29/07/2016

Après l’attentat, homélie «diabolique»?

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Pour une fois que votre Plouc parpaillot – d’ordinaire méfiant envers toutes les institutions ecclésiastiques – avait dit du bien de l’Eglise romaine, le voilà puni… Après l’assassinat du père Jacques Hamel à l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, les dirigeants du catholicisme français avaient fait preuve de sang froid, de hauteur de vue et de fermeté d’âme en appelant à cette unité que, justement, les djihadistes veulent briser. Ils offraient ainsi un réconfortant contraste à l’indécent spectacle des politiciens qui, obnubilés par la présentielle de 2017, se sont déchirés en de lamentables polémiques pour soirées Pastis.

Mais voilà, l’homélie du cardinal André Vingt-Trois – prononcée mercredi lors de la messe à Notre-Dame de Paris en l’honneur du père Hamel –, nous a fait brusquement retomber sur terre. Opposant au mariage homosexuel, l’archevêque de Paris n’a pas pu se retenir de fustiger: «Le silence des élites devant les déviances des mœurs et la législation des déviances». Même si elle est formulée de chafouine manière, la pique visait clairement la loi qui a légalisé le mariage homosexuel.

Devant les protestations que ce bout d’homélie a suscitées, le diocèse de Paris a effectué un rétropédalage très politicien: «En aucun cas, il (le cardinal) ne voulait cibler une mesure en particulier, surtout pas le mariage pour les couples homosexuels. Il ciblait plutôt l’ensemble des évolutions sur la bioéthique, la fin de vie, la gestation» (Le Huffington Post). Le cardinal Vingt-Trois ayant participé très activement aux «Manifs pour tous» qui combattaient le projet de loi sur le mariage gay (photo prise à Paris le 13 janvier 2013), on peut légitimement mettre en doute la bonne foi de cette explication.

Et quand bien même le cardinal aurait sincèrement voulu ne s’attaquer, comme le soutient son diocèse, qu’à «l’ensemble des évolutions sur la bioéthique, la fin de vie, la gestation», ce n’était vraiment pas le lieu ni le moment pour mettre sur l’autel les sujets qui séparent les citoyens. A notre Notre-Dame, ces citoyens avaient besoin de se retrouver uni en mémoire du père Jacques Hamel, de faire la paix avec les autres et eux-mêmes. Ils n’avaient nul besoin d’ouïr un prélat leur débiter la doctrine de l’Eglise sur la bioéthique, doctrine qui n’est qu’un point de vue humain parmi d’autres.

Certes, comme n’importe quel citoyen, l’archevêque de Paris a le droit d’exprimer ses opinions contre le mariage homosexuel et de promouvoir ce qu’il pense être juste en matière de bioéthique et de fin de vie. Mais pas n’importe où, pas n’importe quand. Monseigneur Vingt-Trois a prononcé des paroles de division au moment où il fallait faire l’unité. Dans la mesure où l’étymologie du mot diable en grec – «diabolein» – signifie «qui divise, qui sépare», ce bout d’homélie ne serait-il pas quelque peu «diabolique» ? Un diable dont on sait qu’il niche dans les détails.

En tout cas, avant de prononcer ses paroles, le cardinal aurait dû se rappeler deux versets de Qohelet (Ecclésiaste), III-1 et III-7 :

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux (…); un temps pour déchirer, et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler.

Jean-Noël Cuénod   

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26/07/2016

#SaintEtienneDuRouvray: l’Eglise en exemple

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L’un après l’autre, les islamoterroristes s’attaquent aux bastions symboliques de la France. Après la liberté d’expression, la présence juive, la fête parisienne, le 14-Juillet, c’est au tour de l’Eglise catholique d’être frappée. Mais quel contraste entre la calme tristesse des prêtres et l’affolement bavard des politiciens! (Illustration : Le Christ de Dali)

Ce n’est pas à Notre-Dame de Paris, ce n’est pas à Cracovie, où se rassemblent les jeunesses catholiques, que les deux islamoterroristes ont pris en otages des fidèles, égorgé le père Jacques Hamel et blessé grièvement l’un de ses paroissiens. C’est dans une modeste église en Normandie, lors de la messe du matin où une poignée de fidèles entourent affectueusement son vieux prêtre pour se souvenir du sacrifice de Jésus Christ. Les assassins de l’Etat islamique ont donc fait couler le sang sur ce coin de la France éternelle, celle de Péguy, de Francis Jammes, de Barrès et d’Aragon.

D’emblée, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, a répliqué face à l’antagonisme religieux que l’Etat islamique veut instaurer sous nos latitudes, en formulant ses attentes vis-à-vis des musulmans: « Qu’ils ne vivent pas dans la peur et dans la honte, mais nous aident à bien comprendre que ces actes ne sont pas compatibles avec l’islam, en le disant et en le vivant. Aucun Dieu qui a créé la vie ne peut nous demander de nous entretuer. Nous voulons marcher ensemble dans la confiance et le respect, construire des projets communs» (La Croix).

Parer au danger d’un conflit entre chrétiens et musulmans en France et en Europe, telle est l’urgence. Les hommes d’Eglises l’ont compris et multiplient les discours et les actions pour éviter que notre société tombe dans ce gouffre sans fond. Malheureusement après l’attentat de Nice, la caste politique ne s’est pas hissée à cette hauteur. Elle a démontré son incapacité à saisir la gravité de l’enjeu en préférant manipuler ses pions sur le petit échiquier des primaires, avec échanges d’invectives et querelles pour gogos médiatiques. Que la France se déchire conformément à la volonté exprimée par l’Etat islamique, peu leur importe. Seul compte le positionnement en vue de la course à l’Elysée.

Mais qu’ils se taisent, ces bourrins pour écuries présidentielles! Qu’ils laissent monter à nous la voix de ceux qui n’ont rien à vendre et qui en appellent à l’amour au moment même où ils sont frappés dans leur chair!

Le combat qui nous est imposé est aussi, et même surtout, de nature spirituelle. Le danger est de voir la foi en l’Eternel travestie en marqueur communautaire, en une sorte de drapeau pour mener les nôtres contre les autres. Il appartient aux prêtres, aux pasteurs, aux rabbins, aux imams de faire digue à cette dérive mortifère. Et il appartient à chacun de nous de faire notre choix entre le chemin le plus facile, la haine, et le plus malaisé, l’amour. Nous sommes au croisement.

Jean-Noël Cuénod

VIDEO DU PERE JACQUES HAMEL (RTBF)

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22/07/2016

DEMAIN?

#climat #poésie #poesia

La bouche des fleuves est close

Le soleil a éteint les rivières      

Les ruisseaux sont devenus muets

 

L’humain sollicite ses yeux

Pour en soutirer quelques sanglots

Il n’en sort que de la poussière

 

A quoi bon prêcher dans ce désert

La dernière goutte divine                

Sur les cœurs surchauffés s’évapore

 

                       Dieu est humide voyez-vous

                       Sa parole est une rosée

                       Qui fait surgir du néant les mondes

 

Mais que faisons-nous sur ce globe?

Nos pauvres danses de la pluie

Font rire les cieux aux éclats

 

Nous avions en main notre destin

Il n’est plus qu’une poignée de sable

Jean-Noël Cuénod

 

 

11:13 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : #climat #poésie #poesia | |  Facebook | | |

20/07/2016

Les racistes complices des salafistes

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Après l’attentat sur la Promenade des Anglais, plusieurs altercations racistes ont éclaté à Nice. Face à un acte aussi monstrueux, il est sain et légitime d’exprimer sa colère. Mais elle devient prétexte pour susciter la haine et provoquer la division lorsqu’elle bouillonne dans la bouche des racistes. Qui, ce faisant, servent avec une redoutable efficacité les salafistes et les islamoterroristes. Bien loin d’en être les adversaires, les racistes en sont les plus serviles complices. (Dessin de l'excellent Acé)

L’idéologie salafiste qui pourrit l’islam – grâce aux fonds des pétromonarchies couvées par un Occident aussi avide que myope – a pour but de recréer la communauté d’origine de l’islam et retourner au prétendu état de pureté qui caractériserait l’époque où le prophète Mohamed prêchait et guerroyait. Pour ce faire, les salafistes s’efforcent de trier entre «bons» – c’est-à-dire eux – et «mauvais» musulmans, à savoir les confréries mystiques des Soufis, les musulmans démocrates et tous ceux qui ont adopté un mode de vie libre. Puis, ils s’efforceront de séparer les «bons» musulmans des «kouffars», soit tout le reste de l’humanité «mécréante», avec une détestation particulière envers les  «croisés» (les chrétiens) et les Juifs.

Salafisme à bas bruit

Pour opérer ces tris, les salafistes usent de deux méthodes qui se complètent fort bien. La première est à bas bruit. Il s’agit de rendre autarciques les communautés musulmanes des pays occidentaux. Monsieur bâche Madame d’un voile intégral ; les enfants, quand cela est possible, fréquentent les écoles coraniques; Madame, dûment bâchée, fait ses courses chez des commerçants bien pensants et bons priants; on ne reçoit que des proches ; on s’efforce de réduire, au triste minimum, les rapports avec les «kouffars». Il s’agit de bien se préparer pour s’établir définitivement en terre d’islam.

Salafisme à haut bruit

La seconde méthode salafiste utilise la violence comme moyen pour séparer les «bons» musulmans des «kouffars». En se lançant, au nom de l’islam, dans les actes terroristes les plus barbares, les plus insoutenables, le but des islamoterroristes n’est pas seulement de tuer un maximum de «kouffars», ils cherchent aussi à provoquer des réactions de vengeance contre les populations musulmanes d’Europe. Un cycle de violences entre musulmans et non musulmans, au sein de nos pays, serait ainsi enclenché, avec tous les risques de guerre civile que cela suppose. Dès lors, les salafistes auront beau jeu d’apparaître comme les protecteurs de tous les musulmans. Ils auront gagné la partie.

En jetant dans le même sac de haine les islamoterroristes et l’ensemble des musulmans, les racistes préparent donc le terrain à nos pires ennemis.

Juppé, un politicien comme les autres

Mais ce discours rationnel ne passe plus, hélas. La faute en revient surtout à cette horde de politicards sans scrupule – parmi eux les membres du clan Le Pen, bien sûr, mais ils ne sont plus les seuls à aboyer – qui n’ont qu’une vision «marketing» de la politique, à savoir surfer sur les plus bas instincts pour obtenir les plus hautes fonctions. Même Alain Juppé – qui semblait pouvoir revêtir sans rire la fonction d’homme d’Etat – s’est laissé emporter par ce flot insane, en faisant de la surenchère démagogique après l’attentat de Nice. Il n’y a plus de saint à qui se vouer. Il reste au peuple à ne compter que sur lui-même. En aurait-il perdu l’habitude en France ?

Jean-Noël Cuénod

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Nice:après le recueillement, altercation... par LEXPRESS

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16/07/2016

Turquie : sale coup (d'Etat) pour la laïcité

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«Laiklik», tel est le nom utilisé en Turquie pour qualifier la laïcité et qui figure encore à l’article 2 de la Constitution établie par Kemal Atatürk en 1924 et confirmée en 1982. Après la tentative de coup d’Etat, il est à redouter que le peu qui subsistait de laïcité dans ce pays soit vidé de sa substance.

Au moment où ces lignes sont écrites, la partie de l’armée qui s’était soulevée paraît battue. Le président Recep Tayyib Erdogan (photo, en brandissant le Coran) a triomphé d’autant plus que ses partisans sont descendus en masse dans les rues pour le soutenir. Les militaires, une fois de plus, ont une guerre de retard. Certes, l’armée turque a une certaine habitude des coups d’Etat : 1960, 1971 et 1980. Mais voilà, les temps ont changé.

La Turquie post-Guerre froide

Tout d’abord, les militaires turcs ne peuvent plus compter sur le soutien logistique des agences de renseignements américaines. D’ailleurs, le président Obama s’est empressé de soutenir Erdogan dans son bras-de-fer avec les insurgés en uniforme. Durant la Guerre froide, l’armée turque tenait un rôle capital au sein de l’OTAN, son pays gardant pour l’Occident la frontière avec l’URSS. Donc, pas question de laisser un tel pays batifoler dans l’errance politique. Les militaires turcs ayant des liens très étroits avec leurs confrères américains, ils pouvaient compter sur leur appui.

Or, si depuis l’effondrement de l’empire soviétique, la Turquie est restée un élément géostratégique important pour l’Occident, elle a perdu son caractère vital pour les intérêts américains. D’autant plus, que le président Erdogan a mis fin à sa complicité avec l’Etat Islamique et qu’il a normalisé ses relations avec Israël. Washington n’allait pas se mouiller dans une nouvelle aventure militaire, alors que son allié est en train de retrouver le droit chemin.

La castration politique de l’armée

Plus important encore : en s’appuyant habilement sur ses interminables négociations avec l’Union européenne, Erdogan a réussi à ôter à son armée sa légitimité de gardienne de la Constitution que lui avait conférée le fondateur de la Turquie moderne et «laiklik», Kemal Atatürk. Cette légitimité avait permis à l’armée turque de «vendre» à l’extérieur et à l’intérieur ses coups d’Etat de 1960-71-80. Mais depuis les réformes de juillet 2003, elle a perdu ce caractère politique. Erdogan et son parti islamiste AKP ont réussi à faire rentrer les militaires en caserne avec prière de ne plus en sortir, sinon sur ordre présidentiel.

Ce recentrage de l’armée sur ses tâches uniquement militaires a été intériorisé par une grande partie de ses officiers supérieurs, d’autant plus qu’Erdogan a pris soin de promouvoir ceux qui pouvaient servir sa politique. Dans ces conditions, l’échec de ce soulèvement des opposants militaires à Erdogan n’a rien d’étonnant.

«Sultanisation» de la Turquie 

 Si ces insurgés ont voulu donner un coup d’arrêt à l’autoritarisme d’Erdogan et à sa politique islamiste contre la laïcité, alors ils ont vraiment raté leur coup dans les grandes largeurs. Leur autogoal risque plutôt de conforter le pouvoir personnel de ce président qui se rêve sultan. Il a démontré qu’une large partie du peuple n’hésite pas à descendre dans la rue pour le soutenir. L’image des manifestants bloquant les chars d’assaut, armés de leurs seuls bâtons, restera l’icône de la propagande des islamistes turcs (vidéo ci-dessous).

Nanti de ce soutien apporté à la fois par les urnes et par la rue, Erdogan n’hésitera pas à donner un coup d’accélérateur la «sultanisation» de la Turquie  et à démanteler ce qui reste encore de laïcité dans les institutions. Le mot «laiklik» risque fort d’être effacé des dictionnaires turcs.

Néanmoins, tout espoir laïque n’est pas forcément perdu. La Turquie des villes comprend des classes moyennes qui restent attachées à la liberté de conscience. Même si les médias sont mis au pas par le pouvoir, les Turcs disposent des réseaux sociaux et de leurs liens avec l’étranger pour s’informer et échanger. La réaction d’une partie des militaires contre le régime de «démocrature» d’Erdogan démontre que l’opposition n’est pas morte. Même si elle sort très affaiblie par ce coup d’Etat manqué.

 Jean-Noël Cuénod

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15/07/2016

NiceAttentat: retour du service militaire?

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Charlie-Hebdo, le Bataclan. Et maintenant Nice. Une fois de plus, la France est frappée par le terrorisme. Vers elle, doivent converger nos élans du coeur. Hélas, ce ne sera pas le dernier attentat. Et à chaque fois, la question se pose, lancinante, comment répondre ?

Croire que l’on éradiquera l’islamoterrorisme par les rodomontades d’une caste politique qui ne pense pas plus loin que le calendrier électoral relève du non-sens. Le gouvernement aura beau prolonger l’état d’urgence, faire tomber des têtes dans les organismes de renseignements, nommer un Xème comité qui coordonnera les coordinateurs qui coordonnaient déjà les organismes de coordination des Services, cela ne fera que de la mousse.

Force est de reconnaître qu’elle est payante, la stratégie de l’Etat Islamique ou des autres organisations terroristes. Trois attentats (Charlie-Hebdo, Bataclan, Nice), trois scénarios différents : délinquants convertis au djihadisme en prison, attaque de type militaire et maintenant, acte accompli – apparemment – en solitaire, par un Tunisien établi officiellement en France qui n’était pas connu en tant que musulman radical. Samedi matin, l'Etat Islamique revendiquait d'ailleurs le massacre de Nice. Dès septembre 2014, cette stratégie avait été largement diffusée par les médias – la communication est un champ de bataille – par le porte-parole de l’Etat islamique, Abou Mohammed Al-Adnani:

Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à-coup de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d'une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le.

Le coup peut venir de n’importe où, être porté par n’importe qui, n’importe comment. Autant dire que la lutte est de longue haleine. Or, les forces de police et de gendarmerie ne peuvent pas supporter seules cet effort. Avec l’Eurofoot, le Tour de France, les cérémonies du 14-Juillet, les tâches quotidiennes, elles sont à bout d’effectifs. Quant à l’armée française, elle est principalement active contre le terrorisme, hors des frontières. Dans ces conditions, on peut se demander si le retour à la conscription, autrement dit à l’armée des citoyens, ne devrait pas être envisagé par la France qui l’a supprimée durant la présidence de Jacques Chirac. Oh, certes, on ne saurait transformer en potion miracle, le retour du service militaire obligatoire ! Le combat contre la guérilla globalisée de l’islamoterrorisme est tout à la fois politique, économique, social, culturel, géostratégique, diplomatique et militaire. De plus, il faudra du temps pour former ces conscrits. Cela dit, répétons-le, cette guérilla globalisée est installée pour durer.

Cette force d’appoint citoyenne sera bien utile pour permettre aux militaires de carrière, aux policiers, aux gendarmes de se concentrer sur les secteurs où leur professionnalisme est indispensable. Elle sera aussi utile aux jeunes Françaises et Français pour apprendre à devenir pleinement citoyen.

Jean-Noël Cuénod

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12/07/2016

Chroniques du purin ou la mémoire fertile 

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Au moment où le chemin s’incline vers la plaine, l’humain marche avec ses morts. Ils sont là qui lui parlent – les mots des morts traversent la membrane de nos multivers – au rythme de ses pas. Ils ont tellement hâte de parler, les morts, qu’ils se bousculent dans la tête du marcheur. Ils ont tant à dire sur ce XXe siècle dont le cadavre n’en finira donc jamais de puer.

Pour qu’ils cessent de s’agiter ainsi dans sa tête pleine d’images et de sensations, le poète Marc Delouze (photo) leur a prêté sa parole. Venu de Paris, l’écrivain apprivoise son coin de campagne ; la terre tassée ou remuée fait surgir en lui les espoirs trahis, les illusions crevées comme des bulles de savon, les souvenirs, nés de la vie ou de la lecture, et les réminiscences de ce siècle de sang et de camps.

Dans ses Chroniques du purin, paru récemment aux Editions L’Amourier, Marc Delouze nous fait partager le pain vivant des morts. Ses expériences personnelles et ses lectures s’entremêlent en une trame serrée, chaque fil de mémoire vécue ou lue se révélant à la fois distinct et solidaire. Une trame où la séparation entre les vivants et les morts a perdu toute raison d’être.

C’est Le Chant du peuple juif assassiné qui s’élève tout d’abord. Marc Delouze évoque l’auteur de ce poème, Yitskhok Katzenelson, tué dans l’une des chambres à gaz d’Auschwitz le 1er mai 1944. Il avait participé à l’insurrection du Ghetto de Varsovie et a réussi à s’en extirper, avant d’être rattrapé par la Gestapo. Katzenelson avait rédigé Le Chant du peuple juif assassiné lors de son internement dans le camp de Vittel en France, juste avant qu’il ne soit déporté dans le camp d’extermination. A travers lui, Marc Delouze évoque tous les poètes tués dans les camps qui, à leur tour, donnent de la voix. Le grand vide laissé par l’extermination des Juifs dans leur Yiddishland est décrit, avec une sobriété désespérée, par celui qui est sans doute le plus grand écrivain du XXe siècle, Vassili Grossman.

Le journal intime et les lettres d’Etty Hillesum leur répondent en écho. Au paysage de la campagne française, à la paix du village se superposent les scènes du camp de transit de Westerbork ainsi que les rêves, les peines et la détermination d’Elly Hillesum de vivre en être humain malgré la machinerie nazie qui veut la réduire à l’état de chose.

Margarete Buber-Neumann a connu les deux rives du totalitarisme. Militante communiste allemande, elle s’est réfugiée à Moscou en 1935. Trois ans après, elle a été happée par les purges de Staline et envoyée en camp à régime sévère. Après la signature du pacte de non-agression entre l’Union soviétique et le IIIe Reich, Staline a remis aux nazis de nombreux réfugiés communistes, dont Margaret Buber-Neumann qui est passée du Goulag au camp de concentration de Ravensbrück. Devant l’avancée de l’Armée rouge, la direction du camp relâche des prisonnières. A elles de se débrouiller, en tentant d’échapper aux nazis et aux agents de Staline, dans une Allemagne en flamme. Margaret Buber-Neumann est parvenue à revenir vivante des deux grandes broyeuses nazie et stalinienne. Ses témoignages sont indispensables pour tenter de comprendre l’incompréhensible XXe siècle.

Varlam Chalamov est, avec Soljenitsyne, l’écrivain qui est parvenu à faire entendre les cris des zeks, les prisonniers politiques de Staline, à un Occident atteint jusqu’alors de surdité. Son livre Récits de la Kolyma constitue l’une des pièces essentielles pour appréhender le système Goulag qui a permis à la dictature stalinienne de perdurer même après la mort du «Petit Père des Peuples». A propos de ce témoin venu de l’extrême froid, Marc Delouze écrit : «Varlam Chalamov n’a pas cessé depuis de cogner le permafrost. Ses coups de pioche ébranlant mes tranquillités».

Le monstre nazi jouait, si l’on ose dire, cartes sur table. En lisant Mein Kampf, chacun sait à quoi s’en tenir. L’idéologie nazie n’avait que haine en gueule. Le stalinisme, lui, est parti d’une idéologie généreuse, le communisme, pour en faire l’un des plus systèmes les plus totalitaires de l’Histoire. L’accusait-on ? C’était la puissance de feu du capitalisme qui forgeait ces réquisitoires. On sait aujourd’hui, ce qu’il en est.

Cette idéologie généreuse, Marc Delouze l’a partagée comme tant d’autres. Et puis, le temps de la désillusion est venu. Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges / Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux, écrit Aragon dans son poème-testament Epilogue qui fait partie du recueil Les Poètes. Aragon qui fut le préfacier d’un jeune poète, Marc Delouze.

Ces élans de jeunesse, Marc les retrace dans les Chroniques du purin, en se remémorant sa participation au Festival de la Jeunesse à Helsinki, lors de l’été 1962. La première étape avait conduit la délégation des jeunesses communistes françaises à Berlin-Est. Marc revit cet été où tout semblait possible, au café panoramique de la Tour de la Télévision qui domine tout Berlin aujourd’hui réunifié. Il revit aussi d’autres visites à ce Berlin sur lequel plane, non seulement les nuages de l’Histoire, mais aussi l’ombre enfumée d’une certaine Dorothea.

D’autres ombres s’imposent, celles des poètes Imre Kertész et Pier-Paolo Pasolini. Entre eux, aucun point commun, si ce n’est de vivre en état d’insatisfaction permanente. Les rêves survivent-ils à ceux qui les rêvèrent ? demande Marc Delouze. Pour ceux de Kertész et Pasolini, cela ne fait aucun doute.

Ces Chroniques du purin fertiliseront la mémoire de ceux qui ont vécu les mêmes espoirs et les mêmes déceptions. Et qui sait ? Sur le fumier, des fleurs poussent encore.

 Jean-Noël Cuénod

 Le livre – Marc Delouze. Chronique du Purin. Editions L’Amourier. 159 pages.

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08/07/2016

Décès du coauteur de «Ces malades qui nous gouvernent»

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« Esculape », c’est ainsi que le docteur Pierre Rentchnick signait ses chroniques médicales dans la Tribune de Genève. Une collaboration qui a duré de longues années au cours desquelles cet écrivain-médecin fut le passeur de sa passion – l’art de soigner – usant de son stylo comme d’un scalpel, ciselant la phrase comme l’on débride une plaie. Il s’apprêtait à célébrer son nonante-troisième anniversaire.

« Esculape » a rejoint, récemment, au Panthéon des médecins la figure symbolique qu’il avait choisie pour pseudonyme. Que sa famille et ses amis reçoivent le modeste hommage de l’ancien galapiat de la « Julie » qui, il y a de nombreuses lunes, mettait en page les papiers du Docteur Pierre Rentchnick.

Il fut aussi l’âme et le cœur de la Revue Médecine & Hygiène et le créateur du Cardiomobile, ce véhicule radio-médicalisé qui a servi de pionnier pour le développement l’urgentisme en Suisse et au-delà.

Le grand public francophone a connu l’écrivain-médecin grâce à ses livres dont certains furent des « gros-vendeurs » : Les Orphelins mènent-ils le monde ? (Stock, en collaboration avec Pierre de Senarclens et André Haynal), Esculape chez Mao-Tsé Toung (Editions Berger-Levrault), Ces malades qui font l’histoire (Plon) surtout Ces malades qui nous gouvernent et Ces nouveaux malades qui nous gouvernent (Stock, en collaboration avec Pierre Accoce).

On se doutait un peu que maints de nos hauts dirigeants étaient de grands malades. Mais ces deux derniers ouvrages nous en administrent la plus convaincante des preuves. L’état de santé des hommes d’Etat fait désormais partie des critères essentiels pour jauger leur action. La maladie qui gouverne les gouvernants peut devenir l’un des facteurs essentiels à l’heure des choix historiques.

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Ainsi, c’est dans un état de santé terriblement dégradé que Franklin D. Roosevelt s’est déplacé à Yalta pour la fameuse conférence qui décida du partage de la planète (photo prise à cette occasion). Mal conseillé et mal suivi par son médecin personnel, le président des Etats-Unis n’a pas résisté dans son face-à-face avec Staline. Churchill n’a pu qu’assister impuissant à cet échange inégal, la Grande-Bretagne ­– victorieuse mais épuisée – n’étant plus en mesure de se substituer à la puissance américaine pour s’opposer à l’ogre stalinien. Six semaines plus tard, Roosevelt mourait. Et le docteur Rentchnick de conclure que si Staline avait eu en face de lui un Truman alors en pleine forme, le sort de l’Europe de la seconde moitié du XXe siècle en aurait été sans doute différent.

De Moshe Dayan à de Gaulle – en passant par Staline, Churchill, Khomeini, Kennedy, Pompidou et tant d’autres – la courbe de température des dirigeants a souvent donné la fièvre à leurs peuples. Et que dire de François Mitterrand qui a régné avec un cancer durant deux septennats, sans que les citoyens qui l’ont porté à la présidence n’en sachent rien ?

Ces ouvrages décrivent aussi toute la complexité qui se noue entre le médecin, son patient qui, jamais, ne sera « comme un autre » et le secret médical qui se mue alors en secret d’Etat. De leur lecture, on en sort convaincu que la soif du pouvoir n’est autre chose qu’une forme de maladie, hélas inguérissable. Une maladie dont nous payons tous, peu ou prou, le prix. Nous devons à « Esculape » d’avoir mis le doigt sur cette plaie incicatrisable.

Jean-Noël Cuénod

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07/07/2016

La Foi, libre comme l’air

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Cet article vient de paraître à l’occasion du soixantième numéro de Hayom, magazine trimestriel de la Communauté juive libérale de Genève (voici la référence du site). Merci au Rabbin François Garaï et au « rédenchef » Dominique-Alain Pellizari. Une occasion d’évoquer deux forces qui, loin de se contredire, entrent en synergie : la Foi et la Liberté.

Le judaïsme libéral affirme que la loi, même si elle est d'inspiration divine, a été exprimée par la bouche d’êtres humains et que cette expression était déjà une interprétation. Il s'attache plus à la sainteté de l'esprit qu'à celle de la lettre.

L’essentiel figure dans ce bref extrait du texte de présentation figurant sur le site de la Communauté juive libérale d’Ile-de-France. Un chrétien libéral pourrait le soutenir. Espérons qu’un jour des musulmans libéraux en feront de même.

L’Eternel, Dieu, Allah, Adonaï, Grand Architecte de l’Univers, Brahma, … Tous les noms que l’humain donne à son Créateur ne sont que des étiquettes, nécessaires pour servir de repaires aux passants que nous sommes, mais bien fragiles sous l’ongle du temps. Qui donc serait en capacité d’enfermer l’Eternel dans un nom ? Il est. Un point, c’est tout. C’est vraiment tout.

Le protestant libéral que j’essaie d’être ­porte en lui cette parole de Rabbi Yeshoua : « Le shabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le shabbat ». Les expressions de la Foi en l’Eternel n’ont pas pour but d’enfermer le fidèle dans son moulin à prières mais de l’ouvrir à l’infinie puissance de l’Amour. L’Eternel a un goût. Goûter l’Eternel comme un vin, comme une brise matinale. Rompre ce pain fraternel pour en humer le chaud parfum. Vivre un instant fugitif comme s’il était un éternel présent, dans les deux sens du terme : temps et cadeau.

Exprimer sa Foi est un acte poétique qui tend à donner une parole à l’indicible. Y parviendra-t-on un jour ? Le plaisir est dans cette tension vers Quinousdépasse. Cette marche, cette démarche ne peuvent s’accomplir qu’en liberté et ne supportent pour discipline que celle que nous avons choisie. Croire en l’Eternel, ce n’est pas entrer dans un club pour y prendre sa carte de membre, ce n’est pas obéir à une contrainte sociale, c’est vivre au-dessus de ses pauvres moyens, c’est s’élever pour le simple bonheur de prendre un bon bol d’air venu de la source des souffles.

« Et alors, vil libertin, que faites-vous de la Loi confiée par l’Eternel à Moïse ? Que faites-vous du décalogue ? Que faites-vous des interdits qui séparent le sacré du profane ? » Ce que j’en fais ? Le meilleur usage possible à la hauteur de mes faibles capacités et dans le chaos de mes errements. Les prescriptions bibliques ne sont pas édictées pour soumettre les humains mais pour les libérer de l’emprise de la pire des lois, celle de la jungle. Comme l’explique le texte cité au début de ce papier, l’inspiration des lois bibliques est divine mais c’est la bouche des humains qui les exprime. C’est l’absolu qui enclenche le mouvement mais c’est le monde relatif et imparfait, celui de l’humanité, qui est responsable de sa continuité. Tout ce que rapporte la bouche humaine la plus sage et la plus sainte reste donc sujet à débats, ce qui ne signifie pas irrespect mais réflexion et mise en contexte, en perspective. Et en question. L’Eternel serait-il ce moyeu immobile hors de l’espace et du temps qui permet à notre monde de se mouvoir ? L’immobile qui donne le mouvement ? L’invisible comme trame du visible ? Il faut vivre ce questionnement plutôt que de l’enfermer dans une réponse figée une fois pour toutes.

L’Eternel a donné à l’humain l’éprouvante liberté de choisir entre le bien et le mal. Qu’il l’exerce en n’oubliant pas que notre monde n’est pas celui de la fixité absolue mais de la mobilité relative. Rendre relatif l’absolu, c’est trahir l’Eternel. Rendre absolu le relatif, c’est trahir l’humain.                                                                    

  Jean-Noël Cuénod

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03/07/2016

Bonnefoy, Rocard, Wiesel : trois façons de ne pas désespérer

 

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Il y a des jours comme ça, où la mort se plaît à réunir en un seul coup de faux des Humains majuscules. Samedi, elle a fait fort, la mort, en faisant annoncer le trépas de l’homme de poésie Yves Bonnefoy (93 ans), de l’homme d’Etat Michel Rocard (86 ans) et de l’homme de témoignage Elie Wiesel (87 ans).

Point besoin d’analyser la configuration des astres pour deviner le sort panthéonique qui sera réservé à l’ancien premier ministre français : place Michel Rocard, rue Michel Rocard, Lycée Michel Rocard, Collège Michel Rocard, Ecole Michel Rocard, Université Michel Rocard, Stade Michel Rocard, Aéroport Michel Rocard, Salle polyvalente Michel Rocard. La France adore célébrer ces hommes d’Etat talentueux dont elle n’a pas eu le courage ni la clairvoyance collective de leur donner toutes les clefs du pouvoir. Jadis, Pierre Mendès-France, naguère Michel Rocard. L’un juif et l’autre protestant entraient sans doute trop en contradiction symbolique avec le vieux fond catholico-monarchique qui englue encore l’imaginaire politique de la France.

Comme pour ensevelir sous les fleurs sa mauvaise conscience, elle célèbre ces disparus qu’elle avait vilipendés de leur vivant. Hier, leur honnêteté foncière était considérée comme une tare. Aujourd’hui, la République s’en drape comme d’une toge immaculée. Elle sait faire bon usage des morts, la République.

En sept mois, Pierre Mendès-France avait réussi à faire la paix en Indochine, à préparer l’indépendance de la Tunisie et à relancer la recherche scientifique. Si les institutions de la IVe République l’avaient empêché d’exercer pendant longtemps le pouvoir, au moins, en tant que président du Conseil, disposait-il des moyens nécessaires pour l’exercer, fût-ce trop brièvement. Ce n’était pas le cas de Michel Rocard. S’il a pu diriger le gouvernement pendant trois ans (1988-1991), les institutions de la Ve République ont placé au-dessus de lui, un président-patron, François Mitterrand en l’occurrence.

Or, ce dernier – qui voyait en lui son principal rival au sein du Parti socialiste – s’est efforcé, souvent avec succès, de lui glisser des bâtons dans les roues. C’est ainsi que l’on a pu, à bon droit, parler d’un gouvernement de cohabitation entre Mitterrand et Rocard. Et même d’une cohabitation encore plus cruelle qu’entre un président appartenant à un camp et un premier ministre, à un autre. Les haines internes sont bien plus intenses que les rivalités externes. Il n’est pire ennemi qu’un camarade de cordée qui n’attend qu’un faux pas pour vous pousser dans le précipice.

Malgré le boulet Mitterrand, Michel Rocard est parvenu à réaliser plusieurs actions majeures, dont le rétablissement de la paix en Nouvelle-Calédonie. Cette paix rocardienne tient encore le coup, vingt-huit après la conclusion des accords dits de Matignon. Il a également créé le seul impôt populaire en France, la CSG (Cotisation sociale généralisée) qui permet de financer en partie la sécurité sociale de façon indolore.

Son RMI (Revenu minimum d’insertion) a été salué à sa création comme une initiative nouvelle contre la précarité. Selon Michel Rocard, il « a sauvé de l’absence de ressource près de deux millions de Français ». Mais, faute de moyens, cette allocation a été limitée à l’assistance financière, sans que son volet « insertion » soit développé. Rocard n’a pas eu le temps nécessaire pour en faire un instrument qui se situe à la hauteur de ses ambitions originelles. Le RMI est aujourd’hui remplacé par le RSA (Revenu de solidarité active).

Michel Rocard était la figure emblématique d’une gauche humaniste et réaliste qui avait fait le bilan de l’effondrement du système soviétique. Plus girondin que jacobin, il acceptait l’économie de marché tout en prônant sa régulation dans une optique sociale. Une gauche française qui, aujourd’hui, ne sait plus où elle habite.

Elie Wiesel, le témoin majeur

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Avec la disparition d’Elie Wiesel, c’est l’un des principaux témoins de la Shoah qui a rendu son dernier souffle. Plus que jamais, se pose la question de la mémoire. Bientôt, il n’y aura plus aucun survivant de ce qui constitue la plus vaste entreprise de destruction humaine. Il restera alors à lire, à relire, à transmettre au fil des générations les œuvres d’Elie Wiesel. Venant des Carpates, sa famille fait partie des quelque 150 000 Juifs roumains raflés et expédiés vers les camps d’extermination.  La mère et l’une des sœurs d’Elie sont gazées dès leur arrivée à Auschwitz. Son père Shlomo et lui-même survivent ensemble dans le camp, subissant la chaîne quotidienne des coups, de la faim et de l’humiliation. Devant l’avance de l’Armée rouge, les SS forcent les déportés à rejoindre le camp de Buchenwald au cours d’une longue marche dans la neige, hallucinante de souffrance.

Les deux hommes parviennent à Buchenwald. C’est alors qu’Elie Wiesel va vivre un drame personnel dans le drame collectif. Il assiste à la mise à mort de son père sous les coups des SS. Shlomo agonise, appelle son fils. Mais si Elie vient à ses côtés, il sera à son tour tué. Le fils verra son père mourir sans pouvoir lui tenir la main dans ses derniers moments. Elie Wiesel évoquera cet épisode dans son premier livre – écrit en yiddish et qu’il traduit en français –  La Nuit qui sera publié en France en 1958, grâce à François Mauriac.

Evacué vers la France pour y être soigné, le rescapé des camps de la mort parvient à terminer avec succès ses études de philosophie à la Sorbonne et devient journaliste. Il gagnera ensuite les Etats-Unis où il s’est installé, sans oublier la langue française.

 Il consacrera le principal de son œuvre littéraire à témoigner de la Shoah. Si ses prises de position concernant la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens a fait l’objet de polémiques, elles ne pèsent guère devant le témoignage majeur qu’il apporte à l’humanité, au-delà des aléas de l’actualité.

images-2.jpgYves Bonnefoy, Douve une et multiple        

Yves Bonnefoy a donc accompli cet acte poétique qu’il a tant évoqué : entrer dans le sein de la mort. Dans son œuvre majeure, Du mouvement et de l’immobilité de Douve, Bonnefoy – dont le nom tombe à pic – creuse le réel pour y découvrir ses lumières enfouies dans la glèbe ténébrante. Le poète a donné naissance à un personnage ou plutôt une forme, Douve. Elle est femme luttant contre le vent et devient lande de terre résineuse. Ensuite, Douve se mue en rivière souterraine, puis en falaise d’ombre. Elle peut être perçue comme un agent alchimique qui se métamorphose au fil des étapes du grand travail de transformation de la vie qui passe immanquablement par la mort. Douve est une et multiple dans un même souffle de feu.

Yves Bonnefoy a tissé des liens particuliers avec Genève. Au début des années 1970, il y avait rejoint à l’Uni, son ami très proche le professeur Jean Starobinski qui avait jeté sur l’œuvre de Bonnefoy, sa lumière à la fois douce et précise. A lire sa préface à Poèmes, paru en Poésie/Gallimard. Comme beaucoup de poète, Bonnefoy fut aussi un grand traducteur – notamment de Shakespeare, Yeats et son ami grec Georges Séféris – et un critique d’art au regard inspiré et inspirant.

A lui, le mot dernier, puisé dans Douve :

Que le verbe s’éteigne

Dans cette pièce basse où tu me rejoins

Que l’âtre du cri se resserre

Sur nos monts rougeoyants

Que le froid par ma mort se lève et prenne un sens.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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29/06/2016

ZENITH NADIR LA DEFENSE

Changement de pied. Changement de rythme. Changement d’angle. Changement d’état. Changement de dimension. Passons au mode poésie pour tenter de voir autrement l’insaisissable réel.     

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Cri dans le ciel criblé de braises

L’aile de l’hirondelle flamboie

Au zénith brumeux de La Défense

 

Barbouillé de sang et de nuit

Le soleil est devenu vieux

Il n’a plus la force de percer

La peau parcheminée de la Ville

Et la quitte, vieil amant honteux

Avec toutes ses ombres sans nombre

Une Ville à coucher sous ses ponts

A se perdre dans ses labyrinthes

De ruelles vidées par l’oubli

A se maquiller pour séduire

Le passé, pourvu qu’il passe enfin !

 

Silence dans le creux du ciel

L’aile de l’hirondelle s’éteint

La Défense sombre en son nadir

15:04 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : poème, paris | |  Facebook | | |

28/06/2016

Le Plouc cause Brexit dans le poste

 

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L’onde de choc du Brexit n’en finit pas de balayer les médias. Dimanche, notre consoeur Sophie Larmoyer, sur les ondes d’Europe1, lui a consacré son « Club de la presse étrangères », séquence de l’émission « Les Carnets du Monde ». Autour d’elle, trois journalistes de la presse étrangère parisienne : il maestro Alberto Toscano, journaliste et écrivain italien en général et piémontais en particulier, Philip Turle, journaliste britannique à RFI qui paraissait très déprimé par le vote d’une majorité de ses concitoyens et enfin, Le Plouc, comme Suisse de service. Le thème : le poids des consultations populaires. Traduction suisse : le poids des votations.

L’émission à écouter ci-dessous. Et vous aurez reconnu, ci-dessus, la patte de l’ami Acé qui évoque un autre Brexit.

20:00 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : brexit, europe | |  Facebook | | |

24/06/2016

Brexit ! Une Europe est morte, vive l’Europe…

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Première leçon à méditer pour les dirigeants du Continent après le Brexit: on ne construit pas l’Europe sans les peuples. Ils ont été sciemment écartés de ce processus par les chefs d’Etat des pays membres qui ont voulu conserver leurs prérogatives, tout en mettant leurs échecs sur le dos de l’Union européenne.(Dessin d’Acé)

 L’instance qui pèse le plus lourd dans cet ensemble d’institutions incohérentes qu’est l’UE reste le Conseil européen qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement nationaux. Ces derniers n’ont eu de cesse d’empêcher le Parlement européen d’avoir les pouvoirs nécessaires pour remplir vraiment son rôle de législatif.

A aucun moment, les chefs d’Etat membres de l’UE n’ont voulu clairement choisir la voie fédérale. Or, pour construire un ensemble pareil, il n’y a pas d’autres solutions. Soit, c’est le fédéralisme, soit c’est la souveraineté quasi absolue sur son pré carré. L’UE avait tenté une troisième voie des plus baroques en centralisant l’accessoire et en décentralisant le nécessaire. On s’explique : Bruxelles édicte des directives contraignantes concernant les sujets qui devraient être traités aux échelons nationaux voire régionaux. En revanche, l’UE ne s’occupe pas de l’essentiel, à savoir la défense, la diplomatie, la sécurité à tous points de vue. Résultat : les peuples constatent que l’Union Européenne les enquiquine pour des vétilles mais les laisse tomber lorsqu’il s’agit de les protéger militairement ou socialement. Dans ces conditions, l’UE est condamnée à être perçue comme un amas de gaz plus ou moins toxique. D’où la tentation de fermer la porte des nations pour y échapper.

Aujourd’hui, les souverainistes pavoisent après le Brexit voté par les Anglais et les Gallois (mais refusé par les Ecossais et les Irlandais du Nord, le Royaume Uni ne l’est plus !). Mais à l’ivresse succède la gueule de bois.

Car de quoi est constituée leur souveraineté ? De rien ou de si peu de choses. Aujourd’hui, aucun pays, pas même l’Allemagne, n’a la taille nécessaire pour assurer une politique indépendante à l’ère de la globalisation. L’indépendance nationale des souverainistes au XXIe siècle n’a d’autre réalité que celle d’un village Potemkine. Que pèsent la France et les autres pays dits « grands », face à Google, Microsoft, les multinationales, le géant chinois, la puissance américaine ? Le poids d’une plume soufflée au grand vent mondialisé. Ces Etats ont été incapables de contrer le secret bancaire de la petite Suisse ; ils n’y sont finalement parvenus qu’en raison des décisions prises par les Etats-Unis contre les banques helvétiques.

Seule l’Europe a la taille critique nécessaire pour affronter la tourmente mondialisée et pour lui apporter cette régulation sans laquelle nous allons entrer dans l’enfer social. Mais pour ce faire, l’Union devra arrêter de nous ennuyer avec la courbure des concombres pour construire un ensemble fédéral cohérent.

Avec le Brexit, une Europe est morte, vive l’Europe !

 Jean-Noël Cuénod

12:15 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : #brexit, #europe, #ue, #bruxelles | |  Facebook | | |

22/06/2016

Comment dépanner la démocratie française

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Même si la manif contre la Loi Travail est finalement maintenue en version abrégée, il n’en demeure pas moins que l’Hexagone souffre d’un inquiétant déficit démocratique. Pour le combler, les cortèges ne sont pas forcément la seule solution et ne peuvent offrir toutes les garanties nécessaires à l’expression générale de tous les citoyens (Dessin Dacé).

Manifester sur la voie publique est l’une des rares possibilités pour les Français de faire entendre leur voix dans un système fortement centralisé et hiérarchisé. Aussi, l’interdiction, annoncée mercredi matin, de la manif de jeudi 23 juin contre la Loi Travail a-t-elle suscité une émotion bien légitime. D’autant plus qu’une telle mesure n’aurait fait qu’aggraver la situation car elle n’aurait pas dissuadé les manifestants de descendre dans la rue. Finalement, le cortège a été autorisé de La Bastille à… La Bastille en piétinant autour du Bassin de l’Arsenal. En cette circonstance, chacun a pu constater le degré himalayen de cafouillage atteint par la présidence Hollande. Mais le problème est bien plus vaste que le laisse penser cet épisode.

De par ses institutions très particulières, la France – aujourd’hui en pleine de crise de nerfs – donne tout le pouvoir à un seul homme qui s’entoure d’une caste d’autistes en souliers vernis et escarpins Louboutin. Dans chaque région, un roitelet organise sa cour locale de la même façon, en attendant du Centre une manne de plus en plus chiche. Pour quelqu’un qui vient de l’extérieur, entendre des politiciens français affirmer que la seule élection qui compte est la présidentielle, c’est hallucinant ! Aux Etats-Unis, par exemple, les élections parlementaires et celles des gouverneurs ne sont pas considérées comme secondaires, même par rapport au scrutin présidentiel. Et il en va ainsi de l’immense majorités des démocraties.

Les damnés de la rouspétance

Bien entendu, ils ne sont jamais contents de leur monarque, les Français, ces damnés de la rouspétance. Il en fait trop pour les autres, au détriment de ma pomme (ou de mon cageot de pommes). A l’étranger, on perçoit cette attitude comme consubstantielle au « caractère français ». Ne sachant pas ce qu’est un « caractère français » et répugnant à essentialiser un peuple, je préfère l’explication suivante : ces réactions infantiles sont la conséquence logique des institutions de la Cinquième République.

Soucieux de préserver leur « plan de carrière » et de conserver les institutions qui les nourrissent plus ou moins grassement, la plupart des politiciens français prétendent que changer de structures républicaines est tout sauf prioritaire. L’avalanche de catastrophes politico-sociales qui n’en finit pas depuis des décennies leur apporte le plus cinglant des démentis. Si la Ve République a permis de pallier ce vice majeur de la IVe, à savoir l’instabilité gouvernementale, cela ne signifie pas pour autant que modifier les structures républicaines ait pour conséquence automatique de retomber dans ce travers.

Dissoudre la dissolution !

Pourquoi ne pas envisager – comme aux Etats-Unis, comme en Suisse, notamment – d’ôter au parlement le pouvoir de faire tomber le gouvernement et au président, celui de dissoudre le parlement ? Ce droit réciproque provoque la paralysie : les députés n’osent pas renverser le gouvernement de peur que le président prononce la dissolution du parlement et les renvoie devant leurs électeurs, au risque de ne pas se faire réélire, ce qui nuirait gravement à leur « plan de carrière ».

Ce qui manque aux Français, c’est de se sentir responsables. Ils restent dans la posture, à la fois confortable et frustrante, du spectateur qui n’a pas d’autres droits que celui de huer ou d’applaudir.

Pour les en sortir, il n’y a pas d’autres solutions que la démocratie semi-directe, c’est-à-dire, comme en Suisse, un équilibre entre la démocratie représentative et la démocratie directe. Seule cette forme de démocratie permet au peuple d’être coresponsable des décisions politiques. Il arrive qu’au sein de la Confédération, le peuple prenne des décisions qui se révèlent en fin de compte néfastes. Il ne peut alors s’en prendre qu’à lui-même. Quitte à remettre un sujet controversé sur le tapis électoral.

Votation et « bascule à Charlot »: le mauvais procès

Les objections contre la démocratie semi-directe ne tiennent pas la route. La plupart des opposants français à ce type de régime font preuve d’une mauvaise foi patente lorsqu’ils abordent le système suisse en mettant en épingle la votation sur les quotas d’entrée des Européens, tout en oubliant les votations favorables à l’ouverture du pays. A gauche, cet argument est souvent avancé : « Si Mitterrand avait soumis à votation la suppression de la peine de mort, on guillotinerait encore dans les prisons françaises ». Pour appuyer ce qui n’est qu’une hypothèse, on se base sur les sondages fait à l’époque (1981) où fut prise la décision de l’alors président.

Tout d’abord, sondage ne vaut pas vote. En Suisse, nombreux sont les résultats référendaires qui se sont révélés fort différents des estimations d’opinion. Répondre à un sondeur où remplir son bulletin de vote, ce n’est pas du tout la même chose. La plupart du temps, les sondages de l’époque se déroulaient, à la demande des médias, juste après un crime particulièrement odieux. Le résultat était donc couru d’avance.

Entre sondage et vote, la différence la plus notable tient dans les débats souvent longs qui précèdent une votation importante. Ce temps du débat, du moins sous cette forme, n’existe guère en matière d’enquêtes d’opinions. Le sondé répond à brûle-pourpoint, dans la plupart des cas, d’où le poids considérable tenu par l’émotion.

Cela dit, plutôt qu’être la conséquence sympathique d’un fait du Prince, la suppression de la peine capitale aurait mérité un vaste débat public, à l’issue duquel il n’est pas du tout certain que la guillotine l’eût emporté.   

Toujours à propos du châtiment suprême, la critique la plus souvent formulée à gauche est qu’un référendum ou une initiative populaire en France pourrait rétablir la « Bascule à Charlot »[1]. Or, c’est un mauvais procès que l’on intente ainsi à la démocratie semi-directe. En effet, comme la Suisse, la France a signé tous les protocoles additionnels de la Convention européenne des droits de l’homme confirmant l’abolition de la peine de mort, notamment le treizième (abolition du châtiment suprême en toutes circonstances). Dès lors, un retour de la guillotine relève de la mission impossible, sauf à dénoncer, l’un après l’autre, les traités internationaux, procédure longue et hasardeuse qui mettrait la France au ban de l’Europe avec toutes les conséquences économiques désastreuses que cela entrainerait. Et le fric, que voulez-vous, ça fait réfléchir !

De la Suisse dans les idées

Toutefois, à force de réclamer des têtes, le peuple risque de perdre la sienne en votant des horreurs. A tout souverain, même populaire, il faut des garde-fous. Et lorsque l’on apprend que la cause de la torture progresse au sein de l’opinion française (lire en cliquant ici l’enquête d’opinion réalisée par l’ACAT), il convient, en effet, de se montrer prudents. Dès lors, il appartiendrait à une instance de magistrats de haut niveau d’annuler une votation si celle-ci porte manifestement atteinte à la Convention européenne des droits de l’homme. Pour que la démocratie semi-directe ne se retourne pas contre elle-même et contre la société, il faut donc lui instiller une goutte d’aristocratie. Une goutte. Pas plus.

L’autre objection couramment avancée affirme que les Français ne répondent jamais à la question posée et profitent de la votation pour exprimer leur aversion chronique contre l’exécutif. Dans le contexte actuel, avec un président à la fois omnipotent et impuissant, il est évident que voter contre lui est une tentation à laquelle il est difficile de ne pas céder. Mais ce vote grincheux n’est pas une fatalité dans une nouvelle République démonarchisée où les pouvoirs seraient mieux répartis entre le législatif, l’exécutif, le judiciaire, les régions et les métropoles.

Conclusion : la France ferait bien d’avoir un peu de Suisse dans les idées.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Référence aux prénoms portés par quatre représentants de la famille Samson, qui de père en fils, revêtaient la charge de bourreau.

16:21 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : démocratie, france, loitravail, hollande, république | |  Facebook | | |

17/06/2016

Jo Cox tuée: qui jette du feu sur l’huile ?

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Le meurtre de la députée anglaise Jo Cox s’ajoute à la liste d’attentats de natures diverses qui ont accablé et accablent encore l’Europe. « C’est un fou, un déséquilibré, un loup solitaire pris par la rage ». Telle est la description du suspect donnée d’emblée par les médias et les réseaux sociaux. Un certain Mohamed Merah avait été ainsi qualifié. On sait aujourd’hui que le loup n’était pas aussi solitaire que cela.

L’homme qui est accusé d’avoir tué la parlementaire travailliste de 41 ans a pour nom Thomas Mair. Grâce à une organisation de défense des droits civiques, Southern Poverty Law Center, on sait maintenant que Mair a appartenu au mouvement néo-nazi américain, Alliance nationale (pour en savoir plus, cliquez sur cette zone). Certes, cela ne démontre pas que l’acte qu’on lui impute soit la conséquence d’un complot ourdi de longue main. Loin de là. Cela désigne simplement – enfin si l’on ose dire – le terreau sur lequel les pauvres idées de Thomas Mair ont poussé.

Que l’acte qui a coûté la vie à une mère de famille (deux enfants de 3 et 5 ans) engagée dans l’humanitaire soit l’œuvre isolée d’un fou, c’est possible, peut-être probable. Cela suffit-il à exonérer de toute responsabilité la virulence xénophobe de la presse britannique de caniveau ? La violence verbale qui a pollué la campagne sur le Brexit ? En aucun cas. Ce déferlement de feux de bouche a de quoi enflammer les esprits les plus faibles. Et ce n’est pas ce qui manque, les esprits faibles en ce très bas monde.

Violence salafiste

Dans le même registre, que dire des salafistes prétendument quiétistes, des wahhabites du Golfe avec Rolex incorporée qui sont tout miel sur la scène occidentale mais distillent dans les coulisses la haine contre les juifs, les chrétiens, les athées et autres « kouffar », sans oublier les femmes, les gays et tout ce qui n’est pas semblable à eux ? Ce sont leurs prêches pervers qui arment idéologiquement notre pire ennemi : l’islamisme intégriste.

Violence hooligano-moscovite

Que dire de la Russie poutinienne qui cautionne les déchaînements des hooligans de son pays en convoquant l’ambassadeur de France au Kremlin pour lui remonter les bretelles ? Il faut dire que la police française avait eu l’incroyable toupet d’appréhender des voyous russes qui s’apprêtaient à semer leur violence coutumière. Il y a pire : ces bandes organisées ont reçu un appui politique, celui du député d’extrême droite à la Douma, Igor Lebedev, qui les encouragées par ce tweet : les gars ont défendu l'honneur de la patrie, et n'ont pas laissé les Britanniques défier notre pays. Je ne vois rien de mal aux combats de supporters. Au contraire, bien joué les gars et tenez bon! Un conseil : il faut toujours agiter les fous avant de s’en servir.

Violence xénophobe

Que dire enfin de la propagande raciste ou xénophobe qui souillent les campagnes électorales des partis d’extrême droite en Europe ? Rappelons-nous en Suisse, les affiches gluantes de haine de l’UDC et du MCG.

Tous ces grands ou petits agitateurs – politiciens sans scrupule et propriétaires de médias sans éthique – ont créé le climat délétère que nous subissons et qui provoque le passage à l’acte des esprits déstabilisés. Ces pyromanes verbeux ont jeté leurs étincelles sur une mare d’huile et prétendent aujourd’hui n’y être pour rien. Trop facile, Messieurs les bouteurs de feu de bouche ! Un jour ou l’autre, la société vous réclamera des comptes.

Pour l’instant, tout vous fait ventre : succès électoraux et gros tirages. Mais tout à une fin. Même le pire.

 

Jean-Noël Cuénod

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Qui était Jo Cox, la députée britannique... par LEXPRESS

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10/06/2016

L’Eurofoot, un concentré de contradictions. Comme la vie

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Dans le foot, il y a tout et son contraire. Souvent le pire mais aussi, plus rarement, le meilleur. Chacun peut y faire son marché au gré de ses besoins électoralistes, commerciaux, idéologiques, médiatiques.  

D’un côté, le sport le plus populaire de la planète ouvre la vanne aux idées et aux comportements les plus répugnants de l’humanité : le nationalisme, le racisme, la course au fric sans frein, les magouilles majuscules, la connerie élevée au rang de vertu mondialisée. Bref, tout ce que nous adorons détester.

Mais à chacun de ces éléments négatifs, le football fait correspondre son antidote.

Le nationalisme ? Il est indéniable. Mais cela n’empêche nullement un Français de vibrer pour le Brésil ou un Suisse, pour l’Angleterre. Comme nous sommes tous, peu ou prou, attachés par des liens divers à d’autres pays que celui de notre passeport, c’est à côté d’un drapeau français ou suisse que nous attacherons celui de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal ou de l’Argentine. Sur la planète Foot, le nationalisme est à géométrie variable.

Le racisme ? Comment pourrait-on le nier ? Les cris de singe ou les jets de bananes sur le passage des joueurs noirs nous le rappellent régulièrement. Mais les équipes nationales, elles, sont de toutes les couleurs et les sélectionnés ont des origines les plus diverses. D’ailleurs, le Front National, ne s’y est pas trompé. Depuis 1998, date de la victoire de la France et de ses « Blacks, Blancs, Beurs », le parti du clan Le Pen ne plus voir les Bleus en peinture. L’entraîneur français Didier Deschamps a été, comme personne ne peut l’ignorer, traité de « raciste » parce qu’il a renoncé à sélectionner Karim Benzema. A consulter la liste des joueurs retenus en équipe de France, il est évident que l’on a fait à Deschamps le plus injuste des procès.

Et que dire de l’équipe suisse où les noms ont des consonances albanaises, yougoslaves, turques, espagnoles, africaines ? Cela n’empêchera pas l’électeur UDC de bondir de son fauteuil si « ses » joueurs parviennent (enfin !) à marquer des buts.

La course au fric sans frein ? Salaires exorbitants… Surenchère délirante entre oligarques russes et pétromilliardaires du Golfe pour s’arracher les vedettes, alors que l’on ne parvient pas à éradiquer nombre de maladies tropicales… Le constat est accablant. Mais au fond d’une cour à Lisbonne, des petits Portugais tapent dans un ballon en se prenant pour leur glorieux compatriote Ronaldo (phiti du haut). Le bonheur dans un pays livré à l’austérité. L’énergie suscitée par l’espoir que l’on peut s’en sortir. Peut-être pas comme Ronaldo mais avec ce qu’il faut de dignité pour devenir un homme.

Les magouilles majuscules ? Au niveau de tripatouillages atteint par les organismes internationaux du foot, on ne peut plus parler de magouilles, mais de grandes manœuvres corruptrices. Pourtant, le foot, c’est aussi ces milliers d’éducateurs bénévoles qui, chaque mercredi, prennent en charge les footeux en herbe. Combien de lascars ont-ils quitté le chemin de la délinquance grâce à ces travailleurs sociaux qui ne touchent pas un rond ?

Camus_PremierHomme.jpgLa connerie élevée au rang de vertu mondialisée ? Les propos ineptes débités par des supporteurs marinés dans la bière et leurs gadget plus grotesques les uns que les autres nous en administrent la preuve, de la plus consternante des façons.

Mais alors si le foot est bête comme ses pieds, pourquoi de grands philosophes ou écrivains ont-ils tant écrit à son propos ? La liste est longue : Camus, Montherlant, Dard (tous les trois furent gardiens de but, à méditer…), Sartre, Peter Handke, plus récemment, Yves Laplace (arbitre et romancier suisse), Jean-Philippe Philippe Toussaint (ah, quelle merveille son « Football » à écouter tous les soirs sur… France- Culture !) et bien d’autres encore.

C’est ça la force du foot : un concentré de contradictions. Comme la vie. Et comme la vie, il est inévitable.

Jean-Noël Cuénod

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06/06/2016

QUE VOULEZ-VOUS ?

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 Que voulez-vous? Que voulons-nous? Si nous parvenons à préciser les contours de cette question, la réponse surgira d’elle-même. Mais nous voulons tellement de choses contradictoires que nous ne sommes pas sortis de l’auberge espagnole.

 

Que voulez-vous

J’ai soif de pain partagé

 

Que voulez-vous

J’ai faim de vin fraternel

 

Que voulez-vous

Je ne rends pas mes armes

 

Que voulez-vous

J’entends les cris de nos morts

 

Que voulez-vous

J’écoute les silences de nos vivants

 

Que voulez-vous

Je ne suis ni de bois ni de marbre

 

Que voulez-vous

Je garde au cœur les vieux chants

 

Que voulez-vous

Je reste de boue devant le Veau d’Or

 

Que voulez-vous

Je puise au fond des gouffres l’eau solaire

 

Que voulez-vous

J’abrite dans mon corps l’étincelle

 

Que voulez-vous

J’attends le feu sur mes savanes

 

Que voulez-vous

Je m’évade de la prison des miroirs

 

Que voulez-vous?

Vous ?

 

Jean-Noël Cuénod

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03/06/2016

La France, de l’état d’urgence à l’état liquide

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 Alors que la Seine, cette gourgandine qui prend de l’ampleur, frise les glaouis du Zouave au pont de l’Alma, la France se dilue partout. L’inondation qui emporte tout sur son passage entre en résonance avec la politique qui va à vau-l’eau.

Cette association entre la colère du ciel et celle des hommes créé une synergie particulièrement déprimante. Tout se dilue. Les champs, l’extrême-gauche, les routes, l’extrême-droite, les chemins, la droite, les maisons, la gauche, les trottoirs, le gouvernement, les prairies, l’opposition, l’équipe de France de foot, Nuit Debout, les syndicats, les bosquets. Tout, on vous dit. Chacun se sent sucre en train de fondre dans une immense carafe au contenu trouble.

Le pédalo a chaviré mais tout va bien

Pour mémoire, rappelons que si le gouvernement n’a pas été dissous au sens juridique du terme, il surnage à peine au fil de l’eau. Le capitaine Hollande s’accroche à son pédalo qui a  chaviré en clamant, entre deux tasses : « Tout va bien… gloub… gloub… ça va.. blublub… mieux… Qui m’a piqué mon… glubs… gilet de sauvetage ? »

 Tels Macron et Valls, les rats veulent quitter le navire et courent comme des dératés sur le pont sans trouver d’issue, tout en se flanquant des coups de dents :

« Si je me jette à la flotte, je vais couler. Si je reste sur le pédalo, je vais couler aussi. Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? L’état de la France aujourd’hui ? Mais on s’en tape, de l’état de la France aujourd’hui ! La seule chose qui importe, c’est l’élection présidentielle de 2022. Le reste, on s’en fout !»

Primaire têtes à claques

L’opposition n’a pas encore retrouvé les chaises à porteur du pouvoir qu’elle se dispute les gamelles du futur. La primaire de la droite prend des allures d’équipe de foot avec ses onze candidats qui, dès septembre, vont disputer le Championnat de France du lancer de couteaux dans le dos et la Coupe des têtes à claques. Alain Juppé a la cote mais tiendra-t-il jusque-là ? En matière de coups tordus son rival Nicolas Sarkozy est insurpassable. Un homme qui, jadis, avait roulé Charles Pasqua dans la farine pour enlever la mairie de Neuilly n’est pas seulement un expert, c’est une référence.

Si la lutte des personnes est féroce, le combat des idées, lui, est aussi absent qu’un rayon de soleil. Les candidats de la droite prônent tous l’ultralibéralisme sans se poser la question de l’acceptation de ces mesures par les citoyens, alors que l’actuelle révision de la Loi Travail est en train de bloquer la France.

Extrême-gauche homéopathique

La dilution risque fort de réduire l’extrême-gauche à l’état de molécule homéopathique. Même le Parti communiste éclate en tendances, ce qui doit faire tourner la dépouille de Maurice Thorez à la manière d’une foreuse de tunnelier. Sans compter que Mélenchon ira à la bataille, seul contre tous. Et pas question de se lancer dans une autocritique comme autrefois, de se demander pour quelle raison tous les régimes que l’extrême-gauche a soutenu ont fait le malheur des peuples au lieu de les conduire vers les routes fleuries du bonheur ouvrier.

Le Blocher de Béziers

Cette France à l’état liquide coule sans obstacle vers les rives du Front national et de sa blonde harengère. Mais l’extrême-droite n’échappe pas pour autant au phénomène dilatoire. Passons sur le duel père-fille, en voie de résolution par l’écoulement du temps. Passons même sur le duel tante-nièce. Les médias ont beau jeu de souligner le discours ouvriériste de Marine Le Pen au nord de la France, en opposition avec les options nationales-libérales de Marion Maréchal-Le Pen, au sud. Mais intervertissez les positions géographiques des deux Lepenettes et vous aurez une Marion qui, devant les anciens mineurs et les ouvriers au chômage du nord, vantera les mérites de l’intervention de l’Etat et une Marine qui, face aux petits commerçants et aux retraités du sud, réclamera la liberté totale d’entreprise. Les partis nationalistes ont toujours développé ce double langage. C’est ce qui a fait leur succès dans les années 1930.

Le danger de dilution de l’extrême-droite se situe ailleurs. Vers Béziers, la ville qui a réussi à se donner un maire situé à la droite de Marine Le Pen, Robert Ménard, ex-gauchiste, ex-socialiste, ex-humanitaire devenu droitiste tendance TPMG (Tout pour ma gueule). Il y a peu, Robert Ménard a réuni dans son antre bitterois les multiples tendances qui vont de l’aile nationaliste du parti LR jusqu’à « la droite de la droite »: les villiéristes, les chrétiens-démocrates fondés par Christine Boutin, Debout La France de Dupont-Aignan et autres grenouilles des bénitiers intégristes ou crapauds des marais souverainistes.

Ménard a aussi invité le Front national. Après moult hésitations, les deux députés frontistes, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, ont fait le voyage de Béziers. Mais pour en partir aussitôt non sans avoir claqué la porte après s’être rendu compte que Ménard cherchait à faire de son mouvement « Oz la droite », un concurrent direct du Front national.

Robert Ménard affirme être d’accord avec 80% des idées de Marine Le Pen, à savoir la politique xénophobe et de fermeture totale des frontières, mais en opposition frontale avec le 20% restant, à savoir la protection sociale et le rôle dirigeant de l’Etat dans l’économie. Au fond, Ménard cherche à devenir pour la France, ce que Blocher est pour la Suisse, un conservateur national-libéral. Lapsus révélateur ? En faisant référence, pour nommer son mouvement, au Magicien d’Oz, Robert Ménard a oublié que ce personnage est un imposteur dans le livre de Lyman Frank Baum.

Dès lors, à peine l’extrême-droite a-t-elle le vent en poupe que la voilà prise dans les remous de la dilution.

Nuit Debout à dormir couché

Et le mouvement Nuit Debout ? Il a fait naître le fugitif espoir qu’un mouvement de type nouveau allait se créer à partir de la base. Pour l’instant, il n’a pas dépassé le stade oral, celui où, l’un après l’autre, chaque orateur d’occasion s’exprime pour s’écouter bavarder. En l’absence de perspective politique, il s’essouffle. On est loin de Podemos ou d’Occupy Wall Street. Quant à l’union nationale qui avait fait parcourir un frisson de ferveur collective après les attentats de Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, elle est l’une des victimes collatérales des autres attentats, aveugles ceux-là, de novembre dernier. Les grands défilés du 11 janvier 2015 ont sombré à leur tour.

Benzema en ligne de partage politique

Dans de nombreux pays, le foot constitue le seul élément fédérateur. La France ne peut même pas s’en prévaloir. Alors que son équipe nationale est capable d’emporter l’Eurofoot, dont la phase finale se déroule sur son sol, elle s’est embarquée dans une ahurissante polémique à propos de la non-sélection de Karim Benzema. Voilà le sélectionneur Didier Deschamps traité de raciste ou en tout cas d’avoir trop écouté la vox populi qui voulait bouter l’attaquant du Real hors les Bleus. Benzema est devenu une ligne de partage politique : à gauche, ceux qui le défendent ; à droite, ceux qui le vilipendent. Difficile de faire plus absurde. Mais c’est le Père Ubu qu’il faut élire à l’Elysée, Cornegidouille !

Tout élan retombe aussitôt. Tout espoir d’en sortir s’obscurcit, à peine est-il entrevu. Impression que la vie coule entre les doigts, de n’avoir prise sur rien. Alors, on vous dit, en continuant de filer la métaphore météorologique :

 « Vous savez pour que la France change, il faudrait un sacré coup de tonnerre, une vraie bourrasque sociale comme la tempête qui a rendu chauves les forêts du Sud-Ouest à l’orée de l’an 2000. »

Et chacun d’espérer et de redouter en même temps, ce coup de Trafalgar. Mais aucun bulletin météo n’est en mesure d’en fixer la date.

 Jean-Noël Cuénod

 

 

 

19:00 | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : france, inondations, fn, marinelepen, hollande | |  Facebook | | |

01/06/2016

Vous la voulez comment, votre colère?

France bloquée. La CGT grève. La pluie renchérit. Macron s’ISF grave. Hollande hollandit. Valls valsera. La déprime s’imprime.  Il y a de l’ire dans l’air. Il y en a pour toutes les colères.

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19:32 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : #colère sociale, #france, #iniondation | |  Facebook | | |

30/05/2016

François Hollande : « Avec moi, le déluge, c’est maintenant ! »

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 Signes prémonitoires tombés du ciel. Mardi 15 mai 2012, il pleut sur Paris. Comme d’habitude. Les Champs-Elysées ont été vidés de leurs voitures pour n’en laisser rouler qu’une seule, celle du nouveau président de la République. Des barrières sont disposées sur la couture entre trottoir et chaussée pour contenir la foule.

Quelle foule ? Quelques futurs déçus se sont emballés de plastique pour applaudir, sans trop se mouiller, celui qu’ils conspueront dans quatre ans. Une poignée de touristes asiatiques qui font des selfies en profitant de la vue dégagée sur l’Impérial Tabouret que leur guide nomme Arc-de-Triomphe.

Quel triomphe ? Les rares applaudissements sont couverts par le tamtam de l’averse ou étouffés par l’emballage des badauds.

Voilà maintenant, le président tout neuf – debout à l’arrière de sa Citroën DS5 décapotable – qui salue le vide, sans parapluie, sans imper, sans chapeau. Stoïque, comme les chevaux de la Garde Républicaine qui trottent à ses côtés, la robe aussi trempée que le costume présidentiel.

Gris aussi, le costume. Comme la Citroën DS5. Comme le ciel. Comme « la-plus-belle-avenue-du-monde ». Comme l’Impérial Tabouret. Comme les arbres. Comme le casque des gardes républicains. Comme la mine des touristes. Voilà un quinquennat qui commence en couleurs.

Quatre ans plus tard, presque jour pour jour, les photographes immortalisent François Hollande et Angela Merkel en train de commémorer, sous un parapluie commun, la tuerie de Verdun. La pluie colle à Hollande comme une Rolex au poignet de Sarkozy. Il est vrai qu’un soleil radieux aurait été indécent en un tel lieu de sang et de boue.

Entretemps, la pluviométrie présidentielle n’a cessé de battre des records. Pour le plus grand bonheur des médias. Pluie pour célébrer le débarquement en Normandie peu après l’humide intronisation présidentielle. Trombes d’eau lors de la visite, en 2014 à l’Ile de Sein avec la célèbre photo des lunettes de Hollande emperlées d’eau. Même là où règne la sècheresse, le président le plus humide de l’Histoire de France déclenche les écluses célestes, comme il y a deux ans à Mayotte. Le Grand Sorcier Blanc avait alors ironisé sur ses pouvoirs aquatiques  : « Je viens un jour à Mayotte et il pleut. Je sais que ça fait quatre mois que vous attendiez ce moment et j’ai donc organisé ce déplacement à cette fin. »

Tout le monde se gausse de cette particularité de Hollande (pays où, il est vrai, sortir sans parapluie est fortement déconseillé). Tous les médias égrènent régulièrement les épisodes pluvieux du quinquennat. C’est donc cette image qui restera pour la postérité: celle d’un porteur de lunettes embuées, attendant en vain sous les seaux d’eau que le soleil revienne. Injuste ? Peut-être. Vision superficielle ? La surface n’est que le fond rendu visible. Il y a toujours une vérité lorsqu’une image revient de façon aussi récurrente.

« Après moi, le déluge », disait Louis XV, arrière-petit-fils du Roi Soleil. Réplique de François Le Pluvieux : « Avec moi, le déluge, c’est maintenant ! »

 Jean-Noël Cuénod

 

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