18/09/2017

Théâtre : le Tartuffe de Fau prêche le vrai (+vidéo)

Par son génie Molière parvient à déceler ce qui traverse les siècles dans les rapports sociaux en permanente mutation. Le Malade Imaginaire se porte toujours comme un charme. Quant à Tartuffe, la mise en scène de Michel Fau (qui joue aussi le rôle-titre) au Théâtre de La Porte Saint-Martin démontre à quel point, il reste un personnage-clé au XXIe siècle.

Bien sûr, tout le monde a les yeux braqués sur Michel Bouquet – il aura 92 ans le 6 novembre – qui campe un Orgon plus borné que jamais. Mais pour impressionnante qu’elle soit, cette performance ne devrait pas masquer ce qui fait la justesse du parti-pris de Michel Fau. Les décors baroquissimes d’Emmanuel Charles (assisté par Emilie Roy) font allusion au XVIIe siècle mais leur grandiloquence peut caractériser toutes les époques. Il en va de même pour les costumes de Christian Lacroix (assisté par Jean-Philippe Pons) qui évoquent l’Ancien Régime sans pour autant s’y appesantir. Costumes, décors et mise en scène n’occultent pas le contexte historique de l’œuvre, tout en lui ménageant les ouvertures nécessaires pour que le spectateur se dise : « Mais enfin, Tartuffe, c’est le portrait craché de mon voisin ! » 

Réussite de Michel Fau en tant que metteur en scène, donc. Et même constat pour son travail d’acteur. Le rôle-titre est d’autant plus malaisé à incarner que Molière lui a réservé de longues plages d’absence. L’acteur doit faire en sorte de donner une telle épaisseur à son personnage que sa présence reste palpable lorsqu’il n’est plus sur scène. Fau a relevé ce défi. Impossible d’oublier la figure chafouine de ce Tartuffe, une figure qui, si l’on ose dire, appelle les coups de pieds aux fesses.  Michel Fau prêche le vrai en réunissant en lui la masse des bigots gouroutiques, d’ici et d’ailleurs, d’aujourd’hui, de naguère et de jadis. En se drapant dans sa toge de soie rouge cardinalice, il les enrobe tous.

Les autres acteurs – Juliette Carré (la mère d’Orgon), Nicole Calfan (sa femme, Elmire), Bruno Blairet (Cléante), Georges Bécot (l’huissier), Alexandre Ruby (le fils d’Orgon, Damis), Dimitri Viau (L’Exempt) ­– sonnent au diapason. Un bémol majeur pour Christine Murillo, pétulante et maternante Dorine. Les deux plus jeunes acteurs – Justine Bachelet (Marianne, la fille d’Orgon) et Aurélien Gabrielli (Valère, le prétendant d’icelle) – ont moins convaincu Le Plouc. Comme il arrive souvent aux acteurs de leur âge, la diction est imparfaite et la voix, mal posée. Le contraste avec les comédiens plus chevronnés est saisissant.

Théâtre politique au sens le plus élevé

Le Tartuffe est une pièce politique au sens le plus élevé – et même aérien – du terme. Elle est même révolutionnaire sous bien des aspects en ce qu’elle renverse les rôles sociaux, alors même que son auteur était le protégé de Louis XIV qui fit de l’Etiquette la clé de voûte de son pouvoir. Comme souvent chez Molière, les domestiques tiennent une place inversement proportionnelle à celle qu’ils occupent dans cette société plus fixée que figée. C’est Dorine qui est la gardienne du bon sens et s’évertue à défendre les intérêts de la famille. Elle n’hésite pas à houspiller, à bousculer, à railler son maître. D’ailleurs, les femmes ont le beau rôle, à l’instar d’Elmire qui déploie toute l’étendue de sa finesse pour déciller les yeux d’Orgon, son mari, et confondre Tartuffe.

Alors que les hommes apparaissent englués dans leur crétinisme (Orgon), leur cynisme (Tartuffe) et leur impuissance verbeuse (Cléante), Dorine et Elmire agissent, manipulent les marionnettes mâles et triomphent.

La scène finale est particulièrement parlante. Orgon se désole d’avoir fait donation de sa maison au Gourou lubrique qui a pris pour complice, la justice personnifiée par le mal (ou trop bien) nommé Monsieur Loyal, huissier de son état. C’est alors que le représentant du Roi transcende l’acte judiciaire pour chasser l’injustice et embastiller Tartuffe.

Bien entendu, Molière se devait de caresser son Louis XIV dans le sens du poil de perruque et donner ainsi à celui qui le protégeait les gages nécessaires pour demeurer en Cour. Mais cela va beaucoup plus loin. Dans toute cette pièce où il n’est question que de Lui, Dieu n’intervient jamais. Nulle statue du Commandeur mise en mouvement par l’Eternel pour rétablir la justice, comme dans Don Juan. Certes, le Roi est de droit divin mais il reste un humain. Et c’est lui, royal mortel, qui se substitue à Dieu pour faire justice. A l’époque, une telle idée est explosive. Louis XIV, bien qu’il appréciât fort la pièce, l’avait interdite de représentation publique pendant cinq ans et Molière dut en rédiger une nouvelle version.

Il est aussi remarquable qu’aucun homme d’Eglise ne vienne porter contradiction à l’imposteur. Celui qui tient le rôle du bon chrétien sage et aristotélicien n’est pas un prêtre mais un laïc, Cléante, le beau-frère d’Orgon. Ce sont donc les humains qui tiennent tout en main dans leur sphère d’activité. En cela, Molière met en scène les paroles de l’Evangile, « rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ». Mais l’Eglise officielle se souciait de l’Evangile comme de sa première chasuble. Elle ne visait qu’à se maintenir au pouvoir. L’institution ecclésiastique aurait pu se satisfaire de la peinture d’un dévot hypocrite. Mais le fait d’être ainsi écartée de l’acte final où justice est faite, avait de quoi la bouleverser. Cent-vingt ans après la création finale de la pièce (1669), c’est la France puis l’Europe qui seront mises cul par-dessus tête.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO 

Le Tartuffe – Théâtre de la Porte Saint-Martin – Paris – Renseignement : https://www.portestmartin.com

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13/09/2017

Lettre au camarade inconnu

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Les lendemains chantent sur cette photo d’un ouvrier aux yeux clairs brandissant le poing. Derrière lui, son copain fumeur de pipe se marre comme s’il avait fait une bonne farce aux patrons. Nous sommes le 30 mai 1936, dans l’une des nombreuses usines parisiennes en grève après la victoire du Front populaire. Lettre à un camarade inconnu.

Cher camarade,

Je t’écris du futur. De ce futur auquel tu as sans doute voué ta vie. Il y a dans ton regard tout l’espoir du monde. Tu n’étais qu’une fiche dans le casier de l’horloge-pointeuse, te voilà, non plus sujet, mais citoyen. Pour la première fois, tu as prise sur ta vie. Ton usine, c’est toi et tes potes qui la maîtrisent en ce 30 mai 1936. Et le patron devra en passer par les négociations. C’est lui qui tremble, désormais.

 Au début du mois, le Front populaire a remporté les élections. Dans la foulée, les grands bataillons du prolétariat, enfin unis, se lancent dans la bataille sociale. Grèves dans toute la France, usines occupées. La justice et la fraternité semblent à portée de main. Après des années de luttes et de privations, de colères rentrées et de révoltes avortées, toi et les tiens approchent enfin du but. Le socialisme, ce grand soleil qui illuminait tes nuits, est débarrassé de ses brumes. Il fait chaud en ce mois de mai, comme un printemps qui n’en finirait jamais.

Dans trois mois, les premiers accords de Matignon t’offriront ce que ton père n’osait même pas rêver : les congés payés et les 40 heures de travail hebdomadaire sans diminution de salaire. Tu entends encore ton paternel : « Tu vois un peu le patron nous payer à rien foutre ? Et bosser 40 heures par semaine pour la même paye ? Mais c’est de la folie tout ça ! Ils ne voudront jamais. » Eh bien « ils » ont dû céder ! Le papa et la maman iront bientôt avec les gosses voir enfin la mer.

Bien sûr, tout ne tombe pas cuit dans le bec. Il faut se battre ; ce que le patron te donne, il cherche aussitôt un biais pour te le reprendre. Dans quelques mois, l’inflation, cette hyène affamée, va bouffer les augmentations de salaire que tu viens d’arracher.

Bien sûr, tu seras trahi à toutes les sauces durant le XXe siècle. Et par les tiens, qui plus est. Du moins, les tiens qui prendront du galon à l’usine, au syndicat, en politique.

Si tu es socialiste à la SFIO, tes élus te conduiront dans des guerres, surtout en Algérie, dont tu auras tout à perdre et rien à gagner. Et ils renonceront à combattre le capitalisme pour un plat de lentilles. Copieux d’abord, le plat de lentilles, puis se réduisant au fil des crises, avant que le Parti socialiste lui-même se dilue dans l’impotence.

Si tu es communiste, tes dirigeants couvriront les pires horreurs du goulag au nom d’une « dictature du prolétariat » qui n’est autre qu’une dictature sur le prolétariat, commise par de nouveaux bourgeois encore plus rapaces que les anciens. Au XIXe siècle, l’anarchiste Michel Bakounine avait pourtant lancé cet avertissement : Prenez le révolutionnaire le plus radical et placez-le sur le trône de toutes les Russies ou confiez-lui un pouvoir dictatorial [...] et avant un an il sera devenu pire que le Tsar lui-même.

A propos d’anar…Peut-être l’es-tu après tout ? Alors tu en baveras comme tes camarades tués à droite et à gauche, fusillés à Kronstadt par Trotski, éradiqués par Staline, massacrés par Franco et Hitler, assassinés par Mussolini, emprisonnés ici, exilés là. Les anarchistes ne tiennent guère le couteau par le manche. Ils ne t’ont pas déçu, eux. Soyons lucides, ils ne se sont pas souvent trouvés en position de décevoir quiconque.

Aujourd’hui, tes descendants sont éparpillés dans des métiers improbables et jetables. Remplacé par des décideurs hors-sol, le patron d’autrefois a disparu. On le détestait souvent. On le haïssait parfois. Mais enfin, il avait un visage.

Le futur n’est plus ce qu’il était, cher camarade. Tu seras vendu, spolié, bafoué. Mais ce moment-là, où tu brandis ton poing joyeux, personne ne pourra te le voler. Il reste inscrit pour l’éternité. Ton regard clair nous assure toujours que l’impossible est possible.

Jean-Noël Cuénod

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07/09/2017

Genève ou le déclin doré sur tranche

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Il n’y aura plus de quotidien 100% genevois, désormais. Les rédactions des pages « Suisse », « Monde », « Economie » et « Sports » de la Tribune de Genève et de 24 Heures (Lausanne) seront concentrées en une seule entité basée à Lausanne. Ne subsisteront dans les deux quotidiens que les pages locales et culturelles. Genève, ville internationale… Vraiment ?

Cette involution est tout sauf surprenante et ne constitue qu’une étape supplémentaire dans le long processus agonique du quotidien genevois créé en 1879 qui est passé des mains du groupe lausannois Edipresse en 1991 à celles du zurichois Tamedia en 2011. Que Zurich ait choisi Lausanne pour vassal principal, voilà qui n’a rien d’étonnant. Les bonnes âmes mettront la géographie en avant en excipant du caractère plus central de la capitale vaudoise. Mais cette explication ne suffit pas. La vérité est, hélas, plus rude à entendre pour nos oreilles genevoises.

Lorsque le visiteur débarque à Cointrin ou à Cornavin, il est saisi ­par les multiples travaux de constructions qui rendent la circulation problématique, le caractère cosmopolite de la ville, l’activité qui paraît prospère, les bagnoles de luxe qui engorgent le pont du Mont-Blanc. Et pourtant, Genève amorce depuis plusieurs années son déclin. Un déclin doré sur tranche. Mais un déclin tout de même.

Sur le plan de l’animation culturelle, Lausanne a bien su gérer la culture « squat », celle qui irrigue la jeunesse de toute sa vitalité. Au contraire, Genève l’a brimée et misé sur l’élite et son prestigieux Grand Théâtre. C’est bien pour conserver la culture du passé. C’est nul pour développer celle de l’avenir. Au moment où Lausanne s’est réveillée, Genève s’est endormie.

D’autres signes de déclin sont apparus. Alors que le Servette FC était l’un des plus grands clubs de foot de l’Histoire suisse, avec ses exploits en coupes européennes, il ne s’est trouvé aucune force à Genève pour le replacer à son niveau.

De même, les succès électoraux des partis démagogistes – UDC et MCG – ont illustré le mécontentement populaire devant ce déclin mais ces choix funestes ne pouvaient qu’aggraver la situation. Sur le plan national, l’UDC, notamment par les déclarations de Blocher[1], a démontré le peu de cas qu’il faisait des Romands et de leurs intérêts. Dès lors, du point de vue genevois, voter pour ce parti revient à élire un chasseur au parlement des chevreuils.  

Quant au MCG, sa haine contre les frontaliers français relève de la stupidité suicidaire. A l’étroit dans ses limites, la ville-canton a besoin de son arrière-pays savoyard et gessien pour se développer harmonieusement. Le MCG ignore encore qu’on peut changer beaucoup de choses dans le monde, mais pas la géographie. Par son pouvoir de nuisance, ce parti a contribué fortement au déclin en s’opposant à ce que Genève devienne une grande métropole transfrontalière.

Pour un média vraiment indépendant à Genève

Le triste sort réservé à la Tribune de Genève n’est donc pas séparable de ce processus de régression. Il ne sert à rien d’incriminer les « vilains Zurichois » et leurs « vassaux lausannois ». Inutile aussi de mettre nos déboires sur le compte de la révolution numérique qui a bouleversé les médias de fond en comble. Elle n’a épargné personne, cette révolution ; force est de reconnaître que d’autres ont su, bien mieux que nous, tirer leur épingle du jeu (ou les marrons du feu, c’est selon). Nous autres Genevois sommes les premiers responsables du déclin de la République et canton en général et de sa presse[2] en particulier.

Le député PDC Guy Mettan – qui a dirigé la Tribune de Genève – a déposé une motion au Grand Conseil (parlement genevois) pour tenter de s’opposer au projet de transfert rédactionnel à Lausanne et lutter en faveur d’une presse locale forte et indépendante. Heureuse et courageuse initiative qui rompt d’avec la torpeur ambiante. Il convient de la soutenir car tout est bon pour éteindre le feu au lac. Toutefois, ne nous berçons pas d’illusion. Le groupe Tamedia ne changera pas de politique et tout ce qui pourra être dit à son propos glissera comme gouttes d’eau sur les plumes des cygnes qui attendent leur pitance au pied de l’Ile Rousseau.

Si Genève veut à nouveau détenir un média qui représente la vision du monde d’une ville internationale tout en développant les informations locales et transfrontalières, elle ne doit tabler que sur elle-même en créant une plateforme médiatique qui harmonise éditions « papier » et numériques. En effet, il ne faudra pas compter sur les autres pour défendre le point de vue et les intérêts d’une cité qui ne sera jamais comme les autres, de par son Histoire si particulière.

Les talents existent. L’argent abonde. Il manque l’essentiel : la force morale.

Cette nouvelle étape dans l’agonie médiatique réveillera-t-elle « l’esprit genevois » ,dont nous nous sommes tant glorifiés naguère, pour créer cette plateforme d’information ? Le Plouc n’est guère optimiste. Mais il aimerait tant que ses concitoyens le détrompent !

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Basler Zeitung, 13 février 2014 : « Les Romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible. »

 [2] Lorsque Le Plouc était stagiaire, c’est-à-dire il y a quelques millénaires, entre 1972 et 1975, il y avait à Genève cinq quotidiens : Voix Ouvrière, Journal de Genève, La Suisse, Le Courrier, Tribune de Genève. Le quotidien socialiste Le Peuple-La Sentinelle venait de disparaître en 1971.

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06/09/2017

MAUDIRE ET MOTS DIRE

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Un poème qui vient de sortir. Prenez-le, si tel est votre désir.

 Prendre les mots par la main

Par les pieds par les oreilles

Par tous les bouts qui dépassent

Oui même là et là

Les dresser pour les placer

Dans la clairière du temps

Rangs serrés garde-à-vous fixe

Pas un mot plus haut que l’autre

Qu’ils fassent silence complet

Qu’ils soient maudits sans mot dire

 

Ils ont commis tant de crimes

Ourdi tant de trahisons

Précipité tant de chutes

Annoncé tant de défaites

Désignant sage le fou

Laissant le sage sans voix

Glorifiant le poltron

Humiliant l’homme-droit

Adorant tous les reflets

Haïssant tous les soleils

 

Les mots sont tous enduits

De mélasse et de mensonges

Pour capturer notre esprit

Et nous le rendre poisseux

Que nul n’échappe à leur glu

A leur sirop de fiel

Amertume doucereuse

Confuse confiserie

De l’or ils font de la boue

Alchimistes à l’envers

 

D’eux plus rien à tirer

Nul besoin de jugement

Abattons-les sur-le-champ

Non c’est mieux noyons-les

Dans la rivière d’acides

Qu’aucun d’entre eux n’en réchappe

Le feu qu’ils ont étouffé

Ne peut plus les consumer

Alors que le feu liquide

Les ronge jusqu’à la moelle

Jean-Noël Cuénod

17:42 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : poésie, poème, mots, mort | |  Facebook | | |

02/09/2017

Un statut pour le Premier Chien de France !

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Nemo, Labrador d'Etat.

Nul en France n’ignore le nom du chien adopté par Emmanuel Macron, Nemo, ni son destin tourmenté de labrador croisé griffon abandonné à Tulle. A Tulle, ville du prédécesseur ! Tout un programme ! Nemo s’inscrit donc dans la longue liste des chiens présidentiels. Mais voilà qu’une lacune béante s’ouvre sous ses pattes : le Premier Chien de France n’a pas de statut.

Vous allez m’accuser de sombrer dans le mauvais goût le plus indigne en faisant ainsi allusion au statut de Première Dame de France qui a retenu l’attention des médias bien plus que les ordonnances sur la loi Travail. Certes. Mais êtes-vous conscients du rôle éminent tenu par la gente canine dans l’Histoire ?

 Les « chiens blancs du Roy » étaient bichonnés par Henri II – qui s’occupait personnellement de leur nourriture – François 1er, Henri IV et Louis XIV. Charles IX allait même jusqu’à partager ses repas, son bain et sa couche avec sa chienne Courte (on ne sait ce que la Reine Elisabeth d’Autriche en pensait). L’auteur des Animaux Célèbres (Editions Arléa), Michel Pastoureau, nous apprend que Courte était revêtue « d’un vêtement de velours vert qu’un valet lui enfilait au moment du coucher. »

La monarchie présidentielle ne pouvait faire moins. Passons sur Bébé, le canard que Jules Grévy chérissait en lui donnant chaque jour à manger dans les jardins de l’Elysée. Les canards, surtout enchaînés, portent la guigne aux présidents. Charles de Gaulle, malgré son affection pour Rasemotte – le gorgi offert ­par l’inévitable Reine d’Angleterre – et pour son matou Grigri, n’avait pas gardé à l’Elysée ces deux dignes représentants du règne animal; ils devaient rester dans la propriété privée, à La Boisserie, Colombey-les-deux-Eglises. Il faut ajouter aussitôt que de Gaulle et tante Yvonne préféraient nettement le charme barrésien de leur propriété chaumontaise aux ombres pécheresses du Palais de la Pompadour.

A partir de Georges Pompidou, l’Elysée a connu le règne du labrador obligatoire. Etonnante prescience du deuxième président de la Ve République, le spécimen initial de la dynastie labradorienne a été baptisé Jupiter, ce qui doit sonner comme du Mozart aux oreilles macroniennes. L’Histoire retiendra que Jupiter était un mâle couleur chocolat.

Son successeur Valéry Giscard d’Estaing aimait à se faire photographier aux côtés de Jugurtha et Samba. François Hollande n’avait d’yeux que pour Philae.

Mais c’est Baltique, chantée par Renaud, qui restera gravée dans les mémoires. Chienne inséparable de François Mitterrand. Inséparable jusque dans le deuil. Les caméras avaient diffusé le regard désespéré de Baltique suivant le cercueil de son maître. Grand bouffeur de curés (entre autres), l’ancien ministre du Budget Michel Charasse, s’était porté volontaire pour consoler la chienne devant le porche de l’Eglise de Jarnac pendant que se déroulait la messe de sépulture (photo).   

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Figure sympathique, de caractère affable, tout en gardant un certain mordant pour les méchantes gens, le labrador est aussi connu pour son flair incomparable, qualité indispensable si l’on veut réussir en politique. Pour susciter l’attention attendrie des lecteurs de Paris-Match, il n’y a pas mieux que le labrador. Et Macron, qui n’en manque pas, de flair, ne saurait y déroger. Avec juste un brin de symbolique pour le différencier. Nemo n’est pas un labrador de pure race ; il est croisé avec un griffon. C’est la touche roturière et républicaine. Et il n’a pas été offert par un roi ou un chef d’Etat mais recueilli dans un refuge de la SPA. Ça, c’est de la story, comme l’on dit en macranglais !

Cela dit, en Macronie, la roture atteint très vite ses limites. Il faut entourer l’entourage de statuts (et de statues). Comme à Versailles. Dès lors, chacun s’étonne qu’un collège de juristes n’ait pas encore rédigé pour Nemo, le statut de Premier Chien de France. Voilà qui ferait enfin transparence sur un domaine privilégié de la fonction présidentielle. Sur quel budget sont prélevées les fournitures de croquettes, de boulettes, d’os à mâcher, de jouets, de gamelles et de coussins ? Quelle chambre de l’Elysée est-elle attribuée au Premier Chien ? Qui a été nommé préposé au ramassage de ses crottes ? Qui lave ses gamelles ? Bénéficie-t-il de gardes du corps sous forme de bergers allemands ? Nous voulons tout savoir !

Nemo nous appartient tous un peu. C’est un Labrador d’Etat. Présence rassurante et fraiche qui déambule dans cette sphère politique où l’on se regarde en chiens, certes, mais de faïence. Présence humaine dans un monde de chiens.

Jean-Noël Cuénod

VIDÉO


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26/08/2017

La politique est-elle une folie comme une autre ?

terrorisme,politique,psychiatrie,folieLorsque la politique ne sait pas par quel bout prendre un problème, elle se tourne souvent vers la psychiatrie. La lutte contre le terrorisme djihadiste vit actuellement cette phase. Ceux qui la mènent ont désormais « la folie en tête », même si nous sommes loin du Temps des Cerises. Il faut dire que folie et politique n’ont jamais cessé de s'entrecroiser. Pour le pire. Mais pas toujours (ci-contre, extrait du tableau de Jérôme Bosch, "La Nef des Fous").

A la suite de la série des attentats en Catalogne, en Finlande et à Marseille, le ministre français Gérard Collomb a déclaré le 21 août dernier que le gouvernement était en train de mener une réflexion pour « mobiliser l’ensemble des hôpitaux psychiatriques et des psychiatres libéraux de manière à essayer de parer à la menace terroriste. »  Ces propos ont valu au ministre d’Etat une volée de bois verts de la part des blouses blanches. Proposition irréaliste à leurs yeux, compte tenu des rigueurs du secret médical garant de la relation patient-soignant, base de tout traitement.

Et voilà le gros bon sens qui débarque : « Le secret médical, c’est de la dentelle pour Bobos, à sacrifier tout de suite lorsqu’il s’agit de sauver des vies humaines et de prévenir des actes terroristes. »

Le gros bon sens se fout le sabot dans l’œil (et ça fait mal !). Ni en France, ni en Suisse, ni en Allemagne, ni dans d’autres pays démocratiques le secret médical n’est absolu ; un psychiatre peut passer outre pour prévenir un danger imminent qui serait causé par un de ses patients radicalisés. Il s’agit donc de parer à une catastrophe sur le point de survenir et non pas de vider de sa substance le secret médical. D’ailleurs, on ne voit pas en quoi inonder la police et la justice de rapports médicaux sur les délires des patients serait efficace, sinon à noyer les enquêteurs sous un flot d’éléments non pertinents.

D’après le ministre Gérard Collomb, « à peu près un tiers » des suspects figurant au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation « présentent des troubles psychologiques. » De quelle nature sont « ces troubles psychologiques » ? Sont-ils bénins ou graves ? S’agit-il de délirants ? De personnes souffrant d’une maladie mentale attestée comme telle par le corps médical ? Ou alors un vague mal-être ? Mystère et poudre de perlin-pin-pin. C’est un peu fou, non ? Sur BFMTV, le professeur Jean-Louis Senon précise que « toutes les études internationales montrent qu’il y a une très faible proportion de malades mentaux parmi les terroristes : entre 4% et 7% ».

Si le médecin traitant ne doit dénoncer son patient qu’en cas de passage imminent à l’acte terroriste, cela ne signifie pas que le psychiatre n’a pas son rôle à jouer dans la lutte contre le djihadisme. Mais alors en tant qu’expert, comme l’explique dans une interview parue dans Ouest-France (pour la lire entièrement cliquer ici), le docteur Gérard Lopez, psychiatre et expert judiciaire près la Cour d’Appel de Paris :

Détecter les fichés S ou les personnes interpellées qui passeront à l’acte, c’est possible. Pour cela, il faut construire un outil basé sur un panel (éventail en français-NdT) représentatif de sujets présumés djihadistes, dont certains sont passés à l’acte et d’autres pas. À partir de ces deux populations, il est possible de déterminer les critères qui différencient celui qui passera à l’acte de celui qui ne le fera pas, avec une marge d’erreur déterminée.

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(Ci-dessus, extrait du tableau de Jérôme Bosch, "La Nef des Fous")

La folie dans les grands moments de l’Histoire

Généralement, on distingue trois types de terroristes ; le premier : les soldats de Daech bien formé militairement ; le deuxième : les terroristes de la catégorie « amateurs » au comportement déséquilibrés et dont les actes sont revendiqués par Daech ; le troisième : les « esprits faibles », pour reprendre l’expression du ministre Collomb, qui, sans que leur acte soit l’objet d’une revendication terroriste, imite le mode opératoire des djihadistes (ce fut le cas de l’automobiliste qui a foncé sur la foule à Marseille le 21 août dernier, causant la mort d’une personne). Mais en réalité, la zone entre troubles psychiques ­– notion floue en elle-même – et les actes terroristes restera toujours embrumée. Car ne relève-t-elle pas de la folie, la démarche du soldat de Daech qui se fait exploser en tuant des inconnus dans l’espoir de rejoindre Allah et ses 72 vierges ? La même interrogation peut être servie, en changeant les termes, pour les SS, pour Hitler, voire pour les millions d’Allemands qui l’ont élu en 1933 et pour bien d’autres situations historiques. La folie est aussi pleine de ruse. Pour assouvir ses délires, elle use de la raison. Rien n’est plus rationnel que l’appareil d’extermination d’Auschwitz.

La folie n’a manqué aucun des grands moments de l’Histoire. Elle était présente à Rome lorsque Caligula a nommé sénateur son cheval ; à Paris, lorsque la Révolution française s’est embrasée dans la Terreur ; à Berlin, à Vienne, à Moscou, à Paris lorsque la mort d’un archiduc a provoqué le séisme de la Première Guerre mondiale. Et à lire les touittes de certain président américain, il apparaît que la folie galope aussi à Washington, à bride abattue (espérons pour la santé du monde que seule la bride le sera).

Entre la folie et la politique les relations ne sauraient n’être qu’ambiguës. En juin 1940, lorsqu’un inconnu – ex-sous-secrétaire d’Etat à la guerre qui venait d’être bombardé général de brigade à titre provisoire – a incarné à lui seul la France combattante, il a été aussitôt considéré comme un fou par la plupart des Français qui voyaient en Pétain le vieux sage de Verdun qui ferait des miracles. En quelques années, les rôles furent inversés. Le sage, c’était de Gaulle qui avait prévu que les Etats-Unis allaient entrer en guerre et que face à cette puissance industrielle, l’Allemagne ne pouvait que perdre. Le fou, c’était ce maréchal au cerveau rongé par le gâtisme. Vieux sage devenu vieux singe.

La folie, grain de sable du facteur humain

Si dans les dictatures la folie semble omniprésente, comme l’illustrent les délires de Staline durant les dernières années de son règne, il n’en demeure pas moins qu’elle loge aussi dans les palais démocratiques. Il faut quand même avoir un petit grain pour se sentir appelé à diriger des millions de compatriotes, non ? Le pouvoir rend-il fou ? Ou ne faut-il pas l’être pour s’en emparer ? La poule ou l’œuf ?

La folie et la politique n’ont jamais cessé de s’entrecroiser, disions-nous. Pour le pire, très souvent. Mais pas toujours. La folie, c’est aussi le facteur humain qui vient troubler la mécanique des rapports sociaux et économiques qui devrait guider l’Histoire avec une précision implacable, en faisant des femmes et des hommes de simples pions. La folie, c’est le grain de sable qui fait que l’humain n’est pas qu’un rouage et qu’il est présent à son Histoire.

Jean-Noël Cuénod

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21/08/2017

Salafisme et Trumpisme : la convergence des haines

DHdRkcQWAAEDfCn.jpgEntre l’islamoterrorisme et l’extrême droite occidentale, aujourd’hui incarnée par Trump, il y a convergence des haines. Au-delà de l’islamophobie proclamée par certains, ce qui unit les nazislamistes du salafisme et les mouvements de la fachosphère contemporaine est plus important que ce qui les divise. Il se dégage de ces deux nébuleuses une forme d’Internationale réactionnaire.

Leur convergence fondamentale qui se trouve à la base de tous leurs autres points communs, c’est la lutte pour retrouver un passé mythifié perçu comme ultime garant de la conservation des privilèges sociaux. Les suprémacistes blancs sont confrontés à une réalité démographique qui les obsède ; elle a été notamment mise en exergue par une étude publiée en 2014 par le Pew Research Institute : en 1960, la part des Blancs était de 85% de la population des Etats-Unis ; elle ne sera plus que de 43% en 2060. De plus en plus, les salariés blancs entrent en concurrence avec d’autres Américains aux couleurs diverses. D’où la panique de voir leur statut social dégringoler. Jadis, le fait d’être blanc donnait des droits automatiques et des privilèges héréditaires. Pour les suprémacistes blancs, l’élection de Barack Obama a symbolisé cette perte de leurs prérogatives, d’où la haine torride qu’il leur inspire. Trump est devenu pour eux l’anti-Obama qui allait mettre un frein à leur déclin.

La fachosphère américaine – quelque 917 groupes répertoriés en 2016 par le Southern Poverty Law Center (SPLC) – reste campée sur les mêmes bases de type réactionnaire. Mais son aspect extérieur a bien changé. Elle s’est mise au goût du jour. Les aubes et les cagoules du Ku-Klux-Klan sentent trop la naphtaline à l’heure des réseaux sociaux.

Le SPLC estime le nombre des KKK entre 5 000 à 8 000 membres alors qu’ils étaient 4 millions dans les années 1920. En revanche, les réseaux de l’Alt-right connaissent un succès croissant. Le noyau dur de cette mouvance est estimé à une dizaine de milliers de partisans. Mais ce mode de comptabilisation est devenu obsolète. Le militant dûment encarté dans un parti bien structuré existe de moins en moins. L’Alt-Right a pour principal truchement le site d’extrême droite Breitbar de Steve Bannon qui affiche 65 millions de visiteurs. Certes, tous ne sont pas des « Alt-Right » mais cela donne tout de même une idée de l’écho que l’extrême droite rencontre auprès d’une partie de l’opinion américaine. A noter que Steve Bannon vient de récupérer la direction de Breitbar après avoir été écarté par Trump[1] de son poste de conseiller stratégique de la bien nommée Maison-Blanche.

A l’instar des nouvelles structures politiques, l’Alt-Right est une nébuleuse idéologique et non un bloc structuré. Elle va de l’aile droite du Parti républicain jusqu’aux mouvements ouvertement nazis. Néanmoins, le fond idéologique reste commun : le racisme, la défense de la suprématie de la « race blanche » sur les autres et le retour à la domination sur les femmes, domination mise à mal par les récentes – et encore trop timides – avancées du féminisme.

L’auteur du titre « Alt-Right » et principal idéologue du mouvement, Richard B. Spencer, ne cache nullement ses nostalgies comme le démontre cet extrait d’un discours qu’il a prononcé en novembre dernier à l’occasion de la campagne électorale de Donald Trump. Sa conclusion, toute en finesse, a au moins le mérite de la clarté : Hail Trump ! Hail our people ! Hail victory ! Ceux qui prétendraient que Spencer n’a pas forcément fait référence à l’acclamation hitlérienne (Heil !), puisque to hail veut dire saluer, ne pourront guère poursuivre sur cette voie en voyant des membres de son assistance faire le traditionnel salut fasciste et nazi.

 

Richard B. Spencer est l’organisateur de la manifestation de Charlottesville au cours de laquelle un de ses partisans a tué une manifestante antifasciste ; il demeure l’un des plus indéfectibles supporteurs de Trump. Ce qui explique la réaction du président après Charlottesville lorsqu’il a mis les suprémacistes blancs et les antiracistes dans le même panier. L’un après l’autre, Trump est abandonné par ses soutiens. Comme fidèles, il ne lui reste plus que les extrémistes de droite. Il ne saurait donc se payer le luxe de s’aliéner ses derniers partisans. Quitte à précipiter la chute de son propre parti.

Salafisme : une idéologie fondamentalement violente

Côté salafiste, c’est le même mouvement vers l’arrière qui mobilise les troupes, la même panique de voir les privilèges être entamés. Et comme l’Alt-Right, le salafisme est une nébuleuse qui dispose d’une toile de fond commune et se caractérise par une dispersion de groupes tantôt opposés, tantôt alliés.

Le but du salafisme (lire aussi le texte « Charlottesville du nazisme blanc au nazisme vert ») est de revenir à une époque jugée idéale, celle du prophète Mohammed et de ses compagnons. Dès lors, tout ce qui est intervenu après eux devient suspect. Tout changement est une trahison, tout progrès, une hérésie, toute amélioration, une abomination. Tout doit revenir dans l’état tel que le Coran et la Sunna (tradition musulmane) l’ont fixé pour l’Eternité.

Dès lors, les distinctions entre les « gentils salafistes quiétistes » et les « méchants salafistes djihadistes » relèvent de l’hypocrisie. Le salafisme est, en lui-même, violent, puisqu’il veut briser tout mouvement d’évolution. Dans cette vision du monde, la femme doit rester dans son rôle d’instrument de ponte et de plaisir. L’islam doit restaurer ou instaurer sa prééminence sur toutes les religions en concédant, du bout de la babouche, un statut de dhimmi aux juifs et aux chrétiens qui les relègue aux rangs très inférieurs, tout en s’abstenant de les massacrer. A la condition, bien sûr, qu’ils payent leur impôt spécifique. Pour les autres impies, c’est le prix du sang qu’ils devront verser.

L’apparition des mouvements féministes est perçue par les salafistes comme la mère de toutes les menaces contre les privilèges du mâle garanti par la parole divine, du moins telle que les salafistes la traduisent. C’est sans doute l’une des explications à leur radicalisation. La femme voilà l’Ennemie commune des nazislamiste comme des suprémacistes blanco-mâles.

Contradiction qui n’est apparente, pour promouvoir cette idéologie moyenâgeuse, les salafistes ont recours aux technologies les plus modernes. Apparente, en effet, la contradiction : la pensée, les idées, la philosophie, les opinions, les aspirations relèvent de l’impudence des humains qui veulent ainsi substituer leur raison à celle inscrite par Allah dans le Coran ; en revanche, les objets créés par la technique peuvent être utilisés à la seule condition qu’ils transmettent la volonté divine dictée par Allah au prophète Mohammed et servent Ses desseins. Ceux qui s’opposent à cette volonté divine doivent, soit se soumettre, soit être anéantis.

Le salafisme ne limite pas ses attaques aux non-musulmans. Loin de là. Il porte le fer contre tous les musulmans qui ne partagent pas leur étroite vision de l’islam. Les « mauvais musulmans » sont même leurs pires adversaires car ils introduisent le ferment de l’intelligence humaine au sein de la religion. Ainsi, les salafistes persécutent-ils les différentes formes du soufisme qui développent une lecture ésotérique du Coran qui va à l’encontre de la lecture littérale imposée par les salafistes.

Salafisme, racisme blanc et antisémitisme

Le salafisme est devenu le principal vecteur de l’antisémitisme au XXIe siècle. Sur ce point, l’alt-Right est plus prudent dans ses propos. Toutefois, les interventions antisémites sont nombreuses dans la fachosphère américaine et européenne. L’un des slogans scandés par les manifestants suprémacistes blancs à Charlottesville en donne la parfaite illustration : « Les juifs ne nous remplacerons pas » (voir la vidéo ci-dessous). Souvent, l’admiration pour Israël et la haine viscérale contre les juifs cohabitent chez les suprémacistes blancs.

 

La fachosphère occidentale et l’islamofascisme des salafistes font tous deux la guerre au temps qui passe. Guerre perdue d’avance, bien sûr. Mais les combats d’arrière-garde sont les plus sanglants et durent souvent fort longtemps.

C’est pourquoi faire alliance avec la fachosphère pour lutter contre l’islamoterrorisme relève de la sanglante illusion. Les deux entités principales de l’Internationale réactionnaire ont besoin l’une de l’autre pour survivre contre tous les mouvements qui ont pour but de libérer les humains de leurs aliénations.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Steve Bannon s’est empressé de déclarer après son éviction : « Je pars au combat pour Trump et contre ses opposants ».

 

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19/08/2017

Tarir la source du terrorisme

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Légende: Gouache de Bernard Thomas-Roudeix intitulée "Source tarie" (2005-24x32-cm) A visiter le site de l'artiste: http://thomas-roudeix.com

Les attentats de Barcelone et de Cambrils le démontrent une fois de plus. Les répliques juridiques, policières et militaires ne juguleront pas le terrorisme à elles seules. Vaincu militairement, Daech devient en Europe encore plus virulent qu’auparavant. Les policiers en Europe déjouent régulièrement des attentats, démontrant ainsi les impressionnants progrès qu’ils ont accomplis en quelques années. Mais, phénomène traditionnel, le criminel s’adapte plus vite que ses poursuivants. Celui qui prend l’initiative a forcément un coup d’avance. Quant à voter des lois toujours plus répressives, celles-ci affectent la liberté des honnêtes gens sans gêner le moins du monde les terroristes. Au contraire, les entorses à la démocratie et à l’Etat de droit ne font que donner des arguments supplémentaires à leur propagande.

« Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser ». Cette déclaration de l’alors premier ministre Manuel Valls après l’attentat contre l’Hyper Casher le 9 janvier 2015 reflète bien l’aveuglement volontaire des dirigeants politiques qui a permis, et permet encore, au terrorisme de prospérer. Expliquer ce n’est pas excuser, c’est comprendre. Et comprendre, c’est agir avec discernement. « Qui ne réfléchit pas et méprise l’ennemi sera vaincu », écrivait le grand stratège chinois Sun-Tzu.

C’est sur le plan idéologique que le combat principal doit être porté, afin de priver de troupes fraîches Daech, Al qaïda et les autres. Les attentats de type « kamikaze » auxquels se livrent les islamoterroristes sont très gourmands en hommes ; de plus, Daech a perdu un nombre considérable de ses combattants en Syrie et en Iraq ; enfin, les progrès dans les traques policières ont éclairci les rangs. Dans un tel contexte, trouver de nouveaux adeptes est une question de survie pour le salafisme qui irrigue les groupes djihadistes. Le jeune âge (17 et 18 ans) de deux des terroristes abattus lors de l’attentat de Cambrils en est une illustration. Peu importent les morts et les arrestations, tant que la source idéologique est vive, le terrorisme persiste. Et il s’éteint dès qu’elle est tarie.

Le terrorisme et ses multiples visages

Si le constat est simple à énoncer, passer à l’étape supérieure en portant concrètement la lutte antiterroriste sur le plan idéologique est tout sauf aisé, car cette lutte va aussi bouleverser nos habitudes et nos certitudes. Pour nous rassurer, ne serait-ce que sur nous-mêmes, nous formons de l’ennemi une image la plus éloignée possible de la nôtre. Nous dressons un portrait-robot fantasmatique du djihadiste-type afin de l’enfermer dans des catégories bien précises. Or, il n’existe aucun djihadiste-type. Les terroristes proviennent de tous les milieux, favorisés, défavorisés, immigrés, Européens dits « de souche » ; ils sont chômeurs, travailleurs, cadres, hors système scolaire, étudiants brillants, illettrés, étrangers, autochtones.

En stigmatisant les étrangers, en rejetant les immigrés, l’extrême-droite rend aux terroristes le plus signalé des services, car la plupart d’entre eux passent sous ces radars obsolètes. Mais comme évoqué lors du blogue précédent, ce n’est pas le seul domaine où l’alliance objective entre l’extrême-droite blanche et l’islamofascisme exerce ses ravages.

Accepter le fait que le djihadiste-type n’existe pas constitue le premier pas à accomplir dans le combat idéologique. Ce n’est pas forcément l’étape la plus aisée à franchir, tant nous restons accrochés à nos réconfortants préjugés. La pensée stéréotypée est tellement diffusée par les médias et confortée par les réseaux sociaux qu’il est douloureux de s’en débarrasser.

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Légende: Le regretté Mix&Remix, toujours aussi pertinent dans son impertinence

Terrorisme et séduction

L’autre étape, malaisée à conduire elle aussi, consiste à se poser cette scandaleuse question : en quoi l’idéologie islamiste ou salafiste est-elle séduisante ? Elle paraît, en effet, scandaleuse cette question, puisque le salafisme prône le retour au mode de vie qui était celui du prophète Mohammed et de ses compagnons (soit un recul de quatorze siècles) et à leurs valeurs moyenâgeuses, telles la réduction du statut de la femme au rang de mineure, l’intolérance religieuse poussée au délire, la liberté individuelle sacrifiée. A première vue, tout est repoussant et rien n’est séduisant dans ce programme.

Or, c’est le fait que nous sommes repoussés par cette idéologie qui peut séduire les candidats au djihad. La remise en question des valeurs apprises à l’école et au sein de la famille étant un passage obligé de l’adolescence, s’inscrire dans ce qui en paraît le plus éloigné a de quoi satisfaire la passion juvénile de l’engagement. En outre, le salafisme offre un cadre rigide à des jeunes qui, quel que soit leur milieu d’origine, ont souvent manqué de repères. Le cadre rigide calme les angoisses, canalise les énergies, simplifie l’existence. Le stalinisme et le nazisme ont exploité ce potentiel bien avant Daech et ses succédanés.

Lorsqu’une société offre à sa jeunesse la réjouissante perspective d’être un esclave ubérisé et l’enthousiasmante idéologie du cynisme politico-financier, il n’est guère étonnant de voir ce qui apparaît comme son opposé devenir séduisant. Un dieu vengeur et sanguinaire est ainsi perçu comme le glorieux contradicteur de l’argent-roi et de sa cour en costumes trois-pièces.

 Plus le néophyte est ignorant de l’islam dans toute sa diversité, ses transformations, ses développements historiques, ses subtilités théologiques, ses contradictions, plus sera puissante la séduction qui s’exercera sur lui. Nul besoin d’effort intellectuel. Obéir suffit. Comme l’effort intellectuel est de moins en moins supporté, voilà un argument de séduction supplémentaire.

Terrorisme et société médiamercantile

Le développement du djihadisme, notamment chez les jeunes, est donc aussi le produit de notre société médiamercantile, basée sur l’hypercapitalisme financier et ses métastases médiatiques. En luttant contre l’islamoterrorisme, on ne saurait faire l’économie de la remise en question de cette société, dans la mesure où elle porte en elle les germes de la séduction djihadiste. Développer une pensée cohérente qui lui offre une alternative crédible constitue donc un acte politique et idéologique de première importance.

 Dans ce domaine, tout est à reconstruire sur les ruines du stalinisme et de la social-démocratie. Cela prendra du temps. Beaucoup de temps. Mais sans cette remise en cause fondamentale de la société médiamercantile, la victoire contre le terrorisme ne sera jamais assurée.

Pour l’instant, il s’agit de parer au plus pressé afin que le terrorisme fasse le moins de dégâts possibles. Dans cette optique, le renforcement des moyens octroyés aux forces de police, aux services de renseignements et l’amélioration des coordinations interne et internationale restent indispensables. Mais il faut aussi agir, ici et maintenant, sur le plan politique. Non pas en renforçant un arsenal juridique qui est suffisamment fourni, mais en faisant respecter partout les principes de la laïcité afin d’établir en pleine clarté les limites entre l’Etat et les communautés religieuses. Dans la plupart des pays européens qui ne connaissent pas la laïcité, cette frontière reste floue. Même en France ou en Suisse dans les cantons de Genève et Neuchâtel, la laïcité est trop souvent incomprise et donne lieu à des malentendus qui ne manquent pas d’être exploités par ses adversaires.

Serons-nous capables de relever tous ces défis ? Nous sommes désormais face à l’Histoire. Et surtout face à nous-mêmes.

Jean-Noël Cuénod

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15/08/2017

Charlottesville : du nazisme blanc au nazisme vert

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Loin d’être une relique d’un passé monstrueux, le nazisme est bien vivant. Il a même plusieurs têtes. Entre les suprémacistes blancs et les nazislamistes les points de convergence se révèlent multiples. Le nier serait suicidaire.

Le défilé sanglant des suprémacistes blancs arborant la panoplie des emblèmes nazis à Charlottesville en Virginie n’a fait que médiatiser une réalité politique présente depuis laides lurettes : le nazisme est bien vivant. Chaque fois que cette réalité était évoquée, l’extrême droite chafouine – celle qui ne se montre pas telle qu’elle est – dénonçait un anachronisme malveillant (le nazisme et le fascisme n’étaient qu’un moment de l’Histoire qui s’est décomposé avec les cadavres de Hitler et Mussolini,) ainsi qu’une réduction à Hitler, prétexte pour couper court aux polémiques.

 Il est vrai que cette reductio ad hitlerum a été utilisée ad nauseam et trop souvent mal à propos, à un tel point qu’elle a fini par occulter la résurgence du nazisme. Ou plutôt des nazismes car le phénomène a pris de multiples formes, en Occident mais aussi au Proche-Orient, soit chez les Frères musulmans et les salafistes dans le monde sunnite, soit en Iran, dans la sphère chiite.

Les nazismes blancs et verts présentent de nombreux points de convergence : antisémitisme, antiféminisme, homophobie. Dans les deux cas, il s’agit de promouvoir la discrimination ethnique et/ou religieuse ainsi que la suprématie d’une ethnie et/ou d’une religion.

 Ils s’abreuvent aux mêmes sources de propagande, notamment l’un des faux les plus criminogènes de l’Histoire : le Protocole des Sages de Sion, concocté au XIXe siècle par l’Okhrana, service secret du Tsar ; ce document forgé a été abondamment utilisé par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Les groupes suprématistes blancs américains, tels Aryan Nations, l’ont réactivé dès les années 1970-1980 pour en faire la source de leur théorie complotiste et antisémite du ZOG (Zionist Occupation Government).

Le régime iranien continue à faire de ce puant document un usage intensif. Il avait servi de trame à la série « Le Secret de l’Armageddon », diffusée en 2008 par la première chaîne iranienne ; elle n’avait rien à envier aux pires délires antisémites de la propagande hitlérienne.

De même, l’article 32 de la Charte du Hamas fait explicitement référence au Protocole des Sages de Sion pour justifier l’antisémitisme du parti islamiste palestinien. En 2017, il a mis une goutte de miel dans le fiel de sa Charte en introduisant cette formule : « Le Hamas ne combat pas les Juifs parce qu'ils sont juifs mais les sionistes parce qu'ils occupent la Palestine ». Mais ce n’est que pure cosmétique. La haine du Juif et celle du Franc-Maçon – autre bête noire commune – continue d’irriguer les discours du Hamas.

Les nazismes blancs et verts cherchent à radicaliser leurs sphères respectives sur des bases idéologiques semblables qui, loin d’être vermoulues, se solidifient. Entre les deux fachosphères, les points de convergences idéologiques sont plus nombreux que les désaccords. Les propos islamophobes de certains groupes nazis blancs ne doivent pas masquer ce constat.

L’idéologie nazislamiste est largement diffusée dans le Proche-Orient. Les nazismes blancs se répandent dans l’Est de l’Europe – qui avaient déjà connu pareil phénomène durant l’Entre-deux-guerres – et Charlottesville nous rappelle leur présence aux Etats-Unis. Dans ce pays, on ignore le nombre exact de néonazis, suprémacistes blancs, partisans du KKK et autres. L’une des sources américaines les plus fiables – le Southern Poverty Law Center (SPLC) ­– estime que le nombre de groupes assimilables au nazisme blanc est passé de 457 en 1999 à 917 en 2016 (ces données sont disponibles en cliquant ici).

« Ce ne sont que des gueulards excités et sans avenir », prétendait-on Allemagne dans les années 1920. « Khomeini ne passera pas l’hiver » affirmait-on au début des années 1980. « Ce n’est qu’un groupe minoritaire de fondamentalistes religieux », disait-on du Hamas dans les années 1990. On connaît la suite.

Le grand choc des civilisations, les nazismes blancs et verts le préparent idéologiquement. Car la tendance de ces deux entités totalitaires est de parvenir à un affrontement final afin d’assurer la victoire désignée comme « définitive » de l’une sur l’autre. Mais le système que l’une ou l’autre imposera sera, sous des aspects différents, fondamentalement le même.

Jean-Noël Cuénod

 La voiture du suprémaciste blanc en train de foncer contre les manifestants antiracistes. Cet attentat provoquera la mort d'une jeune femme de 32 ans. 

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10/08/2017

Pierre Maudet, double nationalité et monomanie blochérienne

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« Paris vaut bien une messe » disait Henri IV en abjurant la foi protestante pour devenir Roi de France. « Berne vaut bien le dépôt d’un passeport français » semble se dire Pierre Maudet[1], l’un des candidats du Parti libéral-radical au Conseil fédéral (gouvernement). Pour désamorcer la ridicule polémique engagée par l’extrême-droite blochérienne (UDC) qui lui reproche sa double nationalité franco-suisse, il s’est déclaré prêt à déposer son passeport français. (Photomontage Jean-Noël Cuénod)

Rappelons l’argument-matraque avancé par la section genevoise de l’UDC : s’il était élu au gouvernement fédéral, Pierre Maudet pourrait devenir «un mercenaire français»[2]. On peut fort bien servir les intérêts d’un pays tiers sans en posséder la nationalité. D’ailleurs, les merce­naires suisses au service de la France n’étaient pas… Français ! La servilité n’est pas affaire de passeport mais de mentalité. Et rien dans le parcours politique de Pierre Maudet ne permet aux blochériens d’évoquer une quelconque tendance au mercenariat.

Le Suisse James Fazy nommé préfet français

0001222691_0000281594_OG.JPGQuelques petits rappels historiques s’imposent dans ce contexte. Le fondateur de la Genève moderne, James Fazy (portrait), a tenu un rôle important dans la politique française, lors de la Révolution de 1830. Il a notamment collaboré à la rédaction des ordonnances sur la liberté de la presse auprès de Thiers. Cet éminent genevois avait même été nommé préfet de l’Isère, poste qu’il refusa pour se consacrer en toute indépendance au journalisme politique à Paris. Après son retour dans sa Genève natale, il est devenu l’une des grandes figures de l’Histoire suisse. Peut-on soutenir une microseconde qu’il fut un « mercenaire français »?

Le Suisse Louis-Napoléon Bonaparte, empereur des Français

Dans l’autre sens, son passeport à croix-blanche et son grade de capitaine artilleur de l’armée07NapolonentreFetCH.jpg suisse n’ont pas empêché le Thurgovien Louis-Napoléon Bonaparte, devenu Napoléon III, de régner sur la France pendant 22 ans. (Caricature de l'époque illustrant le futur empereur en train d'hésiter entre la France et la Suisse)

Une fois de plus, l’extrême droite cherche à engager de faux débats en s’attaquant à son adversaire, non pas sur le terrain de sa politique, mais en lui faisant un procès d’intention sur la seule base de sa double nationalité. Lorsqu’on lui désigne la lune, le blochérien ne regarde que le doigt ; pour jauger la politique d’un candidat, il se concentre sur ses papiers d’identité. Les blochériens ont coulé sur la politique suisse une chape d’obscurantisme qu’il devient urgent de détruire, non seulement pour éviter l’asphyxie intellectuelle mais aussi pour renouer avec le véritable esprit helvétique fait d’ouverture, de pondération et de générosité.

Jean-Noël Cuénod

 [1] A l’intention des non-Suisses : Pierre Maudet est conseiller d’Etat (ministre au niveau cantonal) de la République et canton de Genève. Avec d’autres candidats de son Parti libéral-radical, il brigue un poste laissé vacant au gouvernement fédéral. Le président de la Confédération en est l’un des membres. Il change chaque année.

[2] A noter que l’UDC ne veut pas non plus de la candidate libérale-radicale vaudoise Jacqueline de Quattro qui possède la double nationalité suisse et italienne.

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03/08/2017

Régions: la Kolossale Finesse d’Emmanuel Macron

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Un politicien sollicite-t-il votre suffrage en promettant qu’il va « complètement changer la façon de faire de la politique » ? Vous pouvez tenir pour certain qu’il sautera les deux pieds joints dans la plus vieille politique qui soit. Et qu’il s’y vautrera sans la moindre parcelle de vergogne.

Emmanuel Macron vient d’en administrer la plus décourageante des démonstrations. Avec lui, désormais, plus de vieilles ficelles, plus de promesses fallacieuses, plus de coups de billard à multiples bandes. Que du propos véridique, franc du collier, sans double langage. Du pur, du net, de l’authentique. Du discours estampillé bio, 100% matière grise et 0% matière grasse.

Trois mois après, PrésidentToutNeuf nous fait une de ces Kolossales Finesses qui nous ramène à l’époque des présidents portant haut-de-forme huit-reflets, redingote noire et ventre de bouvreuil.

Le 17 juillet, il convoquait à Paris les élus locaux pour les oindre de belles paroles. Le philosophe Levinas était même sollicité pour éblouir les manants. Ça en jette, du Levinas. D’autant plus qu’il porte le même prénom que le Chef de l’Etat. «La logique budgétaire, c’est de couper les dotations en 2018, nous ne le ferons pas» avait-il clamé en regardant la France profonde aux fonds des yeux.

Le 20 juillet, un décret signé en tapinois supprime 300 millions de crédits que l’Etat aurait dû accorder aux régions. Attention, Macron n’a pas trahi sa promesse ! Il avait parlé des dotations de 2018. Mais l’amputation de 300 millions, c’est pour cette année. Voilà qui change tout.

Dans un précédent papier du Plouc (Macron Centralisator met au pas les manants élus) nous avions déjà évoqué la politique hypercentralisatrice de Macron-L’Araignée qui tarit les ressources fiscales des collectivités locales, les plaçant sous la coupe de Bercy. Avec cette coupe supplémentaire, il parachève le travail. Macron se prétendait girondin. Le voilà jacobin[1] .

C’est d’ailleurs une caractéristique du personnage désormais bien ancrée dans l’opinion. Il devient systématiquement l’opposé de son image première. Le banquier se mue socialiste et le socialiste se transforme libéral.

PrésidentToutNeuf adopte la tactique du lapin de garenne. Le chasseur le vise à gauche, hop, Macron est à droite. Le canon se braque sur la droite, hop, Macron saute au centre. Le but est de lasser le chasseur pour qu’il devienne végétarien.

Cela dit, le truc du lapin des garenne atteint ses limites en l’occurrence. La Finesse est trop Kolossale pour ne pas provoquer la colère des élus locaux qui ont un moyen tout trouvé pour se venger : les élections sénatoriales du 24 septembre prochain.

170 des 348 sièges du Sénat seront renouvelés ce jour-là par un collège de grands électeurs composés, rappelons-le, d’élus locaux. De plus, La République En Marche (LREM), le parti du président Macron, de fondation très récente, ne dispose pas encore de grands électeurs; il est donc obligé de séduire les élus venant d’autres partis pour récolter des suffrages. Qui ne vont pas oublier de sitôt le coup (ni le coût) des 300 millions.

Dès lors, la Kolossale Finesse risque fort de se retourner contre le président Macron. Avec un Sénat massivement acquis à l’opposition, il ne pourra guère obtenir les 3/5 des voix du Congrès (réunion des deux chambres du parlement) nécessaires pour réformer la constitution sans recourir aux aléas du référendum.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Même si le duel girondins-jacobins n’a guère de réalité historique, à lire cet excellent blogue du professeur Jean-Clément Martin dans le Club Médiapart

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30/07/2017

Mimos (3):la voie des sans-voix

 

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Mimos, le Festival international du mime et du geste, a remisé ses costumes samedi soir. Durant cette semaine quelque 82 000 spectateurs ont ri, pleuré, rêvé au cours des 24 spectacles offerts par le «in» et les 124 proposés par le «off» dans de nombreux espaces publics de Périgueux. Cette fréquentation est semblable à celle constatée l’an passé. Le succès de ce Festival ne se dément pas.

Pourtant, le mime reste le petit poucet que les Hautes Instances de la Culture contemplent d’un œil indifférent du sommet de leurs majuscules. Elles n’accordent à cet art sublime qu’une aumône distraite. Il est vrai que le mime, par son authenticité et sa prise directe sur le public, paraît bien éloigné de la «sphère Bling-Bling» au sein de laquelle évoluent lesdites Instances. Ainsi, Mimos ­–plus grand festival du mime d’Europe ­– doit se débrouiller avec un modeste budget de 425 000 euros. Les collectivités locales sont de plus en plus pressurées par l’Etat central qui – gâteau sur la cerise – tarit leurs ressources fiscales ; elles éprouvent donc des difficultés croissantes à aider un festival qui, pourtant, fait connaître Périgueux et la France dans le monde entier.

Le mime doit d’autant plus être soutenu qu’il permet des échanges culturels intenses sans qu’ils soient arrêtés par la barrières des langues. C’est un art de toutes les époques, franchissant tous les espaces. C’est la voie des sans-voix.

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Mimos tombe sur un os. Et même plusieurs.

Dans ce troisième et dernier billet sur Mimos 2017 nous retiendrons deux prestations, celle du Néo-Zélandais de Finlande Thomas Monckton (Only Bones, photos Gemma Tweedie et Aurélie Tassafi)) et de la compagnie grenobloise Tout en vrac avec sa pétulante performeuse Noémie Ladouce (La Cuisinière).

Une scène d’un mètre carré, une lampe aux éclairages de couleurs. Et voilà l’univers de Thomas Monckton. On comprend rapidement le choix du titre – Only Bones – en voyant les doigts immenses du mime se mouvoir sous une lumière bleu-électrique comme s’il s’agissait de squelettes de poissons nageant dans des abysses impénétrables. Le corps n’est pas seulement un instrument, c’est un être en soi, qui n’est pas rattaché à Thomas Monckton mais qui vit sa propre existence, autonome. Il est tout ce que l’on veut animal, plante, jeu vidéo. Le son est aussi sollicité; la rencontre entre le bruit et le geste produit des effets hilarants. Le mime joue de façon fascinante sur la mobilité de ses traits et élève la grimace au rang des beaux-arts. On aimerait redevenir enfant pour grimacer avec lui. Mais voilà, il nous manque quelque chose pour remonter en enfance. Ce «quelque chose», Monkton le possède. C’est un artiste.

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Mimos : une Noémie pas si Ladouce que ça !

Elle en a de l’énergie, Noémie Ladouce ! (Photo Jean-Noël Cuénod) Et pas si douce que ça… Elle est La Cuisinière de la compagnie Tout en Vrac qui possède une technique de plateau et des artificiers de première force.  La scène évoque la molle ambiance de la fin des années 1950, lorsque la société consommation commençait à répandre ses gadgets crétins mais sans pour autant libérer la femme, contrairement à la «réclame» de feu Moulinex. La meilleure partie de l’humanité s’en trouvait donc doublement aliénée.

La Cuisinière tente de réaliser la recette qu’un transistor éructe entre deux publicités. Elle n’est pas douée mais pleine de bonne volonté. Ce mélange entre l’incompétence et la volonté, – même bonne, surtout bonne ­– développe une mécanique de la catastrophe tout à fait réjouissante. Entre les jets d’eau, les flammes, les pétards, c’est toute la cuisine qui s’effondre dans un éclat de rire général. Mais la Femme reprend le dessus. Jetée, la robe sage. Dénouée, le chignon gnian-gnian. Voici la vamp qui, cigarette au bec, défie le monde du haut des ruines de sa cuisine. Ouf, le désordre est rétabli !

Jean-Noël Cuénod  

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29/07/2017

Mimos (2): Baccalà…et le verbe se fait chair 

I

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ll y a tout juste un an, disparaissait le clown suisse Dimitri dans son canton d’origine, le Tessin. Lui qui a donné à son art une dimension poétique jamais été atteinte auparavant aurait été heureux de voir deux de ses anciens élèves – sa compatriote Camilla Pessi et le Sicilien Simone Fassari – recevoir une telle ovation debout, vendredi soir, au Festival Mimos à Périgueux.

Ce n’est certes pas la première fois que ces deux artistes de la compagnie suisse Baccalà reçoivent un tel accueil; ils «tournent» sur les cinq continents et douze prix ont couronné leur talent. Toutefois, l’ovation à l’Odyssée de Périgueux avait une saveur particulière puisqu’elle était déclenchée par les spectateurs qui suivent Mimos – dont la belle édition 2017 touche à sa fin – et, par conséquent, apprécient tout particulièrement le mime.

Le couple italo-suisse a fondé en 2004 la Compagnia Baccalà, en souvenir peut-être des origines de Simone, la «baccalà alla siciliana» étant le plat de morue iconique de son île. Depuis 2008, Camilla Pessi et Simone Fassari se sont adjoints les conseils du musicien-comédien Valerio Fassari, devenu leur régisseur. Pour le spectacle qu’ils ont présenté à Mimos cette année – Pss Pss – la mise en scène a été réglée par Louis Spagna.

Pss, pss, c’est l’onomatopée chuchotée pour attirer discrètement l’attention. C’est aussi l’invitation à participer au grand jeu de l’humanité, celui du couple: complicité, contradiction, bouderie, colère, bonheur, trahison, retrouvailles, pardons réciproques avec, parfois, la présence de tiers qui servent plus à souder le couple qu’à le détruire. Toute cette gamme sans fin, le duo la parcourt par bonds et gambades, sans parole mais avec des gestes tellement éloquents qu’ils en deviennent des mots bien plus originaux que ceux qui tapissent le bruit de fond quotidien. Avec Baccalà, le verbe se fait vraiment chair.

Rien n’est plus difficile que d’évoquer la tendresse, la pudeur, l’espièglerie, la douceur des sentiments tout en provoquant le rire. Pas le rire chichiteux qui n’agite que les culs de poule en forme de bouche. Non, le vrai rire désopilant. Le rire explosif de l’enfant.

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Dimitri (photo) savait, ô combien, réunir tous ces paramètres. Mieux : il a réussi à transmettre cette maîtrise. Camilla Pessi et Simone Fassari en apportent la démonstration. Le couple fait donc partie de ces nombreux artistes formés par la célèbre Scuola Teatro Dimitri que le grand clown a créée à Verscio en 1975 avec sa femme Gunda et qui a permis à la Suisse italophone de progresser en matière, non seulement de cirque, mais aussi de théâtre professionnel, tout en l’ouvrant sur le monde.

Réglée, la mise en scène, disions-nous. C’est l’épithète qui convient car les pas, les gestes, les mimiques, les hallucinantes acrobaties au trapèze s’enchaînent comme des rouages complexes dans le ventre d’une horloge. Pourtant, il n’y a rien de mécanique dans les échanges entre les deux mimes qui laissent toujours leur spectacle ouvert à la spontanéité. Une spectatrice rit-elle de façon inhabituelle? Un incident survient-il? Baccalà l’incorpore aussitôt dans le spectacle. Cette synergie entre improvisation et préparation méticuleuse donne à Pss, Pss une saveur incomparable.

Après de nombreux rappels et l’ovation debout, le public a lentement gagné la sortie, à regret, encore émerveillé. Dans les coulisses, on a cru entendre le rire de Dimitri.

Jean-Noël Cuénod

 Pour vous donner une petite idée, cette vidéo du spectacle Pss Pss

 

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26/07/2017

Mimos (1) : Josef Nadj en poète de l’Origine

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Mimos, le Festival international des arts du mime et du geste à Périgueux, célèbre cette année son trente-cinquième anniversaire. Il a commencé hier et se terminera samedi. L’an passé, ce rendez-vous de la poésie en mouvement avait subi l’onde de choc des attentats. Cette année, le traumatisme est surmonté. Les barbes de sang n’empêcheront pas l’art libre de se déployer dans les cœurs, par les corps.

Une performance particulièrement impressionnante, celle du grand chorégraphe Josef Nadj et de sa complice sur scène, la contrebassiste Joëlle Léandre (hier et ce soir à 18 h. au Palace, Périgueux). Elle a pour titre Penzum (photo Pascal Seixas). Le visage dissimulé par une sorte de masque africain, revêtu d’une robe noire de tulle faisant apparaître son corps blanc et musclé, Nadj prend possession d’un grand écran de papier sur lequel il dessinera au moyen d’un morceau de charbon. A ses côtés, la contrebassiste arbore un masque en aluminium d’aspect féminin. Le reste de sa tenue est neutre. Mais c’est elle, avec son instrument utilisé en mélodie ou en percussion, qui va dicter sa loi au danseur. Présence d’autant plus oppressante qu’elle est discrète.

Josef Nadj va tracer sur le grand carré de papier un papillon géant et un animal rupestre. Entre les deux, le danseur tirera ensuite des séries de traits au gré de son improvisation dansée. Au gré aussi de son angoisse dont il essaye de se libérer.

Le propos de Josef Nadj est de rendre hommage au poète hongrois Jozsef Attila (1905-1937). Sa chorégraphie est inspirée par l’amour impossible du poète, atteint de schizophrénie, pour sa psychothérapeute Flora Kozmut. Celle-ci aurait prescrit à son patient de lui écrire des lettres, en guise de thérapie. Si l’amour de Joszef Attila fut vif, la thérapie épistolaire de sa Dame inaccessible n’a pas été couronnée de succès. Le poète s’est suicidé en se jetant sous un train, même si l’hypothèse d’un accident n’a jamais été abandonnée. L’année de sa mort – 1937 – il a dédié à Flora Kozmut un poème intitulé en magyar Megméressél ! (Remerciements !) En voici un extrait :

Elle, saveur de l’eau pure,
Elle qui rentre dans ma bouche,
Elle qui m’appelle à la maison,
Elle où dans ses yeux un poulain joue.

Comme dans toutes les œuvres d’art authentiques, on peut trouver dans Penzum de Josef Nadj bien d’autres significations que celles retenues par l’auteur. Cette performance musicale-chorégraphique-plastique évoque aussi l’origine des humains, la Grande Origine, l’époque mythique d’avant la différenciation des sexes, d’avant la séparation d’avec l’animal, lorsque l’homme-femme ne faisait qu’une âme-chair avec l’univers.

Afin de laisser tous ses effets à la surprise, nous ne dévoilerons pas la fin car ce spectacle tournera encore dans d’autres contrées. Elle est émouvante et sublime, cette fin. Disons que l’humain y apparaît dans toute sa splendeur animale.

Mimos : deux découvertes asiatiques au Off

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Mimos aussi à son Off. Mimes et danseurs investissent toute la ville de Périgueux pour présenter scénettes et spectacles de rue. Au gré des promenades, nous avons découvert deux jeunes artistes venus de l’Extrême-Orient, le Japonais Tsubasa Watanabe[1] et la Coréenne Sun-A Lee[2] (Photos:Jean-Noël Cuénod)

Avec la méticulosité d’un sumotori, Watanabe prépare l’espace avant d’entamer sa prestation intitulée Hidden Place : une corde formant cercle et au centre d’icelui, un rectangle créé par les deux baguettes et les deux fils qui feront danser le diabolo, accessoire ou plutôt partenaire du mime. La comparaison avec le sumo s’arrête là : Tsubasa Watanabe a la minceur souple et nerveuse d’une liane. Tout dans cette performance est légèreté. A l’intérieur du cercle tracé par l’artiste, l’air même perd son épaisseur. Tout y devient possible. Il vole, le diabolo et nous avec lui.

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La danseuse et chorégraphe coréenne Sun-A Lee, avec son solo Jayeon-E-Ro, parle la langue du corps pour s’insérer dans le décor naturel : buissons du parc, pièce d’eau, gazon. Iguane, truite, mouette, félin ? Sun-A Lee devient une espèce nouvelle qui ne se limite pas au règne animal. Nouvelle, l’espèce ? Ou alors tellement ancienne que nous en avons perdu la mémoire.

Le geste, c’est la parole des origines. Nous retombons sur nos pattes.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Aujourd’hui à 12h.30 Place André-Maurois (Périgueux) ; 15h. place de la Vertu et 16h. place de l’ancien Hôtel-de-Ville.

[2] Aujourd’hui à 13h. et à 16h.30 au Jardin du Musée Vesunna ; demain jeudi à 16h.30 et 19h. au Jardin des Arènes.

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20/07/2017

Macron Centralisator met au pas les manants élus

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Après l’avoir vilipendée dans son brillant pamphlet « Le coup d’Etat permanent », François Mitterrand avait endossé les habits de la Ve République sans y faire un pli. Emmanuel Macron, lui, ne se contente pas de s’en revêtir. Il taille la présidence à sa mesure. Voire à sa démesure (dessin original de l'artiste Bernard THOMAS-ROUDEIX).

Au fil de ses premières décisions, il apparaît que loin de changer les institutions actuelles, PrésidentToutNeuf va en renforcer le caractère autocratique, autoritaire et centralisateur. L’apparent coup de jeune qu’Emmanuel Macron a donné à la France est aussi vieux que la Sicile du « Guépard » de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, lorsque Tancredi (interprété par Alain Delon dans le film de Visconti) lance à son oncle, le prince Salina (Burt Lancaster) : « Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change. » Installation de nouveaux rideaux, dépoussiérage des meubles, bouleversement au sein de la domesticité, mais renforcement des fondations du château-fort.

Les élus des collectivités territoriales ont été vite mis au pas par Macron-l’Araignée (lire aussi le précédent papier) et son attrape-mouches barbu Edouard Philippe. Pour participer à la première « Conférence nationale des territoires », lesdits élus ont dû « monter » à Paris. Compte tenu de la nature de ce raout, on aurait pu imaginer que, pour une fois, cette conférence se tiendrait dans une métropole régionale, histoire de faire une com’ sympa. Mais voilà, la com’ horizontale, c’était bon pour la campagne électorale. Maintenant, c’est à la verticale du pouvoir de s’exprimer. Finie la com’ sympa. Place à la com’ du Chef. Et un Chef, un vrai, pas un faux mage de Hollande, ça marque son territoire. Donc, c’est en sa Capitale que les manants sont convoqués pour y recevoir les directives de Jupiter Centralisator. Seule petite concession, cette conférence nationale s’est déroulée au Sénat, palais des notables provinciaux. Mais l’élu territorial de base a su d’emblée que son rôle se limitait à enregistrer les volontés présidentielles, la tête basse et en roulant son béret entre ses grosses mains calleuses.

Dans son allocution dite de « bienvenue », la Barbe-attrape-mouches a aussitôt refroidi ses interlocuteurs en leur signifiant que la France devait désormais se montrer économe et à ce titre, « les collectivités territoriales doivent prendre leur part à cet effort et cet effort sera globalement important ». Le gouvernement a d’ores et déjà fixé à 13 milliards d’euros d’ici à 2022, le montant dudit effort à fournir par les collectivités territoriales. Voilà, c’est ainsi. Pas le choix. Passez à la caisse.

Macron-l’Araignée, bien installé au centre de sa toile, a pris le relai en rappelant aux manants convoqués que 80% des personnes assujetties à la taxe d’habitation en seront exonérées dans trois ans. « Elle est injuste ! » clame l’Araignée. L’ennui, c’est que la générosité de l’Etat central envers les contribuables locaux se fera au détriment des collectivités territoriales dont la taxe d’habitation constitue l’une des principales ressources financières. Selon le quotidien Sud-Ouest (19 juillet), « exonérer, comme l’a annoncé le gouvernement, 80% des ménages revient à amputer de 8,5 milliards les revenus des villes ».

Imaginerait-on, en Suisse, le Conseil fédéral imposer une telle purge aux cantons et aux communes sans véritables concertations ? Le sort de Berne serait très vite réglé !

Macron, Centralisator mais bon Prince

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Bon prince, Jupiter Centralisator promet de consentir auxdites collectivités un « pacte girondin [1]» leur accordant des libertés nouvelles en guise d’onguent pour adoucir leurs plaies financières (photo). Elles pourraient se regrouper plus ou moins librement, tenter des expériences dérogeant à la loi. Selon Les Echos (17 juillet) le président « s'est dit aussi ouvert aux demandes des présidents de régions de leur transférer de nouvelles compétences étatiques, voire un droit réglementaire. » Mais tout cela reste bien flou et relève de la « parole verbale » chère au Canard Enchaîné. Surtout, comment utiliser sa liberté avec des ressources en décroissance constante ? Le seul critère qui vaille pour déterminer si une entité est autonome ou non réside dans son pouvoir de lever des impôts à l’intérieur de sa sphère de gouvernance. Ce qui relève du fédéralisme. En France, cela n’est pas du tout à l’ordre du jour. Et encore moins sous Macron

Les manants élus sont donc repartis vers leurs provinces le cœur lourd et la besace allégée. Les promesses qu’ils ont reçues n’ont rassuré que les ravis de la crèche, comme celle-ci : « les collectivités seront indemnisées de leurs efforts à l’euro près ». Mais alors pourquoi leur prendre des sous de la main gauche, si c’est pour les leur rendre de la main droite ? Voilà un argument aussi crédible que la pub d’un opérateur de téléphonie mobile. Ces braves élus seront consultés, écoutés, consolés. Il y aura même des négociations. Si, si ! Mais sur quoi négocier si les grandes décisions sont déjà prises ?

Comme il l’a fait vis-à-vis des militaires en poussant à la démission le général de Villiers, –­ chef de l’Etat-Major des Armées coupable de crime de lèse-Araignée ­– Emmanuel Macron a rappelé aux collectivités territoriales la centralité de son pouvoir.

« En même temps », pour user de la Macronlangue, l’Etat central tarit les ressources fiscales des collectivités territoriales (communes, départements, régions, métropoles) – avec la suppression, sous Nicolas Sarkozy, de la taxe professionnelle et la réduction massive de la taxe d’habitation – et il baisse fortement ses dotations et subventions à ces mêmes collectivités.

Certes, la gestion des deniers publics par certaines d’entre elles relève trop souvent du copinage et du clientélisme. Mais alors que l’Etat central fasse son travail de supervision, au lieu de les mettre toutes au pain sec et à l’eau.

La commune, le département, la région, c’est l’essentiel du service public que Macron cherche à remplacer le plus possible par l’ubérisation de l’économie. Etrangler ces collectivités, c’est agrandir les déserts ruraux, c’est creuser encore plus les ornières dans lesquelles s’enfoncent les banlieues.

L’ère Macron ne changera donc rien au système centraliste qui alourdit la France encore plus que son Code du Travail. La décentralisation restera toujours ce qu’elle a toujours été : une vaste blague.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Référence aux Girondins, groupe parlementaire de la Révolution française dont de nombreux membres venaient du département de la Gironde. Ils étaient favorables à un régime décentralisé, en opposition aux Jacobins. Pour en savoir plus sur ce « pacte girondin » lire cet article des Echos. Cliquez ici.

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04/07/2017

Président Macron et le sourire de l’Araignée

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Emmanuel Macron n’est pas seulement le « Maître des Horloges », comme le serinent les médias. Il est aussi le Grand Architecte ­– pas encore de l’Univers, mais cela ne saurait tarder – de l’Espace, Seigneur de l’horizontale et de la verticale.

Savoir combiner ces deux dimensions ­est la clef du succès politique dans la France d’aujourd’hui : s’activer sur les réseaux sociaux, tout en restant lié au principe monarchique. Et dans ce domaine, PrésidentToutNeuf a démontré un talent épatant.

Au départ, point de parti structuré verticalement, à l’ancienne, avec un secrétaire général ou un président, un comité central ou directeur, des permanents. Bref, un appareil. Là, nulle structure rigide mais une nébuleuse, une toile d’araignée qui organise la transmission des messages et leur coordination entre les différents acteurs, séduits comme autant de mouches captées par les ondes chaleureuses de l’araignée.

Car il y a bien une araignée au centre de la toile. Une Araignée. Pas deux. Tout vient d’elle, tout se rapporte à elle. A ce stade, on reste encore dans l’horizontalité des échanges. Les mouches énamourées éprouvent le doux sentiment de ne plus appartenir tout à fait à l’ordre des diptères mais de constituer une partie ­– petite certes, mais quand même… ­– de l’Araignée. Cette mise en réseaux crée l’impression d’avoir un accès direct à l’Araignée, sans filtre… Mais avec beaucoup d’écrans ! En quelques clics, les mouches vrombissent dans l’orbite arachnéenne de l’Araignée qui ne leur veut que du bien. Les mouches ainsi captées relaient les ondes bienfaisantes, attirant d’autres insectes. En retour, les mouches font remonter leurs informations – voire leurs fonds, pour les très grosses mouches – vers le centre qui peut ainsi orienter sa toile en fonction de la météo de l’opinion. 

Du militant discipliné au consommateur de politique

Il fallait des années pour construire un appareil politique, avec toutes ses strates, ses structures, ses superstructures. On a vu avec quelle rapidité Macron a tissé sa toile. Il a compris que le type d’organisation des vieux partis ne pouvait pas s’adapter aux technologies numériques et aux réseaux sociaux qu’elles ont fait naître. Le militant discipliné n’existe plus. Place au consommateur de politique. En un clic, je m’inscris. Et deux clics, je participe aux financement de la structure. En trois clics et plus, j’échange, je donne mon avis directement sur la Toile. Plus de réunion de section ou de cellule dans des arrière-salles de bistrot où le secrétaire faisait semblant de prendre en note votre avis qui finissait dans quelque poubelle aux étages supérieurs.

Le parti est désormais remplacé par le mouvement. L’important, c’est de bouger. On verra pour le reste.

Certes, dans le système Macron il existe encore des réunions qui se tiennent au niveau local, dans la dimension non-numérique de la vie. Le militantisme numérique ne suffit pas. Il faut encore recourir aux échanges directs, « en viande », pour galvaniser les bonnes volontés et créer une dynamique de groupe. Mais ces réunions servent plus à élaborer la stratégie et les tactiques à employer sur la Toile que se répartir les lieux de tractage.

Président ? PDG plutôt

Dans le système Macron, il n’y a plus de militants mais des « helpers ». L’usage du globish est la marque de ce système. Militants, ça faisait militaire. Pas très engageant pour les djeunes, filles ou garçons. « Helpers », ça fait « start up ». Bien plus attractif. De même, Macron-l’Araignée dispose, non pas d’un comité central ou directeur, mais d’un « conseil d’administration »,[1] histoire de montrer que, désormais, c’est l’organisation de type « entreprise » qui domine.  Macron n’a fait qu’acter ce qui était une réalité depuis de vilaines lurettes : l’économique a définitivement supplanté la politique.

Parvenu à cette étape, Macron-l’Araignée ne peut plus se contenter de l’horizontalité et doit commencer à maîtriser la verticalité. C’est d’ailleurs l’un des thèmes de ses discours qui prennent souvent un tour franchement monarchique. L’Araignée s’est bien nourrie sur la Toile. Elle a puisé suffisamment de forces pour grimper au sommet. A cet égard, les institutions politiques françaises offrent un terrain idéal. L’essentiel du pouvoir se blottit dans les mains du présimonarque, on l’a assez dit et répété. Surtout avec une Assemblée nationale composée pour l’essentiel de mouches macroniennes et d’oppositions aussi diverses que menues.

Tout est désormais en place pour la construction de la « start-up » France avec son PDG, son directeur exécutif et un minimum de cadres priés de faire dans l’enthousiasme. Tout cela semble neuf, dynamique, stimulant. C’est oublier que la verticalité prime alors sur l’horizontalité, ce qui est vieux comme le pouvoir.

L’horizontalité sert à drainer les énergies, uniquement en vue d’assurer l’ascension de l’Araignée. Lorsque le but est atteint, c’est la verticalité qui doit lui succéder car elle seule fait descendre les décisions de l’Araignée vers la piétaille qui se meut tout en bas. Le pouvoir vertical ne se partage jamais.  Il ne le peut pas, sinon il s’horizontalise et l’Araignée perd sa domination.

Les mouches se demanderont peut-être un jour si les vieilles structures n’avaient pas du bon, au fin fond du fond. Elles étaient pesantes et bureaucratique certes, mais au moins étaient-elles animées par une vision du monde. Dans le système Macron, tout est dévolu à un seul homme. Les visions du monde comptent peu. PrésidentToutNeuf offre à la vue un visage ô combien plus avenant que la trogne chafouine de Louis XI. Mais il mérite, comme son lointain prédécesseur, le surnom d’« Universelle Aragne ». L’Araignée est l’alpha et l’omega de la structure. Peu de truchements entre elle et les mouches. Or, malgré tout leurs défauts, les strates intermédiaires des anciens partis permettaient d’organiser, autant que faire se peut, une action collective qui n’avait pas pour unique but de mettre au pouvoir un seul homme.

Certes, à la fin des années 1950 et au début des années 1960, le parti gaulliste avait pour programme numéro 1 de placer le Général à la direction de la France. Mais cela ne représentait pas l’unique objectif. Il s’agissait alors de sortir le pays de la guerre d’Algérie et de tirer un trait sur la colonisation. Or, seul de Gaulle était en mesure de relever ces défis historiques.

Avec Macron, on est loin d’une telle situation, même si le chômage de masse persistant reste une plaie ouverte. Les Français – enfin une minorité de votants – ont élu un homme, sans programme clair, sans idées fortes, pour le récit qu’il a donné de lui-même.

L’Araignée est au sommet. Dans cette chaîne alimentaire, les mouches ont fait leur boulot.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Composé d’un maximum de dix personnes selon les statuts.

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23/06/2017

Une Franc-Maçonnerie particulière

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Une Franc-Maçonnerie particulière ? Celle du Rite et/ou Régime Ecossais Rectifié. Un élément fondamental – et trop oublié – de son Histoire est révélé par Alain Bernheim dans le premier livre publié par la toute nouvelle collection Les Architectes de la Sagesse aux Editions Slatkine. Disponible en librairie. En voici la quatrième de couverture.

Une Histoire secrète du Régime Ecossais Rectifié – Les mystères dévoilés de la Grande Profession évoque un aspect souvent incompris de la Franc-Maçonnerie d’inspiration chrétienne, à savoir le rôle tenu par la Grande Profession, sa plus discrète institution. L’écrivain et historien Alain Bernheim y livre les clefs essentielles pour ouvrir cette « porte aux mystères » du Régime Ecossais Rectifié (RER ) qui développe un rite maçonnique d’une incomparable richesse. Resté pendant longtemps méconnu, le RER est aujourd’hui en pleine expansion.

Alain Bernheim est l’un des historiens de la Franc-Maçonnerie les plus réputés dans les pays de langue française mais aussi ailleurs et, notamment, en Grande-Bretagne, lieu de naissance de la Maçonnerie dite spéculative dont nous célébrons cette année le 300ème anniversaire. Premier Français à être élu membre actif de la Loge Quatuor Coronati No. 2076, de la Grande Loge Unie d’Angleterre, il fut Premier Surveillant de cette Loge de recherche, la plus ancienne et de la plus prestigieuse de l’Ordre maçonnique.

Parmi ses nombreux ouvrages de référence, citons Les débuts de la Franc-Maçonnerie à Genève et en Suisse, (Slatkine – 1994), Une certaine idée de la Franc-Maçonnerie (Dervy – 2008), Le rite en 33 grades (épisodes et documents inconnus ou oubliés) (Dervy – 2011) et Régularité Maçonnique (Dervy – 2014).

Son travail d’historien a été couronné par plusieurs distinctions dont, à deux reprises, le Norman Spencer Award de la Loge Quatuor Coronati (1986 et 1993), le Prix Caroubi du Suprême Conseil de France (2010) et le Prix Spécial Acacia d'Or du Salon du Livre Maçonnique pour l'ensemble de son œuvre (2014).

Jean-Noël Cuénod

Directeur de la collection Les Architectes de la Sagesse

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21/06/2017

Petit manifeste pour une gauche post-Macron (II)

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Emmanuel Macron et sa République En Marche ont ramassé le pouvoir pour mettre en pratique le social-libéralisme qui consiste à créer une sorte de capitalisme financier à visage humain. Une fatalité? (Suite du précédent texte).

Si l’on prend comme principe de base de sa réflexion que l’hypercapitalisme financier est devenu une calamité insurmontable, alors l’option sociale-libérale de Macron présente la solution la plus adaptée à cette situation. Elle offre au moins une issue d’apparence réaliste à la situation économique de la France marquée par le chômage de masse et le déclin industriel. L’actuelle vague d’optimisme qui rafraîchit agréablement la France ainsi que les succès électoraux impressionnants d’Emmanuel Macron et de son parti ­– tempérés par une abstention record – indiquent bien qu’une large partie des Français y adhère.

Les deux anciens pôles politiques – la vieille droite libérale-conservatrice et la social-démocratie défunte – ont été fort logiquement balayés. Les formations protestataires sont également dans l’impasse. Le Front national avance des solutions d’avant-hier (fermeture des frontières) aux défis de la globalisation et la médiocrité de son personnel politique est apparue dans toute sa lamentable ampleur lors des récentes campagnes électorales.

Bien qu’infiniment plus convaincante sur le plan intellectuel, La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon reste elle aussi enfoncée dans un passé à jamais révolu. Son programme vise, par exemple, à surtaxer les revenus supérieurs à 33 000 euros par mois et par personne et à taxer les transactions financières. Et pour appliquer ces fort justes mesures ? Eh bien, on contrôle les capitaux et les marchandises aux frontières nationales! Ce qui ferait rire les hypercapitalistes qui changent de pays en un vol de jet d’affaire et déplacent leurs capitaux en quelques clics de souris.

La majorité des électeurs de gauche s’est rendue compte que cette offre protestataire, pour séduisante qu’elle apparaisse, était inadaptée à la situation présente. Une partie d’entre eux a donc choisi de voter Macron ou LREM, par défaut.

L’option sociale-libérale offre une solution d’apparence réaliste à la situation de la France, disions-nous.

Apparence, en effet, car les médicaments contre la douleur prescrits par le docteur Macron ne combattent aucunement le mal en lui-même, à savoir l’hypercapitalisme. Or, l’«énergie cupide» qui lui sert de moteur est mortifère à plusieurs titres.

La mentalité ambiante induite par l’hypercapitalisme provoque de façon habile la soif d’acquisitions toujours renouvelées. Que les ressources de la planète ne soient pas infinies, tout le monde le sait. Sauf Trump, l’idiot du village planétaire. Mais regardez avec quelle peine, les dirigeants de la planète, tentent de prendre des mesures pour, bien modestement, modérer l’allure de cette «énergie cupide»!

Malgré les discours repeints en vert, la volonté politique n’est pas suffisamment forte pour dompter la puissance de cette machine hypercapitaliste, formée par une myriade d’intérêts commerciaux transfrontières. A l’évidence, les Etats-Nations n’ont pas la dimension nécessaire pour s’y opposer, surtout sur notre continent. Nommer Nicolas Hulot ministre d’Etat à la transition écologique est un très joli coup de marketing politique. Toutefois, au mieux, l’écologiste français numéro 1 pourra initier dans son pays d’utiles expériences. Mais cela n’aurait pas d’effets décisifs à la seule échelle qui vaille en matière d’environnement: la planète. Dès lors, il faudrait trouver d’autres lieux pour que la volonté politique s’exerce. Et en Europe, on ne voit que l’Union qui dispose de la taille critique nécessaire pour prendre cette mission en main. Si du moins, elle le voulait…

Vers un Parti social-écologiste européen?

Dès lors, la nouvelle social-démocratie sera écologiste et européenne ou ne sera pas. Certes, les partis de gauche, du moins ce qu’il en reste, ont mis de grosses louches vertes dans leur programme. Mais cela ne suffit pas. C’est toute une doctrine social-écologiste qu’il est nécessaire de développer. Et surtout, cette social-écologie doit situer son combat en priorité sur le plan européen, pour qu’une réelle volonté politique efficiente apparaisse. Dès lors, l’organisation traditionnelle des partis de gauche claquemurés dans les limites de leurs Etats-Nations est devenue irrémédiablement obsolète. C’est un vaste Parti social-écologiste européen qu’il convient de créer et non un conglomérat de formations nationales incapables d’avoir une action commune en profondeur.

Emmanuel Macron a prouvé qu’il était un stratège politicien particulièrement efficace. Mais ses indéniables qualités intellectuelles ne sauraient dissoudre les chaînes qui le lient à cet hypercapitalisme auquel il doit tout, à commencer par son trésor de guerre. Son social-libéralisme tentera d’insérer, en les formant, le maximum de jeunes dans le flux du travail, grâce à l’ubérisation, sous diverses formes, de l’économie. C’est le rêve de l’hypercapitalisme : transformer le producteur en microentrepreneur pour qu’il accepte, au prix d’une liberté illusoire, de travailler à vil prix. Macron s’évertuera à réduire les rigueurs de cette ubérisation tout en la développant. Mais au bout de ce processus, la précarité sera le lot de la majorité de travailleurs. Moins de chômeurs, peut-être, si tout va bien; plus de pauvres, assurément.

S’attaquer à ce phénomène dans un seul pays est aussi illusoire que de lutter pour préserver l’environnement dans un seul territoire. La réponse à l’hypercapitalisme, là aussi, ne peut provenir que de l’échelon européen.

Ce parti social-écologiste devrait se construire à la base, de façon horizontale pour utiliser au maximum les possibilités offertes par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies. C’est en fédérant ces associations locales qui fourmillent en Europe dans tous les domaines, environnementaux, sociaux, culturels que ce parti pourrait se former à l’échelon du continent. La gauche nouvelle jettera aux orties le tout-productif qui fut, si l’on ose dire, sa marque de fabrique. Elle sera à la fois conservatrice – en préservant la nature des appétits voraces de «l’énergie cupide» – et progressiste en s’attaquant à l’hypercapitalisme qui veut faire des femmes et des hommes, des consommateurs ubérisés.

 La tâche est tellement rude qu’elle paraît insurmontable. Mais celui qui ne lutte pas atteint la rive des morts avant son cadavre.

FIN

Jean-Noël Cuénod

17:43 | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : macron, écologue, finance, captalisme, europe | |  Facebook | | |

19/06/2017

Petit manifeste pour une gauche post-Macron (1)

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Majorité absolue, mais sans excès. PS pulvérisé. Droite LR affaiblie et divisée. Front national privé de groupe parlementaire. France insoumise présente au parlement mais réduite. Emmanuel Macron tient désormais toutes les cartes en main. Et la gauche? A reconstruire? Mais quelle gauche?

«Le pouvoir n’était pas à prendre, il était à ramasser», disait de Gaulle pour expliquer son retour au commandement de la France, le 13 mai 1958. Ce n’est donc pas le Général qui a provoqué la ruine de la IVe République. De même, ce n’est pas Lénine qui a causé la chute du tsarisme. Et Macron, n’est pas à l’origine de l’effondrement de la social-démocratie française. Les régimes implosent sous l’effet de leurs contradictions internes.

Le plus grand génie politique reste impuissant si les circonstances historiques ne se prêtent pas aux changements radicaux. Il faut donc que le pouvoir tombe en ruine pour que l’homme dit «providentiel» soit en mesure de ramasser les morceaux et de restaurer les fondations.

L’essentiel est de distinguer le moment juste qui précède l’effondrement afin d’être prêt à intervenir avant les rivaux. C’est ce coup d’œil aiguisé qui a permis à Emmanuel Macron de quitter le gouvernement et de mettre «en marche» son mouvement à l’instant idoine. L’alors premier ministre et principal concurrent Manuel Valls avait diagnostiqué l’effondrement de la social-démocratie française bien avant Macron. Mais, contrairement à ce dernier, Valls n’a pas su se dégager à temps de la gangue gouvernementale. Quand il l’a fait, c’était trop tard. Le ci-devant chef du gouvernement, empêtré par son bilan collé aux semelles, n’était plus capable de rattraper son fringant ex-ministre. De plus, Valls est apparu comme le traître qui a poignardé François Hollande dans le dos. Certes, Macron avait déjà planté sa dague dans l’échine hollandaise. Mais l’opinion ne s’est souvenue que de la surinade de Manuel Valls. L’ancien président a fort bien décrit la chose: «Macron m’avait trahi avec méthode». Valls l’a aussi trahi mais sans méthode. Ça ne pardonne pas. Le savoir-trahir est le premier savoir-faire de l’homme d’Etat.

Certificat de décès de la vieille gauche

Macron a donc ramassé le pouvoir que les mains malhabiles du Parti socialiste et de la vieille droite française ont laissé tomber. Son début de parcours triomphal a signifié la fin d’un modèle social-démocrate français original géré alternativement par la droite et la gauche modérées, depuis l’application dès 1946 du programme «Les Jours Heureux» du Conseil national de la Résistance, programme qui a permis aux Français de bénéficier d’une couverture sociale de premier ordre.

Mais la social-démocratie a partout subi une crise majeure dès la mort de l’Empire soviétique. Tant que le communisme menaçait les structures du capitalisme, les représentants politiques de l’économie dominante ont fait des concessions aux partis socialistes démocratiques et accepté des réformes sociales souvent importantes qui ont permis de calmer les colères ouvrières et d’introduire les travailleurs, devenus aussi consommateurs, dans les circuits de l’économie de marché.

Lorsque l’ «Ogre rouge» a disparu, les partis sociaux-démocrates ont perdu cet épouvantail et, en plus, ont dû affronter un type de capitalisme fondamentalement nouveau : l’hypercapitalisme financier qui a remplacé le traditionnel capitalisme  industriel[1].

Cet hypercapitalisme est né de la financiarisation toujours accrue de l’économie et change complètement la situation: il n’est plus besoin de recourir aux gros bataillons du prolétariat, du moins dans les pays de modèle occidental; les nouvelles technologies créent de nouveaux emplois avec des formes tout aussi nouvelles de rapport au sein de l’entreprise, l’idéal étant de transformer le salarié en un microentrepreneur taillable et corvéable à merci.

Naguère encore, le patron (tiré du mot «père») était une figure bien établie en tant que telle, avec un visage connu et une implantation locale. Aujourd’hui tout se dissout dans le brouillard financier. Qui est le vrai «patron» des salariés française d’Altice ? le PDG Patrick Drahi ou bien les banques qui ont prêté à son groupe quelque 50 milliards d’euros ? Et où est implanté le «patron» de cette petite entreprise? A Cologny[2] ? A Champel[3], A Zermatt[4] , au Luxembourg[5] ? A Amsterdam[6] ? La réglementation d’un pays X déplaît-elle au groupe ? Qu’à cela ne tienne, le pays Z est prêt à l’accueillir. La chanson est bien connue, même si moult oreilles ne veulent pas l’entendre. Jadis, le savoir-faire ouvrier limitait (sans l’empêcher tout à fait) la mobilité de l’entreprise. Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas.

Dès lors, comment, dans un tel contexte, faire pression sur le patronat (si l’on peut encore parler de «patronat») pour exiger des réformes sociales? A cette énigme, la social-démocratie n’a pas apporté de réponse, ce qui a provoqué son effondrement en France, en Italie et dans d’autres pays. Certes, elle s’est encore maintenue ailleurs (Allemagne, Suède, Suisse, etc.), là où elle s’était plus solidement implantée au sein de la classe ouvrière sans avoir été concurrencée par les Partis communistes. Mais partout, la social-démocratie est en crise pour n’avoir pas (encore ?) pu relever le défi de l’hypercapitalisme financier.

Le social-libéralisme façon Macron

Emmanuel Macron, semble-t-il, a bien saisi la situation en proposant d’instaurer une forme française de ce social-libéralisme inauguré, avec plus ou moins de succès, par Tony Blair et son «New Labour» (qui a tout de même pris un sacré coup de vieux, avec le quasi septuagénaire Jeremy Corbyn à sa tête). Il s’agit donc pour ce nouveau parti social-libéral qu’est La République en Marche (LREM) d’accepter la donne imposée par l’hypercapitalisme financier en réduisant le plus possible les services publics pour donner de l’espace aux entreprises ou aux microentreprises privés, ces dernières étant gérées par des artisans dépourvus des droits sociaux attribués aux salariés.

Dans cette optique, les sociaux-libéraux macroniens vont miser sur la nouvelle économie développée par la transition écologiste. D’où le choix de l’écologiste numéro 1 en France, Nicolas Hulot (cela dit pour les Martiens qui viendraient d’atterrir), comme ministre d’Etat. La majorité présidentielle espère ainsi y trouver des gisements d’emplois à défaut de pétrole. Pour son volet social, le nouveau président veut former les individus à cette mobilité professionnelle qui est devenue la réalité quotidienne de chacun. Le propos macronien n’est donc pas de s’opposer à l’hypercapitalisme financier mais de tenter d’en corriger les effets les plus pervers, les plus dommageables pour l’ensemble de la population. Surtout, son propos est de préparer le mieux possible les classes populaires à s’insérer dans la nouvelle économie, basée, notamment, sur les modèles de type Uber. Alors, social-libéralisme ou social-ubéralisme ?

Au fond, le social-libéralisme façon Macron réédite avec l’hypercapitalisme financier ce qu’avait fait la social-démocratie avec le capitalisme industriel. Non pas abattre le monstre mais soigner ses victimes. Il ramasse donc la gauche et la droite modérées afin de créer une force centrale.

Jean-Noël Cuénod

(A suivre)

[1]Le développement du capitalisme dans sa phase industrielle reposait sur l’expansion de la production. Le capital (l’argent qui est réinvesti) devait être alloué en partie à des investissements productifs, c’est-à-dire qui permettent d’augmenter la capacité de production (par exemple, l’achat de machines plus performantes ou la construction de nouvelles usines). La logique financière est tout autre. Le capital n’a plus à passer par le détour de la production pour fructifier ; sa simple circulation engendre une création de capital neuf. L’investissement à court terme devient la norme et c’est la spéculation qui fait augmenter la valeur d’un actif. («Qu’est-ce que la financiarisation de l’économie?» par Julia Posca, IRIS, Institut de recherche et d’informations socioéconomiques au Québec. http://iris-recherche.qc.ca/

 [2] A l’intention des non-suisses: commune du canton de Genève, sorte de Neuilly-sur-Seine en plus cossu.

[3] Idem: quartier de Genève-Ville, sorte de XVIe arrondissement en plus riche.

[4] Idem: station de montagne dans le canton du Valais (partie germanophone), sorte de Courchevel en beaucoup plus chic.

[5] Altice est une société de droit luxembourgeois.

[6] Altice est cotée à la Bourse d’Amsterdam.

16/06/2017

Nouvelle collection dédiée à l'ésotérisme

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Les Editions Slatkine s’enrichissent d’une nouvelle collection qui a pour nom : Les Architectes de la Sagesse.

Elle s’intéresse à la Franc-Maçonnerie, puisque son premier ouvrage qui vient de sortir est consacré à l’un de ses aspects : Une Histoire secrète du régime écossais rectifié, né de la plume experte de l’historien de la Franc-Maçonnerie Alain BERNHEIM.

Mais elle ne sera pas la seule terre d’exploration des Architectes de la Sagesse, loin de là.  Initiations et spiritualités – au pluriel – concernent cette collection. La Foi – quel que soit son objet – se vit. La Foi en Dieu ; la Foi en l’Humain… la Foi en l’Univers… Elle est ce souffle intérieur qui s’éprouve mais ne se prouve pas. La Sagesse, elle, se construit. Il lui faut donc des architectes.

 La Sagesse avec une majuscule, cette astuce scripturale qui permet à un substantif de prendre, justement, un surcroît de substance qui l’élève au-dessus de la tourbe quotidienne. La définir est périlleux, elle prend tellement de formes. Disons que la Sagesse que nous cherchons à bâtir représente cet effort des humains à dépasser leurs conditions matérielles pour tenter de prendre langue avec la puissance créatrice et ordonnatrice de l’univers. Elle n’est pas cette foudre mystique qui frappe Paul Claudel, le 25 décembre 1886, près du second pilier à l’entrée du chœur de Notre-Dame à Paris (En un instant mon cœur fut touché et JE CRUS).  La Sagesse est la patiente approche vers ce qui nous dépasse. Et nous dépassera toujours. Mais qui continue et continuera à nous faire progresser vers un peu plus de lumière. La Sagesse est faite d’erreurs suivies de corrections, d’hésitations suivies d’élans. La Sagesse est une maison toujours en chantier dont on ne voit jamais le toit.

 La collection Les Architectes de la Sagesse des Editions Slatkine se propose donc d’éditer des œuvres élaborées par ces patients bâtisseurs de l’Esprit, soit sous la forme d’essais, soit sous celle de fictions.

 Jean-Noël CUÉNOD

Directeur de la Collection Les Architectes de la Sagesse aux Editions Slatkine.

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12:42 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : ésotérisme, franc-maçonnerie, livres | |  Facebook | | |