18/12/2014

Le rire élégant d’Ariane Ferrier

 

 

Nous voici plongé dans cette affreuse période où l’on célèbre moins le petit Jésus que les mamelles de Mammon. Les idées de cadeaux, qui affluent toute l’année, se tarissent d’emblée devant cet étalage de marchandises bidulesques.

 

 imgres-1.jpgHeureusement, Ariane Ferrier est là. Pas folle, la guêpe. Elle sort son bouquin maintenant, rien que pour nous donner LA bonne idée à glisser sous le sapin (avant qu’on appelle le SIS pour l’éteindre). Il s’agit du recueil de chroniques (Editions Fictio-BSN Press) qu’elle a rédigées pour le quotidien fribourgeois La Liberté (Ariane tient aussi une autre chronique «vous prendrez bien un peu de recul?» dans le mensuel La Cité).  Son titre ? FRAGILE.

 

Alors, là, laissez nous rigoler! Fragile Ariane? Ne vous fiez pas aux apparences. Cela fait, disons, quelques années (Ariane, je vais t’épargner cette douloureuse comptabilité) que je la connais. Chez elle, la fragilité est une arme. Redoutable.

 

Imaginez un peu la santé qu’il faut avoir pour supporter d’être née comme elle dans une famille de la Genève patricienne. Les hasards de la profession m’ont conduit, un jour, à prendre le thé rue des Granges dans l’une de ses familles «un-sucre-ou-pas-du-tout?» (non, Ariane, ce n’était pas la tienne). L’épreuve est terrible. Assis sur le rebord d’une chaise Louis XVI – que votre poids de pilier droit de rugby fait souffrir comme si c’était elle qui allait à l’échafaud – vous touillez une tasse d’eau tiède vaguement teintée de thé. Et le nuage qui passe entre vous et vos hôtes, n’est point de lait (cela ne se fait pas de mettre du lait dans le thé, voyez-vous). Quelques petits gâteaux secs – très secs – délicatement posés sur une assiette en porcelaine de Bavière ornée de roses pâles, vous sont offerts, sans que quiconque ne songe à s’en saisir.

La conversation tourne autour de vos parents, de vos ascendants, d’où vous venez, du nom de votre mère, de celui de la mère de votre père. Dans le meilleur des cas, vous partagez avec vos hôtes un vague cousin rendu à la poussière depuis des lustres. Alors, une fugitive lueur de soulagement s’allume dans la prunelle dédaigneuse. Vous n’êtes point tout à fait indigne. Mais si ce vague cousin vous fait défaut, le froid s’installe. Il s’installe tellement que vous partez aussitôt après avoir balbutié un rendez-vous oublié.

Et puis, lorsqu’on est jeune patricienne, croyez-vous que c’est drôle de se voir affublée du sobriquet de «Lullin» par de gros lourdauds qui trouvent malin de vous associer (en commandite?) à la banque Ferrier-Lullin?

 

Ariane a connu encore pire : le naufrage de La Suisse dont elle fut l’une des vedettes, suivi de son transfert par canot de sauvetage chez L’Ennemi héréditaire, la Tribune de Genève. Là, elle a dû subir les confs de rédaction qui naviguaient entre ennuis et règlements de compte. Sans oublier les crises de certain caractériel que je rencontre encore chaque matin en me rasant.

Il y a eu aussi pour elle l’épisode de la télé romande et de son Box Office. C’est bien connu, avoir son image dans le poste rend fou. Ariane, elle, est restée intacte là où les âmes les mieux trempées ont succombé sous les coups d’un égo télégonflé. Les images ont glissé sur elle comme sur les plumes d’un cygne (Oui, Ariane, je n’allais pas te comparer à un canard, même si tu continues à travailler pour les palmipèdes).

 

Son secret? L’humour. Oh, elle en a un d’égo, bien présent, bien vivace! Mais elle ne peut s’empêcher de se payer sa tête. Qui aussitôt désenfle pour regagner sa niche dans un grand éclat de rire.

 

Alors, ne ratez pas FRAGILE, c’est un vrai bonheur que de lire ou relire ces lignes qui amusent souvent (je vous recommande, entre autre, «la grande fête annuelle du slip»), émeuvent parfois («lettre à ma grand-mère morte») et consolent toujours («avoir 15 ans dans ma cuisine»).

Et vous entendrez tinter sous le sapin, au lieu des agaçantes sonneries de portables, le rire élégant d’Ariane.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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17/12/2014

Le Hamas s’abrite sous la robe des juges européens!

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 Le Tribunal de l’UE a, ce jour, annulé pour vice de forme la décision du Conseil européen inscrivant le Hamas sur la liste des organisations terroristes établie par l’Union.

Disons-le d’emblée, la portée de cette décision reste, sur le plan juridique, limitée. Tout d’abord, les juges maintiennent le gel des fonds du Hamas. Ensuite, les magistrats ne se prononcent pas sur le fond de cette question: faut-il ou non maintenir cette organisation sur la liste noire? Ils renvoient sa copie au Conseil européen pour décision nouvelle après en avoir amélioré l’argumentation juridique.

Le Tribunal de l’UE a estimé que pour placer le Hamas sur la liste terroriste, le Conseil[1] européen s’était fondé sur des informations issues de la presse et de l’internet et non pas, selon les termes de l’arrêt, «sur des faits examinés et retenus dans des décisions d’autorités nationales compétentes».

Tout d’abord, point n’est besoin de recevoir 25 000 coups de tampons officiels pour savoir que le Hamas est une organisation terroriste. Sa charte (lire la version complète[2]), ses actions, ses discours, son mode de gouvernement démontrent son caractère terroriste. Mais à force de dénicher les plus infimes détails dans une procédure, la vue des juges baisse tellement que l’évidence les éblouit parfois!

 

Ce qui est plus inquiétant dans ce contexte, ce n’est pas la décision en elle-même. Si le Conseil européen veut vraiment inscrire le Hamas sur sa liste noire, il le fera sous la forme voulue par les juges. En revanche, elle démontre à quel point la judiciarisation de la vie sociale– une mode venue d’outre-Atlantique – peut pervertir le processus de décision politique. En général, on invoque la séparation des pouvoirs pour protéger la justice et ses magistrats des ingérences du pouvoir politique. Mais la séparation est tout aussi nécessaire dans l’autre sens.

La décision politique obéit à des critères bien différents de ceux utilisés pour émettre un arrêt de justice. Celui-ci établit une vérité judiciaire sur des preuves et des faits dûment avérés, à la suite d’un long processus contradictoire. La justice cherche la fixité et la certitude.

La politique évolue, elle, dans un monde en constant mouvement où règne l’incertitude. Ses décisions doivent être prises rapidement en se basant sur le raisonnement certes, mais aussi sur l’intuition et sur des éléments qui ne sont pas forcément du même ordre qu’une preuve dûment estampillée comme telle.

 Là où la justice tend vers la science, la politique tend plutôt vers l’art. Certes, l’une n’est pas vraiment une science et l’autre n’est pas pleinement un art, mais leur tendance profonde s’exprime ainsi.

Dès lors, confondre la décision politique et la décision juridique risque d’aboutir à des catastrophes, car le temps de la politique ne sera jamais celui de la justice.

Aujourd’hui, le Hamas a trouvé sous les robes des juges un asile provisoire. Il ne faudrait pas pour autant que le pouvoir politique se… dérobe devant ce qui doit rester de ses responsabilités.

Jean-Noël Cuénod



[1] Organe exécutif de l’Union européenne qui regroupe les chefs d’Etat ou de gouvernement des pays membres. Il est présidé depuis peu par le Polonais Donald Tusk.

[2] La traduction que vous pourrez lire sur ce lien est due au chercheur français et historien arabisant Jean-François Legrain. Naguère, nous l’avions fait relire à un ami égyptien qui a jugé cette traduction fidèle au texte originel.

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15/12/2014

Le Plouc cause dans le poste: Raffarin à France-Inter (VIDEO)

Lors de l'émission "Tous Politiques" de France-Inter, Marc Fauvelle, chef du service politique de cette station, Thierry Borsa, directeur des rédactions du Parisien et votre serviteur Jean-Noël Cuénod, autrement dit Le Plouc, ont interviewé l'ancien premier ministre et figure actuelle de l'opposition Jean-Pierre Raffarin.

Voici donc la vidéo intégrale de cette émission qui s'est déroulée dimanche de 18h. 10 et 19 h. 

Entre Sarkozy et Juppé, le coeur de Raffarin balance toujours pour la primaire qui désignera le candidat de la droite et du centre en 2017; il ne se prononcera qu'au dernier moment. D'ici là, il va tout faire pour que le duel ne se termine pas en massacre au sein de son camp.

S'il condamne la manière dont le président socialiste Hollande s'y prend pour relancer le vote des résidents étrangers non-communautaires aux élections locales, à une question du Plouc, il répond qu'en principe, il n'est pas opposé à un vote de ce genre, pour autant qu'il fasse l'objet d'une étude non-partisane.

Tout à la fin, Jean-Pierre Raffarin évoque le décès de sa mère qui est intervenu quelques heures avant l'émission.

 

Jean-Noël Cuénod

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Jean-Pierre Raffarin : "Le gouvernement est à... par franceinter

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13/12/2014

EMERVEILLE

Ta main sur la hanche

Comme une mésange bleue

Dans son nid de peau

                 Prête à l’envol et au chant

                 Vers la brise matinale

                 

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                                                                                                               Ton parfum galope                                                                                              Dans le pré de ton absence                                                                                                          Cheval invisible

 

 

 

L’oiseau rouge bouge

Sautille au fond de la rue

C’est toi dans ta robe

 

 

 

                                              Lent balancement 

                                              De tes hanches serpentines

                                              Marche inexorable

                                                           Sur le trottoir ébloui

                                                           En allant chercher du pain

 

 

Lever de soleil

Sur tes monts sur tes vallées

Ombre douce et rouge

                Le camion des poubelles

                A dissipé la magie

 

 

A midi sonnant                                                                                                      Le soleil et les persiennes

Font de toi un zèbre

                             Mais en sortant dans la rue

                  Tu deviens antilope

 

Jean-Noël Cuénod 

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11/12/2014

La torture ne détruit pas que des suspects

 

 

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Le rapport que le Sénat américain vient de rendre public confirme ce que tout le monde supposait : les Etats-Unis se livrent à la torture (photo : un prisonnier des Américains à Guantanamo) Comme une vulgaire dictature. Sauf que dans une dictature, vulgaire ou non, ce genre de divulgation est impossible. Elle torture sous le voile du silence. Dans une démocratie, les cris finissent par le percer.

 

Et la sempiternelle question de l’efficacité de la torture se repose. La patronne du Clan des Blondes, Marine Le Pen, suit fidèlement les traces de son père en comprenant l’usage de la torture sur les ondes de RMC : « Il peut y avoir des cas, permettez-moi de vous dire, quand une bombe - tictac tictac tictac - doit exploser dans une heure ou deux et accessoirement peut faire 200 ou 300 victimes civiles, où il est utile de faire parler la personne.»

Mais à la différence du fondateur de la boutique familiale, elle n’assume pas ses propos et fait machine arrière. Passons. Restons plutôt sur cette question de l’efficacité. Pour sauver cent vies humaines ne faut-il pas aller jusqu’à la torture pour faire parler un suspect ?

 

Exposée ainsi et vue superficiellement, la question appellerait une réponse positive. Sauf que, dans la réalité, cela ne marche pas ainsi. L’une des principales leçons à tirer du rapport d’enquête américain est que, justement, la torture n’a servi à rien, comme le précise la présidente démocrate de la commission sénatoriale, Dianne Feinstein :

 

«A aucun moment les techniques d'interrogatoire renforcées de la CIA n'ont permis de recueillir des renseignements relatifs à des menaces imminentes, tels que des informations concernant d'hypothétiques bombes à retardement dont beaucoup estimaient qu'elles justifiaient ces techniques.»

(A ce propos, l'intervention de John McCain dans la vidéo ci-dessous est particulièrement éclairante)

 

Marine Le Pen aurait dû lire ce rapport avant d’en parler. Mais sans doute est-ce trop demander à une créature médiatique.

 

Sous la torture, on peut parler certes, mais de quoi? Sous l’effet de la douleur insupportable, le torturé dit n’importe quoi, avoue des crimes qu’il n’a pas commis, désigne des pistes imaginaires, dénonce des complices fantomatiques qui ne font que retarder l’enquête. De plus, l’usage de la torture renforce la détermination de l’adversaire comme le relève Albert Camus dans Actuelles III :

 

Celle-ci (la torture) a peut-être permis de retrouver trente bombes au prix d'un certain honneur, mais elle a suscité du même coup cinquante terroristes nouveaux qui, opérant autrement et ailleurs, feront mourir plus d'innocents encore.

 

Son emploi ne détruit pas que le torturé mais atteint aussi le bourreau qui, irrémédiablement, se détache de la communauté humaine. Nos actes nous suivent comme des ombres. Impossible d’y échapper. Le tortionnaire devient prisonnier de la torture qu’il inflige. Au-delà de ce couple infernal, bourreau-torturé, c’est toute la société qui est sapée à sa base.

Dans ce magma d’images confuses, de violences irrationnelles, d’insécurité généralisée suscité par le capitalisme dans sa version mondialisée, sauvage et financière, il ne reste que la notion d’Etat de droit à laquelle se raccrocher. Lorsqu’un Etat de droit commet l’arbitraire dans toute sa violence, alors tout ce qui fait société risque de s’effondrer.

En Amérique, la pratique de la torture a donc été dûment dénoncée par le Sénat, ce qui démontre que l’Etat de droit y demeure. Mais le danger est que, petit à petit, on s’habitue à la violence d’Etat. On la dénonce, mais de plus en plus mollement. Puis, on la prend pour un mal nécessaire. Et enfin, l’inhumanité devient la norme.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Extrait du journal de RTL Info.


Rapport accablant pour la CIA qui a massivement pratiqué la torture aux USA

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08/12/2014

Le Front national transforme la crèche de Noël en champ de bataille

 La crèche de Noël est devenue un champ de bataille en France. Le Front national s’est emparé du bœuf et de l’âne, du divin enfant, de Joseph et Marie, sans oublier bergers et musettes pour mener sa guerre contre la laïcité. Tout est parti de l’Hôtel du Département de Vendée, à La Roche-sur-Yon ; le président du Conseil général Bruno Retailleau (UMP tendance culs-bénis) y a installé une grande crèche au milieu du hall d’entrée. Le Tribunal administratif de Nantes lui a ordonné de la démonter. Retailleau a interjeté recours. Il fut du vicomte Philippe de Villiers, le bras très droit.

 

Les maires du Front national ou crypto-frontistes se sont engouffrés dans cette brèche et ont aussitôt monté leur crèche à Béziers, à Beaucaire, à Cogolin, à Fréjus, au 7ème secteur de Marseille et bientôt à Villers-Cotterêts. Le petit Jésus au service de la politique raciste du Front national, on aura vraiment tout vu avec ces gens-là, surtout le pire. Pas un seul instant, l’indécence de leur démarche leur est apparue. Au contraire, le clan des blondes – Marine Le Pen, flanquée de sa nièce – a applaudi à tout rompre à cette utilisation du Christ pour commettre ce sale coup médiatique.

 

Les nouveaux discours frontistes glorifiant la République laïque, ce n’était que du pipeau à pistons. Les masques n’auront pas mis longtemps à tomber : la laïcité à la frontiste ne sert donc qu’à lutter contre une seule religion, l’islam. Autrement dit, il ne s’agit en aucun cas de laïcité. Comme tous les politiciens qu’elle se plaît à fustiger, Marine Le Pen détourne les mots, les mâche, les remâche pour les recracher sous forme de bouillie infecte.

 

L’argument avancé par les frontistes pour justifier leur offensive est de prétendre que la crèche est un élément des traditions françaises plus qu’une manifestation religieuse. C’est insulter le christianisme que de le dégrader en une sorte de folklore dépourvu de  signification religieuse. Que Noël ait été tardivement transformé (au IVème siècle après Jésus-Christ) en fête chrétienne, sur le substrat des célébrations de la Rome antique, ne change en rien son appartenance au christianisme. Rendons à Noël ce qu’il est désormais depuis seize siècles, la célébration de la naissance du Sauveur pour les chrétiens, c’est-à-dire un moment particulier d’une religion particulière mais qui ne saurait être célébré, d’une manière ou d’une autre, par l’Etat et ses organes.

 

Qu’est-ce que la laïcité ? Ni une arme au service d’une religion contre les autres ni un succédané d’Eglise. Il s’agit avant tout d’un principe séparant l’Etat des communautés religieuses; celles-ci n’interviennent pas en tant que telles dans les affaires de l’Etat ; celui-là n’intervient pas dans les affaires des institutions religieuses, sauf à faire respecter la loi, comme pour n’importe quelle autre personne morale.

 La laïcité ménage également un espace où les fidèles des différentes communautés religieuses, les personnes professant l’athéisme, celles choisissant l’agnosticisme, ainsi que les tenants de systèmes de pensée ou philosophiques de toute nature, peuvent échanger, débattre, évoluer en tant que citoyens, sans chercher à imposer leurs convictions par la contrainte, la menace ou le harcèlement.

 

L’Etat laïc ne reconnaît pas une confession qui deviendrait ainsi, comme dans de nombreux pays, « religion nationale ». L’Etat laïc ne reconnaissant pas les institutions religieuses, il les respecte toutes. La liberté d’expression leur est garantie ainsi qu’à tous les citoyens ou groupements de citoyens dans les limites de la paix publique.

 

L’Etat n’a pas à intervenir dans l’espace qui est dévolu aux religions. De même, celles-ci n’ont pas leur place dans les lieux symbolisant l’Etat. La crèche de Noël étant liée à une religion particulière, elle n’a pas à figurer dans une mairie, un hôtel du département ou de région, dans un ministère, etc. De même, une mairie ne doit pas abriter un concert de Ramadan, comme ce fut le cas à Paris sous le règne du maire socialiste Bertrand Delanoë.

 

Cette neutralité de l’Etat a aussi pour but d’éviter l’instrumentalisation des religions par les politiciens. Il est évident que Bertrand Delanoë a voulu séduire l’électorat musulman  grâce à ce concert de Ramadan. Il est tout aussi évident que c’est pour de basses besognes politiciennes que les élus frontistes se prennent d’amour pour les crèches. La laïcité protège donc les religions de ce détournement à des fins partisanes.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Légende de la photo : dans le rôle des ravis de la crèche, en haut à gauche, Marc-Etienne Lansade (Cogolin), en haut à droite, Stéphane Ravier (7ème secteur de Marseille), en bas à gauche, Julien Sanchez (Beaucaire), en bas à droite Marion Maréchal-Le Pen (députée).

 

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04/12/2014

La révolte des patrons et les mauvais choix de François Hollande

 

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Lundi, les patrons des petites et moyennes entreprises françaises (PME) défilaient dans les rues de Paris et de Toulouse pour exprimer leur révolte. « Notre économie va mal. Elle est bridée par trente  années d’une politique qui a progressivement étouffé les entreprises de toutes tailles par une accumulation de charges, de contraintes, de taxes et de sanctions », a expliqué Jean-Eudes Du Mesnil du Buisson, délégué général de la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises), aux médias.

 

Le lendemain, le nouveau ministre de l’Economie Emmanuel Macron, fustigeait Pierre Gattaz, le dirigeant du Medef – syndicat qui défend, en premier lieu, les grandes entreprises – en l’accusant d’avoir fait capoter le fameux Pacte de responsabilité concocté par le président François Hollande… à l’instigation de ce même Gattaz.

Aux termes de ce pacte, chaque branche professionnelle devait engager des négociations entre représentants des salariés et des patrons, afin de prévoir les contreparties à apporter par les entreprises aux 40 milliards d’euros de baisses de charges qui leur ont été consenties. Contreparties qui auraient dû se traduire en embauches. Or, seuls deux accords de branche ont été signés pour le moment.

 

François Hollande s’est donc fait rouler dans la farine par le « patron des patrons » qui a obtenu ce qu’il voulait sans exécuter ses promesses.

images.jpgPourtant, il avait fait fort, le Gattaz, qui arborait fièrement son insigne affirmant que ce pacte allait créer « un million d’emplois » (voir photo). C’est ce qu’on appelle la pensée magique. Comment créer un million d’emplois grâce à un pacte de cette nature ? Les emplois arrivent quand la croissance est là. Sans croissance, vous pouvez pondre tous les pactes possibles, imaginables et même inimaginables, aucune entreprise n’embauchera.

 Le plus étonnant et que le président socialiste – qui n’est pas un benêt – se soit laissé embarquer dans cette aventure qui le coupe de son électorat.

 

Vilipendé par les petits patrons et dupé par les grands, François Hollande ne sait décidément pas négocier avec le patronat. Il aurait pourtant pu s’inspirer de son propre programme de candidat en 2012 ! « Je ferai des PME une priorité » proclamait-il. C’est avec elles et leurs représentant qu’il aurait dû prendre langue en premier lieu et non avec le Medef de Gattaz, représentant des grosses pointures économiques dont le principal souci est d’échapper au fisc de leur pays. Car les petits patrons et les artisans ne peuvent guère, eux, s’évader dans les paradis fiscaux pour y faire bronzer leur trésorerie. Surtout, les petites boîtes et les moyennes entreprises constituent d’importants « gisements d’emplois », pour filer la pétrométaphore en honneur dans les médias.

 

Le Plouc s’échine à répéter à ses confrères parisiens que, non, ce ne sont pas ses grandes banques internationales qui font la prospérité de la Suisse, mais son tissu dense de PME – 99% des entreprises helvétiques, employant les deux tiers des salariés – qui interviennent dans les secteurs les plus pointus.

Pour cela, il faut les laisser se concentrer sur leur cœur de métier au lieu de les accaparer, comme en France, dans des travaux bureaucratiques. Les PME  sont moins opposées aux impôts qu’on ne le pense, dans la mesure où elles savent bien que les commandes des pouvoirs publics et, surtout, la formation professionnelle[1] ne tombent pas du ciel. C’est donc elles que François Hollande et Manuel Valls aurait dû caresser dans le sens du poil, plutôt que de se lancer dans déclarations d’amour aux patrons lors des congrès du Medef.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] C’est d’ailleurs ce qui manque à la France, notre bon vieil apprentissage et nos deux joyaux que sont les Ecoles polytechniques fédérales de Zurich et Lausanne.

 

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02/12/2014

Nicoléon Sarkonaparte à cheval vers Waterloo ?

 

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Décidément, le retour de Nicolas Sarkozy dans l’arène politique continue à s’accomplir sur le mode poussif. Première étape vers la reconquête de l’Elysée : la présidence de l’UMP. Lors de la campagne 2012, il avait promis d’arrêter la politique en cas de défaite (cf. la vidéo), ajoutant  qu’il ne reprendrait pas la tête de l’UMP : « Je préfère encore le Carmel. Au Carmel au moins, il y a de l’espérance. » Apparemment, le Carmel – même agrémenté par Sœur Carla – a perdu ses charmes. Mais qui accorde encore la moindre importance aux déclarations des pros de la politique ? 

 

Cela dit, Sarkozy ne se contentait pas de briguer la présidence de son parti, il voulait obtenir un triomphe, mieux un plébiscite, un score stalinien qui l’aurait propulsé comme maître incontesté et incontestable de l’opposition, jetant aux oubliettes ses rivaux Juppé et Fillon. L’objectif : faire mieux, ou au moins aussi bien, qu’en 2004 lorsqu’il avait conquis l’UMP avec plus de 85% des voix exprimées par les adhérents à ce parti. Les semaines passant – et son principal concurrent Bruno Le Maire accomplissant une campagne très efficace au sein des militants de base – l’objectif a été revu à la baisse : 80%, puis 70%. Résultat final : 64,5% des voix pour Sarkozy, Bruno Le Maire frisant les 30% et Hervé Mariton recueillant les miettes.

 

Dans cette drôle d’élection, le gagnant a donc perdu et le perdant a gagné. Mal élu, Sarkozy ne peut pas se débarrasser de Fillon et, surtout, de Juppé, son plus grand obstacle sur le chemin de l’Elysée. De plus, il s’est découvert un nouveau danger, Bruno Le Maire. A 45 ans, il incarne l’avenir de la droite, face aux vieux chevaux de retour et pèse 30% des militants UMP, ce qui ressemble fort à une minorité de blocage.

 

On le savait fin, germanophone et intelligent, mais son image d’énarque propret constituait un lourd handicap. La Maire s’est donc appliqué, tout au long de la campagne interne, à enduire de bonne bouse bien provinciale ses escarpins vernis de Parisien chichiteux. Alors que Sarkozy débitait son numéro habituel – avec plus de «couac» que d’ordinaire – devant les médias, Bruno Le Maire a labouré les sections UMP les plus reculées.

Il a appris à avaler son tripoux sans rechigner, à boire la piquette locale en affirmant qu’il s’agit d’un nectar de première, à se pâmer devant un saint-nectaire (qui a dit « nain sectaire ? » Sortez immédiatement !), à essuyer une larme d’émotion devant les médailles d’un ancien combattant en fauteuil roulant. Bref, Le Maire a fait son Chirac, ce qui reste le meilleur moyen de réussir en politique outre-Jura (Jacques Chirac : douze ans à l’Elysée, quatre ans et demi à Matignon, quarante au pouvoir, cinquante-huit ans de mariage avec Bernadette, mais ça c’est une autre histoire).

 

Toutefois, il faut ajouter un peu de blanc de céruse à ce sombre tableau pour Sarkozy. Après tout, même s’il a été élu de piètre façon, l’Ex tient en main le levier principal, à savoir l’UMP, c’est-à-dire une puissante machine à fabriquer des candidats gagnants à la présidentielle. Alain Juppé regrettera peut-être un jour de ne pas avoir brigué la tête de ce parti. Nicolas Sarkozy possède donc dans sa manche un atout de taille.

 

Comment le jouera-t-il ? C’est là que tout se complique. Sarkozy est en train de composer son équipe. Le Maire va se mouiller le moins possible avec l’Agité de Neuilly afin d’éviter de jouer son jeu et de se faire phagocyter. Mais il est position de lui imposer certains de ses plus proches collaborateurs au sein du nouvel Etat-Major de l’UMP. Le Maire aura donc des espions dans la place, tout en se gardant de ne pas plonger les mains dans le cambouis sarkozyste.

 

Le Trépidant veut changer le nom de l’UMP au printemps prochain. Il ne peut guère faire autrement. Tout d’abord, les partis gaullistes et ex-gaullistes changent régulièrement de dénomination, comme les serpents font leur mue au printemps : UNR dans les années cinquante, UNR-UDT au début des années soixante, UD-Vème à la fin de cette décennie, UDR peu après, RPR du temps de Chirac et enfin, UMP. A chaque fois, il s’agit de donner un coup de pinceau sur la façade d’une formation qui éprouve une certaine tendance aux magouilles financières (il n’est certes pas le seul en ce cas).

Aujourd’hui, ce changement est rendu encore plus nécessaire pour des raisons de propagande. Il faut d’urgence couper l’herbe sous le pied de Marine Le Pen dont le slogan « UMPS » (c’est-à-dire la contraction des deux partis de gouvernement, UMP et PS) fait des ravages. Sans jouer les voyants extralucides, gageons que le P ne sera pas la lettre finale du nouveau parti de Sarkozy.

 

L’organisation des primaires pour désigner le candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2017 sera nettement plus malaisée. Nicolas Sarkozy résistera-t-il à la tentation d’en organiser une à sa main ? Le personnage étant ce qu’il est, on peut en douter. Mais alors, il provoquera la colère de Juppé, de Fillon, de Le Maire et la division du nouveau parti. Un premier tour 2017 avec, comme candidats de la droite, Juppé (sans doute soutenu par le centre) et Sarkozy risquerait fort de provoquer un second tour mettant aux prises un candidat socialiste et Marine Le Pen, avec de fortes chances pour celle-ci d’emporter la victoire. 

 

Si, par miracle, Sarkozy parvenait à organiser une primaire digne de ce nom, réunissant la droite et le centre, il prendrait alors un autre risque, celui de perdre face à Juppé dont l’image est bien meilleur que la sienne. Dès lors, tenir une machine électorale aussi explosive n’est pas forcément un gage de succès pour la présidentielle.

 

Il y a 210 ans, jour pour jour, Bonaparte se faisait couronner Empereur des Français. Onze après, Napoléon 1er revenait d’exil et entamait ses Cent-Jours. A son tour, Nicoléon Sarkonaparte veut reprendre la direction de la France en enfourchant son destrier électoral. Mais on sait comment les Cent-Jours se sont terminés, dans la morne plaine de Waterloo.

 

Jean-Noël Cuénod


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30/11/2014

Même le gâtisme xénophobe a ses limites

 

 

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Les électeurs suisses ont donc balayé l’initiative Ecopop qui liait de façon perverse immigration et environnement. Même le gâtisme xénophobe a ses limites. Ce gâtisme qui fait radoter les Suisses en les forçant à se prononcer sur la présence ou non des étrangers sur leur sol avec la stupide régularité du métronome.

Mais ne chantons pas trop tôt victoire. Ce thème risque fort de ressurgir sous une autre forme. Car ce néo-fascisme mou et verdâtre est tendance : «Si on rejette l’étranger, voyez-vous ce n’est pas pour de vils motifs égoïstes, non, non! C’est pour protéger nos petits zoiseaux bien suisses». Reste à savoir si la fiente des pigeons helvétiques est moins polluante que celle des corbeaux venus d’ailleurs.

 

Il y avait dans cette initiative Ecopop quelque chose d’encore plus immonde que les autres textes de la même eau polluée, à savoir son hypocrisie. Les habituelles propositions blochériennes ont au moins le mérite de ne pas cacher leur racisme sous les oripeaux de l’écologie.

Aujourd’hui, les électeurs ont vu la grosse ficelle et l’ont coupée. Mais qui peut affirmer que, demain, les écopopulistes ne vont pas relancer ce débat sous une forme encore plus perverse ?

 

Pourtant, il serait vraiment temps que l’on aborde enfin la réalité en face, en écartant l’angélisme xénophobe qui veut faire croire qu’une Suisse isolée au milieu de la planète est chose possible.

 Oui, l’immigration est un besoin pour la Suisse. Sur le plan économique, c’est une évidence. La machine ne saurait tourner sans apport étranger. Mais aussi sur le plan social. C’est grâce aux immigrés que nos retraites pourront être financées. Alors arrêtons de mobiliser nos énergies sur des fantasmes et posons-nous les vraies questions : comment insérer dans la vie sociale et politique les étrangers et les nouveaux suisses venant de cultures différentes ? Comment leur transmettre nos valeurs pour qu’ils les fassent leurs ?

 

Tout le reste n’est que mauvaise littérature.

 

Jean-Noël Cuénod

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26/11/2014

Le serpent à sornettes Erdogan enferme les femmes à la nurserie

 

 

images.jpgDans quelques semaines, le G20 – qui réunit les vingt Etats les plus puissants de la planète – sera présidé pendant un an par la Turquie. Son président Recep Tayyip Erdogan (photo) vient de marquer cet événement en déclarant que les femmes ne pouvaient pas être «naturellement» égales aux hommes. La preuve irréfutable étayant les dires de ce chef d’Etat éclairé (à la lampe à huile) figure en toutes lettres dans le Coran:

«Notre religion a défini une place  pour les femmes, la maternité». Voilà au XXIe siècle, le slogan du Kaiser allemand Guillaume II – Kinder, Kirche, Küche[1] – enfin traduit en turc.

 La femme, c’est un ventre. Pas plus. Et un ventre, ça reste à sa place de ventre. Pas question d’avoir une tête. Sinon, ce ne serait plus un ventre. Ça n’a pas de bras non plus, un ventre. La puissante pensée du président turc vous en administre l’irréfutable démonstration:

 «Vous ne pouvez pas demander à une femme de sortir et de creuser le sol, c’est contraire à leur nature délicate».

 

Il est vraiment mignon, l’Erdogan. Et les paysannes de Cappadoce qui travaillent la terre avec une belle énergie (photo de Jean-Paul Dupaigne) sont sans doute des travestis, voire une illusion d’optique. Cela doit faire quelques années, qu’enfermé dans ses palais, le nouveau sultan n’a plus arpenté les rues d’Istanbul et les champs d’Anatolie.

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Mais il y a des femmes qui – voyez-vous ça! – refusent d’être réduite à leur utérus pour les confiner à la nurserie. Erdogan leur réserve son anathème: «Vous ne pouvez pas expliquer ça aux féministes parce qu’elles n’acceptent pas l’idée même de la maternité». Soit un ventre et tais-toi!

 

Cet individu va donc présider en 2015 le G20 qui vient de se donner pour tâche de réduire de «25% d’ici 2025 le fossé[2] entre hommes et femmes et de faire entrer 100 millions de femmes dans la force de travail», comme le stipule le communiqué publié par le G20, le 16 novembre dernier. Nul doute que l’année qui approche sera riche en progrès pour la cause de l’égalité entre les genres. Le machisme au front de bœuf peut compter sur Erdogan pour saboter cet objectif.

 

Il faut dire que ce serpent à sornettes siffle souvent de drôles chansonnettes. Ainsi, le 15 novembre dernier, il avait affirmé haut et fort que le continent américain avait été découvert par des marins musulmans en 1178. La preuve ? Christophe Colomb mentionne l’existence d’une mosquée sur une colline de la côte cubaine! Personne n’a lu cette mention, ni découvert les vestiges d’une mosquée à cet endroit. Mais Erdogan, s’il ne remarque pas les paysannes de son pays en train de creuser le sol, voit des mosquées invisibles à Cuba au XIIe siècle.

Le président turc ne boit jamais de vin. Il a tort. Un petit coup de Tugra Öküzgözü, un rouge turc puissant, lui remettrait les idées en place.

 

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Enfant, Eglise, Cuisine, la sainte Trinité germanique d’il y a cent ans.

[2]https://www.g20.org/sites/default/files/g20_resources/library/brisbane_g20_leaders_summit_communique.pdf

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24/11/2014

Le Plouc cause dans le poste: Jean-Luc Mélenchon à "Tous Politiques" sur France-Inter

Jean-Luc Mélenchon, s'il a quitté officiellement la tête du Parti de Gauche pour s'investir dans le Mouvement pour la VIe République, a visiblement repris du poil de la bête (politique) après son coup de blues de l'été dernier où il déclarait vouloir se reposer "et bayer aux corneilles". A l'évidence, cette période de repos et de replis est terminée. Jugez-en par la vidéo de l'émission "Tous Politiques" sur France Inter de dimanche dernier. Elle est dirigée par Marc Fauvelle, avec Thierry Borsa directeur de la rédaction du Parisien et votre serviteur, Jean-Noël Cuénod.


J-L Mélenchon : "L'Europe va peut-être mourir... par franceinter

10:29 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : politique, france, gauche | |  Facebook | | |

22/11/2014

OBJECTIF

 

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Nous avons crevé nos yeux

Pourquoi chercher la lumière ?

 

                                                  Somnambules déambulant

                              Dans les étroits couloirs du temps

                              Nous nous racontons des histoires

                              Pour nous donner du  cœur au ventre

                              Comme l’enfant dans la forêt

                              Qui siffle pour chasser sa peur

                              Et nous roulons des mécaniques

                              Alors que nous vivons en panne

 

Il faut retrouver nos yeux

Pour regarder la mort en face

Et surprendre sa nudité


Jean-Noël Cuénod

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20/11/2014

La France arrive au fond de l’impasse

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Il ne s’agit que d’une mesure technique, certes. Mais elle va conduire la France au fond de l’impasse où elle se trouve déjà bien engagée. Dans son budget 2015, le gouvernement Valls-Hollande veut réduire de 3,7 milliards d’euros les dotations que l’Etat alloue aux collectivités territoriales (régions, départements, groupements de communes, communes). La plus importante d’entre elles – la dotation globale de fonctionnement (DGF) – s’élève cette année à 40,1 milliards d’euros. Les coups de rabot se poursuivront jusqu’en 2017 pour atteindre 11 milliards, voire plus, au détriment de ces collectivités.

Dans le même temps, l’Etat transfert de plus en plus de charges vers les entités régionales ou locales. Les dépenses de ces dernières augmentent donc et leurs recettes diminuent, du fait de la baisse de ces dotations.

 

En France, les collectivités territoriales s’abreuvent principalement à trois sources pour se financer: les dotations de l’Etat, l’emprunt et la fiscalité locale (taxes foncières, taxes d’habitation, etc.). Les premières, nous venons de le voir, vont diminuer d’au moins 11 milliards en trois ans. L’emprunt est fortement encadré, nombre de collectivités ayant été bernées par des emprunts dits «toxiques» ; cette solution à court terme n’est plus de saison.

Il reste la fiscalité locale. Or, celle-ci ne cesse d’augmenter chaque année dans la plupart des régions. Et les communes, les départements, les régions ne peuvent pas solliciter le portemonnaie de leurs administrés ad vitam aeternam.

Le gouvernement évoque même une nouvelle taxe supplémentaire pour les résidences secondaires, dans les régions où le marché immobilier est tendu. Le caractère fumeux de cette nouvelle ponction laisse présager le pire et aura notamment pour effet de convaincre les propriétaires étrangers de quitter la France.

 

Les entités régionales et locales – celles qui font vivre la France au quotidien – sont donc coincées. De quel côté qu’elles se tournent, c’est un mur qui leur fait face. Etre maire français tenait de l’apostolat ; aujourd’hui, cet engagement relève du masochisme.

 

Ces collectivités seront ainsi contraintes de diminuer leurs investissements. Conséquence: nombre d’artisans qui ont besoin de ces commandes tomberont en faillite ; des petites et moyennes entreprises, notamment dans le bâtiment, licencieront ou déposeront leur bilan. Il en résultera l’accélération de cette spirale infernale : moins d’investissements, plus de faillites, plus de chômeurs, moins de ressources fiscales. Et ainsi de suite.

 

Cette diminution de la dotation de l’Etat déstabilisera donc encore plus la société française, avec tous les risques de violences sociales que cela comporte.

 

Alors que faire, comme disait l’autre? Cette situation démontre que c’est toute l’organisation du pouvoir d’Etat qui est à revoir, de A à Z. Mais le temps presse. La France n’a plus le loisir d’attendre qu’une VIe République s’installe.

La solution d’urgence serait d’abandonner cette politique d’austérité hypocrite qui ne veut pas dire son nom. Elle est en train de ruiner la France sans satisfaire pour autant aux exigences de Berlin, le véritable maître de l’Union européenne, qui réclame encore plus de coupes budgétaires. Le gouvernement Valls-Hollande perd ainsi sur les deux tableaux.

Certes, si le gouvernement abandonne sa politique de rigueur, la dette publique va encore augmenter, ou en tout cas, elle ne diminuera pas. Or, elle est déjà pesante. Mais entre deux urgences, il faut choisir la plus ardente. La dette attendra. Les Français n’attendront plus encore longtemps.

 

Jean-Noël Cuénod 

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18/11/2014

L’antisémitisme prospère à l’ombre des réseaux sociaux

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Le Plouc continue sa plongée dans les eaux boueuses de l’antisémitisme et du racisme[1], en résumant un autre chapitre des enquêtes menées par la Fondapol   – Fondation pour l’innovation politique  – et l’IFOP. Notre précédent texte avait évoqué trois des quatre foyers où l’antisémitisme est plus présent que dans la population française prise dans son ensemble, à savoir l’électorat de Marine Le Pen, les Français musulmans et dans une moindre mesure, les proches du Front de Gauche.

 

 Nous avions alors constaté qu’en dix ans, bien des choses avaient évolué. Ou plutôt involué. En 2004, le rapport établi sur la même problématique par l’écrivain et diplomate Jean-Christophe Rufin avait relevé l’apparition de l’antisémitisme au sein des musulmans de France, ce qui est confirmé en 2014 par les travaux de la Fondapol et de l’IFOP.

En revanche, le rapport Rufin avait conclu à la quasi disparition de l’antisémitisme d’extrême droite. Les enquêtes Fondapol-IFOP démontre l’exact contraire. L’antisémitisme et le racisme sont plus présents que jamais, tant parmi les proches du Front national qu’au sein de l’électorat de Marine Le Pen. C’est pourquoi Le Plouc avait mis l’accent sur cet aspect relativement nouveau… Du moins, nouveau pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un meeting frontiste et qui n’ont donc pas pu dresser ce constat: les propos des militants du FN ont une coloration nettement plus brune que ceux scandés au micro par leur blonde patronne.

 

Le Plouc aborde aujourd’hui le quatrième foyer d’incandescence antisémite et raciste, allumé sur le ouèbe par trois torches : les réseaux sociaux, les forums de discussion et les sites de partage de vidéos. Ces derniers sont les plus virulents.

 

  • A l’affirmation «les Juifs utilisent aujourd’hui dans leur propre intérêt leur statut de victimes du génocide nazi», 35% de la population française en général répondent positivement. Cette affirmation est soutenue par 67%  des utilisateurs des sites de partage de vidéos, 51% des participants aux forums de discussion et 46% des adeptes de réseaux sociaux.

 

  • L’affirmation «les Juifs ont trop de pouvoirs dans le domaine de l’économie et des finances» est acceptée par 25% de la population en général, 42% des utilisateurs des sites de partage de vidéos, 28% des participants aux forums de discussion et 35% des adeptes de réseaux sociaux.

 

  • L’affirmation «les Juifs ont trop de pouvoirs dans le domaine des médias» est soutenue par 22% de la population en général, 59% des utilisateurs des sites de partage de vidéos, 31% des participants aux forums de discussion et 37% des adeptes de réseaux sociaux.

 

  • L’affirmation «les juifs ont trop de pouvoirs dans le domaine de la politique» est partagée par 19% de la population française en général, 47% des utilisateurs des sites de partage de vidéos, 27% des participants aux forums de discussion ainsi que des adeptes de réseaux sociaux.

 

  • L’affirmation «les Juifs sont responsables de la crise économique» ne rencontre que 6% d’approbation au sein de la population en général, mais ce taux est doublé – 12% – par les utilisateurs des sites de partage de vidéos (7% des participants aux forums de discussion et 9% des adeptes de réseaux sociaux).

 

 

Les enquêtes Fondapol-IFOP se sont penchées sur les réactions des internautes après l’interdiction du spectacle monté par l’humoTriste Dieudonné. Là aussi, le résultat est édifiant. 

Si 21% de la population française en général attribue cette interdiction à l’influence de la communauté juive, ce taux grimpe à 58% auprès des utilisateurs des sites de partage vidéo, à 36%, des participants aux forums de discussion et à 31%, des adeptes des réseaux sociaux.

 

Enfin, 50% des utilisateurs des sites de partage de vidéos estiment que l’ «on parle trop de la Shoah et de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale». Opinion partagée par 38% des participants aux forums de discussion et 30% des adeptes de réseaux sociaux. A titre de comparaison, seuls 23% de la population générale la soutiennent. Ce qui est déjà trop, d’ailleurs. Mais ce taux de 50% chez les internautes vidéophiles est consternant.

 

Le coupable serait-il l’internet en général? Non, car les lecteurs des journaux numériques (ou sites d’information) sur le Ouèbe réagissent de la même manière que le reste de la population et l’on ne relève pas de virulence antisémite ou raciste particulière de leur part. On la constate auprès de ces trois catégories d’internautes que nous avons citées.

Pourquoi? L’une des raisons est que l’on peut s’y exprimer de façon anonyme sans craindre le gendarme ou la réprobation des proches. Il en résulte une plus forte concentration d’antisémites et de racistes qu’ailleurs. Chacun peut dire les monstruosités les plus gluantes sans que cela n’entame la bonne réputation du courageux anonyme.

Dans ce conglomérat brunâtre, les utilisateurs des sites de partage de vidéos se distinguent tout particulièrement. Cela n’est guère étonnant car l’image fascine et a pour avantage de réclamer moins d’effort cérébral que d’écrire ne serait-ce que quelques lignes sans orthographe. Comme la réflexion ne constitue pas le point fort de ces individus, le copier-coller du code d’intégration d’un spectacle de Dieudonné ou la diffusion d’une vidéo bien sanglante font parfaitement l’affaire. La guerre à Gaza cet été a été l’occasion d’envois massifs d’images de ce genre. Evidemment, dans la plupart des cas, il est impossible de les authentifier. Mais dans ces milieux qui se soucie de vérité, de vérification, d’authenticité?

 

Contrairement aux sites d’information, les réseaux sociaux ouvrent aux racistes et aux antisémites du Ouèbe de larges boulevards à leurs mensonges. Ils y roulent à tombeaux ouverts.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO




[1] A ce propos, citons Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol : «le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme sont des opinions liées entre elles, qui se génèrent et se renforcent mutuellement». 

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14/11/2014

L’antisémitisme prospère à l’ombre de Marine Le Pen

 

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«L’antisémitisme dans l’opinion publique française», tel est le thème de deux enquêtes d’opinion réalisées par l’IFOP, commandées et analysées par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), un laboratoire d’idées d’orientation libérale. Il a été présenté ce matin à Paris. Ce remarquable travail est d’une importance cruciale au moment où la France est devenu le premier pays d’émigration vers Israël (article du Figaro consultable ici).

 

Dans l’ensemble, l’antisémitisme et le racisme ne sont virulents que dans quatre groupes humains relativement limités, par rapport à l’ensemble de la population. Mais plusieurs de ces groupes humains sont en expansion. Il s’agit, en premier lieu, des électeurs d’extrême droite et de Marine Le Pen, des Français d’origine musulmane en deuxième place, des proches du Front de Gauche et de Jean-Luc Mélenchon en troisième rang et, enfin, des internautes actifs sur les réseaux sociaux, surtout ceux destinés au partage des vidéos.

 

 

En 2004, le médecin, écrivain et  diplomate Jean-Christophe Rufin a déposé sur le bureau du premier ministre Dominique de Villepin son «Rapport sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme en France». Il avait alors noté que l’antisémitisme tendait à disparaître au sein de l’extrême-droite et qu’il augmentait, sous de nouvelles formes, au sein de la jeunesse issue de l’immigration, notamment d’origine musulmane.

 

Qu’en est-il dix ans après ? Pour Dominique Reynié, directeur général de Fondapol et professeur à Sciences Po, si la seconde partie – hausse de l’antisémitisme au sein des jeunes musulmans – de l’analyse de Rufin s’est vérifiée, en revanche, il n’en va pas du temps de même concernant l’extrême droite. Loin de tendre à disparaître, les opinions antisémites et racistes prospèrent vigoureusement à l’ombre de Marine Le Pen et du Front national. 

 

Selon l’enquête IFOP-Fondapol, de tous les partis politiques et des mondes qu’ils fédèrent autour d’eux, les proches du Front national et les électeurs de Marine Le Pen constituent l’univers politique et partisan où l’on trouve – et de très loin – le plus d’opinions antisémites et xénophobes. Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti (Jean-Marie Le Pen) qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente (Marine Le Pen) s’efforce de mettre en scène.

 

L’un des groupes de questions posées était ainsi libellé : êtes-vous d’accord avec les affirmations suivantes ?

 

1. Les Juifs utilisent aujourd’hui dans leur propre intérêt leur statut de victimes du génocide nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sont d’accord avec cette affirmation : 35% de l’ensemble des personnes interrogées, 62% des proches du Front national et 56% des électeurs de Marine Le Pen (élection de de 2012).

2. Les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de l’économie et de la finance.

Sont d’accord avec cette affirmation : 25% de l’ensemble des personnes interrogées, 50% des proches du Front national et 46% des électeurs de Marine Le Pen.

 

 3. Les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine des médias.

Sont d’accord avec cette affirmation : 22% de l’ensemble des personnes interrogées, 51% des proches du Front national et 48% des électeurs de Marine Le Pen

 

4. Les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine politique.

Sont d’accord avec cette affirmation : 19% de l’ensemble des personnes interrogées, 41% des proches du Front national et 39% des électeurs de Marine Le Pen

 

5. Les Juifs sont responsables de la crise économique actuelle.

Sont d’accord avec cette affirmation : 6% de l’ensemble des personnes interrogées, 13% des proches du Front national et 14% des électeurs de Marine Le Pen.

 

6. Il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale.

Sont d’accord avec cette affirmation : 16% de l’ensemble des personnes interrogées, 37% des proches du Front national et 38% des électeurs de Marine Le Pen.

 

Ces six affirmations ont été présentées à des Français d’origine musulmane ainsi qu’à des proches du Front de Gauche et des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Voici les résultats.

Affirmation 1 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 67%, les proches du Front de Gauche, à 51% et les électeurs de Mélenchon, à 39%  (moyenne nationale : 35%).

 

Affirmation 2 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 61%, les proches du Front de Gauche, à 33% et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon à 29% (moyenne nationale : 25%).

 

Affirmation 3 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 56%, les proches du Front de Gauche, à 28% et les électeurs de Mélenchon, à 23% (moyenne nationale : 22%).

 

Affirmation 4 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 51%, les proches du Front de Gauche, à 27% et les électeurs de Mélenchon, à 24% (moyenne nationale : 19%).

 

Affirmation 5 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 13%, les proches du Front de Gauche, à 19% et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, à 11% (moyenne nationale : 6%).

 

Affirmation 6 : l’ensemble des musulmans l’accepte à 46%, les proches du Front de Gauche, à 17% et les électeurs de Mélenchon, à 18%.

 

Concernant les musulmans, les enquêtes IFOP-Fondapol démontrent que plus l’implication dans la religion est grande, plus les préjugés antisémites sont présents.

A propos du Front national, on ne remarque guère de différence dans leurs réponses entre les membres de ce parti et les électeurs de Marine Le Pen, contrairement à ce que l’on relève chez les militants du Front de Gauche et les électeurs de Mélenchon dont les réponses sont plus contrastées.

 

La virulence des préjugés antisémites et racistes est nettement plus élevée au sein du Front national et des électeurs de Marine Le Pen que de l’autre côté du rivage politique On peut le constater, entre autres, avec leurs réactions respectives à ces deux affirmations :

 

I. Un Français juif est aussi Français qu’un autre Français. 61% des proches du Front national acceptent cette formulation ; ce taux grimpe à 85% pour ceux du Front de Gauche (moyenne nationale : 84%)

 

II. Un Français musulman est aussi Français qu’un autre Français. Seuls 23% des proches du Front national partagent cette opinion alors qu’elle est professée par 84% des proches du Front de Gauche (moyenne nationale : 65%).

 

La principale leçon à tirer de cet aspect-là des deux enquêtes de Fondapol est que le Front national n’a pas changé, malgré les discours plus ou moins lénifiants de Marine Le Pen. Il reste un parti fondamentalement raciste et antisémite. La «dédiabolisation» entreprise par la patronne du FN est une réussite sur le plan médiatique mais elle ne traduit nullement un changement idéologique au sein de ce parti qui, jamais, ne sera comme les autres, contrairement à ce qu’un nombre croissant de médias veut nous faire croire.

 

Marine Le Pen a beau jeu de faire semblant de s’opposer aux propos antisémites et racistes de son père; la dirigeante frontiste sait fort bien qu’elle ne perdra pas l’électorat sensible aux thèses xénophobes puisque son père, justement, alimente ponctuellement la chaudière détestataire. Lorsqu’elle met la pédale douce sur le racisme, ce n’est que pour charmer les oreilles médiatiques afin d’apparaître dans tous les grands rendez-vous radiotélévisés. Et ça marche !

 

Nous verrons prochainement,  d’autres aspect des ces passionnantes recherches. Voici le texte intégral du rapport Fondapol.

 

Jean-Noël Cuénod

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13/11/2014

Le rapport sur la laïcité est à votre disposition

Le Plouc a été désigné président du Groupe de travail sur la laïcité qui a été chargé par le Conseil d'Etat de rédiger un rapport afin d’étudier la portée de l’article 3 alinéa 3 de la Constitution de la République et canton de Genève, en abordant notamment les questions suivantes :

-  comment définir la notion de « communautés religieuses » dans un cadre républicain ;

-  quels types de relations peuvent être envisagées, considérant les alinéas 1 et 3 du même article ;

-quelles doivent être les autorités chargées d’entretenir des relations avec ces communautés religieuses.

En revanche, le domaine scolaire ainsi que celui des cimetières sont exclus de son champ d’investigation.

Rappelons la teneur de l'article 3 de la nouvelle Constitution genevoise

1.  L’Etat est laïque. Il observe une neutralité religieuse

2.  Il ne salarie ni ne subventionne aucune activité cultuelle.

3.  Les autorités entretiennent des relations avec les communautés religieuses.

Ci-dessous, figure le résumé des propositions; toutefois, nous attirons l’attention sur la nécessité de ne pas se contenter de ces quelques grandes lignes et de lire l’ensemble de ce rapport, tant les notions liées à la laïcité se révèlent complexes et délicates à maîtriser.

Ce rapport est désormais public. Le Conseil d'Etat lance une procédure de consultation qui durera deux mois. Il prendra ses décisions sur la base des opinions ainsi récoltées.

Voici l'intégralité du rapport 

Définition du terme de « communauté religieuse » avec laquelle l'Etat peut entretenir des relations.

Au sens de l'alinéa 3, article 3, de la Constitution genevoise, une communauté religieuse est une association ou une fondation qui se revendique comme telle; réunie par la pratique commune et consciente d'un ensemble de paroles et de rites faisant référence à un ou des agents transcendants ou surnaturels; elle est essentiellement à but cultuel et ne poursuit pas de but lucratif.

Elle respecte le droit de chaque individu de croire ou de ne pas croire, ainsi que l'existence des autres communautés religieuses; elle reconnaît et respecte le droit fédéral et le droit cantonal.

Elle fait état d'une présence significative et active au sein du tissu social genevois.

 

Quelles sont les autorités habilitées à entretenir des relations avec les communautés religieuses ?

Les relations avec les communautés religieuses sont avant tout le fait du Conseil d’Etat ainsi que des services qui agissent sur sa délégation. Lorsque les autorités municipales – dans les domaines relevant de la compétence communale –entreprennent des rapports avec les communautés religieuses, elles conforment leurs décisions à la politique suivie par l’exécutif cantonal en matière de laïcité.

 

A propos de la contribution ecclésiastique perçue actuellement pour le compte des seules Eglises reconnues publiques (Eglise protestante, Eglise catholique romaine et Eglise catholique chrétienne).

Le Groupe de travail sur la laïcité propose l’élargissement de la perception de l’actuelle contribution ecclésiastique aux autres communautés religieuses répondant à la définition qu’il a élaborée. La contribution ecclésiastique volontaire deviendrait ainsi la contribution religieuse volontaire selon des conditions définies au chapitre 3 du présent rapport.

 

 

Les communautés religieuses dans l’espace public.

Afin de garantir la liberté d’expression religieuse prévue par la Convention européenne des droits de l’Homme, la Constitution fédérale, la Constitution cantonale genevoise, mais aussi afin de préserver l’ordre public et la paix religieuse, le rapport préconise divers changements dans les textes suivants : Loi sur le culte extérieur, Loi sur le domaine public, Règlement régissant l’utilisation du domaine public et Loi sur les procédés de réclame ainsi que son Règlement.

En matière de prosélytisme, le rapport suggère des réponses et trace certaines pistes juridiques pour traiter de cet aspect.

 

Le port du voile intégral (burqa, niqab) dans l’espace public

Concernant le port du voile intégral, sous forme de burqa ou de niqab, c’est-à-dire d’une pièce de vêtement masquant entièrement le visage, le GTL préférerait que l'on ne soit pas amené à légiférer, les débats sur ces questions pouvant causer plus de dommages à la paix confessionnelle que les menaces que l'on prétend écarter en légiférant.

Toutefois, constatant les précédents dans d'autres pays et cantons et le risque qu'un tel débat soit lancé à Genève, le GTL retient les principes suivants :

 

-  présenter un visage masqué sur la voie publique heurte les coutumes genevoises, porte atteinte aux liens sociaux les plus essentiels ainsi qu’au respect dû à son interlocuteur ;

 

-le fait de dissimuler son visage peut aussi entraîner un risque quant à la sécurité publique ; les principes liés à la visibilité du visage dans la sphère publique et de la justification de l'identité doivent donc être respectés selon les règles juridiques et les coutumes locales genevoises;

 

cependant une tolérance dans l’application de ces principes doit bénéficier aux gens de passage (notamment, les touristes, les membres du corps diplomatique et consulaire) qui, ne participant pas à la cohésion sociale locale, ne sont pas concernés par ces dispositions ;

 

si l’usage du voile intégral devait sortir du cercle restreint de quelques hôtes de passage et si cet usage menaçait la liberté individuelle ou l’ordre public ou la paix confessionnelle, les autorités du canton de Genève pourraient en interdire le port dans l’espace public ;

 

si une telle interdiction devait être prononcée, le GTL souhaite qu’elle soit effectivement appliquée afin d’éviter la situation constatée dans certains pays voisins qui ont inscrit l’interdiction du voile intégral dans leurs textes mais qui n’ont pas la volonté de l’appliquer dans les faits ; il s’ensuit une dévalorisation de la loi qui porte un grave préjudice à l’ordre public et lèse le sentiment de justice ;

 

dès lors, l’applicabilité d’une telle interdiction doit être envisagée avant même de prendre cette mesure. Si les autorités ne sont pas certaines de pouvoir la traduire

 

 

dans les faits, il vaut mieux qu’elles s’abstiennent. Mais si les autorités estiment qu’elles peuvent le faire, alors elles doivent avoir la volonté et les moyens d’appliquer cette interdiction.

 

Quant au port d’autres signes religieux sur la voie publique – sous forme de foulard ne couvrant que les cheveux, de pendentif en forme de croix, de kippa, entre autres – le GTL est d’avis qu’il n’est pas nécessaire de prendre des dispositions spécifiques, dans la mesure où ni l’ordre public ni la paix religieuse ne sont troublés. Sont toutefois réservées, les dispositions concernant les agents de l’Etat.

 

Port des signes religieux par des membres du personnel de l’Etat.

L’Etat est laïque et observe une neutralité religieuse. Les collaborateurs de l'Etat et des établissements publics en contact avec le public ne doivent donc afficher leur appartenance religieuse ni par un signe ni par leurs propos, dans le cadre de leurs fonctions.

 

Edifices et bâtiments religieux.

Dans l’état actuel des dispositions législatives, les communautés religieuses ne peuvent pas louer, vendre ou aliéner les édifices ou bâtiments qu’elles possédaient depuis la Loi de 1907 supprimant le budget des cultes (dite "loi sur la séparation"). Or les communautés religieuses concernées éprouvent parfois de la peine à financer l’entretien ou la rénovation de tous leurs édifices. Pour pallier cet inconvénient, le GTL propose la rédaction d’un projet de loi autorisant l’aliénation ou le changement d’affectation de ces biens, à la condition que le produit de cette aliénation ou changement d’affectation soit dévolu au financement de buts cultuels ou à la rénovation d’autres lieux de culte.

Cette proposition de loi devrait prévoir un droit de préemption pour l’Etat et les communes sur ces biens.

 

Les rapports entre les aumôneries et l’Etat laïque.

Des aumôneries sont présentes dans les institutions ou établissement au sein desquels des personnes peuvent être retenues pendant plusieurs jours pour des motifs de maladie, d’exécution de peine, de rétention, etc. Il s’agit des établissements suivants dépendant de l’Etat de Genève: Hôpitaux universitaires genevois (HUG), Etablissements médico-sociaux (EMS), Aéroport international de Genève (AIG), établissements relevant de l’Office cantonal de la détention (OCD).

Le Groupe de travail suggère trois principes de base pour fonder les relations entre aumôneries et Etat : prise en compte du rôle social des aumôneries ; conformité aux principes de la laïcité et respect de l’égalité de traitement entre les communautés religieuses.

Sur la base de ces principes, le Groupe de travail sur la laïcité émet les suggestions suivantes :

informations et sensibilisation du personnel concerné aux questions relatives à la religion, à la spiritualité et à la laïcité ;

conventions (ou documents analogues) entre les aumôneries et l’Etat (ou les établissements qui en dépendent) afin de spécifier les engagements réciproques des parties ;

respect de l’égalité de traitement entre les communautés religieuses ;

formation commune destinée aux aumôniers (ou accompagnants assimilés). Le détail sur ces divers points figure au chapitre 7.

 

A propos de la Faculté autonome de théologie protestante.

La Fondation responsable de cette Faculté reçoit une subvention de l’Etat correspondant à 75% de ses dépenses. Le Groupe de travail sur la laïcité propose de maintenir cette allocation dans la mesure où la Faculté autonome de théologie protestante (FATP) est un héritage de l’Académie de Genève fondée en 1559 par Jean Calvin et Théodore de Bèze.

Dès lors, la FATP n’est pas seulement une faculté de théologie protestante, elle est aussi le témoin de l’histoire de Genève.

Toutefois, le Groupe de travail sur la laïcité estime souhaitable que se tienne une réflexion sur le développement d’études théologiques autres que celles relevant du protestantisme. Cette question doit cependant être abordée de façon distincte, sans lien direct avec la FATP.

 

Mise à jour régulière des relations entre Etat et communautés religieuses.

Compte tenu des changements constants dans ce domaine, il paraît nécessaire de procéder à une mise à jour régulière des principes figurant dans le présent rapport afin de les appliquer le mieux possible à la réalité sociale et aux transformations du domaine religieux. A cette fin, le GTL suggère que l’Etat recoure aux compétences du Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC).

 

La laïcité, un état d’esprit.

Parmi les éléments de sa conclusion, le GTL tient à souligner que la laïcité est un état d’esprit qui doit imprégner, non seulement les textes légaux, mais aussi les personnes chargées de les appliquer. Elle est aussi l’expression d’une morale sociale qui devrait servir de guide à l’ensemble des citoyens qu’ils soient croyants ou non.

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12/11/2014

Warluzel à Paris : amour haineux et fraternel

Pierre Santini,Jean-Pierre Kalfon,Dominique Warluzel

 

 

Les relations entre frères de sang ne coulent jamais de source. La source de leur sang est pourtant la même. Mais c’est là le nœud de l’affaire. De la complicité intime à la concurrence féroce des lionceaux, il y a tant de combats…Complicité féroce et concurrence intime, devrait-on plutôt dire.

 

 Sur ce thème vieux comme la tragédie grecque, l’avocat genevois Dominique Warluzel a écrit une pièce, «Fratricide», présentée actuellement à Paris au Théâtre de Poche de Montparnasse[1]. La «générale» s’est récemment tenue en présence de l’auteur accompagnés d’amis attentifs et, pour le coup, fraternels. Disons-le d’emblée, c’est une réussite.

Le texte dense et serré de Warluzel est bien servi par une mise en scène (Delphine de Malherbe) sobre, au ton juste et, surtout, par le jeu émouvant et subtil des deux frères ennemis, Pierre Santini, l’homme de la réussite et Jean-Pierre Kalfon, l’homme de la déchéance.

 

Après s’être ignorés pendant des années, les frères se rencontrent dans la salle d’attente d’un notaire. Celui-ci, double étrange de leur père qui vient de mourir, doit attribuer à l’un ou à l’autre son plantureux héritage. Mais ce notaire n’apparaît jamais. C’est une sorte de divinité manipulatrice et ordonnatrice. Chaque fois qu’il faut relancer le travail introspectif des frères, ce dieu à la fois notaire (celui qui prend acte) et géniteur envoie ponctuellement son messager, c’est-à-dire un blanc-bec de clerc

Car c’est bien d’un travail qu’il s’agit. Un travail qui est surtout accompli par l’ex-taulard, assassin et proxénète. Lui se voit tel qu’il est. Certes, il ne peut pas faire autrement, compte tenu de son passé. Sa part d’ombre apparaît, si l’on ose dire, en toute clarté. Et l’avocat comblé sur tous les plans, il n’aurait rien à cacher? A d’autres! Si le déchu est un habitué de sa part d’ombre, le nanti, lui, veut ignorer la sienne. Mais son frère lui tend un miroir qui l’oblige à faire face à ses monstres qu’il a glissés sous l’épais tapis de sa bonne conscience. Qui est l’ange? Où est la bête?

 

Dans ce torrent de haine apparaissent des ilots d’amour. Progressivement, le torrent devient ruisseau, ruisselet, puis simple flaque que l’on peut enjamber à pied sec. Les masques sont tombés. Ces masques qui, en figeant le visage, préfigurent la mort. En induisant les deux frères à les jeter, le mort a donc accompli sa tâche qui est de rendre vivant les vivants.Vign-Fratrice-454x454.jpg

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 



  • [1] Elle est programmée jusqu’au 1er mars 2015. Théâtre de Poche, 75 boulevard Montparnasse, 75006 Paris. Réservation, de l’étranger : 00 33 1 45 48 92 97 ; de France : 01 45 48 92 97.

 

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10/11/2014

Sarkozy, Fillon, Jouyet… Une affaire d’Etat après des tas d’affaires

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C’est la nouvelle affaire qui affaire tous les médias qui n’ont plus rien d’autres à faire, dirait-on. Résumons la: deux journalistes du Monde – Gérard Davet et Fabrice Lhomme

– révèlent que François Fillon a demandé au secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet (à gauche sur la photo)  de hâter les enquêtes pénales contre Nicolas Sarkozy. François Fillon hurle à la diffamation et monte sur ses grands chevaux immaculés. Jamais, il ne se serait livré à une aussi vile vilenie. Jouyet nie tout d’abord le contenu de sa conversation avec les journalistes. Puis, finalement se ravise et admet la véracité des propos… Il faut dire qu’ils avaient été enregistrés par les journalistes.

 

Pour ceux qui ne suivent pas les méandres de la politique française, ce bref rappel : Fillon est l’ancien premier ministre UMP de Nicolas Sarkozy, son rival interne pour la candidature à la présidence de la République en 2017 ; Jean-Pierre Jouyet, l’homme qui se trouve toujours du côté du manche, est un ami très proche du président François Hollande, ce qui ne l’avait pas empêché d’être nommé par Fillon et Sarkozy, secrétaire d’Etat aux affaires européennes de mai 2007 à décembre 2008 ; bien entendu, Jouyet a rejoint le camp Hollande après l’élection de ce dernier à la magistrature suprême et occupe aujourd’hui le poste de numéro 2 de l’Elysée.

 

Comparé aux vrais défis de l’heure – Ebola, réchauffement climatique, prédation financière, chômage endémique– ce  scandale paraît bien anodin. Toutefois, il peut se révéler encore plus assassin que d’autres pour la caste[1] politique française. En quoi ?

Tout d’abord, il conforte la connivence entre les deux partis de gouvernement, connivence dont Jean-Pierre Jouyet est la figure emblématique puisqu’il a servi les deux camps. Certes, chacun pouvait entrevoir cette proximité, puisque Hollande applique à peu près la même politique que Sarkozy. Mais la chose s’étale désormais au grand jour. Un dirigeant de l’UMP demande l’aide de la présidence socialiste pour dégommer un autre dirigeant de l’UMP. Voilà ce qui restera dans les mémoires.

 

Ensuite,  ce gloubiboulga fangeux démontre que, malgré toutes les déclarations main sur le cœur, le pouvoir politique cherche encore et toujours à instrumentaliser la justice qui, en France, n’est pas considérée comme un pouvoir (Eh oui, Montesquieu, nul n’est prophète en son pays, même pas toi !). Certes, François Hollande aurait refusé que son gouvernement intervienne dans cette affaire, mais le simple fait qu’un ancien premier ministre émette cette demande, démontre que, pour lui, la soumission des juges et procureurs à l’exécutif ne fait pas l’ombre d’un doute.

 

C’est toute la propagande du Front national qui se trouve ainsi illustrée. L’ « UMPS » dénoncée par Marine Le Pen prend consistance. Le plus grave est que le caractère dangereux des propositions de la cheffe frontiste – notamment le retour au protectionnisme qui avait provoqué l’effondrement des économies mondiales dans les années 30 – passe au second plan. On oublie aussi le fonctionnement népotiste du FN, avec la famille Le Pen détenant tous les leviers de commande de ce parti (en cela, ce clan appartient pleinement à la caste qu’il entend dénoncer). Non seulement, Marine Le Pen apparaît comme la seule véritable opposante du gouvernement, mais encore les théories complotistes, qui font le fiel de l’extrême droite, trouvent en cet échange (avéré ou non) un écho retentissant. Comme d’habitude, les Le Pen’s emportent la mise.

 

A part eux, qui peut en tirer profit ? Nicolas Sarkozy ? Revanchator va crier qu’il l’avait bien dit, que les enquêtes pénales qui lui collent aux basques sont des manœuvres destinées à empêcher son retour à l’Elysée. Mais cette médaille à son revers. Selon les propos de Jouyet enregistrés par les journalistes, l’intervention de Fillon était mue par les frais de campagne extravagants de Sarkozy durant sa campagne présidentielle en 2012. Dès lors, cette question surgit aussitôt à l’esprit : comment un homme qui s’est révélé incapable de gérer son budget électoral peut-il prétendre redresser les finances publiques de tout un pays ? D’autant plus que durant son quinquennat, il a fortement contribué à les plomber.

 

François Fillon va apparaître comme le traître de celui qu’il a servi pendant cinq ans comme premier ministre. On peut faire confiance à Nicolas Sarkozy et à sa harde pour lui donner la chasse. Cela dit, Fillon continuera à nier en toute impunité puisque, contrairement à ceux de Jouyet, les propos qu’il aurait tenus n’ont pas été enregistrés. Il peut alors jouer les victimes d’une opération pilotée par l’Elysée.

 

Jean-Pierre Jouyet perd ce qui lui restait de crédibilité. Soit, il a inventé ces propos ; soit il les a restitués plus ou moins fidèlement. Dans les deux cas, on se demande pourquoi le numéro 2 de l’Elysée a pris le risque insensé d’être enregistré ; car les propos de Jouyet ne lui ont pas été volés ; le dictaphone de l’un des intervieweurs était posé devant lui et les deux journalistes prenaient ostensiblement des notes lors d’un entretien dont Jean-Pierre Jouyet devait bien se douter qu’il était sujet à publication.

 

Le secrétaire général entraîne aussi son patron dans sa chute, puisqu’on peut reprocher à François Hollande d’avoir placé à un poste aussi stratégique l’un de ses amis proches qui a démontré son peu de fiabilité. Manque de discernement, pour le moins.

 

La caste politique française a encore fait un pas de plus vers le gouffre qui l’attend. Encore une affaire d’Etat, après des tas d’affaires.

 

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

C'est bien la voix de Jean-Pierre Jouyet
 

[1] On parle généralement de « classe politique » dans ce contexte. A tort, car il ne s’agit pas d’une classe sociale, c’est-à-dire un ensemble de dimensions importantes, partageant le même type de relations avec le travail et le pouvoir économique. La classe sociale comprend une certaine mobilité entre les échelons de la hiérarchie. Les ouvriers d’hier peuvent devenir les patrons de demain, même si l’inverse est nettement plus rare! Le mot « caste » convient mieux en l’occurrence, puisqu’il caractérise un groupe social plus limité qu’une classe et organisé de façon hiérarchique, endogame et héréditaire. La « caste politique » répond bien à ses critères. Son caractère hiérarchique saute aux yeux. Son endogamie est patente, puisque souvent les individus qui la composent se reproduisent entre eux. Quant à l’hérédité, il n’est qu’à voir le nombre de dynasties qui sévissent dans les allées du pouvoir pour en constater la réalité.

15:15 | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : vidéo, politique, france | |  Facebook | | |

06/11/2014

Aux Etats-Unis et ailleurs, la démocratie est hors de prix

 

Le premier enseignement à tirer des récentes élections américaines dites « de mi-mandat » n’est pas la victoire des républicains avec les blocages qui vont s’ensuivre entre le Congrès et la Présidence. Après tout, ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis connaissent pareille situation. Non, l’information principale réside dans le coût phénoménal de cette campagne électorale : quatre milliards de dollars. Un record historique. En comparaison, la campagne présidentielle de 2012 entre Obama et Romney fait gagne-petit : 2,5 milliards $. Or, elle était déjà la plus coûteuse de l’histoire américaine. In Gold we trust ! (photo : le lingot-rotshchild.jpgnouveau bulletin de vote américain)

 

Ce montant de quatre milliards de dollars représente dix fois le budget que le gouvernement des Etats-Unis a réuni pour lutter contre le virus Ebola, a rappelé la chaîne CNN. Et pour quoi faire ? Payer des équipes spécialisées dans le porte-à-porte et la veille des réseaux sociaux. Fabriquer du matériel électoral qui fait de la pub McDonald’s un sommet de finesse artistique. Et surtout, tourner des clips vidéos plus stupides et plus menteurs les uns que les autres, propagande qui donne une image effrayante du niveau culturel moyen aux Etats-Unis (voir la vidéo). Ces débilités valent dix fois la lutte contre Ebola. C’est à mourir, et pas que de rire.

 

Bien entendu, ce flot de dollars n’a rien de gratuit. Si les frères pétroliers Koch balancent 290 millions de dollars (selon Le Figaro) dans la campagne de cet automne, c’est bien pour imposer la liberté de polluer, par le truchement d’élus bien dressés, devenus les chiens de garde de leur coffre-fort. Et si le milliardaire Tom Sayer a donné 74 millions aux candidats soucieux de l’environnement, cela ne rend pas plus démocratique ce type d’élection qui est vicié par cette pompe à phynance. Ce n’est pas de la corruption au sens juridique du terme. Mais le résultat, en fin de compte, est le même. Par cet afflux massif de fonds, le processus de prise de décision est dévié au profit d’une minuscule minorité dorée sur tronche.

 

En France, on a vu avec l’affaire Bygmalion à quel point le financement des campagnes présidentielles devient sujet à enquêtes pénales. En Suisse, c’est presque pire. Le milliardaire Blocher est en mesure de financer à flux continu son bourrage de crâne raciste, sans que cela ne choque grand monde.

 

L’Europe n’est donc pas épargnée, loin de là. L’américanisation de la vie politique ne peut que poursuivre son cours fangeux. D’autant plus que les militants bénévoles se font de plus en plus rares. Même pour coller des affiches, il faudra payer des équipes. Cela se pratique d’ailleurs déjà maintenant. En outre, les nouvelles techniques de propagande sur le Ouèbe nécessitent des compétences qu’il faut bien rémunérer. Et comme aux Etats-Unis, les propagandistes professionnels – appelés communicants en langue de bois – frapperont les esprits assoupis en recourant à l’image violemment stupide. Ou stupidement violente.

 

Ce cirque électoral, malgré ses grosses tatanes de clowns, intéresse de moins en moins la population. La démocratie ne signifiera bientôt plus rien. Elle sera à réinventer. Et cette réinvention – mais par qui et comment ? – est la seule lueur d’espoir qui clignote à l’horizon.

En attendant, face aux tyrannosaures intégristes, le monde démocratique semble à bout de souffle. Sauf pour certains qui ne manquent pas d’air et peuvent même se le payer très cher, s’il venait à manquer.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

Citée par le site Publico relayé par Libération, cett pub payée par l'association des gouverneurs démocrates, suggère que le gouverneur républicain du Texas, Rick Perry, a voulu inoculer aux jeunes filles de l'Etat une maladie sexuellement transmissible...

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03/11/2014

Le Plouc cause dans le poste et en vidéo: le ministre français Michel Sapin sur le grill

Après les émissions consacrées à François Bayrou et Ségolène Royal, Le Plouc a participé à celle que "Tous politiques" a réservée dimanche sur France-Inter au ministre français des Finances Michel Sapin. L'émission était menée par Carine Becard avec Henri Vernet du "Parisien", outre votre serviteur. Chapitres principaux, en bonne logique: l'équilibrisme budgétaire et l'échec de la lutte contre le chômage.

A l'issue de l'émission, le ministre français a glissé dans l'oreille du Plouc quelques propos sur la Suisse:

"Désormais avec la Suisse la page du litige fiscal est bel et bien tournée. Le traditionnel compte caché en Suisse de certains contribuables français, c'est bien fini. D'ailleurs, même vos banquiers n'en veulent plus! En fait, avec la Suisse, il ne reste plus qu'à régler le contentieux concernant l'aéroport de Bâle-Mulhouse. Mais nous sommes en bonne voie de résoudre le problème".

Jean-Noël Cuénod


Michel Sapin : "L’émotion est légitime après la... par franceinter

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