19/09/2016

Vers la fin de la presse romande?

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La politique managériale groupe de presse zurichois Tamedia menace l’existence des deux principaux quotidiens romandsla Tribune de Genève et 24 Heures (Lausanne).

Propriétaire de ces deux journaux, le groupe Tamedia soumet, depuis des années, ses rédactions à de régulières coupes claires. Les journalistes se sont donc efforcés, au fil des ans, de « faire mieux avec moins », le slogan préféré des Grands Nyaquas des bords de la Limmat. Mais là, trop c’est trop.

Tamedia exige désormais que chaque titre de son groupe soit rentable. Seulement voilà, naguère les titres en question disposaient des importants revenus générés par les petites annonces. Or, aujourd’hui, ce secteur rentable, notamment sur internet, est devenu une entité autonome, privant ainsi les journaux d’une partie de leurs ressources. Et en plus, Tamedia taille sans cesse dans les budgets rédactionnels, alors que les journalistes fournissent les éditions « papier » et numériques.

En d’autres termes, Tamedia se trouve dans la posture du directeur sportif qui exige de son champion qu’il gagne le Tour de France en roulant avec un vélo sans dérailleur.

Selon le syndicat suisse de la communication Syndicom « le print (édition papier) reste très rentable pour le groupe, avec des marges de 14 à 19% » et « il a permis le décollage du digital (internet)». Mais tout à sa logique de goinfre financier, Tamedia veut encore plus de rentabilité. C’est la politique managériale du « marche ou crève » qui va se traduire, selon les Sociétés des rédacteurs concernées, par « une baisse des charges en 2017 qui pourrait atteindre deux millions de francs (1,8 million d’euros) pour chacun des titres. Même si l’ampleur exacte des coupes exigées ne sera révélée qu’à la fin du mois de septembre par Tamedia, l’ordre de grandeur de l’effort demandé fait craindre de nombreux licenciements. »

« Marche ou crève » ? Ce sera plutôt « crève », dans la mesure où en supprimant des postes dans des rédactions déjà exsangues, la Tribune de Genève et 24 Heures ne pourront plus assurer leurs tâches.

Dans notre pays, les « grands régionaux » tiennent une place particulière. Ils couvrent tant l’actualité du quartier que celle du monde, sans oublier le sport, la culture et les pages « opinions ». Ces journaux généralistes sont les fédérateurs de leur région. Ils en assurent la cohérence sociale, le débat citoyen et la mémoire collective. Leur porter atteinte, c’est vider la démocratie de sa substance.

Les sociétés de rédacteurs des deux quotidiens lémaniques font actuellement circuler une pétition qui sera envoyée au Groupe Tamedia. Pour sauver vos journaux et votre patrimoine, signez-la en cliquant ici ! Merci !

Mais il ne sert à rien de vitupérer les gnomes de Zurich. Cette triste situation des médias romands, nous le devons à nous-mêmes. Ce sont les décideurs Genevois et Vaudois qui ont laissé les deux « Julies » tomber dans les mains du groupe Tamedia. Les fonds ne sont pas une denrée rare dans l’Arc lémanique ; nous aurions pu trouver les finances nécessaires pour les maintenir dans leur bassin naturel. Mais il nous a manqué l’essentiel, à savoir de véritables patrons de presse.

Il faudra pourtant bien réagir et recréer un pôle d’information qui nous soit propre, si l’on veut éviter que le tissu social s’étiole dans nos régions. C’est le moment de se réveiller. Le dernier moment.

Jean-Noël Cuénod

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15/09/2016

Burkini, ordre public et ordre moral

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Un sujet anecdotique soulève parfois des questions qui le dépasse de nombreuses coudées. Ou plutôt de plusieurs brasses puisqu’il s’agit du burkini. Cette polémique aussi estivale que balnéaire pose la question de l’ordre public, de l’ordre moral et de leur périlleuse confusion (Dessin Acé).

Piqûre, non de méduse, mais de rappel : les arrêtés municipaux pris cet été en France pour interdire le port du burkini affirmaient poursuivre cet objectif : assurer la tranquillité des plages sises sur le territoire des communes concernées.

On sait que la plus haute instance administrative française, le Conseil d’Etat, a annulé ces interdictions dans la mesure où aucun trouble à l’ordre public n’avait été constaté, malgré les attentats revendiqués par l’Etat islamique à Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray. Les hauts juges administratifs ont notamment expliqué :

 En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée.

Le cycle infernal, interdiction-provocation-propagande

Maintenir l’ordre public de façon à pacifier les relations dans l’espace commun est l’une des principales tâches dévolues à l’Etat et à ses organes. Toutefois, cette notion d’ordre public, pour essentielle et nécessaire qu’elle soit, demeure fort délicate à manier.

Si l’Etat – ou son représentant, en l’occurrence un maire – interdit un comportement après que celui-ci a causé du trouble, il sera accusé d’avoir réagi trop tard. S’il l’interdit sans menace sérieuse de trouble, il sera reproché au maire (ou à son équivalent) de violer la liberté individuelle sans nécessité impérieuse.

Il existe aussi un autre péril : l’interdiction d’un comportement suscite des réactions de provocation ; au lieu de supprimer le comportement, son interdiction le diffuse par effet de propagande. Ainsi, de nombreuses intégristes musulmanes bravent-elles en France l’interdiction de porter le voile intégral sur les lieux publics afin de provoquer une réaction de l’Etat et se poser en victime de la répression.

Cela dit, malgré toutes les difficultés inhérentes à son application, l’Etat et ses organes ne sauraient se soustraire à leur devoir de préserver l’ordre public. Pour interdire un comportement, le risque qu’il trouble la paix entre les citoyens doit être imminent et ne peut pas reposer sur l’opinion personnelle du représentant de l’Etat ou sur de vagues soupçons. Déterminer l’imminence du danger, placer le curseur au bon endroit n’ont rien de facile. Mais qui a dit que la magistrature est une occupation pour dilettante ?

De l’ordre public à l’ordre moral

Autre dérive possible : passer de la préservation de l’ordre public à l’instauration de l’ordre moral. Si l’ordre public consiste à pacifier les relations entre humains dans l’espace commun, l’ordre moral vise à contraindre lesdits humains à adopter un ensemble de règles de comportement strictes établies par une idéologie politique et/ou religieuse. Il ne s’agit plus de cette moralité publique un peu vague qui, selon l’ancien ministre et grand juriste français Paul-Henri Teitgen, conduit simplement les individus à se conformer à « un minimum d’idées morales naturellement admises, à une époque donnée, par la majorité des individus. » Avec l’ordre moral, un groupe politique et/ou religieux cherche à imposer sa propre conception du bien et du mal.

Les détenteurs de l’autorité peuvent glisser de l’ordre public à l’ordre moral et prendre leur idéologie politique et/ou religieuse comme critère déterminant pour interdire tel ou tel comportement. Prohiber spécifiquement le port, sur la voie publique, d’une pièce de vêtement à connotation religieuse[1], c’est mettre le doigt dans un engrenage redoutable dans la mesure où le motif guidant l’interdiction relève de l’idéologie. Si l’idéologie change de couleurs, on pourrait se trouver dans le cas de figure inverse avec l’instauration du burkini obligatoire. Ou de la nudité obligatoire. Ou de l’interdiction de porter un maillot publicitaire ou à l’effigie du Che. Par crainte de l’islam, les sociétés sécularisées en viendraient à créer une sorte de police des mœurs pour faire la chasse au vêtement musulman ; elle ne serait pas si différente que cela des polices religieuses de l’Iran et de l’Arabie Saoudite.

Il ne saurait y avoir de « police de la laïcité », sorte d’arbitre des élégances laïques. La laïcité n’impose pas d’autres comportement que le respect de la liberté de conscience et la séparation entre Etat et institutions religieuses.

Cela signifie-t-il que le port de la burqa sur la voie publique, voire celui du burkini sur les plages municipales ne doivent faire l’objet d’aucune discussion, afin d’éviter de froisser les partisans du voile intégriste ? Nullement. Ne pas interdire ne signifie pas approuver. Personnellement, le port de la burqa dans l’espace commun ou, dans une moindre mesure, celui du burkini sur les plages, m’insupportent car ces accoutrements sont la marque d’une régression sur la voie vers l’égalité entre hommes et femmes. Je tiens à l’écrire, voire à le dire aux personnes concernées. Comme je suis prêt à écouter leurs arguments. En revanche, si par un hasard malencontreux, je me trouvais investi d’une autorité de l’Etat, je ne devrais pas faire de cette opinion un critère de décision.

Comme rien n’est simple en ce bas monde, vous allez me rétorquer : « En vous adressant à des porteuses de voile intégral et à leurs proches, vous risquez de provoquer une réaction violente de leur part et de créer ainsi un trouble à l’ordre public. » C’est indéniable, le risque existe. L’apprentissage de la confrontation n’est pas aisé mais ce n’est pas une raison pour l’abandonner en se repliant chacun sur nos petites communautés. L’école apprend-elle à dialoguer entre personnes d’avis opposés ? Espérons-le car il s’agit d’un savoir-faire social de première importance. Mais je laisserai aux enseignants et aux enseignés le soin de répondre.

Un élément essentiel : le contexte local

Dès lors, le seul critère valable pour une interdiction de porter un vêtement – voire de n’en pas porter du tout ! – relève de la tranquillité et de la sécurité publiques et cela dépend surtout des contextes locaux. Sur certaines plages, le burkini est perçu comme une combinaison en néoprène comme en portent les véliplanchistes et n’entraine aucun trouble. Dès lors, pourquoi l’interdire ?  Sur d’autres lieux de baignade, surtout après une série d’attentats commis au nom de l’islam, le burkini est susceptible de provoquer des violences. Dès lors, le maire doit se poser la question d’une éventuelle interdiction qui, bien entendu, reste limitée à son territoire.

Il en va d’ailleurs de même pour les nudistes. Dans certains endroits, ils côtoient des « textiles » sans que cela ne provoque de réaction. Dans d’autres, les « textiles » ne supportent pas la vue de cette nudité et montent sur leurs grands chevaux avec risques de rixes.

Enfin, si la burqa était portée par une poignée de Saoudiennes en vacances, cela n’entrainerait guère que des regards courroucés. Où serait l’atteinte à la tranquillité publique ?  En revanche, si le voile intégral se diffusait plus largement et devenait une arme provocatrice de propagande, la question du trouble à l’ordre public se poserait ipso facto.

Dans ce domaine, il serait faux de prendre une mesure générale valable partout. Tout dépend des mœurs locales et du contexte d’actualité. Un peu jésuite, cette conclusion ? Un brin de casuistique ne messied point à la laïcité !

 Jean-Noël Cuénod

 

[1] Le voile intégral (burqa ou niqab) n’est nullement une obligation prescrite par le Coran et relève d’une coutume. Cela dit, celles qui le portent ou ceux qui contraignent les femmes à le porter cherchent à diffuser un message de type religieux, sous une forme sectaire.

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09/09/2016

Non François Hollande, la démocratie ne triomphera pas toujours!

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«Je suis candidat tout en ne l’étant pas mais en l’étant quand même mais, chut, faut pas le dire». François Hollande s’est adonné, jeudi, à ce petit jeu qui ne trompe personne mais qui énerve tout le monde. Nicolas Sarkozy s’y était livré avant de se déclarer officiellement le 22 août dernier. L’actuel président et bientôt prétendant à sa succession a choisi la démocratie et le terrorisme pour thème principal de son allocution de pré-campagne.

Les commentateurs ont glosé sur les attaques de Hollande contre la droite et contre ses concurrents à gauche, sur l’inébranlable confiance en son destin qui le caractérise, bien que 88% des sondés n’en veulent – et n’en peuvent – plus (sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi 7 septembre). Nous laisserons ces considérations politiciennes pour nous intéresser à ce qui a formé le cœur du discours présidentiel, bien illustré par cet extrait:

 «Au terme de la lutte contre le terrorisme, la démocratie triomphera. [...] La démocratie sera toujours plus forte que la barbarie qui lui a déclaré la guerre».

Illusion. Dangereuse illusion. Non, Monsieur Hollande, la démocratie ne sera pas «toujours plus forte que la barbarie», comme si la démocratie était inscrite dans l’ADN de l’humanité, comme si elle relevait d’un destin que rien ne viendrait contredire. Nul besoin de s’échiner à la défendre, la démocratie triomphera toujours, quoique l’on fasse. Reposons-nous sur nos lauriers républicains.

Cet état d’esprit montre à tel point le président français est encore aveuglé par l’image linéaire du progrès, en cours au XIXe siècle : au fur et à mesure qu’elle avance, l’humanité se libère de ses chaînes et marche d’un pas assuré vers son bonheur démocratique. Pas d’éternel retour, que de l’éternelle avancée.

Le XXe siècle, pourtant, est passé par là pour ruiner cette belle construction hugolienne avec ses chars d’assaut, ses bombes diverses et variées. Mais rien n’y fait. Comme le Ravi de la Crèche, François Hollande sourit d’un air béat à l’inaccessible étoile.

En fait, rien n’est stable dans ce monde en mouvance, ni la dictature ni la démocratie. Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force, ni sa faiblesse, ni son cœur. Et quand il croit ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix, écrivait Aragon.

Certes, la démocratie a finalement triomphé de la dictature nazie et fasciste en 1945. Il n’empêche que le totalitarisme a régné pendant 21 ans en Italie, 12 ans en Allemagne, 36 ans en Espagne, 41 ans au Portugal. Et encore, pour battre l’Allemagne d’Hitler, les Etats démocratiques ont-ils dû compter sur l’appui décisif d’une autre dictature, de nature différente, celle de Staline. Il existe de multiples exemples de démocraties qui ont sombré, au moins pendant plusieurs années, dans la dictature. L’Allemagne de Weimar disposait d’institutions exemplaires sur le plan juridique. Elle a été réduite en cendre en une nuit dans le Reichstag en feu. La France de 1940 était un modèle de démocratie parlementaire. Après l’effondrement de son armée, elle s’est réfugiée dans les bras d’un vieux tyran, Pétain. Même aux Etats-Unis, la démocratie a connu de singulières éclipses, notamment durant la ségrégation contre les Noirs, à l’époque du maccarthysme, puis au moment du Patriot Act. Et l’on pourrait multiplier les exemples.

Nous sommes victimes d’une déformation optique. Parce que les plus chanceux des Humains n’ont pas connu d’autres systèmes que celui de la démocratie, ils croient que cet état est immuable. Or, elle ne va pas de soi, la démocratie. La dictature, c’est la loi du plus mafieux : celui qui cogne le plus fort a raison. C’est simple, c’est net. La démocratie, c’est la loi de la majorité dans le respect de la minorité. C’est moins simple, c’est moins net. Cela demande des explications, du dialogue, de la négociation, des efforts. Il arrive que les peuples se fatiguent de ce qu’ils considèrent comme d’inutiles palabres ; ils sont alors prêts pour abdiquer des droits qui ne les séduisent plus et tomber dans les mains de leurs étrangleurs.

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La dictature fascine les jeunes qui ont besoin d’être entouré de cadres précis – rien n’est plus angoissant que la liberté –, de jeter leurs énergies pour un idéal qui est d’autant plus enthousiasmant qu’il met en jeu leur vie. Les derniers défenseurs du führer n’étaient autres que des gamins fanatisés de la Hitlerjugend. Et aujourd’hui, des djihadistes adolescents se font exploser pour l’Etat islamique. Il ne faut jamais sous-estimer le puissant prestige de l’esthétique dictatoriale.

La démocratie, comme le progrès, n’a rien de linéaire. L’un comme l’autre avance d’un pas, recule de deux, avance à nouveau de trois, en fait un autre de côté. Si ligne il y a, elle est brisée.  

Jean-Noël Cuénod

 

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01/09/2016

Macron, le lisse dans la vallée médiatique

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Les gros médias ont déjà élu leur président de la République. Le gagnant est… Emmanuel Macron, on l’applaudit bien fort ! Dès l’annonce de sa démission du gouvernement, l’ancien ministre de l’Economie a eu droit à un traitement qui, d’ordinaire, est réservé aux chefs d’Etat. Le 20 Heures de TF1 l’a interviewé mardi pendant 27 minutes, avec onction de pommade à la courtisane. France-Info a assuré la retransmission en direct de son discours d’adieu à Bercy. Toutes les « Unes » lui sont acquises. Les colonnes débordent. Les réseaux sociaux, les écrans de toutes tailles, les micros de tous poils succombent, les uns après les autres, à la macronite aiguë, forme nouvelle et française d’une affection ancienne et nord-américaine, la kennedyte. Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés. (Dessin d'Acé)

Pourquoi une telle démesure ? Après tout, la démission d’Emmanuel Macron n’a rien d’une surprise. Le Canard Enchaîné rapporte cette blague qui courait naguère à Bercy : « Macron démissionne ? oui, comme tous les jours ! » Ce départ ne pouvait pas intervenir en pleine loi Travail, ni après les attentats de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray. Qu’il soit annoncé juste à la rentrée n’a donc fait tomber personne de l’armoire.

Fringant yearling contre vieux chevaux de retour

En soi, l’évènement ne peut expliquer une couverture aussi large. Mais voilà, avec sa tronche de premier de classe, son allure de buveur de thé vert bio, son physique de poète égaré dans un monde de brutes, sa dégaine d’énarque satiné, sa sveltesse photogénique, son sourire angélique, son appartenance à la branchitude haut-de-gamme, ce jeune plaît aux vieux et aux dames, sans défriser les jeunes.  C’est le lisse dans la vallée des médias.

 Son récit de vie est bien rôdé : l’amour pour sa prof qu’il a épousée, côté Paris-Match ; son poste d’assistant éditorial du philosophe Paul Ricœur, côté Le Monde ; sa carrière d’associé-gérant à la Banque Rothschild, côté Les Echos.  Les gros médias, fatigués de traîner encore et toujours les mêmes vieux chevaux de retour, genre Juppé, Sarkozy, Hollande, frétillent d’aise devant ce fringant yearling.

A lire le site de son mouvement En Marche (E.M. comme ses initiales, bonjour l’égo !), les idées de Macron paraissent nettement moins juvéniles. Dénonce-t-il les blocages qui empêchent la France de prendre son envol vers le plein-emploi ? Le 16 septembre 1969 à l’Assemblée nationale, l’alors premier ministre Jacques Chaban-Delmas annonçait déjà son programme de lutte contre la « société bloquée ». Depuis, façon mantra, chaque dirigeant politique promet de fabriquer les outils qui serviront à « débloquer la France » mais personne n’a encore trouvé la bonne clé à molette.

En lançant son mouvement, Macron cherche à faire remonter de la base vers le sommet – enfin son sommet ! – les solutions qui dégripperont les rouages. Tout de même, il n’est pas le premier politicien à prétendre « écouter la France » ! Une France qui, à force d’être écoutée, n’est même plus entendue.

Quelle valeur ajoutée ?

Les solutions préconisées par Emmanuel Macron relèvent du social-libéralisme le plus classique, mâtiné d’économie numérique : on concilie égalité et protection des salariés avec limitation des contraintes sociales des entreprises. Dans une première phase, libérale, on libère l’économie pour qu’elle refasse de la croissance ; dans une seconde phase, sociale-démocrate, on redistribue le produit de cette croissance vers la formation et le domaine social. A cet égard, il tient à peu près le même discours que Nathalie Kosciusko-Morizet. Entre autres. Entre beaucoup d’autres. Pour l’instant, on distingue mal la valeur ajoutée par Macron, mis à part son bel emballage.

Il n’a pas annoncé formellement sa candidature à la présidence de la République, tout en laissant entendre qu’il pourrait bien se jeter à l’eau. Il attend sans doute que se lève une vague de sondages encourageants qui le porteraient à officialiser sa participation au triathlon de l’Elysée.

Admettons que l’opinion lui soit favorable, avec quelles troupes partiraient-ils à l’assaut du pouvoir ? Avec les 60 000 internautes qui ont cliqué sur son site ? C’est un peu court, jeune homme ! Sur l’échiquier électoral, Emmanuel Macron est coincé de toute part. Ses positions économiques sont trop proches de Juppé et des centristes. Et il n’a que peu d’appuis à gauche, même sur l’aile droite du Parti socialiste, occupée par son concurrent Manuel Valls

Certes, l’ancien ministre de l’Economie peut compter sur de nombreux relais au sein des grands patrons et des dirigeants de l’économie numérique. C’est indispensable pour recevoir les fonds nécessaires à la création de sa propre structure mais insuffisant pour en faire une machine électorale rapidement opérationnelle.

Fusil à un coup

Emmanuel Macron veut briser les lignes politiques en réunissant le centre-gauche et le centre-droit qui, en France, ne sont jamais parvenus à se réunir, du moins sous la Ve République. En cela, il vise juste car c’est ce que souhaite une majorité de Français à en croire les sondages. Mais le moment présent n’est pas le plus favorable pour accomplir ce grand chambardement. Lorsque les appareils partent en campagne, ils ne peuvent changer de position et d’alliance, au risque de désorienter leurs militants et leurs électeurs. Alors, Macron parie sur le soutien massif que lui apporteraient les internautes et les couches sociales nées de la nouvelle économie, fatigués de voir toujours les mêmes têtes et séduits par l’ancien ministre, l’un des rares acteurs politiques français à comprendre en profondeur le monde numérique.

 Certes, Obama avait triomphé en 2008 en s’appuyant sur les réseaux sociaux, mais il s’y était pris longtemps à l’avance, et non pas neuf mois avant l’élection. La sphère internet est devenue une arme politique de première force. Mais il faut tout de même du temps pour transformer la virtualité numérique en réalité électorale. La fenêtre de tir d’Emmanuel Macron est donc particulièrement étroite. S’il ne parvient pas à créer, maintenant, une vague de fond en sa faveur, il lui sera bien difficile d’assurer la pérennité de son mouvement car Manuel Valls – qui, lui, se prépare pour le coup suivant, soit 2022 – aura tout loisir de se mettre en travers de sa route.

Emmanuel Macron tient dans ses mains un fusil à un coup.

Jean-Noël Cuénod

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30/08/2016

La droite aïoli se prend les pieds dans le burqini

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Valls, Sarkozy et les municipalités de la droite aïoli se sont pris les pieds dans le burqini. La ficelle était pourtant bien épaisse. Le Conseil d’Etat (équivalent en Suisse du Tribunal administratif fédéral) a donc annulé la décision prise par le maire LR de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) d’interdire le burqini sur les plages de son territoire. Les intégristes musulmans ont aujourd’hui beau jeu de crier victoire. Leur piège provocateur a parfaitement fonctionné. En plaçant cette question sur le plan du droit, les élus de droite et le gouvernement Valls leur ont fait une superbe passe dans les seize mètres… Et boum, tir en pleine lucarne !

Avant d’examiner la décision du Conseil d’Etat et ses conséquences, quelques considérations générales sur cette vestition hydro-islamiste. Que le burqini emblématise la régression des droits de la femme, c’est une évidence, même en pays musulmans. Le Plouc a bourlingué au Maroc dans les années 70, est parti en reportages à Alger en 1974 et 1988. A cette époque, le port du burqini aurait provoqué les rires et les moqueries des jolies «gazelles» qui bronzaient en maillot de bain deux pièces sans que des barbons barbus s’en offusquassent.

Revêtir un burqini n’est jamais un libre choix, quoiqu’en disent celles qui le portent. Il s’agit de cacher le corps féminin du regard des mâles, considérés comme des animaux incapables de maîtriser les élans priapiques de leur concupiscence satanique. C’est la plus détestable image des relations entre hommes et femmes qui soit.

Si la France a réagi de façon aussi «burqiniphobe», contrairement à certains pays voisins comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, c’est qu’elle a développé depuis des siècles la galanterie de cour qui a influencé toute sa société. Cette galanterie est faite de séduction légère, de badinerie réciproque, de joutes oratoires, de courtoisie taquine. La femme y règle son jeu et l’homme se plaît à s’y conformer. Transformer le corps féminin en une sorte de saucisson à la pelure de Néoprène est incompatible avec cette relation qui donne tant d’agrément aux relations humaines. Que les peuples qui ont le français en partage y tiennent, quoi de plus normal ? Mais éradiquer le burqini par la voie règlementaire, c’est une autre paire de manche. Elle a rapidement trouvé ses limites au Conseil d’Etat (voir ci-dessous l’extrait le plus important des considérants de cette juridiction).

La rapide généralisation du burqini induit à penser qu’il y avait anguille sous roche et qu’il s’agissait pour les intégristes musulmans de montrer qu’ils faisaient « corps à part » avec le reste de la société française. En cherchant à provoquer la réaction des autorités, pour mieux se draper dans la toge victimaire, ils ont réussi leur coup. Le burqini a reçu la bénédiction de la justice française qui, en l’occurrence, n’a fait qu’appliquer la loi.

Faut-il alors introduire un texte spécifique, voire changer la Constitution pour interdire une tenue de bain, comme l’a proclamé, lundi, Nicolas Sarkozy ? Le simple fait de poser cette question montre que nous nageons en pleine folie. La Constitution règle les grands principes mais ne doit pas s’abaisser à traiter des questions d’ordre textile au risque de diluer lesdits grands principes dans l’accessoire et le dérisoire.

 Si l’on suit cette pente vertigineuse, on peut s’attendre au pire pour notre liberté individuelle. Les intégristes musulmans pourraient alors se sentir en droit de faire interdire les minijupes, le string, les cuissettes (pour les Hexagonaux, il s’agit de l’expression suisse-romande pour le mot franglais short). Le droit serait ainsi transformé en vaste champ de bataille religieux.

Pour combattre le burqini, le dialogue dans la fermeté et la persuasion restent les meilleures armes. Il faut expliquer les raisons qui président à notre rejet de cet emblème de la servitude. Certes, cela fait moins de bruit dans les médias, c’est moins gratifiant pour le politicien en mal de « beuze ». Mais, petit à petit, au fil des discussions, avec le temps, le burqini retrouvera la seule place qui lui est légitime : la poubelle.

 Jean-Noël Cuénod

 

Principaux extraits de la décision du Conseil d’Etat annulant l’interdiction du burquini

 

(…)Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée. Dans ces conditions, le maire ne  pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la  plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre  public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle (…)

18:55 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : burqini, islam, france, sarkozy, valls | |  Facebook | | |

19/08/2016

Il y a 80 ans, Garcia Lorca était fusillé

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 Le 19 août 1936, les gardes civils aux ordre de Franco traquent l’un des plus grands poètes espagnols, Federico Garcia Lorca (1). Ils le débusquent chez un autre poète Luis Rosales, le trainent dans un ravin près de Grenade et le fusillent. 80 ans plus tard, la terre andalouse n’a toujours pas rendu le corps de celui qui l’a célébrée avec tant de ferveur.

Durant cet été 1936, le général Franco trahit la République espagnol qu’il était censé défendre en provoquant l’une des plus sanglantes guerres civiles de l’histoire européenne. Ses troupes contrôlent l’Andalousie. Alors qu’il habitait Madrid, Federico Garcia Lorca ne peut résister à l’appel de sa terre andalouse et, malgré les dangers, se rend dans les environs de Grenade, comme chaque année à pareille époque.

Peu après son arrivée, le Rossignol d’Andalousie doit fuir les franquistes. Il n’est pourtant ni dirigeant politique ni militant, Garcia Lorca. Il est bien pire: un poète et écrivain de théâtre qui est devenu la voix des paysans andalous. Et pour ses bourreaux, gardiens des vertus très catholiques, son homosexualité est une provocation de plus qui mérite bien douze balles dans la peau.

Un rapport de police rapporte de façon lapidaire que Federico Garcia Lorca a été passé par les armes et enterré dans un ravin très difficile à localiser. Tellement difficile qu’à ce jour, personne n’a retrouvé sa dépouille. En 2008, le juge espagnol Balthazar Garzon avait ouvert une enquête sur les crimes du régime franquiste, dont l’assassinat de Garcia Lorca.  Un an après, des fouilles furent entreprises dans un ravin à Viznar, non loin de Grenade. En vain. Comme si elle voulait conserver son amant, la terre andalouse n’a pas rendu le corps du poète. L’enquête contre les massacres du franquisme a été abandonnée par la suite car les tabous laissés par la dictature sont aussi vivaces que le lierre sur un mur en ruine.

Cela dit, hier, une juge fédérale d’Argentine, Maria Servini, a décidé de redémarrer cette enquête pour retrouver les restes du poète et reconstituer les circonstances exactes de son assassinat. Pour ce faire, elle s’appuie sur le principe de compétence universelle en matière d’atteinte aux droits de l’homme.

Si les franquistes sont parvenus à cacher son cadavre, ils n’ont pu empêcher la voix du poète de retentir dans le monde. Pourtant, ils n’avaient pas ménagé leurs efforts en interdisant la publication de ses ouvrages jusqu’en 1953, année qui a vu paraître en Espagne ses œuvres prétendues «complètes» mais atrocement mutilées par les censeurs du Caudillo. Depuis le décès du tyran en 1975, Federico Garcia Lorca est à nouveau à l’honneur dans son pays. Et sa mort continue à faire un bruit du tonnerre comme l’avait prophétisé Aragon dans son poème Un Jour, un Jour (in Le Fou d’Elsa) :

Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime

Sa protestation ses chants et ses héros,

Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux

A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

 

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu

Emplissant tout à coup l'univers de silence

Contre les violents tourne la violence

Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue (…)

Garcia Lorca est né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros, dans le domaine de son père, propriétaire terrien. Il vit sa prime enfance en liberté parmi les bergers, les peupliers qui bordent les rivières Cubillas et Genil, les grands champs inondés de soleil. Sa grand-mère et ses tantes l’initient aux fables et légendes qui peuplent l’imaginaire du peuple andalou mais aussi à la poésie de Victor Hugo. Cette expérience première irriguera toute son oeuvre. Loin de se complaire dans une description des paysages, il saisit leur essence, évoque la sage folie des légendes et met au jour la nature en son surréalisme. Le temps n’a plus de limite. Il n’est donc plus le temps. Il est un état d’être permanent, l’état de poésie, comme le disait le poète genevois Georges Haldas, grand admirateur de l’écrivain andalou. En voici un témoignage avec le poème Baile (Bal) tiré de l’un des plus célèbres ouvrages de Federico Garcia Lorca, Romancero Gitano (d’abord en espanol, puis en français avec la traduction de Josiane de Carlo).

 

La Carmen está bailando

por las calles de Sevilla.

Tiene blancos los cabellos

y brillantes las pupilas.

 

¡Niñas,corred las cortinas!

 

En su cabeza se enrosca

una serpiente amarilla,

y va soñando en el baile

con galanes de otros días.

 

¡Niñas, corred las cortinas!

 

Las calles están desiertas

y en los fondos se adivinan,

corazones andaluces

buscando viejas espinas.

 

¡Niñas,_corred las cortinas!

 

Elle danse, la Carmen,

Dans les rues de Séville.

Blancs elle a les cheveux,

Brillantes les pupilles.

 

Fillettes, tirez les rideaux!

 

Sur sa tête s’enroule

Un serpent jaune,

Et elle va, rêvant au bal,

Avec des galants d’autres temps.

 

Fillettes, tirez les rideaux !

Les rues sont désertes,

Et tout au fond on devine

Quelques cœurs andalous

Cherchant de vieilles épines.

 

Fillettes, tirez les rideaux !

 

Quels seront les cœurs andalous qui trouveront les ossements du poète? Peu importe répond son ombre:

Rien n’est plus vivant qu’un souvenir.

 Jean-Noël Cuénod

(1) Dans Les 13 dernières heures de la vie de García Lorca, publié fin juin, l'historien espagnol Miguel Caballero Pérez conteste les différentes versions plus ou moins officielles se rapportant aux circonstances qui ont entouré la mort du poète. Il l’attribue à une vengeance de la famille Alba, ennemie des Garcia Lorca, que l’écrivain avait rudement attaquée dans sa pièce La Maison de Bernarda Alba. Cela dit, la thèse d’un meurtre commis par des franquistes n’est pas pour autant écartée. La haine familiale des uns s’est-elle alliée à la fureur antirépublicaine des autres, qui sait ?

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15:49 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : garcialorca, poesia, espagne, franco, vidéo | |  Facebook | | |

15/08/2016

Burqa? Pas Burqa? Inévitable mauvaise question

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Une polémique en Suisse et des rixes en Corse remettent le voile intégral sur le tapis. Face aux défis jetés par l’islamoterrorisme, relancer un débat sur cette bigoterie textile semble dérisoire. Impossible pourtant de l’éviter…

Parmi les nombreux péchés dans lesquels sombrent les bigots pétromonarchiques et talibanesques, l’emballage des femmes façon niqab, burqa ou, version balnéaire, burqini, n’est pas le moindre. Fourrer dans des sacs à patates, cette sublime création divine qu’est le corps féminin, est un crachat expectoré à la face d’Allah.

Cela dit, faut-il élever cette monstruosité au rang de question principale dans les relations entre les pays européens et l’islam? Face aux défis lancés par l’islamoterrorisme, cette question paraît dérisoire puisqu’elle ne concerne qu’une infime minorité de musulmanes. Néanmoins, l’emballage des femmes revient régulièrement dans l’opinion, comme un emblème inacceptable pour notre société démocratique. Une polémique en Suisse et des rixes en Corse, ont remis le voile intégral sur le tapis. Impossible désormais d’éviter cette mauvaise question.

Récemment, deux conseillers d’Etat socialistes, le Zurichois Mario Fehr et le Vaudois Pierre-Yves Maillard ont publiquement affirmé leur opposition au voile intégral, alors que le Comité d’Erkingen, composé de conservateurs et de membres de l’UDC, a lancé une initiative populaire pour bannir la burqa et le niqab de l’espace public suisse, comme cela se fait déjà au Tessin. Les déclarations de ces deux magistrats socialistes s’opposent à la ligne de leur parti vis-à-vis de cette initiative et ont sorti maints camarades de leur torpeur estivale.

La France a interdit depuis six ans le port du voile intégral mais c’est désormais la version balnéaire de l’emballage intégriste – le burqini – qui est cause de troubles. Le gouvernement Valls envisagerait de l’interdire sur l’ensemble de la République comme le laisse entendre la ministre de la Famille Laurence Rossignol. Plusieurs municipalités de la Côte d’Azur, Cannes par exemple, ont interdit la fréquentation des plages municipales aux «emballées», décision avalisée par la justice. En Corse, le port du burqini a provoqué des rixes sur la plage de Sisco ce qui a conduit le maire de la commune à l’interdire à son tour.

Faut-il prohiber, en Suisse, le voile intégral et en France, le burqini ? Mauvaise question, disions-nous, car nous perdons un temps précieux à polémiquer, débattre, légiférer sur la tenue des musulmanes, alors que nous devons prendre des décisions autrement plus vitales pour éradiquer l’islamoterrorisme: réformes des agences de renseignement – avec tous les problèmes délicats que cela soulève –, unité au sein des pays et du continent pour faire bloc contre le djihadisme, mise sur pied des structures sociales nécessaires à l’intégration des jeunes musulmans dans le circuit économique, dialogue avec les autorités morales de l’islam européen pour qu’elles présentent aux enfants musulmans une offre spirituelle les dissuadant de sombrer le terrorisme. Voilà les vraies, bonnes questions qui sont diablement, si j’ose dire, complexes à résoudre. J’ai peur que la burqa ne les voile et nous pousse à nous contenter du plus facile, à savoir inscrire une interdiction de plus dans la loi (mais la faire appliquer, ce sera une autre paire de burqini !)

Cela dit, depuis la série d’attentats islamoterroristes en France et un peu partout en Europe, les mentalités ont été bouleversées. Ce qui était perçu comme une insulte à la femme est aujourd’hui ressenti comme une intolérable provocation. S’il ne faut pas donner aux signes emblématiques un poids qu’ils n’ont pas, il serait coupable d’en ignorer l’impact. Le voile intégral est inacceptable sous nos cieux. D’ailleurs, les touristes saoudiens pourraient avoir la plus élémentaire politesse de s’en rendre compte afin de ne pas choquer leurs hôtes. Après tout, ces Tartuffe moyen-orientaux n’ont-ils pas exigé des marques suisses de montres qu’elles effacent de leurs boîtiers les croix helvétiques?

Alors, en fin de compte, faut-il ou non le jeter au large, ce voile intégral ? Le seul critère valable à prendre en compte dans nos pays démocratiques est la préservation de l’ordre public. Si celui-ci n’est pas troublé, une interdiction n’est pas nécessaire et serait-même contreproductive en excitant les provocations. Mais si la tranquillité sociale est perturbée par ce genre de tenue – ce qui semble être de plus en plus le cas –, il appartient à l’Etat de faire cesser le trouble en prohibant la burqa de la discorde, comme l’a fait le maire corse de Sisco à propos du burqini.

Dès lors, en Suisse, il faudrait non pas interdire ipso facto le port du voile intégral sur la place publique, mais permettre aux autorités communales, cantonales et fédérales de prendre une telle décision si l’emballage féminin suscite des troubles à l’ordre public.

Jean-Noël Cuénod

20:34 | Lien permanent | Commentaires (69) | |  Facebook | | |

11/08/2016

SOL SANS BOUSSOLE

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 La forge des éclairs prend la terre à témoins

A jets continus pluie et feu sur nos chairs

Nous marchons hagards sur des chemins qui s’effacent

Des gerbes de rires jaillissent çà et là

Comme des fougères surgissant des fossés

Des gerbes de rires pour baliser le cortège

Pour redresser l’échine et affermir le pas

 

L’horizon n’est pas encor sorti de sa gangue

Longue larve ventrue cœur palpitant visible

La certitude est une illusion de plus

Plus cruelle que toutes les autres et c’est tout

Le temps est une prison que nous contournons

Le but est une impasse que nous évitons

Nous marchons lucides au bord des précipices

Jean-Noël Cuénod

20:25 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : poesie, poème | |  Facebook | | |

05/08/2016

France, Islam, Chevènement et le 1er -Aout du Plouc (Vidéo)

 

Deux interventions: Chevènement, symbole d’une France qui veut organiser «son» islam. Et une vidéo du Plouc en train de causer Suisse à TV5 Monde.

Unknown.jpegToutes les tentatives menées par divers gouvernements pour créer un «islam de France» ont échoué. Il n’est pas certain que le projet le plus récent du président Hollande – celui de pressentir Jean-Pierre Chevènement pour diriger la Fondation des œuvres de l’islam de France (FOIF) –, parvienne à surmonter cette fatalité. L’ancien ministre socialiste, devenu fondateur d’un parti souverainiste de gauche (Mouvement républicain et citoyen-MRC), se prononcera à la rentrée sur cette nomination qui reste donc à l’état virtuel.

 L’homme tout d’abord, pose problème. Son intégrité et sa compétence ne sont nullement en cause. Mais il est tout de même étrange de placer un politicien non-musulman à la tête d’un organisme qui sera chargé de trouver un financement, compatible avec les intérêts de la République, pour construire des mosquées et former des imams français. Les principaux dirigeants de la droite et du centre mais aussi de la gauche n’ont pas manqué de le souligner.

Certes, l’islam français est morcelé en une multitude d’entités en fonction des affinités nationales ou théologiques. Il n’est donc pas aisé de trouver une personnalité musulmane qui fasse consensus. Néanmoins, un non-musulman risque de faire l’unanimité… Mais contre lui!

Toutefois, la problématique ne se limite pas à une question de personnalité, loin de là. La difficulté fondamentale réside dans la méthode utilisée par l’Etat pour gérer ses relations avec l’islam, la deuxième religion de France en nombre de fidèles. Devant la difficulté à trouver un interlocuteur représentant l’ensemble des composantes de l’islam – du fait de l’inexistence d’un clergé structuré dans le sunnisme (très largement majoritaire dans l’Hexagone) – les gouvernements successifs ont tenté de susciter «d’en haut» une structure unique. Or, que ce soit le Conseil français du culte musulman, fondé en 2003 par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, sur une idée de son prédécesseur… Jean-Pierre Chevènement, ou la Fondation des œuvres de l’islam de France – voulue par le premier ministre Dominique de Villepin en 2005 et que le président Hollande veut réveiller aujourd’hui – ces organismes sont vécus comme des corps étrangers par la plupart des musulmans français. 

Ce type de rapport particulier entre l’Etat et l’islam relève, en partie du moins, de l’héritage colonial. A l’époque de l’Algérie française, Paris contrôlait étroitement les institutions islamiques, les lieux de culte et leurs officiants. Répéter aujourd’hui, même de façon beaucoup plus édulcorée, ce mécanisme construit «d’en haut» ne peut que susciter la méfiance, voire le désintérêt des musulmans français. Il appartient désormais à ces derniers de prendre des initiatives pour construire leur «islam de France». Il semble qu’aujourd’hui ils soient prêts à le faire.

Jean-Noël Cuénod

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14:16 | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : france, suisse, islam, chevènement, 1er-août | |  Facebook | | |

31/07/2016

A Mimos, la Compagnie Pyramid au sommet

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 Mimos, Festival international des arts du mime et du geste, s’est terminé samedi soir à Périgueux sur un spectacle enthousiasmant au Théâtre Odyssée. En présentant « Index », la Compagnie Pyramid a démontré à quel point le hip-hop est en passe de devenir la danse classique du XXIe siècle.

Fondée en Charente-Maritime, cette compagnie cherche à sortir des clichés qui réduisent le hip-hop en simple composante chorégraphique de la culture rap.

Les puristes de la culture de rue hurleront à la trahison, démontrant ainsi que les plus rebelles d’apparence n’échappent pas toujours aux pesanteurs du conservatisme. Eh oui, on peut être enfermé dans la rue ! Et parfois, il faut chercher à en sortir.

Tout mouvement artistique d’importance connaît cette évolution : transgression, extension de la transgression et classicisme, lorsque les normes sont fixées. On peut protester contre cette «récupération» par le système culturel majoritaire. C’est aussi attendrissant qu’inutile, comme la nostalgie des lampes à huile et de la marine à voile, pour reprendre l’expression du général de Gaulle.

Il est préférable de choisir un autre pari qui est celui de conserver les éléments de transgression dans une œuvre devenue un classique. Molière a été «récupéré» depuis belles lurettes mais, mises en scène correctement, ses œuvres demeurent subversives. C’est donc ce défi, celui de conserver au hip-hop son cœur subversif sous un corps classique, que la Compagnie Pyramid a relevé.

Avec « Index », Pyramid a poussé la provocation fort loin, puisqu’il s’agit de jouer avec des livres et des bibliothèques, symboles de cette culture élitaire honnie par la culture rap. Ils vont se faire encore des amis chez les « rapeurs », les gars de Pyramid ! Provocation aussi vis-à-vis des tenants de la culture dominante pour lesquels les bouquins sont objets de vénération. Pensez donc, des livres qui explosent, qui brûlent, qui se lancent, qui se mangent, qui se lèchent, des livres-jeux, des livres-danse, des livres-passions… Mais quelle horreur, quelle indécence !

Pourtant, la Compagnie Pyramid, grâce à « Index », a rendu à l’écrit le plus beaux des hommages en mouvement. Le public de l’Odyssée – salle comble – l’a bien compris en offrant aux danseurs une ovation debout fort méritée.

Danseurs : Youssef bel Baraka, Mustapha Ridaoui, Rudy Torres, Tony Baron. Chorégraphie de Youssef bel Baraka, Mustapha Ridaoui, Jamel Feraouch.

Cinq jours sous haute surveillance

Pendant cinq jours, 29 compagnies françaises ont participé à Mimos, plus une vingtaine au off. Les représentations se sont succédées chaque jour, de 11 à 23 heures dans les rues de Périgueux, au sein des théâtres et autres lieux. D’après les organisateurs, les spectateurs sont restés fidèles à ce Festival, malgré les attentats. Et malgré les mesures de sécurité prises pour filtrer le public, avec tireurs d’élite sur le toit du Théâtre de l’Odyssée et infirmerie de campagne dans le hall d’entrée.

Le terrorisme ambiant a rendu nécessaires ces dispositifs. Cela dit, il est tout de même étonnant de constater que les filtrages sur l’esplanade Robert-Badinter n’ont été organisés qu’au moment des spectacles, alors que ce vaste espace situé devant l’Odyssée était laissé libre le reste du temps. Les spectateurs ont ainsi dû passer au moins deux points de contrôle avant de gagner le théâtre, mais un terroriste aurait fort bien pu s’y rendre sans grande difficulté en dehors des heures de spectacles.

Il faudra désormais vivre avec ce genre de situation. Puisse l’art du mime qui surmonte toutes les frontières, celles des pays et celles des langues, ne pas en pâtir.

Jean-Noël Cuénod

22:46 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mime, art, sécurité | |  Facebook | | |

29/07/2016

Après l’attentat, homélie «diabolique»?

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Pour une fois que votre Plouc parpaillot – d’ordinaire méfiant envers toutes les institutions ecclésiastiques – avait dit du bien de l’Eglise romaine, le voilà puni… Après l’assassinat du père Jacques Hamel à l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, les dirigeants du catholicisme français avaient fait preuve de sang froid, de hauteur de vue et de fermeté d’âme en appelant à cette unité que, justement, les djihadistes veulent briser. Ils offraient ainsi un réconfortant contraste à l’indécent spectacle des politiciens qui, obnubilés par la présentielle de 2017, se sont déchirés en de lamentables polémiques pour soirées Pastis.

Mais voilà, l’homélie du cardinal André Vingt-Trois – prononcée mercredi lors de la messe à Notre-Dame de Paris en l’honneur du père Hamel –, nous a fait brusquement retomber sur terre. Opposant au mariage homosexuel, l’archevêque de Paris n’a pas pu se retenir de fustiger: «Le silence des élites devant les déviances des mœurs et la législation des déviances». Même si elle est formulée de chafouine manière, la pique visait clairement la loi qui a légalisé le mariage homosexuel.

Devant les protestations que ce bout d’homélie a suscitées, le diocèse de Paris a effectué un rétropédalage très politicien: «En aucun cas, il (le cardinal) ne voulait cibler une mesure en particulier, surtout pas le mariage pour les couples homosexuels. Il ciblait plutôt l’ensemble des évolutions sur la bioéthique, la fin de vie, la gestation» (Le Huffington Post). Le cardinal Vingt-Trois ayant participé très activement aux «Manifs pour tous» qui combattaient le projet de loi sur le mariage gay (photo prise à Paris le 13 janvier 2013), on peut légitimement mettre en doute la bonne foi de cette explication.

Et quand bien même le cardinal aurait sincèrement voulu ne s’attaquer, comme le soutient son diocèse, qu’à «l’ensemble des évolutions sur la bioéthique, la fin de vie, la gestation», ce n’était vraiment pas le lieu ni le moment pour mettre sur l’autel les sujets qui séparent les citoyens. A notre Notre-Dame, ces citoyens avaient besoin de se retrouver uni en mémoire du père Jacques Hamel, de faire la paix avec les autres et eux-mêmes. Ils n’avaient nul besoin d’ouïr un prélat leur débiter la doctrine de l’Eglise sur la bioéthique, doctrine qui n’est qu’un point de vue humain parmi d’autres.

Certes, comme n’importe quel citoyen, l’archevêque de Paris a le droit d’exprimer ses opinions contre le mariage homosexuel et de promouvoir ce qu’il pense être juste en matière de bioéthique et de fin de vie. Mais pas n’importe où, pas n’importe quand. Monseigneur Vingt-Trois a prononcé des paroles de division au moment où il fallait faire l’unité. Dans la mesure où l’étymologie du mot diable en grec – «diabolein» – signifie «qui divise, qui sépare», ce bout d’homélie ne serait-il pas quelque peu «diabolique» ? Un diable dont on sait qu’il niche dans les détails.

En tout cas, avant de prononcer ses paroles, le cardinal aurait dû se rappeler deux versets de Qohelet (Ecclésiaste), III-1 et III-7 :

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux (…); un temps pour déchirer, et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler.

Jean-Noël Cuénod   

12:35 | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : eglise, terrorisme, islam, djhad | |  Facebook | | |

26/07/2016

#SaintEtienneDuRouvray: l’Eglise en exemple

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L’un après l’autre, les islamoterroristes s’attaquent aux bastions symboliques de la France. Après la liberté d’expression, la présence juive, la fête parisienne, le 14-Juillet, c’est au tour de l’Eglise catholique d’être frappée. Mais quel contraste entre la calme tristesse des prêtres et l’affolement bavard des politiciens! (Illustration : Le Christ de Dali)

Ce n’est pas à Notre-Dame de Paris, ce n’est pas à Cracovie, où se rassemblent les jeunesses catholiques, que les deux islamoterroristes ont pris en otages des fidèles, égorgé le père Jacques Hamel et blessé grièvement l’un de ses paroissiens. C’est dans une modeste église en Normandie, lors de la messe du matin où une poignée de fidèles entourent affectueusement son vieux prêtre pour se souvenir du sacrifice de Jésus Christ. Les assassins de l’Etat islamique ont donc fait couler le sang sur ce coin de la France éternelle, celle de Péguy, de Francis Jammes, de Barrès et d’Aragon.

D’emblée, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, a répliqué face à l’antagonisme religieux que l’Etat islamique veut instaurer sous nos latitudes, en formulant ses attentes vis-à-vis des musulmans: « Qu’ils ne vivent pas dans la peur et dans la honte, mais nous aident à bien comprendre que ces actes ne sont pas compatibles avec l’islam, en le disant et en le vivant. Aucun Dieu qui a créé la vie ne peut nous demander de nous entretuer. Nous voulons marcher ensemble dans la confiance et le respect, construire des projets communs» (La Croix).

Parer au danger d’un conflit entre chrétiens et musulmans en France et en Europe, telle est l’urgence. Les hommes d’Eglises l’ont compris et multiplient les discours et les actions pour éviter que notre société tombe dans ce gouffre sans fond. Malheureusement après l’attentat de Nice, la caste politique ne s’est pas hissée à cette hauteur. Elle a démontré son incapacité à saisir la gravité de l’enjeu en préférant manipuler ses pions sur le petit échiquier des primaires, avec échanges d’invectives et querelles pour gogos médiatiques. Que la France se déchire conformément à la volonté exprimée par l’Etat islamique, peu leur importe. Seul compte le positionnement en vue de la course à l’Elysée.

Mais qu’ils se taisent, ces bourrins pour écuries présidentielles! Qu’ils laissent monter à nous la voix de ceux qui n’ont rien à vendre et qui en appellent à l’amour au moment même où ils sont frappés dans leur chair!

Le combat qui nous est imposé est aussi, et même surtout, de nature spirituelle. Le danger est de voir la foi en l’Eternel travestie en marqueur communautaire, en une sorte de drapeau pour mener les nôtres contre les autres. Il appartient aux prêtres, aux pasteurs, aux rabbins, aux imams de faire digue à cette dérive mortifère. Et il appartient à chacun de nous de faire notre choix entre le chemin le plus facile, la haine, et le plus malaisé, l’amour. Nous sommes au croisement.

Jean-Noël Cuénod

VIDEO DU PERE JACQUES HAMEL (RTBF)

19:23 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : islam, catholicisme, terrorisme, djihad | |  Facebook | | |

22/07/2016

DEMAIN?

#climat #poésie #poesia

La bouche des fleuves est close

Le soleil a éteint les rivières      

Les ruisseaux sont devenus muets

 

L’humain sollicite ses yeux

Pour en soutirer quelques sanglots

Il n’en sort que de la poussière

 

A quoi bon prêcher dans ce désert

La dernière goutte divine                

Sur les cœurs surchauffés s’évapore

 

                       Dieu est humide voyez-vous

                       Sa parole est une rosée

                       Qui fait surgir du néant les mondes

 

Mais que faisons-nous sur ce globe?

Nos pauvres danses de la pluie

Font rire les cieux aux éclats

 

Nous avions en main notre destin

Il n’est plus qu’une poignée de sable

Jean-Noël Cuénod

 

 

11:13 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : #climat #poésie #poesia | |  Facebook | | |

20/07/2016

Les racistes complices des salafistes

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Après l’attentat sur la Promenade des Anglais, plusieurs altercations racistes ont éclaté à Nice. Face à un acte aussi monstrueux, il est sain et légitime d’exprimer sa colère. Mais elle devient prétexte pour susciter la haine et provoquer la division lorsqu’elle bouillonne dans la bouche des racistes. Qui, ce faisant, servent avec une redoutable efficacité les salafistes et les islamoterroristes. Bien loin d’en être les adversaires, les racistes en sont les plus serviles complices. (Dessin de l'excellent Acé)

L’idéologie salafiste qui pourrit l’islam – grâce aux fonds des pétromonarchies couvées par un Occident aussi avide que myope – a pour but de recréer la communauté d’origine de l’islam et retourner au prétendu état de pureté qui caractériserait l’époque où le prophète Mohamed prêchait et guerroyait. Pour ce faire, les salafistes s’efforcent de trier entre «bons» – c’est-à-dire eux – et «mauvais» musulmans, à savoir les confréries mystiques des Soufis, les musulmans démocrates et tous ceux qui ont adopté un mode de vie libre. Puis, ils s’efforceront de séparer les «bons» musulmans des «kouffars», soit tout le reste de l’humanité «mécréante», avec une détestation particulière envers les  «croisés» (les chrétiens) et les Juifs.

Salafisme à bas bruit

Pour opérer ces tris, les salafistes usent de deux méthodes qui se complètent fort bien. La première est à bas bruit. Il s’agit de rendre autarciques les communautés musulmanes des pays occidentaux. Monsieur bâche Madame d’un voile intégral ; les enfants, quand cela est possible, fréquentent les écoles coraniques; Madame, dûment bâchée, fait ses courses chez des commerçants bien pensants et bons priants; on ne reçoit que des proches ; on s’efforce de réduire, au triste minimum, les rapports avec les «kouffars». Il s’agit de bien se préparer pour s’établir définitivement en terre d’islam.

Salafisme à haut bruit

La seconde méthode salafiste utilise la violence comme moyen pour séparer les «bons» musulmans des «kouffars». En se lançant, au nom de l’islam, dans les actes terroristes les plus barbares, les plus insoutenables, le but des islamoterroristes n’est pas seulement de tuer un maximum de «kouffars», ils cherchent aussi à provoquer des réactions de vengeance contre les populations musulmanes d’Europe. Un cycle de violences entre musulmans et non musulmans, au sein de nos pays, serait ainsi enclenché, avec tous les risques de guerre civile que cela suppose. Dès lors, les salafistes auront beau jeu d’apparaître comme les protecteurs de tous les musulmans. Ils auront gagné la partie.

En jetant dans le même sac de haine les islamoterroristes et l’ensemble des musulmans, les racistes préparent donc le terrain à nos pires ennemis.

Juppé, un politicien comme les autres

Mais ce discours rationnel ne passe plus, hélas. La faute en revient surtout à cette horde de politicards sans scrupule – parmi eux les membres du clan Le Pen, bien sûr, mais ils ne sont plus les seuls à aboyer – qui n’ont qu’une vision «marketing» de la politique, à savoir surfer sur les plus bas instincts pour obtenir les plus hautes fonctions. Même Alain Juppé – qui semblait pouvoir revêtir sans rire la fonction d’homme d’Etat – s’est laissé emporter par ce flot insane, en faisant de la surenchère démagogique après l’attentat de Nice. Il n’y a plus de saint à qui se vouer. Il reste au peuple à ne compter que sur lui-même. En aurait-il perdu l’habitude en France ?

Jean-Noël Cuénod

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Nice:après le recueillement, altercation... par LEXPRESS

15:54 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : #niceattentat, djihad, terrorisme, salafisme, islam | |  Facebook | | |

16/07/2016

Turquie : sale coup (d'Etat) pour la laïcité

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«Laiklik», tel est le nom utilisé en Turquie pour qualifier la laïcité et qui figure encore à l’article 2 de la Constitution établie par Kemal Atatürk en 1924 et confirmée en 1982. Après la tentative de coup d’Etat, il est à redouter que le peu qui subsistait de laïcité dans ce pays soit vidé de sa substance.

Au moment où ces lignes sont écrites, la partie de l’armée qui s’était soulevée paraît battue. Le président Recep Tayyib Erdogan (photo, en brandissant le Coran) a triomphé d’autant plus que ses partisans sont descendus en masse dans les rues pour le soutenir. Les militaires, une fois de plus, ont une guerre de retard. Certes, l’armée turque a une certaine habitude des coups d’Etat : 1960, 1971 et 1980. Mais voilà, les temps ont changé.

La Turquie post-Guerre froide

Tout d’abord, les militaires turcs ne peuvent plus compter sur le soutien logistique des agences de renseignements américaines. D’ailleurs, le président Obama s’est empressé de soutenir Erdogan dans son bras-de-fer avec les insurgés en uniforme. Durant la Guerre froide, l’armée turque tenait un rôle capital au sein de l’OTAN, son pays gardant pour l’Occident la frontière avec l’URSS. Donc, pas question de laisser un tel pays batifoler dans l’errance politique. Les militaires turcs ayant des liens très étroits avec leurs confrères américains, ils pouvaient compter sur leur appui.

Or, si depuis l’effondrement de l’empire soviétique, la Turquie est restée un élément géostratégique important pour l’Occident, elle a perdu son caractère vital pour les intérêts américains. D’autant plus, que le président Erdogan a mis fin à sa complicité avec l’Etat Islamique et qu’il a normalisé ses relations avec Israël. Washington n’allait pas se mouiller dans une nouvelle aventure militaire, alors que son allié est en train de retrouver le droit chemin.

La castration politique de l’armée

Plus important encore : en s’appuyant habilement sur ses interminables négociations avec l’Union européenne, Erdogan a réussi à ôter à son armée sa légitimité de gardienne de la Constitution que lui avait conférée le fondateur de la Turquie moderne et «laiklik», Kemal Atatürk. Cette légitimité avait permis à l’armée turque de «vendre» à l’extérieur et à l’intérieur ses coups d’Etat de 1960-71-80. Mais depuis les réformes de juillet 2003, elle a perdu ce caractère politique. Erdogan et son parti islamiste AKP ont réussi à faire rentrer les militaires en caserne avec prière de ne plus en sortir, sinon sur ordre présidentiel.

Ce recentrage de l’armée sur ses tâches uniquement militaires a été intériorisé par une grande partie de ses officiers supérieurs, d’autant plus qu’Erdogan a pris soin de promouvoir ceux qui pouvaient servir sa politique. Dans ces conditions, l’échec de ce soulèvement des opposants militaires à Erdogan n’a rien d’étonnant.

«Sultanisation» de la Turquie 

 Si ces insurgés ont voulu donner un coup d’arrêt à l’autoritarisme d’Erdogan et à sa politique islamiste contre la laïcité, alors ils ont vraiment raté leur coup dans les grandes largeurs. Leur autogoal risque plutôt de conforter le pouvoir personnel de ce président qui se rêve sultan. Il a démontré qu’une large partie du peuple n’hésite pas à descendre dans la rue pour le soutenir. L’image des manifestants bloquant les chars d’assaut, armés de leurs seuls bâtons, restera l’icône de la propagande des islamistes turcs (vidéo ci-dessous).

Nanti de ce soutien apporté à la fois par les urnes et par la rue, Erdogan n’hésitera pas à donner un coup d’accélérateur la «sultanisation» de la Turquie  et à démanteler ce qui reste encore de laïcité dans les institutions. Le mot «laiklik» risque fort d’être effacé des dictionnaires turcs.

Néanmoins, tout espoir laïque n’est pas forcément perdu. La Turquie des villes comprend des classes moyennes qui restent attachées à la liberté de conscience. Même si les médias sont mis au pas par le pouvoir, les Turcs disposent des réseaux sociaux et de leurs liens avec l’étranger pour s’informer et échanger. La réaction d’une partie des militaires contre le régime de «démocrature» d’Erdogan démontre que l’opposition n’est pas morte. Même si elle sort très affaiblie par ce coup d’Etat manqué.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

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15/07/2016

NiceAttentat: retour du service militaire?

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Charlie-Hebdo, le Bataclan. Et maintenant Nice. Une fois de plus, la France est frappée par le terrorisme. Vers elle, doivent converger nos élans du coeur. Hélas, ce ne sera pas le dernier attentat. Et à chaque fois, la question se pose, lancinante, comment répondre ?

Croire que l’on éradiquera l’islamoterrorisme par les rodomontades d’une caste politique qui ne pense pas plus loin que le calendrier électoral relève du non-sens. Le gouvernement aura beau prolonger l’état d’urgence, faire tomber des têtes dans les organismes de renseignements, nommer un Xème comité qui coordonnera les coordinateurs qui coordonnaient déjà les organismes de coordination des Services, cela ne fera que de la mousse.

Force est de reconnaître qu’elle est payante, la stratégie de l’Etat Islamique ou des autres organisations terroristes. Trois attentats (Charlie-Hebdo, Bataclan, Nice), trois scénarios différents : délinquants convertis au djihadisme en prison, attaque de type militaire et maintenant, acte accompli – apparemment – en solitaire, par un Tunisien établi officiellement en France qui n’était pas connu en tant que musulman radical. Samedi matin, l'Etat Islamique revendiquait d'ailleurs le massacre de Nice. Dès septembre 2014, cette stratégie avait été largement diffusée par les médias – la communication est un champ de bataille – par le porte-parole de l’Etat islamique, Abou Mohammed Al-Adnani:

Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à-coup de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d'une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le.

Le coup peut venir de n’importe où, être porté par n’importe qui, n’importe comment. Autant dire que la lutte est de longue haleine. Or, les forces de police et de gendarmerie ne peuvent pas supporter seules cet effort. Avec l’Eurofoot, le Tour de France, les cérémonies du 14-Juillet, les tâches quotidiennes, elles sont à bout d’effectifs. Quant à l’armée française, elle est principalement active contre le terrorisme, hors des frontières. Dans ces conditions, on peut se demander si le retour à la conscription, autrement dit à l’armée des citoyens, ne devrait pas être envisagé par la France qui l’a supprimée durant la présidence de Jacques Chirac. Oh, certes, on ne saurait transformer en potion miracle, le retour du service militaire obligatoire ! Le combat contre la guérilla globalisée de l’islamoterrorisme est tout à la fois politique, économique, social, culturel, géostratégique, diplomatique et militaire. De plus, il faudra du temps pour former ces conscrits. Cela dit, répétons-le, cette guérilla globalisée est installée pour durer.

Cette force d’appoint citoyenne sera bien utile pour permettre aux militaires de carrière, aux policiers, aux gendarmes de se concentrer sur les secteurs où leur professionnalisme est indispensable. Elle sera aussi utile aux jeunes Françaises et Français pour apprendre à devenir pleinement citoyen.

Jean-Noël Cuénod

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12/07/2016

Chroniques du purin ou la mémoire fertile 

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Au moment où le chemin s’incline vers la plaine, l’humain marche avec ses morts. Ils sont là qui lui parlent – les mots des morts traversent la membrane de nos multivers – au rythme de ses pas. Ils ont tellement hâte de parler, les morts, qu’ils se bousculent dans la tête du marcheur. Ils ont tant à dire sur ce XXe siècle dont le cadavre n’en finira donc jamais de puer.

Pour qu’ils cessent de s’agiter ainsi dans sa tête pleine d’images et de sensations, le poète Marc Delouze (photo) leur a prêté sa parole. Venu de Paris, l’écrivain apprivoise son coin de campagne ; la terre tassée ou remuée fait surgir en lui les espoirs trahis, les illusions crevées comme des bulles de savon, les souvenirs, nés de la vie ou de la lecture, et les réminiscences de ce siècle de sang et de camps.

Dans ses Chroniques du purin, paru récemment aux Editions L’Amourier, Marc Delouze nous fait partager le pain vivant des morts. Ses expériences personnelles et ses lectures s’entremêlent en une trame serrée, chaque fil de mémoire vécue ou lue se révélant à la fois distinct et solidaire. Une trame où la séparation entre les vivants et les morts a perdu toute raison d’être.

C’est Le Chant du peuple juif assassiné qui s’élève tout d’abord. Marc Delouze évoque l’auteur de ce poème, Yitskhok Katzenelson, tué dans l’une des chambres à gaz d’Auschwitz le 1er mai 1944. Il avait participé à l’insurrection du Ghetto de Varsovie et a réussi à s’en extirper, avant d’être rattrapé par la Gestapo. Katzenelson avait rédigé Le Chant du peuple juif assassiné lors de son internement dans le camp de Vittel en France, juste avant qu’il ne soit déporté dans le camp d’extermination. A travers lui, Marc Delouze évoque tous les poètes tués dans les camps qui, à leur tour, donnent de la voix. Le grand vide laissé par l’extermination des Juifs dans leur Yiddishland est décrit, avec une sobriété désespérée, par celui qui est sans doute le plus grand écrivain du XXe siècle, Vassili Grossman.

Le journal intime et les lettres d’Etty Hillesum leur répondent en écho. Au paysage de la campagne française, à la paix du village se superposent les scènes du camp de transit de Westerbork ainsi que les rêves, les peines et la détermination d’Elly Hillesum de vivre en être humain malgré la machinerie nazie qui veut la réduire à l’état de chose.

Margarete Buber-Neumann a connu les deux rives du totalitarisme. Militante communiste allemande, elle s’est réfugiée à Moscou en 1935. Trois ans après, elle a été happée par les purges de Staline et envoyée en camp à régime sévère. Après la signature du pacte de non-agression entre l’Union soviétique et le IIIe Reich, Staline a remis aux nazis de nombreux réfugiés communistes, dont Margaret Buber-Neumann qui est passée du Goulag au camp de concentration de Ravensbrück. Devant l’avancée de l’Armée rouge, la direction du camp relâche des prisonnières. A elles de se débrouiller, en tentant d’échapper aux nazis et aux agents de Staline, dans une Allemagne en flamme. Margaret Buber-Neumann est parvenue à revenir vivante des deux grandes broyeuses nazie et stalinienne. Ses témoignages sont indispensables pour tenter de comprendre l’incompréhensible XXe siècle.

Varlam Chalamov est, avec Soljenitsyne, l’écrivain qui est parvenu à faire entendre les cris des zeks, les prisonniers politiques de Staline, à un Occident atteint jusqu’alors de surdité. Son livre Récits de la Kolyma constitue l’une des pièces essentielles pour appréhender le système Goulag qui a permis à la dictature stalinienne de perdurer même après la mort du «Petit Père des Peuples». A propos de ce témoin venu de l’extrême froid, Marc Delouze écrit : «Varlam Chalamov n’a pas cessé depuis de cogner le permafrost. Ses coups de pioche ébranlant mes tranquillités».

Le monstre nazi jouait, si l’on ose dire, cartes sur table. En lisant Mein Kampf, chacun sait à quoi s’en tenir. L’idéologie nazie n’avait que haine en gueule. Le stalinisme, lui, est parti d’une idéologie généreuse, le communisme, pour en faire l’un des plus systèmes les plus totalitaires de l’Histoire. L’accusait-on ? C’était la puissance de feu du capitalisme qui forgeait ces réquisitoires. On sait aujourd’hui, ce qu’il en est.

Cette idéologie généreuse, Marc Delouze l’a partagée comme tant d’autres. Et puis, le temps de la désillusion est venu. Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges / Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux, écrit Aragon dans son poème-testament Epilogue qui fait partie du recueil Les Poètes. Aragon qui fut le préfacier d’un jeune poète, Marc Delouze.

Ces élans de jeunesse, Marc les retrace dans les Chroniques du purin, en se remémorant sa participation au Festival de la Jeunesse à Helsinki, lors de l’été 1962. La première étape avait conduit la délégation des jeunesses communistes françaises à Berlin-Est. Marc revit cet été où tout semblait possible, au café panoramique de la Tour de la Télévision qui domine tout Berlin aujourd’hui réunifié. Il revit aussi d’autres visites à ce Berlin sur lequel plane, non seulement les nuages de l’Histoire, mais aussi l’ombre enfumée d’une certaine Dorothea.

D’autres ombres s’imposent, celles des poètes Imre Kertész et Pier-Paolo Pasolini. Entre eux, aucun point commun, si ce n’est de vivre en état d’insatisfaction permanente. Les rêves survivent-ils à ceux qui les rêvèrent ? demande Marc Delouze. Pour ceux de Kertész et Pasolini, cela ne fait aucun doute.

Ces Chroniques du purin fertiliseront la mémoire de ceux qui ont vécu les mêmes espoirs et les mêmes déceptions. Et qui sait ? Sur le fumier, des fleurs poussent encore.

 Jean-Noël Cuénod

 Le livre – Marc Delouze. Chronique du Purin. Editions L’Amourier. 159 pages.

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18:50 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : mémoire, récit, xxe siècle, stalinisme, nazisme | |  Facebook | | |

08/07/2016

Décès du coauteur de «Ces malades qui nous gouvernent»

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« Esculape », c’est ainsi que le docteur Pierre Rentchnick signait ses chroniques médicales dans la Tribune de Genève. Une collaboration qui a duré de longues années au cours desquelles cet écrivain-médecin fut le passeur de sa passion – l’art de soigner – usant de son stylo comme d’un scalpel, ciselant la phrase comme l’on débride une plaie. Il s’apprêtait à célébrer son nonante-troisième anniversaire.

« Esculape » a rejoint, récemment, au Panthéon des médecins la figure symbolique qu’il avait choisie pour pseudonyme. Que sa famille et ses amis reçoivent le modeste hommage de l’ancien galapiat de la « Julie » qui, il y a de nombreuses lunes, mettait en page les papiers du Docteur Pierre Rentchnick.

Il fut aussi l’âme et le cœur de la Revue Médecine & Hygiène et le créateur du Cardiomobile, ce véhicule radio-médicalisé qui a servi de pionnier pour le développement l’urgentisme en Suisse et au-delà.

Le grand public francophone a connu l’écrivain-médecin grâce à ses livres dont certains furent des « gros-vendeurs » : Les Orphelins mènent-ils le monde ? (Stock, en collaboration avec Pierre de Senarclens et André Haynal), Esculape chez Mao-Tsé Toung (Editions Berger-Levrault), Ces malades qui font l’histoire (Plon) surtout Ces malades qui nous gouvernent et Ces nouveaux malades qui nous gouvernent (Stock, en collaboration avec Pierre Accoce).

On se doutait un peu que maints de nos hauts dirigeants étaient de grands malades. Mais ces deux derniers ouvrages nous en administrent la plus convaincante des preuves. L’état de santé des hommes d’Etat fait désormais partie des critères essentiels pour jauger leur action. La maladie qui gouverne les gouvernants peut devenir l’un des facteurs essentiels à l’heure des choix historiques.

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Ainsi, c’est dans un état de santé terriblement dégradé que Franklin D. Roosevelt s’est déplacé à Yalta pour la fameuse conférence qui décida du partage de la planète (photo prise à cette occasion). Mal conseillé et mal suivi par son médecin personnel, le président des Etats-Unis n’a pas résisté dans son face-à-face avec Staline. Churchill n’a pu qu’assister impuissant à cet échange inégal, la Grande-Bretagne ­– victorieuse mais épuisée – n’étant plus en mesure de se substituer à la puissance américaine pour s’opposer à l’ogre stalinien. Six semaines plus tard, Roosevelt mourait. Et le docteur Rentchnick de conclure que si Staline avait eu en face de lui un Truman alors en pleine forme, le sort de l’Europe de la seconde moitié du XXe siècle en aurait été sans doute différent.

De Moshe Dayan à de Gaulle – en passant par Staline, Churchill, Khomeini, Kennedy, Pompidou et tant d’autres – la courbe de température des dirigeants a souvent donné la fièvre à leurs peuples. Et que dire de François Mitterrand qui a régné avec un cancer durant deux septennats, sans que les citoyens qui l’ont porté à la présidence n’en sachent rien ?

Ces ouvrages décrivent aussi toute la complexité qui se noue entre le médecin, son patient qui, jamais, ne sera « comme un autre » et le secret médical qui se mue alors en secret d’Etat. De leur lecture, on en sort convaincu que la soif du pouvoir n’est autre chose qu’une forme de maladie, hélas inguérissable. Une maladie dont nous payons tous, peu ou prou, le prix. Nous devons à « Esculape » d’avoir mis le doigt sur cette plaie incicatrisable.

Jean-Noël Cuénod

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07/07/2016

La Foi, libre comme l’air

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Cet article vient de paraître à l’occasion du soixantième numéro de Hayom, magazine trimestriel de la Communauté juive libérale de Genève (voici la référence du site). Merci au Rabbin François Garaï et au « rédenchef » Dominique-Alain Pellizari. Une occasion d’évoquer deux forces qui, loin de se contredire, entrent en synergie : la Foi et la Liberté.

Le judaïsme libéral affirme que la loi, même si elle est d'inspiration divine, a été exprimée par la bouche d’êtres humains et que cette expression était déjà une interprétation. Il s'attache plus à la sainteté de l'esprit qu'à celle de la lettre.

L’essentiel figure dans ce bref extrait du texte de présentation figurant sur le site de la Communauté juive libérale d’Ile-de-France. Un chrétien libéral pourrait le soutenir. Espérons qu’un jour des musulmans libéraux en feront de même.

L’Eternel, Dieu, Allah, Adonaï, Grand Architecte de l’Univers, Brahma, … Tous les noms que l’humain donne à son Créateur ne sont que des étiquettes, nécessaires pour servir de repaires aux passants que nous sommes, mais bien fragiles sous l’ongle du temps. Qui donc serait en capacité d’enfermer l’Eternel dans un nom ? Il est. Un point, c’est tout. C’est vraiment tout.

Le protestant libéral que j’essaie d’être ­porte en lui cette parole de Rabbi Yeshoua : « Le shabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le shabbat ». Les expressions de la Foi en l’Eternel n’ont pas pour but d’enfermer le fidèle dans son moulin à prières mais de l’ouvrir à l’infinie puissance de l’Amour. L’Eternel a un goût. Goûter l’Eternel comme un vin, comme une brise matinale. Rompre ce pain fraternel pour en humer le chaud parfum. Vivre un instant fugitif comme s’il était un éternel présent, dans les deux sens du terme : temps et cadeau.

Exprimer sa Foi est un acte poétique qui tend à donner une parole à l’indicible. Y parviendra-t-on un jour ? Le plaisir est dans cette tension vers Quinousdépasse. Cette marche, cette démarche ne peuvent s’accomplir qu’en liberté et ne supportent pour discipline que celle que nous avons choisie. Croire en l’Eternel, ce n’est pas entrer dans un club pour y prendre sa carte de membre, ce n’est pas obéir à une contrainte sociale, c’est vivre au-dessus de ses pauvres moyens, c’est s’élever pour le simple bonheur de prendre un bon bol d’air venu de la source des souffles.

« Et alors, vil libertin, que faites-vous de la Loi confiée par l’Eternel à Moïse ? Que faites-vous du décalogue ? Que faites-vous des interdits qui séparent le sacré du profane ? » Ce que j’en fais ? Le meilleur usage possible à la hauteur de mes faibles capacités et dans le chaos de mes errements. Les prescriptions bibliques ne sont pas édictées pour soumettre les humains mais pour les libérer de l’emprise de la pire des lois, celle de la jungle. Comme l’explique le texte cité au début de ce papier, l’inspiration des lois bibliques est divine mais c’est la bouche des humains qui les exprime. C’est l’absolu qui enclenche le mouvement mais c’est le monde relatif et imparfait, celui de l’humanité, qui est responsable de sa continuité. Tout ce que rapporte la bouche humaine la plus sage et la plus sainte reste donc sujet à débats, ce qui ne signifie pas irrespect mais réflexion et mise en contexte, en perspective. Et en question. L’Eternel serait-il ce moyeu immobile hors de l’espace et du temps qui permet à notre monde de se mouvoir ? L’immobile qui donne le mouvement ? L’invisible comme trame du visible ? Il faut vivre ce questionnement plutôt que de l’enfermer dans une réponse figée une fois pour toutes.

L’Eternel a donné à l’humain l’éprouvante liberté de choisir entre le bien et le mal. Qu’il l’exerce en n’oubliant pas que notre monde n’est pas celui de la fixité absolue mais de la mobilité relative. Rendre relatif l’absolu, c’est trahir l’Eternel. Rendre absolu le relatif, c’est trahir l’humain.                                                                    

  Jean-Noël Cuénod

19:13 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : judaïsme, religion, liberté | |  Facebook | | |

03/07/2016

Bonnefoy, Rocard, Wiesel : trois façons de ne pas désespérer

 

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Il y a des jours comme ça, où la mort se plaît à réunir en un seul coup de faux des Humains majuscules. Samedi, elle a fait fort, la mort, en faisant annoncer le trépas de l’homme de poésie Yves Bonnefoy (93 ans), de l’homme d’Etat Michel Rocard (86 ans) et de l’homme de témoignage Elie Wiesel (87 ans).

Point besoin d’analyser la configuration des astres pour deviner le sort panthéonique qui sera réservé à l’ancien premier ministre français : place Michel Rocard, rue Michel Rocard, Lycée Michel Rocard, Collège Michel Rocard, Ecole Michel Rocard, Université Michel Rocard, Stade Michel Rocard, Aéroport Michel Rocard, Salle polyvalente Michel Rocard. La France adore célébrer ces hommes d’Etat talentueux dont elle n’a pas eu le courage ni la clairvoyance collective de leur donner toutes les clefs du pouvoir. Jadis, Pierre Mendès-France, naguère Michel Rocard. L’un juif et l’autre protestant entraient sans doute trop en contradiction symbolique avec le vieux fond catholico-monarchique qui englue encore l’imaginaire politique de la France.

Comme pour ensevelir sous les fleurs sa mauvaise conscience, elle célèbre ces disparus qu’elle avait vilipendés de leur vivant. Hier, leur honnêteté foncière était considérée comme une tare. Aujourd’hui, la République s’en drape comme d’une toge immaculée. Elle sait faire bon usage des morts, la République.

En sept mois, Pierre Mendès-France avait réussi à faire la paix en Indochine, à préparer l’indépendance de la Tunisie et à relancer la recherche scientifique. Si les institutions de la IVe République l’avaient empêché d’exercer pendant longtemps le pouvoir, au moins, en tant que président du Conseil, disposait-il des moyens nécessaires pour l’exercer, fût-ce trop brièvement. Ce n’était pas le cas de Michel Rocard. S’il a pu diriger le gouvernement pendant trois ans (1988-1991), les institutions de la Ve République ont placé au-dessus de lui, un président-patron, François Mitterrand en l’occurrence.

Or, ce dernier – qui voyait en lui son principal rival au sein du Parti socialiste – s’est efforcé, souvent avec succès, de lui glisser des bâtons dans les roues. C’est ainsi que l’on a pu, à bon droit, parler d’un gouvernement de cohabitation entre Mitterrand et Rocard. Et même d’une cohabitation encore plus cruelle qu’entre un président appartenant à un camp et un premier ministre, à un autre. Les haines internes sont bien plus intenses que les rivalités externes. Il n’est pire ennemi qu’un camarade de cordée qui n’attend qu’un faux pas pour vous pousser dans le précipice.

Malgré le boulet Mitterrand, Michel Rocard est parvenu à réaliser plusieurs actions majeures, dont le rétablissement de la paix en Nouvelle-Calédonie. Cette paix rocardienne tient encore le coup, vingt-huit après la conclusion des accords dits de Matignon. Il a également créé le seul impôt populaire en France, la CSG (Cotisation sociale généralisée) qui permet de financer en partie la sécurité sociale de façon indolore.

Son RMI (Revenu minimum d’insertion) a été salué à sa création comme une initiative nouvelle contre la précarité. Selon Michel Rocard, il « a sauvé de l’absence de ressource près de deux millions de Français ». Mais, faute de moyens, cette allocation a été limitée à l’assistance financière, sans que son volet « insertion » soit développé. Rocard n’a pas eu le temps nécessaire pour en faire un instrument qui se situe à la hauteur de ses ambitions originelles. Le RMI est aujourd’hui remplacé par le RSA (Revenu de solidarité active).

Michel Rocard était la figure emblématique d’une gauche humaniste et réaliste qui avait fait le bilan de l’effondrement du système soviétique. Plus girondin que jacobin, il acceptait l’économie de marché tout en prônant sa régulation dans une optique sociale. Une gauche française qui, aujourd’hui, ne sait plus où elle habite.

Elie Wiesel, le témoin majeur

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Avec la disparition d’Elie Wiesel, c’est l’un des principaux témoins de la Shoah qui a rendu son dernier souffle. Plus que jamais, se pose la question de la mémoire. Bientôt, il n’y aura plus aucun survivant de ce qui constitue la plus vaste entreprise de destruction humaine. Il restera alors à lire, à relire, à transmettre au fil des générations les œuvres d’Elie Wiesel. Venant des Carpates, sa famille fait partie des quelque 150 000 Juifs roumains raflés et expédiés vers les camps d’extermination.  La mère et l’une des sœurs d’Elie sont gazées dès leur arrivée à Auschwitz. Son père Shlomo et lui-même survivent ensemble dans le camp, subissant la chaîne quotidienne des coups, de la faim et de l’humiliation. Devant l’avance de l’Armée rouge, les SS forcent les déportés à rejoindre le camp de Buchenwald au cours d’une longue marche dans la neige, hallucinante de souffrance.

Les deux hommes parviennent à Buchenwald. C’est alors qu’Elie Wiesel va vivre un drame personnel dans le drame collectif. Il assiste à la mise à mort de son père sous les coups des SS. Shlomo agonise, appelle son fils. Mais si Elie vient à ses côtés, il sera à son tour tué. Le fils verra son père mourir sans pouvoir lui tenir la main dans ses derniers moments. Elie Wiesel évoquera cet épisode dans son premier livre – écrit en yiddish et qu’il traduit en français –  La Nuit qui sera publié en France en 1958, grâce à François Mauriac.

Evacué vers la France pour y être soigné, le rescapé des camps de la mort parvient à terminer avec succès ses études de philosophie à la Sorbonne et devient journaliste. Il gagnera ensuite les Etats-Unis où il s’est installé, sans oublier la langue française.

 Il consacrera le principal de son œuvre littéraire à témoigner de la Shoah. Si ses prises de position concernant la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens a fait l’objet de polémiques, elles ne pèsent guère devant le témoignage majeur qu’il apporte à l’humanité, au-delà des aléas de l’actualité.

images-2.jpgYves Bonnefoy, Douve une et multiple        

Yves Bonnefoy a donc accompli cet acte poétique qu’il a tant évoqué : entrer dans le sein de la mort. Dans son œuvre majeure, Du mouvement et de l’immobilité de Douve, Bonnefoy – dont le nom tombe à pic – creuse le réel pour y découvrir ses lumières enfouies dans la glèbe ténébrante. Le poète a donné naissance à un personnage ou plutôt une forme, Douve. Elle est femme luttant contre le vent et devient lande de terre résineuse. Ensuite, Douve se mue en rivière souterraine, puis en falaise d’ombre. Elle peut être perçue comme un agent alchimique qui se métamorphose au fil des étapes du grand travail de transformation de la vie qui passe immanquablement par la mort. Douve est une et multiple dans un même souffle de feu.

Yves Bonnefoy a tissé des liens particuliers avec Genève. Au début des années 1970, il y avait rejoint à l’Uni, son ami très proche le professeur Jean Starobinski qui avait jeté sur l’œuvre de Bonnefoy, sa lumière à la fois douce et précise. A lire sa préface à Poèmes, paru en Poésie/Gallimard. Comme beaucoup de poète, Bonnefoy fut aussi un grand traducteur – notamment de Shakespeare, Yeats et son ami grec Georges Séféris – et un critique d’art au regard inspiré et inspirant.

A lui, le mot dernier, puisé dans Douve :

Que le verbe s’éteigne

Dans cette pièce basse où tu me rejoins

Que l’âtre du cri se resserre

Sur nos monts rougeoyants

Que le froid par ma mort se lève et prenne un sens.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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