24/06/2016

Brexit ! Une Europe est morte, vive l’Europe…

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Première leçon à méditer pour les dirigeants du Continent après le Brexit: on ne construit pas l’Europe sans les peuples. Ils ont été sciemment écartés de ce processus par les chefs d’Etat des pays membres qui ont voulu conserver leurs prérogatives, tout en mettant leurs échecs sur le dos de l’Union européenne.(Dessin d’Acé)

 L’instance qui pèse le plus lourd dans cet ensemble d’institutions incohérentes qu’est l’UE reste le Conseil européen qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement nationaux. Ces derniers n’ont eu de cesse d’empêcher le Parlement européen d’avoir les pouvoirs nécessaires pour remplir vraiment son rôle de législatif.

A aucun moment, les chefs d’Etat membres de l’UE n’ont voulu clairement choisir la voie fédérale. Or, pour construire un ensemble pareil, il n’y a pas d’autres solutions. Soit, c’est le fédéralisme, soit c’est la souveraineté quasi absolue sur son pré carré. L’UE avait tenté une troisième voie des plus baroques en centralisant l’accessoire et en décentralisant le nécessaire. On s’explique : Bruxelles édicte des directives contraignantes concernant les sujets qui devraient être traités aux échelons nationaux voire régionaux. En revanche, l’UE ne s’occupe pas de l’essentiel, à savoir la défense, la diplomatie, la sécurité à tous points de vue. Résultat : les peuples constatent que l’Union Européenne les enquiquine pour des vétilles mais les laisse tomber lorsqu’il s’agit de les protéger militairement ou socialement. Dans ces conditions, l’UE est condamnée à être perçue comme un amas de gaz plus ou moins toxique. D’où la tentation de fermer la porte des nations pour y échapper.

Aujourd’hui, les souverainistes pavoisent après le Brexit voté par les Anglais et les Gallois (mais refusé par les Ecossais et les Irlandais du Nord, le Royaume Uni ne l’est plus !). Mais à l’ivresse succède la gueule de bois.

Car de quoi est constituée leur souveraineté ? De rien ou de si peu de choses. Aujourd’hui, aucun pays, pas même l’Allemagne, n’a la taille nécessaire pour assurer une politique indépendante à l’ère de la globalisation. L’indépendance nationale des souverainistes au XXIe siècle n’a d’autre réalité que celle d’un village Potemkine. Que pèsent la France et les autres pays dits « grands », face à Google, Microsoft, les multinationales, le géant chinois, la puissance américaine ? Le poids d’une plume soufflée au grand vent mondialisé. Ces Etats ont été incapables de contrer le secret bancaire de la petite Suisse ; ils n’y sont finalement parvenus qu’en raison des décisions prises par les Etats-Unis contre les banques helvétiques.

Seule l’Europe a la taille critique nécessaire pour affronter la tourmente mondialisée et pour lui apporter cette régulation sans laquelle nous allons entrer dans l’enfer social. Mais pour ce faire, l’Union devra arrêter de nous ennuyer avec la courbure des concombres pour construire un ensemble fédéral cohérent.

Avec le Brexit, une Europe est morte, vive l’Europe !

 Jean-Noël Cuénod

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22/06/2016

Comment dépanner la démocratie française

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Même si la manif contre la Loi Travail est finalement maintenue en version abrégée, il n’en demeure pas moins que l’Hexagone souffre d’un inquiétant déficit démocratique. Pour le combler, les cortèges ne sont pas forcément la seule solution et ne peuvent offrir toutes les garanties nécessaires à l’expression générale de tous les citoyens (Dessin Dacé).

Manifester sur la voie publique est l’une des rares possibilités pour les Français de faire entendre leur voix dans un système fortement centralisé et hiérarchisé. Aussi, l’interdiction, annoncée mercredi matin, de la manif de jeudi 23 juin contre la Loi Travail a-t-elle suscité une émotion bien légitime. D’autant plus qu’une telle mesure n’aurait fait qu’aggraver la situation car elle n’aurait pas dissuadé les manifestants de descendre dans la rue. Finalement, le cortège a été autorisé de La Bastille à… La Bastille en piétinant autour du Bassin de l’Arsenal. En cette circonstance, chacun a pu constater le degré himalayen de cafouillage atteint par la présidence Hollande. Mais le problème est bien plus vaste que le laisse penser cet épisode.

De par ses institutions très particulières, la France – aujourd’hui en pleine de crise de nerfs – donne tout le pouvoir à un seul homme qui s’entoure d’une caste d’autistes en souliers vernis et escarpins Louboutin. Dans chaque région, un roitelet organise sa cour locale de la même façon, en attendant du Centre une manne de plus en plus chiche. Pour quelqu’un qui vient de l’extérieur, entendre des politiciens français affirmer que la seule élection qui compte est la présidentielle, c’est hallucinant ! Aux Etats-Unis, par exemple, les élections parlementaires et celles des gouverneurs ne sont pas considérées comme secondaires, même par rapport au scrutin présidentiel. Et il en va ainsi de l’immense majorités des démocraties.

Les damnés de la rouspétance

Bien entendu, ils ne sont jamais contents de leur monarque, les Français, ces damnés de la rouspétance. Il en fait trop pour les autres, au détriment de ma pomme (ou de mon cageot de pommes). A l’étranger, on perçoit cette attitude comme consubstantielle au « caractère français ». Ne sachant pas ce qu’est un « caractère français » et répugnant à essentialiser un peuple, je préfère l’explication suivante : ces réactions infantiles sont la conséquence logique des institutions de la Cinquième République.

Soucieux de préserver leur « plan de carrière » et de conserver les institutions qui les nourrissent plus ou moins grassement, la plupart des politiciens français prétendent que changer de structures républicaines est tout sauf prioritaire. L’avalanche de catastrophes politico-sociales qui n’en finit pas depuis des décennies leur apporte le plus cinglant des démentis. Si la VIe République a permis de pallier ce vice majeur de la IVe, à savoir l’instabilité gouvernementale, cela ne signifie pas pour autant que modifier les structures républicaines ait pour conséquence automatique de retomber dans ce travers.

Dissoudre la dissolution !

Pourquoi ne pas envisager – comme aux Etats-Unis, comme en Suisse, notamment – d’ôter au parlement le pouvoir de faire tomber le gouvernement et au président, celui de dissoudre le parlement ? Ce droit réciproque provoque la paralysie : les députés n’osent pas renverser le gouvernement de peur que le président prononce la dissolution du parlement et les renvoie devant leurs électeurs, au risque de ne pas se faire réélire, ce qui nuirait gravement à leur « plan de carrière ».

Ce qui manque aux Français, c’est de se sentir responsables. Ils restent dans la posture, à la fois confortable et frustrante, du spectateur qui n’a pas d’autres droits que celui de huer ou d’applaudir.

Pour les en sortir, il n’y a pas d’autres solutions que la démocratie semi-directe, c’est-à-dire, comme en Suisse, un équilibre entre la démocratie représentative et la démocratie directe. Seule cette forme de démocratie permet au peuple d’être coresponsable des décisions politiques. Il arrive qu’au sein de la Confédération, le peuple prenne des décisions qui se révèlent en fin de compte néfastes. Il ne peut alors s’en prendre qu’à lui-même. Quitte à remettre un sujet controversé sur le tapis électoral.

Votation et « bascule à Charlot »: le mauvais procès

Les objections contre la démocratie semi-directe ne tiennent pas la route. La plupart des opposants français à ce type de régime font preuve d’une mauvaise foi patente lorsqu’ils abordent le système suisse en mettant en épingle la votation sur les quotas d’entrée des Européens, tout en oubliant les votations favorables à l’ouverture du pays. A gauche, cet argument est souvent avancé : « Si Mitterrand avait soumis à votation la suppression de la peine de mort, on guillotinerait encore dans les prisons françaises ». Pour appuyer ce qui n’est qu’une hypothèse, on se base sur les sondages fait à l’époque (1981) où fut prise la décision de l’alors président.

Tout d’abord, sondage ne vaut pas vote. En Suisse, nombreux sont les résultats référendaires qui se sont révélés fort différents des estimations d’opinion. Répondre à un sondeur où remplir son bulletin de vote, ce n’est pas du tout la même chose. La plupart du temps, les sondages de l’époque se déroulaient, à la demande des médias, juste après un crime particulièrement odieux. Le résultat était donc couru d’avance.

Entre sondage et vote, la différence la plus notable tient dans les débats souvent longs qui précèdent une votation importante. Ce temps du débat, du moins sous cette forme, n’existe guère en matière d’enquêtes d’opinions. Le sondé répond à brûle-pourpoint, dans la plupart des cas, d’où le poids considérable tenu par l’émotion.

Cela dit, plutôt qu’être la conséquence sympathique d’un fait du Prince, la suppression de la peine capitale aurait mérité un vaste débat public, à l’issue duquel il n’est pas du tout certain que la guillotine l’eût emporté.   

Toujours à propos du châtiment suprême, la critique la plus souvent formulée à gauche est qu’un référendum ou une initiative populaire en France pourrait rétablir la « Bascule à Charlot »[1]. Or, c’est un mauvais procès que l’on intente ainsi à la démocratie semi-directe. En effet, comme la Suisse, la France a signé tous les protocoles additionnels de la Convention européenne des droits de l’homme confirmant l’abolition de la peine de mort, notamment le treizième (abolition du châtiment suprême en toutes circonstances). Dès lors, un retour de la guillotine relève de la mission impossible, sauf à dénoncer, l’un après l’autre, les traités internationaux, procédure longue et hasardeuse qui mettrait la France au ban de l’Europe avec toutes les conséquences économiques désastreuses que cela entrainerait. Et le fric, que voulez-vous, ça fait réfléchir !

De la Suisse dans les idées

Toutefois, à force de réclamer des têtes, le peuple risque de perdre la sienne en votant des horreurs. A tout souverain, même populaire, il faut des garde-fous. Et lorsque l’on apprend que la cause de la torture progresse au sein de l’opinion française (lire en cliquant ici l’enquête d’opinion réalisée par l’ACAT), il convient, en effet, de se montrer prudents. Dès lors, il appartiendrait à une instance de magistrats de haut niveau d’annuler une votation si celle-ci porte manifestement atteinte à la Convention européenne des droits de l’homme. Pour que la démocratie semi-directe ne se retourne pas contre elle-même et contre la société, il faut donc lui instiller une goutte d’aristocratie. Une goutte. Pas plus.

L’autre objection couramment avancée affirme que les Français ne répondent jamais à la question posée et profitent de la votation pour exprimer leur aversion chronique contre l’exécutif. Dans le contexte actuel, avec un président à la fois omnipotent et impuissant, il est évident que voter contre lui est une tentation à laquelle il est difficile de ne pas céder. Mais ce vote grincheux n’est pas une fatalité dans une nouvelle République démonarchisée où les pouvoirs seraient mieux répartis entre le législatif, l’exécutif, le judiciaire, les régions et les métropoles.

Conclusion : la France ferait bien d’avoir un peu de Suisse dans les idées.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Référence aux prénoms portés par quatre représentants de la famille Samson, qui de père en fils, revêtaient la charge de bourreau.

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17/06/2016

Jo Cox tuée: qui jette du feu sur l’huile ?

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Le meurtre de la députée anglaise Jo Cox s’ajoute à la liste d’attentats de natures diverses qui ont accablé et accablent encore l’Europe. « C’est un fou, un déséquilibré, un loup solitaire pris par la rage ». Telle est la description du suspect donnée d’emblée par les médias et les réseaux sociaux. Un certain Mohamed Merah avait été ainsi qualifié. On sait aujourd’hui que le loup n’était pas aussi solitaire que cela.

L’homme qui est accusé d’avoir tué la parlementaire travailliste de 41 ans a pour nom Thomas Mair. Grâce à une organisation de défense des droits civiques, Southern Poverty Law Center, on sait maintenant que Mair a appartenu au mouvement néo-nazi américain, Alliance nationale (pour en savoir plus, cliquez sur cette zone). Certes, cela ne démontre pas que l’acte qu’on lui impute soit la conséquence d’un complot ourdi de longue main. Loin de là. Cela désigne simplement – enfin si l’on ose dire – le terreau sur lequel les pauvres idées de Thomas Mair ont poussé.

Que l’acte qui a coûté la vie à une mère de famille (deux enfants de 3 et 5 ans) engagée dans l’humanitaire soit l’œuvre isolée d’un fou, c’est possible, peut-être probable. Cela suffit-il à exonérer de toute responsabilité la virulence xénophobe de la presse britannique de caniveau ? La violence verbale qui a pollué la campagne sur le Brexit ? En aucun cas. Ce déferlement de feux de bouche a de quoi enflammer les esprits les plus faibles. Et ce n’est pas ce qui manque, les esprits faibles en ce très bas monde.

Violence salafiste

Dans le même registre, que dire des salafistes prétendument quiétistes, des wahhabites du Golfe avec Rolex incorporée qui sont tout miel sur la scène occidentale mais distillent dans les coulisses la haine contre les juifs, les chrétiens, les athées et autres « kouffar », sans oublier les femmes, les gays et tout ce qui n’est pas semblable à eux ? Ce sont leurs prêches pervers qui arment idéologiquement notre pire ennemi : l’islamisme intégriste.

Violence hooligano-moscovite

Que dire de la Russie poutinienne qui cautionne les déchaînements des hooligans de son pays en convoquant l’ambassadeur de France au Kremlin pour lui remonter les bretelles ? Il faut dire que la police française avait eu l’incroyable toupet d’appréhender des voyous russes qui s’apprêtaient à semer leur violence coutumière. Il y a pire : ces bandes organisées ont reçu un appui politique, celui du député d’extrême droite à la Douma, Igor Lebedev, qui les encouragées par ce tweet : les gars ont défendu l'honneur de la patrie, et n'ont pas laissé les Britanniques défier notre pays. Je ne vois rien de mal aux combats de supporters. Au contraire, bien joué les gars et tenez bon! Un conseil : il faut toujours agiter les fous avant de s’en servir.

Violence xénophobe

Que dire enfin de la propagande raciste ou xénophobe qui souillent les campagnes électorales des partis d’extrême droite en Europe ? Rappelons-nous en Suisse, les affiches gluantes de haine de l’UDC et du MCG.

Tous ces grands ou petits agitateurs – politiciens sans scrupule et propriétaires de médias sans éthique – ont créé le climat délétère que nous subissons et qui provoque le passage à l’acte des esprits déstabilisés. Ces pyromanes verbeux ont jeté leurs étincelles sur une mare d’huile et prétendent aujourd’hui n’y être pour rien. Trop facile, Messieurs les bouteurs de feu de bouche ! Un jour ou l’autre, la société vous réclamera des comptes.

Pour l’instant, tout vous fait ventre : succès électoraux et gros tirages. Mais tout à une fin. Même le pire.

 

Jean-Noël Cuénod

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Qui était Jo Cox, la députée britannique... par LEXPRESS

17:24 | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : #jocox, #attentats, #brexit, #violence, #hooligans | |  Facebook | | |

10/06/2016

L’Eurofoot, un concentré de contradictions. Comme la vie

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Dans le foot, il y a tout et son contraire. Souvent le pire mais aussi, plus rarement, le meilleur. Chacun peut y faire son marché au gré de ses besoins électoralistes, commerciaux, idéologiques, médiatiques.  

D’un côté, le sport le plus populaire de la planète ouvre la vanne aux idées et aux comportements les plus répugnants de l’humanité : le nationalisme, le racisme, la course au fric sans frein, les magouilles majuscules, la connerie élevée au rang de vertu mondialisée. Bref, tout ce que nous adorons détester.

Mais à chacun de ces éléments négatifs, le football fait correspondre son antidote.

Le nationalisme ? Il est indéniable. Mais cela n’empêche nullement un Français de vibrer pour le Brésil ou un Suisse, pour l’Angleterre. Comme nous sommes tous, peu ou prou, attachés par des liens divers à d’autres pays que celui de notre passeport, c’est à côté d’un drapeau français ou suisse que nous attacherons celui de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal ou de l’Argentine. Sur la planète Foot, le nationalisme est à géométrie variable.

Le racisme ? Comment pourrait-on le nier ? Les cris de singe ou les jets de bananes sur le passage des joueurs noirs nous le rappellent régulièrement. Mais les équipes nationales, elles, sont de toutes les couleurs et les sélectionnés ont des origines les plus diverses. D’ailleurs, le Front National, ne s’y est pas trompé. Depuis 1998, date de la victoire de la France et de ses « Blacks, Blancs, Beurs », le parti du clan Le Pen ne plus voir les Bleus en peinture. L’entraîneur français Didier Deschamps a été, comme personne ne peut l’ignorer, traité de « raciste » parce qu’il a renoncé à sélectionner Karim Benzema. A consulter la liste des joueurs retenus en équipe de France, il est évident que l’on a fait à Deschamps le plus injuste des procès.

Et que dire de l’équipe suisse où les noms ont des consonances albanaises, yougoslaves, turques, espagnoles, africaines ? Cela n’empêchera pas l’électeur UDC de bondir de son fauteuil si « ses » joueurs parviennent (enfin !) à marquer des buts.

La course au fric sans frein ? Salaires exorbitants… Surenchère délirante entre oligarques russes et pétromilliardaires du Golfe pour s’arracher les vedettes, alors que l’on ne parvient pas à éradiquer nombre de maladies tropicales… Le constat est accablant. Mais au fond d’une cour à Lisbonne, des petits Portugais tapent dans un ballon en se prenant pour leur glorieux compatriote Ronaldo (phiti du haut). Le bonheur dans un pays livré à l’austérité. L’énergie suscitée par l’espoir que l’on peut s’en sortir. Peut-être pas comme Ronaldo mais avec ce qu’il faut de dignité pour devenir un homme.

Les magouilles majuscules ? Au niveau de tripatouillages atteint par les organismes internationaux du foot, on ne peut plus parler de magouilles, mais de grandes manœuvres corruptrices. Pourtant, le foot, c’est aussi ces milliers d’éducateurs bénévoles qui, chaque mercredi, prennent en charge les footeux en herbe. Combien de lascars ont-ils quitté le chemin de la délinquance grâce à ces travailleurs sociaux qui ne touchent pas un rond ?

Camus_PremierHomme.jpgLa connerie élevée au rang de vertu mondialisée ? Les propos ineptes débités par des supporteurs marinés dans la bière et leurs gadget plus grotesques les uns que les autres nous en administrent la preuve, de la plus consternante des façons.

Mais alors si le foot est bête comme ses pieds, pourquoi de grands philosophes ou écrivains ont-ils tant écrit à son propos ? La liste est longue : Camus, Montherlant, Dard (tous les trois furent gardiens de but, à méditer…), Sartre, Peter Handke, plus récemment, Yves Laplace (arbitre et romancier suisse), Jean-Philippe Philippe Toussaint (ah, quelle merveille son « Football » à écouter tous les soirs sur… France- Culture !) et bien d’autres encore.

C’est ça la force du foot : un concentré de contradictions. Comme la vie. Et comme la vie, il est inévitable.

Jean-Noël Cuénod

11:16 | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : eurofoot, football, ronaldo, camus | |  Facebook | | |

06/06/2016

QUE VOULEZ-VOUS ?

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 Que voulez-vous? Que voulons-nous? Si nous parvenons à préciser les contours de cette question, la réponse surgira d’elle-même. Mais nous voulons tellement de choses contradictoires que nous ne sommes pas sortis de l’auberge espagnole.

 

Que voulez-vous

J’ai soif de pain partagé

 

Que voulez-vous

J’ai faim de vin fraternel

 

Que voulez-vous

Je ne rends pas mes armes

 

Que voulez-vous

J’entends les cris de nos morts

 

Que voulez-vous

J’écoute les silences de nos vivants

 

Que voulez-vous

Je ne suis ni de bois ni de marbre

 

Que voulez-vous

Je garde au cœur les vieux chants

 

Que voulez-vous

Je reste de boue devant le Veau d’Or

 

Que voulez-vous

Je puise au fond des gouffres l’eau solaire

 

Que voulez-vous

J’abrite dans mon corps l’étincelle

 

Que voulez-vous

J’attends le feu sur mes savanes

 

Que voulez-vous

Je m’évade de la prison des miroirs

 

Que voulez-vous?

Vous ?

 

Jean-Noël Cuénod

11:46 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poésie, révolte | |  Facebook | | |

03/06/2016

La France, de l’état d’urgence à l’état liquide

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 Alors que la Seine, cette gourgandine qui prend de l’ampleur, frise les glaouis du Zouave au pont de l’Alma, la France se dilue partout. L’inondation qui emporte tout sur son passage entre en résonance avec la politique qui va à vau-l’eau.

Cette association entre la colère du ciel et celle des hommes créé une synergie particulièrement déprimante. Tout se dilue. Les champs, l’extrême-gauche, les routes, l’extrême-droite, les chemins, la droite, les maisons, la gauche, les trottoirs, le gouvernement, les prairies, l’opposition, l’équipe de France de foot, Nuit Debout, les syndicats, les bosquets. Tout, on vous dit. Chacun se sent sucre en train de fondre dans une immense carafe au contenu trouble.

Le pédalo a chaviré mais tout va bien

Pour mémoire, rappelons que si le gouvernement n’a pas été dissous au sens juridique du terme, il surnage à peine au fil de l’eau. Le capitaine Hollande s’accroche à son pédalo qui a  chaviré en clamant, entre deux tasses : « Tout va bien… gloub… gloub… ça va.. blublub… mieux… Qui m’a piqué mon… glubs… gilet de sauvetage ? »

 Tels Macron et Valls, les rats veulent quitter le navire et courent comme des dératés sur le pont sans trouver d’issue, tout en se flanquant des coups de dents :

« Si je me jette à la flotte, je vais couler. Si je reste sur le pédalo, je vais couler aussi. Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? L’état de la France aujourd’hui ? Mais on s’en tape, de l’état de la France aujourd’hui ! La seule chose qui importe, c’est l’élection présidentielle de 2022. Le reste, on s’en fout !»

Primaire têtes à claques

L’opposition n’a pas encore retrouvé les chaises à porteur du pouvoir qu’elle se dispute les gamelles du futur. La primaire de la droite prend des allures d’équipe de foot avec ses onze candidats qui, dès septembre, vont disputer le Championnat de France du lancer de couteaux dans le dos et la Coupe des têtes à claques. Alain Juppé a la cote mais tiendra-t-il jusque-là ? En matière de coups tordus son rival Nicolas Sarkozy est insurpassable. Un homme qui, jadis, avait roulé Charles Pasqua dans la farine pour enlever la mairie de Neuilly n’est pas seulement un expert, c’est une référence.

Si la lutte des personnes est féroce, le combat des idées, lui, est aussi absent qu’un rayon de soleil. Les candidats de la droite prônent tous l’ultralibéralisme sans se poser la question de l’acceptation de ces mesures par les citoyens, alors que l’actuelle révision de la Loi Travail est en train de bloquer la France.

Extrême-gauche homéopathique

La dilution risque fort de réduire l’extrême-gauche à l’état de molécule homéopathique. Même le Parti communiste éclate en tendances, ce qui doit faire tourner la dépouille de Maurice Thorez à la manière d’une foreuse de tunnelier. Sans compter que Mélenchon ira à la bataille, seul contre tous. Et pas question de se lancer dans une autocritique comme autrefois, de se demander pour quelle raison tous les régimes que l’extrême-gauche a soutenu ont fait le malheur des peuples au lieu de les conduire vers les routes fleuries du bonheur ouvrier.

Le Blocher de Béziers

Cette France à l’état liquide coule sans obstacle vers les rives du Front national et de sa blonde harengère. Mais l’extrême-droite n’échappe pas pour autant au phénomène dilatoire. Passons sur le duel père-fille, en voie de résolution par l’écoulement du temps. Passons même sur le duel tante-nièce. Les médias ont beau jeu de souligner le discours ouvriériste de Marine Le Pen au nord de la France, en opposition avec les options nationales-libérales de Marion Maréchal-Le Pen, au sud. Mais intervertissez les positions géographiques des deux Lepenettes et vous aurez une Marion qui, devant les anciens mineurs et les ouvriers au chômage du nord, vantera les mérites de l’intervention de l’Etat et une Marine qui, face aux petits commerçants et aux retraités du sud, réclamera la liberté totale d’entreprise. Les partis nationalistes ont toujours développé ce double langage. C’est ce qui a fait leur succès dans les années 1930.

Le danger de dilution de l’extrême-droite se situe ailleurs. Vers Béziers, la ville qui a réussi à se donner un maire situé à la droite de Marine Le Pen, Robert Ménard, ex-gauchiste, ex-socialiste, ex-humanitaire devenu droitiste tendance TPMG (Tout pour ma gueule). Il y a peu, Robert Ménard a réuni dans son antre bitterois les multiples tendances qui vont de l’aile nationaliste du parti LR jusqu’à « la droite de la droite »: les villiéristes, les chrétiens-démocrates fondés par Christine Boutin, Debout La France de Dupont-Aignan et autres grenouilles des bénitiers intégristes ou crapauds des marais souverainistes.

Ménard a aussi invité le Front national. Après moult hésitations, les deux députés frontistes, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, ont fait le voyage de Béziers. Mais pour en partir aussitôt non sans avoir claqué la porte après s’être rendu compte que Ménard cherchait à faire de son mouvement « Oz la droite », un concurrent direct du Front national.

Robert Ménard affirme être d’accord avec 80% des idées de Marine Le Pen, à savoir la politique xénophobe et de fermeture totale des frontières, mais en opposition frontale avec le 20% restant, à savoir la protection sociale et le rôle dirigeant de l’Etat dans l’économie. Au fond, Ménard cherche à devenir pour la France, ce que Blocher est pour la Suisse, un conservateur national-libéral. Lapsus révélateur ? En faisant référence, pour nommer son mouvement, au Magicien d’Oz, Robert Ménard a oublié que ce personnage est un imposteur dans le livre de Lyman Frank Baum.

Dès lors, à peine l’extrême-droite a-t-elle le vent en poupe que la voilà prise dans les remous de la dilution.

Nuit Debout à dormir couché

Et le mouvement Nuit Debout ? Il a fait naître le fugitif espoir qu’un mouvement de type nouveau allait se créer à partir de la base. Pour l’instant, il n’a pas dépassé le stade oral, celui où, l’un après l’autre, chaque orateur d’occasion s’exprime pour s’écouter bavarder. En l’absence de perspective politique, il s’essouffle. On est loin de Podemos ou d’Occupy Wall Street. Quant à l’union nationale qui avait fait parcourir un frisson de ferveur collective après les attentats de Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, elle est l’une des victimes collatérales des autres attentats, aveugles ceux-là, de novembre dernier. Les grands défilés du 11 janvier 2015 ont sombré à leur tour.

Benzema en ligne de partage politique

Dans de nombreux pays, le foot constitue le seul élément fédérateur. La France ne peut même pas s’en prévaloir. Alors que son équipe nationale est capable d’emporter l’Eurofoot, dont la phase finale se déroule sur son sol, elle s’est embarquée dans une ahurissante polémique à propos de la non-sélection de Karim Benzema. Voilà le sélectionneur Didier Deschamps traité de raciste ou en tout cas d’avoir trop écouté la vox populi qui voulait bouter l’attaquant du Real hors les Bleus. Benzema est devenu une ligne de partage politique : à gauche, ceux qui le défendent ; à droite, ceux qui le vilipendent. Difficile de faire plus absurde. Mais c’est le Père Ubu qu’il faut élire à l’Elysée, Cornegidouille !

Tout élan retombe aussitôt. Tout espoir d’en sortir s’obscurcit, à peine est-il entrevu. Impression que la vie coule entre les doigts, de n’avoir prise sur rien. Alors, on vous dit, en continuant de filer la métaphore météorologique :

 « Vous savez pour que la France change, il faudrait un sacré coup de tonnerre, une vraie bourrasque sociale comme la tempête qui a rendu chauves les forêts du Sud-Ouest à l’orée de l’an 2000. »

Et chacun d’espérer et de redouter en même temps, ce coup de Trafalgar. Mais aucun bulletin météo n’est en mesure d’en fixer la date.

 Jean-Noël Cuénod

 

 

 

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01/06/2016

Vous la voulez comment, votre colère?

France bloquée. La CGT grève. La pluie renchérit. Macron s’ISF grave. Hollande hollandit. Valls valsera. La déprime s’imprime.  Il y a de l’ire dans l’air. Il y en a pour toutes les colères.

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19:32 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : #colère sociale, #france, #iniondation | |  Facebook | | |

30/05/2016

François Hollande : « Avec moi, le déluge, c’est maintenant ! »

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 Signes prémonitoires tombés du ciel. Mardi 15 mai 2012, il pleut sur Paris. Comme d’habitude. Les Champs-Elysées ont été vidés de leurs voitures pour n’en laisser rouler qu’une seule, celle du nouveau président de la République. Des barrières sont disposées sur la couture entre trottoir et chaussée pour contenir la foule.

Quelle foule ? Quelques futurs déçus se sont emballés de plastique pour applaudir, sans trop se mouiller, celui qu’ils conspueront dans quatre ans. Une poignée de touristes asiatiques qui font des selfies en profitant de la vue dégagée sur l’Impérial Tabouret que leur guide nomme Arc-de-Triomphe.

Quel triomphe ? Les rares applaudissements sont couverts par le tamtam de l’averse ou étouffés par l’emballage des badauds.

Voilà maintenant, le président tout neuf – debout à l’arrière de sa Citroën DS5 décapotable – qui salue le vide, sans parapluie, sans imper, sans chapeau. Stoïque, comme les chevaux de la Garde Républicaine qui trottent à ses côtés, la robe aussi trempée que le costume présidentiel.

Gris aussi, le costume. Comme la Citroën DS5. Comme le ciel. Comme « la-plus-belle-avenue-du-monde ». Comme l’Impérial Tabouret. Comme les arbres. Comme le casque des gardes républicains. Comme la mine des touristes. Voilà un quinquennat qui commence en couleurs.

Quatre ans plus tard, presque jour pour jour, les photographes immortalisent François Hollande et Angela Merkel en train de commémorer, sous un parapluie commun, la tuerie de Verdun. La pluie colle à Hollande comme une Rolex au poignet de Sarkozy. Il est vrai qu’un soleil radieux aurait été indécent en un tel lieu de sang et de boue.

Entretemps, la pluviométrie présidentielle n’a cessé de battre des records. Pour le plus grand bonheur des médias. Pluie pour célébrer le débarquement en Normandie peu après l’humide intronisation présidentielle. Trombes d’eau lors de la visite, en 2014 à l’Ile de Sein avec la célèbre photo des lunettes de Hollande emperlées d’eau. Même là où règne la sècheresse, le président le plus humide de l’Histoire de France déclenche les écluses célestes, comme il y a deux ans à Mayotte. Le Grand Sorcier Blanc avait alors ironisé sur ses pouvoirs aquatiques  : « Je viens un jour à Mayotte et il pleut. Je sais que ça fait quatre mois que vous attendiez ce moment et j’ai donc organisé ce déplacement à cette fin. »

Tout le monde se gausse de cette particularité de Hollande (pays où, il est vrai, sortir sans parapluie est fortement déconseillé). Tous les médias égrènent régulièrement les épisodes pluvieux du quinquennat. C’est donc cette image qui restera pour la postérité: celle d’un porteur de lunettes embuées, attendant en vain sous les seaux d’eau que le soleil revienne. Injuste ? Peut-être. Vision superficielle ? La surface n’est que le fond rendu visible. Il y a toujours une vérité lorsqu’une image revient de façon aussi récurrente.

« Après moi, le déluge », disait Louis XV, arrière-petit-fils du Roi Soleil. Réplique de François Le Pluvieux : « Avec moi, le déluge, c’est maintenant ! »

 Jean-Noël Cuénod

 

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26/05/2016

France bloquée et Marine Le Pen en embuscade

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La loi Travail fait souffler un vent de folie suicidaire sur la gauche, la droite libérale et la CGT. Qui va tirer, de ce jeu pervers, son épingle enduite de curare ?

Raffineries bloquées. Grèves dans les transports. Journaux empêchés d’être diffusés. Pays en panne. Menaces sur une reprise économique flageolante… La CGT ne dispose plus de la puissance de feu qui fut la sienne jadis, mais elle fait jouer à fond ce qui lui reste de pouvoir de nuisance contre la loi Travail.

Si l’on s’en tient strictement au texte de ce projet, la stratégie extrémiste de la centrale syndicale est incompréhensible. Après tout, le texte proposé comporte des avancées substantielles en faveur des salariés : compte personnel d’activité qui leur permet de conserver leurs droits même s’ils changent d’emploi ou de région, retraite anticipée en cas de travail pénible, meilleure protection des femmes, notamment en matière de congé-maternité et renforcement des contrôles contre le travail illégal.

La CGT (de même que FO et d’autres centrales de moindre importance) focalise ses critiques sur un point principal appelé en technolangue, « inversion de la hiérarchie des normes ». Cela signifie, en gros, que dans le domaine de l’organisation et de la durée du travail, un accord passé entre direction et salariés au sein d’une entreprise peut être « moins disant » qu’un accord conclu au niveau supérieur, soit celui des branches d’activité (la France en compte 942). Pour la CGT, la pression du patron est plus forte au sein d’une entreprise que dans le contexte plus général de la branche professionnelle, d’où risque de tirer les conditions de travail vers le bas.

Réplique de la CFDT, l’autre grande centrale syndicale, qui défend la nouvelle mouture de la Loi Travail:

La nouvelle architecture du Code du travail prévue par la deuxième version du projet de loi, suite à notre intervention, ne consiste pas en une « inversion » de la hiérarchie des normes. Elle donne la possibilité à la négociation d’entreprise et de branche d’adapter le droit aux situations concrètes, sans pouvoir déroger aux droits fondamentaux des salariés et sous certaines conditions strictes : les accords (accords temps de travail tout de suite, tous les accords en 2019) devront être majoritaires à 50 %. S’il n’y a pas d’accord, c’est le droit existant qui s’applique. Personne n’est donc obligé de négocier si le rapport de force ne lui parait pas favorable dans l’entreprise.

La bureaucratie syndicale aux abois

A l’évidence, ce n’est pas la teneur même du texte qui devrait susciter une réaction aussi disproportionnée. L’action de la CGT doit donc obéir à d’autres facteurs qui ressortissent surtout à sa perte d’influence et aux crises internes que la centrale est incapable de gérer depuis plusieurs années.

Son principal concurrent, la CFDT, est en passe de la dépasser en influence. Or, c’est ce numéro 2 qui est parvenu à modifier le texte initial dans un sens plus favorable aux travailleurs. Et cela, la CGT ne le supporte pas. Déjà, la CFDT est mieux représentée dans le secteur privé. Si elle progresse encore dans d’autres secteurs, c’est la survie même de la CGT est en jeu. Ou plutôt la survie de ses permanents. Dès lors, la CGT représente avant tout les intérêts de sa bureaucratie, sous couleurs de défense des salariés. Quant à l’intérêt général, on s’en moque comme de sa première calculette.

Le gouvernement, grand chorégraphe du faux pas

Il faut dire que dans cette affaire, le gouvernement socialiste a élevé le faux pas au rang de grande figure chorégraphique. Ce type de projet de loi techniquement complexe et socialement hypersensible aurait dû être lancé au début du quinquennat et non pas un an avant son terme, le temps d’organiser ce dialogue social dont François Hollande récite les louanges façon mantra mais dont il est un bien piètre pratiquant.

Au lieu de cela, nous avons eu droit à des séquences désordonnées entre versions très libérales, moins libérales, de nouveau libérales, puis moins libérales, avec les déclarations d’un ministre aussitôt contredites par un sien collègue, suivies dans la foulée d’un rétropédalage-recadrage du premier ministre Valls,  pour parvenir enfin, grâce à l’apport de la CFDT, à une version plus équilibrée entre les intérêts des entrepreneurs et ceux des salariés.

 Il s’en est suivi une impression de confusion, d’incohérence et d’incompétence suscitée par le gouvernement, ce qui a eu pour effet direct d’affoler les citoyens qui rejettent ce projet de loi sans l’avoir lu. En matière de communication, il est difficile de faire plus nul.

La réponse de la droite ? L’ultralibéralisme !

Mais que dire de la droite libérale ? Elle crie à la démission du gouvernement, alors que ce qu’elle craint le plus c’est de revenir maintenant au pouvoir, plus sûr moyen de perdre l’élection présidentielle de 2017. Là aussi, peu importe l’intérêt général. Jetons encore un peu d’huile sur le feu, ça risque de nous servir.

Quelle est la réponse de cette droite à l’inquiétude populaire soulevée par la Loi Travail ? La multiplication des programmes plus ultralibéraux les uns que les autres. Les propositions des candidats du parti LR à la primaire – François Fillon, Alain Juppé, Bruno Lemaire, mais aussi Nicolas Sarkozy, candidat sans l’être tout en l’étant – transformeraient Margaret Thatcher en harpie collectiviste et Ronald Reagan en porte-parole de Bernie Sanders. Ils ont vraiment tous compris, les candidats de la droite de gouvernement ! Si un texte modéré comme la loi Travail met la France à feu et à sang, on imagine l’état de ce pays lorsque leurs propositions seront à l’ordre du jour.

Pendant ce temps, Marine Le Pen…

Pendant que la CGT joue les pompiers pyromanes, que la gauche et le gouvernement ne savent plus où ils habitent et que la droite classique fait assaut d’ultralibéralisme, Marine Le Pen se frotte les mains. Tout ce beau monde est en train de d’aménager pour le Front national un boulevard bien asphalté.

Pour l’instant, les sondages d’opinion mettent les risques de pénurie, les menaces qui pèsent sur l’Eurofoot, les grèves, les cortèges sur le dos du gouvernement et épargnent la CGT. Mais rien n’est plus volatil qu’une opinion. Si les conflits persistent et que l’approvisionnement en carburant se tarit, la colère publique risque de se retourner contre la centrale syndicale. La France est sur le fil du rasoir. Il suffirait d’un drame, d’une mort pour que la violence sociale s’embrase.

La tactique de Marine Le Pen consiste donc à apparaître comme un rempart contre le désordre gauchiste, l’impéritie gouvernementale et la surenchère ultralibérale. Les commentateurs pourront toujours dénoncer le charlatanisme des propositions économiques du FN – étatistes au nord de la France, libérales au sud, en fonction de son électorat –, sa xénophobie inaltérable et l’amateurisme de ses cadres, ils n’auront aucune oreille pour les écouter, tant la colère contre les partis de gouvernement est intense.

Une idée risque de surnager de ce magma : « On a vu les autres, essayons le FN ». Cela n’empêche nullement la CGT, la gauche et la droite libérale de foncer vers les précipices en sonnant le clairon.

Jean-Noël Cuénod

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25/05/2016

Les écoliers musulmans devront serrer la main de leur enseignante

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 Rappelez-vous, l’affaire avait fait grand bruit à Therwil, en Suisse et même au-delà. Le 7 avril dernier, Le Plouc commentait la décision prise par la Commission scolaire de cette petite ville de Bâle-Campagne d’exempter deux collégiens musulmans de la traditionnelle poignée de mains entre profs et élèves au début des cours. Ces deux adolescents de 14 et 15 ans avaient refusé ce salut sous le prétexte que l’islam leur interdisait de « toucher la main d’une femme ».

Or, ce mercredi, les autorités cantonales de Bâle-Campagne ont annulé cette exemption en décidant qu’une enseignante peut exiger d’un élève qu’il lui serre la main. En cas de refus, les parents risquent un avertissement et, en cas de récidive, une amende pouvant atteindre 5000 francs (4520 euros).

Voilà qui est clair. L’islam n’est pas un motif pour refuser de serrer la main de son enseignante. Et les premiers à se féliciter de cette salutaire décision bâloise sont les nombreux démocrates musulmans suisses, comme le signale cette interview, parue dans la Tribune de Genève, de Saïda Keller-Messhali, présidente du Forum pour un Islam progressiste (pour la lire cliquer ici).

Voilà qui est clair, disions-nous. En effet, c’est de clarté dont nous avons besoin dans les rapports entre musulmans et non-musulmans au sein des pays européens. Les musulmans ont le droit de pratiquer leur religion, d’exprimer leur foi publiquement en respectant la paix publique. Mais dans les relations entre citoyens, ils doivent se plier aux us et coutumes de ceux qui les ont précédés. Chez nous, on serre la main des profs en guise de respect mutuel. Qu’ils soient hommes ou femmes. Point final.

Jadis, nos contrées reléguaient la femme à un rang de mineure. Aujourd’hui, elles rejettent cette discrimination. Que d’aucuns exigent un retour en arrière en infligeant à la femme des marques de mépris est inacceptable. Et qu’ils obéissent à des mobiles religieux ne rend pas leur comportement moins odieux.

Cette clarté, seule la laïcité est à même de la porter dans nos sociétés. Or, Bâle-Campagne, comme la plupart des cantons suisses – à la notable exception de Genève et de Neuchâtel – n’est pas laïque. Il reconnaît comme collectivités de droit public, l’Eglise protestante et les deux Eglises catholiques (romaine et chrétienne ou vieille-catholique). En revanche, les autres institutions religieuses ne disposent pas de cette reconnaissance officielle[1]. Dès lors, sans un mur séparant la religion de l’Etat, le flou s’installe là où devrait régner la clarté. Ce déséquilibre entre les communautés religieuses risque fort de susciter un sentiment de frustration chez les citoyens qui professent une confession non-reconnue. Et cette sorte de « mise à l’écart » ne concerne pas que les musulmans. Les pratiquants d’autres religions mais aussi les athées seraient en droit de douter de la neutralité d’un canton qui aurait « ses » Eglises officielles.

Perpétuer le système des religions d’Etat (ou de canton), c’est perpétuer une configuration malsaine par essence.

 Jean-Noël Cuénod

 

[1] Plusieurs cantons reconnaissent aussi la Communauté juive comme collectivité de droit ou d’intérêt public. Mais aucun d’entre eux n’accorde cette reconnaissance à l’islam, au bouddhisme ou au christianisme orthodoxe, pourtant bien représentés en Suisse.

19:42 | Lien permanent | Commentaires (51) | Tags : islam, ecole, laïcité, etat | |  Facebook | | |

20/05/2016

#NuitDebout ou comment sortir de l’impasse

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 Drôle d’ambiance, jeudi, à l’arrivée place d’Italie de la manif contre la Loi Travail. Impression d’avoir en face de soi, non pas une foule cohérente dans sa colère, mais un grand nombre de groupes détachés les uns des autres. Une pluralité d’entre-soi manifestant.

Des porteurs de drapeaux noirs conspuent le Service d’Ordre de la CGT. Et convergent vers la mairie du XIIIe arrondissement dirigée par le socialiste Jérôme Coumet (photo jnc). Des anars ? Si l’on veut. Apparemment, ils n’ont ni la tenue, ni l’organisation, ni la tactique, ni l’armement des activistes du Black Bloc. Sur les CRS chargés de protéger la mairie, on jette bouteilles et canettes, sans conviction. Comme une sorte de rituel obligé, accompli sans trop y croire.

Pourtant, la manif de jeudi est plutôt réussie. Les participants semblent plus nombreux que lors du dernier cortège, mardi. Mais ce face-à-face entre quelques manifestants et les forces de l’ordre, avec la mairie du treizième comme enjeu, illustre bien, par son caractère dérisoire, l’impasse dans laquelle risque de s’épuiser le mouvement Nuit Debout.

A quoi ça ressemble, je vous le demande, de s’attaquer à un édifice municipal, même si un maire du parti gouvernemental l’occupe ? Et à quoi ça sert, je vous le redemande, de s’attaquer à des flics qui obéissent aux ordres, sinon à les souder encore plus au Front national ?

La plupart des porte-paroles de Nuit Debout récusent toute récupération politique. Belle attitude. On fait dans le pur et dur, c’est bien. Sauf que si elle ne trouve pas une traduction dans la réalité sociale et dans la lutte politique, Nuit Debout tombera en sommeil.

Pour sortir de l’impasse, il convient de regarder ailleurs. Occupy Wall Street a provoqué l’incroyable percée de Bernie Sanders ; Los Indignados sont à la base des succès de Podemos. Ces mouvements ont accepté de mettre les mains dans le cambouis de la politique. Alors, oui, c’est salissant, c’est tout sauf glamour. Il faut même ­– ô horreur – consentir à des compromis pour avancer ses pions.

Certains préfèrent la pureté de l’inefficacité. On s’endort, l’âme immaculée, rejoindre le pays des rêves révolutionnaires. Quitte à se réveiller de temps à autres en traitant ceux qui bossent de social-traîtres. Pour après, cette noble indignation étant satisfaite, se rendormir dans des draps de soie, mais rouges.

L’utilité de Nuit Debout est de dérouler la parole afin de faire renaître de ses cendres la gauche française qui a perdu tout crédit avec l’action au pouvoir du Parti socialiste et l’impuissance totale des autres formations. Mais ce travail indispensable est parasité par des va-t-en-guérillas qui ne font que provoquer la désunion du mouvement.

Des canettes de bière sur des casques en kevlar n’ont jamais fait trembler le Système sur ses bases. Au contraire. Il est content, le Système. Pendant que des manifestants s’essoufflent à jouer aux Guevara pour terrasses de bistrots, il table sur le pourrissement du mouvement. Et à ce petit jeu, il gagnera, le Système. A coup sûr.

Jean-Noël Cuénod

 

18:21 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : nuitdebout, france, politique | |  Facebook | | |

18/05/2016

Esotérisme et politique, un couple sous haute tension

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Georges Washington, franc-maçon et bâtisseur des Etats-Unis

Remarque liminaire avant d’aborder ce sujet. Les Loges interdisent d’aborder les questions politiques et religieuses. Or, sous tous les cieux maçonniques, les Ateliers ont abordé, abordent et aborderont ces deux sujets qui forment la base de la vie collective. Et il ne saurait en être autrement, dans la mesure où rien de ce qui est humain n’est étranger à la Franc-Maçonnerie. Il reste à savoir comment les évoquer.

En matière politique et religieuse, ce que la Franc-Maçonnerie proscrit, c’est le débat politicien, partisan, au cours desquels on s’étripe pour l’une ou l’autre cause, pour l’un ou autre leader, ainsi que les expressions purement confessionnelles qui tournent forcément au prosélytisme et aux déchirures communautaires. Le débat partisan et le débat confessionnel divisent, alors que le propos de la Franc-Maçonnerie est de réunir ce qui est épars, selon la formule consacrée dans de nombreux rites.

Dès lors, aborder la politique - au sens de son étymologie tirée du mot grec politikè qui signifie, science des affaires de la Cité – est légitime en Loge. De même, la religion – déconnectée de ses aspects confessionnels – a toute sa place dans un travail en Atelier, notamment selon l’étymologie latine de la religion qui recèle trois significations possibles :

  • Relegere- Recueillir, avec la notion de scrupule.
  • Relinquere- Laisser, avec les notions de distance, respect, précaution.
  • Religare - Attacher, avec la notion de lien, relier.

Par commodité de langage – ou par paresse intellectuelle –  le mot « religion » est trop souvent réduit au synonyme d’  « Eglise » ou d’  « institution religieuse » alors qu’il est beaucoup plus riche en significations.

Venons-en maintenant au thème indiqué par le titre: « Esotérisme et politique, un couple sous haute tension ».

Ne pas confondre emblème et symbole

Tentons cette définition de l'ésotérisme : démarche visant à connaître ce qui est caché à la première vue de l'humain et forme les trames cachées de la vie.

  L'ésotérisme est un mot dérivé du grec ésotérikos, soit « doctrine des choses intérieures », destinée à un petit nombre d’adeptes dûment préparés pour l’étudier. Son contraire est l’exotérisme, doctrine destinée à être diffusée pour tous. Cela signifie-t-il que l’ésotérisme est réservé à une élite autoproclamée telle et l’exotérisme, à la masse ? Non. Chacun peut se lancer sur le chemin de l’ésotérisme, s’il se sent appelé à l’emprunter. Nul besoin de diplôme, de certificat d’hérédité. Mais cette approche nécessite un travail à la fois personnel et collectif qui ne peut s’accomplir sans autodiscipline et assiduité. Il s’agit donc d’un état d’esprit et d’une ascèse qui, par la force des choses, n’attirent pas les foules. L’effort reste un épouvantail efficace.

L’ésotérisme se propose d'appréhender le point idéal où les contradictions qui forment l'univers tangible apparaissent complémentaires dans leur unité première.  Pour ce faire, les ésotéristes disposent d'un mode d'enseignement particulier basé sur la réflexion, la méditation et la compréhension intime des symboles qui ont traversé les siècles par le truchement d'organisations initiatiques, régulières et traditionnelles, telles que la Franc-Maçonnerie.

  Ce langage symbolique permet à l'ésotérisme de déployer tous ses effets. N'étant pas entravé par la barrière des conventions édictées pour les langages oraux et écrits, il va au coeur de la connaissance par un réseau de relations analogiques. Il s’agit, selon le philosophe français Pierre Riffard, d’un langage naturel, qui établit des relations non conventionnelles entre le signifiant et le signifié. Un symbole contient en lui-même moult significations – à la manière des poupées russes. Pour découvrir cette multiplicité de sens induit par un seul élément, l’adepte doit suivre, étape par étape, son parcours vers une compréhension toujours plus fine et plus diverses.

Cette démarche symbolique et progressive utilise le raisonnement par analogie et la réflexion sur les correspondances. Un élément A correspond à un élément B qui semble, en apparence, de nature ou d’aspect différent mais dont l’ésotériste perçoit – par raisonnement et/ou intuition – les liens cachés qui les unissent. Et de correspondances en correspondances, l’ésotériste cherche à aller toujours plus avant dans sa quête de vérités (avant de prétendre aborder la Vérité, mais cela est une autre histoire). C’est Baudelaire qui a le mieux illustré ce processus dans son célèbre poème tiré des Fleurs du Mal et intitulé, justement, Correspondances:

La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

    

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

 

Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

  Nous noterons que le poète a utilisé à sept reprises le mot « comme » qui est la clé du raisonnement analogique. Grâce à cet adverbe, la langue réunit ce qui est épars. Quant au nombre 7, il est douteux que Baudelaire, très au fait de la symbolique des nombres, l’ait choisi par hasard.

L’inconscient au boulot !

Le symbolisme maçonnique ne s’adresse pas qu’à la conscience. En Loge, l’inconscient, lui aussi, travaille. Ainsi, les rituels – qui mettent en mouvement les symboles – s’adressent-ils aussi à notre part d’ombre, ce qui ne va pas sans danger. D’où l’importance d’utiliser des rituels qui ont démontré leur caractère constructif – ce n’est pas pour rien que la Maçonnerie puise dans la construction une grande part de ses outils symboliques – et de les respecter. Le rituel n’est pas là pour faire joli ! Il s’agit d’une mise en œuvre qui mobilise de façon complexe tous les états de notre être et qui peut, au bout du processus – si tant est que celui-ci a une fin – faire émerger les contenus inconscients à la conscience, en d’autres termes, réconcilier l’individu avec lui-même en élargissant le champ de sa conscience, réunir ce qui, en lui, est épars.

 Concernant les relations entre ésotérisme et politique, il faut établir une distinction essentielle avant d’aller plus loin. Par sa pluralité de significations possibles, le symbole ne saurait être confondu avec l’emblème. Celui-ci ne signifie qu’une seule chose : le drapeau rouge à croix blanche caractérise la Suisse et non pas une autre entité. Le symbole est foisonnant, l’emblème est sec.  La recherche symbolique est une quête dont les découvertes sont constamment remises en question. Le symbole pose chaque fois de nouvelles questions et n’induit aucune réponse définitive. C’est la marche qui fait son prix et non pas le but. Alors que l’emblème, lui, ne donne qu’une seule réponse et n’en induit pas d’autres ou alors en nombre très limité. Il recèle en lui les germes d’une forme autoritaire de langage.

Premier écueil entre ésotérisme et politique : leurs difficiles et périlleuses relations buttent souvent sur cette opposition symbole-emblème. Le monde politique apprécie les emblèmes. Ses partis en sont de gros consommateurs, sous formes de drapeaux, logos, couleurs, slogans. De même, l’état d’esprit des femmes et hommes politiques est plus empreint d’emblèmes que de symboles. Le pouvoir ne peut pas se payer le luxe de faire succéder les questions aux questions. Il doit donner des réponses, temporaires, certes, mais des réponses tout de même. Et faire preuve d’autorité, ce qui se conjugue fort mal avec les libres associations d’idées et d’images, privilèges du langage symbolique de l’ésotérisme. Dans les médias, la confusion entre démarche emblématique et démarche symbolique intervient systématiquement. Tel ministre a pris une décision « symbolique », tel président a accompli un geste « symbolique ». Or, cette décision ou ce geste ne relève pas du symbole mais de l’emblème. Par sa décision, le ministre a voulu signifier une seule chose et non pas un élément avec une pluralité de sens ; par son geste, le président, a voulu adresser un message univoque à telle ou telle partie de la population. Nous restons donc bien plantés dans le domaine de l’emblématique.

Certes, les méchantes langues rétorqueront que les propos des politiciens sont souvent volontairement ambigus et signifient parfois une chose et son contraire. Feu le président Mitterrand ne disait-il pas que l’on sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ? Mais on ne saurait confondre langage symbolique et double langage. Celui-ci procède de la tactique qui ne vise qu’un seul objectif : le pouvoir. A conquérir. Ou à conserver. Nous restons fort éloignés de la libre association d’idées et de la pluralité de sens propre au langage symbolique. Le double langage demeure donc dans la sphère du langage emblématique.

On le constate d’emblée, l’ésotérisme et la politique éprouvent de la difficulté à trouver un langage commun. Cela dit, pourquoi devraient-ils dialoguer ? Après tout, chacun pourrait rester dans son coin sans se soucier de l’autre. Mais voilà, tel n’a pas été le cas. Aussi loin que l’on remonte dans l’Histoire, politique et ésotérisme ont formé un couple sous haute-tension. Sans doute, ces noces étaient-elles inévitables, dans la mesure où la politique a souvent été fascinée par les pouvoirs occultes qu’elle attribue à l’ésotérisme. Celui-ci de son côté a parfois cédé aux sirènes des politiciens, pensant tenir ce pouvoir d’influence qui lui a été tant reproché. L’écrivain franc-maçon Daniel Béresniak a souligné les dangers de ces dérives dans son livre Les bas-fonds de l’imaginaire (éditeur : Detrad) :

Regarder toute définition comme l’écorce d’une autre à découvrir est (aussi) le but de l’ésotérisme. Ce qui est visible cache toujours quelque chose. Mais cette quête du « caché », si elle est libératrice, peut être aussi pathogène. Qui aspire à dominer ses semblables découvre dans la face cachée des choses des vérités éternelles propres à cautionner son désir. 

  Il n’y a donc pas de gentils ésotéristes, d’un côté, et de méchants politiciens, de l’autre. Il y a certains humains qui cherchent à en aliéner d’autres pour asseoir leurs profits, leurs pouvoirs, voire les deux à la fois.

Esotérisme et occultisme, ésotérisme et mystique

A la source de ce malentendu entre le politique et l’ésotérisme, apparaît la confusion entre ésotérisme et occultisme. Si certains hommes de pouvoir – surtout dans les dictatures – lorgnent vers l’ésotérisme, c’est en raison de cette confusion. Comme la plupart des gens, ils pensent que les deux termes sont absolument synonymes. Or, même si leur parenté est indéniable, ils ne sont toutefois pas superposables. Certes, l’un et l’autre signifient la même chose, à savoir la connaissance de ce qui est caché. Mais après ce tronc commun, ces deux branches divergent.

  Pour Robert Amadou,  l’occultisme est l’ensemble des théories et des pratiques fondées sur la théorie des correspondances selon laquelle tout objet appartient à l’ensemble unique et possède avec tout autre élément de cet ensemble des rapports nécessaires, intentionnels, non temporels et non spatiaux.  (cf.  L’Occultisme : esquisse d’un monde vivant, Editions  Chanteloup »).

Dès lors, l’occultiste s’attache à comprendre les forces dites psychiques (à défaut d’autres termes plus adéquats), ces puissances de l’ombre qui entretiennent entre elles et avec le monde visible des rapports occultes. Puis, il cherche à les utiliser en usant d’un ensemble de techniques que l’on qualifie souvent de « magiques ». Par cette utilisation de pouvoirs mystérieux – réels ou fantasmatiques – l’occultisme ne peut que séduire le monde politique, surtout dans ses versions totalitaires.

Dans l’ouvrage cité plus haut, Daniel Béresniak met en garde contre la confusion entre occultisme et ésotérisme :

Certes, les deux termes désignent ce qui est caché, mais tandis que l’occultisme est la recherche du pouvoir sur les choses, l’ésotérisme est la recherche des strates du sens d’un texte (…) L’occultiste se présente comme le manipulateur des choses afin d’exercer un pouvoir. L’ésotériste, quant à lui, veut percer le sens littéral d’un récit, d’un témoignage, d’une affirmation pour éclairer les strates plus profondes du sens.

De même, l’ésotérisme est souvent confondu avec le mysticisme. Le mystique cherche à s’ouvrir au Divin et peut d’ailleurs recevoir des marques de sa présence sans l’avoir forcément voulu, tel Paul Claudel frappé par la foi en 1886 derrière un pilier de Notre-Dame. L’ésotériste, lui, va soulever les jupes du Divin pour tenter d’aller toujours plus loin dans sa compréhension de ce qui nous dépasse.

En résumé, la mystique est une ouverture, l’ésotérisme, un travail et l’occultisme, une technique.

Si la confusion entre mysticisme et ésotérisme ne prête guère à conséquence, il n’en va pas du tout de même concernant l’amalgame entre l’ésotérisme et l’occultiste.

L’Histoire fourmille de rhizomes entre occultisme et le pouvoir politique. Utiliser l’invisible pour gérer le visible est une tentation des politiques, même de ceux qui font profession de rationalisme.

De toutes les collusions entre pouvoir et ésotérisme à sa forme d’occultisme dévoyé, celles provoquées par les dirigeants nazis se sont révélées les plus infâmes et les plus funestes. L’idéologie hitlérienne est née d’un mélange de paganisme, de christianisme germanisé et défiguré en antisémitisme, d’exaltation du panthéon des dieux germaniques, de célébration de la « race » aryenne, dont les Germains seraient les descendants les plus directs, et d’appel à la pureté raciale. Ces virus de la pensée se trouvent dans les écrits d’auteurs allemands et autrichiens du XIXe siècle, tous férus d’occultisme. Ils se sont répandus dans des cercles à prétention occultiste, tels l’Ordre des Germain et la Société de Thulé qui avait la croix gammée pour emblème. On sait l’usage que fera Hitler de ce signe, dont la puissance d’évocation se manifeste dans son universalité, puisque l’on trouve des traces du svastika en Europe, Asie, Océanie et même dans certaines tribus amérindiennes.

Cette passion nazie pour l’occultisme s’est traduite par la création, en juillet 1935 par Heinrich Himmler, de l’ Ahnenerbe (héritage des ancêtres), organisation à prétention scientifique qui dépendait de la direction des SS et dont le budget atteignait un million de Reichsmark, soit l’équivalent de 400 000 euros, une somme considérable pour l’époque. Formée de plusieurs instituts, l’Ahnenerbe a financé les recherches menées sur les Cathares par l’archéologue SS Otto Rahn, ainsi que des expéditions, notamment au Tibet. L’objet de ces recherches était vaste : symbolisme de diverses traditions, religions, histoires, anthropologies, archéologies.

En outre, Himmler, le chef de la SS, avait mis au point dans son Wewelsburg – château de forme triangulaire – des rituels à prétention initiatique destinés à la fine fleur vénéneuse de la SS.

Enfin, dès l’occupation allemande, les nazis ont mis la main sur les archives du Grand Orient de France en pillant la rue Cadet, comme le relate Sophie Coeuré dans son livre La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi, puis soviétique. Pour les autorités allemandes, il s’agissait de connaître l’un de ses adversaires les plus acharnés, mais aussi de percer ce fameux secret maçonnique. Celui-ci étant incommunicable par essence, on imagine la vanité de leurs recherches.

L’instauration du nazisme relève surtout des domaines sociaux, économiques et politiques. Toutefois, l’usage du svastika comme emblème, l’organisation méticuleuse et rituélique des grands-messes nazies, la sollicitation des pulsions irrationnelles ont tenu un rôle essentiel dans cette montée de l’ignoble.

Cela dit, le contexte que nous venons d’évoquer reste cantonné à celui d’une dictature totalitaire au sens propre, en ce qu’elle veut assujettir l’humain dans toutes ses dimensions. Mais il est nécessaire de le garder en mémoire afin de ne pas oublier à quel point l’ésotérisme peut être dévoyé.

Les relations entre politique et ésotérisme se définissent en termes bien différents dans les Etats démocratiques. Le recours à l’occultisme y est fort marginal et se réduit, la plupart du temps, aux consultations discrètes d’astrologues par des responsables politiques. Sur un plan moins anecdotique, ce contexte démocratique pose la question de l’engagement ou non de la Franc-Maçonnerie dans le libre débat politique.

L’Ordre  maçonnique, rappelons-le, propose à ses adeptes les symboles qui leur permettront de méditer sur ces questions qui taraudent l’humain dès que ses besoins vitaux sont satisfaits : qui suis-je ? Pourquoi suis-je sur cette terre ? L’initiation, peut-être, leur ouvrira l’œil intérieur qui capte la réalité suprême et véritable de chaque être, au-delà de ses formes changeantes. En ce sens, elle conduit à une ascèse que l’adepte choisit librement.

La double nature de la Franc-Maçonnerie

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Autre chef d'Etat franc-maçon, Winston Churchill

Pourtant, la Franc-Maçonnerie n’est pas uniquement destinée au perfectionnement individuel. Cet Ordre fait aussi partie d’un corps social, au sein duquel il doit jouer sa partition.

Alors, sur quel registre, la Franc-Maçonnerie peut-elle intervenir à l’extérieur?

Tout d’abord, elle devrait utiliser le langage propre au débat politique, c’est-à-dire, l’emblématique, en se gardant de parsemer de symbolisme son propos forcément exotérique. Le langage symbolique de l’ésotérisme reste réservé aux Travaux maçonniques internes. Non pas par quelque aspiration ségrégationniste et élitiste, mais en raison de la nature même de l’initiation. Le travail symbolique se forge dans le secret des consciences et non dans le tumulte de la vie publique. De plus, on voit avec l’occultisme nazi, à quelle dérive a conduit l’introduction d’éléments relavant du langage symbolique dans un contexte emblématique et politique.

Si elle se garde de brader son langage symbolique dans tous les azimuts, il n’en demeure pas moins que la Franc-Maçonnerie est forcément influencée par sa dimension ésotérique lorsqu’elle prend la parole en place publique. S’il ne faut pas mélanger les plans ésotérique-symbolique et exotérique-emblématique – afin d’éviter que le langage propre à chaque plan ne sombre dans la confusion – ils ne sont pas pour autant cloisonnés chacun dans une étanchéité absolue ; ils seraient plutôt séparés par une membrane poreuse.

La libre association d’idées, le libre jeu des correspondances suscitées par le langage symbolique ont pour corolaire l’abandon du recours aux dogmes et des arguments d’autorité. De cette pratique ésotérique de la Franc-Maçonnerie est née une éthique qui, elle, peut être dévoilée à l’extérieur de son sein.

Cela se traduit par la tolérance et la liberté de conscience qui, à son tour, génère les vertus républicaines, dont la laïcité qui n’est autre que la tolérance mise en acte. Dès lors, en défendant ces principes sur la place publique, la Franc-Maçonnerie tient parfaitement sa partition.

En revanche, elle trahirait ce qui fait sa substantifique moelle, si elle se mettait au service d’un parti, d’un leader, d’un gouvernement ou d’une opposition. Un tel asservissement irait à fin contraire de l’un des ses objectifs qui est – répétons-le une fois de plus – de réunir ce qui est épars. C’est dans cet état d’esprit que la Franc-Maçonnerie peut servir de laboratoire d’idées aux diverses entités qui forment la société.

La Franc-Maçonnerie remplit donc deux missions. D’une part, elle perpétue l’initiation à l’ésotérisme par l’apprentissage du langage symbolique. D’autre part, elle garde et développe les vertus républicaines.

Comme l’expliquait un ancien Grand Orateur pour la langue française de la Grande Loge Suisse Alpina :

 Dès ses origines, la Franc-Maçonnerie a reposé sur deux piliers. D’une part, un engagement humaniste et exotérique collectif, sur le plan culturel, social ou politique. D’autre part, une mission initiatique et ésotérique, individuelle, morale et spirituelle.

On ne saurait donc réduire la Franc-Maçonnerie à l’un ou l’autre de ces deux piliers. La considérer seulement comme un laboratoire d’idées à usage social ou politique est aussi fautif que de ne voir en elle qu’un cénacle uniquement tourné vers l’élévation spirituelle de ses adeptes. Elle comporte ces deux aspects, c’est d’ailleurs ce qui fait sa force et son originalité.

En guise de conclusion, évoquons cet adage inscrit au fronton de certaines Loges :

Médite dans le Temple ;

Agit sur le Forum

Mais ne prend pas le Temple pour un Forum.

Et j’ajouterai, ni le Forum pour un Temple.

Jean-Noël Cuénod

 

 

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12/05/2016

Laïcité et Ville de Genève ou quand le bon sens met les voiles

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Agente de police musulmane dans le Minnesota

En France, à Genève et ailleurs, les élus éprouvent moult peines à mettre le curseur au bon endroit lorsqu’ils abordent les mesures liées à la laïcité, entre le laxisme – qui permet aux communautarismes sectaires de se développer au mépris du bien commun – et la répression – qui vise à empêcher toute expression publique du religieux. Et comme le bon sens est une vertu de moins en moins partagée par la gent politique, ce positionnement de curseur dérape vers la cacophonie.

Ainsi, la conseillère administrative socialiste Sandrine Salerno veut autoriser les fonctionnaires de la Ville de Genève à porter des signes religieux durant leur travail. Voici ses propos rapportés par la Tribune de Genève de mardi 3 mai : « Mon positionnement ne porte pas sur le voile mais plus largement sur les attributs religieux. Ce qui compte, c’est que le fonctionnaire délivre la prestation de manière indifférenciée, quelle que soit la personne à qui elle s’adresse. »

 Or, les fonctionnaires cantonaux, eux, ont l’interdiction de porter des signes religieux distinctifs. Si Mme Salerno est suivie par ses collègues de l’exécutif de la Ville, les fonctionnaires municipaux pourraient porter foulard islamique, kippa ou croix ostensible, contrairement à leurs collègues du canton. A Genève, où le Canton et la Ville sont si imbriqués, on imagine l’incohérence ainsi générée. D’ailleurs, si l’Etat de Genève a interdit le port des signes religieux par ses fonctionnaires durant leur travail (en dehors, ils s’habillent comme ils le veulent), c’est à la suite d’une décision avalisée par le Tribunal fédéral puis la Cour européenne des droits de l’homme dont les jurisprudences s’imposent à tous.

Rappelons qu’une enseignante de l’école primaire de Châtelaine convertie à l’islam avait été interdite de porter le foulard propre à sa religion pendant son enseignement. La Cour européenne avait soutenu la mesure prise par le gouvernement genevois en excipant, entre autres, de cet argument :

La décision attaquée est en droite ligne du principe de la neutralité confessionnelle de l’école, dont le but est, non seulement de protéger les convictions religieuses des élèves et des parents, mais également d’assurer la paix religieuse qui sous certains aspects reste fragile. A cet égard, il faut relever que l’école risquerait de devenir un lieu d’affrontement religieux si les maîtres étaient autorisés par leur comportement, notamment leur habillement, à manifester fortement leurs convictions dans ce domaine.

Il existe donc un intérêt public important à interdire à la recourante de porter le foulard musulman.

 Mme Salerno s’assied donc sur cette jurisprudence pourtant clairement motivée. Prétendre que l’arrêt ne concerne que des fonctionnaires cantonaux et non municipaux relève de l’argutie juridique. C’est le fond qui importe en l’occurrence, c’est-à-dire la neutralité confessionnelle que doit observer tout agent de l’Etat au sens large du terme et à tous les niveaux de l’action publique.

Dans sa déclaration, Mme Salerno précise que ce qui compte pour elle, c’est que le fonctionnaire municipal délivre sa prestation correctement. Or, un fonctionnaire n’est pas que distributeur de prestations, il est aussi producteur de symboles. Dans le strict contexte de ses missions, il représente les autorités genevoises et agit en leur nom. Or, sur le plan municipal comme sur le plan cantonal, lesdites autorités sont strictement séparées des institutions religieuses. La proposition de la conseillère administrative est source de confusions, de troubles et de dangers potentiels. La jurisprudence de la Cour européennes des droits de l’homme nous a pourtant mis en garde.

 Jean-Noël Cuénod

17:20 | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : laïcité, genève | |  Facebook | | |

11/05/2016

Théâtre minimum pour performance maximum

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Le Plouc en a ras le béret de ces spectacles où les effets spéciaux prennent tellement de place que l’acteur est réduit à la portion qu’on gruge, le texte, en catalogue à borborygmes et les dialogues, en échanges de gargarismes. Revenir à l’essence du théâtre : un texte, des comédiens qui le servent, quelques décors légers comme des ombres.

Voilà qui tombe à pic : l’Artistic Théâtre (anciennement Athévain), dans le onzième arrondissement parisien, illustre à la perfection cette démarche, grâce à une mise en scène de Frédérique Lazarini. Un texte éternel : Le Père Goriot d’après le roman de Balzac ; trois comédiens : Didier Lesour (le Père Goriot), Marc-Henri Lamande (Vautrin), Thomas Ganidel (Rastignac) ; pour tout décor, une sorte de castelet en toile qui délimite l’espace, cache et dévoile les protagonistes.

A la façon des comédiens élisabéthains, les trois acteurs interprètent aussi les rôles féminins, dont les filles du Père Goriot et la mère Vauquer qui tient la pension. Ils jouent alors sous des masques et perruques ; leurs personnages deviennent marionnettes. Ce va-et-vient entre masques et visages, entre rôles masculins et féminins troublent les repères. Les visages deviennent masques, les masques semblent revêtus de peau. Les masques féminins paraissent plus authentiques que les hommes démasqués (!)

Certes, un personnage intéressant comme Bianchon – l’étudiant en médecine, ami des Rastignac – est à peine esquissé. Mais, compte tenu du choix de la mise en scène, il ne peut en aller autrement[1]. D’ailleurs, il ne s’agit pas de dérouler sur scène tout le Père Goriot mais de focaliser l’attention sur la fin de ce vieillard, ruiné par l’amour cancérigène qu’il porte à ses filles. Leur frivole ingratitude, leur inhumanité cupide révulsent Rastignac mais il accomplit, par elles, son apprentissage en cynisme. On devine le salaud – au sens sartrien du terme ­– qu’il risque fort de devenir.

L’essentiel du propos balzacien est ainsi mis en lumière. Sa force peut se déployer en toute liberté grâce à la sobriété de la mise en scène. Et que dire des acteurs ! En évoluant avec si peu d’artifices, la moindre faute de ton de leur part aurait viré à la catastrophe. Pas une seule fausse note dans cette musique de chambre. Performance maximum pour théâtre minimum.

 Jean-Noël Cuénod

 Soyons pratiques.

 Si vos pas vous conduisent à Paris, cela vaut la peine de faire un crochet à l’Artistic Théâtre, 45bis, RUE Richard-Lenoir, à ne pas confondre avec le boulevard du même nom. Ce Père Goriot est joué jusqu’au 29 mai. Pour réserver : 01 43 56 38 32 (hors de France : 00 33 1 43 56 38 32) ou par internet : http://www.billetreduc.com/160166/evt.htm

 [1] L’adaptation est l’œuvre de Didier Lesour

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09/05/2016

Le Plouc cause gros sous dans le poste (Europe1)

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Le Plouc a causé dans le poste, dimanche 8 mai 2016, sur les ondes d’Europe1. Sous la souriante direction de Sophie Larmoyer, le Club de la presse étrangère – chronique des Carnets du Mond – a abordé un sujet particulièrement bien nourri par l’actualité, les gargantuesques salaires des patrons.  Cette fois-ci, ce sont les rémunérations de Carlos Ghosn qui ont fait frémir le beuze. Outre Sophie Larmoyer et le Plouc, Solveig Gram Jensen (Jylland Posten) a donné son grain de sel venu du Nord.

 Quelques rapides considérations sur ce thème.

Rémunérations de Carlos Ghosn, PDG de Renault et de Nissan. Pour Renault. Salaire fixe : 1,23 million d’euros ; part variable : 1,78 million ; actions de performance : 4,18 millions (estimations) ; total : 7,251 millions d’euros. Pour Nissan : 7,450 millions d’euros.

Un dirigeant suisse gagnait en 2012, 148 fois plus que son employé le moins bien payé (il y a dix ans, 50 fois). En France c’est 108 fois.

Salaire médian en Suisse : 5014 euros

Salaire médian en France : 1722  euros

Pouvoir d’achat par habitant en Suisse en 2013: 36.351 euros (GfK Purchasing Power Index)

Pouvoir d’achat par habitant en France en 2013: 19.565 euros (GfK Purchasing Power Index).

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06/05/2016

La laïcité, ce n’est pas forcément ce que vous croyez !

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Ci-dessous, le texte de la conférence prononcée par le soussigné lors d'une conférence publique qui s'est tenue le 27 avril 2016 à l'hôtel Dante à Lugano. Elle était organisée par les Loges Il Dovere et Brenno Bertoni; cette réunion était ouverte à tous, maçons et non-maçons.

La laïcité, ce n’est pas forcément ce que vous croyez, tel est le titre de cet entretien. Mais tout d’abord, d’où vient le mot laïcité ?

Il est d’invention récente puisqu’il apparaît en France pour la première fois en 1871, soit aux premières heures de la IIIe République. Ce néologisme a été forgé dans le contexte de la lutte entre les républicains anticléricaux et la puissante Eglise catholique française qui soutenait la monarchie. Les autres langues n’ont utilisé ce vocable qu’à partir du français et ont encore bien du mal à l’introduire dans leur appareil lexical, comme l’arabe. Il faut dire que la notion d’une séparation entre la reli-gion et l’Etat est difficilement saisissable par la théologie musulmane. Par exemple, lorsque le régime d’Atatürk a imposé la laïcité en Turquie durant l’entre-deux-guerres, les juristes turcs ont dû s’inspirer directement du français pour former dans leur langue le terme de laiklik.

En français, le terme « laïcité » dérive de l’adjectif « laïc » qui est, lui, beaucoup plus ancien et provient du grec laïkos signifiant «peuple» par opposition à klericos désignant les détenteurs du pouvoir sacré.

Toutefois, si ce mot est de création récente, la notion qu’il désigne est, elle, vieille comme les Évangiles. On retrouve l’idée de séparation entre le temporel et le spirituel dans la célèbre réponse de Jésus dans Marc au chapitre XII, verset 17 : Rendez à Dieu ce qui lui appartient et à César ce qui lui revient.

Voilà pour l’origine du mot. Mais que signifie-t-il vraiment ? Je vous propose cette définition établie par le Groupe de travail sur la laïcité (GTL), qui a rédigé un rapport au Conseil d’Etat genevois en vue d’inscrire ce principe dans les textes législatif et réglementaire :

 «La laïcité est un principe séparant l’Etat des communautés religieuses; celles-ci n’interviennent pas en tant que telles dans les affaires de l’Etat ; celui-là n’intervient pas dans les affaires des institutions religieuses, sauf à faire respecter la loi, comme pour n’importe quelle autre personne morale».

La définition précise ensuite que la laïcité ménage «un espace où les fidèles des différentes communautés religieuses, les personnes professant l’athéisme, celles choisissant l’agnosticisme ainsi que les tenants de systèmes de pensée ou philosophiques de toute nature peuvent échanger, débattre, évoluer en tant que citoyens, sans chercher à imposer leurs convictions par la contrainte, la menace ou le harcèlement».

 La laïcité sous ses formes les plus diverses comprend donc au moins deux éléments de base indissociables : d’une part, la séparation entre l’Etat et les institutions religieuses ; d’autre part, la liberté de conscience. Si l’un des deux manque, il n’y a pas de laïcité. Toutefois, même en régime séparé, quelle que soit la forme de l’Etat et quelle que soit la forme de l’institution religieuse, les deux interagissent puisqu’ils sont l’un et l’autre des composantes essentielles de la vie sociale.

 Comment un Etat laïque doit-il entretenir ses relations avec les communautés religieuses établies sur son territoire? Les situations sont si nombreuses qu’il faudrait plusieurs tomes pour répondre de façon complète. En tout cas, ces relations réclament du doigté, de la part de tous les protagonistes. Comme le signale le rapport du Groupe genevois de travail sur la laïcité, sur le plan pratique, «où placer le curseur de la laïcité? Trop de rigidité suscite de multiples oppositions au nom de la liberté d’expression; trop de souplesse encourage les intégristes à occuper l’espace public pour tenter d’imposer leur croyance.»

Quatre principes au moins doivent être respectés impérativement, à savoir :

- que l’Etat ne partage pas son pouvoir avec une ou des communautés religieuses;

- que celles-ci conservent leur liberté vis-à-vis de l’Etat avec le droit pour seule limite;

- que l’Etat respecte sa neutralité vis-à-des communautés religieuses en les considérant toutes de façon égale;

- que la loi commune s’impose aux coutumes particulières.

 La délicate étape des définitions étant passée, j’aborderai quatre autres points :1. De fausses idées sur la laïcité, 2. Les paradoxes de la laïcité, 3. La Suisse et sa Constitution incohérente, 4. L’extension de la liberté de conscience.

 1. De fausses idées sur la laïcité

 Le sociologue français Jean Baubérot, distingue la laïcité légale de la laïcité narrative. La première se réfère directement aux textes législatifs, réglementaires ou jurisprudentiels; la seconde est une reconstruction plus ou moins fantasmagorique de cette notion par les médias et la rhétorique des politiciens.

Ainsi, sont nées de nombreuses fausses idées et autres confusions qui tendent à rendre la laïcité illisible. En voici un florilège.

 Sécularisation. Ce terme est souvent confondu, à tort, avec la laïcité. La sécularisation signifie la perte d’influence de la religion sur la vie collective. L’Angleterre ou le Danemark, par exemple, ne sont pas laïques, dans la mesure où ces deux pays vivent sous le régime de la religion d’Etat (l’anglicanisme pour l’une, le protestantisme luthérien pour l’autre). En revanche, ils connaissent le même processus de sécularisation que leurs voisins européens.

 Athéisme. La lettre d’un lecteur français de l’hebdomadaire Marianne (25 février 2006) illustre fort bien cette confusion qui fait de la laïcité une arme au service de l’athéisme. Elle est ainsi rédigée : (…) C’est le devoir des démocrates laïques de lutter contre l’emprise des religions et même contre l’idée de Dieu. Avant de pouvoir étendre la démocratie, il faut déreligionniser la planète. Eh bien, non! Le but de la laïcité n’est pas – et n’a jamais été – de promouvoir l’athéisme. Elle n’a, vis-à-vis de l’existence ou de la non-existence de Dieu, aucune position; son propos n’est pas d’intervenir dans un débat philosophique; elle n’est pas l’arbitre des élégances théologiques ou athéologiques.

 Un moyen de lutte contre l’islam. C’est la confusion préférée du Front national en France. Alors que ce parti d’extrême-droite comprend de nombreux intégristes catholiques et qu’il ne défendait guère la laïcité républicaine, le voilà qui parsème ses discours de considérations laïques et même laïcardes depuis l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen. Mais, en ce cas, la laïcité est pervertie en argument islamophobe. Il s’agit de lutter contre la présence en France de la religion musulmane. Et par islamophobie, il faut entendre moins la critique d’une religion – qui reste légitime – que l’expression déguisée d’un racisme anti-arabe.

 Un prétexte pour ignorer le phénomène religieux. La tentation peut être grande pour un fonctionnaire de prendre prétexte de la laïcité afin de ne pas entrer en matière avec des communautés religieuses. Mais la laïcité n’invite pas l’Etat à tout ignorer du fait religieux. On a vu d’ailleurs à quel point les autorités cantonales et fédérales en Suisse ont été prises au dépourvu par les massacres de la secte OTS commis, notamment, à Cheiry (FR) et Salvan (VS) en 1994.

Il n’y a pas de rapport de subordination entre Etat et religion, mais cela ne signifie pas l’absence de tout rapport entre eux! L’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme garantit la liberté d’expression religieuse. Dès lors, pour permettre cette libre expression, sans que cela ne trouble l’ordre public ou la paix confessionnelle, l’Etat doit bien prendre langue avec les communautés religieuses et ne saurait se confiner dans une superbe ignorance ombrée d’indifférence.

 2. Les paradoxes de la laïcité

 La laïcité, comme toute activité humaine, fourmille de paradoxes. En voici quelques uns qui contredisent les clichés qui la déforment.

 La France et ses entorses à la laïcité. La Constitution française fait sienne la laïcité dès son article premier : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

Comme nous l’avons constaté au début de cette conférence, le mot «laïcité» a  été créé en France dès 1871, au moment de la chute du Second Empire et des premiers balbutiements de la IIIe République. Ce néologisme a été forgé dans le contexte de la lutte entre les républicains anticléricaux et la puissante Eglise catholique française qui soutenait la monarchie. En 1905, la France s’est dotée de la Loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Loi remarquable, à la fois par sa clarté, sa cohérence et sa souplesse.

Car elle n’en manque pas, de souplesse! Ainsi, contrairement à la Suisse et à Genève, la France dispose d’un ministère des Cultes, fonction dévolue au ministre de l’Intérieur, chargé de la sécurité. Ce titre n’est pas que symbolique. En 2003, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a participé très activement à la création du Conseil français du culte musulman (CFCM), l’idée initiale venant d’un autre ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, en 1999. Il reste à savoir si cette intrusion de l’Etat dans l’organisation d’une religion était vraiment une bonne chose ! En tout cas, le gouvernement français était nettement sorti du cadre de la laïcité à cette occasion.

Alors même que la Loi de séparation des Eglises et de l’Etat, adoptée en 1905, prévoit que l’Etat ne salarie ni ne subventionne aucun culte (article 2), la France a maintenu le régime concordataire (qui ressemble à celui en vigueur dans plusieurs cantons alémaniques) en Alsace-Moselle pour des raisons historiques. Dès lors, la France laïque y reconnaît les cultes catholiques, protestants et juifs et… y salarie leurs officiants.

Mais il n’y a pas que l’Alsace-Moselle. En Guyane, l’Etat français prend aussi en charge le salaire des ministres du culte, mais uniquement au profit de l’Eglise catholique.

A Mayotte, il rémunère les cadis (juges musulmans).

A Saint-Pierre-et-Miquelon, en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie, l’Etat français finance également les différentes communautés religieuses présentes sur ces territoires.

Sur un plan plus général, l’Etat accorde des subventions à l’enseignement privé qui est principalement d’essence religieuse et très majoritairement catholique. Il salarie aussi les aumôniers civils (hôpitaux, prisons) et militaires appartenant aux principales religions en présence sur sol français (catholicisme, islam, judaïsme, protestantisme, et même bouddhisme).

Dès lors, le modèle français n’est pas aussi laïque que l’image que nous en avons. Une fois de plus, constatons que la «laïcité légale» est une chose et que la «laïcité narrative» en est une autre, fort différente.   

 Les Etats-Unis, plus laïques que la France? Alors, que la France politique aime à proclamer son anticléricalisme, les politiciens américains ne cessent de mettre Dieu à toutes les sauces rhétoriques. Ils mâchent du divin comme s’il s’agissait d’un chewing-gum. Voilà pour l’apparence. Mais en réalité, les Etats-Unis sont incontestablement un pays laïque au regard de ses lois. 

Certes, les Pères fondateurs de la Constitution fédérale n’ont pas inventé le mot «laïcité» mais, 114 ans avant la France, ils ont garanti la séparation des Églises et de l’État fédéral en adoptant en 1791 le premier amendement qui prévoit cette mesure. Outre la séparation, cet amendement consacre la pleine liberté de conscience et confirme l’absence de toute religion d’Etat. Thomas Jefferson, le troisième président des Etats-Unis, considérait que ce premier amendement érigeait «un véritable mur de séparation entre l'Église et l'État». Pour faire respecter ce «mur», les juges de la Cour suprême ont toujours refusé la prière à l'école, les subventions étatiques aux écoles confessionnelles – contrairement à la France – et la présence de symboles religieux dans l'espace public.

De même, à son article 6, la Constitution américaine de 1787 a d’emblée exclu la discrimination religieuse en matière d’emplois publics: Aucune déclaration religieuse spéciale ne sera jamais requise comme condition d’aptitude aux fonctions ou charges publiques sous l’autorité des Etats-Unis»

Certes, l’Amérique a pris, elle aussi, ses libertés vis-à-vis de sa laïcité originelle en choisissant pour devise In God we Trust. Elle ne figure pas dans le texte fondateur des Etats-Unis et a été adoptée fort tardivement par le Congrès, en 1956. De même, les télévisions ont popularisé la scène montrant le nouveau président américain en train de prêter son serment d’investiture sur la Bible. Toutefois, comme le remarque dans une interview au Point (12 mars 2012) le politologue français Daniel Lacorne[1], cela n'est pas prévu par la Constitution des Etats-Unis. C'est une coutume empruntée au parlementarisme anglais et inaugurée par George Washington, le premier président de la nouvelle République fédérale. John Quincy Adams, le sixième président des États-Unis, ne prêta pas serment sur la Bible, mais sur un recueil de lois. Un autre élu, le représentant démocrate du Minnesota, Keith Ellison, a prêté serment en 2007 sur un exemplaire du Coran. Chacun fait ce qui lui plaît.

 La Turquie, un pays pas si laiklik que ça! Lorsqu’en 1923, la révolution emmenée par Mustafa Kemal Atatürk fonde la République turque sur les décombres de l’Empire ottoman, la laïcité fait partie de l’arsenal destiné à moderniser le pays. La Constitution de 1937 définit la Turquie comme un Etat «républicain», «national», «populaire», «étatiste», «laïque» et «réformateur». Les juristes turcs ont dû s’inspirer directement du français pour former dans leur langue, le terme de laiklik. Dès lors, – du moins jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan dès novembre 2002 et de son parti islamo-conservateur AKP –, la Turquie était présentée comme «l’autre pays de la laïcité». Toutefois, avant même le règne d’Erdogan, la laïcité turque présentait des traits tout à fait spécifiques.

Dès le début de la nouvelle République, la politique de son fondateur Atatürk consistait à donner à l’Etat les instruments pour maîtriser la sphère religieuse, qui était encore tout imprégnée par les fumées ottomanes et demeurait très influente au sein de la population. La maîtriser, la soumettre s’il le faut, mais sans se séparer d’elle, ce qui constitue une différence de taille par rapport à Genève et à la France. Il existe depuis 1924 une «présidence des affaires religieuses» (Diyanet Işleri) de l’Etat turc qui contrôle étroitement les activités des imams et leur formation. Donc, si l’on conçoit que la laïcité a pour base la séparation entre l’Etat et la religion, on peut légitimement se demander si la Turquie kémaliste répond à cette définition.

De plus, après l’accession d’Erdogan à la tête du gouvernement, puis à la présidence de la République, cette «laïcité légale» ne cesse d’être vidée de sa substance. Laiklik, la Turquie? Mais pour combien de temps encore? En effet, lundi soir (25 avril 2016) le président du parlement turc, Ismail Kahraman, a demandé l’abandon de la laïcité, dans le contexte de la réforme constitutionnelle souhaitée par le président Erdogan.

 3. La Suisse et sa Constitution incohérente

 En Suisse, les relations entre l’Etat et la religion ressortissent à la compétence des cantons. Par conséquent, notre pays dispose de presque tous les cas de figure possibles en matière de relations entre autorités publiques et communautés religieuses. Seuls Genève et Neuchâtel vivent sous le régime de la séparation et peuvent être considérés comme laïques. Tous les autres cantons ne le sont pas puisqu’ils reconnaissent de deux (généralement les Eglises catholique-romaine et protestante) à cinq (outre ces deux Eglises, la catholique-chrétienne et les deux communautés juives, dont la libérale, comme à Zurich) communautés religieuses. Le bouddhisme comprend 52,2% de fidèles de nationalité suisse et l’islam figure au troisième rang des religions recensées sur notre sol. Malgré cela, aucun canton ne les reconnaît.

Sur le plan fédéral, la Confédération ne s’occupe donc pas de religion. En principe. Mais le préambule de notre Constitution commence par ses mots : Au nom de Dieu Tout-Puissant[2]. Et il y a nettement plus gênant. Les relations entre l’Etat et les communautés religieuses sont régies par l’article 72; trois alinéas le composent :

1 – la réglementation des rapports entre l’Eglise et l’Etat est du ressort des cantons ;

2 – dans les limites de leurs compétences respectives, la Confédération et les cantons peuvent prendre des mesures propres à maintenir la paix entre les membres des diverses communautés religieuses ;

3 – la construction des minarets est interdite.

 Cet alinéa 3 tranche singulièrement sur le caractère général des deux autres. Faut-il rappeler qu’il a été ajouté à la suite du succès de l’initiative populaire contre les minarets le 29 novembre 2009, adoptée par 57% des votants? D’un côté, la Constitution dit que les religions ne la concerne pas : «voyez avec les cantons». Et de l’autre, elle interdit à une confession particulière, l’islam en l’occurrence, de ne pas utiliser un élément de son architecture traditionnelle. Où est la logique? La volonté populaire est sacrée, certes. Mais elle a introduit dans la Constitution un élément religieux, alors que, justement, ce texte voulait éviter d’intervenir dans ce domaine. La porte est ainsi laissée ouverte à l’introduction d’autres normes de ce type. Ce n’est certes pas le meilleur moyen de préserver la paix confessionnelle à laquelle ce pays, longtemps partagé entre deux confessions antagonistes, ne cesse d’aspirer.

 Au Tessin, le crucifix dans les écoles publiques avait soulevé naguère maintes polémiques.

Rappelons que si les cantons disposent d’une large compétence en matière de rapport entre l’Etat et les institutions religieuses, il y a néanmoins des limites comme l’explique le professeur genevois de droit public François Bellanger, dans l’un de ses travaux :

« Les écoles publiques, placées sous la responsabilité de la Confédération, des cantons et des communes doivent appliquer strictement le principe de la neutralité confessionnelle (...).L’enseignement religieux à l’école ne peut être que facultatif. Pour ces motifs, la présence d’un crucifix dans une salle de classe est contraire à la neutralité confessionnelle de l’école, car celui qui la fréquente peut voir dans ce symbole la volonté de se référer à des conceptions chrétiennes dans le cadre de l’enseignement »

D’ailleurs Le Tribunal fédéral avait en 1990 décroché le crucifix qui ornait les salles de classe d’une école publique tessinoise de la commune de Cadro.

Le Tessin a aussi retenu l’attention sur un autre point, la délicate question des rapports avec l’islam.

En septembre 2013, les Tessinois ont accepté à 65,4 % une initiative populaire qui reprenait presque mot pour mot la loi française interdisant le port de la burqa et du niqab (voile intégral) dans l’espace public. Pour l’instant, cette loi reste de portée avant tout symbolique, car aucun cas de musulmanes voilées intégralement n’avait été constaté au Tessin qui ne comprend que 6000 personnes de confession isla- mique sur 335 720 habitants. Les rares exemples étaient offerts par quelques touristes de passage à Lugano. On compte sans doute plus de soccoli à Ryad que de niqab à Lugano! De l’aveu même des initiants, il s’agissait d’agir à titre préventif, notamment à l’endroit des musulmans installés dans l’Italie voisine.

Je ne sais pas ce qu’il en est au Tessin, mais depuis que la burka est interdite, je n’en ai jamais vu autant à Paris, surtout aux alentours de la Gare du Nord ou dans certaines cités de banlieue. Si l’on adopte une loi, alors appliquons-la. La non-application des lois par l’Etat entraîne l’inobservance des lois par les citoyens !

En outre, je crois que l’enseignement de l’Histoire des religions dans les écoles est aussi un sujet de préoccupation dans votre beau canton.

Même laïque, le pouvoir politique ne saurait se désintéresser des religions qui, directement ou indirectement, influencent le comportement collectif des citoyens. Si l’Etat – du moins dans la conceptiongenevoise de la laïcité – ne saurait financer, même partiellement, des écoles religieuses, il n’en demeure pas moins que se pose la question de l’enseignement du fait religieux dans l’enseignement public.

C’est ainsi qu’à Genève, on n’enseigne pas l’Histoire des Religions, on enseigne l’histoire du fait religieux. Il y a là plus qu’une nuance. Pour savoir de quoi, il retourne, voici une explication donnée par deux anciens députés au Grand Conseil genevois, François Thion et Vesca Olsommer :

L’enseignement du fait religieux doit permettre de comprendre les autres systèmes de pensée, comme la pensée scientifique, le scepticisme ou l’athéisme, par exemple. Exposer une pluralité de points de vue, dans le cadre de l’enseignement scolaire permet de mieux connaître l’autre, de dépasser les préjugés pour intégrer d’autres critères et d’autres comportements. Il s’agit d’établir une distinction entre ce qui relève de la conviction, de la doctrine et, respectivement, de la connaissance. Mieux les identifier permet de mieux les défendre, d’éviter les comportements sectaires et les dérives religieuses.(...) Il s’agit d’enseigner des savoirs et non des religions (...)

4. L’extension continue de la liberté de conscience

La laïcité se trouve donc souvent là où on ne l’attend pas et parfois elle ne se trouve pas là où on l’attend. Ainsi, il n’existe pas une laïcité «substantielle», intemporelle, pur produit du ciel des idées mais des enjeux politiques et sociétaux qui interpellent continûment les aménagements des régimes de laïcité, comme l’explique Jean Baubérot dans son ouvrage Laïcité sans frontières paru aux éditions du Seuil.

 La laïcité est tout le contraire des intégrismes. Et ceux qui, se réclamant d’elle, veulent imposer leur vision antireligieuse du monde sont des imposteurs. Certes, la vision antireligieuse et athée du monde est aussi légitime, au regard de la laïcité, que les croyances religieuses. Elle doit d’ailleurs être défendue lorsqu’elle est attaquée, comme dans certains pays dominés par l’intégrisme musulman. Mais elle n’est pas la laïcité. L’athéisme mérite protection et considération, comme les autres formes de pensée. Ni plus ni moins.

De même, ceux qui transforment la laïcité en arme de combat contre l’islam la trahissent et cherchent à la pervertir. L’islam en Europe et en Suisse doit aujourd’hui s’adapter à un environnement où il entre en concurrence avec d’autres religions, avec l’athéisme, avec l’indifférence religieuse. La laïcité peut l’y aider, à la condition bien sûr, que ses fidèles l’acceptent comme une chance et non pas comme une contrainte à éviter dès que possible.

La laïcité, c’est avant tout l’extension continue de la liberté de conscience.

 Jean-Noël Cuénod

 

[1] Il est l'auteur, entre autres, du livre De la religion en Amérique. Essai d'histoire politique, (Gallimard, 2007).

[2] Au nom de Dieu Tout-Puissant! Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, Arrêtent la Constitution que voici

18:47 | Lien permanent | Commentaires (32) | Tags : laïcité, religion, etat | |  Facebook | | |

05/05/2016

ASCENSION

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Ville sans oreille les cloches sont muettes

Le ballet des ombres agite le silence

Comme si de rien n’était elles s’étreignent

Mais les phares d’une voiture les séparent

Et la lumière s’en va poursuivre sa route

 

Mes pas sont le métronome de votre coeur

Je suis le dieu qui chemine sans but

Brut comme un trottoir et sec comme un lendemain

Au fond de ma mort je cherche le pain de vie

Pour vous le transmettre prenez-en de la graine

 

Un jour je vous le dis les cloches chanteront

Et vous verrez alors de quel feu je me chauffe

Jean-Noël Cuénod

 

11:15 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ascension, poésie | |  Facebook | | |

02/05/2016

La France à la recherche d’un Bonaparte

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 «La question de l’autorité de l’Etat est placée au cœur de l’élection présidentielle de 2017». Telle est la conclusion du politologue Luc Roubaud, chercheur au CEVIPOF (Science-Po à Paris) qui vient de publier une étude sur les tendances qui se dessinent pour ce grand rendez-vous politique.

Son analyse révèle, entre autres, la persistance du clivage gauche-droite que l’on croyait dépassé par le social-libéralisme. En effet, si les deux grands camps politiques veulent plus d’Etat, ce n’est pas du tout pour les mêmes raisons. En groupant certaines questions posées aux électeurs des principaux partis, l’analyse de Sciences-Po-Paris détermine quatre types d’indices : régalien (souveraineté), sécuritaire, identitaire et «libéralisme économique».

 Sans surprise, les sympathisants du Front national sont les champions des trois premiers indices. Mais leurs résultats ne sont pas outrageusement différents de ceux obtenus par les électeurs des partis de la droite, LR (ex-UMP), et du centre, UDI. Dès lors, le centre-droit et l’extrême-droite se battront sans relâche pour devenir la meilleure incarnation de l’autorité de l’Etat. Sur ce terrain, se jouera l’hégémonie au sein de la droite. Ainsi, l’un des principaux «candidats à la candidature» présidentielle, Alain Juppé, a-t-il publié un livre au titre révélateur, Pour un Etat fort, qui tranche avec son ton habituellement très modéré.

A gauche, si on réclame de l’Etat, c’est surtout par crainte du libéralisme. En effet, les électeurs de l’extrême-gauche, des Verts et même des socialistes font montre d’un indice «libéralisme économique» particulièrement faible. Cela démontre, notamment, que le président François Hollande, de par sa politique social-libérale (plus libérale d’ailleurs que sociale), ne dispose que d’un très modeste soutien auprès de ses propres électeurs.

Avantage Marine Le Pen

Dans cette situation, Marine Le Pen paraît la mieux placée. En matière de souveraineté, de revendication identitaire et de sécurité, son Front national est de tous les partis de droite, le mieux profilé. Mais la patronne frontiste peut aussi chasser sur les terres de la gauche grâce à son discours nettement antilibéral.

En revanche, Nicolas Sarkozy est le moins bien loti, coincé qu’il est entre la droite modérée et libérale représentée par Alain Juppé et l’extrême-droite dont il a épousé le discours. Il lui sera difficile de mordre sur l’électorat libéral et modéré, car cet espace est suroccupé par Juppé et deux autres concurrents internes, François Fillon et Bruno Le Maire. Sarkozy semble donc condamné à surenchérir dans ses discours régaliens, identitaires et sécuritaires afin de démontrer que lui seul incarne l’autorité de l’Etat. Mais en tentant de capter les voix de la droite dure, il risque de perdre celle des modérés et des centristes. Son rôle d’ancien président constitue à la fois un atout et une faiblesse. Un atout, car face à Marine Le Pen qui n’a jamais eu d’expérience dans un exécutif, il peut exciper d’une longue carrière dans les sphères dirigeantes, ce qui ne manquera pas de rassurer les électeurs âgés et de droite. Une faiblesse, car son bilan comme président de la République est tout sauf reluisant.

A gauche, c’est pire. En imposant à son électorat, sans le lui avoir expliqué, un spectaculaire virage à droite, tant sur le plan économique que sécuritaire, le président Hollande a complètement démoralisé son propre parti, sans pour autant lui rapporter de voix à droite. Son premier ministre Manuel Valls se veut le héraut de l’autorité de l’Etat. Mais pour l’instant, il ne dispose pas d’une assiette électorale digne de ce nom.

La France est le seul pays occidental a connaître une telle centralité de l’Etat. La faiblesse de ce type de gouvernement tient dans ses hommes…forts ! Pour que le régime fonctionne, son exécutif doit être incarné par une figure charismatique et autoritaire. Or, à notre époque, les Bonaparte se font de plus en plus rares.

 

Jean-Noël Cuénod

 

10:48 | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : france, elysée2017, sarkozy, marinelepen, juppé | |  Facebook | | |

22/04/2016

NUIT DEBOUT OU LA NECESSITE DE TOURNER EN ROND

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 Tentative d’approcher le mouvement Nuit Debout, sous un autre angle, celui de la poésie.

 Il fait un temps à rêver debout pour ne pas mourir assis. A se lever, marcher, prendre son mal en impatience et abreuver l’insomnie d’un flot de paroles.

 Tourner en rond, place de la République. Tourner en rond avec d’autres ombres rebelles au sommeil.

Tourner en rond jusqu’à ce que sous nos pas le sol se dérobe pour nous faire entrer dans ses souterrains. Nous y retrouverons les entrailles chaudes de l’Histoire. Nous nous y perdrons. Notre voix nous sera retournée en écho. Des mains aveugles saisiront nos bras. Nous creuserons toujours plus, en ne quémandant plus d’autre aide que celles de nos mains, en ne cherchant plus d’autre issue que nous-mêmes.

 Un matin. Peut-être. Un matin, nous aurons tellement creusé que le soleil nous surprendra place de la République.

Nous ne tournerons plus en rond.

                                                ****

PAROLE ECOUTE

Je suis la parole qui écoute

Les jeunes morts ont tous l’âge du monde

Ils seront là où vos cris les appellent

Rien n’est plus bruyant que leurs silences

Ne les retenez pas et laissez-les

Vivre leur vie dans l’ailleurs des aïeux

 

Je suis la parole qui écoute

                                   

Oubliez vos larmes au vestiaire

Séchez votre visage baigné d’armes

Les odeurs de chanvre et d’agneau grillé

Se croisent s’entrecroisent s’entremêlent

Tressent les filaments de la nuit

 

Je suis la parole qui écoute

 

Dans les cœurs il faut faire place nette

Percez les abcès que le pus coule!

C’est le grand orage dans les poitrines

Comme les braises du feu fouaillées

Des gerbes de mots s’échappent scintillent

 

Je suis la parole qui écoute

 

L’incendie prendra ou ne prendra pas

Comment savoir où le vent va souffler?

Imprévisible derviche tourneur

Qui se moque bien de vos devins

Aujourd’hui seule importe la flamme

 Je suis la parole qui écoute.

Jean-Noël Cuénod

15:44 | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : nuitdebout, poésie | |  Facebook | | |

20/04/2016

Nuit Debout, l’insomnie sociale de Paris à Nontron

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 Comme tout le monde ou presque, Le Plouc a passé une Nuit Debout, place de la République. Mais il ne s’attendait pas, trois jours plus tard, à rencontrer un tentacule de ce mouvement à… Nontron, bourg de 3200 âmes et sous-préfecture de la Dordogne. Le désir d’instaurer une « autre politique » paraît aussi vif de Paris jusqu’au fin fond du Périgord vert.

A Paris, durant la nuit de mardi 12 à mercredi 13 avril, le mouvement Nuit Debout occupe, comme tous les soirs une moitié de la place de la République. Les stands des commissions ont déjà déployé bâches, banderoles, pancartes. Des commissions, il y a en pour tous les goûts, de la Commission Banlieue à la Commission Climat qui s’occupe aussi de collecter les déchets laissés sur la place. Tri écologique, cela va de soi.

 Celle du service d’ordre s’est parée d’un titre plus fleuri et moins baston : « Accueil-sérénité ». L’infirmerie improvisée est ouverte. « Radio et TV Debout » commencent leurs émissions transcrites sur les réseaux sociaux. Un « artisan poète » installe son vélo magique décoré d’une multitude de bibelots et d’un système complexe de petites fontaines. Entre délires poétiques et harangue anarchiste, l’artisan fait dans le décousu main ou plutôt le décousu bouche. Ce qui lui va bien, d’ailleurs. Et qui plaît à la cohorte de ses auditeurs souvent attentifs et interactifs, même si certains se sont mis sur orbite en tournant autour de leur canette de bière.

Bref, l’inorganisation est bien organisée. Cela rappellera aux vieux chnocks, genre Le Plouc, un incertain mois de mai. Vous aurez, en cliquant sur ce lien, tout le détail de la nuit de mardi (voir aussi la vidéo sous ce texte).

Les mecs tiennent le crachoir, ça vous étonne ?

Le lieu central est destiné aux assemblées générales. Le temps est limité, pas plus de trois minutes pour chaque orateur qui s’est inscrit préalablement. Comme d’habitude, le crachoir est monopolisé par les mecs. Un collectif féministe a noté que durant cette nuit de mardi à mercredi, 70% du temps de parole a été utilisé par des hommes. Les filles, si vous ne prenez pas la parole, ce ne sont pas les porteurs de slip kangourou qui vous la donneront !

Dans ce flot de mots, toutes les colères s’expriment. Un petit patron prend la parole pour expliquer comment l’administration l’a empêché de développer son entreprise sociale vouée à l’apprentissage de la conduite d’engins de chantier à des jeunes descolarisés. Un SDF crie son désespoir : « Ecoutez-nous, puisque personne veut nous voir ! ». Un Brésilien plaide, en portugais, la cause de Dilma Roussef. Un membre de la Commission de liaison avec les travailleurs annonce un 1er-Mai très chaud à Paris.

Un intervenant met en lumière l’une des raisons du succès de ces Nuits Debout : « Les gens sont heureux d’être ensemble ! » Dans une société médiamercantile qui cherche à isoler toujours plus les individus pour éviter qu’il ne fasse peuple, ce bonheur de partager quelque chose « en vrai » n’est surtout pas à négliger.

Expulsion de Finkielkraut : stalinisme et mauvaise foi

Samedi 16 avril, des jeunes communistes se sont vantés d’avoir « jeté » de la place de la République Alain Finkielkraut accusé d’être un « sale réac ». La filiation bolcho-autoritaire reste vivace. Comme d’habitude, qu’ils soient chenus ou boutonneux, les staliniens ont versé dans l’ornière sectaire. Pour les défendre, des sympathisants du mouvement soulignent que Jean-Luc Mélenchon, lui aussi, avait été expulsé de Nuit Debout. Tout d’abord, il était tout aussi sectaire d’expulser l’homme politique que d’avoir fait de même avec l’homme de lettres. Ensuite, dans le cas de Mélenchon, il s’agissait d’empêcher un dirigeant politique de détourner le mouvement à son profit alors que l’académicien ne demandait rien d’autre que de dialoguer.

Toutefois, les politiciens de droite qui profitent de cet incident pour flinguer le mouvement sont d’une insigne mauvaise foi. Durant les six heures où Le Plouc est resté à Nuit Debout, les assemblées générales se sont déroulée dans un climat plutôt serein et la circulation de la parole s’est accomplie assez harmonieusement, ce qui n’est pas si fréquent en France.

Hollandophobie en Périgord Vert de rage

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Changement radical de décors, samedi matin. A place de la République, a succédé celle du marché à Nontron. Entre deux étals de fruits et légumes, quelques jeunes et moins jeunes font groupe sous une pancarte « Nuit Debout à Nontron ».

Une Nuit Debout, dans cette petite sous-préfecture périgordine ? Fière réponse collective : « Oui m’sieur. Et hier soir, nous étions 150 devant la mairie, malgré une pluie battante », soit 4,6% de la population nontronnaise. Pas mal, en effet.

Ces nuitdeboutistes du Périgord militent souvent dans des mouvements associatifs de défense de la nature. Ils se montrent très attachés à la préservation du terroir. Un projet de circuit automobile vers Ribérac leur fait monter les tours. « Un projet avait été abandonné au lieu-dit Bagatelle. Et voilà qu’ils remettent ça ! »

Des paysans les regardent mi-goguenards, mi-solidaires. En milieu rural, la cote de François Hollande est tellement basse qu’elle atteint les terres australes. C’est même une haine carabinée qui l’accable : « On ne peut plus le voir, c’est simple ! » Tout ce qu’il dit, songe, projette, pense, fait ou ne fait pas énerve. Même quant il se tait, il agace. Le monde rural est abandonné à ses mornes plaines et la réforme des régions a encore accentué ce sentiment. « Tout est plus loin maintenant pour faire nos démarches administratives. On n’y comprend plus rien. On est assommé de taxes et les aides nous passent sous le nez ! » Si Nuit Debout emmouscaille le gouvernement, alors vive Nuit Debout !

Avant de quitter les nuideboutistes de Nontron, Le Plouc demande à l’un des militants, ce qu’il pense du mouvement « occupy Wall Street » et du succès de Bernie Sanders à la primaire démocrate aux Etats-Unis. « Heu, c’est quoi, c’est qui Sanders ? Moi vous savez, je ne veux pas perdre du temps à m’informer sur ce qui se passe ailleurs. » Et d’où vient-il, cet ermite de 20 ans ? De la région parisienne !

Jean-Noël Cuénod

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