18/10/2018

Macron: Jupiter-à-terre dans le brouillard du non-dit

 

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Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! Emmanuel Macron a beau s’agiter, arpenter, ahaner pour retrouver son chemin dans la purée de pois qui brouille son image depuis cet été, rien n’y fait. La baraka vous quitte plus vite que la scoumoune. Et voilà un président très Jupiter-à-terre. Ce n’est pas sa lugubre prestation télévisée de mardi qui va changer la donne.

Macron ne parvient pas à reprendre la main depuis qu’il a hérité du mistigri Benalla. Comment cette affaire a-t-elle pu perdurer dans sa nuisance pendant si longtemps ? En considérant froidement les faits – du moins tels que les médias les ont présentés –, il apparaît que l’affaire est grave en ce qu’elle démontre la confusion entre les fonctions, l’intensité du copinage et la persistance des passe-droits. Mais enfin, d’autres scandales d’intensité égale ou supérieure n’ont pas connu la même longévité. Ce ne sont donc pas les faits connus qui expliquent le phénomène Benalla mais les non-dits qui l’entourent. Et un non-dit, c’est encore plus pernicieux qu’une rumeur.

La rumeur, ce n’est pas un fait, mais elle se déguise en fait. Elle en a la couleur, l’odeur, la saveur. Ainsi, il est moins malaisé de la combattre. Il est possible de trouver un biais pour la dégonfler.

Avec le non-dit, c’est bien différent. La rumeur est un bruit qui court. Le non-dit est un silence qui couve. Qui couve des œufs fantasmatiques.

Les gens ne savent pas mais ils sentent. Ils sentent d’instinct qu’on – c’est-à-dire la sphère supérieure – leur cache quelque chose. Ils ne savent pas quoi ; ça les énerve. Ils sont face à un brouillard épais, insondable. En prenant pour point de départ une forme vague – une de ces formes dont le spectateur ne sait s’il s’agit d’un arbre, d’un mur, d’un pan de maison –, ils tentent de reconstituer un paysage. L’humain étant ainsi fait, le carburant de cette imagination est souvent offert par la sexualité. Plus le brouillard persiste, plus les paysages recréés sont baroques, endiablés, sulfureux. Sardanapale détrône Jupiter et c’est bacchanales permanentes à l’Elysée.

Les non-dits n’ont pas besoin de lien avec la réalité. Il suffit que l’ambiance générale qui entoure une affaire soit nimbée, à tort ou à raison, d’un silence chargé de soupçons pour qu’ils fassent leur œuvre. Les mensonges, les hésitations, les rétropédalages en catastrophe sont autant de jalons qu’utilise l’imagination populaire pour faire rendre gorge au non-dit et qu’enfin, il donne de la voix.

Le président Macron peut-il se sortir de cette mélasse ? On l’a vu précédemment, la rumeur se fatigue un jour ou l’autre, le non-dit, lui, est increvable. Comment dire le non-dit ? Allez savoir ! C’est pourquoi le mistigri Benalla risque fort de pourrir ce quinquennat jusqu’à la fin.

Jean-Noël Cuénod

 

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12/10/2018

Soulages, le grand feu noir

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Avec Pierre Soulages, le noir nous en fait voir de toutes les couleurs. A ne pas rater l’exposition intitulée « Une Rétrospective » que la Fondation Pierre-Gianadda à Martigny consacre jusqu’au 25 novembre 2018 au grand peintre de l’Outrenoir.

Soulages va à l’essentiel ou plutôt à l’essence du ciel. Il fait circuler la lumière dans les méandres de ce noir de telle manière qu’elle révèle toutes les couleurs qui dormaient en lui. Des couleurs qui s’échappent, reviennent, repartent, se réinstallent dans un autre lieu du tableau. Comme la lumière ambiante change constamment, même de façon peu perceptible, l’état du tableau se modifie. Ce n’est plus le même qu’il y a cinq minutes. Et c’est tout malgré tout le même. Avec l’art de Soulages, nous entrons dans le règne de l’oxymore.

Le noir en tant que couleur est dépassé pour atteindre, selon le mot que Soulages a forgé, l’ « Outrenoir », cette présence lumineuse qui surgit de la pâte nocturne. Il y a de l’abnégation du moine dans le travail de l’artiste qui travaille cette pâte nocturne pour lui faire rendre l’âme. Et c’est avec la discipline contemplative du moine qu’il faudrait entrer dans un tableau de Soulages. Rester de longues minutes devant une œuvre. Se laisser pénétrer par elle. Et l’essence du tableau apparaît progressivement comme jadis, un portrait photographié qui, petit à petit, se dessine dans le bain du révélateur.

Et c’est le feu qui surgit, illumine la pièce, embrase le regardeur. Le feu de l’Outrenoir qui ne s’éteint jamais. Il n’a jamais cessé de brûler. Soulages nous l’a donné à voir.

En 2009, Beaubourg avait réservé à Pierre Soulages une rétrospective gigantesque, impressionnante. Et peut-être un peu écrasante, même si Le Plouc en était resté ébloui. Avec « Une Rétrospective » – un article indéfini par signe de modestie ? – la Fondation Pierre-Gianadda a offert aux œuvres de Soulages, l’espace qui leur manquait à Beaubourg. Elles peuvent mieux y respirer, dialoguer entre elles, échanger leurs ondes secrètes, se mouvoir. Car un tableau de Soulages, c’est un être vivant.

Jean-Noël Cuénod

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08/10/2018

Aznavour et "inoubliable Genève"

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Les flâneries sur la Toile vous amènent à trouver ce que vous ne cherchiez pas mais que vous êtes bien content d’avoir déniché. En quêtant des renseignements sur Aznavour pendant l’hommage national célébré en sa mémoire aux Invalides, je suis tombé sur cette chanson « Inoubliable Genève ». Donneuse de leçon et enfriquée, détestée et adulée, vendue et louée. Inoubliable, en effet.

Les médias français ont déversé des flots de mots et d’images sur ce géant de la chanson à l’occasion de son décès. Mais leur exploit qui impressionne le plus un Plouc genevois exilé à Paris, c’est d’avoir occulté la présence en Suisse de Charles Aznavour. Ou alors, juste en passant très vite, l’air gêné, comme le signe d’une faiblesse fiscale du grand homme. Sur ses 94 ans de belle vie, il en a tout de même passé 46 à Genève, puis à Saint-Sulpice, entre ma ville et Lausanne !

Si Johnny Hallyday s’était établi à Gstaad, c’était de toute évidence pour bénéficier d’un statut fiscal avantageux. Il ne s’y est pas attardé. Rien de tel avec Charles Aznavour. Certes, il s’est établi à Corsier-Port [1]dans le canton de Genève lorsque les autorités fiscales françaises l’avaient poursuivi sous Giscard, avec un acharnement à la mesure de sa notoriété. Mais ces poursuites – crées surtout pour faire un exemple – se sont lamentablement soldées par un non-lieu, Aznavour étant trahi par son homme d’affaire. Et puis, Aznavour a fait sa vie et celle de ses enfants à Genève et plus récemment à Saint-Sulpice. Avec des éclipses plus ou moins longues, car le chanteur aimait bouger. Mais en revenant toujours vers l’aimant lémanique.

Cela ne signifie pas que l’artiste avait renié la France, tout au contraire. Il y avait aussi ses résidences dont l’ultime, à Mouriès. La France, il l’a aimée, l’a chantée, l’a célébrée. Mais il a aussi aimé Genève. Et l’a chantée avec, notamment, cette œuvre, « Inoubliable Genève », qui évoque de façon parfaite les sentiments ambigus que cette ville – qui s’est toujours voulu plus qu’une ville – suscite. Minuscule République… Elle avait mobilisé les délégations de l’Europe entière au Congrès de Vienne après l’effondrement du Premier Empire et faisait dire à Talleyrand : « Il y a cinq continents et puis, il y a Genève » ; elle avait aussi suscité cette réplique de Capo d’Istrias[2]à un diplomate excédé par le temps passé à discuter de « ce minuscule grain de sable » : « Monsieur, Genève est un grain de musc, mais il parfume l’Europe entière !»

Toutes ses flatteuses citations ont donné aux Genevois un tel melon que les autres Suisses et une bonne partie des Français (surtout du côté des Départements limitrophes) en sont fort irrités, voire plus. Alors que partout en Suisse, c’est la modestie qui prévaut, à Genève, elle n’a guère droit de cité. Insupportables, les Genevois. Les dirigeants de leur ancienne République ne se faisaient-ils pas appeler « Magnifiques Seigneurs et Très Puissants Syndics » ? Le melon, le melon, vous dis-je !

Genève, on l’aime comme Stendhal, on la déteste comme Dostoïevski, on l’aime et la déteste, alternativement, comme Lénine, on la raille et la respecte, cumulativement, comme Voltaire, on l’exècre et l’espère, cumulativement et alternativement, comme Rousseau.

Genève, c’est tout sauf l’image simplette et sotte qu’en donnent la plupart des médias français.

Alors écoutez celle de Charles Aznavour.

Jean-Noël Cuénod

 

[1]Lire la précédent blogue : « Aznavour, un voisinage ».

[2]membre de la délégation du tsar, futur citoyen d’honneur de Genève et Vaud et fondateur de la Grèce moderne

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02/10/2018

Aznavour, un voisinage

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C’était dans les années 1980 ou début 1990. Impossible d’articuler une date précise. Mais l’image reste précise. Sur la longue jetée en bois et béton du port lacustre de Corsier – Genève est à un coup d’aile de mouette – un homme est accoudé à la barrière et regarde vaguement l’eau avec son ballet de sardines et de vengerons. C’est le soir. Le soleil est en train de descendre tout doucement sa pente derrière le Jura, comme s’il éprouvait de la peine à se détacher de l’aimant lémanique.

Il a l’air triste, cet homme de taille menue d’apparence frêle presque fragile mais fait de ce bois sec qui ne meurt jamais. Je le connais un peu. C’est mon voisin, Charles Aznavour. Sa femme et la maman de mes deux fils s’organisent chaque jour pour conduire notre marmaille, en haut, à l’école du village.

 Bien sûr, je l’avais interviewé plusieurs fois. Mais mon domaine, c’était la justice. Les tours de plaidoiries pas les tours de chant. Alors, notre sujet, c’était le fisc français qui le poursuivait de son zèle à visée médiatique. Le chanteur m’avait sorti tous les papiers démontrant qu’il fut roulé par un homme d’affaire, celui-ci ayant gardé l’argent pour lui au lieu de le transférer au fisc. Cette affaire avait blessé profondément Charles Aznavour. Et après tout, il devait avoir raison puisqu’un non-lieu a été prononcé. Mais la cicatrice avait du mal à se refermer.

Ce soir-là, ce n’est plus le fisc français qui cause son trouble. Le dossier est clos depuis plusieurs années. Qu’est-ce que je fais ? Je le laisse tranquille ? Je vais le voir pour lui demander des nouvelles ? Bon, j’y vais.

Je lui demande si je le dérange dans sa méditation : « Pas du tout ». Pas le moral, semble-t-il. « Je viens d’apprendre que mon père est très malade ». Tout remonte. L’enfance ballotée des réfugiés. La jeunesse dans Paris occupé. Le restaurant du paternel et sa voix de baryton chantant des opérettes. Nous regardons les reflets que la nuit dépose sur le lac, toujours penchés sur une sorte de bastingage, comme si nous étions sur un navire immobile. Un navire qui vogue vers le passé d’Aznavour qu’il évoque à voix douce.

La bise nous rappelle à l’ordre. Le chanteur retourne vers sa maison : « Je dois encore bosser, ce soir ». De retour chez moi, je m’empresse de ne pas écrire un article sur cette rencontre.

Jean-Noël Cuénod

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28/09/2018

Faut-il pendre les blancs ?

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Le rappeur Nick Conrad n’était connu que par sa concierge et sa cour. Aujourd’hui, le voilà célèbre grâce à son clip à scandale intitulé « pendez les blancs ». Il a tout compris, Conrad. Pour percer dans le chaud-bise, il faut tout d’abord crever la croûte de fumier et faire le Zemmour en investissant dans le racisme bien gluant.

Petit rappel pour ceux qui viennent de débarquer de Proxima du Centaure. Le rappeur susmentionné – qui se présente en tant qu’ « artiste noir, Parisien fier et raffiné » – a commis un clip d’une petite dizaine de minutes où il met en scène le sort qu’il réserve à un blanc avec, entre autres gages de finesse, ces éloquentes paroles :  «Écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs de tout âge petits et grands. Fouettez-les fort faites-le franchement, que ça pue la mort que ça pisse le sang!» Nous parvenons à la fine pointe du sublime avec ce doux songe : « Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents ». Tel un chœur antique, les comparses du rappeur psalmodient : « Pendez-les tous ! Pendez-les blancs! »

Le clip – c’était son but – vérole les réseaux sociaux. Les médias installés le dénoncent, donnant ainsi un surcroît d’audience à la chose. Et puis, re-belote, les politiciens entament leur grand bal des faux-culs indignés, du ministre Collomb à Marine Le Pen, trop heureuse de condamner le racisme version noire.

Les sites concernés affirment que ce clip a été supprimé : pipeau à coulisse ! Le Plouc s’est contenté de gougueliser « pendez les blancs » pour retrouver en une seconde ce truc dans son intégralité.

Le ministre Collomb s’est empressé de saisir la justice. Le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « provocation publique à la commission d’un crime ou d’un délit». La police a aussitôt interrogé Nick-le-Raffiné, « en audition libre ». Donc sans menottes, ni cellule. Au grand regret du rappeur, sans doute.

Pour sa défense, Conrad invoque l’usage du second degré. Il n’a pas voulu inciter à la haine du blanc : « Dans mon clip qui n'est que de la fiction, j'ai voulu inverser les rôles de l'homme blanc et de l'homme noir et proposer une perception différente de l'esclavage », fait-il savoir dans la médiasphère.

Que son clip ne soit « que de la fiction », c’est encore heureux. Dans le cas contraire, ce n’est pas pour « provocation publique à la commission d’un crime ou d’un délit» qu’il serait poursuivi mais pour « assassinat »!

Ensuite, voyons un peu ce second degré qui est brandi façon bouclier.

Au marché de Brive-la-Gaillarde…

Il est vrai que Georges Brassens, dans sa chanson « hécatombe » n’y est pas allé de main morte contre les malheureux gendarmes, torturés par les mégères du marché de Brive-la-Gaillarde. Sa première diffusion remonte à 1952, encore à l’époque des 78 tours. En voici quelques extraits (voir aussi la vidéo sous ce texte ) :

 

En voyant ces braves pandores
Être à deux doigts de succomber
Moi, je bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées

(…)

Une autre fourre avec rudesse
Le crâne d'un de ses lourdauds
Entre ses gigantesques fesses
Qu'elle serre comme un étau.

(…)

Jugeant enfin que leurs victimes
Avaient eu leur content de gnons
Ces furies comme outrage ultime
En retournant à leurs oignons
Ces furies à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas
Leur auraient même coupé les choses
Par bonheur ils n'en avaient pas.

 

Pourtant, « Hécatombe » se situe à des années-lumière du rap de Conrad. Outre, que le racisme (la flicophobie n’est pas une expression raciste au sens strict du terme) y est absent, ce qui distingue clairement les deux textes, c’est l’humour. A écouter Brassens, on est mort, mais de rire. Soixante-six ans plus tard, sa chanson reste drôlissime. Alors qu’il serait vain de trouver la moindre trace d’humour dans « Pendez les blancs », même en cherchant bien, même en se forçant. Or, pour que le second degré fonctionne, il faut instiller au texte cette goutte d’humour qui permet de décoller le texte de sa signification immédiate. Si Nick-le-Raffiné avait vraiment voulu introduire le second degré dans son rap, ce qui reste à prouver, alors il a lamentablement échoué, faute de talent.

De même, les défenseurs du rappeur pourraient se prévaloir de cette célèbre formule rédigée par André Breton dans son « Second manifeste du surréalisme » :

L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule.

Certes, l’humour n’y apparaît pas dans toute son évidence. Néanmoins, en se reportant à l’époque – 1929 – où elle fut conçue, elle présentait cet écart qui sépare la signification immédiate du texte de son appréhension distanciée. Bien sûr, la Première Guerre mondiale avait provoqué son lot de massacres. Toutefois, à l’époque, il était difficilement concevable qu’un quidam surgisse au coin de la rue pour tirer au hasard.

Mais tout a changé. Sans doute André Breton n’aurait-il pas pu écrire sa phrase aujourd’hui. Désormais, les quidams n’hésitent pas à appliquer la formule surréaliste au pied de la lettre, sur des campus aux Etats-Unis, sur des terrasses de bistrot à Paris ou ailleurs. Dès lors, l’effet de distance n’existe plus. Cette absence d’écart rend difficile, voire impossible le second degré en un tel contexte.

« Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs », éructe Nick Conrad… Mais c’est exactement ce que Mohamed Merah a fait à l’école juive de Toulouse au matin du 19 mars 2012 ! Où est l’écart ? Où se trouve la distance ? Où se cache l’humour ? Dans quel recoin dénicher le moindre fragment de second degré ? Indéfendable, Nick-le-Raffiné !

Loin de briser les codes du racisme blanc, il les renforce en leur donnant une forme de légitimité : « Vous voyez, tout le monde est raciste, même eux. Alors pourquoi se gêner ? »

S’il n’y avait pas eu tout ce ramdam à propos du clip, Le Plouc n’aura même pas songé à l’évoquer. Le silence est la meilleure des armes pour faire taire les imbéciles.

 Mais voilà, le silence est rigoureusement incompatible avec notre société média-mercantile. Et les réactions qui miment l’indignation relèvent avant tout du marketing politico-médiatique : il s’agit de profiter du beuze pour faire propagande de sa came électorale. Quant à l’intrusion de la justice dans cette affaire, elle ne fera que nimber le rappeur raciste de la précieuse aura du « Bad Boy ».

C’est bon pour le bizness, ça, coco !

Jean–Noël Cuénod

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26/09/2018

Etre Suisse à Paris sous Schneider-Ammann

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Le bientôt ex-conseiller fédéral Schneider-Ammann jouant de son instrument favori, le pipeau traversier...

Johann Schneider-Ammann, ministre suisse de l’Economie, a démissionné. Comme scoupe, on fait mieux. Même en Suisse, la nouvelle n’a pas renversé les Alpes. Pour le Plouc, ce n’est pas pareil. Schneider-Ammann lui avait fait passer le plus sale quart d’heure de sa vie de correspondant à Paris. Il a tiré de cette expérience un chapitre de son bouquin « Quinquennat d’un Plouc chez les Bobos » paru chez Slatkine avec une préface d’Edwy Plenel. Voici ce texte qui a également été publié le 30 novembre 2010 sur le site de la « Tribune de Genève ».

Aimez-vous l’aviron? Oui ? Alors le journalisme fédéral est fait pour vous. Car dans cette discipline – en l’occurrence ce substantif ne manque pas de substance – il faut ramer. Et même souquer ferme. Le journaliste fédéral ne doit pas rechigner à se frotter à la rude école des galériens.

Depuis son arrivée à Paris, Le Plouc avait oublié ces servitudes. En France, les ministres savent lâcher à la meute journalistique un ou deux os qui vont vous faire un bouillon médiatique, rarement consistant mais toujours parfumé. Et leurs collègues genevois les imitent à la perfection. Franchie la Versoix, les politiciens helvétiques ne vous lancent rien pour satisfaire l’appétit des lecteurs. Sinon une langue en bois brut, même pas joliment chantournée. Pas de quoi en faire un plat.

Donc, lorsque l’ambassade de Suisse a téléphoné au Plouc pour lui annoncer l’arrivée à Paris  du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, il en est tombé de son bottacul : « Schneider qui ? Ammann quoi ? » Consternation au bout du fil.
 

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Pour les non-Suisses: voici un bottacul. Siège amovible et instable pour traire les vaches. Toute allusion à la vie politique serait malvenue.

Vite, un mensonge : « Monsieur Schneider euh Houlmann ? Non Ammann ! Oui voilà, Schneider-Ammann, mais voyons je ne connais que lui bien sûr ! C’est le … le conseiller fédéral chargé du Département de… euh, oui oui, c’est ça l'économie. »

Voilà qui commence bien. Le Plouc avait tout simplement oublié l’existence de ce conseiller fédéral. Quelle honte ! Quel mauvais Suisse ! Rattrapons notre retard grâce à Internet. Bof, on ne peut pas dire que le conseiller Schneider-Ammann déchire la Toile…

Le pire restait à venir. L’ambassade de Suisse annonce qu’après avoir rencontré la ministre française Christine Lagarde, ledit conseiller fédéral recevra la presse, dans l’annexe du ministère des Finances, sis 80 rue de Lille au cœur de l’ultrachic VIIème arrondissement qui a pour maire Rachida Dati.
Les journalistes suisses de Paris sont donc massés dans ce boudoir très Marie-Antoinette qui a dû en voir de belles. Et sous toutes les coutures. La porte s’ouvre. Christine Lagarde surgit en majesté avec son casque de cheveux immaculés et cuirassée par son tailleur argent (une ministre des Finances ne pouvait faire moins).

Suisse et France, pas le même tailleur

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«Mais où sont les éléments de langage?» La ministre s’adresse sotto voce à l’un de ses collaborateurs. Qui, le regard tendu à la recherche de ces «éléments de langage» égarés, prend un air un peu inquiet. Moins inquiet tout de même qu’un quinquagénaire lunetté à l’allure grise répondant ton sur ton à son costume et aux nuages qui plombent Paris. A l’évidence, il se demande ce que, Diable, il peut bien faire en cet antre qui sent la poussière aristocrate. Et même le soufre.

 Ce quinquagénaire marchant dans l’ombre de la ministre française de l’Economie et des Finances n’est autre que son confrère suisse, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann qui paraît bien pâle devant le bronzage éblouissant de la ministre française. Elle fait songer à la Déesse Athéna, sortie tout armée du crâne de Zeus. Lui, ressemble à un conseiller paroissial de la Reformierte Kirchgemeinde de Sumiswald. Le temps de débiter tout le bien qu’elle pense de ce cher conseiller fédéral et d’annoncer qu’elle viendra en Suisse, la ministre tourne ses talons aiguilles en laissant un sillage de Chanel numéro 5.

Nous voilà donc entre Suisses. Retour à grosses semelles vers le journalisme fédéral. Laborieusement, le conseiller Schneider-Ammann nous dit qu’il n’a, au fond, rien à nous dire. Les « éléments de langage » égarés par Christine Lagarde auraient pu lui servir. Hélas, il n’y a pas plus d’ "éléments" que de "langage" dans ce boudoir qui n'a jamais autant mérité son nom. 
La sueur commence à perler au front des journalistes. Et chacun de presser de questions ce malheureux Johann Schneider-Ammann. Comme une huitre, le conseiller fédéral se ferme. Il y a un semblant d’ouverture vers le G20. On s’y engouffre. Le Plouc a la curieuse idée de poser cette question stupide :

- La France serait-elle pour la Suisse une sorte de cheval de Troie pour entrer dans le G20 ?

Le conseiller fédéral lance un regard affolé vers Le Plouc et se tourne vers ses conseillers :

- Un quoi ? Mais ça veut dire quoi ça ?

On essaie en allemand. Sans plus de succès. Ses conseillers marmonnent. Il comprend encore moins. Une vague lueur s’allume. Et répond sur un ton réprobateur:

-  Non, non nous n’agirons jamais comme ça avec la France.

Soulagé, le conseiller fédéral a terminé sa corvée et s’esquive, laissant les journalistes à leur perplexité.

Si le cheval de Troie a bien servi aux Grecs pour emporter la place, il n’a été d’aucune utilité au Plouc dans sa chasse à courre aux « éléments de langage ».

Jean-Noël Cuénod

"Quinquennat d'un Plouc chez les Bobos", Editions Slatkine, pages 205 à 207.

16:20 Publié dans Politique française, Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : suisse, france, schneider-ammann | |  Facebook | | |

25/09/2018

Quand la justice déménage…

La justice a une odeur. Remugles de vieux papiers et d’anciennes sueurs de corps fatigués, parfums de cire sur les huisseries, senteurs ecclésiales des pierres taillées. La justice a aussi un toucher. Moire des robes magistrales, tissus rêches des toges d’avocat, bois poisseux des tribunes de la presse, crasse des cellules. Il en faut du talent pour évoquer ces deux sens interdits au cinéma.

Ce talent, la cinéaste Yamina Zoutat l’a illustré à la faveur de son dernier film documentaire « Retour au Palais ». De nationalité suisse et travaillant à Paris, elle a longtemps œuvré à TF1 en tant que chroniqueuse judiciaire.

 Avant que la plus grande partie du Palais de Justice de Paris déménage aux Batignolles, Yamina Zoutat est revenue sur ces lieux que hantent les traces de mémoires laissées par Marie-Antoinette, Landru, Zola, Pétain, Petiot. Dès que vous pénétrez dans cet antre de toutes les angoisses et de toutes les vanités, vous en ressentez la présence comme si les murs avaient absorbé l’encre de leurs ombres comme un papier buvard immense et usé.

Plutôt que d’invoquer ces fantômes célèbres, la cinéaste a pris le parti de donner chair aux oubliés des paparazzi. Par exemple, les bonnes soeurs qui donnent un peu d’humanité aux sordides cellules du dépôt côté femmes, ces immondes « souricières » dans lesquels les prévenus, faits comme des rats, attendent le verdict dans une angoisse à la mesure de leur inconfort. Ou alors, les éducateurs de la justice pour mineurs qui doivent réaliser des miracles à mains nues tant leurs moyens semblent dérisoires ; les techniciens chargés de veiller au bon fonctionnement des intestins de cette vieille géante. Et enfin, ces magistrats qui se posent des questions sous la chaleur de leur hermine.

Comme elle l’avait accompli dans son premier film documentaire sur les mères et femmes de détenus, « Les Lessiveuses », Yamina Zoutat opère par petites touches, en partant du détail d’apparence dérisoire et en suivant ce rythme lent qui, à aucun moment ennuie mais au contraire, fait oublier le temps par son pouvoir hypnotique, un peu comme dans un film de Kurosawa. La tortue est plus rapide que le lièvre, c’est bien connu.

La lenteur. Restons-y. Elle est le propre de la justice. Cette lenteur dont chacun se plaint dans les Etranges Lucarneset autres Boites à Babil[1]est consubstantiel à l’art de juger. On peut déclencher une guerre avec une rafale de tweets. Mais on ne juge pas une femme, un homme en appuyant sur la touche « envoi ». La lenteur est une vertu. Ce n’est pas la moindre leçon de ce « Retour au Palais ».

Jean-Noël Cuénod

 PRATIQUO-PRATIQUE

« Retour au Palais » sera projeté à Paris, Lyon, Marseille et le film sort en Suisse fin octobre. Avant-première le 26 octobre à Genève, au cinémaLe Spoutnik,avec l’ancien procureur général et juge fédéral Bernard Bertossa en compagnie de Me Nicolas Gurtner qui préside le Jeune Barreau genevois. A la fin de ce mois, ce film sera disponible en DVD.

[1]Référence et révérence au grand André Ribaud, alias Roger Fressoz, feu patron du « Canard Enchaîné » et inoubliable chroniqueur de « la Cour » au temps du Général de Gaulle et de Georges Pompidou.

ESPACE VIDEO

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18/09/2018

Moustache Academy, un spectacle au poil

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Le Plouc voue une tendresse particulière à Moustache Academy, ces trois zigotos qui rendent intelligentes les bêtises. Aussi, il leur passera le titre effroyablement franglais de leur spectacle « Back to School » que le trio présente au Théâtre des Deux Ânes (ce qui en fait donc cinq, diront les méchantes langues) mercredi 26 septembre à 15h. (Photo @StellaK).

Mathurin Meslay, Astien Bosche, Ed Wood et leur metteure en scène Julie Chaize participe à cette occasion à la première édition du Festival Désobéissant. Il y a tellement de Festivals obéissants – ne serait-ce qu’aux mécènes, aux notables ou à l’air du temps – qu’il en manquait un pour tirer la langue à cet esprit de sérieux qui rend la toile des réseaux sociaux tellement poisseuse.

On connaît la trame de ce spectacle mais on se fait un plaisir de la redessiner. Les trois « Moustaches » retombent en enfance et réaniment la vie des préaux faite de joies étincelantes, de peines éphémères, de désespoirs profonds, d’amitiés passionnées. Car on en fait porter des choses, aux petits… Entre les agendas de ministres à neuf ans (à 16 h. la danse, à 17h. l’escrime, à 18h. la chorale…), les divorces qui font mal, la pression des notes scolaires, l’interro du lendemain et les condisciples, enfer et paradis en même temps ! C’est tout cet univers que Moustache Academy évoque. C’est gai, joyeux, ça bouge, ça danse, ça chante, ça déménage. Mais pas que…

A voir et à revoir donc.

Jean-Noël Cuénod

Prochains spectacles pour la fin 2018 :

  • mercredi 26 septembre, 15h. au Théâtre des Deux Ânes, 100 boulevard de Clichy – 75018 Paris (Billetterie : 00 33 1 46 06 10 26 – 2anesresa@gmail.com);
  • mercredi 31 octobre, Salle Jean-Gabin à Royan ;
  • mardi 20 novembre, à Villiers-Lès-Nancy ;
  • Jeudi 29 et vendredi 30 novembre, au Théâtre de La Celle-Saint-Cloud ;

VIDEO A MOUSTACHES

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17/09/2018

Poésie à lire et à ouïr : PROCESSUS

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Cette sculpture en bronze de Philippe Pasqua, intitulée Face Off, est installée dans le superbe parc de Chamarande en Essonne. (Photo JNC)

A LIR

Frais pondu, un poème à lire et à ouïr comme cela vous chante.

 

Croque-mort et pain de vie

 

Le blé enterre le soleil

Deuil et noce en un seul souffle

Si tu rêves de ciel

Enfonce-toi dans la glèbe

Pénètre-la en son cœur

Dans une étreinte de flamme

 

Tu rencontreras le monstre

Et tu te reconnaîtras

L’âme-or passe par le sol

Pour tirer le feu des pierres

Le monstre alors sera l’ange

Et la racine du blé

Qui bande vers le ciel

 

Croque-mort et pain de vie

Jean-Noël Cuénod

ET A OUÏR


podcast

 

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13/09/2018

Algérie-France… Que de crimes en vos noms !

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Le président «reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile». Crimes commis par quelques-uns mais rendus possibles, selon Emmanuel Macron, «par un système légalement institué». D’autres horreurs ensanglantent la mémoire de la France et de l’Algérie. La vérité est un cap lointain.

Le 11 juin 1957, Maurice Audin est arrêté à son domicile d’Alger par des militaires français qui disposent de tous les pouvoirs depuis l’instauration de la loi martiale le 8 juin de la même année. Le général Massu est le vrai patron de la ville encore française.

 La jeune épouse de Maurice, Josette, ne reverra plus son mari. Le corps du jeune homme n’a jamais été retrouvé. Son décès est déclaré par les tribunaux algérois et de la Seine en 1963 et 1966. Membre du Parti communiste algérien alors interdit, Maurice Audin est, à 25 ans, un mathématicien déjà reconnu et qui s’apprête à défendre sa thèse de doctorat. Il fait partie de la minorité de «Pieds Noirs» qui soutient les Algériens du Front de Libération Nationale dans la guerre d’indépendance. Sous la responsabilité du général Massu, la bataille d’Alger fait rage depuis six mois. La torture et les assassinats plus ou moins ciblés répondent aux attentats à la bombe perpétrés par les combattants du FLN. Comme communiste, Français proche des indépendantistes, Maurice Audin ne tarde pas à attirer l’attention des officiers.

Pendant des décennies, l’armée et les autorités politiques alignèrent les mensonges quant à la disparition du jeune mathématicien. Diverses théories ont circulé jusqu’au 8 janvier 2014 où le journaliste Jean-Charles Deniau – auteur de « La vérité sur la mort de Maurice Audin » (Editions Equateurs-Documents) – diffuse dans l’émission télévisée «Grand Soir 3» son interview du général Paul Aussaresses qu’il a enregistrée juste avant la mort de l’ancien bras droit de Massu, décès intervenu le 3 décembre 2013. Aussaresses s’y accuse d’avoir donné l’ordre de tuer Maurice Audin, au couteau, pour faire croire que l’assassinat était le fait «des Arabes» (voir et écouter l'extrait du "Grand Soir 3" en fin de texte).

C’est à ce jour l’explication la plus plausible de la mort du jeune communiste. La femme du général Aussaresses avait convaincu celui-ci de se libérer de son passé avant de mourir, en acceptant de dire tout ce qu’il savait à Jean-Charles Deniau. Compte tenu de ces circonstances, la sincérité des propos de l’officier paraît fort probable. Néanmoins, n’a-t-il pas évacué la responsabilité du général Massu, son patron direct, et celle de ses subordonnés qui auraient pu se soustraire à leur destin de tueurs tortionnaires comme le fit le général Pâris de Bollardière ? D’ailleurs au journal Le Monde, la veuve de Maurice Audin a souligné que son combat mémoriel est loin d’être terminé : «Comment mon mari a-t-il été tué ? Quels sont les noms de ses tortionnaires ? Qu’a-t-on fait de son corps ? Nous ne le savons toujours pas. Il faudrait que des gens parlent enfin». Aussaresses a dit beaucoup mais pas tout.

Maintenant, la vérité semble un peu plus à portée de main; Emmanuel Macron a annoncé l’ouverture à la libre consultation de tous les fonds d’archives de l’Etat concernant «tous les disparus de la guerre d'Algérie, Français et Algériens, civils et militaires».

Et la mémoire algérienne ?

Petit à petit, la France lève les coins du voile qui recouvrait les abominations commises en son nom par une armée qu’un pouvoir politique volontairement aveugle avait laissé à elle-même. Longtemps occultés, les massacres de masse à Sétif et à Guelma en 1945 et la répression sanglante par le préfet de police Papon de la manif pro-algérienne du 17 octobre 1961 à Paris ont été, non sans peine, mis au jour.

Mais il reste tant d’autres événements à découvrir qui ont rendu cette guerre d’Algérie encore plus sale que d’autres. Tortures et assassinats perpétrés en Algérie et France métropolitaine, mais aussi à l’étranger, à Genève et en Allemagne, n’ont finalement pas empêché la France d’abandonner l’Algérie dans les pires conditions. Tant de sang pour un tel fiasco.

Tout de même, la France est en train de faire son boulot de mémoire. C’est encore loin d’être le cas en Algérie.

Car les horreurs ne sont pas le seul fait des Français. Les combattants du FLN n’en furent pas avares. Le fait d’être du bon côté, celui du colonisé contre le colonisateur, ne saurait tout excuser. En premier lieu, l’Algérie ferait bien de se pencher sur les assassinats commis par le FLN contre ses «frères» du MNA (Mouvement National Algérien) entre 1956 et 1962, sur le massacre que son bras armé a perpétré le 5 juillet 1962 contre environ 700 Européens désarmés, sans oublier les attentats aveugles ou les assassinats ciblés, notamment contre des Juifs pour les obliger à quitter leur terre ancestrale.

Si les non-dits de la guerre ont longtemps miné la France, ceux du FLN continuent à pourrir l’Algérie. «Un pays qui oublie son passé est condamné à la revivre», disait Churchill. Les années de plomb que l’Algérie a connues durant la décennie 1990 ainsi que la persistance du djihadisme illustrent de façon éclatante la véracité de cette formule.

Jean-Noël Cuénod

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10/09/2018

Nostalgie… Mon pote le Gitan s’est taillé

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Les Gitans ne font plus rêver. Les lendemains ne chantent plus. Ils déchantent à tue-tête. De nos jours, qui siffle encore des chansons dans les rues ? Peut-être quelques vieux dont le grand âge n’as pas encore gercé les lèvres. Il faut faire avec nos paradis perdus. Ou plutôt, il faut vivre sans. Mais pas sans rêve. Impossible de vivre sans.

« Mon pote le Gitan » s’est taillé. Ne reviendra plus. Sa roulotte a brûlé quelque part avec ses affaires, selon la tradition mortuaire des nomades. D’ailleurs, il n’y a plus de Gitans, ni de Tsiganes. Gitans, Tsiganes… Mots qui vous tiraient par la manche pour vivre sur les routes, de rien, de pas grand’chose, de pommes volées à un paysan à la fourche furieuse, de l’air du temps. Gitanes, tsiganes… mots qui vous faisaient valser au rythme des longues jupes multicolores qui laissaient apparaître, en un mélodieux mouvement d’éclair, une cheville superbe et fangeuse.

Non, il n’y pas plus de Gitans, plus de Tsiganes mais des Roms. Pensez donc, des Roms, aucun gadjé n’aurait l’idée de les mettre en songe ou en chanson. On les méprise, les Roms. On ne leur trouve aucun charme, aux Roms. C’est simple, on ne les voit plus. Invisibles silhouettes qui tendent une main dans le vide. Gitane… on en faisait même des marques de cigarette et de vélo. Tiens, celui de Jacques Anquetil, par exemple, le coureur à la socquette légère et au maillot solaire. Imagineriez-vous une moto ou une vaporette appelée «Rom» ou «Romette» ? 

Nostalgie sans issue

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Jadis, les lendemains chantaient sur les murs, sur les manchettes de l’Huma.Belles chansons emportées dans les égouts du Goulag. Remarquez, on se doutait bien que tout n’était pas blanc-bleu dans la rouge patrie du socialisme. Mais on chassait fissa ces déplaisantes bouffées qui vous piquaient les yeux. On préférait se réfugier dans une Union soviétique reconstruite par nos soins, village Potemkine à Aubervilliers ou Ivry. Quand la vie était injuste, quand le patron vous en faisant voir de toutes les couleurs, quand les flics cognaient fort, ça faisait chaud de se calfeutrer dans ce Moscou inventé. Ça nous redonnait du cœur au ventre. Prêts à repartir pour la lutte avec les copains, enchantés que nous fûmes par nos lendemains. Maintenant pour quoi, pour qui lutter ? La Révolution ? On a déjà donné, merci.

Nous voilà donc orphelins de nos rêves. La tête embuée de jeux crétins pour smartphone surmené, mélangeant le faux et le vrai, « prenant des chiens pour des loups »[1], perdant chaque jour un peu plus de notre substance humaine.

Si les rêves nous ont guidés vers les pires folies guerrières, ils nous ont aussi porté au sommet de la création. Ils nous ont induits au pire. Et au meilleur. Mais sans rêve l’humain ne l’est plus, humain. Il se mue en zombie et abdique en faveur du dieu Algorithme qui lui façonne un monde à sa mesure, sans rêve, avec confort. Jusqu’à ce que, devenu une bouche inutile, le zombie se dilue dans son néant.

Il faut sauver les rêves, s’en bâtir de nouveaux. En prenant conscience, afin de ne plus en être la dupe, qu’ils ne sont que des espaces virtuels où la pensée peut y recevoir de nouvelles inspirations pour rendre vivable la vie. Des rêves pour partir à la recherche de la vérité. En sachant surtout que l’on peut s’en approcher mais sans jamais la détenir. Ceux qui s’en disent les propriétaires nous conduisent vers l’envers du rêve, le cauchemar. On connaît l’histoire.

 L’humain ne vit que par le récit qu’il se fait de la vie. Même la science est un récit. Plus élaboré que d’autres. Mais un récit tout de même, changeant comme les autres. Et le rêve est le système sanguin du récit. Sans rêve point de récit.

Mon pote le Gitan est mort depuis longtemps. Les lendemains ont regagné leur passé. A l’humain de s’efforcer, au risque de s’anéantir dans le dérisoire, d’être le maître de ses rêves.

Jean-Noël Cuénod

[1] Formule inversée du poème d’Aragon « Est-ce ainsi que les hommes vivent » :

(Extraits) C'était un temps déraisonnable

On avait mis les morts à table

On faisait des châteaux de sable

On prenait les loups pour des chiens

Tout changeait de pôle et d'épaule

VIDEO "Mon Pote le Gitan" chanté par Yves MontandNOSTALGIE EN VIDEO "Mon Pote le Gitan" chanté par Yves Montand (paroles de Jacques Verrières sur une musique de Marc Heyral)

 

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07/09/2018

Le Japon secret désormais à portée de langue

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Pour la première fois, le monument de l’ésotérisme japonais est disponible en français. LE SHINGON–MIKKYO traite de façon complète l’histoire, les doctrines, les pratiques de l’école Shingon et de son enseignement secret, Mikkyo. Il vient de paraître aux Editions Slatkine dans la collection Les Architectes de la Sagesse.

L’ésotérisme du bouddhisme japonais est un inestimable trésor de la pensée universelle par la profondeur de sa sagesse, la précision de ses rituels, les subtilités de son argumentation. Et par sa haute dimension spirituelle, il dépasse largement l’aire culturelle du Japon, ainsi que celle des différentes écoles du bouddhisme en général, pour atteindre tous les esprits.

Cette forme d’ésotérisme a donc pour ouvrage-clé LE SHINGON-MIKKYO. La particularité de la discipline qu’il enseigne est de permettre à l’adepte de retrouver le germe d’éternité qui est en lui à l’état latent, non pas au bout d’une longue série de réincarnations mais dans cette vie-même, grâce à la méditation sur la doctrine et aux exercices pratiques qu’elle suggère.

Jusque dans les années 1970, cet enseignement n’était transmis qu’oralement de maître à élève. Grâce au professeur et moine Shingon Taiko Yamasaki, il a fait l’objet de publications sous forme écrite en 1974 et 1981, tout d’abord en japonais puis en anglais. Mais il n’était pas accessible dans d’autres langues, du moins jusqu’à aujourd’hui. Les lecteurs des pays francophones pourront désormais prendre connaissance de cet ouvrage fondamental

LE SHINGON-MIKKYO a été traduit de l’anglais par Charles Stampfli qui l’a également adapté pour se conformer aux exigences de la langue française et aux spécificités du lectorat francophone qui connaît peu l’ésotérisme japonais. Depuis de longues années, Charles Stampfli n’a cessé d’approfondir ses connaissances dans ce domaine, lui permettant ainsi de mener à bien son travail non seulement de traduction, mais aussi d’adaptation sans trahir la source en aucune façon. Initiateur du Kyudo[1]en Suisse dès 1973, Charles Stampfli a construit avec l’aide de son groupe le superbe Kyu-dojo, Mei-Kyu-Kan (lumineux-arc-bâtiment public) situé à Plan-les-Ouates, près de Genève.

A lire donc, et à méditer.

Jean-Noël Cuénod

Directeur de la collection Les Architectes de la Sagesse.  Editions Slatkine.

 LE SHINGON-MIKKYO est disponible en librairie ou sur le site des Editions Slatkine avec ce lien

https://www.slatkine.com/fr/slatkine-reprints-erudition/7...

[1]Art martial dédié au tir à l’arc mais qui vise aussi une autre cible : le dépouillement intérieur.

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28/08/2018

La salutaire vacance de Monsieur Hulot

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Devinette macronienne : qu’est-ce qui ressemble le plus à un vieux monde ? Réponse : un nouveau monde. A preuve, la démission de Nicolas Hulot. Comme d’habitude, le président en exercice perd la main après un an de pouvoir. Comme d’habitude, l’écologie gouvernementale en France n’a d’autre utilité que celle d’un dieffenbachia, cette plante d’ornement au feuillage vert pâle.

Un truc joli, l’écologie, mais dont les gouvernants français – et eux tout particulièrement –  se lassent vite comme ces posters représentant de superbes paysages. Au bout d’un moment, on ne peut plus les voir en peinture, les posters. Alors, on les balance à la poubelle. Comme le disait l’alors président Sarkozy, encore essoufflé par ses efforts déployés lors du Grenelle de l’environnement, « l’écologie, ça commence à bien faire ».

Aucun président français n’a mené une politique cohérente dans ce domaine qui, à l’évidence, surplombe tous les autres. Le président Chirac avait fait un très beau discours à ce propos : « La maison brûle et nous regardons ailleurs ». Après cet énergique coup de menton, Jacques Chirac a jugé qu’il en avait fait assez pour la cause environnementale et s’est empressé de regarder à nouveau ailleurs.

Hulot sous le charme du pipeautier virtuose

Quant à Emmanuel Macron, la sauvegarde de la planète lui est tellement indifférente qu’elle est devenue l’Arlésienne de sa campagne présidentielle. Conscient de cette lacune qui pouvait faire mauvaise effet sur le plan médiatique, le nouveau président a réussi à engager dans son équipe, le seul écologiste à être populaire grâce à la télécratie, Nicolas Hulot. La plante d’ornement était posée bien en évidence sur le devant de la scène.

 Après ses déboires sur le plan politicien avec Les Verts, Hulot en avait sagement conclu que son action serait plus efficace en promouvant l’écologie dans l’espace médiatique plutôt que de s’embourber dans les marais électoralistes. Emmanuel Macron a donc dû user de tout son charme de virtuose du pipeau pour le convaincre d’entrer au sein de son gouvernement. Avec à la clé un de ces titres ronflants qui impressionnent le gogo hexagonal :  Ministre d’Etat – roulez tambour !  – Ministre à la transition écologique – sonnez clairons ! – et solidaire – fermez le ban ! Histoire de montrer combien le président Macron juge importante cette transition écologique.

Mais le dieffenbachia de l’espèce hulotia ne manque pas d’épines et une belle ligne sur la carte de visite ne suffit pas. Emmanuel Macron l’a su d’emblée en accordant à son Ministre d’Etat une attention soutenue. Tout en lui imposant deux secrétaires d’Etat garde-fous, – Sébastien Lecornu, qui vient de la droite LR, et Brune Poirson, jeune pousse très En Marche –, qui doivent tout au président, rien à leur ministre même d’Etat et dont l’ambition lupine n’est un secret pour personne.

Ce fut ensuite les arbitrages gouvernementaux souvent perdus par Nicolas Hulot, dont celui concernant le glyphosate. Devant l’impératif des intérêts financiers à court terme, la sauvegarde de la santé des travailleurs agricoles et des consommateurs n’a pas pesé bien lourd. Et l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, abandon voulu par Hulot, n’a pas suffi à faire oublier cette cuisante défaite. On n’éteint pas la « maison qui brûle » avec des pompiers cheminant à « petits pas écologistes ».

Par conséquent, la présence, hier, de Thierry Coste, lobbyiste en chef de la chasse et des armes, à la conférence entre Macron et les chasseurs n’a été que la goutte de vinaigre qui a fait déborder le vase du dieffenbachia hulotia. En fait, dès son entrée au gouvernement, la question à poser n’était pas « Hulot va-t-il démissionner ? » mais « quand Hulot claquera-t-il la porte ? »

Hulot plus fort que Macron au petit jeu de la com’

Nicolas Hulot aurait pu peser plus lourd politiquement s’il avait pu s’appuyer sur un groupe parlementaire. Il aurait eu l’occasion de le créer mais n’a pas tenté l’expérience, faute d’avoir cette fibre politicienne sans laquelle il est impossible de faire de vieux os dans ce panier de crabes. Dès lors, isolé, asphyxié sous les caresses d’Emmanuel Macron, Nicolas Hulot ne disposait pour se défendre que de son fusil à un coup : la démission. Aujourd’hui, l’ex-ministre d’Etat affirme qu’il a pris sa décision comme ça, au débotté, lors d’une émission en direct sur France-Inter.

En fait, la menace de la démission est d’un usage délicat. En partant trop tôt, vous passez pour un irresponsable ; en partant trop tard, vous perdez votre aura. Hulot est donc parti pile au bon moment. Il peut présenter un bilan honorable tout en prenant les gants de celui qui ne transige pas avec l’essentiel. Tout le monde attendait sa démission mais l’apparente spontanéité de son annonce a pris tout le monde par surprise. Au petit jeu de la communication, Emmanuel Macron aurait-il trouvé son maître ?

En tout cas, cette démission intervient au pire moment pour le président. Affaibli par les affaires Benalla et Kohler, les mauvais chiffres de la croissance, les annonces d’austérité du premier ministre Edouard Philippe, Macron semble avoir perdu la main et subir cette fatalité qui accable nombre de présidents français après un an de pouvoir.

Les bienfaits de la démission

Mais l’essentiel n’est pas là. Cette démission a l’immense mérite de démontrer de façon éclatante l’incapacité foncière de la caste politicienne française, Verts y compris, à envisager sérieusement l’écologie. L’économie, la sécurité sociale, les institutions démocratiques telles que nous les connaissons maintenant ne survivrons pas à la série de cataclysmes qu’annoncent le réchauffement climatique et la destruction croissante de l’environnement. Chacun le sait et le clame. Mais la caste politicienne n’a pas la carrure suffisante pour imposer les conséquences de ce constat sur les puissants groupes de pression du capitalisme financier qui tient dans ses mains l’industrie agro-alimentaire et chimique.

Toutefois, les politiciens ne sont pas les seuls responsables de cette lamentable impotence. Le peuple y a sa part. Elle n’est pas mince. Contrairement aux citoyens des pays de culture protestante, les Français, pour la plupart, n’ont que peu de goût pour l’écologie, comme leur culte de la bagnole le démontre. La sauvegarde de l’environnement ne surgit en tête de leurs préoccupations que lors de catastrophes majeures, telles celles de Tchernobyl et Fukushima. Mais après quelques semaines, l’intérêt se dégonfle. Le quotidien à court terme reprend vite le dessus. Dès lors, le sujet fait bailler les électeurs et les politiciens ne voient aucun intérêt électoral à prendre le risque de déplaire aux financiers de la pollution, pourvoyeurs de fonds et d’emplois.

Tant que cette mentalité générale règnera en France et ailleurs, nous continuerons à foncer contre le mur en montant les décibels de l’autoradio.

Jean-Noël Cuénod

 

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25/08/2018

Poésie à lire et à ouïr – REFLUX

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Photo JNC

Retour vers la poésie. Pour s’efforcer de désensabler les oreilles et laver les yeux. Voilà qui ne manque pas de sel. A lire et à ouïr.

Le vent des terres s’épuise

Et meurt dans les bras de la mer

Tout est résolu par le sel

La pulsation des marées

Reprend le chant du cœur éteint

L’incorpore pour s’élancer

Vers l’octave supérieure

 

Même les bruits des humains

Se fracassent contre ce rythme

Misérables débris de son

Sombrant dans le néant des sables

Et la voracité des crabes

 

Sourds à la musique vitale

Les humains restent sur la rive

Sans eux la fête continue

La grande étreinte symphonique

S’accomplit au sein de la mer

Noces grises voilées de vert

Jean-Noël Cuénod

A OUÏR AUSSI


podcast

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21/08/2018

Prague 68 : sous les chars, la glace

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Comme si c’était hier… Le petit transistor Philips annonce de sa voix de boîte de conserve que les chars russes et des autres pays du Pacte de Varsovie ont envahi Prague cette nuit. En ce matin du 21 août 1968, il fait chaud dans cette petite chambre sur les hauteurs de Lausanne. Maintenant, on étouffe. L’an 68 tombe avant la chute des feuilles.

Sur la table où fume le café, une carte postale représentant le pont Saint-Charles à Prague. Coup d’œil à son verso : « Ils sont partis, ça y est. On a gagné ! » Des copains – accourus à Prague pour voir quelle gueule il avait, ce « socialisme à visage humain » d’Alexander Dubček – avaient expédié leur carte une semaine auparavant. Les troupes de l’Armée Rouge avaient fait mine de quitter la Tchécoslovaquie avant de faire demi-tour vers Prague (1). Moscou avait pratiqué la même tactique à Budapest en 1956.

Retour à Genève où les gauchistes vibrionnent sous le coup de la colère. Avec des copains, le Plouc rend une petite visite à la rédaction de la « Voix Ouvrière », le quotidien communiste, organe du Parti du Travail. On chambre un permanent : « Alors, camarade, t’as vu ce qui se passe à Prague ? T’en pense quoi maintenant de l’URSS ? » Réponse évasive, pour le moins : « Eh ben, heu, Ch’ai pas. J’ai entendu un truc en passant, juste comme ça à la radio ». Et le permanent de se jeter sur l’éditorial de Jean Vincent, conseiller national et grand patron du Parti.

Lecture compulsive qui se conclut par une mine rassurée : « Ces Russes, c’est quand même des salauds ! »  Le permanent a dit « les Russes », notez-le bien, et non « les Soviétiques ». Pas question d’incriminer les Soviets, l’âme du communisme. Les Russes, eh bien, ce sont des Russes, quoi. On peut y aller. Le communisme, c’est autre chose. Ça relève du sacré, voyez-vous…

Le Parti suisse a en effet sévèrement condamné l’intervention soviétique. Le permanent s’est donc dit que cette fois-ci, l’imprimerie et la rédaction de la « VO » n’allaient pas subir les assauts des manifestants comme en 1956 après l’invasion russe en Hongrie.

Durant cette matinée du 21 août, des velléités de manifs se préparent à gauche et à droite, malgré les vacances. Heureux hasard : le Living Theatre de Julian Beck et Judith Malina – qui a élevé le happening au rang des Beaux-Arts révolutionnaires – donne son extraordinaire Paradise Now au Pavillon des Sports à Genève. Personne ne sait ce qui va se passer durant ce non-spectacle où public et comédiens sont mélangés pour créer ensemble un événement.

Ce soir-là, l’événement est tout trouvé : des comédiens et une partie des spectateurs sortent du Pavillon des Sports pour faire manif devant le portail de l’ambassade d’URSS auprès des Nations-Unies et huer les partisans du « socialisme à visage inhumain ».

Prague et les écraseurs de rêves

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Au Mai-68 parisien avait répondu de l'autre côté du Rideau de Fer, le Printemps de Prague commencé le 5 janvier avec l'élection de Dubček à la tête du Parti communiste tchécoslovaque. Mais durant la nuit du 20 au 21 août 1968, c’est bien plus qu’un printemps que les chars russes ont écrasé. Cette année 1968, s’est donc terminée à ce moment-là, dans la chaleur aoutienne.

A 20 ans, la gaieté prend toujours le dessus. Pourtant, chacun de nous savait bien que quelque chose s’était cassé et que nos rêves fraternels avaient sombré dans l’illusion. 68 avait commencé en été… 1967 avec les émeutes raciales aux Etats-Unis et les violentes manifs américaines contre la guerre au Vietnam. La vague de la jeunesse en révolte avait gagné l’Allemagne en février. Et ce fut l’acmé à Paris en mai, avec des répliques sismiques à Genève, à Zurich, plus tard à Lausanne et dans les autres villes européennes. Chaque fois, l’autorité établie l’avait emporté. A l’Ouest. Et, encore plus rudement, à l’Est. Les écraseurs de rêves avaient gagné. Ils gagnent toujours. Pour toujours?

Jean-Noël Cuénod

(1) L'un des commentateurs que je remercie de son apport affirme qu'avant la nuit du 20 au 21 août 1968, les troupes soviétiques ne s'étaient pas trouvées sur sol tchécoslovaque. Malheureusement, les faits sont têtus et nous maintenons notre version. Les troupes du Pacte de Varsovie, sous la direction de l'Armée Rouge, ont fait des manoeuvres en Tchécoslovaquie du 20 au 30 juin 1968. Les troupes soviétiques y sont restées jusqu'au 3 août, date de la rencontre à Bratislava entre les dirigeants des partis soviétique, roumain, est-allemand, bulgare, hongrois, polonais et est-allemand. Mais ce départ n'était qu'un prélude à un retour musclé 17 jours plus tard.  

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18/08/2018

Poésie à lire et à ouïr – RIRE FOU

poésie, poème

Récente ponte du Plouc. Poème à lire et à ouïr dans l’espace libre de l’été. Que le torrent emporte vos songes pour en faire un océan. 

 Le fou rire des torrents

Rend la montagne démente

Tant de morts accumulés

Dans sa carcasse d’ascète

Tant de vies buissonnantes

Sur ses flancs de reine-mère

                  *

Les plus anciens délires

Jaillissent comme des sources

Fraîches et préhistoriques

Sous la poigne des orages

Sa peau transpercée d’éclairs

Met la folie au zénith

                  *

 Délaissée par le ciel

Abandonnée par la plaine

Elle n’attend plus rien

Du monde et des éléments

De l’esprit et des nuées

Plus rien que l’union

Du ciel et de la plaine

De tous les âges en elle

Dans l’éclat d’un rire fou

                                                                       Jean-Noël Cuénod

AUDIO 

C'est ici!


podcast

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07/08/2018

L'art contemporain, une balise vers les gouffres

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«Ce qui n’a pas de prix». Tel est le titre d’un essentiel essai de la poète Annie Le Brun. Un titre provocateur pour l’hypercapitalisme financier et le «réalisme globaliste» qu’il impose au monde pour le faire plier à son joug. Car tout doit avoir un prix, même l’acte gratuit. Dans cette guerre qui est menée pour asservir l’humain, l’art contemporain tient un rôle…capital.

Nous vivons en paix, paraît-il. Nous, c’est-à-dire l’infime partie repue de l’humanité Pourtant, tout est guerre parmi nous, autour de nous, en nous. Guerres entre groupes économiques, guerres entre religions, guerres entre pays, guerres entre générations; guerres larvées, ouvertes, bruyantes, silencieuses ; guerres froides, tièdes, chaudes ; guerres bleues, saignantes, à point, très cuites. Et Annie Le Brun de citer le poète et agitateur libertaire William Morris (1834-1896) pour dénoncer l’origine de cette spirale belliqueuse: «Le système de concurrence illimitée».

 L’hypercapitalisme financier a poussé le moteur de la concurrence vers ses régimes extrêmes. Désormais, à la concurrence entre entreprises s’est ajoutée la concurrence entre individus considérés comme des autoentrepreneurs, le mot moderne pour désigner les esclaves. Pour cela, il convient d’enserrer les humains dans des réseaux serrés de représentations divertissantes et abrutissantes qui les castrent de toute velléité de révolte. Pour mener à bien cette offensive vers l’aliénation massive, la banalisation de la laideur est devenue un impératif, d’où l’invasion de ce qu’Annie Le Brun nomme «le réalisme globaliste» . La beauté possède un potentiel révolutionnaire qui met en danger cette stratégie.

L’art contemporain et la laideur comme stratégie

Définir la beauté demeure aléatoire. Mais c’est justement cet aléatoire qui en fait une force libératoire. La beauté est indissociable de la surprise bouleversante qu’elle provoque chez celle ou celui qui en est traversé. «Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie», écrivait Lautréamont dans ses «Chants de Maldoror». La beauté fait naître une émotion passionnée qui foudroie quiconque s’en approche. Désormais, pour cet heureux «quiconque» plus rien ne sera comme avant. Dès lors, la beauté met le feu aux poudres à l’intérieur de celle ou celui qui la vit. D’où risque d’explosion que la laideur du «réalisme globaliste» – avec ses MacDo gerbatoires, ses autoroutes grisâtres du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, son urbanisme d’un style benzodiazépine généralisé – s’efforce de désamorcer grâce à l’apport décisif de l’art contemporain qui banalise l’originalité et trivialise la poésie.

Est-il besoin d’ajouter – oui, sans doute, considérant l’état confusionnel du temps présent – que cette émotion bouleversée par la beauté a pour ennemi l’émotivité, ce sentiment médiocre distillé par les gros médias pour distraire leur troupeau ? De même, la sensibilité est mise à mal par la sensiblerie. L’émotivité tente de bloquer l’élan passionnel enclenché par l’émotion née de la beauté et la sensiblerie désensibilise la sensibilité en la rabaissant dans le trivial. La beauté, voilà l’ennemie de ce que Le Plouc nomme la «société médiamercantile».

Il s’agit aussi d’extirper de ce paysage globalisé tout ce qui n’a pas de valeur marchande, d’où le titre de ce magnifique essai d’Annie Le Brun. La Joconde, devenue l’icône des selfies, doit rapporter plus que le prix d’un billet au Louvre, aussi l’installateur Jeff Koons (célèbre pour ses caniches en plastique et autres basses conneries de hauts prix) et l’inévitable famille Arnault – qui est au mécénat ce que la tribu d’Attila fut à l’art équestre – l’ont-t-ils transformée en sac à main Vuitton avec quatre autres victimes[1]. Le comble du mépris pour l’art et les artistes. On se demande si Vuitton-Koons ne vont pas un jour réduire la «Victoire de Samothrace» à l’état de balai de chiotte griffé.

L’  «artfairiste» Kapoor lave plus noir que le noir le plus noir 

Le plus accompli et le plus cynique des entrepreneurs de l’art contemporain demeure Anish Kapoor qui s’est assuré à prix d’or (mais non connu) l’exclusivité de l’usage artistique du Vantablack.«Ce noir plus noir que tous les noirs» a pour particularité d’absorber la lumière à 99,965%. «De là son extraordinaire capacité d’abolir les formes. (…) Qui s’entêterait à vouloir (…) y discerner quelque chose ne verrait qu’un trou noir à la place d’un volume, celui-ci serait-il le plus irrégulier possible», explique Annie Le Brun. Kapoor dispose donc du monopole artistique de ce Vantablack. Juridiquement, il n’y a rien à redire. L’«artfairiste» est passé à la caisse. Politiquement, son investissement démontre à quel point l’art contemporain a partie liée avec l’hypercapitalisme financier et globalisé. Symboliquement, en acquérant le Vantablack qui efface les formes, Kapoor «devient un des maîtres de ce pouvoir d’indistinction» où tout est fonction, non de la beauté qui se dégage d’une œuvre, mais uniquement de sa valeur d’échange.  

«On pourra avancer que tout cela se limite à un milieu très restreint», ajoute Annie Le Brun. Erreur. «Tout cela» concerne chacun de nous, avertit la poète et essayiste: «Force est de constater qu’on se trouve là devant l’art officiel de la mondialisation, commandé, financé et propagé par les forces réunies du marché, des médias et des grandes institutions publiques et privées, sans parler des historiens d’art et philosophes appointés qui s’en font les garants. Cette entreprise-culture a toutes les apparences d’une multinationale, où se forge, se développe, s’expérimente la langue de la domination dans le but de court-circuiter toute velléité critique[2]

 La peur de la pensée conduit vers toutes les abdications et surtout au renoncement à cet infini en nous qui se fait jour chaque fois que la beauté[3]surgit. Alors, comment sortir de ces réseaux de représentations qui nous font accepter l’inacceptable ? En ayant un regard et du courage, conclut Annie Le Brun :

«Innombrables sont les chemins de traverse pour y échapper, quand on veut bien prendre le risque de ne pas se tenir du côté des vainqueurs. Mieux, de s’en tenir au plus loin. Ce que j’en sais est qu’on ne s’y bouscule pas mais qu’on y respire beaucoup mieux et que, certains jours, même parmi les plus sombres, l’horizon peut s’éclaircir d’une soudaine et stupéfiante lumière.»

Jean-Noël Cuénod 

Annie Le Brun – Ce qui n’a pas de prix, Beauté, laideur et politique – Editions Stock, collection les essais – 173 pages.

VIDEO : DESSINE-MOI UN VANTABLACK !

[1]La Chasse au Tigre de Rubens, La Gimblette de Fragonard, Le Champs de Blé avec Cyprès de van Gogh, Mars, Vénus et Cupidon du Titien.   

[2]Dans ce passage, Annie Le Brun cite l’ouvrage de Laurent Cauwet, «La domestication de l’art». 

[3]L’auteur cite la définition de la beauté selon Victor Hugo : «L’infini contenu dans un contour». 

19:29 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : art, art contemporain, koons, anishkipoor | |  Facebook | | |

30/07/2018

Pour ne pas en finir avec l’affaire Benalla

Benalla,Macron,Elysée

 La stratégie d’Emmanuel Macron pour conquérir l’Elysée est en train de se retourner contre lui. L’affaire de son chargé de mission en est une illustration. Voilà pourquoi cet épisode risque d’être plus dommageable que ne le laisseraient supposer les faits eux-mêmes.

«Une tempête dans un verre d’eau». Jeudi, le président français Emmanuel Macron a qualifié ainsi l’affaire Benalla. Les faits sont certes graves : un proche du président affublé d’un brassard et d’un casque de policier moleste sans droit deux manifestants du 1er-Mai à Paris. Et les oppositions parlementaires à la majorité macronienne ont trouvé dans ce calamiteux épisode le moyen d’interrompre une série de succès alignée par le président. D’autant plus que le gouvernement et les collaborateurs directs de Macron ont multiplié les explications oiseuses démenties aussitôt et les faux-fuyants.

Néanmoins, ni les faits, ni leur utilisation politique, ni les maladresses ne peuvent expliquer qu’ «une tempête dans un verre d’eau» se soit transformée en tsunami estival. Sans doute, faut-il voir dans ce phénomène la contradiction de plus en plus criante entre la stratégie utilisée par le président français pour conquérir le pouvoir et celle qu’il doit concevoir pour l’exercer.

En lançant sa campagne, le candidat a rejeté d’emblée la structure pyramidale des partis traditionnels : trop lourds, trop verticaux, trop décrédibilisés aux yeux de l’opinion. Il a donc privilégié la structure horizontale en forme de toile d’araignée, Emmanuel Macron en occupant le centre avec un nombre très restreint d’affidés, parmi lesquels Alexandre Benalla qui a réussi à y figurer grâce à son inlassable dévouement dans l’exécution des corvées. Elle se révèle bien pratique, la toile. Au moindre événement, ses réseaux avertissent aussitôt l’Araignée centrale.

Mais une fois parvenu au pouvoir, le nouveau président doit faire face à un type d’architecture éprouvée par les siècles : la Pyramide républicaine. Il en occupe le sommet, certes mais ne saurait impunément en ignorer les étages : parlement, administration, corps intermédiaires (syndicats, organisations patronales). Faire coïncider l’horizontalité de l’Araignée avec la verticalité de la Pyramide est tout sauf aisé.

Benalla coincé entre l’Araignée et la Pyramide

Benalla,Macron,Elysée

D’autant plus, qu’à l’Elysée, Emmanuel Macron a conservé sa position d’Araignée entourée d’une poignée de proches. En octobre 2017 déjà, un compagnon de route du chef de l’Etat soupirait auprès de deux journalistes du Monde : «Sa garde de petits marquis l’isole et verrouille tout». Dès lors, Macron s’est ingénié à démanteler la séculaire Pyramide, en privant de recettes fiscales les collectivités locales, en affaiblissant le parlement avec son projet de réforme constitutionnelle (projet qui a du plomb dans l’aile depuis l’affaire Benalla) et en contournant les corps intermédiaires, même ceux qui lui sont a priori favorables.

Ainsi, le secrétaire général de l’importante centrale syndicale CFDT Laurent Berger – qui était prêt à moudre son grain avec le président –  sonne l’alerte dans les médias: «Le président de la République a conscience qu’il représente une forme de centralité (…). Il considère que lui peut tout et que les corps intermédiaires sont des suppléments d’âme qui ne sont pas forcément nécessaires.» En un an, le président s’est donc mis à dos les collectivités locales, les sénateurs, les syndicats. Ce qui fait beaucoup de monde.

C’est dans ce contexte qu’intervient l’autogoal Benalla. Les Français apprennent qu’un garçon de 26 ans – gendarme réserviste, nanti d’un master de droit (1) et d’une expérience de trois ans dans le service d’ordre du Parti socialiste – donne des ordres à de hauts gradés de la police, participe à l’élaboration de la sécurité présidentielle, est habilité secret-défense, se montre omniprésent auprès du président, proche des proches de l’Araignée centrale, et se substitue à la police pour frapper un manifestant. Il offre ainsi à la Pyramide républicaine l’occasion rêvée pour rappeler à l’ordre le président arachnéen.

Emmanuel Macron éprouve en même temps les limites de sa toile. Jadis, bien installé au sommet de la Pyramide républicaine, François Mitterrand avait pu, pour se tirer d’embarras, sacrifier son ministre Charles Hernu dans l’affaire du Rainbow Warrior[2]. Aujourd’hui, le président ne peut plus compter sur des fusibles et doit assumer seul sa responsabilité.

Pour continuer à présider, Macron devra donc tisser sa toile mais au sein de la Pyramide.

Jean-Noël Cuénod

Cet article est paru le 29 juillet 2018 dans l’hebdomadaire Le Matin Dimanche sauf les dessins qui illustrent ce blogue, dessins dus au talent de l’artiste Bernard Thomas-Roudeix. A consulter son site http://www.thomas-roudeix.com/

(2) Selon le quotidien "La Montagne" Alexandre Benalla a fréquenté en 2013 et 2014 l'Université de Clermont-Ferrand en droit où il a décroché un master 1 en sécurité publique mais n'a pas validé son master 2.

 

[2]Les services français avaient fait couler le 10 juillet 1985 ce navire de Greenpeace provoquant la mort du photographe Fernando Pereira

09:23 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : benalla, macron, elysée | |  Facebook | | |

29/07/2018

Mimos 2018 : une Montreusienne à l'honneur

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Le registre du mime recèle des variétés insoupçonnées, contrairement à ce que pense un vain peuple bavard. Le Festival Mimos à Périgueux l’a pleinement démontré, lors de sa 36ème édition, conclue ce dimanche. En effet, quoi de plus différent que ces deux spectacles figurant parmi 23 autres: Allegro de la troupe catalane Cor de Teatre (photo dessus et vidéo ci-dessous) et Le récital des postures de la Montreusienne Yasmine Hugonnet?

Du mime chanté? Vous voulez rire! Oui, nous voulons rire. Et nous rions d’ailleurs. A gorge déployée. Car c’est bien du chant ET du mime que mélangent joyeusement les quatorze choristes de Cor de Teatre avec leur allègre Allegro. Sans orchestre, sans le moindre artifice électronique et remplaçant les instruments par les scatsdu chœur répondant auxsoli, ils interprètent airs d’opéra, cantates et adaptations d’œuvres orchestrales comme Le Vol du bourdon de Rimsky-Korsakov, Clair de lune de Claude Debussy et Les Quatre saisons de Vivaldi.

Il ne s’agit pas d’une parodie du chant classique, ni sa énième version jazzifiée. Cor de Teatre invente une autre façon d’approcher la Grande Musique, sans la faire descendre de son piédestal mais en l’instillant dans la vie de tous les jours. Ainsi, ce n’est pas l’opéra qui est désacralisé mais le quotidien qui s’agrandit d’une dimension sacrée.

La troupe joue une série de scénettes qui partent du réveil se poursuivent à la salle de gym, au travail, à la boîte de nuit, au stade de foot, à la plage (rendue folle par la grâce dingue d’un Vol du bourdon hilarant), aux rencontres amoureuses, aux disputes qui ne le sont pas moins, aux tentations jusqu’au plus improbable des mariages.

Par une maîtrise parfaite autant des gestes que de la voix, une précision millimétrique de la mise en scène, ces prodigieux mimes-chanteurs ont fait exploser de joie les spectateurs qui ont rempli samedi soir l’Odyssée Théatre de Périgueux.

La nudité comme alphabet

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Dépouillé, Le récital des postures de la Montreusienne Yasmine Hugonnet (photo ci-dessus), l’est d’autant plus que l’artiste est nue, du moins dans la seconde partie de son spectacle. Au début, rien ne se passe. Revêtue d’une paire de leggings gris et d’un maillot noir, Yasmine Hugonnet reste ventre au sol, exécute quelques postures qui rappellent parfois d’étranges animaux. Le spectateur retient son souffle mais son agacement monte à mesure que passent les minutes. Puis, l’artiste se dévêt et jette d’un geste bref et décidé ses artifices textiles devenus inutiles. Tout son talent consiste à désérotiser la nudité afin d’en faire un instrument aussi neutre qu’un alphabet. La plus petite particule d’érotisme flanquerait tout par terre car le spectacle se verrait ainsi réduit à une seule dimension. Or, le langage est pluridimensionnel. Et c’est bien un langage que Yasmine Hugonnet veut créer par ces postures qui sont autant de phrases d’une histoire que chacun inventera à sa guise.

L’artiste n’a d’autre moyen que son corps et ses cheveux pour faire vivre cette langue des postures. Même les sons qu’elle émet façon ventriloque en fin de spectacle sortent du plus profond de ses entrailles. Corps et âme liés au-delà des mots.

Jean-Noël Cuénod

Prochains spectacles des artistes

Pour Cor de Teatre :

 voir le site de la troupe : https://www.cordeteatre.com/

Pour Yasmine Hugonnet :

– 22 janvier 2019 ; Théâtre de Saint-Quentin à Saint-Quentin-en-Yvelines ;

– 13-14 février 2019 ; Théâtre de Nîmes :

– 22 et 23 main 2019 au Temple allemand/Théâtre populaire romand à La Chaux-de-Fonds.

Son site :https://yasminehugonnet.com/

ESPACE VIDEO : Allegro !

 

Allegro 40s from Cor de Teatre on Vimeo.

15:16 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mimos, mime, théâtre | |  Facebook | | |

24/07/2018

Benalla-Macron ou le syndrome de la maquilleuse

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Et maintenant, qui va déguster ? (Alexandre Benalla, c’est le barbu avec oreillette).

Si vous approchez d’une vedette média-lancée, vous avez certainement rencontré dans son entourage des personnages touchés par le syndrome de la maquilleuse. L’affaire Alexandre Benalla démontre qu’il n’y pas que les petites mains cosmétiques à en être affectées. Les gros bras présidentiels peuvent aussi subir ce mal des altitudes.

Peu d’êtres sont aussi proches d’une star que sa maquilleuse (ou son maquilleur, plus rare). Elle connaît de son visage le moindre point noir. Pas une parcelle de peau n’échappe à son regard. Impossible de lui cacher ces minuscules défauts physiques qui sont la hantise de la Diva (ou du Divo car les célébrités masculines n’échappent pas à ce phénomène). Il n’y a point de grands hommes pour son valet de chambre, disait-on jadis. Il n’y a pas de beauté parfaite pour sa maquilleuse, ajouterait-on aujourd’hui.

On ne cache pas ses secrets intimes à celle qui connaît le moindre de vos comédons et possède le pouvoir de les occulter. Si la maquilleuse n’ignore rien du corps de la star, elle sait tout, ou presque, de son âme, de ses amours, de ses chagrins, de ses angoisses, de ses espoirs. Elle devient sa confidente. Voilà l’artisane de la houppette nantie d’un statut privilégié qu’elle entend bien faire sentir à celles et ceux qui ont la suspecte intention de prendre langue avec la vedette.

Durant sa longue carrière journalistique, il est arrivé au Plouc d’affronter cette redoutable garde du corps starifié. Certaines sont des anges dans un nuage de poudre de riz. Mais il arrive parfois que la maquilleuse soit plus imbue d’elle-même que la star, voire encore plus capricieuse. D’ailleurs, la star, c’est un peu elle. C’est même beaucoup elle. Allez, c’est elle, carrément !

Alors, Alexandre Benalla relève-t-il du même processus ? Tout porte à le croire. Comment ce juvénile militant de La République en marche, un « helper » parmi d’autres au début de l’aventure macronienne, a-t-il pu se hisser à une place ? Les enquêtes l’expliqueront sans doute un jour ou l’autre.

 Dans son cas, deux choses frappent d’emblée : son jeune âge, 26 ans, et sa proximité avec le président Macron. Alors qu’il n’a pas eu le temps d’amasser des expériences dans un domaine si délicat et si complexe, c’est lui qui a organisé le groupe chargé de sécuriser la sphère privée du président et de la première dame. Son titre anodin « adjoint au chef de cabinet » ne traduit pas l’étendue de ses pouvoirs en matière de sécurité. Il côtoyait régulièrement le couple présidentiel, autant lors d’événements publics que familiaux. Il était le Cerbère numéro 1 d’Emmanuel et Brigitte Macron.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que Benalla fût atteint par le syndrome de la maquilleuse. D’autant plus que l’aura de la présidence est en France particulièrement éblouissante et éclabousse les proches de son nimbe. Comment, à 26 ans, garder la tête froide dans ces conditions ? Les dérives du garde du corps étaient inscrites dès son engagement. Ceux qui ont permis et facilité son ascension – et qui n’hésiteront pas à en faire un pestiféré – portent donc la plus lourde part de responsabilité.

Pour éviter le syndrome de la maquilleuse, il n’existe aucun vaccin. Seulement du bon sens. Mais dans la geste macronienne, le bon sens, ça fait vieux monde.

Jean-Noël Cuénod

VIDEO : AUDITION INTEGRALE DU PREFET DE POLICE MICHEL DELPUECH

12:14 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : benalla, macron, france, politique | |  Facebook | | |