le SRC (Service de renseignement de la Confédération) établit à 40 le nombre de djihadistes provenant du sol helvétique. C’est peu, surtout si on compare ce nombre avec les 800 volontaires suisses des Brigades internationales durant la Guerre d’Espagne (170 d’entre eux y laisseront leur vie). Mais le conflit actuel ne fait que commencer.

Selon toute vraisemblance, l’Etat islamique augmentera encore le nombre de jeunes Occidentaux dans ses rangs. Ils y éprouveront l’exaltation des combats, la fraternité des armes, l’apaisement moral des rituels collectifs, le sentiment de se battre pour une cause qui dépasse les étroites limites des hommes et celui de donner sa vie pour un idéal au lieu de la perdre dans un monde dépourvu de sens.

 

Et nous autres Occidentaux, au nom de quelles valeurs nous battons-nous? Pour la cause du pétrole qui va nourrir les bouchons routiers du week-end? Pour la survie du capitalisme financier qui n’a d’autre horizon que sa cupidité destructrice?

Dans le cynisme déprimé et régressif qui est la marque de nos sociétés cacochymes, les idées qui, jadis, mobilisaient les énergies ne provoquent plus que des ricanements et des haussements d’épaules fourbues. En levant les yeux vers le ciel, nous ne voyons plus rien, pas même l’azur. En les baissant sur la terre, nous les détournons bien vite de peur de voir les cadavres d’immigrés clandestins venus d’Afrique pour s’échouer sur nos côtes. Plus rien ne nous touche, sinon nos petites peurs d’Harpagon sénile. Et c’est avec cet état d’esprit que l’Occident part en guerre contre l’Etat islamique? Eh bien il est plutôt mal barré !

 

 

Si l’on ne compte que sur la force des armes, alors, à terme, nous perdrons. A quoi a-t-il servi de vaincre militairement les troupes de Saddam Hussein? A créer des monstres. Il faut donc se réapproprier ces valeurs qui ont permis à ceux qui nous ont précédé de vaincre l’adversité: le goût du pain partagé, le sentiment de faire corps, la main tendue vers le semblable et le dissemblable. Aujourd’hui, ces mots font rire les imbéciles.

Mais on n’est pas forcé de les suivre. Le cynisme ne créée rien d’autres que des crampes d’estomac alors que la fraternité a permis aux hommes de surmonter tous les obstacles. Serons-nous capables de ce sursaut moral?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

Voici le témoignage d’un jeune chercheur belge qui a rencontré des djihadistes en Syrie.


Un chercheur de la KUL a réalisé une thèse sur les jeunes djihadistes

17:20 | Lien permanent | Commentaires (45) | Tags : terrorisme, etat islamique, occident | |  Facebook | | |

07/10/2014

DESTIN

 

 

Dans ce nid de poussière

Que le courant d’air néglige

Des lambeaux de souvenirs

Viennent y pondre leurs œufs

 

Il fait chaud dans la soupente

Larme ou transpiration ?

 

Peu importe c’est de l’eau

Et c’est de l’air qu’il nous faut

 

Ne pas mourir tout de suite

Laisser le chant de la terre

Dérouler tous ses refrains

Nos comptes ne sont pas réglés

 

Et les fumées du matin

Cachent encore des mystères

 

Nous respirons la poussière

Comme l’univers aspire

Ses planètes ses soleils

Pour en faire des trous noirs

 

Au ventre la lumière !

Des astres courent en nous

 

Quitter ce nid aux remugles

Errer dans le soir qui tombe

Sur un quai grouillant de rats

Des grains de nuit rouleraient

Entre les pavés luisants

Des bateaux prêts à partir

Balanceraient leur squelette

En attendant notre assaut

 

Jamais nous ne partirons

Nous avons perdu la clef

Les souvenirs monstrueux

Ont fait des tas de petits

 

Voilà notre air disputé

Voilà notre peau bleuie

 

Il n’y a jamais d’issue

Il n’y a que des murailles

A percer de nos mains nues

Mousses de chair sur la pierre

 

Les sarments de notre corps

Témoigneront de l’effort

 

Une vague d’espérance

Roulera sur nos dos secs

Il n’en restera rien

Qu’un peu de sel à nos âmes

 

Car nous n’avons pas fini

De poursuivre l’invisible

 

Brisant ses murs un à un

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 

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05/10/2014

Défilé de la Manif pour Tous et pour tous les fantasmes

Comme d’habitude en France, il sera impossible de savoir le nombre exact de participants à la mal nommée « Manif pour Tous », ce dimanche. Toujours aussi culottée comme une vieille pipe de curé, l’organisation des cathos annonce 500 000 porteuses de jupes plissées,  adeptes du loden et autres soutanes. La police, elle, dégonfle cette inflation à 70 000. Selon l’IPDP[1] les manifestants étaient nettement moins nombreux qu’en février dernier (100 000 personnes).

Mais une chose demeure : la Manif pour Tous les Cathos est toujours fort bien organisée par les réseaux proches d'une Eglise romaine qui, en France,  se dégrade en porte-parole d’une communauté crispée sur son passé comme Harpagon sur sa cassette. Même si, apparemment, les prélats prennent leurs distances avec le mouvement qu'ils ont contribué à lancer. Le Primat des Gaules Philippe Barbarin ne s'est pas montré dimanche parmi les manifestants, alors qu'il paradait en tête des cortèges au début de l'année.

 

Les slogans visent toujours à côté de la plaque : « non à la PMA », alors qu’elle ne figure même pas dans le programmes de François Hollande ; « halte à la théorie du genre », alors qu’elle n’est même pas enseignée. Mais pour ces gens-là, peu importe le réel ; seuls comptent les fantasmes.

Et puis, il faut bien faire pression sur le futur candidat Sarkozy en exigeant qu’il se prononce pour l’abrogation du mariage homosexuel. Voilà « Revanchator » bien embêté. Visiblement, il n’en a rien à faire de cette histoire de mariage gay. Mais comme il doit récolter le maximum de punaises de sacristie pour tenter sa reconquête de l’Empire après son Waterloo de 2012, Nicoléon Sarkonaparte est bien contraint de leur donner des gages. D’où les phrases emberlificotées qu’il a prononcées, à ce propos, lors de son retour en politique.

Si Sarkozy est élu en 2017, comment procèdera-t-il pour abroger le mariage homosexuel ? Que faire de tous les couples gays ou lesbiens qui ont convolé jusqu’alors en justes et légales noces ? Seront-ils divorcés de force ? Ou alors les laissera-t-on mariés en interdisant tous nouveaux mariages homosexuels ? Il s’en suivra une inégalité de traitement qui ne tiendra pas deux secondes devant la justice.

 

Cette Manif pour Tous est devenu, en fait, le bras armé du catholicisme qui n’a accepté la République qu’à la faveur – si l’on dire ! – de la Première Guerre mondiale. Il sait faire patte de velours lorsque les circonstances lui sont adverses. Mais dès qu’il sent se lever un vent favorable, le voilà aux aguets pour reprendre son magistère moral et imposer son mode de vie qui ne doit rien au Christ et à Dieu mais tout à sa soif de domination sur les humains.

 Comme si l’Eternel se souciait de la façon dont nous nous comportons au lit ! Comme si le Christ allait signer des actes de mariage !

 

L’Evangile ne nous demande pas d’autres choses que d’œuvrer contre les injustices que nous commettons chaque jour. Au lieu de chercher qui haïr au nom d’un Saigneur, cherchons qui aimer au nom de Celui que le pouvoir – tous les pouvoirs – crucifie.

 

 Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père (Jean 14,II). Il y a de la place pour tous. Pour les gays, les lesbiennes, les hétéros, les rejetés, les notables, les méprisés, les glorieux, les miséreux, les nantis, les noirs, les jaunes, les rouges, les blancs, les moins que rien, les plus que tout.

Et il y en a aussi pour les cathos.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Et voici deux affiches parodiques de la Manif antimariage gay.

 

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[1] Institut pifométrique du plouc

 

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