21/10/2014

TENIR

 

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Sous le soleil une volée de cloches

Secoue la poussière des chemins

Au loin tu passes vraie comme un mirage

Je ne t’attendais plus et te voilà

Tache de fraîcheur sous le ciel sec

Tu es à portée de voie T’appeler

T’appeler toutes affaires cessantes

Vers toi courir comme un enfant ému

Un mur te dérobe et me voilà nu

Mes yeux ne savent plus te chercher

 

 

                       Dans le ciel le vol d’une hirondelle

                       A gravé le signe de la perte

                       Pour m’inciter à la défaite

                       Il n’y a pas de drapeau blanc

                       Et je crache au ciel

                       Bénédiction

                       Colère sainte

                       Je reprends

                       Mes yeux

                       Toi

                       Toi

                       Enfin

                       Sur le mur

                       En équilibre

                       Les bras grands ouverts

                       Lançant des éclairs de rire

                       Sur l’armée des hommes gris

                       Ton soleil brûle mes yeux

                       Dans mes veines le souffle du feu

                       Et voilà mon corps revêtu de joie

 

 

Jean-Noël Cuénod


                                     ****     ****      *****

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 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

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- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

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16/10/2014

Devant l’Etat islamiste, la Turquie jette son masque démocrate

 

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Au début de son règne commencé en Turquie il y a onze ans, Recep Tayyip Erdogan (photo: avec le grand démocrate Ahmadinejad, ancien président iranien) devait inaugurer une nouvelle forme d’islamisme politique, à la fois conservateur dans les mœurs mais respectueux de l’Etat de droit et des principes démocratiques. Il voulait créer une sorte de parti démocrate musulman à l’instar des partis démocrates chrétiens européens. La Turquie allait, enfin, inventer le modèle de démocratie originale qui manquait tant aux pays musulmans.

  En tant que premier ministre, Erdogan a d’abord misé sur le processus d’entrée au sein de l’Union européenne. Des mesures ont été alors projetées pour permettre à la Turquie de s’insérer dans ce processus.

Auparavant, l’armée était la garante de l’ordre constitutionnel et laïque. Pour Erdogan, il fallait se débarrasser de cet encombrant concurrent qui lui faisait de l’ombre. Dans ce but, il s’est appuyé sur l’Europe et le respect de la Convention européenne des droits de l’homme en utilisant habilement ces principes démocratiques pour enlever ses prérogatives à l’armée turque.

 

Que les militaires soient écartés des leviers de commande politique, cela ne pouvait que réjouir les démocrates. Sauf qu’en Turquie, l’armée était aussi très attachée au respect de la laïcité inscrite dans la Constitution par le fondateur de la Turquie moderne Mustafa Kemal Atatürk. Or, Erdogan n’a eu de cesse de vider la laïcité turque de sa substance. En utilisant le masque démocrate, il s’est donc attaqué à cette laïcité qui l’empêchait de viser son but : remettre l’islam au centre de la politique, avec son auguste personne comme défenseur de la religion.

 

Aujourd’hui, Erdogan a modifié la Constitution en donnant l’essentiel du pouvoir au président de la République ; il s’est installé dans cette fonction le 28 août dernier, porté par une forte majorité d’électeurs. Car force est de reconnaître que, pour l’instant, Erdogan est soutenu par une majorité de Turcs, surtout dans les campagnes où sa popularité est à son comble. Cela dit, il ne cesse d’agrandir son pouvoir personnel et musèle les médias. Le rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), publié en février dernier, accuse la Turquie «d'être à la tête des pays ayant le plus grand nombre de journalistes incarcérés» (39 sont emprisonnés et 153 ont été blessés) pour la deuxième année consécutive. Parvenu au pouvoir par la voie électorale, Erdogan acceptera-t-il d’en être évincé de la même manière? Rien n’est moins sûr. Le pouvoir est une drogue. Le pouvoir absolu est un stupéfiant.

 

Désormais, son masque de gentil démocrate ne lui sert plus à rien. La Turquie est la championne incontestée des violations de la Convention européennes des droits de l’homme, avec 2521 condamnations prononcée par la Cour de Strasbourg, loin devant l’Italie (1651 condamnations), puis la Russie (1262). Et la Turquie ne cherche guère à remédier à cette sinistre situation.

 

L’attitude actuelle d’Erdogan face aux avancées de l’Etat islamiste au Kurdistan démontre aussi qu’il est prêt à s’entendre avec l’Etat islamiste sur le dos des Kurdes. Il les laisse se faire massacrer à Kobané, près de sa frontière syrienne, et empêche par la violence les Kurdes de Turquie d’aider leurs frères. Pire, dimanche et lundi, l’aviation turque a bombardé des positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), faisant d’Erdogan l’allié, au moins objectif, des égorgeurs de l’Etat islamiste.

 

Lorsque la Turquie avait frappé à la porte de l’Europe en 1999, il était possible de parier sur une intégration qui aurait permis à ce pays de se développer dans la démocratie. Aujourd’hui, tout démontre l’inanité de cette position. Sur les trente-cinq chapitres de négociations entre ce pays et l’Union européenne, quatorze ont été ouverts et un seul a pu être terminé définitivement. A l’évidence, Erdogan utilise l’Europe quand cela entre dans ses desseins – par exemple, se débarrasser de l’armée pro-laïcité – et la rejette pour le reste.

Autant prendre acte, clarifier les positions et abandonner ces négociations sans fin qui ne servent que de prétexte à un président turc dont la soif de pouvoir est inextinguible.

 

Jean-Noël Cuénod

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15/10/2014

Ségolène Royal jettera l'éponge en 2017: Le Plouc cause dans le poste

 

 

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Le Plouc a participé dimanche à l'émission de Marc Fauvelle, Tous Politiques, sur France Inter, avec, pour Le Parisien - Aujourd'hui en France, Henri Vernet. La ministre de l'écologie annonce qu'elle renoncera à la politique active en 2017. Mais d'ici là, elle compte bien occuper le terrain. On lui fait confiance.

Pour écouter l'émission, c'est ici.

 

Jean-Noël Cuénod

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14/10/2014

Le sang de la France et l’argent de Bruxelles

 Bruxelles tord le nez devant le projet de budget du gouvernement français qui ne dégage pas assez de mesures d’économie. Paris a prévu de raboter ses dépenses budgétaires de 21 milliards d’euros. La Commission européenne laisse filtrer cette information : la France devrait encore jouer du rabot en trouvant 8 milliards supplémentaires. C’est que, voyez-vous, la France ne retrouvera ses 3% de déficit autorisés pour les pays de la zone euro qu’en 2017. Cela représente un retard de deux ans par rapport au plan de rabotage prévu.

 

Ce projet de budget est, peut-être, mal ficellé ou trop timoré ou tout ce que l’on voudra. Mais, sciemment, Bruxelles ne prend pas en compte un paramètre important: l’Union européenne a délégué, de fait, sa défense armée à la France et, dans une moindre mesure, au Royaume-Uni.

Chaque fois qu’il faut aller au casse-pipe pour défendre les intérêts de l’Europe – hier en Afghanistan, aujourd’hui au Mali, en Centrafrique, en Irak et demain, ailleurs – l’armée française est requise. Actuellement, 8000 de ses militaires sont expédiés loin des leurs pour se battre contre les milices djihadistes. Il ne faudrait pas oublier que c’est aussi pour nous – Suisses compris – qu’ils risquent leur peau. Depuis le 1er janvier 2009, 84 d’entre eux sont morts en «opérations extérieures» (opex).

 

Ces «opex» ont aussi coût financier énorme. Pour la seule année 2014, le surcoût des opérations extérieures de l’armée française dépasse de 1,1 milliard d’euros la provision initiale (450 millions) prévue au budget. Et encore, l’envoi récent de l’aide aérienne fournie par la France en Irak n’a pas encore été comptabilisé.

 

Les autres pays d’Europe, la Grande-Bretagne mise à part, laissent donc la France se débrouiller ou alors ne lui apportent qu’une aide chichement mesurée.

La puissante Allemagne fournit surtout aux soldats français des batteries d’applaudissements et quelques pansements.

Comme ses prédecesseurs, Angela Merkel avance l’argument classique du passé allemand pour ne pas envoyer la Bundeswehr se battre à l’étranger. L’explication se justifiait après la Seconde guerre. «Armer l’Allemagne, c’est donner un bonbon à la liqueur à un alcoolique», disait-on à l’époque. Mais aujourd’hui, une telle position ne tient pas la route. Les générations polluées par l’idéologie nazie ne sont plus en état de nuire à quiconque. La caste militaro-prussienne des porteurs de moustaches cirées a passé l’arme à gauche depuis bien longtemps. L’Allemagne est l’un des pays les moins atteints par les idéologies d’extrême-droite.

 

Par conséquent, Berlin pourrait fort bien tenir son rôle sur les théâtres d’opérations extérieures. L’Allemagne n’entend pas le faire, surtout pour des raisons économiques, car elle devrait alors augmenter la capacité de la Bundeswehr, tant en personnel qu’en armement. On comprend qu’elle ne veuille pas se lancer dans cette coûteuse entreprise. Mais alors qu’elle se montre plus compréhensive vis-à-vis des écarts budgétaires français, puisque c’est son gouvernement qui donne le ton de la rigueur budgétaire à Bruxelles.

 

Cette situation est malsaine à tous égards. Soit l’Union européenne continue à profiter de la présence militaire française dans les conflits extérieurs, mais alors elle doit rémunérer la prestation ainsi offerte. Soit, l’UE met sur pied sa propre armée et c’est elle qui va au combat. Mais comme cela fait depuis 1954 que l’on évoque cette fantômatique armada, ce n’est pas demain la veille qu’elle deviendra réalité.

Les troupes françaises resteront donc pour l’Europe ce que les gardes suisses étaient pour le Royaume de France. A un détail près, les régiments helvètes se vendaient à fort bon prix[1].

 

Jean-Noël Cuénod



[1] On rapporte souvent cette anecdote. Louvois, ministre des finances de Louis XIV, devant les exigences des régiments helvètes, se serait ainsi adressé au roi: «Avec tout ce que lui ont coûté les Suisses, Votre Majesté aurait pu paver d'or une route de Versailles à Bâle.» A quoi aurait répliqué le lieutenant-général Pierre de Stupa : «Mais avec tout le sang que les Suisses ont versé au service de Votre Majesté, on aurait pu remplir un canal allant de Bâle à Versailles!»

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09/10/2014

Contre l'Etat islamique, quelles sont nos valeurs?

 

 

 Gagner une guerre sur le plan militaire ne sert à rien si on la perd politiquement. Au début des années 1960, l’armée française avait vaincu par les armes les indépendantistes algériens. Pour quel résultat? En 1962, l’indépendance de l’Algérie était proclamée et ses habitants d’origine européenne ont dû quitter leur terre natale dans des conditions particulièrement inconfortables.

La France avait perdu la seule bataille décisive, celle du rapport de force moral, politique et idéologique. Alors que son armée – encore traumatisée par sa déroute face à la Wehrmacht en 1940 et à la perte de l’Indochine – se crispait sur ses acquis en Algérie, de Gaulle avait compris, lui, que cet ascendant militaire n’était que provisoire.

Qu’elles étaient les valeurs défendues par la République? Perpétuer un régime colonial? Qui se battrait pour un tel motif? En France même, l’idée d’une poursuite des hostilités en Algérie a été vigoureusement rejetée par l’immense majorité des citoyens.

 

Certes, la guerre d’Algérie a peu de points communs avec celle qui fait rage contre l’Etat islamique. Toutefois, la leçon principale du conflit franco-algérien demeure: qui abandonne le terrain des valeurs perd la guerre.

Que nous jugions les valeurs de nos ennemis fausses, trompeuses, stupides, obscurantistes ou barbares importe peu; ce qui compte, c’est leur capacité de mobilisation.

Or, force est de reconnaître que l’Etat islamique (EI) mobilise. Les divers services de renseignements occidentaux estiment le nombre de combattants d’EI entre 12 000 et 20 000, voire plus. Parmi eux, figurent 2000 à 3000 terroristes originaires des pays occidentaux dont 700 à 900 Français, quelque 400 Britanniques et 270 Allemands. La plus forte proportion en fonction de la population est atteinte par la Belgique qui compte 250 djihadistes pour 11 millions d’habitants (voir aussi la vidéo).

La Suisse n’est pas épargnée. Le SRC (Service de renseignement de la Confédération) établit à 40 le nombre de djihadistes provenant du sol helvétique. C’est peu, surtout si on compare ce nombre avec les 800 volontaires suisses des Brigades internationales durant la Guerre d’Espagne (170 d’entre eux y laisseront leur vie). Mais le conflit actuel ne fait que commencer.

Selon toute vraisemblance, l’Etat islamique augmentera encore le nombre de jeunes Occidentaux dans ses rangs. Ils y éprouveront l’exaltation des combats, la fraternité des armes, l’apaisement moral des rituels collectifs, le sentiment de se battre pour une cause qui dépasse les étroites limites des hommes et celui de donner sa vie pour un idéal au lieu de la perdre dans un monde dépourvu de sens.

 

Et nous autres Occidentaux, au nom de quelles valeurs nous battons-nous? Pour la cause du pétrole qui va nourrir les bouchons routiers du week-end? Pour la survie du capitalisme financier qui n’a d’autre horizon que sa cupidité destructrice?

Dans le cynisme déprimé et régressif qui est la marque de nos sociétés cacochymes, les idées qui, jadis, mobilisaient les énergies ne provoquent plus que des ricanements et des haussements d’épaules fourbues. En levant les yeux vers le ciel, nous ne voyons plus rien, pas même l’azur. En les baissant sur la terre, nous les détournons bien vite de peur de voir les cadavres d’immigrés clandestins venus d’Afrique pour s’échouer sur nos côtes. Plus rien ne nous touche, sinon nos petites peurs d’Harpagon sénile. Et c’est avec cet état d’esprit que l’Occident part en guerre contre l’Etat islamique? Eh bien il est plutôt mal barré !

 

 

Si l’on ne compte que sur la force des armes, alors, à terme, nous perdrons. A quoi a-t-il servi de vaincre militairement les troupes de Saddam Hussein? A créer des monstres. Il faut donc se réapproprier ces valeurs qui ont permis à ceux qui nous ont précédé de vaincre l’adversité: le goût du pain partagé, le sentiment de faire corps, la main tendue vers le semblable et le dissemblable. Aujourd’hui, ces mots font rire les imbéciles.

Mais on n’est pas forcé de les suivre. Le cynisme ne créée rien d’autres que des crampes d’estomac alors que la fraternité a permis aux hommes de surmonter tous les obstacles. Serons-nous capables de ce sursaut moral?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

Voici le témoignage d’un jeune chercheur belge qui a rencontré des djihadistes en Syrie.


Un chercheur de la KUL a réalisé une thèse sur les jeunes djihadistes

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07/10/2014

DESTIN

 

 

Dans ce nid de poussière

Que le courant d’air néglige

Des lambeaux de souvenirs

Viennent y pondre leurs œufs

 

Il fait chaud dans la soupente

Larme ou transpiration ?

 

Peu importe c’est de l’eau

Et c’est de l’air qu’il nous faut

 

Ne pas mourir tout de suite

Laisser le chant de la terre

Dérouler tous ses refrains

Nos comptes ne sont pas réglés

 

Et les fumées du matin

Cachent encore des mystères

 

Nous respirons la poussière

Comme l’univers aspire

Ses planètes ses soleils

Pour en faire des trous noirs

 

Au ventre la lumière !

Des astres courent en nous

 

Quitter ce nid aux remugles

Errer dans le soir qui tombe

Sur un quai grouillant de rats

Des grains de nuit rouleraient

Entre les pavés luisants

Des bateaux prêts à partir

Balanceraient leur squelette

En attendant notre assaut

 

Jamais nous ne partirons

Nous avons perdu la clef

Les souvenirs monstrueux

Ont fait des tas de petits

 

Voilà notre air disputé

Voilà notre peau bleuie

 

Il n’y a jamais d’issue

Il n’y a que des murailles

A percer de nos mains nues

Mousses de chair sur la pierre

 

Les sarments de notre corps

Témoigneront de l’effort

 

Une vague d’espérance

Roulera sur nos dos secs

Il n’en restera rien

Qu’un peu de sel à nos âmes

 

Car nous n’avons pas fini

De poursuivre l’invisible

 

Brisant ses murs un à un

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 

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05/10/2014

Défilé de la Manif pour Tous et pour tous les fantasmes

Comme d’habitude en France, il sera impossible de savoir le nombre exact de participants à la mal nommée « Manif pour Tous », ce dimanche. Toujours aussi culottée comme une vieille pipe de curé, l’organisation des cathos annonce 500 000 porteuses de jupes plissées,  adeptes du loden et autres soutanes. La police, elle, dégonfle cette inflation à 70 000. Selon l’IPDP[1] les manifestants étaient nettement moins nombreux qu’en février dernier (100 000 personnes).

Mais une chose demeure : la Manif pour Tous les Cathos est toujours fort bien organisée par les réseaux proches d'une Eglise romaine qui, en France,  se dégrade en porte-parole d’une communauté crispée sur son passé comme Harpagon sur sa cassette. Même si, apparemment, les prélats prennent leurs distances avec le mouvement qu'ils ont contribué à lancer. Le Primat des Gaules Philippe Barbarin ne s'est pas montré dimanche parmi les manifestants, alors qu'il paradait en tête des cortèges au début de l'année.

 

Les slogans visent toujours à côté de la plaque : « non à la PMA », alors qu’elle ne figure même pas dans le programmes de François Hollande ; « halte à la théorie du genre », alors qu’elle n’est même pas enseignée. Mais pour ces gens-là, peu importe le réel ; seuls comptent les fantasmes.

Et puis, il faut bien faire pression sur le futur candidat Sarkozy en exigeant qu’il se prononce pour l’abrogation du mariage homosexuel. Voilà « Revanchator » bien embêté. Visiblement, il n’en a rien à faire de cette histoire de mariage gay. Mais comme il doit récolter le maximum de punaises de sacristie pour tenter sa reconquête de l’Empire après son Waterloo de 2012, Nicoléon Sarkonaparte est bien contraint de leur donner des gages. D’où les phrases emberlificotées qu’il a prononcées, à ce propos, lors de son retour en politique.

Si Sarkozy est élu en 2017, comment procèdera-t-il pour abroger le mariage homosexuel ? Que faire de tous les couples gays ou lesbiens qui ont convolé jusqu’alors en justes et légales noces ? Seront-ils divorcés de force ? Ou alors les laissera-t-on mariés en interdisant tous nouveaux mariages homosexuels ? Il s’en suivra une inégalité de traitement qui ne tiendra pas deux secondes devant la justice.

 

Cette Manif pour Tous est devenu, en fait, le bras armé du catholicisme qui n’a accepté la République qu’à la faveur – si l’on dire ! – de la Première Guerre mondiale. Il sait faire patte de velours lorsque les circonstances lui sont adverses. Mais dès qu’il sent se lever un vent favorable, le voilà aux aguets pour reprendre son magistère moral et imposer son mode de vie qui ne doit rien au Christ et à Dieu mais tout à sa soif de domination sur les humains.

 Comme si l’Eternel se souciait de la façon dont nous nous comportons au lit ! Comme si le Christ allait signer des actes de mariage !

 

L’Evangile ne nous demande pas d’autres choses que d’œuvrer contre les injustices que nous commettons chaque jour. Au lieu de chercher qui haïr au nom d’un Saigneur, cherchons qui aimer au nom de Celui que le pouvoir – tous les pouvoirs – crucifie.

 

 Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père (Jean 14,II). Il y a de la place pour tous. Pour les gays, les lesbiennes, les hétéros, les rejetés, les notables, les méprisés, les glorieux, les miséreux, les nantis, les noirs, les jaunes, les rouges, les blancs, les moins que rien, les plus que tout.

Et il y en a aussi pour les cathos.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Et voici deux affiches parodiques de la Manif antimariage gay.

 

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[1] Institut pifométrique du plouc

 

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02/10/2014

Sarkozy, Hollande et les astres morts de la politique française

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Outre leur commun destin présidentiel, Nicolas Sarkozy et François Hollande partagent au moins un point commun : ils ont tous deux signés l’acte de décès de leur parti. Entendons-nous bien : ni l’un ni l’autre n’ont tué l’UMP et le PS. Ils n’en sont que les fossoyeurs.

 

Il faut dire que tant à droite qu’à gauche, les acteurs politiques français ont toujours éprouvé de grandes difficultés à s’unir dans leur propre camp.

 

Les différentes formes de socialisme, divisées en multiples chapelles révolutionnaires, républicaines, réformistes ont mis un quart de siècle à s’unir. Elles n’y sont parvenues qu’en 1905, alors que le Parti socialiste suisse avait été fondé en 1888 déjà et le SPD, en 1890. Quinze ans plus tard, cette unité a été brisée par le congrès de Tours. La majorité avait choisi la ligne dictée par Lénine et l’Internationale communiste, la minorité restant dans le giron du socialisme démocratique sous le nom de SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière). La SFIO a développé par la suite une rhétorique révolutionnaire en complet déphasage avec sa pratique réformiste, qui allait même au-delà du pragmatisme social-démocrate des autres partis européens en participant activement à une guerre colonialiste, celle d’Algérie dans les années 50.

 

 Ayant perdu toute crédibilité, la SFIO s’est effondrée à la fin des années 60. Un homme politique en mal de pouvoir, François Mitterrand, en a ramassé les morceaux pour créer en 1971 « son » Parti socialiste qu’il a transformé en écurie présidentielle. Sur le plan tactique, ce fut une réussite puisque Mitterrand est parvenu au sommet de l’Etat pour y rester 14 ans, un record qui ne sera jamais battu.

Mais sans appui syndical, sans réseaux solides au sein des travailleurs, devenu une formation de permanents et d’élus, n’ayant pour tout horizon que la prochaine élection, ce parti – qui n’a de socialiste que le nom – était appelé à mourir lorsque les défaites électorales se sont accumulées. Comme avec la SFIO des années 50, l’écart entre le discours et la pratique est devenu trop grand pour que le PS mitterrandien reste une formation crédible aux yeux de la population.

Le règne de François Hollande n’est que l’ultime étape vers le cimetière.

 

A droite, la division règne aussi tout en prenant d’autres aspects. L’UMP n’était qu’un attelage ficelé en 2002 à la hâte pour les besoins électoraux de Jacques Chirac qui cherchait à se faire réélire à l’Elysée. Il a réuni deux des droites traditionnelles en France – selon la distinction opérée par l’historien René Rémond –d’une part la bonapartiste avec le RPR héritier des formations gaullistes et d’autre part, l’orléaniste avec l’UDF et ses nombreux réseaux du centre-droit.

Sur le plan idéologique, ces deux droites sont difficilement conciliables. La bonapartiste reprend la tradition centralisatrice[1] et autoritaire de la France ; elle place l’Etat au centre de l’action politique. Elle est imperméable au « laisser faire » contrairement à l’orléaniste qui représente le courant libéral, proche des milieux d’affaire, et ne fait pas de l’Etat le nombril de la France.

 Mais ces divergences fondamentales ont été provisoirement passées au second plan par la victoire de Chirac en 2002. L’  « effet gamelle » est toujours aussi magique ; dès qu’il s’agit de se répartir postes, prébendes et apanages les grands principes passent à la trappe. Mais lorsque survient le temps des défaites, il ne reste plus grand chose à partager et les alliés se rappellent alors à quel point leurs divergences idéologiques étaient profondes. Ainsi, dès 2012, le centre-droit a quitté l’UMP pour créer l’UDI sous la férule de Jean-Louis Borloo.

 

Avec le retour de Nicolas Sarkozy sur la scène politique, la division de la droite a pris une vitesse supérieure. « Revanchator » déclare « rassembler les Français » ; jusqu’à maintenant, il ne réussit qu’à diviser le couple Chirac ! Lundi, Bernadette prend fait et cause pour Sarkozy contre son rival à l’UMP Alain Juppé. Ce dernier, dès le lendemain, reçoit le soutien public de Jacques qui ne peut pas encadrer « Revanchator », à l’instar de sa fille Claude.

Pour la présidence du Sénat, l’onction apportée par Nicolas Sarkozy à Jean-Pierre Raffarin a eu comme effet répulsif de convaincre la grande majorité des sénateurs UMP de choisir son adversaire Gérard Larcher. Même chez les députés UMP, l’Ex ne fait pas l’unanimité.  Selon la chaîne radio RTL, la moitié d’entre eux ne soutiendraient pas Nicolas Sarkozy dans sa conquête de la présidence de l’UMP.

L’opinion publique n’est pas plus ravie par ce retour. En juillet, un sondage indiquait que 53% des personnes interrogées ne voulaient pas que Sarkozy retournât en politique. Après l’annonce de son retour, ce taux est monté à 56%. Seul les sympathisants de l’UMP le plébiscitent à 84%. Ce qui démontre que « Revanchator » n’est pas « Rassemblator ».

 

Nicolas Sarkozy et François Hollande ne peuvent donc se départir de leur rôle d’entrepreneur de pompes funèbres ; l’un célébrant les funérailles de l’UMP, l’autre organisant celles du PS. En espérant qu’ils ne mettront pas la France au cercueil.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Certes, le général de Gaulle avait préconisé une certaine décentralisation lors de son référendum d’avril 1969. Toutefois les électeurs n’avaient pas répondu à la question posée mais à celle sur laquelle de Gaulle voulait vraiment qu’ils se prononçassent, à savoir : « Voulez-vous encore de moi comme président ? » Et la réponse fut : « non » entraînant la démission du général. C’était l’époque où la parole politique avait encore du poids.

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28/09/2014

Marine Le Pen fait deux pas de plus vers la notabilité

 

images.jpgLe Sénat est à la France, ce que la Chambre des Lords est à la Grande Bretagne, une chambre parlementaire héritée de l’époque des diligences et des perruques poudrées. Une sorte de survivance du monde d’avant la démocratie.

En effet, le Sénat français n’a rien à voir avec le Sénat américain ou le Conseil des Etats suisse ; ses membres ne sont pas élus par le peuple mais par les grands électeurs, c’est-à-dire les parlementaires, les conseillers régionaux et généraux (départements) ainsi que les délégués des conseils municipaux. Il s’agit donc d’une assemblée de notables, élue par les notables et défendant les notables. C’est un entre-soi institutionnel.

Certes, de prime abord, son poids politique semble plus faible que celui de l’Assemblée nationale, élue au suffrage universel direct. Contrairement aux sénateurs, les députés disposent du pouvoir de renverser le gouvernement. Et en cas désaccord sur un projet de loi, c’est l’Assemblée nationale qui a le dernier mot, à la suite d’une « navette » entre les deux chambres.

Toutefois, on ne saurait négliger l’influence des sénateurs sur la vie politique française. Elle s’exerce de façon moins spectaculaire mais plus profonde, car les racines du Sénat plongent dans le terreau provincial et l’humus des collectivités locales.

 

Les parlementaires français tiennent souvent le rôle officieux d’intermédiaires entre leurs électeurs et l’administration, sorte de monstre protéiforme qui fige le citoyen dans l’angoisse dès qu’il met le doigt dans ses incompréhensibles engrenages. Les permanences des députés ou sénateurs sont pleines de quidams demandant tel passe-droit pour obtenir un permis de construire, tel piston pour que le petit dernier puisse entrer à la Poste. En Grèce, on appellerait cette pratique « clientélisme ». En France, on préfère parler de « présence sur le terrain ». C’est plus digne.

 

Or, à ce jeu-là, les sénateurs se montrent, en règle générale, plus efficaces que les députés. Elus des élus, ils connaissent souvent mieux que les députés les rouages de l’administration et savent à quelle porte frapper. Le sénateur a quelque chose de rassurant. Ce n’est pas lui qui va se pavaner devant les caméras. Il ne crève pas l’écran mais agit en coulisses.

 

Le Sénat se renouvelle par moitié tous les trois ans. Ce dimanche (28 septembre 2014), 179 sièges (sur 348) étaient remis en jeu et 87 000 grands électeurs, convoqués. Sans surprise, la gauche a perdu sa majorité sénatoriale, la droite UMP et le centre UDI l’a retrouvée après trois ans de purgatoire. Cette défaite des socialistes était inéluctable dans la mesure où ils ont perdu un nombre impressionnant d’élus locaux et, donc, de grands électeurs.

 

La seule surprise vient du Front national qui, pour la première fois, entre au Sénat. Les frontistes David Rachline (à droite sur la photo du bas), maire de Fréjus, et Stéphane Ravier (à gauche), maire du VIIe arrondissement de Marseille ont été élus. A gauche comme au centre-droit, la plupart des politiciens minimisent cette entrée de l’extrême-droite dans le Saint des Saints de la notabilité républicaine. Ils ont tort car ce succès marque une étape décisive vers la « dédiabolisation » du FN entreprise par Marine Le Pen.

 

Il s’est donc trouvé maints grands électeurs qui, bien que n’étant pas frontistes, n’ont pas hésité à voter pour l’extrême-droite. Il ne s’agit pas de citoyens peu au fait de la vie politique et qui mettent toute leur colère dans l’urne, mais de notables qui ont pignon sur rue. La porosité idéologique entre le Front national et les autres formations se vérifie une fois de plus. La « lepénisation des esprits » est un fait. Il y a quelques années, il aurait été inconcevable pour un élu local de voter en faveur d’un candidat frontiste. Aujourd’hui, un garde-fou est tombé.

 

Au Sénat, le duo lepéniste ne pourra guère bouleverser les votes. Mais ces deux jeunes élus vont découvrir de l’intérieur tous les rouages de la vie politique française, une connaissance qui manque cruellement aux frontistes. Les deux nouveaux sénateurs vont pouvoir combler cette grave lacune et parfaire la formation des cadres du FN.  Rachline et Ravier seront également en bonne place pour tisser ces réseaux d’influence qui font la force des sénateurs.

 

 Marine Le Pen vient donc de faire deux pas de plus vers la respectabilité et vers… le second tour de l’élection présidentielle en 2017.

 

 

Jean-Noël Cuénod 

 

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25/09/2014

Contre l’Etat islamique, Obama et les autres possèdent-ils le bon logiciel?

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La décapitation en Haute-Kabylie du guide de montagne français Hervé Gourdel par un groupe de tueurs qui a fait allégeance à l’Etat islamique ne peut que provoquer l’horreur. Mais à ce moment d’indignation légitime doit succéder la réflexion. En diffusant leurs scènes barbares sur les réseaux sociaux, les islamoterroristes visent à manipuler les populations occidentales pour que celles-ci influencent les dirigeants qu’ils ont élus. Sur les quelque 30 000 combattants de l’Etat, environ 3 000 viennent de pays occidentaux. Ils connaissent donc parfaitement la manière dont nous réagissons.

 

Les islamoterroristes savent que ces images ne peuvent qu’encourager les Etats-Unis et leurs alliés, comme la France, à leur faire la guerre. La preuve, après l’assassinat d’Hervé Gourdel, la France envisage désormais d’entreprendre des frappes aériennes sur la Syrie; jusqu’à maintenant, elle ne les réservait qu’à l’Irak.

L’Etat islamique cherche donc cet affrontement, car il veut mettre à profit l’avantage qu’il a pris en envahissant rapidement une grande partie de l’Irak et de la Syrie, sans que les puissances occidentales aient pu ou voulu l’en empêcher. De plus, face à l’Occident, il apparaît comme le «glaive contre les Croisés», seul capable de restaurer la fierté arabe.

 

La stratégie du calife Ibrahim est limpide: il veut fédérer sous le contrôle de son Etat islamique tous les sunnites du Moyen-Orient pour s’attaquer à ses anciennes bienfaitrices, les pétromonarchies du Golfe ; il créerait ainsi dans la région une grande entité sunnite qui procéderait d’emblée au «nettoyage confessionnel» en supprimant toutes présence chrétiennes, chiites, yézidis ou autres et en jouissant de la rente pétrolière, ce qui lui permettra de décupler son pouvoir de nuisance contre les «démocraties impies».

 

En face, qu’elle est la stratégie des Occidentaux? Il est difficile d’apporter une réponse tant elle est floue. Sa faiblesse réside dans le «péché originel» de l’Occident en Orient, à savoir le colonialisme. L’Etat syrien comme l’Etat irakien sont des créations artificielles, nées par la volonté des Britanniques et des Français, bricolées sur les ruines de l’Empire ottoman après la Première guerre mondiale. A l’intérieur de ces Etats vivaient des populations fort disparates au point de vue ethnique et religieux ; elles n’avaient donc pas le sentiment d’  «appartenir à une communauté de destin». On n’impose pas plus, de l’extérieur, le sentiment d’appartenance nationale que la démocratie. D’autant plus qu’en islam, politique et religion sont inextricablement liées et que le sentiment religieux l’emporte, en général, sur les aspirations nationales. Celles-ci, d’ailleurs, ont été souvent portées par des Arabes chrétiens, ce qui est tout sauf un hasard.

 

Tant que des dictateurs – très abusivement qualifiés de «laïcs»  en Occident – maintenaient par la force cette cohésion artificielle, tout allait bien pour les Occidentaux, mais aussi pour les Soviétiques qui, pendant la Guerre froide, ont mené une politique semblable à celle de leurs rivaux de l’Ouest. Dès que ces dictatures ont été mises à mal, le sentiment d’appartenance religieuse a repris sa place prééminente au sein des populations concernées.

Mais comme rien n’est simple, chez les Kurdes,  appartenant à un peuple privé d’Etat, c’est au contraire l’aspiration nationale qui a trouvé un nouvel élan à la suite de l’effondrement des dictateurs de naguère.

 

Aujourd’hui, que veulent les Occidentaux? Reconstituer l’Etat irakien? Mais n’est-ce pas tenter de réanimer un cadavre? L’Irak est le seul pays arabe à majorité chiite (51%) mais il abrite une forte minorité sunnite (46%); les chrétiens, encore nombreux il y a quelques lustres, se réduisent comme peau de chagrin. Dans l’actuel conflit entre chiites et sunnites, les uns et les autres choisiront leur camp religieux plutôt que celui d’une union nationale qui, pour eux, ne signifie plus grand-chose. Quant aux Kurdes, ils ne pensent qu’à une chose, créer leur propre Etat.

 

Autre faiblesse des Occidentaux, ils se sont appuyés sur les régimes les plus corrompus pour contrôler le Moyen-Orient. Ainsi, dans les villes sous emprise de l’Etat islamique le prix des denrées alimentaires a-t-il baissé, grâce à la répression de la corruption. Le politologue français Romain Caillet s’en explique dans Le Point:

«En Irak comme en Syrie, l'Etat islamique a mis en place une flopée d'organisations caritatives, telles que le service de protection des consommateurs (qui contrôlent les prix des denrées alimentaires), un organisme de contrôle de la viande hallal, un bureau de relation avec les tribus ou même un bureau de conciliation des citoyens».

 Pour s’imposer auprès des populations qu’il contrôle, l’Etat islamique use à la fois de la terreur et de la bienfaisance. Or, auparavant, ces populations n’avaient guère connu que la terreur sans la bienfaisance. Pour une grande partie d’entre elles, l’Etat islamique est plus qu’un moindre mal.

 

Or, que font les Etats-Unis et les Européens? Contre l’Etat islamique, ils continuent à s’allier aux pétromonarchies, c’est-à-dire à des régimes qui figurent parmi les plus obscurantistes, les plus tyranniques et les plus corrompus de la planète. Des régimes qui sont particulièrement impopulaires au sein des populations du Moyen-Orient.

Comment espérer l’emporter dans ces conditions? Car des frappes aériennes ne suffiront pas à détruire l’Etat islamique. Et que faire si des troupes occidentales – aussitôt assimilées aux Croisés – doivent entreprendre des opérations terrestres dans cette région qui leur est hostile à tous points de vue?

 

Est-on prêt à une telle confrontation? Ni Obama ni aucun autre dirigeant occidental n’apportent de réponse. Dès lors, se pose cette question: les responsables des Etats démocratiques possèdent-ils le bon logiciel pour lutter contre l’Etat islamique?

Avec l’émergence des nouvelles technologies, des réseaux sociaux et de la diffusion immédiate d’images à fort contenu émotif, est apparue une nouvelle espèce de politiciens. Ils savent gérer de façon efficace ces instruments et cherchent à répondre à l’émotion publique de la façon la plus adéquate et la plus rapide.

Mais ces mêmes qualités qui leur ont permis de gagner les élections risquent de se muer en défauts, une fois parvenus au pouvoir. Contrairement à Mitterrand, ils ne savent plus comment donner du temps au temps. Ils réagissent plus qu’ils n’agissent.

 

Cela tombe sous l’évidence, il est impossible de laisser l’Etat islamique continuer sa progression infernale. Mais les démocraties ne peuvent pas se contenter de tomber dans ses pièges médiatiques. A son propos, il convient d’adopter une stratégie claire élaborée sur la base d’une réflexion à long terme et d’une ample vision historique. Les dirigeants occidentaux sauront-ils se désintoxiquer des émotions pour entreprendre cette mission? Le sort de cette guerre en dépend.

 

Jean-Noël Cuénod 

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23/09/2014

Sarkozy, en Revanchator cratopathe

 

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 Il a mis son complet présidentiel, bleu pétrole, rehaussé de l’insigne de sa légion d’honneur, rouge pétant. Persuadé qu’il est de retrouver les glaces de l’Elysée dans trois ans, Nicolas Sarkozy s’est même rasé. Comme avant, les médias lui ont ouvert ces boulevards d’audience qu’ils ne semblent réserver qu’à lui. Avec une nuance toutefois. Dimanche, devant les caméras de France 2, Laurent Delahousse s’est montré un peu plus saignant à l’égard de l’Ex qui veut devenir Néo. Signe que, tout de même, quelque chose a changé et que 2017 ne sera pas la répétition de 2007.

 

Fascinante d’ailleurs, cette intervention télévisée de Sarko Revanchator en ce qu’elle a montré, de façon spectaculaire, l’opposition entre le babil pour gogos et le langage du corps. Lorsque de la bouche de Sarkozy s’extirpent les mots emmielés,  «apaisement», «totale absence de revanche», «rassemblement», «nouvel horizon», «paix sociale», tout son corps crie, «affrontement», «bagarre», «haine de l’adversaire», «vengeance», «pas de quartier», et surtout «moi», «moi», «moi».

Sarkozy s’admire tellement, voue à sa personne un tel culte, qu’il en deviendrait presque touchant, à l’image de ces bambins tout éblouis par la rencontre avec eux-mêmes dans un miroir. Chez lui, «Je» n’est pas un autre. Il faut dire à sa décharge que Sarkozy n’est pas Rimbaud. Ses semelles ne sont pas de vent mais du plomb dont il a fait sa syntaxe.

 

Pourquoi ce retour? Pour sauver la France? Et quoi encore? De 1993 à 2012, avec une parenthèse de sept ans, Sarkozy n’a pas cessé d’occuper le pouvoir comme ministre dans les postes les plus essentiels (Budget, Intérieur, etc.) et à la tête de l’Etat. Et il ne serait pour rien dans la débâcle actuelle? Ce que l’on doit reprocher à l’actuel président Hollande, c’est de s’être montré incapable d’arrêter la chute de la France. Mais enfin, Sarkozy est l’un de ceux qui l’ont poussée dans le précipice!

Lorsque le guide a failli, on le laisse au chalet, on ne va pas lui confier une nouvelle cordée. 

 

Donc reposons la questions : pourquoi cette opération «revanche» ? Afin de pouvoir crier au complot politique contre le numéro 1 de l’opposition lorsque Sarkozy sera mis en examen dans l’un des huit dossiers pénaux où figure son nom? L’hypothèse tient la route, mais la méthode Berlusconi a ses limites, même en Italie. A force de se poser en victimes des vilains juges, Sarkozy prend le risque que les électeurs se demandent si avec autant de fumées, il n’y aurait tout de même pas un foyer quelque part.

 

 L’explication du phénomène Revanchator tient surtout dans le mal qui accable la caste politique française – et Sarkozy plus que d’autres – la cratopathie[1], cette maladie du pouvoir. C’est comme l’héroïne, dès que vous y avez touché, vous êtes perdu. L’ivresse des palais, de la cour qui guette le moindre de vos claquements de doigts et qui, même, les précède, le plaisir sublime de guider la vie des autres et d’être le chef d’orchestre de l’Histoire… On ne guérit pas de tels symptômes. On ne les soulage même pas.

 

Le ridicule dans tout cela est qu’aujourd’hui, la société mondialisée a bouleversé la donne. Le pouvoir politique ne guide plus la vie des autres et les musiciens n’obéissent plus à la baguette du chef d’orchestre. De la puissance des Etats, il ne reste que des palais vides. Sarkozy se rêve en maître d’un monde qui n’existe plus.

 

Antonio Gramsci résumait ainsi, avec huit décennies d’avance, la période que nous traversons :

L'ancien monde se meurt, le nouveau ne parvient pas à voir le jour; dans ce clair-obscur surgissent les monstres.

Il arrive aussi que surgissent des pitres.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Alain Juppé se pose en rival principal, à droite, de Nicolas Sarkozy. Il répond aux piques que son «ami» lui a réservées dans le Journal du Dimanche            


Juppé répond aux attaques de Sarkozy par 6MEDIAS

[1] Néologisme forgé en 2006 par Le Plouc, de kratos, pouvoir et pathos, maladie.

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19/09/2014

Qui étaient les enfants juifs inscrits sur la stèle vandalisée?

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 Elevée avenue de la Rose à Marseille, cette stèle évoque la mémoire d’enfants juifs déportés par l’occupant nazi en 1943, avant d’être tous massacrés à Auschwitz. Cette pierre est tout ce qui reste de leur si brève présence sur cette terre. Elle a été monstrueusement graffitée, cet été, au plus fort de la polémique suscitée par la bataille de Gaza. Il ne s’agit pas ici de rallumer des vaines querelles mais de rappeler le nom de ces petits qu’une main immonde a tenté, une nouvelle fois, d’effacer. Et de se souvenir des circonstances qui ont présidé à la création de ce monument.

 

Nous sommes le 1er mai 1943, des hommes de la résistance marseillaise blessent deux SS. En guise de représailles, le lieutenant SS Willie Bauer, chef de la Section IV (chargée entre autres des affaires Juives), ordonne des rafles de Juifs, sans épargner les enfants et même les nourrissons. Ces otages sont répartis en plusieurs centres. Certains, parmi les plus jeunes, sont dirigés vers le château de la Verdière, 40 avenue de la Rose, sis dans les quartiers nord de Marseille. Il a été détruit depuis, remplacé par un supermarché.

 

En ce lieu, note l’historienne Suzette Hazzan (site: www.lemeilleurdemarseille.fr), «les familles se croyant sauvées de la déportation, reprenaient vie et espoir. Sous la direction d’Alice Salomon, secondée par Claude Lehmann, étudiant en médecine, la surveillance médicale était assurée, les mères pouvaient sortir et recevoir des visites.»

 

Cruelle mise en scène des nazis. Dès le 20 octobre 1943, tous les otages, petits et grands, sont déportés à Auschwitz. Le plus jeune, Albert Coronel, n’y échappe pas malgré ses six mois. En tout, quarante-quatre personnes, dont vingt-huit mineurs, sont transportées vers le camp d’extermination, via Drancy, dans les convois 62, 63 et 68. La monitrice Alice Salomon se porte volontaire pour accompagner les enfants. Elle mourra d’asphyxie au cours du voyage. Un seul de ces déportés est revenu vivant d’Auschwitz, Claude Lehmann. Tous les autres ont été gazés, puis réduits en cendres.

 

Cette stèle, sans doute, est-elle aujourd’hui remise en état. Voici les noms des enfants juifs déportés dans ces trois convois.

 

  • Jeanne Aboudy, 20 ans
  • Suzanne Aboudy, 16 ans
  •  Muriel Aboudy, 13 ans
  •  Murielle Arrovas, 11 ans
  •  Rachel Arrovas, 14 ans
  • Josette Arrovas, 9 ans
  • Germaine Arrovas, 7 ans
  • Sabin Arrovas, 4 ans
  • Jacques Attas, 2 ans
  • Clarisse Bentoyan, 17 ans
  • Simone Bentoyan, 12 ans
  • Georges Bentoyan, 8 ans
  • Albert Bentoyan, 11 ans
  • Irène Benittah, 6 ans
  • Georgette Benittah, 3 ans
  • Jeny Blumenfeld, 9 ans
  • Mireille Blumenfeld, 4 ans
  • Henri Blumenfeld, 2 ans
  • Albert Coronel, 6 mois
  • Guy Chicheportiche, 8 ans
  • Renée Chicheportiche, 5 ans
  • Serge Deminden, 4 ans
  • Arlette Grigri, 7 ans
  • Julie Kaddouche, 10 ans
  • Alphonse Kaddouche, 4 ans
  • Joseph Kaddouche, 3 ans
  • Jacques Tordjman, 1 an
  • René Tordjman, 1 an.

 

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13/09/2014

PREMIER CAILLOU

 

 

 

Souviens-toi du premier caillou

Que tu as saisi au creux de la main

Le monde tenait dans cette merveille

 

Tout était possible même la mer

Tout t’appartenait même le soleil

 

La montagne traçait les sentiers

Pour te sauvegarder de ses chaos

 

Libre roi sans sujet sans ennemi

La couronne inscrite sur tes genoux

Royaume d’herbes sèches et de vipères

De noisetiers après la pluie

Et de tronc d’arbre en patte d’éléphant

 

 

Tu étais l’étoile et la molécule

Tu savais tirer le feu de la pierre

Tu lisais l’univers à livre ouvert

Tu parlais la langue d’avant la langue

Avec pour unique alphabet ton coeur

 

Ne connaissant rien tu savais tout

Familier des oiseaux et des morts

 

Tu n’avais pas encore appris les murs

Petit soleil marchant dans la forêt

 

Tu avais disparu et te voilà

J’attendais tendu l’écho de tes pas

Mais tu n’as pas raté le rendez-vous

Ouvre donc ta main et laisse tomber

Ton premier caillou sur le cercueil

 

 

                     **********

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

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11/09/2014

Obama, Al-Assad et l’Etat islamique, vers un gloubiboulga pimenté (les Jeudis du Plouc)

 

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« Notre objectif est clair. Nous affaiblirons et, à terme, détruirons l’Etat islamique ». En prononçant mercredi ces paroles martiales, Barack Obama s’est voulu rassurant. Deux semaines après avoir avoué que les Etats-Unis n’avaient pas de stratégie vis-à-vis des partisans du Calife Ibrahim, voilà le président américain qui nous en sort une, toute fraîche, encore emmaillotée dans son emballage d’origine. Les services américains ont mis huit ans à se rendre compte du danger représenté par cet Etat autoproclamé. Mais en quelques jours la Maison-Blanche a trouvé la parade à l’avancée des « califistes » en Irak et en Syrie. Miracle ou mirage ?

 

Si l’objectif « est clair », pour reprendre l’expression d’Obama, les moyens pour y parvenir ne le sont pas du tout. Le président annonce que l’intervention américaine se limitera aux frappes aériennes qui seront étendues à la Syrie, après avoir été ordonnées en Irak. Mais ce ne sera pas suffisant pour contrer les troupes de l’Etat islamique (EI) qui occupent de vastes territoires en Irak et en Syrie (voir carte). Le « service au sol » sera assuré en Syrie par les rebelles anti-Bachar de tendance laïque et démocrate (Armée syrienne libre), explique la Maison-Blanche. A cet effet, le président Obama va demander au Congrès de débloquer 500 millions de dollars pour équiper et former ces combattants occidentalo-compatibles. Ces derniers, malheureusement, sont mal organisés, divisés et ont démontré leur inefficacité sur le terrain militaire. A telle enseigne, qu’ils ont laissé les troupes djihadistes les plus radicales prendre la tête des opposants au dictateur syrien Bachar Al-Assad, parmi lesquels figurent les combattants qui agissent aujourd’hui au nom de l’Etat islamique.

 

Surtout, l’inévitable question de l’ennemi principal se pose d’emblée. Actuellement, il y a deux guerres en Syrie. L’une menée contre Bachar Al-Assad et l’autre contre l’Etat islamique qui, lui-même, combat les troupes de Bachar! Les Etats-Unis luttent donc à la fois contre le dictateur de Damas et le calife de l’EI. Mais comment mener le feu sur deux fronts à la fois sans courir à l’échec ? Comment porter le fer contre une partie des opposants au régime syrien (les troupes de l’EI) sans faire le jeu d’Al-Assad ? Comment garantir que les armes fournies par les Etats-Unis aux rebelles occidentalo-compatibles ne vont pas, en fin de compte, enrichir l’arsenal du calife, déjà bien pourvu en matériel d’origine américaine amassé en Irak?

 

Ce que ne dit pas Barack Obama, c’est qu’il sera bien obligé de choisir entre la peste « calife » et le choléra « Bachar ». Sans doute, ménagera-t-il Al-Assad, l’Etat islamique faisant courir plus de danger sur la scène mondiale que le régime syrien. Nous souhaitons bien du plaisir au président lorsqu’il devra expliquer que le « monstre de Damas » n’est, au fond, pas si monstrueux que ça ! Sa parole perdra encore un peu plus de son poids.

 

Pendant ce temps, l’allié de Bachar, la Russie, compte les points en Syrie et avance ses pions en Ukraine. L’autre allié de Damas, l’Iran – désormais replacé dans le jeu mondial par son opposition farouche à l’Etat islamique –, espère profiter de cette situation nouvelle en décrochant un accord le statisfaisant sur le dossier nucléaire.

 

Les Etats-Unis en particulier et le monde en général, auront bien de la peine à digérer ce gloubiboulga pimenté.

 

Jean-Noël Cuénod


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07/09/2014

Obama n’a pas de stratégie contre l’Etat islamique : mais que fait la CIA ?

 


 imgres.jpg«We don’t have a strategy yet for fighting ISIS»  – «Nous n’avons pas encore de stratégie pour combattre l’Etat islamique» –  voilà ce que déclarait le 28 août Barack Obama,  responsable, paraît-il, de la première puissance mondiale. Relevons que l’ISIS en question n’est point la déesse égyptienne qui a reconstitué le corps de son mari et frère Osiris démembré par Seth, mais la traduction anglaise de cet Etat islamique qui a démembré la Syrie et l’Irak pour reconstituer le Califat de l’horreur obscurantiste.

 

Ainsi le président américain se lance dans une guerre contre un adversaire dont il ignore à peu près tout, sans avoir la moindre idée de la façon dont il va la mener. 

Voilà qui est aussi rassurant qu’un communiqué de l’OMS sur les avancées du virus Ebola, sauf qu’en ce cas, les scientifiques commencent à mettre au point des médicaments. Alors qu’en Irak-Syrie, Obama et, avec lui, tout l’Occident, patinent sur le houmous.

 

Pourtant, contrairement à ce que la plupart des médias diffusent, l’Etat islamique n’est pas né au début de cet été. Sous le nom d’ «Etat islamique en Irak» (devenu plus tard «Etat islamique en Irak et au Levant»), il a été fondé en 2006 par des sunnites radicaux, en lutte contre le pouvoir chiite irakien, qui revendiquaient déjà le contrôle de six grandes villes dont Bagdad, au moins en partie. 

A la faveur de la guerre civile contre Bachar Al-Assad, cet Etat autoproclamé s’est emparé de nombreux pans de la Syrie, dès avril 2013. L’an passé, l’Etat islamique se trouvait donc à la tête d’un vaste territoire englobant des districts syriens et irakiens. Mais cela n’avait guère soulevé l’émotion diplomatique et médiatique. Ce n’est qu’en juin dernier, lors de la proclamation du Califat par l'émir Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi (devenu calife Ibrahim) que, tout d’un coup, l’Etat islamique a semé la panique dans les chancelleries et les rédactions.

 

Par conséquent, lorsqu’Obama tombe des nues en découvrant ce phénomène, nous, nous tombons de l’armoire! 

 

Les Etats-Unis entretiennent à grands frais – plus de 75 milliards de dollars en 2012 – une «Communauté du renseignement» (Intelligence Community). Formée de dix-sept agences, employant près de 100 000 personnes, elle comprend notamment la CIA, la DIA (défense), la NSA avec ses longues oreilles qui traquent le moindre courriel au fin fond de la Lozère ou du Kamchatka et qui sait chez quel fournisseur à domicile, Angela Merkel a commandé sa bratwurst. 

 

Rien n’échappe au renseignement yankee. Sauf, l’essentiel.

 

Les agences américaines ont raté successivement, la révolte hongroise de 1956, l’arrivée au pouvoir de Khomeini, le 11-Septembre 2001, entre autres échecs cuisants. Ils ont donc également loupé la montée de l’Etat islamique. 

Soit Obama n’a pas suivi les analyses de ses services, soit ces derniers n’ont rien vu venir. Dans les deux cas, le contribuable américain peut se demander pourquoi verser 75 milliards de dollars par an à des organismes aussi inaptes à comprendre le monde ou à se faire écouter des dirigeants politiques. Autant consacrer ce fabuleux trésor à bâtir des assurances sociales dignes de ce nom.

 

L’un des reproches formulés par les services de renseignements français (nettement plus efficaces avec beaucoup moins de moyens) à l’endroit de ceux des Etats-Unis, est d’avoir privilégié le recours aux technologies de pointe au mépris de la récolte d’informations sur le terrain. De plus, on écoutant tout et n’importe quoi, la NSA embouteille tout le système d’analyses. Et un drone ne donnera jamais de «tuyaux» utiles sur les dissensions au sein de tel ou tel clan islamiste.

 

Toutefois, cette explication reste limitée. En effet, le renseignement américain avait  multiplié les bévues avant l’apparition des nouvelles technologies. Peut-être, faut-il voir dans cette incapacité chronique une conséquence de la culture des Etats-Unis centrée sur elle-même, à l’instar de ces sports collectifs que cette nation est à peu près la seule à pratiquer. 

 

On ne peut pas prétendre gouverner le monde en étant fasciné par son nombril.

 

Jean-Noël Cuénod


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04/09/2014

Avec Valérie Trierweiler et François Hollande, les «sans-dents» nous laissent sans voix! (Les Jeudis du Plouc)

 

 

 

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Elle paraît aux Arènes, la chose que Valérie Trierweiler consacre à son ci-devant compagnon, le président Hollande. Ce qui augure bien, et de la forme et du fond puisqu’il s’agit d’un règlement de mécompte amoureux.

 Tout d’abord, levons-nous et respectons une minute de silence à la mémoire des arbres qui ont été sacrifiés pour fabriquer ce machin imprimé.

 

 

Le seul avantage de cette publication (interdit de prononcer à son propos les mots «livre», «bouquin», «ouvrage», «œuvre»!) est qu’il est possible d’en causer sans le lire. Chaque média publie, en bonnes feuilles de mauvais aloi, un chapitre arraché à l’éditeur – au plein gré de son insu – pour une exclusivité vachement intergalactique. Il suffit donc de balayer son écran d’ordinateur pour placer dans son éprouvette virtuelle quelques gouttes de fiel distillées par la journaliste Trierweiler à propos de son ex.

 

Il y a quelques années, celui-ci déclarait détester les riches. Lors de son discours du Bourget en 2012, c’était la finance que le candidat vouait aux gémonies. Son ex-copine nous apprend aujourd’hui que le président ne peut pas encadrer les pauvres qu’il surnomme les «sans-dents». Voilà qui nous laisse sans voix.  François Hollande aurait-il une dent contre ses électeurs? Mais qui ment comme un arracheur de dents, chaque fois qu’il prend le crachoir?

 

En tout cas, ce truc en papier nous montre dans quelles profondeurs abyssales la société merdiatique entraîne la politique et le journalisme, ces mots nobles devenant vils par cette alchimie à l’envers  qui transforme l’or en plomb.

 

Une journaliste partage le lit du président. Et une fois larguée, la voilà qui balance à des milliers d’exemplaires les «misérables petits tas de secrets» (Malraux scribit) du ci-devant couple. Elle trahit ainsi deux fois sa profession. La première en entrant de plain-pied dans les sphères du pouvoir, sans quitter le journalisme mais sans pouvoir dire quoique ce soit sur l’exercice dudit pouvoir. La seconde, en se servant de son savoir-faire dans le seul but de satisfaire une vengeance personnelle.

Quant au président, il était discrédité par les méandres de sa politique, le voilà devenu ridicule par la divulgation de ses travers. Rien ne semble tenir droit chez lui.

 

Et l’on s’étonne que les politiciens et les journalistes perdent le peu de crédibilité qui leur reste?

 

Jean-Noël Cuénod

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01/09/2014

Université d’été du PS français à La Rochelle (2): L’impossible social-démocratie

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Photo JNC prise devant l'Université d'été de La Rochelle, dimanche 31 août 2014. Une militante distribue des tracts contre la politique du gouvernement Valls-Hollande. 

A l’Université d’été du PS à La Rochelle, lors d’un entretien inopiné, le politologue français Roland Cayrol nous a fait toucher du doigt la principale caractéristique qui sépare le PS des autres partis sociaux-démocrates européens:

«le PS n’est pas – et n’a jamais été – un parti social-démocrate, contrairement à ce que prétend François Hollande. Un parti social-démocrate repose sur une organisation syndicale puissante. Cela n’a jamais été le cas pour le socialisme français».

 

Beaucoup de syndicats mais peu de syndiqués, telle est la situation singulière de la France. A titre de comparaison, la plus importante centrale syndicale de ce pays, la CGT, revendique quelque 690 000 adhérents, alors que l’Union syndicale suisse en compte près de 400 000 pour… huit fois moins d’habitants. En Grande-Bretagne, le parti travailliste a été carrément créé par les syndicats qui voulaient disposer d’un relai politique. En Allemagne, en Autriche, en Suisse, dans les pays scandinaves, une seule centrale syndicale domine avec laquelle chaque parti socialiste ou social-démocrate a tissé des liens tellement étroits qu’on peut les qualifier de consubstantiels.

Les responsables syndicaux deviennent souvent des dirigeants politiques au sein de ces formations. En France, cette situation est rarissime. A telle enseigne que l’élection du syndicaliste de la CFDT Edouard Martin au Parlement européen sur la liste du PS français a été perçue, du côté des syndiqués, comme une trahison. Une réaction qui serait inimaginable en Suisse ou ailleurs.

 

Cette séparation entre gauche politique et syndicalisme remonte, au moins, à 1906, lorsque la CGT a créé sa Charte d’Amiens qui a donné le ton, par la suite, à toutes les autres centrales. Sous l’influence de l’anarcho-syndicalisme, cette Charte visait deux objectifs. D’une part, la défense des revendications immédiates et quotidiennes; d’autre part, la lutte pour une transformation de la société «en  toute indépendance des partis politiques et de l’Etat». Il n’y avait donc pas ce partage des rôles propres aux autres pays précités: aux syndicats les revendications sociales quotidiennes; aux partis de gauche, la transformation de la société. Au contraire, en France, syndicats et partis sont entrés en concurrence pour «changer le monde». Il s’en est suivi une idéologisation des syndicats qui se sont donc fragmentés, chacun défendant sa vision de la société.

 

Ce processus a créé la situation inverse à celle visée par la Charte d’Amiens. Alors qu’elle prônait l’indépendance du syndicat vis-à-vis des partis, cette Charte a abouti à créer des syndicats fortement idéologisés qui se sont soumis à des formations politiques, sans pour autant les influencer de façon notable, du fait de cette soumission. C’est ainsi que la CGT est devenue la courroie de transmission du Parti communiste français et la CFTC, la représentante de la doctrine sociale de l’Eglise catholique, deux entités qui, en matière de propagande et de contrôle, ont démontré toute l’ampleur de leur efficacité.

D’autres syndicats ont tenté de résister à ce processus. Force Ouvrière a quitté la CGT afin de se libérer du parti stalinien. Et la CFDT, issue de la CFTC, s’est émancipée de l’institution romaine. Mais ils n’ont pas réussi à créer une organisation unie et puissante, ni même à fournir au Parti socialiste des dirigeants de haut niveau, à l’exception, notable certes, de Jacques Delors (CFDT) et Pierre Bérégovoy (FO).

 

 

Le PS français s’est formé un autre humus, celui offert par le socialisme municipal. Au fil des succès électoraux, assurés par de bons gestionnaires, le Parti socialiste s’est créé de vastes réseaux sur tout le territoire. Il a attiré à lui les employés locaux, les fonctionnaires, les enseignants et s’est créé une clientèle à défaut de former des militants.

Parallèlement, cette large et implantation a séduit les éléments les plus carriéristes de la société française, ceux qui sont sortis de la fabrique à hauts fonctionnaires, l’Ecole nationale de l’Administration (ENA). Une grande partie d’entre eux ont adhéré au PS parce qu’ils voyaient dans ce parti une possibilité de promission. Ils auraient tout aussi bien pu choisir l’UMP ou une formation centriste de gouvernement. Par conséquent, ils leur a manqué cette «fibre populaire» qui permet à une formation sociale-démocrate de rester connectée au peuple. D’où l’autisme de l’actuel gouvernement.

 

 Autre élément négatif, alors qu’ils étaient environ 60 000 (sur quelque 100 000 adhérents !), les élus socialistes ont diminué de moitié après la déroute des élections municipales de ce printemps. Comme le PS repose en grande partie sur eux, le voilà fort dépourvu quand le tsunami électoral fut venu!

 

Le socialisme municipal semble avoir fait son temps. Et il est impossible de créer une sociale-démocratie sans substrat historique. «La gauche peut mourir», disait Manuel Valls. Pour le bon équilibre démocratique, il faudrait qu’elle renaisse en inventant un nouveau modèle qui pourrait fort bien inspirer les autres partis de la gauche européenne qui n’affichent pas tous une santé rayonnante. 

 

Jean-Noël Cuénod 

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30/08/2014

Université d’été du PS français (1): leçons de faire-savoir

 

 

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Avant de tirer les conclusions de l’Université d’été du PS français en rade… de La Rochelle, retenons les leçons de faire-savoir prodiguées samedi par certains ministres ou ex du gouvernement Valls-Hollande. Impressionnants. De vrais artistes. S’ils n’ont pas encore compris les fondamentaux de l’économie mondialisée, au moins maîtrisent-ils les nouveaux moyens de communications.

Le Plouc s’en est persuadé en rédigeant ses touïtes au fil des interventions de l’Ejecté Arnaud Montebourg et du ministre des finances Michel Sapin, ainsi qu’en assistant à l’arrivée vélocipédique de la Garde des Sceaux et des Dérailleurs Christiane Taubira.

 

Prenons le match Montebourg-Sapin. L’orateur s’efforce de commencer ni trop dur ni trop mou, afin de laisser les touïteurs se chauffer, tout en marquant son territoire. Après cette période initiale, il lance sa première phrase touitable. Bien entendu, elle ne doit pas dépasser les cent quarante signes maximum requis par ce truchement gazouilleur. Montebourg passe à l’attaque: «Nous avons construit le patriotisme économique au quotidien».

Cinquante-quatre caractères, ce qui laisse au touïteur l’espace nécessaire pour situer le lieu et les circonstances de la déclaration. Il s’agit aussi de prendre la pose patriotique, histoire de ne pas laisser Marine Le Pen agiter seule le drapeau tricolore.

 Et ainsi de suite, jusqu’à la dernière salve, celle qui doit viser Manuel Valls, l’Ejecteur de l’Ejecté : «C’est le destin des responsables politiques de se faire congédier lorsque, quelque fois, ils ont raison».

Nonante caractères, ce qui ménage de la place pour les guillemets et la mise en situation. Et lorsque Montebourg parle «destin», chaque auditeur pense aussitôt «2017». C’est de la mécanique subliminale.  

 

Entre ces phases touïtables, l’orateur prend soin de réserver, en  longues plages, une série de propos anodins afin de laisser le touïteur souffler, tout en ménageant les effets rhétoriques. Les Mozart du babil numérique savent que les fortissimi doivent être judicieusement dosés.

 

Sur ce terrain, le ministre Sapin a paru un peu vermoulu en comparaison du concertiste montebourgeois. Mais pour la mise en scène, la diva reste Christiane Taubira.

 

Elle doit marquer son soutien aux «frondeurs» tout en restant au gouvernement. Il lui faut donc attirer l’attention des médias afin que, si Valls l’éjecte à son tour, cela fasse le maximum d’images. Or, pas de bol, lorsque Taubira va débarquer, Montebourg fait son numéro devant toutes les caméras. Qu’à cela ne tienne, la Garde des Cycles (photo prise devant l’Elysée) arrive à vélo à l’Espace Encan où se tient l’uni d’été rochelaise. Succès garanti. Toujours à l’affut du dérisoire spectaculaire, les faiseurs d’image fondent sur la pétulante pédaleuse comme un essaim de guêpes.

 

Pour être politicien en France, il ne faut pas seulement causer fort, il faut aussi pédaler juste.

 

Et l’on se prend à songer que si les membres de cette caste mobilisaient autant de talents sur leurs dossiers qu’ils en fournissent pour leurs shows, la France s’en porterait d’autant mieux.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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28/08/2014

Montebourg l’imposteur – Les Jeudis du Plouc

 

images.jpg Ministre de l’économie s’opposant en paroles à la politique économique qu’il est chargé de conduire, Arnaud Montebourg a donc cessé – très provisoirement – de se payer la tête des Français. Remarquons qu’il n’a pas de lui-même renoncé à ses fonctions, ce qui lui aurait conféré un semblant d’allure. Il a été extrait du gouvernement par le premier ministre Valls et le président Hollande, comme une écharde.

 

Auteur en 2001, avec Vincent Peillon, d’un rapport sur la Suisse et le blanchiment d’argent sale truffé d’erreurs et d’approximations, Montebourg avait déjà montré à cette occasion que son faire-savoir dépassait de plusieurs coudées son savoir-faire. La Suisse et l’argent sale sont-ils des thèmes porteurs ? «Allons-y gaiement, ça nous propulsera au firmament médiatique. Et ne nous encombrons pas d’inutiles exactitudes». Cela lui avait valu de se faire appeler «Montebourde» par la presse romande. 

Bien entendu, ce fracassant rapport n’a eu aucun effet. Le secret bancaire suisse n’a été coulé, une douzaine d’années plus tard, que par la seule volonté de la puissance américaine. Montebourg n’a joué, dans cette affaire, que le rôle de mouche du coche. Il est vrai que cet agaçant diptère et le vrombissant politicien partagent plus d’un point commun.

 

Aujourd’hui, l’Ejecté de Frangy-en-Bresse affirme que la voie économique suivie par François Hollande mène à l’échec; il réclame la fin des mesures d’austérité et l’instauration de la relance par l’augmentation du pouvoir d’achat. La croissance qui en résulterait, permettrait de créer des emplois.

Tout d’abord, le France ayant perdu une grande partie de son tissu industriel, l’augmentation, aujourd’hui, du pouvoir d’achat des Français favoriserait surtout les importations, creusant encore plus le déficit commercial de ce pays. Dès lors, on voit mal comment l’emploi pourrait croître dans ces conditions. Cela dit, il est vrai que les mesures d’austérité adoptées par Hollande-Valls risquent fort de créer une déflation catastrophique.

 

Comment le gouvernement socialiste de la France s’est-il mis dans cette fâcheuse posture? Les causes sont nombreuses mais proviennent d’une erreur, «mère» de toutes les autres. A peine élu en juin 2012, François Hollande a renoncé à sa promesse de renégocier le pacte budgétaire européen – le tristement fameux TSCG ­– qui avait été adopté fort légèrement par l’alors président Sarkozy sous la pression de l’Allemagne d’Angela Merkel. Ce traité condamne ceux qui l’ont signé à suivre des mesures d’austérité budgétaires dictées, dans les faits, par Berlin. En le paraphant, la France s’est mise dans l’incapacité à reconstruire son industrie, notamment dans les domaines de l’environnement et du développement durable. Le candidat François Hollande avait bien vu l’écueil. Devenu président, il s’est aussitôt couché devant la chancelière allemande sans obtenir la moindre concession majeure.

 

Or, à la même époque, le ministre du Redressement économique (non, ce n’est pas drôle!) Arnaud Montebourg n’avait pas dénoncé cette capitulation concédée avant même le combat. Au contraire, il s’était montré solidaire de l’action du gouvernement auquel il appartenait de plein droit. Dès lors, lorsque Montebourg réclame aujourd’hui des mesures de relance rendues impossibles par le traité qu’il a approuvé, on ne frise plus l’imposture. On la défrise. Carrément.

 

De même,  ses rodomontades et tartarinades n’ont pas empêché le groupe Mittal de fermer ses hauts-fourneaux à Florange. Il avait tenté de faire oublier cet humiliant échec en lançant la promotion de produits français à la «une» des magazines, son torse télégénique enveloppé d’une marinière armoricaine (photo : sa marionnette aux « Guignols»).

 

L’action politique d’Arnaud Montebourg se borne donc à promouvoir son égo, à prendre la pose, à s’agiter mécaniquement lorsque pointe une caméra. Son modèle, c’est Sarkozy. Son anti-modèle, c’est Mendès-France.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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22/08/2014

Etat islamique, Russie, Iran and Co : à la recherche de l’ennemi principal (les Jeudis du Plouc)

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Mao Tsé-Tung en fit l’une de ses grandes réflexions stratégiques durant sa conquête du pouvoir. Il est essentiel de déterminer l’ennemi principal et, pour l’abattre, de s’allier avec l’ennemi secondaire. Quitte, lorsque l’ennemi principal est vaincu, à se retourner contre l’allié provisoire redevenu ennemi principal. Vous me suivez? Le Plouc vous avertit qu’il s’agit, en l’occurrence, d’une Longue Marche…

C’est ainsi que les troupes Parti communiste chinois ont pactisé avec celles de leurs adversaires nationalistes du Kuomintang, tout d’abord entre 1924 et 1927 contre les puissants seigneurs de la guerre, puis entre 1937 et fin 1945, contre les envahisseurs japonais. Dès les Nippons battus, la guerre civile a repris ; elle s’est conclue le 1er octobre 1949 par la victoire des communistes de Mao. Le Kuomintang a dû se contenter de régner sur Taïwan.

Mais à l’époque, les rapports de force se présentaient de façon ­– relativement – simple en Chine. Il fallait choisir entre faire la guerre à son ennemi national ou s’allier avec lui contre l’envahisseur.

 

Aujourd’hui, pour les Etats démocratiques, déterminer l’ennemi principal devient un casse-tête qu’on n’ose à peine qualifier de chinois. Il y a surabondance de facteurs hostiles. Or, il est impossible de vaincre en luttant sur plusieurs fronts à la fois. Pour l’instant, les démocraties n’ont pas encore choisi leur ennemi principal.

Ou plutôt, cet ennemi principal change tout le temps de tête: il y a trois ans, c’était le dictateur syrien Bachar al-Assad ; l’an passé, l’AQMI et divers groupes djihadistes au Mali lui ont volé la vedette ; au début de l’année les agressions de Poutine en Ukraine ont pris le dessus sur la scène médiatique. Et lorsque la météo belliqueuse s’apaise pendant un bref moment, on reparle du nucléaire iranien ou alors le couple infernal Netanyahou-Hamas se déchaîne une fois de plus. Dans ces conditions, on ne sait plus où donner de la haine.

 

Il s’ensuit que jamais, dans la période contemporaine, la situation internationale n’est apparue aussi confuse, aussi déstabilisante, aussi angoissante. Les chefs d’Etat paraissent tous dépassés par des événements ; ils ne feignent même plus d’en être les organisateurs.

 

Mais la donne risque de changer maintenant. Une petite organisation djihadiste active en Irak, puis en Syrie, portant le fer à la fois contre Bachar al-Assad et ses opposants démocrates, a pris tout le monde de court – et en premier lieu Obama. Elle est parvenue à s’emparer de manière fulgurante d’une grande partie de l’Irak et de la Syrie, créant ainsi l’Etat islamique (anciennement Etat islamique en Irak et au Levant-EIIL), une sorte de "Djihadistan". Son chef Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi – qui se fait désormais appeler Ibrahim – s’est proclamé Calife, rétablissant l’ordre islamique de l’époque ottomane. Il n’entend pas en rester là et veut étendre son Etat à l’ensemble de l’Irak et de la Syrie mais aussi de la Jordanie et de toutes les terres de la région. En tant que Calife, les musulmans lui doivent obéissance partout, affirme-t-il.

En égorgeant le journaliste américain James Foley, en terrorisant les Arabes chrétiens et les Yézidis, en appliquant la dictature la plus implacable au nom de la charia, en s’emparant de pans entiers de deux pays, l’Etat islamique a décuplé le pouvoir de nuisance de l’islamoterrorisme.

A cet égard, il convient de remercier les pétromonarchies du Golfe qui ont largement financé la bande du Calife avant de se rendre compte, mais un peu tard, que ce chien enragé allait mordre la main de ceux qui l’ont nourri pendant si longtemps. Un grand merci aussi à la Turquie qui a fermé les yeux sur l’approvisionnement en armes de l’Etat islamique.

 

D’aucuns ont cru que le pseudo-Calife Ibrahim n’était qu’un chef de bande ensauvagé à la tête de brutes épaisses incapables de concevoir une politique cohérente. Rappelez-vous, on disait jadis la même chose à propos de Hitler.

La presse américaine relate qu’en fait, l’Etat islamique est en train de constituer une autorité de façon fort habile, en prélevant un impôt bien inférieur aux pots-de-vin de rigueur dans les régimes précédents en Syrie ou en Irak, en ouvrant des hôpitaux, des dispensaires, des centres alimentaires afin de répartir la nourriture de façon équitable, en réorganisant la vie sociale. Nul doute que cette politique va séduire une large part des habitants, épuisés par des guerres civiles dévastatrices. Actuellement, les troupes de l’Etat Islamique comptent entre 20 000 et 40 000 hommes. Chaque jour, de nouveaux volontaires viennent d’un peu partout, attirés par le versement d’un salaire régulier et la dynamique du succès.

 

Alors, voilà enfin l’ennemi principal rêvé pour les démocraties ! Certes, Poutine risque fort de profiter de cette situation pour pousser ses pions en Ukraine. Mais il sait aussi que l’islamoterrorisme peut faire rage à l’intérieur de ses propres frontières. Dès lors, la puissance américaine saura-t-elle amener la Russie à se contenter d’avaler la Crimée et à laisser l’Ukraine en paix ? Sera-t-elle capable de convaincre le gouvernement israélien et le Hamas à mettre une sourdine à leurs affrontements sans fin? Espérons-le car, avec cet Etat islamique fondé sur le terrorisme, il y a péril en nos demeures, encore plus qu’à l’époque de Ben Laden. Mais les hésitations du décevant Obama au Proche-Orient ne sont pas pour nous rassurer.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Le reportage de Meydan Dairieh, un journaliste palestinien, qui décrit l'embrigadement des enfants au "djihadistan" ou Etat islamique 


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