26/02/2015

Islamo-fascisme, réalité ou rhétorique?

 

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Islamo-fascisme. Ce néologisme fait florès depuis que le premier ministre français Manuel Valls l’a utilisé dans l’une de ses interventions (voir la vidéo). Mercredi, son ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve l’a de nouveau remis en service pour qualifier les terroristes qui se réclament de l’islam. Sont visés en premier lieu, l’Etat islamique (Daech) et les groupes de type Al-Qaïda. Abus de langage ou expression brute d’une réalité ?

 

Essayons d’aborder froidement cette question brûlante. La difficulté d’utiliser aujourd’hui le mot «fascisme»  tient au fait qu’il est né dans un contexte bien précis, celui de l’entre-deux-guerres en Italie et en Allemagne. Toutefois, le mot a bel et bien prospéré après la Deuxième guerre mondiale et encore actuellement, indiquant ainsi que ce qu’il qualifie n’est pas forcément enfermé dans les geôles du passé.

Il convient tout d’abord de rappeler les définitions, nombreuses, du mot «fascisme». Nous avons choisi celles-là sur la base de plusieurs auteurs (Gentile, Paxton). 

 

Le fascisme :

 

- combat la démocratie, le libéralisme, l’individualisme ou le socialisme internationaliste en tant que mouvement d’émancipation réunissant les classes salariées au-delà des frontières ;

 

- exprime sa volonté de créer un parti unique rassemblant l’ensemble d’une population donnée sous une seule bannière et un seul chef ;

 

- défend une vision nationaliste ou exclusiviste de la politique ; la nation ou la communauté primant sur l’individu dont les droits sont subalternes par rapport à ceux de la communauté ou de l’Etat ; le groupe incarné par le chef prime sur toutes les libertés de l’individu;

 

- promeut la notion de «races» et établit entre elles une hiérarchie, les unes supérieures, les autres inférieures ; cette hiérarchie est intangible, les «races supérieures» ayant toujours la prééminence sur les «inférieures»;

 

- veut figer les rapports humains dans une vision passéiste, le passé étant vu comme un état idéal dont il convient de s’inspirer (la Rome antique pour Mussolini, les traditions germaniques et nordiques pour Hitler) ;

 

- appuie son action politique par l’usage de la force armée incarnée par une ou plusieurs milices armées dévouées au chef ; l’usage des instruments de la démocratie ne peut qu’être temporaire, dans le but unique d’arriver au pouvoir ;

 

- exalte la pulsion de mort (le cri de guerre des franquistes, «Viva la muerte», les insignes de la SS, la couleur noire de l’uniforme fasciste italien, la rhétorique usant de la fascination pour la mort).

 

Les principales entités du terrorisme se réclamant de l’islam obéissent-elles à toutes ou parties de ces définitions? Examinons-les, l’une après l’autre.

 

- Le fascisme combat la démocratie, le libéralisme, l’individualisme ou le socialisme internationaliste en tant que mouvement d’émancipation réunissant les classes salariées au-delà des frontières.

Tant dans leur pratique que dans leurs discours, l’Etat islamique ou les groupes Al-Qaïda démontrent qu’ils combattent toutes ces notions jugées «impies».

La première définition est remplie.

 

- Le fascisme exprime sa volonté de créer un parti unique rassemblant l’ensemble d’une population donnée sous une seule bannière et un seul chef.

Le propos de l’Etat islamique est clairement de ranger tout le monde musulman sous un seul drapeau, le sien, incarné par un chef, Abou Bakr al-Baghdadi.

La deuxième définition est remplie.

 

- Le fascisme  défend une vision nationaliste ou exclusiviste de la politique ; la nation ou la communauté primant sur l’individu dont les droits sont subalternes par rapport à ceux de la communauté ou de l’Etat ; le groupe incarné par le chef prime sur toutes les libertés de l’individu.

Si l’Etat islamique et ses homologues ne partagent pas la vision nationaliste au sens où nous l’entendons en Occident, ils n’en défendent pas moins une vision exclusiviste de la politique prônant la primauté de la communauté musulmane, la Oumma, sur les droits de l’individu. En cela d’ailleurs, ils s’écartent du Coran qui, au chapitre II, sourate 256, prescrit : «nulle contrainte en religion». La liberté individuelle figure parmi leurs bêtes noires, à éradiquer en priorité.

La troisième définition est remplie.

 

- Le fascisme promeut la notion de «races» et établit entre elles une hiérarchie, les unes supérieures, les autres inférieures ; cette hiérarchie est intangible, les «races supérieures» ayant toujours la prééminence sur les «inférieures».

La notion de «race» défendue par le fascisme mussolinien et hitlérien est étrangère, non seulement à l’islam mais également aux groupes terroristes s’en réclamant. D’ailleurs, l’Etat islamique fait étalage de sa très grande diversité ethnique.

La quatrième définition n’est pas remplie.

 

- Le fascisme veut figer les rapports humains dans une vision passéiste, le passé étant vu comme un état idéal dont il convient de s’inspirer (la Rome antique pour Mussolini, les traditions germaniques et nordiques pour Hitler).

C’est le modèle des compagnons du prophète Mohammed que l’Etat islamique et les groupes homologues veulent imposer. Ils s’inscrivent donc dans cet état d’esprit.

La cinquième définition est remplie.

 

- Le fascisme appuie son action politique par l’usage de la force armée incarnée par une ou plusieurs milices armées dévouées au chef ; l’usage des instruments de la démocratie ne peut qu’être temporaire, dans le but unique d’arriver au pouvoir.

L’actualité démontre chaque jour à quel point l’Etat islamique et ses homologues utilisent la force armée pour s’imposer.

La sixième définition est remplie.

-Le fascisme exalte la pulsion de mort (le cri de guerre des franquistes, «Viva la muerte», les insignes de la SS, la couleur noire de l’uniforme fasciste italien, la rhétorique usant de la fascination pour la mort).

La glorification des «martyrs» et le recours aux attentats-suicides démontrent à quel point la pulsion de mort anime l’Etat islamique et ses homologues.

La septième définition est remplie.

 

Sur sept définitions du mot «fascisme», les terroristes se réclamant de l’islam, en satisfont (si l’on ose dire) six. Ce n’est pas du 100% mais c’est quand même beaucoup ! Dès lors, employer le terme «islamo-fascisme» n’est pas un abus de langage, même s’il ne saurait traduire à lui seul une réalité complexe.

 

Jean- Noël Cuénod 

 

 

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Manuel Valls aux juifs : "La France est blessée... par rtl-fr

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19/02/2015

HAÏKUS POUR LES ANIMAUX DE PARIS (2)

 

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Le rire  du merle

Secoue le ventre des parcs

Et le dos des rues

 

***   *** ***

 

Drôle de canard

Qui aboie dans les allées

Du parc Montsouris

 

*** *** ***

 

Au Parc Montsouris

Tous les chats claquent du bec

Et les canards rient

 

*** *** ***

 

Tout est dans la mouche

L’immondice et le miel

Le bleu et le brun

 

*** *** ***

 

Une musaraigne

Règne sans gêne sur l’herbe

Sage de Bercy

 

*** *** ***

 

Toujours le chat guette

La surprise au fond du trou

Tueur fasciné

 

*** *** ***

 

L’oraison du merle

S’est envolée ce matin

L’âme est de retour

 

Jean-Noël Cuénod

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16/02/2015

Monsieur Netanyahou, les juifs sont chez eux en Europe

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Synagogue Vieille-Nouvelle à Prague 

Les attentats commis à Copenhague ressemblent comme deux balles de kalachnikov à ceux perpétrés il y a cinq semaines à Paris. Avec les mêmes cibles: les juifs et les défenseurs de la liberté d’expression.

 

D’ailleurs, les uns et les autres ont souvent eu partie liée dans l’Histoire. Les bûchers que les nazis réservaient aux livres mal-pensants annonçaient Auschwitz-Birkenau. Et en même temps qu’il commençait sa campagne contre le «cosmopolitisme» juif à la fin de son règne, Staline donnait plusieurs coups de fouets supplémentaires à sa chasse contre la moindre virgule dissidente.

 

Le judaïsme ayant de tout temps privilégié l’étude, la compréhension, à multiples niveaux, des textes bibliques et le décryptage de formules complexes, il a tout naturellement développé en son sein la critique, la réflexion, l’analyse et le doute, toutes dispositions d’esprit qui sont mortifères pour les totalitarismes. Dès lors, que les Juifs soient ciblés actuellement par les tenants de l’islam des ténèbres reste dans le triste ordre des choses. Le conflit israélo-palestinien n’est qu’un prétexte pour alimenter leur propagande. Ce n’est pas la cause palestinienne – ils s’en soucient comme de leur premier pain de plastic – que les Barbus veulent servir, c’est l’intelligence juive qu’ils cherchent à atteindre.

 

Dès lors, les appels du premier ministre Netanyahou aux juifs d’Europe pour qu’ils quittent leur pays sont particulièrement troublants. Les juifs sont chez eux en Europe. Ils font partie de ses bâtisseurs les plus talentueux. Le judaïsme est une composante indissociable de la civilisation européenne qui a pour source, dans le désordre, Rome, Jérusalem, Athènes. Prétendre que les juifs vivent, ici, en terre étrangère, c’est donner gain de cause aux antisémites les plus toxiques, c’est apporter à leur moulin bancal une eau polluée. Voilà qui est pour le moins étonnant de la part d’un chef du gouvernement israélien.

 

Personne ne saurait reprocher aux juifs de partir en Israël faire leur Aliya et accomplir ainsi une étape essentielle dans leur voyage spirituel. Mais qu’ils partent pour des raisons de sécurité, est d’un tout autre ordre qui met en cause, principalement, les Etats européens. Nombre d’entre eux ont mis trop longtemps à prendre conscience du développement de l’antisémitisme en leur sein; un antisémitisme qui, en s’affublant d’un faux-nez labellisé «antisionisme», a fait son œuvre d’intoxication avec efficacité.  

Dès lors, protéger, ici et maintenant, nos concitoyens juifs est devenu la priorité des priorités. Il en va aussi de notre âme.

 

La stratégie suivie par l’islam des ténèbres a pour nom «purification ethno-religieuse». Pour les Barbus, même si chrétiens et juifs l’occupent depuis toujours, il faut qu’ils débarrassent le Proche-Orient de leur présence. Avant qu’ils débarrassent la terre tout court lorsque la planète se couvrira enfin de barbe!

Emprunter cette voie, en incitant les juifs d’Europe à laisser leur maison derrière eux, ne mènera qu’à une sorte de communautarisme à l’échelle globale. Chacun enfermé chez soi. Et Dieu pour moi tout seul. Est-ce le monde que nous voulons?

 

Jean-Noël Cuénod

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12/02/2015

DSK. Les noces explosives du droit et de la morale

 

 

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Le procès de Dominique Strauss-Kahn qui se déroule actuellement à Lille ne met pas en lumières que les relations sexuelles «rudes» – euphémisme utilisé par DSK – de l’ancien patron du Fonds Monétaire Internationale. Il révèle d’autres relations, moins cradingues et moins anecdotiques, celles qui se nouent ou se dénouent entre la morale et le droit. A lire les comptes-rendus et à ouïr les commentaires, ce procès dit «du Carlton de Lille» patauge dans la confusion.

 

Sur le terrain bien délimité du droit que reproche-t-on à l’ex-futur président de la République? De s’être rendu coupable de proxénétisme aggravé en bande organisée; la peine maximale s’élève à vingt ans de réclusion criminelle. Ce chef d’accusation se réfère aux articles 225-5 et suivants du Code pénal français qui réprime celui qui aide, assiste ou protège la prostitution d’autrui. Dans le cas présent, l’accusation retient comme circonstance aggravante, le fait que ces actes ont été commis dans le cadre d’une bande organisée.

 En d’autres termes, DSK serait l’organisateur des partouzes dont il était le roi et aurait déployé, pour développer cette cour du stupre collectif, un véritable réseau de prostituées, avec l’aide, notamment, de Dédé-la-Saumure, célèbre figure du proxénétisme franco-belge. DSK soutient – si l’on ose dire ­– qu’il ignorait que les femmes fournies par son entourage se prostituassent. Par conséquent, il ne pouvait, selon lui, se trouver à la tête d’un réseau de souteneurs.

 

Voilà le cadre bien borné. Tout le reste ­– les mœurs fangeuses de DSK, ses appétits libidineux, ses habitudes répugnantes – n’est qu’élément pour ouvrages à ne lire que d’une seule main. Néanmoins, l’impression qui ressort de ces débats sur les ébats strauss-kahniens est que la morale et le droit sont tellement interpénétrés qu’il devient de plus en plus malaisé de les distinguer l’une de l’autre. Or, une telle confusion peut mener au pire.

 

Lorsque l’on se trouve devant un tel méli-mélo, il faut retourner aux définitions de base. La morale est l’ensemble des règles de conduite propres à une société; elle distingue le bien du mal. Le droit est l’ensemble des normes régissant les rapports humains, normes énoncées par la coutume (situation de plus en plus rare) ou inscrites dans des textes (lois, codes, contrats, recueils de jurisprudence).

 

La morale est forcément floue. Elle n’est pas gravée dans le marbre mais flotte dans l’air du temps. Distinguer le bien du mal est affaire d’interprétations fluctuantes, souvent personnelles, ou émises par des groupes plus ou moins restreints.

 

Le droit est forcément précis. Il décrit des normes dûment circonscrites et suit un processus balisé. Il ne distingue pas le bien du mal, mais le légal de l’illégal, ce qui n’est pas la même chose. On peut être condamné par le droit pour avoir agi en fonction de ses impératifs moraux. De même, une conduite jugée immorale par la clameur publique, ne signifie pas qu’une infraction au droit soit commise.

 

En introduisant la morale dans le droit, on instille des notions floues dans un domaine qui requiert la plus fine des précisions. On le parasite et on le travestit en arbitre des moeurs. La clameur publique se fait justicière, ce qui ouvre la porte à toutes les dérives, à tous les abus, à tous les arbitraires. Dans nos contrées démocratiques, la Bible ou le Parti n’est pas le code et le juge n’est pas le prêtre, ni le commissaire politique. Dans les pays totalitaires, le droit se place au service de l’idéologie, qui peut être assimilée à une forme de morale, avec toutes les monstruosités que cette situation a permises.

 

Toutefois, le droit et la morale ne sont pas étrangers l’un à l’autre. Pour que le droit soit reconnu légitime par ceux auxquelles ses normes s’appliquent, il ne saurait trop s’écarter de la morale d’une société. Il serait impensable, par exemple, qu’une loi qui serait reconnue par tous comme immorale soit introduite dans le droit. Imaginerait-on que la loi autorise la pédomanie, par exemple?

 

Cette proximité entre droit et morale doit donc être respectée mais tout en observant entre les deux, la distance nécessaire pour éviter la confusion. Placer le curseur au bon endroit oblige à faire preuve d’habileté et d’intelligence. Mais qui a dit que vivre ensemble était chose facile?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Exemple de confusion entre droit et morale. Les Femen  manifestent devant la voiture qui conduit Dominique Strauss-Kahn au tribunal.


Procès Carlton: des Femen sautent sur la... par LEXPRESS

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10/02/2015

SwissLeaks : nous avons une guerre fiscale de retard

 

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Photo : le pauvre Gad Elmaleh qui se fait épingler pour 80 000 euros déposés à Genève, situation qu’il a régularisée depuis. Ah, si seulement, il avait connu l’optimisation fiscale… 

L’affaire SwissLeaks confirme que la fraude fiscale est une industrie de grande envergure. Les banquiers suisses se sont particulièrement distingués dans ce domaine, pour le meilleur quant à l’ampleur de leur profit, pour le pire quant à l’image de leur pays. Mais Jean Ziegler le disait déjà dans les années 1970. Et que d’avanies n’a-t-il pas subies pour avoir dit trop tôt ce qu’aujourd’hui les médias disent trop tard!

Certes, les révélations apportées par l’exploitation des fichiers volés à HSBC Suisse sont importantes dans la mesure où elles débusquent les détails d’un système dont on connaissait les grandes lignes. Et comme le diable s’y niche souvent, dans les détails, il est utile de les scruter. Identifier les petits malins et gros fraudeurs peut aussi apporter une saine crainte du gendarme fiscal.

 

Toutefois, ces fichiers ont été dérobés en 2008 et révèlent des relations bancaires qui appartiennent déjà à un autre monde. Depuis, les Etats-Unis ont fait le ménage en contraignant la Suisse à abandonner son secret fiscal. A partir de 2017, la Confédération s’alignera sur l’échange automatique d’informations scellant la fin du XXe siècle bancaire helvétique. Dès maintenant, les banques suisses se débarrassent de leurs clients fraudeurs qui, après leur avoir rapporté des sommes colossales, sont devenus des boulets improductifs.

 

Il reste à savoir pourquoi le gouvernement français a remis cette liste des fraudeurs gérés par HSBC Suisse aux journalistes du Monde (qui l’ont ensuite partagé avec des confrères provenant de 48 pays), maintenant, alors qu’il aurait pu le faire avant. La question reste posée. Cela n’entame d’ailleurs nullement la légitimité de cette information. Toute documentation donnée à un journaliste sert à celui qui l’a transmise. Souvent pour de nobles raisons, parfois pour de louches motifs. Au journaliste d’en vérifier la véracité et de tenter de savoir où il met les pieds. Mais cette transmission intéressée n’invalide pas ipso facto ladite info. Tout en étant guidé par des motifs douteux, un informateur peut fort bien livrer une information utile collectivement, une information que le journaliste doit diffuser pour assurer sa mission.

Cela dit, dans le cas de l’affaire HSBC, il serait tout de même intéressant de connaître l’agenda du gouvernement français.

 

Il faut considérer l’affaire SwissLeaks comme une photo d’archive qui nous permet de comprendre le passé et d’en tirer des enseignements pour ne pas réitérer les erreurs. Cependant, elle ne nous dit pas grand-chose de l’avenir, ni même du présent. Il est évident que depuis 2008 et la découverte du pot-aux-euros, les ingénieurs en mécanique financière ont trouvé le moyen de ne plus se faire pincer. La Suisse ne sera peut-être plus le paradis fiscal modèle. Mais, contrairement aux rêveries blochériennes, notre pays n’est pas seul au monde. Et, en fait, c’est une immense chaîne d’évasion fiscale qui s’est tissée autour de la planète. Il y a eu le LuxLeaks, le SwissLeaks. Et demain? Le DelawareLeaks? Le SingapourLeaks ? Le HongKongLeaks?

 

Et puis, pourquoi prendre le risque de frauder le fisc? Les grands groupes économiques et les grosses fortunes cuisinent avec ardeur les recettes de l’optimisation fiscale qui leur permet de diminuer notablement le montant des taxes et impôts, en parfaite légalité, sans craindre de se faire dénoncer par un cadre bancaire qui a piqué des fichiers compromettants. A Genève, à Zurich, à Londres, à Amsterdam, à New-York, des avocats fiscalistes proposent ces précieux services. Des groupes d’outre-Jura – même ceux dans lequel l’Etat français est présent, comme EDF – y recourent allégrement. A Paris également, des cabinets spécialisés vantent leurs compétences en la matière sur leurs sites. Ainsi, celui-ci, parmi bien d’autres:

 

En tant qu'avocats compétents en Droit fiscal nous pratiquons l'optimisation fiscale et gérons les conséquences contentieuses de mauvais conseils en la matière.

Il convient de voir dans l'optimisation fiscale, non seulement la possibilité de supporter une moindre charge fiscale par la réduction ou la suppression de l'impôt ou de la taxe fiscale concernée, mais aussi le moyen de se rendre le plus compétitif possible dans un environnement de plus en plus concurrentiel.

Notre activité d'avocat plaidant les contentieux fiscaux nous permet d'apprécier l'exacte portée de nos conseils fiscaux  en en supprimant les risques de requalification par l'Administration fiscale.

Au «montage» fiscal susceptible de requalification, nous préférons de loin le bénéfice d'un ensemble d' «options» fiscales limpides et avantageuses. Cette organisation nous permet l'obtention de résultats très intéressants; par exemple, de défiscaliser les résultats des entreprises et de certaines rémunérations, de faire en sorte, en relation avec notre département Droit des sociétés, que la plupart des opérations juridiques au sein de l'entreprise ou d'un groupe de société se fasse sans aucune fiscalisation, de supprimer les plus-values fiscales en cas de cession ou transmission d'entreprise ou de supprimer les droits de succession, etc.

 

Ce même cabinet préconise aussi, la création de filiales à l’étranger pour les entreprises et sociétés françaises :

 

La filiale étrangère d'une société mère française dispose d'une personnalité fiscale distincte de cette dernière, ses revenus ne sont donc pas imposés en France mais soumis au régime fiscal du pays où elle se situe.

Ainsi il est en principe possible de créer une filiale dans un état étranger et de la soumette à une fiscalité plus avantageuse qu'en France.

 

C’était notre rubrique, «le patriotisme économique est en marche».

 

Le fond du problème de l’évasion fiscale se trouve dans cette contradiction. Le capitalisme financier est aujourd’hui mondialisé. Mais les Etats qui collectent l’impôt restent confinés dans leurs frontières. Tant que cette contradiction n’est pas résolue, il y aura évasion fiscale. Pour la résoudre, la généralisation de l’échange automatique d’informations fiscales semble, pour l’instant, l’outil le plus efficace. Mais à la condition que tous les pays de la planète l’appliquent de A à Z, y compris la Chine et d’autres contrées qui ne disposent pas – c’est le moins que l’on puisse dire – d’un Etat de droit digne de ce nom. Dès lors, avec SwissLeaks, il est à craindre que nous ayons encore une guerre de retard.

 

Jean-Noël Cuénod

 


15:42 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook | | |

06/02/2015

François Hollande grand bénéficiaire de la magie des circonstances

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C’est impossible. J’ai dû me tromper de journal:

François Hollande veut imposer la mixité sociale; Hollande et Merkel en émissaires de paix; le chef de l’Etat réaffirme la priorité de la guerre au terrorisme international. Hollande entend cultiver «l’esprit du 11 janvier». 

Et ce titre d’éditorial! Vous avez lu ça?

La revanche de l’humilié. Et en plus, il est gentil-gentil pour le président, l’édito.

 

Mais non, c’est bien Le Figaro de ce jour qui consacre cinq pages d’une tendresse d’ourson Paddington à François Hollande, à l’issue de sa conférence de presse semestrielle d’hier. Alors que François Fillon, le chouchou bien peigné, n’a droit qu’à trois quarts de page pour émettre, petit doigt en l’air, quelques réprobations polies sur la politique gouvernementale.

 

 Il y a cinq semaine encore, le quotidien de la droite propre sur elle, tirait à boulets bleus sur ce faux mage de Hollande, ce mou confit dans son impotence, tous juste bon à se faire pincer en train de porter, en casque de motocycliste, des croissants à sa petite amie.

 

Maintenant, le quotidien qui fait sienne la devise de Beaumarchais – sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur – hisse au pinacle un Président De La République avec plein de majuscules dans le regard d’acier. Fini le sergent Garcia qui ratait tout ses coups. Voici Zorro l’Elyséen qui tape du poing sur la table pour que les maires construisent des logements sociaux, qui emporte Angela sous le bras pour ramener la paix entre Kiev et Moscou, qui cultive l’esprit républicain à la manière d’un Le Nôtre en bonnet phrygien. Et qui, en grand Chef des Armées, mène la guerre au terrorisme international. Sur ce belliqueux chapitre, Le Figaro ne manque pas d’à-propos puisqu’il illustre le papier y relatif par une photo du Rafale, cet appareil de combat que construit Serge Dassault, le propriétaire du journal.

 

Et Sarkozy dans tout ça? Naguère encore, Le Figaro psalmodiait ses mantras pour que le battu d’hier revienne sur le ring d’aujourd’hui afin qu’il soit le vainqueur de demain. Dans l’édition de ce vendredi, on ne distingue pas un seul poil de la barbe approximative de Nicoléon Sarkonaparte.

Mauvaise séquence : il est revenu, il a revu mais il n’a pas encore revaincu. Après avoir tapé l’incruste pour tenter d’être sur la photo avec les grandes personnes lors de la marche républicaine du 11 janvier, le Vibrionnant multiplie les déboires.

 

Tout d’abord, en pleine crise de son parti UMP après la défaite à l’élection partielle dans le Doubs, le voilà qui se rend chez ses amis émirs pour leur donner une conférence payée en pétrodollars. Conférencier pour milliardaires émiratis ou patron de parti français, il faudrait choisir. Mais l’Insatiable s’y refuse.

 

Et puis, aujourd’hui même, Nicolas Sarkozy a reçu un prix. Mais quel prix! Celui du «Menteur de l’année 2014» délivré par le politologue Thomas Guénolé sur la base des vérifications systématiques des déclarations politiques (fact checking). Pourtant la concurrence était vive: Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Kosciusko-Morizet, Marine Le Pen, Anne Hidalgo faisaient partie des nominés. Or, quant il s’agit de dire n’importe quoi, ces concurrents sont tous des experts chevronnés. Mais aucun d’entre eux ne faisait le poids, face aux 17 mensonges avérés et répétés en boucle par Sarkozy au cours de sa campagne pour reconquérir l’UMP (la liste des mensonges est disponible ici).

 

Hollande au sommet. Sarkozy au fond du trou. La magie des circonstances – la réaction populaire après les attentats de janvier – a opéré une fois de plus. Hollande a surfé sur la vague en gardant l’équilibre, le Frénétique s’est agité et a plongé.

Mais demain, un autre événement peut surgir et la donne, être bouleversée une fois de plus. Jadis, les dirigeants de ce monde disposaient d’astrologues pour prédire leur destin. Aujourd’hui, ils se tournent vers les sondeurs d’opinions. La différence? Il n’y en a pas. Les deux coûtent les yeux de la tête.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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La conférence de presse de François Hollande, jeudi 5 février, en intégrale.

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03/02/2015

Entre Galilée et Rome, la grande bataille du ciel

 

 book-07210650.jpgVoilà un roman qui tombe à pic – et du ciel – pour rappeler que l’intégrisme religieux traverse toutes les époques et contamine toutes les religions. Aux barbus du XXIe siècle répondent les tonsurés du XVIIe. «Splendor Veritatis», tel est son titre. Il vient d’être publié par Slatkine. Sous le pseudonyme de l’auteur – François Darracq (photo en fin d'article) – se cache un jeune historien, Genevois d’adoption. Ce faisant, il veut dissuader le lecteur de confondre cette sienne fiction avec son travail universitaire. Cela dit, les personnages qui figurent dans son ouvrage sont bien les produits de l’Histoire et les acteurs d’une époque cruciale pour l’humanité, celle où l’humain va changer radicalement sa place dans l’univers.

 

Depuis Aristote, le monde était inchangé et inchangeable. La Terre immobile se trouvait au centre de l’Univers, le soleil tournait autour d’elle et les étoiles lui servaient de guides nocturnes. Au centre du centre, l’Humain solitaire sous le regard de Dieu.

L’Eglise romaine était la gardienne de cette vérité qui, dévoilée par l’insatiable curiosité humaine, deviendra illusion, puis mensonge. Parmi les savants qui ont déniaisé le ciel en expliquant que la Terre tournait autour du soleil, Galileo Galilei ou Galilée.

 

Le roman met en scène ce prestigieux savant toscan et son adversaire acharné, le jésuite hongrois Melchior Inchofer. Le génie de Galilée balaiera tout d’abord les arguments traditionnalistes du jeune Inchofer, envoyé au casse-pipe par son supérieur Orazio Grassi. Et puis, le pape Urbain VIII fait partie des soutiens les plus fidèles de l’astronome. L’Eglise romaine serait-elle prête à changer son regard vers le ciel? Mais en humiliant l’un des leurs, Galilée a attiré sur lui la rancune des jésuites, une rancune opiniâtre, calculatrice, manipulatrice et efficace. A cette stratégie de la vengeance s’associe la force du dogme qui sert de bouée de sauvetage à une papauté malmenée par la Réforme. Pas question de changer la vision aristotélicienne du monde, au risque de donner libre cours aux hérésies!

Galilée sera donc sacrifié. Pour sauver sa peau, il a dû renier publiquement ses théories. Emprisonné, puis assigné à résidence dans sa maison villageoise sise à Arcetri, près de Florence, Galilée retrouve la protection de son ami Ferdinand II, grand-duc de Toscane ; ce représentant de la famille Médicis lui adjoint pour collaborateur, un jeune mathématicien, Vincenzo Viviani, qui se révèlera d’un précieux secours pour le vieil astronome.

 

Alors que le fier Galilée descend, son ennemi Melchior Inchofer, lui, grimpe dans la hiérarchie de son ordre, après avoir manœuvré pour obtenir la condamnation de l’astronome. Mais cette victoire lui laisse un goût de cendre. En secret, il va reprendre ses observations astronomiques.

 Pendant ce temps, les partisans de la liberté de penser s’organisent très discrètement autour de Galilée pour faire parvenir en terre protestante les écrits de l’astronome afin qu’ils soient publiés au nez et à la barbe de la papauté. Parmi ces propagateurs de la cause scientifique, le Genevois Elie Diodati tient un rôle capital.

 

Melchior Inchofer va traverser une violente crise intérieure. Lors de ses observations clandestines,  le jésuite découvre ce qu’il redoutait et espérait à la fois: la justesse des thèses de Galilée. La hargne déployée par Inchofer contre l’astronome toscan est à la mesure de l’immense admiration qu’il lui porte. Le jésuite se débat comme un diable dans un bénitier, entre la splendeur de la vérité et les contraintes du dogme. N’en disons pas plus afin de laisser le suspens ouvert.

 

Parmi les nombreuses conclusions que l’on peut tirer de ce duel, c’est le peu de confiance que les dogmatiques accordent au Dieu dont ils sont les dévots aussi zélés qu’encombrants. Leur foi est si vacillante qu’ils veulent la conforter par des certitudes immuables.

Or, c’est l’Eternel, la puissance de vie, qui a initié le mouvement de la création; aucun humain ne saurait la fixer, l’enfermer dans ses certitudes. L’immuable n’est pas de ce monde. Le scientifique qui doute est près de l’Eternel, alors que l’intégriste qui censure s’en éloigne, comme un astre mort qui va rejoindre son néant dans un trou noir.

 

Jean-Noël Cuénod

 

«Splendor Veritatis» - François Darracq - Editions Slatkine – Genève - 296 pages.

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29/01/2015

Tsipras, la dette grecque et la force des faibles

 

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Le succès de Syriza, coalition de la gauche radicale, aux élections grecques a donc amené Alexis Tsipras au pouvoir, avec l’apport du petit parti de la droite souverainiste Les Grecs indépendants. Un tel attelage est pour le moins original. Mais pour le moment, les deux formations tombent d’accord pour arrêter les privatisations, rétablir certains services publics et, surtout, renégocier la colossale dette de la Grèce: 321,7 milliards d’euros, soit 175% du produit intérieur brut (à titre de comparaison, la Suisse est à 42,6% - Source : Les Echos).

Le succès de Syriza tient, entre autres, au fait que son patron Tsipras a bien fait comprendre à ses électeurs que celui qui est vraiment très mal en point se situe, vis-à-vis de ses interlocteurs, en position de force. Non pas pas malgré, mais à cause de sa faiblesse.

 

Qu’elle est la seule puissance de la bande européenne? L’Allemagne. «Tapons donc sur elle», se dit Tsipras. Si elle cède, les autres suivront. Tout d’abord, le nouveau chef du gouvernement grec fait vibrer la corde mémorielle en exigeant que l’Allemagne d’Angela Merkel paye pour les crimes commis par celle d’Adolphe Hitler. Après tout, la Grèce n’a jamais reçu les 200 milliards de dollars représentant les dégats commis par les armées allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, pourquoi ne pas en tenir compte pour dégonfler la dette grecque ?

Après tout, selon le New York Times, plus de 300 000 Grecs sont morts de faim durant l’occupation allemande (ce qui, soit dit en passant, explique l’intensité du ressentiment grec vis-à-vis de l’Allemagne). L’argument semble à la fois juste et solide. Semble, car en fait cette situation est plus compliquée qu’il n’y paraît.

Dans la seconde partie de la décennie 40, tous les Alliés, y compris les Grecs, avaient décidé de ne pas répéter les erreurs commises à la fin de la Première Guerre mondiale. L’Allemagne d’après 1918 fut saignée à blanc par ses vainqueurs, ce qui avait fait le lit du nazisme. Dès lors, les réparations de guerre réclamées aux Allemands à la fin des années 1940 étaient volontairement limitées. D’autant plus, que l’objectif principal était de redresser l’Allemagne de l’Ouest dans un contexte de guerre froide avec Moscou.

Par conséquent, il semble douteux, pour le moins, que les Grecs puissent faire partager sa proposition par d’autres pays européens.

 

Toutefois, pour Athènes, cette argumentation relève aussi de la tactique psychologique, afin éveiller la mauvaise conscience allemande et tenter ainsi d’entamer la rigueur de Berlin lors des prochaines discussions sur le remboursement de la dette grecque.  D’ailleurs, pour bien souligner la chose, Alexis Tsipras s’est rendu, sous les regards des caméras, à Kaisariani, un site où 200 Grecs ont été exécutés par les nazis en 1944 (photo).

 

Le gouvernement Tsipras a développé une autre offensive en direction de Berlin. Il rappelle qu’en 1953, un accord pris à Londres avait amputé de 60% la dette publique de l’Allemagne de l’Ouest tout en lui accordant un moratoire de cinq ans sur le solde, jusqu’à ce que l’industrie allemande redémarre. Ajoutons que 21 Etats avaient signé cet accord, dont le grec.

Dès lors, pourquoi ne pas faire la même chose pour la Grèce de 2015? C’est oublier qu’en 1953, il était possible de diminuer de 60% la dette allemande, car ce pays était seul en cause. Outre que l’économie occidentale commençait à fonctionner à plein régime, il n’y avait pas de risque de contamination à d’autres Etats. Or, si l’on diminue la dette grecque maintenant, les autres pays européens fortement endettés, comme le Portugal, vont aussitôt demander à bénéficier de la même mesure.

Quant au moratoire de cinq ans, les créanciers de l’Allemagne ne prenaient pas de grands risques; malgré les destructions massives, le potentiel industriel restait de grande qualité. En Grèce, l’industrie est quasi-inexistante; son potentiel est proche de zéro. Il reste deux gisements économiques, le tourisme et les profits des armateurs grecs. Sur le plan touristique, la concurrence ne manque pas et ce seul secteur ne saurait, à lui seul, opérer le redressement économique. Et les armateurs grecs ? Leur faire payer des impôts relève de la mission impossible.

 

Dès lors, la Grèce de 2015 paraît en bien plus mauvaise posture que l’Allemagne de 1953. Ce n’est donc pas ce genre d’argument qui pourrait servir à la plaidoire de Tsipras vis-à-vis de Berlin. En fait, c’est son absence d’atout qui en constitue un de taille.

 Le patron de Syriza tient en premier lieu cet argument imparable: les gouvernements grecs qui l’ont précédé avaient docilement appliqué pendant cinq ans les purges sévères réclamées par la «Troïka» (Commission Européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). Résultat : la dette reste à un niveau très élevé et les Grecs ont sombré dans la pauvreté, voire la misère. 

Ensuite, Tsipras tient en main le destin de l’euro. S’il fait sortir la Grèce de la monnaie et retourne à la drachme, tous ceux qui détiennent de la dette grecque seront remboursés en billets de Monopoly, ce qui créerait une crise majeure.

Dès lors, bien que la chancelière allemande insiste pour que la dette grecque ne soit pas entamée, on ne voit pas comment elle pourrait maintenir cette position qui, n’est sans doute, que de la posture d’avant-négociation.

Alexis Tsipras n’a rien dans les mains, rien dans les poches. Mais dans son cas, il vaut mieux n’avoir rien que posséder un peu. S’il manœuvre bien, s’il s’allie avec les autres pays européens endettés au lieu de s’en faire des concurrents, alors sa stratégie du faible au fort peut se révéler…payante.

 

Jean-Noël Cuénod

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28/01/2015

Rencontre inopinée entre Beaumarchais et Charlie Hebdo, au Théâtre 14 (+VIDEO)

 

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Les théâtreux captent l’air du temps mieux que quiconque. Ainsi, la veille de l’attentat contre Charlie Hebdo, le Théâtre 14 à Paris a-t-il programmé deux pièces qui allaient entrer en collision avec l’actualité de façon détonnante, à savoir le chef d’œuvre de Beaumarchais, «Le Mariage de Figaro» et une adaptation de «L’Etranger» d’Albert Camus qui sont encore à l’affiche. Si vous vous rendez dans la capitale française, n’hésitez pas à prendre place dans ce merveilleux théâtre du quatorzième arrondissement.    

 

Lorsque Figaro – parfaitement incarné par Eric Herson-Macarel – déclame son magnifique monologue, le XVIIIe siècle secoue les épaules du XXIe en lui rappelant à quel point, la liberté, l’égalité, la fraternité –Sainte Trinité laïque – restent des vœux pieux. «En deux siècles et demi, qu’avez donc accompli, citoyens?», invective Beaumarchais en nous jetant sa perruque à la face. Pas grand chose, en effet. Ou si peu. Et que de sang versé pour ce «si peu»!

 

Toutes les baudruches que crève d’un trait sarcastique la plume de Beaumarchais sont aujourd’hui bien gonflées à l’égo:

Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie!… Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier! Qu’avez-vous fait pour tant de biens? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus.

Chacun pourra plaquer un nom bien contemporain sur cette figure de l’héritier, sempiternel vainqueur de la lutte des places. 

 

La cause des femmes a fait, certes, quelques progrès. Mais osera-t-on dire que cette envolée de Marceline (interprêtée par Claire Mirande) a perdu toute pertinence?

Dans les rangs même plus élevés, les femmes n'obtiennent de

vous qu'une considération dérisoire; leurrées de respects apparents, dans une

servitude réelle; traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos

fautes!

 

Quant à la liberté d’expression et au droit de blasphémer, même à propos de Mahomet, un murmure de saisissement parcourt le public lorsque Figaro-Eric Herson-Macarel déclame :

Je broche une comédie dans les moeurs du sérail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule: à l’instant un envoyé de… je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime-Porte, la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc: et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant: chiens de chrétiens! – Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant.

Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait en aucun cas être fortuite.

 

Lorsqu’au moment des salutations, Eric Herson-Macarel lit une déclaration des comédiens pour soutenir Charlie Hebdo et saluer la mémoire des victimes juives de l’Hyper Cacher, le public lui fait une ovation debout. A lui et surtout au sublime visionnaire Beaumarchais.

 

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Avec l’autre pièce présentée au Théâtre 14, l’adaptation de «L’Etranger», les liens avec l’actualité sont moins visibles mais tout aussi solides (photo : Meursault – Stéphane Pirard – et sa fiancée – Lormelle Merdrignac)

Après avoir tué, sur une plage d’Alger, un Arabe d’un coup de revolver suivi de quatre autres, Meursault est condamné à mort. L’Arabe n’a pas de nom, pas de visage. C’est une ombre. Il est à la périphérie. Combien de Français musulmans éprouvent-ils encore ce sentiment de n’être là que pour servir de repoussoir?

Le thème le plus connu de «L’Etranger» est l’indifférence au monde de Meursault qui s’exerce sur tout être et toute chose, même lorsque meurt sa mère – on sait l’attachement de Camus pour la sienne. Cette indifférence se brise devant l’aumônier qui tente d’amener le condamné à mort vers la foi. Mais c’est l’absence de foi que découvre Meursault ; il se révolte alors – enfin – contre l’illusion figurée par le prêtre.

«L’Etranger» décrit aussi les efforts de la justice pour peindre une image rationnelle sur l’acte de Meursault, acte irrationnel s’il en est. Pour que ses cadres n’explosent pas par la puissance de l’irrationnel, la société doit mimer la raison, à défaut de l’incarner. Mais ce n’est qu’un faux-semblant.  

Aujourd’hui, la société éprouve de plus en plus de difficultés à faire entendre sa raison. L’irrationnel apparaît partout et, en premier lieu, dans les délires sanguinaires des fous de Dieu. Mais il envahit aussi le cerveau félé de ces «pousseurs» qui se suicident sous les roues du métro, après avoir emporté avec eux un quidam qui attendait sur le quai.

Camus avait montré à quel point la société humaine est une construction fragile. Cette fragilité apparaît désormais dans toute sa nudité.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Distribution du «Mariage de Figaro»

 

Mise en scène : Jean-Paul Tribout

Figaro : Eric Herson-Macarel

Marceline : Claire Mirande

Suzanne : Agnès Ramy

Chérubin : Thomas Sagols

Bazile, Double-Main : Marc Samuel

Fanchette : Alice Sarfati

Le comte Almaviva : Xavier Simonin

Don Gusman Brid’oison : Jean-Marie Sirgue

Antonio : Pierre Trapet

Bartholo : Jean-Paul Tribout

 

A l’affiche jusqu’au 21 février 2015

 

 

Distribution de «L’Etranger»

 

Adaptation : Benoît Verhaert et Frédéric Topart

Mise en scène : Benoît Verhaert

Avec Stéphane Pirard (Meursault), Lormelle Merdrignac et Benoît Verhaert

 

A l’affiche jusqu’au 13 février 2015.

 

Renseignements pratiques

 

Théâtre 14, 20 avenue Marc-Sangnier, 75014 Paris. Location : +33 (0)1 45 45 49 77. Courriel : contact@theatre14.fr. Site: http://theatre14.fr

 

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25/01/2015

HAÏKUS POUR LES ANIMAUX DE PARIS

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Le chat se promène

Sur le dos de la nuit

    Pour chasser les astres

 

 

Le pigeon se penche

Et à petits coups de bec

Boit son image

 

Un voyou de chat

Pisse sur un pneu et glisse

Entre ses mystères

 

Le chant des oiseaux

Rend le chat parisien

Avide et frustré

 

 

 

Sous les feuilles mortes

Un pigeon un peu couillon

Apprend à nager

 

 

La belle belette

Rend chèvres tous les blaireaux

Du parc Montsouris

 

 

 

 

Au-dessus des toits

Une cheminée qui boite

Rend fous les corbeaux


Sous les réverbères

Le vieux rat des poubelles

Attend ses fantômes

 

 

Jean-Noël  Cuénod

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22/01/2015

Djihadisme en France: l'école et les banlieues en mille morceaux (2)

 

A la demande de ses amis français, le Plouc publie ici ses derniers papiers parus dans la Tribune de Genève et 24 Heures sur la France après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes. Voici le second, consacré à une interview du formidable comédien Papy (Alain Degois), suivie d'une vidéo qui donne une petite idée de son travail avec et pour les jeunes de banlieue.

 

imgres.jpgL’impressionnant élan d’union nationale qui a emporté la France après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher ne saurait cacher les profondes fractures qui divisent sa société et, en premier lieu, ses banlieues. Comment recoller les morceaux d’Hexagone brisé? Le comédien Alain Degois, plus connu sous son surnom Papy, ne manque pas d’idées. Immergé dans le monde des quartiers catalogués «sensibles», il y a découvert de nombreux talents dont Djamel Debbouze, Sophia Aram, Arnaud Tsamere. Pendant vingt ans, il a animé la troupe «Déclic Théâtre» à Trappes en banlieue parisienne, vouée à l’improvisation théâtrale. Aujourd’hui, il dirige la société de production AD2 «Allons Z'enfants de la Culture».  Ajoutons qu’il est rigoureusement impossible de vouvoyer Papy.

 

– Comment ton coin de banlieue a-t-il réagi?

 

­– Le choc a été violent, pour tous. Je craignais que la situation ne dégénère à Trappes ou ailleurs. Mais je ne vois rien de tel, pour le moment. Je suppose que l’impressionnante mobilisation de dimanche dernier – avec les quatre millions de Français qui ont participé aux marches républicaines – a étouffé toutes les velléités de déstabilisation  dans les banlieues.

 

­– D’emblée, quelles sont les premières réactions à Trappes?

 

– Je remarque deux dénis. Le déni musulman et le déni français. Lorsqu’ils me parlent des djihadistes, mes amis musulmans répètent que l’islam, ce n’est pas ça, que les terroristes ne sont pas des vrais musulmans… Je leur réponds, eh bien si, ils le sont, musulmans! Certes, ils ne correspondent pas à votre lecture du Coran mais enfin, ils ont été élevés dans des familles musulmanes. Ils ont fréquenté la mosquée. Ils ont été éduqués dans l’islam. On ne peut pas évacuer leur islamité d’un revers de main. Il faut aussi que les musulmans se confrontent à cette réalité. L’autre déni est exprimé par la France. Car, les trois terroristes étaient de nationalité française, nés en France, élevés, comme moi, à l’école de la République. Prenons bien conscience de ce fait, au lieu de renvoyer les tueurs à leur origine familiale. Ce sont des Français fous de Dieu qui ont assassiné d’autres Français libres penseurs. De même, l’égorgeur montré par les caméras de l’Etat islamique était un Normand de souche.

 

­– Les terroristes – mais aussi le brigadier Ahmed Merabet assassiné par eux – venaient tous de la banlieue parisienne. Pourtant, on ne peut pas dire que rien n’a été fait en faveur des cités défavorisées…

 

– En 1995, la France subit une vague d’attentats meurtriers. En 2005, les émeutes de Clichy-sous-Bois se répandent dans les banlieues de l’Hexagone. Et nous voilà en 2015 avec ces deux attentats. A chaque fois, le gouvernement y va de son «plan banlieue» et promet des aides financières en faveur des zones déshéritées. Or, les associations de quartiers ou culturelles n’ont pas vu l’ombre d’un centime de cette montagne d’euros!­

 

– Et où va l’argent?

 

­– Voilà comment le système fonctionne. Le gouvernement demande aux régions d’établir la liste des projets à soutenir. Les régions refilent cette mission aux départements. Ceux-ci se tournent vers les maires pour les charger de rédiger cette liste des priorités. C’est donc le potentat local qui va, en fin de compte, distribuer la manne. Il va choisir les associations qui sont de son bord politique ou qui peuvent lui valoir  des électeurs. Les autres, souvent plus utiles socialement, ne recevront que des miettes. Et encore! Alors, cette année, j’espère qu’on nous épargnera le énième «plan banlieue» et que le gouvernement se mettra enfin à cibler ses aides, là où le besoin se fait réellement sentir.

 

– La prise d’otages à l’Hyper Casher de Vincennes et les quatre Juifs assassinés démontrent la virulence de l’antisémitisme. Le phénomène est-il nouveau?

 

– Avant la première guerre du Golfe en 1990-1991, ce sentiment était ignoré dans les communautés musulmanes. C’est à partir de ce conflit que les gamins se sont mis à jouer à la guerre en se donnant les rôles d’Arabes et de Juifs. Ils avaient alors une dizaine d’années. Aujourd’hui, ils ont donc l’âge des terroristes de la semaine passée, les frères Kouachi et Amédy Coulibaly. Ce n’est sans doute pas un hasard.

 

– Comment l’islam radical a-t-il pu ainsi se développer dans les cités dites «sensibles»?

 

– Depuis trente ans, on a laissé les imams intégristes prêcher un islam violent, inspiré par les Frères musulmans. Les politiciens locaux ne les prenaient pas au sérieux et se persuadaient qu’en leur laissant un strapontin, cela suffirait à les calmer. Mais les fous de Dieu ne pensent pas ainsi. L’un d’entre eux avait proclamé que Trappes deviendrait une république islamique et qu’il avait tout le temps pour y travailler. Le politicien, lui, n’a pour horizon que la fin de son mandat. L’Etat a donc laissé les esprits se gangrener. Et lorsque des troubles ont surgi, il n’a eu pour seule réponse que le déploiement des forces policières. Et après cette opération, lorsque les CRS ont regagné leur caserne, que se passe-t-il? Rien! C’est à nous, les associations de quartier qu’il revient de payer les pots cassés, avec nos petits moyens.

 

– Pour recoller les pots cassés de la République, que proposes-tu?

 

– Je rêve d’une B.I.C., Brigade d’intervention culturelle, chargée de créer des événements pour les gens qui sont persuadés que la culture n’est pas  faite pour eux. Ce n’est pas eux qui iront à Molière. C’est à nous de leur amener Molière. C’est la culture que les terroristes ont voulu attaquer à Charlie Hebdo. C’est par la culture que nous devons répliquer. Ces habitants de Trappes ou d’ailleurs qui viennent du Maroc, du Sénégal ou du Mali n’ont pas de mémoire liée à leur ville, rien qui les rende fiers. Alors, ils se recroquevillent sur leur mémoire communautaire. L’intervention culturelle sur leurs lieux de vie leur donnerait enfin cette mémoire de Trappes qui les sortirait du ghetto dans lequel ils ont été confinés.    

 

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21/01/2015

Djihadisme en France: l'école et les banlieues en mille morceaux (1)

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A la demande de ses amis français, le Plouc publie aujourd’hui et demain, ses derniers papiers parus dans la Tribune de Genève et 24 Heures sur la France après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes. Le premier est consacré à l’école. Il est suivi d’une vidéo sur la manière dont la minute de silence à la mémoire des victimes a été vécue dans certains établissements scolaires.

 

L’école en France est l’objet de critiques acerbes. Elles ont pris un tour encore plus vif, après les incidents qui ont émaillé, dans quelques établissements scolaires, la minute de silence dédiée, jeudi 8 janvier, à la mémoire des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo. A Lille, un élève a menacé son enseignante – «je te bute à la kalach’» – qui annonçait cette minute de recueillement. «Il ne faut pas se le cacher, beaucoup de responsables nous en ont informé : il y a eu des discussions parfois désagréables lors de cette minute de silence», confirme Anne Marty, présidente de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public-PEEP.

Antoine Tresgots, prof d’histoire-géo au Collège (Cycle d’Orientation à Genève) de Montargis dans le Loiret et membre de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) relativise: «Sur 8000 collèges en France, il n’y a qu’une centaine d’établissements qui ont enregistré des incidents durant cette minute de silence.» Comment s’y est-il pris pour expliquer à ses élèves les attentats et prises d’otages des 7 et 9 janvier?

«Il a fallu tout d’abord les aider à gérer le choc. Un choc que nous, enseignants, avons aussi subi, comme tout le monde. Le plus important est d’en parler. Surtout, ne pas mettre l’événement sous le tapis. En mettant des mots, on met aussi de la distance par rapport à la violence exceptionnelle de l’événement. Il faut ouvrir la porte aux échanges pour lutter contre les phénomènes d’identification et éviter les amalgames dans tous les sens. Il ne faut pas que les élèves se sentent contraints d’adhérer à tel ou tel groupe en raison de leurs origines. Tout doit être entrepris pour les rendre libres.»

    Depuis les incidents survenus lors du moment de recueillement, les médias soulignent les risques de fracture au sein de l’école.

«La fracture existe mais elle n’est pas née avec les attentats», rétorque Antoine Tresgots qui poursuit : «La fracture, ce sont ces jeunes qui ne perçoivent pas le sens de l’école. Ils ne sont pas aveugles et voient bien que les valeurs de la République transmises par les enseignants ne sont pas pratiquées dans la vraie vie. Ils savent qu’en fonction du statut social de leur famille, ils ne pourront pas avoir accès aux meilleurs établissements. Comment voulez-vous enseigner l’égalité à des jeunes qui sont conscients de se trouver toujours du mauvais côté de la barrière? Enseigner ces valeurs, c’est vraiment difficile, dans de telles conditions. Il faut le faire, bien sûr. Mais la société doit aussi prendre sa part, alors qu’elle ne cesse de nous charger de nouvelles missions.»

Anne Marty, présidente de la PEEP (parents d’élèves), met en cause le fonctionnement du ministère de l’Education nationale:

«Jusqu’à maintenant, il pratiquait la politique de l’autruche en refusant de voir la réalité en face, à savoir que l’autorité des enseignants n’était plus respectée. Les recteurs disaient au ministère que tout allait bien chez eux. Il ne fallait surtout pas faire de vague sous peine de se faire reprocher une mauvaise gestion de leur établissement. Dès lors, la situation continuait à se dégrader à l’école sans que quiconque soit en mesure de briser cette omerta. Comment transmettre le savoir dans ces conditions?»

Anne Marty note, toutefois, un changement: «Aujourd’hui, après les attentats et les incidents qui se sont produits dans certains établissements, la ministre Najat Vallaud-Belkacem a eu la bonne réaction en affirmant le retour de l’autorité au sein de l’école. Son désir de tout mettre sur la table, d’en parler avec les enseignants et les parents d’élèves semble sincère et sérieux. Certes, dans un ensemble de la taille de l’éducation nationale, il faut plus qu’une volonté exprimée par une ministre pour faire bouger les choses. Mais cette volonté politique est absolument indispensable pour commencer ce processus. »

  

Jean-Noël Cuénod

 

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17/01/2015

"Charlie Hebdo" ou de l’utilité du blasphème pour un croyant

 

 

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Ainsi, la couverture du «numéro des survivants» de Charlie Hebdo, dessinée par Luz représentant le prophète Mohammed, soulève des vagues de manifs dans le monde musulman. De ventripotents avocats ont même brûlé une effigie de François Hollande à Karachi (photo ci-dessous). Ce qui donne une image assez consternante du Barreau pakistanais et de son niveau intellectuel. Les foules musulmanes crient donc au blasphème, cet outrage fait à Dieu.

 

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Mais de quoi parle-t-on en l’occurrence ? Il est plutôt sympathique, le Mohammed de Luz. «Là n’est pas le problème, éructent les barbes en bataille, il est interdit de représenter le Prophète, un point c’est tout!» Ah bon? Le Plouc a lu trois fois le Coran dans trois traductions différentes (Masson, Berque, Chouraqui). Il n’a lu aucune interdiction de ce genre. D’ailleurs, des illustrations perses et ottomanes (cf. au bas du texte, cette image tirée d’un manuscrit ottoman du XVIIe siècle) représentent aussi le prophète, sans que cela ait tiré les avocats de Karachi ou d’ailleurs de leur sieste.

 

Il en va de l’islam comme du judaïsme et du christianisme réformé, l’interdit porte sur la représentation de Dieu, cet Eternel que l’on ne saurait enfermer dans l’espace-temps d’une représentation physique, au risque de faire de cette image, l’objet de l’adoration. Or, dans les religions monothéistes, c’est l’Invisible que l’on adore et non pas ses imparfaits supports.

En islam, le prophète ne doit pas être pris pour Dieu ; Allah n’a pas d’associé. Et Mohammed n’est que son ultime prophète. Dès lors, le représenter n’est pas un blasphème puisqu’il n’y a pas d’outrage à Dieu.

 

Creusons un peu le vrai blasphème, celui qui outrage non pas un homme, aussi saint soit-il, mais l’Eternel, le Créateur, Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, bref, la puissance créatrice de la vie. En quoi ce Dieu peut-il être outragé par une injure, des imprécations, un dessin scatologique sortis du gosier ou du crayon d’un humain, mortel et faillible? Je ne sais si Dieu a des épaules mais s’il en avait, il les hausserait en signe d’indifférence. En quoi ce microbe qui s’énerve et s’agite pourrait faire de l’ombre à l’Eternel qui n’est que lumière?

 

Les barbes en batailles postillonneront alors que ce n’est pas Dieu qui serait outragé par ces dessins, mais les croyants qui lui sont fidèles. C’est leur foi qui serait ainsi atteinte.

 

La foi, c’est cette force intérieure, cette certitude inexprimable que seule la vie est permanente et que l’amour est son bras armé. La foi, c’est la voix sans le son, la parole sans les mots, la musique sans les notes. Vous pouvez essayer de la chasser si elle vous a visité ne serait-ce qu’une fois, mais elle revient toujours sous des formes diverses. Elle est là pour vous dire: «Tu vas mourir un jour. Mais ce ne sera pas le dernier mot.»

Alors, cette foi-là personne ne peut l’atteindre. Les injures, les insultes, les calomnies glissent sur elle comme sur les plumes d’un cygne toujours immaculé. Même les hommages outrés à Dieu, les bondieuseries ridicules, les dévotions hypocrites – qui sont pires que les insultes – ne sauraient ternir son plumage.

 

Dès lors, ceux qui crient actuellement au blasphème se sentent atteints dans leur ego, dans leur identité culturelle mais pas dans leur foi si, toutefois, elle leur est venue. C’est la haine de la démocratie qu’ils expriment et en aucun cas l’amour de Dieu qui n’a nul besoin de tels défenseurs.

 

Venons-en au blasphémateur; il prend en compte Dieu en le prenant à partie. Lorsque l’anarchiste Proudhon est reçu Franc-Maçon à la Loge «Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié»  à Besançon, à la question «que devez-vous à Dieu», il répond: «La guerre!» Ce qui ne l’a d’ailleurs nullement empêché de poursuivre sa carrière maçonnique.

 Lorsqu’on fait la guerre à quelqu’un, on ne l’ignore pas, on ne le nie pas. Au contraire, on le scrute, on l’observe, on imagine une stratégie à son propos, on trame des tactiques pour tenter de le circonvenir, on ourdit des complots pour essayer de le déstabiliser.

Le blasphémateur se dit athée mais il n’est pas indifférent. Il éprouve, au fond, une forme de foi.

  

Ensuite, Le blasphème représente une chance pour l’humain qui a la foi. Car le blasphème s’adresse toujours à un support de l’image de Dieu. Il est impossible d’insulter l’Invisible qui est, par nature, insaisissable ou de le caricaturer puisqu’il est sans visage. Le blasphème s’attaque donc aux emblèmes figurant (ou défigurant) Dieu. Or, trop souvent, les dévots confondent Dieu avec l’un de ses emblèmes. C’est ce bout de bois ou ce livre sacré qu’ils adorent et non pas la puissance de vie. Ils vénèrent donc des idoles, c’est-à-dire des illusions créées par la vanité humaine. En vilipendant l’emblème, le blasphémateur permet au croyant de distinguer entre le bon grain et l’ivraie, entre Dieu et ses supports.

 

Que l’Eternel protège ses blasphémateurs !

 

Jean-Noël Cuénod

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12/01/2015

«Je suis Charlie-Je suis flic-Je suis juif-Je suis Ahmed» :le récit national français est-il en chantier?

 Chaque pays construit son récit national. Les historiens en dénonceront le caractère mythique, toujours, les erreurs, souvent, et les falsifications, parfois. Il n’empêche qu’aucun ensemble humain ne peut s’en priver s’il veut fonctionner collectivement. Le récit national fait le peuple autant que le peuple fait le récit national.

 Au fil du temps, ce récit change pour épouser les contours de la société à laquelle il s’adresse. La France abrite aujourd’hui les plus grandes communautés juives et musulmanes d’Europe. Elle doit donc adapter son récit national à cette situation.

En 1998, après la victoire d’une équipe tricolore très multiculturelle, la «France Black-Blanc-Beur» a été célébrée par les médias. Mais le football n’a pas en France l’importance essentielle, quasi vitale, qu’il a dans d’autres pays comme le Brésil. Cette victoire, même célébrée dans la liesse, n’a pas remué le pays dans toutes ses profondeurs.

Les attentats contre Charlie Hebdo et l’hypermarché casher, en revanche, ont bouleversé la France de fond en comble. Les terroristes se sont attaqués à l’une des particularités de la culture française, la satire, et à la présence des Juifs en France qui, eux aussi, participent à cette culture depuis des siècles. Alors que ces terroristes se réclamaient d’un islam dévoyé, d’autres musulmans les ont affrontés, au péril de leur vie comme le brigadier Ahmed Merabet ou en l’ayant risquée, tel Lassana Bathily, le salarié de l’hypermarché casher qui a caché plusieurs clients. Durant cette attaque, deux jeunes juifs ont été tué en s’opposant au terroriste Coulibaly. Aussitôt des affiches ont fleuri: «Je suis Charlie – Je suis flic –Je suis juif – Je suis Ahmed». Car les flics, jadis conspués dans les manifs, sont devenus des héros.

Sur cette base, un nouveau récit national est-il en train d’être élaboré en France ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Mais déjà les personnages pour l’illustrer se mettent en place.

 

1. – «Je suis Charlie. Je suis musulman. Je suis Ahmed» 

 

Merabet.jpgLe brigadier Ahmed Merabet est l’exemple-type de la méritocratie républicaine. Originaire d’une famille d’immigrés algériens, il a bossé dur pour devenir un policier français en accumulant les petits boulots pendant ses études: serveur au McDo, travailleur à la SNCF et à l’aéroport de Roissy. Le policier vit à Livry-Gargan, dans ce département illustratif du mal-être de la banlieue parisienne, le «9-3», autrement dit la Seine-Saint-Denis. A bientôt 41 ans, le brigadier Merabet vient de réaliser son rêve, devenir officier de police judiciaire après avoir réussi son concours. Mercredi 8 janvier, il accomplit son dernier jour de policier de rue au commissariat du XIe arrondissement de Paris en patrouillant à vélo boulevard Richard-Lenoir. Il entend des coups de feu. Se précipite vers l’immeuble où travaille la rédaction de Charlie Hebdo. Tente d’intercepter les frères Kouachi qui viennent de commettre leur carnage. Le brigadier Merabet est tout d’abord blessé par balle et s’effondre sur la chaussée. L’un des deux terroristes s’approche de lui pour, calmement, l’assassiner.

L’autre héros musulman est le jeune Malien Lassana Bathily, 24 LassanaBathily.jpgans, vendeur à l’hypermarché casher de Vincennes. C’est lui qui a permis à plusieurs clients de se cacher dans une chambre froide, après avoir éteint le système de réfrigération. Par la suite, il s’échappe par le monte-charge et donne aux policiers les renseignements nécessaires pour mener à bien leur assaut. Lassana Bathily est venu en France en 2007 et a vécu sans papier jusqu’à sa régularisation en 2011.

D’ores et déjà, un site d’extrême-droite remet en cause son rôle. Car les mouvements identitaires développent un récit national rigoureusement opposé; l’exemple d’un ex-sans-papier musulman qui sauve des vies juives est donc, dans cette optique, insupportable. C’est ainsi que le nationaliste Jean-Marie Le Pen, au lieu de se réjouir de la victoire de son pays en 1998, avait vilipendé l’équipe de France «Black-Blanc-Beur».

 

2. – «Je suis Charlie. Je suis flic»

 

Brinsolaro.jpgComment imaginer deux mondes plus antinomiques que celui de Charlie Hebdo et de la police? Les journalistes de l’hebdomadaire satirique n’ont pas la plume tendre envers les forces de l’ordre et ses dessinateurs taillent leur crayon de façon fort pointue pour les caricaturer. Pourtant, le brigadier Franck Brinsolaro est mort à 49 ans en tentant de protéger le directeur de Charlie Hebdo, Stéphane Charbonnier dit Charb, tombé lui aussi sous les balles des frères Kouachi.

Policier d’élite, le brigadier était chargé de la protection des personnalités ; il avait accompli plusieurs missions dangereuses en Bosnie, au Liban, en Afghanistan. Il fut blessé par balle en Afrique, il y a une dizaine d’années.

Une semaine sur deux, Franck Brinsolaro ne lâchait pas Charb d’une semelle.  Il l’accompagnait partout: à la rédaction, chez les amis du dessinateur-journaliste, au restaurant et jusqu’à la porte de son appartement. Les deux hommes partageaient souvent leur repas. Et entre le flic et celui qui croquait la police avec appétit, des liens d’estime se sont tissés. A l’un de ses amis, Franck Brinsolaro avait un jour déclaré: «A Charlie, c’est du grand n’importe quoi, mais du n’importe quoi génial!»

 Dans Sud-Ouest, son épouse Ingrid– rédactrice en chef de l’Eveil Normand – témoigne que de tous les hommes qu’il a protégés, c’est Charb qu’il trouvait le plus intelligent. Elle ajoute : «Même s’il n’était pas du tout politisé, Franck aimait l’actu, l’info. Notre métier lui parlait. Et il est mort pour la liberté de la presse.» Il était le père d’un garçon de 25 ans, né d’un premier mariage et d’une petite May, âgée d’un an.

 A Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet ainsi qu’à tous les policiers et gendarmes qui ont maîtrisé de façon remarquable les prises d’otage de la semaine dernière, les participants aux grandes marches républicaines de dimanche ont réservé des ovations. Le plus stupide slogan de Mai-68 – «CRS=SS» – n’a jamais paru aussi incongru.

 

3. ­­– «Je suis Charlie. Je suis juif»

 

Selon les premiers témoignages des rescapés de la prise d’otage de Vincennes, deux jeunes juifs ont très courageusement tenté de s’opposer au terroriste Amédy Coulibaly qui venait de prendre en otages les clients de l’hypermarché casher de Vincennes, vendredi.

YohanCohen.jpgYohan Cohen, 20 ans, vivait avec sa famille à Sarcelles, dans le Val d’Oise près de Paris, qui abrite l’une des plus importantes communautés juives d’Europe. Après avoir obtenu son bac avec mention bien, il travaillait depuis un an à l’hypermarché casher de Vincennes afin de payer ses futures études universitaires. Yohan était ami avec son collègue de travail, Lassana Bathily.

Selon le témoignage de l’un des otages, Yohan Cohen a tenté de s’emparer de l’une des armes de Coulibaly. Mais elle s’est enrayée. Le terroriste a alors abattu le jeune homme d’une balle à la tête. Le tueur avait déposé cette arme dans un coin car elle ne fonctionnait pas. Coulibaly portait, outre un gilet pare-balle, une kalachnikov, quatre pistolets et quinze bâtons d’explosifs.

D’après d’autres témoignages, Yoav Hattab a tenté d’arracher son YohavHattab.jpgarme à Coulibaly avant d’être abattu par le terroriste.  Agé de 21 ans, originaire de l’île de Djerba, il était le fils du grand rabbin de Tunis et a été élevé à La Goulette, une ville portuaire située près de la capitale tunisienne. Il est parti pour Paris afin de suivre des études de commerce international. Pour les payer, le jeune homme travaillait comme responsable d’une petite entreprise.

Yoav Hattab habitait à Vincennes. Il se rendait régulièrement à l’hypermarché casher. Vendredi, le magasin était fréquenté par une nombreuse clientèle venue faire ses emplettes avant le shabbat.

Yohan et Yoav, deux garçons pleins de vie et d’espoirs sont donc morts pour avoir résisté à un terroriste qui avait pris d’assaut un commerce parce que celui-ci était fréquenté par des Juifs.

Et c’est parce qu’ils étaient Juifs que deux autres personnes ont été assassinées lors de cette action terroriste : François-Michel Saada, un retraité de 64 ans, et Philippe Braham, un cadre commercial de 45 ans.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

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11/01/2015

"Je Suis Charlie": Un tsunami humain pour emporter les ennemis de la liberté

 

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Le Plouc sort de la grande marche républicaine en l'honneur de Charlie Hebdo et de la liberté d'expression. Voici son papier qui paraîtra dans la Tribune de Genève et 24 Heures 

  

Paris n’avait jamais vu ça! 1,5 million de femmes, d’hommes et d’enfants ont participé, hier après-midi, à la grande marche républicaine pour défendre la liberté d’expression. En province, les défilés sont de semblable ampleur. En tout, 3,7 millions de citoyens sont  descendus dans les rues de France. C’est la plus grande démonstration publique jamais recensée outre-Jura.

Ces manifestants ont aussi honoré la mémoire des dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo, ainsi que celle de toutes les victimes de la semaine sanglante que vient de vivre la capitale française. C’est la République qui s’est réveillée en ce dimanche au froid piquant et ensoleillé. Elle semblait, jusqu’alors, bien assoupie.

1,5 million, cela représente plus d’un Parisien sur deux  qui ont marché – ou plutôt piétiné – entre la place de la République et celle de la Nation. Mais ils sont tellement nombreux que toutes les autres rues et boulevards sont pris d’assaut allant jusqu’à envahir une autre grande place mythique, la Bastille. Certains ont mis près de trois heures pour parcourir cinquante mètres.

L’ambiance au cœur de ce cortège? Impressionnante de sérénité, de bonhommie, de ferveur aussi. Aucun cri de haine. Nul appel à la vengeance. Devant nous, un groupe de jeunes beurs et leurs copains noirs brandissent des drapeaux tricolores en criant «vive la France, vive la République». D’autres arborent des drapeaux israéliens pour saluer les victimes du supermarché casher de Vincennes. Tous ces groupes se saluent, se congratulent, chantent souvent La Marseillaise

2.MichelPinault.jpgPlusieurs manifestants ont bricolé leur pancarte. C’est le cas de l’historien Michel Pinault qui a reproduit la «une» de L’Humanité annonçant l’assassinat de Jean Jaurès en lui ajoutant le bandeau «Je suis Charlie»: «Certes, la situation de Jaurès à la veille de la première guerre mondiale n’est pas celle que nous vivons actuellement. Mais il y a tout de même des similitudes. Il ne faut pas que la passion nous domine. Je propose donc ainsi une piste de réflexion».

Nadia, n’a pas de pancarte mais elle ne cache pas ses sentiments ni sa 3.Nadia.jpgdétermination : «Je participe à cette marche, avant tout parce que je suis Française mais aussi parce que je suis musulmane. En tant que Française, je défends les belles valeurs de la République laïque qui sont les miennes. En tant que musulmane, je m’oppose à toutes les formes de barbarie et de fanatisme. Chacun est libre de ses croyances.» 

1.Catherine.jpgCatherine, elle, est partie de Bordeaux pour battre le pavé parisien. Sur son écharpe rouge, elle a agrafé le dessin de Plantu publié par Le Monde de vendredi (Marianne pleurant sur l’Elysée) : «Pourquoi je suis montée à Paris? Par solidarité devant ces lâches assassinats. Pour défendre la liberté
d’expression et l’esprit critique. Pour affirmer mon attachement aux valeurs démocratiques face au danger de la barbarie.»

  Samuel et Christine ont également fait un voyage assez long, puisqu’ils ont quitté dans la matinée le… canton de Berne! «Nous sommes restés Français, même si nous vivons en Suisse. Nous voulions absolument témoigner notre attachement à la République et défiler dans un esprit d’unité, par-delà les clivages politiques et religieux.»

Yane et sa femme viennent du Val de Marne voisin avec leurs huit enfants : «Il n’est jamais trop tôt pour leur apprendre notre devise – Liberté, Egalité, Fraternité – et la défendre!»

Un groupe important de Kurdes du PKK piétine place de la République vers le boulevard Voltaire, avec drapeaux, portraits de leur chef Öcalan et des banderoles «Je suis Charlie. Je suis Kurde». D’autres pancartes expliquent leur présence: elles reproduisent l’agrandissement d’un article de Charb ­– le directeur de Charlie Hebdo, assassiné mercredi – expliquant que face à l’Etat islamique, les Kurdes nous défendent tous.

Des crayons géants apparaissent ici ou là. Le Parisien Daniel est très fier de sa banderole. Il a dessiné une grande colombe de la paix qui proclame dans une bulle: «65 millions de Charlie et moi, et moi, et moi» pour parodier la chanson de Jacques Dutronc. Des petits personnage répètent la même chose dans différentes langues, arabe, hébreu, allemand, anglais et même en corse et en basque.


La foule passe devant un car de CRS en stationnement. Les agents qui y sont installés sont acclamés. Une grande première pour une manif! Il s’agit de rendre hommage aux policiers qui ont été tués dans l’exercice de leur mission et saluer le professionnalisme des forces de l’ordre lors de ces trois jours de barbarie. L’un des participants au cortège brandit sous le nez des CRS cette pancarte: «Je suis Charlie, je suis juif, je suis policier». 

Une hirondelle ne fait pas le printemps, même en hiver. Mais l’impression qui se dégage de ce cortège ­– qui restera inscrit dans l’Histoire – est qu’un déclic s’est produit lors de cette démonstration de volonté collective. Un déclic qui annonce, peut-être, un réveil des valeurs républicaines et laïques auxquelles les Français ont rappelé leur attachement de façon spectaculaire.

Jean-Noël Cuénod 

 PS: grand merci à Monsieur Bernard Peyréga qui a transformé mon cliché raté en photo réussie.

 

 

 

 

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10/01/2015

Après l’attentat contre Charlie Hebdo, la guerre ? Mais quelle guerre ?

 

 

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Pendant trois jours Paris a vécu en état de guerre avec deux prises d’otages simultanées. En tout, 17 morts et la situation maîtrisée par les forces de police françaises qui ont donné une leçon de professionnalisme au monde entier. Cet état de guerre se retrouve même dans les choses minuscules de la vie. Ainsi, au marché Blanqui dans le XIIIe arrondissement, ce boucher qui attend en vain son fournisseur, bloqué pas les barrages de police en Seine-et-Marne ; cette dame qui s’empresse de regagner son domicile «et s’ils avaient posé une bombe, là, hein?»

La sanglante journée laissera forcément des traces que même le temps n’effacera pas si facilement. Ce serait donc la guerre? Mais de quelle guerre parlons-nous?

 

La guerre civile que des chroniqueurs comme Zemmour semblent appeler de leurs vœux tant ils disent la redouter ? Alors, les terroristes auront gagné et la démocratie aura perdu. Car, le plan de ceux qui ont manipulé les frères Kouachi et Amedy Coulibaly est justement de parvenir à cet affrontement interne qui mettrait en péril la France et au-delà, toute l’Europe.

 

La guerre des civilisations, Islam contre Occident ? S’il nous affrontons l’islam comme un bloc uni et cohérent, alors nous risquons de tomber dans un conflit sans fin ; il y a tout de même 1,6 milliard de musulmans sur la planète!

 

Il y a bel et bien un état de guerre, ou plutôt plusieurs niveaux de guerre. Le premier est constitué par l’affrontement de plus en plus intense entre les chiites et les sunnites. Et les attentats de Paris en procèdent, certes indirectement. Ceux qui ont manipulé les frères Kouachi – les islamoterroristes d’Al Qaïda au Yémen – mènent chaque jour des opérations  contre les chiites. Les attentats contre Charlie Hebdo avaient sans doute aussi pour objectif de placer les sunnites comme seuls vrais gardiens de la pureté islamiste.

 

Le deuxième niveau est beaucoup moins évoqué. Il s’agit de la répression implacable que mènent les dirigeants politiques sunnites contre un grand nombre de tariqas soufies. Le soufisme fait partie intégrante de l’islam mais il représente une voie centrée sur l’ésotérisme et la mystique que les intégristes de l’Arabie Saoudite et des Emirats, mais aussi d’Al Qaïda et l’Etat islamique (Daech), considérent comme hérétiques et qu’ils pourchassent systématiquement. Ces «tariqa» échappent trop à leur contrôle et certaines sont suspectées de donner trop d’importance au prophète Issa – c’est-à-dire Jésus – ce qui les rangerait du côté occidental. Même si Issa, pour les soufis, n’est pas perçu de la même manière que les chrétiens.

Les soufis représentent tout de même 20% de l’ensemble des fidèles du culte musulman, selon Khaled Bentounes, qui dirige la «tariqa Alâwiyya» en Algérie qui a souffert de la répression du gouvernement algérien dès l’ère Boumedienne.

 

Il y a aussi un troisième niveau de conflit, celui qui oppose les démocrates arabes aux intégristes, incarnés par les Frères musulmans. Jusqu’à maintenant les démocrates en terre d’islam étaient mal organisés, faibles numériquement et désunis. Le succès impressionnant de l’élection présidentielle en Tunisie démontre que tel n’est plus forcément le cas.

Enfin, il y a les aspirations d’un nombre de plus en plus élevé de femmes musulmanes à ne plus subir le joug patriarcal. En Tunisie, elles ont tenu un rôle capital dans l’instauration de la démocratie. Au Maroc, elles sont nombreuses à prendre l’économie en mains. Et même en Arabie Saoudite, elles commencent à relever la tête en réclamant le droit de conduire leur voiture !

 

Il faudra donc jouer intelligemment de toutes ces contractions au sein de l’islam. Les Etats-Unis semblent enfin l’avoir compris en préparant la remise en selle de l’Iran chiite comme interlocuteur valable. De même, en Syrie, il faudra bien choisir entre la peste Etat Islamique et le choléra Bachar.

 

Les nations démocratiques doivent donc tenir compte de ces multiples niveaux qui font de l’islam, non pas un bloc, mais un puzzle. Et il est important que les opinions publiques occidentales ne poussent pas leur gouvernement à prendre des décisions islamophobes qui iraient à fin contraire de nos propres intérêts.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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08/01/2015

Terrorisme à Charlie Hebdo : le temps des amalgames

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Après le massacre à la rédaction de Charlie Hebdo, l’amalgame entre islam et terrorisme fait partie des craintes les plus couramment exprimées. A ce propos, voici l’interview par Le Plouc de Samir Amghar,  sociologue français, docteur de l’Ecole des hautes études de sciences sociales (EHESS) de Paris et chercheur à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il est l’auteur notamment de L’islam militant en Europe (Editions Infolio). Le Plouc diffuse en fin de blogue une vidéo de BFMTV avec un autre sociologue spécialiste de l’islam, Gilles Kepel.

 

- Après l’attentat contre Charlie Hebdo, de nombreuses voix s’élèvent pour combattre tout amalgame entre l’islam et le terrorisme. Cet amalgame, comment se forme-t-il ?

 

- Il y a en France et, plus généralement en Europe, un phénomène d’essentialisation des musulmans qui sont renvoyés systématiquement à leur pratique religieuse, en leur déniant leur qualité de citoyen. Ils deviennent la figure de l’altérité par excellence et sont requis de dénoncer publiquement chaque acte de barbarie qui se commet, non pas en tant que citoyens mais en tant que musulmans. Il y a en creux cette idée sous-jacente qu’au fond les musulmans approuvent ces actes, tout en faisant mine de les condamner en parole, qu’ils forment une cinquième colonne et qu’ils sont inintégrables aux sociétés européennes. C’est aussi inacceptable que si l’on demandait aux juifs, en tant que juifs, de se désolidariser d’Israël à chaque violence en Palestine. C’est comme citoyen de la cité, à l’égal de tous les autres, que le français de confession musulmane doit réagir. Et non pas comme appartenant à une religion.

 

- Ne craignez-vous pas  qu’à la suite du massacre à la rédaction de Charlie-Hebdo, cet amalgame va se développer ?

 

- C’est à craindre en effet. Car le traumatisme que vit maintenant la France est très profond. Cet acte terroriste – le plus important depuis un demi-siècle – a un impact encore plus important que celui provoqué par l’affaire Merah, dans la mesure où les victimes représentent la culture française dans ce qu’elle a de plus caractéristique.

 

- L’Arabie saoudite ne finance-t-elle en France des imams qui prônent un islam tellement rétrograde qu’il peut verser dans la violence terroriste ?

 

- S’il est vrai que l’Arabie saoudite soutient la diffusion d’un islam de type salafiste en France, il n’en demeure pas moins qu’il s’oppose au djihadisme. Le royaume a tout intérêt à empêcher la diffusion d’un terrorisme dont il serait l’une des premières victimes. Les Saoudiens ont même recommandé aux responsables religieux en Europe de collaborer avec la police pour éradiquer la radicalisation des jeunes musulmans.

 

- Comment surmonter cet amalgame entre l’islam et le terrorisme ?

 

- Il faut faire preuve de pédagogie de façon systématique afin de démontrer en quoi cette religion n’a rien à voir avec les dérives qui se réclament d’elle. Et surtout, considérer enfin les Français musulmans pour ce qu’ils sont, à savoir des citoyens qui doivent se prononcer en tant que tel et non pas comme pratiquant d’une religion.

 

- Comment expliquer que des jeunes de nationalité française, éduqués en France tombent dans le djihadisme ?

 

- Tout d’abord, il y a l’emploi par des propagandistes de versets du Coran prônant la guerre sainte. Ces versets sont sortis de leur contexte pour servir une idéologie de la violence. De même, la notion de Djihad est pervertie et même défigurée. En arabe, ce mot signifie «effort». Le Djihad majeur, c’est le combat contre ses passions intérieures, ses défauts. Et le Djihad mineur, c’est effectivement la guerre sainte mais uniquement lorsque les musulmans sont attaqués. Bien entendu, les idéologues n’insistent que sur l’aspect guerrier et ignorent le principal, à savoir le caractère spirituel de cette notion. 

 

- Toutefois cela ne suffit pas à expliquer ce phénomène…

 

- Bien sûr, je vois deux autres facteurs. Le premier est qu’un jeune qui est en désaccord avec une politique ne passe plus par la médiation des partis politiques. Jadis, le Parti communiste français et les syndicats de gauche portaient les doléances des jeunes, ce qui courcircuitait  le recours à la violence révolutionnaire. Aujourd’hui, cette médiation n’existe plus. Le jeune qui se trouve en opposition est donc tenté de passer directement à l’action violente. Le second facteur est le sentiment partagé par les musulmans de France d’être montrés du doigt. Cela conforte certains dans l’idée qu’ils ne seront jamais perçus comme des citoyens à part entière, d’où le développement des ressentiments à l’égard d’une société qui semble incapable de les considérer autrement qu’en tant que membre d’une communauté religieuse. Cette situation fait le lit de tous les extrémisme qu’il soit islamiste ou populiste.

 

Jean-Noël Cuénod


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07/01/2015

Après l'attentat contre "Charlie Hebdo": VIVE LA REPUBLIQUE!

 

IMG_1095.jpgAprès le massacre qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo à Paris, il y a deux attitudes. Soit, on continue à en appeler à la guerre civile, à semer la panique, à prôner la haine entre communautés façon Zemmour. Et alors les ratonnades antimusulmanes auront pour effet de grossir les rangs des fanatiques intégristes, ce qui provoquera d’autres actes de barbarie. Un mur s’installera entre Français. Nous accomplirons alors exactement tout ce que les terroristes veulent que nous fassions. Ils auront gagné.

 

Soit, les Français retrouvent l’esprit de la République qui n’accepte en aucun cas – et sous aucune forme – les divisions entre clans communautaires et identitaires. C’est maintenant qu’il faut tendre la main à tous les musulmans qui s’opposent au fanatisme et dont ils risquent fort d’être les nouvelles victimes.

C’est maintenant aussi qu’il convient de rejeter tous les irresponsables, tous les diseurs de mauvaises aventures, qui, pour alimenter leur fonds de commerce médiatique ou politique, n’ont de cesse de rejeter les Français musulmans et d’en faire des sous-citoyens.

 

S’il appartient au peuple de ne pas tomber dans les panneaux que leur tendent les fanatiques, il ressortit à l’Etat français de réinvestir tous les lieux qu’il a délaissés avec une coupable légèreté. C’est plus urgent que de satisfaire aux critères budgétaires de Madame Merkel.

 

La République, c’est avant tout un état d’esprit et une façon d’être qui privilégient systématiquement ce qui unit par rapport à ce qui divise.

 

C’est sans doute pour cela que la foule parisienne s’est massée ce soir place de la République (photo). Parmi les manifestants, de nombreux jeunes de toutes origines dont de nombreux musulmans, horrifiés par ce carnage. Ces jeunes ont le bon réflexe, celui de se réunir sans crier leur haine. Mais un soir de partage solidaire ne fait pas le printemps, même au cœur de l’hiver. Cet après-midi, mon vendeur de journaux de la Butte-aux-Cailles m’annonçait qu’il avait écoulé tous ses Charlie Hebdo. Mais auparavant, il n’en vendait plus un seul. C’est aussi cela défendre la liberté d’expression : ne pas laisser mourir les journaux qui la serve.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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06/01/2015

Après les "Genferei", les "Schwytzâneries": les lapins crétins politiques frappent au cœur de la Suisse !

 

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Tous aux abris! Les lapins crétins de la politique attaquent au cœur de la Suisse. Plus précisément à Einsiedeln, dans le canton de Schwytz.

Le professeur d’origine californienne Irving Dunn (79 ans) a passé près de la moitié de sa vie en Suisse pour y enseigner l’ingénierie chimique à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Auteur de nombreux ouvrages scientifiques, organisateur d’une filière de formation continue, il fait partie de ces scentitifiques qui ont fait le renom de notre pays dans le monde entier.

images.jpgDepuis 39 ans, il vit avec sa famille à Gross, dans le district d’Einsideln, au bord du lac de Sihl. Il fait partie du club de tennis du village et celui de voile. Se sentant bien implanté dans ce qui est devenu sa patrie, il a donc demandé sa naturalisation. Pour ce faire, le professeur a dû subir un examen oral humiliant où les lapins crétins locaux lui ont demandé le nom du village d’en face et de s’expliquer sur les méandres de la politique municipale. Verdict : NEIN ! Motif : le demandeur n’est pas assez intégré dans le village. Il n’y a d’ailleurs pas d’amis. Ce qui fait bien rire Herr Professor, lui qui joue chaque semaine au tennis et fait de la voile avec les habitants du lieu depuis des lustres.

Autre argument des lapins crétins: Irving Dunn voudrait se faire suisse pour échapper au fisc américains. Faux: il garderait sa nationalité américaine et resterait, de toute façon, à portée des autorités fiscales des Etats-Unis. Selon certains médias, le professeur contestera en justice le refus d’Einsiedeln. D’autres affirment que, dégoûté, il laissera tomber sa demande dans le lac de Sihl.

En Suisse, il y a presque autant de procédures de naturalisation images-1.jpgque de communes. Et il ne faudrait pas croire que les lapins crétins municipaux ne sévissent que dans nos cantons primitifs, voir hystériquement préhistoriques. Ainsi, le Plouc se rappelle – durant son stage à la Feuille d’Avis de Vevey, il y a, disons, quelques siècles –, ces membres de commissions de naturalisation qui passaient un doigt inquisiteur sur les rayonnages des candidats au passeport à croix blanche afin de voir si «Madame passait bien la poussière» ou qui compulsait le carnet scolaire des enfants, en guettant la moindre mauvaise note. Sans compter la recette de la fondue et, plus difficile, le nom des conseillers fédéraux que la plupart des Suisses de chez Suisse ignorent.

A Genève, ce n’est pas plus reluisant. Le Plouc a encore en mémoire, ce refus de naturaliser l’inamovible chef de la rubrique locale de la Tribune de Genève, René Vincent, Français né à Genève et qui connaissait la politique genevoise mieux que personne. Autre exemple, celui de cet Egyptien d’origine, vivant à Corsier (GE) depuis des années, marié à une Suissesse de la commune, sapeur-pompier dans la compagnie du village et que le Conseil municipal avait retoqué sous le prétexte qu’il avait donné un prénom musulman à ses enfants.

imgres-1.jpgCertes, l’attention doit être de rigueur en matière de naturalisation afin de ne pas donner le précieux passeport suisse à des terroristes et autres malfrats. Mais il faudrait que notre personnel politique parvienne enfin à établir la différence entre cette nécessaire précaution et la confondante bêtise provoquée par les petites querelles de village.

Nous avons nos Genferei mais l’autre côté de la Sarine n’est pas épargné par ses Schwytzâneries.


Jean-Noël Cuénod

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04/01/2015

La mort de deux bébés roms remue un paquet de boue

Il est des Noël monstrueux. Une fillette de trois mois est frappée par la mort subite du nourrisson. Malgré son transport en urgence à l’hôpital de Corbeil, dans l’Essonne près de Paris, les médecins ne pourront pas la sauver.

 

Lorsque l’entrepreneur de pompes funèbres demande à la mairie de Champlan (Essonne) l’autorisation d’inhumer le petit corps, il essuie un refus à son grand étonnement. Or, la famille a trouvé abri dans un camp sis sur le territoire de cette commune (photo). Au Parisien, le maire Christian Leclerc (divers droite) explique que la place dans le cimetière est mesurée. Il ajoute cet argument: «Les concessions sont accordées à un prix symbolique et l'entretien coûte cher, alors priorité est donnée à ceux qui paient leurs impôts locaux.»

 

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Si vous mourez à Champlan, n’oubliez pas de présenter votre certidicat de contribuable… Et puis, il vaut mieux ne pas être Rom, comme le bébé défunt. On ne les veut ni vivants ni morts. Même un petit cercueil est de trop (voir la vidéo) et peu importe que la famille soit installée en France depuis huit ans.

Une association d’aide aux familles roumaines et roms s’insurge. Alerté le docteur Richard Trinquier, maire UMP de Wissous, met à la disposition des parents endeuillés le cimetière de cette commune voisine de Champlan. Il avait suivi médicalement la mère du bébé.

 

Devant le tollé suscité par sa décision, le maire de Champlan prétend aujourd’hui que Le Parisien a mal transcrit ses propos, qu’il n’avait jamais refusé l’inhumation ou alors que son administration l’avait mal compris. Toutefois, le témoignage du journaliste mais aussi de l’entrepreneur des pompes funèbres contredisent cette explication qui est, d’ailleurs, exprimée fort tardivement.

 

Au Nouvel An, un autre bébé rom, une fillette de deux mois, décède à la Gare de Lille. En guise de message de condoléances, un certain Narquin, Jean-Yves de son prénom, maire de Villedieu-le-Château (centre de la France), frère de l’ex-ministre UMP Roselyne Bachelot, membre du Front national et délégué général du Rassemblement Bleu Marine, s’est fendu de ce tweet:

 

Un bébé rom meurt dans les bras de sa mère qui mendiait à Lille utiliser un bébé comme appât comprend des risques.

 

La mort est bien survenue alors que la mère mendiait à l’intérieur de la gare de Lille mais selon les premières constations médicales, le décès ne serait pas lié à cette situation. Il s’agit encore de ce mal foudroyant que l’on nomme «mort subite du nourrisson» qui peut frapper n’importe où.

 

Peu importe d’ailleurs ces explications. Il reste que la mort d’un bébé et le désespoir de sa mère font ricaner Monsieur le maire de Villedieu-le-Château. Il aurait pu se contenter de ricaner tout seul, confortablement installé dans son fauteuil, trônant au sein de son bel hôtel-de-ville bien chauffé. Mais non, le partisan de Madame Le Pen tient à faire part de son ricanement tout azimuth! Histoire de montrer à ses partisans qu’il en a, lui!

 

C’est le nouveau politiquement correct: cracher sur les pauvres, à la condition qu’ils ne soient pas électeurs. C’est du dernier chic ; ça vous pose dans les milieux lepénistes qui, demain peut-être, distribueront les prébendes élyséennes.

 

Des Narquin… Des Leclerc… Il en existe d’autres du même tonneau. En France, en Suisse ou ailleurs. Et ces gens-là, ils ont bien été élus par quelqu’un, non ?

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Essonne: un maire refuse d'enterrer un bébé rom... par BFMTV

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