02/05/2016

La France à la recherche d’un Bonaparte

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 «La question de l’autorité de l’Etat est placée au cœur de l’élection présidentielle de 2017». Telle est la conclusion du politologue Luc Roubaud, chercheur au CEVIPOF (Science-Po à Paris) qui vient de publier une étude sur les tendances qui se dessinent pour ce grand rendez-vous politique.

Son analyse révèle, entre autres, la persistance du clivage gauche-droite que l’on croyait dépassé par le social-libéralisme. En effet, si les deux grands camps politiques veulent plus d’Etat, ce n’est pas du tout pour les mêmes raisons. En groupant certaines questions posées aux électeurs des principaux partis, l’analyse de Sciences-Po-Paris détermine quatre types d’indices : régalien (souveraineté), sécuritaire, identitaire et «libéralisme économique».

 Sans surprise, les sympathisants du Front national sont les champions des trois premiers indices. Mais leurs résultats ne sont pas outrageusement différents de ceux obtenus par les électeurs des partis de la droite, LR (ex-UMP), et du centre, UDI. Dès lors, le centre-droit et l’extrême-droite se battront sans relâche pour devenir la meilleure incarnation de l’autorité de l’Etat. Sur ce terrain, se jouera l’hégémonie au sein de la droite. Ainsi, l’un des principaux «candidats à la candidature» présidentielle, Alain Juppé, a-t-il publié un livre au titre révélateur, Pour un Etat fort, qui tranche avec son ton habituellement très modéré.

A gauche, si on réclame de l’Etat, c’est surtout par crainte du libéralisme. En effet, les électeurs de l’extrême-gauche, des Verts et même des socialistes font montre d’un indice «libéralisme économique» particulièrement faible. Cela démontre, notamment, que le président François Hollande, de par sa politique social-libérale (plus libérale d’ailleurs que sociale), ne dispose que d’un très modeste soutien auprès de ses propres électeurs.

Avantage Marine Le Pen

Dans cette situation, Marine Le Pen paraît la mieux placée. En matière de souveraineté, de revendication identitaire et de sécurité, son Front national est de tous les partis de droite, le mieux profilé. Mais la patronne frontiste peut aussi chasser sur les terres de la gauche grâce à son discours nettement antilibéral.

En revanche, Nicolas Sarkozy est le moins bien loti, coincé qu’il est entre la droite modérée et libérale représentée par Alain Juppé et l’extrême-droite dont il a épousé le discours. Il lui sera difficile de mordre sur l’électorat libéral et modéré, car cet espace est suroccupé par Juppé et deux autres concurrents internes, François Fillon et Bruno Le Maire. Sarkozy semble donc condamné à surenchérir dans ses discours régaliens, identitaires et sécuritaires afin de démontrer que lui seul incarne l’autorité de l’Etat. Mais en tentant de capter les voix de la droite dure, il risque de perdre celle des modérés et des centristes. Son rôle d’ancien président constitue à la fois un atout et une faiblesse. Un atout, car face à Marine Le Pen qui n’a jamais eu d’expérience dans un exécutif, il peut exciper d’une longue carrière dans les sphères dirigeantes, ce qui ne manquera pas de rassurer les électeurs âgés et de droite. Une faiblesse, car son bilan comme président de la République est tout sauf reluisant.

A gauche, c’est pire. En imposant à son électorat, sans le lui avoir expliqué, un spectaculaire virage à droite, tant sur le plan économique que sécuritaire, le président Hollande a complètement démoralisé son propre parti, sans pour autant lui rapporter de voix à droite. Son premier ministre Manuel Valls se veut le héraut de l’autorité de l’Etat. Mais pour l’instant, il ne dispose pas d’une assiette électorale digne de ce nom.

La France est le seul pays occidental a connaître une telle centralité de l’Etat. La faiblesse de ce type de gouvernement tient dans ses hommes…forts ! Pour que le régime fonctionne, son exécutif doit être incarné par une figure charismatique et autoritaire. Or, à notre époque, les Bonaparte se font de plus en plus rares.

 

Jean-Noël Cuénod

 

10:48 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : france, elysée2017, sarkozy, marinelepen, juppé | |  Facebook | | |

22/04/2016

NUIT DEBOUT OU LA NECESSITE DE TOURNER EN ROND

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 Tentative d’approcher le mouvement Nuit Debout, sous un autre angle, celui de la poésie.

 Il fait un temps à rêver debout pour ne pas mourir assis. A se lever, marcher, prendre son mal en impatience et abreuver l’insomnie d’un flot de paroles.

 Tourner en rond, place de la République. Tourner en rond avec d’autres ombres rebelles au sommeil.

Tourner en rond jusqu’à ce que sous nos pas le sol se dérobe pour nous faire entrer dans ses souterrains. Nous y retrouverons les entrailles chaudes de l’Histoire. Nous nous y perdrons. Notre voix nous sera retournée en écho. Des mains aveugles saisiront nos bras. Nous creuserons toujours plus, en ne quémandant plus d’autre aide que celles de nos mains, en ne cherchant plus d’autre issue que nous-mêmes.

 Un matin. Peut-être. Un matin, nous aurons tellement creusé que le soleil nous surprendra place de la République.

Nous ne tournerons plus en rond.

                                                ****

PAROLE ECOUTE

Je suis la parole qui écoute

Les jeunes morts ont tous l’âge du monde

Ils seront là où vos cris les appellent

Rien n’est plus bruyant que leurs silences

Ne les retenez pas et laissez-les

Vivre leur vie dans l’ailleurs des aïeux

 

Je suis la parole qui écoute

                                   

Oubliez vos larmes au vestiaire

Séchez votre visage baigné d’armes

Les odeurs de chanvre et d’agneau grillé

Se croisent s’entrecroisent s’entremêlent

Tressent les filaments de la nuit

 

Je suis la parole qui écoute

 

Dans les cœurs il faut faire place nette

Percez les abcès que le pus coule!

C’est le grand orage dans les poitrines

Comme les braises du feu fouaillées

Des gerbes de mots s’échappent scintillent

 

Je suis la parole qui écoute

 

L’incendie prendra ou ne prendra pas

Comment savoir où le vent va souffler?

Imprévisible derviche tourneur

Qui se moque bien de vos devins

Aujourd’hui seule importe la flamme

 Je suis la parole qui écoute.

Jean-Noël Cuénod

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20/04/2016

Nuit Debout, l’insomnie sociale de Paris à Nontron

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 Comme tout le monde ou presque, Le Plouc a passé une Nuit Debout, place de la République. Mais il ne s’attendait pas, trois jours plus tard, à rencontrer un tentacule de ce mouvement à… Nontron, bourg de 3200 âmes et sous-préfecture de la Dordogne. Le désir d’instaurer une « autre politique » paraît aussi vif de Paris jusqu’au fin fond du Périgord vert.

A Paris, durant la nuit de mardi 12 à mercredi 13 avril, le mouvement Nuit Debout occupe, comme tous les soirs une moitié de la place de la République. Les stands des commissions ont déjà déployé bâches, banderoles, pancartes. Des commissions, il y a en pour tous les goûts, de la Commission Banlieue à la Commission Climat qui s’occupe aussi de collecter les déchets laissés sur la place. Tri écologique, cela va de soi.

 Celle du service d’ordre s’est parée d’un titre plus fleuri et moins baston : « Accueil-sérénité ». L’infirmerie improvisée est ouverte. « Radio et TV Debout » commencent leurs émissions transcrites sur les réseaux sociaux. Un « artisan poète » installe son vélo magique décoré d’une multitude de bibelots et d’un système complexe de petites fontaines. Entre délires poétiques et harangue anarchiste, l’artisan fait dans le décousu main ou plutôt le décousu bouche. Ce qui lui va bien, d’ailleurs. Et qui plaît à la cohorte de ses auditeurs souvent attentifs et interactifs, même si certains se sont mis sur orbite en tournant autour de leur canette de bière.

Bref, l’inorganisation est bien organisée. Cela rappellera aux vieux chnocks, genre Le Plouc, un incertain mois de mai. Vous aurez, en cliquant sur ce lien, tout le détail de la nuit de mardi (voir aussi la vidéo sous ce texte).

Les mecs tiennent le crachoir, ça vous étonne ?

Le lieu central est destiné aux assemblées générales. Le temps est limité, pas plus de trois minutes pour chaque orateur qui s’est inscrit préalablement. Comme d’habitude, le crachoir est monopolisé par les mecs. Un collectif féministe a noté que durant cette nuit de mardi à mercredi, 70% du temps de parole a été utilisé par des hommes. Les filles, si vous ne prenez pas la parole, ce ne sont pas les porteurs de slip kangourou qui vous la donneront !

Dans ce flot de mots, toutes les colères s’expriment. Un petit patron prend la parole pour expliquer comment l’administration l’a empêché de développer son entreprise sociale vouée à l’apprentissage de la conduite d’engins de chantier à des jeunes descolarisés. Un SDF crie son désespoir : « Ecoutez-nous, puisque personne veut nous voir ! ». Un Brésilien plaide, en portugais, la cause de Dilma Roussef. Un membre de la Commission de liaison avec les travailleurs annonce un 1er-Mai très chaud à Paris.

Un intervenant met en lumière l’une des raisons du succès de ces Nuits Debout : « Les gens sont heureux d’être ensemble ! » Dans une société médiamercantile qui cherche à isoler toujours plus les individus pour éviter qu’il ne fasse peuple, ce bonheur de partager quelque chose « en vrai » n’est surtout pas à négliger.

Expulsion de Finkielkraut : stalinisme et mauvaise foi

Samedi 16 avril, des jeunes communistes se sont vantés d’avoir « jeté » de la place de la République Alain Finkielkraut accusé d’être un « sale réac ». La filiation bolcho-autoritaire reste vivace. Comme d’habitude, qu’ils soient chenus ou boutonneux, les staliniens ont versé dans l’ornière sectaire. Pour les défendre, des sympathisants du mouvement soulignent que Jean-Luc Mélenchon, lui aussi, avait été expulsé de Nuit Debout. Tout d’abord, il était tout aussi sectaire d’expulser l’homme politique que d’avoir fait de même avec l’homme de lettres. Ensuite, dans le cas de Mélenchon, il s’agissait d’empêcher un dirigeant politique de détourner le mouvement à son profit alors que l’académicien ne demandait rien d’autre que de dialoguer.

Toutefois, les politiciens de droite qui profitent de cet incident pour flinguer le mouvement sont d’une insigne mauvaise foi. Durant les six heures où Le Plouc est resté à Nuit Debout, les assemblées générales se sont déroulée dans un climat plutôt serein et la circulation de la parole s’est accomplie assez harmonieusement, ce qui n’est pas si fréquent en France.

Hollandophobie en Périgord Vert de rage

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Changement radical de décors, samedi matin. A place de la République, a succédé celle du marché à Nontron. Entre deux étals de fruits et légumes, quelques jeunes et moins jeunes font groupe sous une pancarte « Nuit Debout à Nontron ».

Une Nuit Debout, dans cette petite sous-préfecture périgordine ? Fière réponse collective : « Oui m’sieur. Et hier soir, nous étions 150 devant la mairie, malgré une pluie battante », soit 4,6% de la population nontronnaise. Pas mal, en effet.

Ces nuitdeboutistes du Périgord militent souvent dans des mouvements associatifs de défense de la nature. Ils se montrent très attachés à la préservation du terroir. Un projet de circuit automobile vers Ribérac leur fait monter les tours. « Un projet avait été abandonné au lieu-dit Bagatelle. Et voilà qu’ils remettent ça ! »

Des paysans les regardent mi-goguenards, mi-solidaires. En milieu rural, la cote de François Hollande est tellement basse qu’elle atteint les terres australes. C’est même une haine carabinée qui l’accable : « On ne peut plus le voir, c’est simple ! » Tout ce qu’il dit, songe, projette, pense, fait ou ne fait pas énerve. Même quant il se tait, il agace. Le monde rural est abandonné à ses mornes plaines et la réforme des régions a encore accentué ce sentiment. « Tout est plus loin maintenant pour faire nos démarches administratives. On n’y comprend plus rien. On est assommé de taxes et les aides nous passent sous le nez ! » Si Nuit Debout emmouscaille le gouvernement, alors vive Nuit Debout !

Avant de quitter les nuideboutistes de Nontron, Le Plouc demande à l’un des militants, ce qu’il pense du mouvement « occupy Wall Street » et du succès de Bernie Sanders à la primaire démocrate aux Etats-Unis. « Heu, c’est quoi, c’est qui Sanders ? Moi vous savez, je ne veux pas perdre du temps à m’informer sur ce qui se passe ailleurs. » Et d’où vient-il, cet ermite de 20 ans ? De la région parisienne !

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

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14/04/2016

Comment le PS français est régulièrement tué par ses renégats

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François Hollande et Manuel Valls sont en train de couler leur navire amiral. Dans l’histoire de la gauche de l’Hexagone, ils ne sont pas les premiers «particides». Chaque fois que les socialistes ont voulu rejoindre la rive droite du fleuve politique, ils ont sombré. Pour se remettre à flot sous une autre forme.

 Le premier ministre français Manuel Valls veut-il briser son propre parti? Tout porte à le croire. Avec son ministre de l’Economie – et néanmoins concurrent – Emmanuel Macron, il fait assaut de libéralisme. Et puise dans l’arsenal de l’extrême-droite, le projet – avorté – de déchéance de la nationalité. Son patron François Hollande, qui a dirigé le Parti socialiste français pendant onze ans, ne fait rien pour le contrecarrer, au contraire. Le résultat de cette politique ne s’est pas fait attendre. La plupart des élus et ce qui reste de sympathisants au PS ne sauraient se reconnaître dans cette politique. Le Parti socialiste est prêt à voler en éclats.

C’est sans doute le but recherché, en tout cas par Manuel Valls. Celui-ci sait qu’il ne sera jamais le leadeur du PS, sa position au sein du parti s’étant toujours révélée ultraminoritaire. Et ce n’est pas aujourd’hui que cette situation va évoluer dans un sens favorable à sa cause. Il lui faut donc trouver une autre écurie présidentielle pour mener à bien ses ambitions élyséennes. Et briser le PS pour tenter d’aménager son propre espace en unifiant le centre gauche au centre droit. D’ailleurs dès 2009, il a souvent fait part de son désir de créer un grand parti démocrate à l’instar de celui des Etats-Unis.

Mais la place centriste est bien encombrée, à commencer par son ministre Macron – qui, n’ayant jamais adhéré au PS, vient de créer son propre mouvement En Marche – sans oublier François Bayrou et Alain Juppé. La tactique de Valls se révèle donc fort aléatoire, néanmoins c’est la seule issue possible pour lui dans la perspective de cet obsédant Palais de l’Elysée. Qui est aussi celui des illusions perdues.

 Dans tout cela, quel jeu joue François Hollande? Il est bien difficile de le dire. Si, du moins, il y a encore un jeu à jouer pour lui. En tout cas, l’actuel président et son premier ministre apparaîtront comme les tueurs du PS français, tel qu’il avait été reconstruit par François Mitterrand en 1971. Cela dit, ce ne sera pas le premier «particide» de l’histoire du socialisme hexagonal. Ce processus mortifère obéit même à une constance remarquable: le leadeur place le Parti socialiste sur une position gauchisante, voire extrémiste, puis se met à singer la droite lorsqu’il parvient au pouvoir, sonnant le début de la fin pour son parti. Qui renaîtra plus tard sous une autre forme.

Avant François Hollande, au moins deux grandes figures socialistes ont enfilé la cagoule du bourreau renégat, Jules Guesde et Guy Mollet.

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A gauche, Jules Guesde, à droite, son rival Jean Jaurès

Jules Guesde, fossoyeur de la SFIO première mouture

 De toutes les grandes figures tutélaires du socialisme français, Jules Guesde (1845-1922) apparaît comme le gardien le plus sourcilleux de l’esprit révolutionnaire. Journaliste de formation mais surtout militant professionnel, Guesde est aussi l’un de ceux qui, en France, connaît le mieux la pensée de Karl Marx, pensée dont il sera le héraut. Au cours du XIXe siècle, le mouvement ouvrier s’organise difficilement en France. Le socialisme naissant est alors – déjà­ !–  composé de nombreux courants. Après moult scissions et fusions, deux formations se disputent la suprématie sur la gauche en 1902, le Parti socialiste de France mené par Jules Guesde et le Parti socialiste français, dont Jean Jaurès (1859-1914) est le plus prestigieux dirigeant. Pour les socialistes gesdistes, pas de compromis avec la bourgeoisie même modérée, le réformisme est un piège pour la gauche en ce qu’il détourne la classe ouvrière du seul but qui vaille : la révolution prolétarienne.

Les socialistes jauresiens ne récuse pas le mouvement vers la révolution mais veulent l’inscrire dans les droits de l’homme créés par la révolution française et cherchent à lui donner un contenu humaniste. Contrairement aux guesdistes, ils luttent pour faire voter au parlement des réformes favorables aux ouvriers. Pour eux, chaque conquête sociale est un pas vers le socialisme, même s’il est fait dans le contexte des institutions bourgeoises.  Ces deux visions antagonistes du socialisme seront une constante de la gauche au XXe siècle.

L’alliance entre guesdistes et jaurésiens est particulièrement malaisée à créer. Le socialisme français est divisé, alors que dans la plupart des pays industriels européens, notamment l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la Suisse, cette unité s’est réalisée sous la houlette de la social-démocratie. D’ailleurs, réunis au sein de la IIe Internationale, les «partis frères» s’inquiètent de cette division persistante du socialisme en France, néfaste pour leur cause alors en pleine expansion, et, à l’issue du Congrès d’Amsterdam en 1904, font injonction aux deux formations de fusionner.

Un an après, c’est chose faite. Le parti de Guesde et celui de Jaurès se réunissent au sein de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) qui sera désormais le seul parti socialiste en France, une première dans ce pays. Mais quelques années plus tard, les ferments de la division se réaniment, à propos des premiers symptômes de la guerre à venir. Le réformiste Jean Jaurès prône l’instauration de la grève générale – et même de la grève générale insurrectionnelle – pour s’opposer aux mobilisations dans les pays européens. Alors que le révolutionnaire marxiste pur et dur Jules Guesde, s’y oppose afin de ne pas affaiblir le développement des industries, gage de l’accroissement en nombre de la classe ouvrière; en outre, il espère qu’une guerre «bourgeoise» provoquera la révolution socialiste.

Début juillet 1914, la tendance pacifiste de Jaurès semble prendre le dessus. Jean Jaurès devient alors la cible de la haine des milieux militaristes. Cible aussi de Raoul Villain, étudiant nationaliste exalté, qui assassine Jean Jaurès au soir du 31 juillet. Sans leur vigie, les pacifistes de la SFIO se font prendre de vitesse par leurs camarades bellicistes. Les socialistes renoncent à la grève générale, à l’instar des sociaux-démocrates allemands. Les députés SFIO votent les crédits de guerre le 4 août. Trois semaines plus tard, Jules Guesde entre au gouvernement d’union sacrée avec d’autres socialistes. Il deviendra même ministre d’Etat jusqu’en décembre 1916.

Certes, Guesde n’est pas le seul dirigeant socialiste à avoir soutenu l’effort de guerre de la France, loin de là. Marcel Sembat et Albert Thomas (le premier directeur du Bureau international du Travail à Genève sera même sous-secrétaire d’Etat à l’artillerie à l’équipement militaire!) l’ont également rejoint. L’aile belliciste ayant aussi triomphé au sein de la social-démocratie allemande, il n’était plus possible d’enrayer la mécanique guerrière.

Mais que Jules Guesde – grand pourfendeur de toute compromission avec le pouvoir bourgeois – soit devenu ministre d’Etat et soutien actif de la politique militariste du gouvernement a grandement contribué à démoraliser la gauche française. Une démoralisation qui aboutira à sa division lors du congrès de Tours, deux ans après la fin du premier conflit mondial.

 images-1.jpegGuy Mollet, fossoyeur de la SFIO seconde mouture

 Les divisions nées de la Grande Guerre connaissent leur point d’incandescence dès Noël 1920 lorsque s’ouvre le Congrès de la SFIO à Tours. Une majorité de congressistes adoptent le projet d’adhésion à la IIIe Internationale dirigée par la Russie bolchévique et créent ce qui deviendra plus tard le Parti communiste français (PCF). La minorité qui refuse de s’aligner sur Moscou maintient la SFIO mais perd le quotidien L’Humanité créé par Jean Jaurès.

Léon Blum prend la tête de cette nouvelle mouture socialiste. Sous sa direction, la SFIO se reconstruit. Si elle toujours traversée par des courants souvent opposés, elle parvient néanmoins à consolider son unité, malgré les attaques des «camarades» communistes. Dès 1933, la SFIO a repris l’ascendant sur le PCF au sein de la gauche. Trois ans plus tard, elle devient le pivot du Front populaire, qui allie communistes, socialistes et radicaux. Léon Blum est nommé chef d’un gouvernement qui lancera les grandes réformes sociales emblématiques du XXe siècle, telles les congés payés et la semaine de 40 heures.

Après l’effondrement de l’armée française au début de la Deuxième Guerre mondiale, les socialistes sont déboussolés à l’instar des autres français. Le 10 juillet 1940, 170 parlementaires socialistes votent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, 36 s’y opposent. La IIIe République est morte. Si plusieurs figures socialistes rejoignent Pétain et la Collaboration, d’autres tentent dès août 1940 de reconstituer la SFIO dans la clandestinité, sous l’impulsion de Daniel Mayer, résistant de la toute première heure. Par la suite, les socialistes seront nombreux à rejoindre la Résistance, formant son ossature avec les gaullistes, les communistes et les démocrates-chrétiens.

En 1946, l’affrontement entre «révolutionnaires» et «réformistes» ressurgit lors du congrès de la SFIO à Paris. Emmenés par Daniel Mayer, les «réformistes» plaident en faveur d’un socialisme humaniste dégagé des pesanteurs du marxisme, sans en renier tous ses aspects.  Guy Mollet (1905-19759, chef de file des «révolutionnaires» et de l’aile gauche, s’oppose à cette forme de «travaillisme» et veut ancrer encore plus fortement la SFIO dans le marxisme. C’est lui qui triomphe. Mollet sera l’inamovible secrétaire général de la SFIO jusqu’à la mort de ce parti en 1969.

Farouche adversaire du colonialisme français, à l’instar de son parti, Guy Mollet est opposé à la guerre en Algérie dès le début de ce conflit qui éclate en novembre 1954. Sous la bannière du Front républicain, il remporte les législatives de 1956. Appelé par le président René Coty à diriger le gouvernement, Mollet a été élu pour faire la paix en Algérie. Il fera l’exact contraire de son programme. Après avoir été vilipendé par la population européenne d’Alger lors d’un déplacement dans cette ville alors française, il ne parvient pas à trouver le consensus qui lui aurait permis d’adopter les réformes sociales nécessaires pour couper l’herbe sous le pied des indépendantistes algériens du FLN. Au lieu de démissionner, Guy Mollet s’accroche au pouvoir. Lui, le marxiste convaincu, l’anticolonialiste acharné, fera la politique la plus militaristes qui soit. Au plus grand plaisir de la droite colonialiste, heureuse de voir un socialiste faire la sale besogne. Le gouvernement Mollet donne à la police et à la justice militaires des pouvoirs spéciaux en Algérie et envoie le contingent – c’est-à-dire les soldats appelés ­– en Algérie. Sous son règne, la guerre est ancrée. Guy Mollet trahit l’un après l’autre tous ses engagements.

La SFIO ne s’en remettra pas. Elle se marginalise progressivement au début de la Ve République, ce qui fera dire à l’écrivain et ministre gaulliste (également ancien compagnon de route du PCF) André Malraux : «Entre les communistes et nous, il n’y a rien». Le mouvement de Mai-68 donnera le coup de grâce à cette vieille SFIO qui sera dissoute en 1969.

 Hollande-Valls, vers la mort du PS mitterrandien

 Sur ses décombres, naîtra le Parti socialiste de François Mitterrand, au congrès d’Epinay en 1971. Comme durant ses autres vies antérieures, le nouveau PS se positionne très à gauche en prônant la «rupture» avec le capitalisme et en lançant ce slogan rimbaldien propre à séduire la jeunesse: «changer la vie». Vieux cheval de retour de la IVe République, François Mitterrand est tout sauf un gauchiste, même s’il s’entoure d’anciens trotskistes ou d’ex-maoïstes sortis de Mai-68. Il fera du PS un parti de gouvernement, un appareil voué au seul objectif qui compte pour lui: conquérir la présidence de la République.

Le but est atteint en 1981. Le PS de Mitterrand rafle tout: l’Elysée et la majorité de l’Assemblée nationale. Durant les deux premières années, le PS et son allié communiste appliquent leur «programme commun». Et c’est l’échec. François Mitterrand change de cap et impose une politique plus libérale. Il réussit à masquer cette volteface par un très habile stratagème idéologique: en mobilisant les socialistes en faveur du processus d’union européenne et les jeunes, contre le racisme.

Sous ses quatorze ans de présidence, François Mitterrand a fait du PS, un parti d’élus, de professionnels de la politique, laissant dans l’ornière la classe ouvrière et les salariés en général. Durant ces années Mitterrand, le PS a conservé une posture révolutionnaire alors qu’il était en réalité un parti réformiste à la sociologie nettement bourgeoise et très peu prolétarienne. Cet écart entre ce discours et cette réalité s’est élargi au fil des années pour devenir aujourd’hui caricatural.

Elu après une campagne très marquée à gauche (mon ennemie, c’est la finance!), François Hollande a fait comme ses prédécesseurs, une politique contraire à son programme. Et comme ses prédécesseurs, il a démoralisé la gauche, n’ayant pas réussi à masquer son revirement comme l’avait fait François Mitterrand. Avec Valls, Hollande a ainsi donné le coup de grâce au Parti socialiste. Mais cette formation était déjà bien mal en point.

Un PS est en train de mourir. Au fil des échanges variés du mouvement Nuit Debout ou ailleurs, en tâtonnant à l’aveugle, la gauche française cherche désormais sa réincarnation.

 Jean-Noël CUÉNOD

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11/04/2016

Le Plouc cause dans le poste sur fond(s) de "Panama Papers"


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07/04/2016

Une école bâloise baisse les bras devant l’intégrisme musulman

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Il y a une belle tradition à l’Ecole secondaire de Therwil, à Bâle-Campagne. En entrant dans sa classe chaque élève serre la main du prof. Ce signe de respect mutuel risque d’appartenir à un passé révolu. Fin 2015, deux écoliers de 14 et 15 ans ont refusé ce salut traditionnel à leur enseignante. Motif: leur religion musulmane interdirait aux garçons de «toucher la main d’une femme». A une autre époque, on aurait applaudi la main de l’enseignante qui aurait touché la joue de ces sales gosses d’une baffe bien sonore. Mais nous vivons des temps procéduriers. L’affaire a donc été examinée par la Commission scolaire, l’ensemble des enseignants et la direction de l’Ecole secondaire. Celle-ci a récemment donné sa bénédiction aux deux élèves en les exemptant du salut, à la condition que leur refus s’étende à tous les enseignants, y compris les hommes, «afin d’éviter la discrimination entre sexes». On ne rit pas !

Ajoutons que les parents des deux jeunes sont établis en Suisse depuis 14 ans ; leur père, d’origine syrienne, travaille dans une entreprise de transport. En outre, il officie comme imam au Centre islamique du roi Fayçal de Bâle, mosquée qui avait attiré l’attention sur elle en 2013 à la suite de prêche haineux contre les non-musulmans. Toutefois, selon l’administrateur de ce Centre interrogé par Le Temps (6 avril), leur père ne serait pas à l’origine de ce refus. Les deux collégiens auraient été intoxiqués par la propagande intégriste que diffuse sur Internet un Allemand converti à l’islam, Pierre Vogel, qui est interdit d’entrer en Suisse.

C’est peu dire que la direction de l’Ecole de Therwil a pris une décision aussi calamiteuse que dangereuse. Et le fait que les deux jeunes musulmans sont priés d’être aussi grossiers avec les enseignants qu’ils le sont avec les enseignantes relève de la plus ridicule tartufferie. Le comportement des deux jeunes est d’autant plus inexcusable qu’il ne s’agit pas de nouveaux arrivants encore peu au fait de nos us et coutumes. Ils ont toujours vécu en Suisse, non pas à l’intérieur d’un ghetto de banlieue, mais dans une jolie petite ville prospère et ouverte.

En outre, le président de la Fédération des organisations islamiques de Suisse (FOIS), Montassar BenMrad, a rappelé qu’il n’y a rien dans le Coran qui interdise à un homme de serrer la main d’une femme[1]. En accordant cette dispense, la direction de l’Ecole secondaire de Therwil n’a donc pas respecté la liberté religieuse, elle a donné son blanc-seing à une vision sectaire de l’islam qui alimente l’idéologie mortifère des djihadistes. Les premières victimes de cette lamentable décision seront les musulmans soucieux de vivre en harmonie avec leurs concitoyens. Alors qu’ils doivent contrer l’influence des intégristes qui ne cessent d’enfumer les jeunes têtes via internet, voilà qu’une école suisse donne gain de cause aux islamistes radicaux.

Contrairement à Genève, Bâle-Campagne n’est pas un canton laïque puisqu’il reconnaît trois confessions comme collectivités de droit public (les Eglises protestante, catholique-romaine et catholique-chrétienne appelée aussi Vieille-Catholique). Néanmoins, il devrait s’inspirer de certains principes de la laïcité pour assurer l’harmonie sociale entre citoyens de croyances ou non-croyances diverses. A savoir, respecter la liberté d’expression des religions, comme des associations athées, mais ne rien céder aux revendications des sectaires qui tentent d’élever des murs entre citoyens partageant une même communauté de destin.

L’intégrisme musulman n’est pas seul en cause. Le sectarisme infecte aussi d’autres religions. Et ces comportements intolérants restent particulièrement visibles en milieu scolaire comme le confirme ce conflit qui a opposé aux autorités scolaires du canton de Zurich, un père et une mère fondamentalistes chrétiens[2]. Ces parents voulaient interdire à leur fils de participer à des séances de yoga lors d’une leçon donnée dans une école enfantine, car il s’agissait, selon eux, d’une pratique relevant de la religion hindoue. Le 14 février 2012, le Tribunal fédéral a rejeté le recours du couple en précisant que ces cours n’avaient pour but que la relaxation et qu’ils ne véhiculaient aucun contenu confessionnel.

Devant le tollé que la décision de Therwil a provoqué en Suisse, il est probable que les autorités cantonales bâloises annulent en fin de compte cette «dérogation au salut manuel». Le plus tôt, en toute clarté, sera le mieux.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Cela dit, si l’on consulte des hadiths (consignation des paroles et actes du prophète) à ce propos, certains soulignent clairement que Mohamed refusait de serrer la main des femmes, comme l’indique ce site.

[2] Affaire évoquée dans le livre Ne retouche pas à mon dieu ! Un bilan de la laïcité, rédigé par l’auteur de ce blogue et publié en 2015 chez Slatkine. 

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05/04/2016

#NuitDebout Faire rentrer les rêves dans les urnes

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 «Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes». Inscrite sur une pancarte, place de la République à Paris, cette formule dit bien des choses sur le mouvement «Nuit Debout» qui prend de l’ampleur mais aussi sur la France telle qu’elle est aujourd’hui. Contrairement aux mouvements d’apparence similaire en Espagne ou aux Etats-Unis, les jeunes «indignés» français n’ont pas l’intention de créer un parti ou d’investir une formation existante pour la transformer. Certes, ils évoquent une révolution dont les contours ne peuvent qu’être flous mais sans se référer à des contenus idéologiques précis, à la différence de leurs lointains aînés de Mai-68.

Ce mouvement spontané trahit surtout le désarroi français devant l’inefficacité de son système politique qui n’offre pas la moindre perspective à la jeunesse, quel que soit le parti au pouvoir. Un système qui ne «fabrique» que des nains politiques n’ayant d’autres stratégies que communicantes.

Cette prise de parole spontanée – qui s’est répandue dans tout l’Hexagone avec une stupéfiante rapidité grâce aux réseaux sociaux – suscitera-t-elle l’émergence d’une structure politique d’un type nouveau? La France l’avait déjà espéré après la grande manifestation qui avait suivi les attentats de janvier 2015 contre l’HyperCasher et Charlie-Hebdo. Mais le soufflé était retombé peu après.

Si les rêves ne rentrent pas dans les urnes. Se priver d’urne peut virer au cauchemar. Soit en retournant dans une impuissance décourageante, soit en provoquant un chaos qui ne peut que profiter au Front national. Le temps du débat collectif est essentiel. Mais il faudra le dépasser et donner à ce mouvement un contenu politique qui permettrait d’offrir une alternative crédible à des institutions françaises devenues inaptes à répondre aux défis actuels.

   Jean-Noël Cuénod

 Editorial paru dans le quotidien 24 Heures, mardi 5 avril 2016

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02/04/2016

François Hollande ou la déroute en chantant

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(Photo: François Hollande tentant de s'extirper d'un de ses Himalayas)

Inébranlable. A ses visiteurs – qui sont priés de le répéter aux médias en prenant la mine mystérieuse des favoris du sérail – François Hollande affirme qu’il tient bon, qu’il cache dans la manche de son costume gris taupe des atouts pour se faire réélire en 2017. Peu importent le million de jeunes (et d’anciens jeunes) qui déboulent dans les rues de France, les colossales finesses qui se retournent contre lui, les échecs qui font mal, les initiatives qui font pschiiit et les projets qui font plouf.

Sa fameuse loi travail est détricotée à chaque fois qu’un corps social montre les dents. Si bien que l’on aura un texte typiquement «hollandais» qui, de concessions en corrections, transforme la grrrrande rrrréforme  – roulez tambours !– qui allait rendre l’embauche des chômeurs attractive pour les chefs d’entreprise, en réformette – résonnez pipeaux ! – qui, en voulant ménager chacun mécontente tout le monde.

Billard à trois bandes et à un mauvais trou

Pour la constitutionnalisation de l’état d’urgence, même scénario pourri. François Hollande a voulu jouer au malin en puisant ses projets dans l’arsenal démagogique de l’extrême-droite afin de court-circuiter Nicolas Sarkozy. La déchéance de nationalité pour les terroristes était l’une des mesures mises en avant par le président – on ne rit pas ! – socialiste. Cette vieille lune du Front national ne sert strictement à rien pour lutter contre le djihadisme. Qu’importe, ça fait vibrer les réseaux sociaux et ça empiète sur la droite. Vous ne pouvez pas comprendre. C’est du billard à trois bandes. Mais l’ennui avec Hollande, c’est que la balle tombe souvent dans le mauvais trou.

Il est resté bloqué par ce piège pourtant bien prévisible : soit on ôte la nationalité à tous les terroristes, même à ceux qui n’ont que le passeport français et l’on créé des apatrides, contrairement au droit international ; soit, on ne l’enlève qu’aux terroristes binationaux et l’on suscite une inégalité de traitements entre deux types de Français. On connaît la suite : incapable d’obtenir la majorité des trois cinquièmes des parlementaires pour changer la Constitution, François Hollande a dû renoncer à inscrire l’état d’urgence dans le marbre de la Loi fondamentale. Heureusement d’ailleurs pour la liberté des Français. On frémit à l’usage qu’une Marine Le Pen aurait pu faire d’une telle réforme, offrant plus de pouvoirs à la police et moins à la justice.

Il en est allé de ce projet comme des autres grandes propositions présidentielles : on dessine un Himalaya sur les écrans médiatiques et c’est une taupinière, dans le meilleur des cas, qui surgit sur la terre du réel.

Le capitaine de pédalo coincé au milieu du gué

François Hollande a été élu sur une politique clairement axée à gauche, avec une augmentation d’impôt pour les plus riches qui aurait permis d’aider les petites et moyennes entreprises. Mais il s’est laissé bloquer d’emblée par la chancelière allemande en acceptant le traité européen sur la rigueur budgétaire. Dès lors, sa marge de manœuvre a été réduite à un mince filet. Il aurait dû ouvrir une crise au sein de l’Union en refusant, par le biais de son parlement, de parapher le traité européen. Cela aurait permis au moins de vider un abcès qui continue à infecter l’UE.

Mais Hollande n’est pas un homme de rupture. Il préfère louvoyer. A cet égard, la formule lancée par Jean-Luc Mélenchon, faisant du président un capitaine de pédalo, s’est cruellement vérifiée. En se pliant au diktat de Berlin, le président socialiste n’a pas eu d’autres choix que de mener une politique libérale. Mais alors, il aurait fallu expliquer ce revirement aux Français, notamment à ses électeurs, et définir clairement la nouvelle optique sociale-libérale de son gouvernement. Au lieu de cela, Hollande n’a pas assumé publiquement sa volte-face, distillant ici et là des réformettes plus ou moins libérales et rarement sociales, tout en prétendant mener une politique de gauche.

En suivant la logique du capitalisme, son action ne va pas assez loin dans le sens du libéralisme. Mais dans une optique socialiste, elle trahit tous les objectifs poursuivis par la gauche. A cause de cette politique chafouine, la France se trouve au milieu du gué au moment de la plus forte crue. D’où l’angoisse collective qui parcourt l’Hexagone.

Le désarroi français est d’autant plus grand que personne ne voit d’issue à la situation présente. Il n’y a guère que François Hollande pour croire en ses chances en 2017. Nicolas Sarkozy et son catastrophique quinquennat ne sauraient constituer une alternative. Malgré ses succès électoraux, le Front national ne possède pas un appareil politique compétent et Marine Le Pen a démontré lors de son calamiteux voyage au Canada – où aucune figure politique, même de second plan, n’a accepté de la rencontrer –qu’elle ne dispose d’aucune crédibilité internationale. Sauf dans la Russie poutinienne qui participe au financement de son parti.

Le centre introuvable

Tous les regards convergent donc vers Alain Juppé, l’ancien premier ministre de Jacques Chirac. Ce qui, d’ailleurs, en dit long sur l’absence de renouvellement des élites politiques françaises. Libéral mais soucieux de régulation, partisan d’un centre-droit ouvert à certaines idées sociales-démocrates mais fermé au racisme d’extrême-droite, Juppé paraît en situation de fédérer les électeurs du centre-gauche et du centre-droit qui, numériquement, constituent la grande majorité des Français. Mais cette majorité numérique n’a pas – pas encore ? – trouvé le vecteur politique qui lui permettrait de parvenir enfin au pouvoir. Le mode de scrutin – majoritaire à deux tours – ne le permet pas. Il a créé le bipartisme qui a scindé le centre en deux parties opposées. Avec le tripartisme qui se dessine par le surgissement du Front national, cette situation ne va pas s’améliorer. Au contraire, la présence du FN va radicaliser tant la gauche que la droite classique, au détriment du centre.

Dès lors, la France ne pourra pas se sortir de sa mélasse sans une réforme profonde de ses institutions. Le mode de scrutin actuel favorise les forts en gueule. Il devient indispensable d’avantager, sinon les forts en thème, plutôt les forts en cervelle.

Jean-Noël Cuénod

15:05 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : françois hollande, france, politique, 2017 | |  Facebook | | |

28/03/2016

Pâques 2016

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Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

Les flics et leurs délateurs seraient bien foutus de te flanquer en détention administrative pour entrée illégale sur le territoire. Et si tu leur échappes, tu pourrais bien te faire crucifier une deuxième fois. Les bourreaux de Dieu ne manquent pas.

 Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

 Toi qui as qui a changé la mort en vie, tu verras tous ceux qui, au nom de Dieu, font le chemin inverse avec leur ceinture d’explosifs.

Toi qui a semé l’amour, tu verras tous les démagogues qui font moisson de haine.

Toi qui a remis César à sa place, tu verras tous ses petits héritiers se prendre pour des dieux.

Toi qui a prêché le pardon, tu verras tous les bigots qui n’ont que ton nom à la bouche prôner la vengeance.

Toi qui n’avais faim que de justice, tu verras tous les prédateurs dont la faim est sans fin.

Toi qui avais chassé les marchands du temple, tu verras leur retour triomphant.

Toi qui accueillais l’étranger en quête de pain, tu verras tous les braves gens le rejeter vers son néant.

Toi qui abattais les murs, tu verras tous tes zélateurs en construire de plus hauts.

Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

 

Jean-Noël Cuénod

 

Illustration :  Le Christ dans la tempête de Rembrandt, Isabella Stewart Gardner Museum à Boston.

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23/03/2016

Après les attentats de Bruxelles, quelqu’un a-t-il vu l’Europe ?

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Jamais nous n’avons eu autant besoin d’Europe et jamais l’Union européenne n’a paru aussi impuissante. La guerre terroriste a sévi une fois de plus. A Bruxelles, au cœur de l’UE. Pour l’Etat islamique, il s’agit de frapper fort sur le maillon faible de ce monde démocratique qu’ils veulent anéantir.

Il existe, certes, des causes internes à la France et à la Belgique pour expliquer la fréquence des attentats et alertes terroristes dans ces deux pays. Mais on ne saurait s’en contenter et occulter l’état agonique des institutions européennes. Elles se sont révélées incapables de juguler le trafic d’armes intense qui fait de l’AK 47 un produit de grande consommation (on peut les acquérir sur internet, de 250 et 3000 euros, en fonction de leur qualité ou des manipulations à accomplir pour les réarmer), incapables de coordonner les services de renseignements nationaux, incapables de créer un Parquet et un FBI européens seuls à même de mener une répression cohérente et efficace contre la cinquième colonne du terrorisme.

L’impotence de l’UE est criante en matière de diplomatie. Alors que les réfugiés syriens se pressent à ses frontières pour fuir les ravages de la guerre, l’Union n’est d’aucun poids dans ce conflit devenu international. De toute façon, sans armée, comment l’Europe pourrait-elle se montrer crédible face aux Russes, aux Américains et même aux Iraniens ?

Le pire a été atteint avec l’accord entre l’Union européenne et la Turquie. N’étant pas parvenu à établir une politique d’asile pour les réfugiés, Bruxelles en a confié la gestion à Ankara qui n’est même pas membre de l’UE. Bien entendu, l’autocrate ottoman Erdogan a obtenu de l’Europe l’essentiel de ce qu’il revendiquait : trois milliards d’euros supplémentaires, en sus des trois autres déjà accordés, la libéralisation des visas pour les ressortissants turcs et l’accélération des négociations pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne.

 En quelques semaines, l’Etat turc est devenu le sauveur de l’Europe, alors que la politique d’Erdogan vise à imposer une vision rétrograde de l’islam dans son pays et à détruire les troupes kurdes, fer de lance contre l’Etat islamique avec lequel Ankara s’est d’ailleurs montré fort complaisant pendant trop longtemps. Ce n’est pas une vipère que l’Europe réchauffe dans son sein mais un boa constrictor.

Le vice d’origine

Comment l’Union européenne est-elle tombée aussi bas ? Comme toujours récitons ce mantra avant d’hasarder une réponse : tout effet politique a des causes multiples. Sans doute faut-il remonter à la genèse de la construction européenne. Dans l’esprit de ses concepteurs au début des année 50 – notamment le ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman, né Allemand et devenu Français après la restitution de l’Alsace-Lorraine –  il s’agissait de rendre impossible un nouveau conflit entre la France et l’Allemagne en mettant en commun le charbon et l’acier, ces deux poumons de la guerre à cette époque. Le Traité CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) a été ouvert à d’autres pays. L’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas l’ont rejoint et le Traité fut signé entre les six Etats le 18 avril 1951, jetant les bases de la future Europe communautaire (voir la vidéo à la fin du texte). Celle-ci s’est concrétisée par le Traité de Rome du 25 mars 1957 qui a créé la Communauté économique européenne et le Marché commun.

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Robert Schuman avait fait la couverture de Time, le 1er mars 1948.

L’union devait donc se construire par l’économie, ce qui, dans le contexte historique, s’expliquait aisément. Mais la démarche recelait un vice initial ; elle obéissait à cette sorte de marxisme mécaniste qui imprégnait la pensée politique de l’époque, même dans des milieux de droite. L’économie est l’infrastructure de la société qui fait naître, comme par reflet, la superstructure, c’est-à-dire le droit, la culture, les politiques intérieures, diplomatiques et militaires. En agissant sur l’infrastructure, on change automatiquement la superstructure. C’est simple. C’est mécanique. Mais c’est faux, comme nous le démontre la situation actuelle de l’Union européenne. Il ne suffit pas de remplir les ventres pour changer les têtes. D’ailleurs, Marx lui-même condamnait cet enchainement mécaniste pour lui préférer le rapport dialectique : l’infrastructure créé la superstructure mais celle-ci, à son tour, influence celle-là.

Dès lors, en ne s’occupant que de l’économie, l’Union européenne a laissé de côté tout ce qui fait peuple, à savoir le sentiment d’appartenir à une communauté humaine solidaire qui s’exprime par la culture, par une idéologie commune et pas seulement par des normes calibrant la courbure des concombres. Cette primauté donnée au commerce a attiré vers Bruxelles la Grande-Bretagne qui a toujours voulu transformer l’Europe en vaste zone de libre-échange, tout en conservant ses liens privilégiés avec les Etats-Unis. Une fois installés dans la place, les Britanniques ont tout fait pour diluer l’Union dans le nombre, sans que les six pays fondateurs de la CEE ne réagissent.

L’UE n’a aucune vision du monde, contrairement à la Russie poutinienne, aux Etats-Unis, à la Chine concurrente. Et à l’entité terroriste qui a pour nom Etat islamique. N’ayant aucune vision du monde, elle est incapable de développer sa diplomatie, sa politique de défense, sa sécurité intérieure et sa justice pénale.

Elle est devenue une sorte de monstre obèse qui erre à l’aveugle sur la planète en feu.

Le Brexit un espoir ou illusion ?

L’UE est donc un échec et l’on voit mal comment elle pourrait le transformer en espoir. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union, à la suite du référendum organisé par Londres le 23 juin prochain, constitue-t-elle un espoir pour reconstruire cette Europe en miettes, comme le suppose l’ancien premier ministre français Michel Rocard dans L’Opinion ?

Outre qu’il est hasardeux de parier sur l’issue d’un tel vote, le Brexit, de son seul fait, ne rendra pas l’Europe à elle-même. Mais il peut, au moins, permettre d’amorcer le développement d’une Europe à plusieurs vitesses ou « à la carte ». Les Etats voulant avancer vers leur fédéralisation se mettant alors ensemble, laissant les autres évoluer à leur rythme. Car pour associer des peuples de cultures différentes, l’humanité n’a encore rien inventé de mieux que le fédéralisme. Mais pour ce faire, il faut plus que décréter des normes sur la qualité des yaourts. Il faut développer une vision du monde commune et accepter de s’engager pour elle, au risque de sa vie. On en est bien loin.

Jean-Noël Cuénod

 

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18/03/2016

AIR DU TEMPS

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Elle court et n’a pas de pieds

                       Elle saute et n’a pas de jambes

                       Elle mouline et n’a pas de bras

Elle halète et n’a pas de poumons

                       Elle pétrifie et n’a pas d’os

                       Elle écoute et n’a pas d’oreilles

Elle scrute et n’a pas d’yeux

                       Elle frissonne et n’a pas de peau

                       Elle vomit et n’a pas de ventre

Elle s’agite et n’a pas de corps

                       Elle viole et n’a pas de sexe

                       Elle commande et n’a pas de cerveau…

 …La peur

Jean-Noël Cuénod

 

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11/03/2016

La Plouquette et la Danse-Thérapie sur France-Culture

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La Plouquette – alias Christine Zwingmann-Cuénod – est l’une des principales intervenantes dans l’émission de France-Culture Sur les docks qui a été diffusée mercredi 9 mars. Vous pouvez la réécouter ou l’écouter ci-dessous. Elle a pour thème : « Après un AVC, contourner les maux de l’aphasie ». Danse-thérapeute diplômée, Christine anime un atelier à Vincennes qui a notamment pour objet de redonner le goût du mouvement et même du beau geste à celles et ceux qui souffrent des séquelles d’un AVC. C’est une reconquête du corps et de ses expressions qui se livre ainsi dans la joie, une reconquête que le remarquable documentariste Gilles Mardirossian a su illustrer avec finesse, clarté et empathie. Une très belle émission comme vous le verrez, enfin, comme vous l’écouterez. Mais la radio ne donne-t-elle pas à voir ?

Voici ce que Michel Lagneau écrit à propos du travail de Christine :

La danse est un tout, la danse est pour tous, la danse est une respiration, un rire permanent. Un large sourire, deux petits chaussons, Christine entre dans la salle, elle est « la danse ». Elle nous entraine, mime les gestes, nous implique sans hésiter, nous prend la main, elle vit avec nous, nous guide élégamment d’une manière toujours positive. Nous bougeons les bras, les jambes, les mains, les pieds, notre tête reste très mobile, Christine nous demande de nous présenter, sans parler, avec un geste élégant qui vient de nous. Ce geste est un appel. Le groupe est uni autour d’elle. A la fin nous faisons une belle révérence pour saluer cette séance….. Nous sommes alors détendus, heureux mais vannés.

Vous pouvez poursuivre vos recherches à ce propos sur les sites :

Groupe des Aphasiques d'Île-de-France (GAIF)

 Fédération Nationale des Aphasiques de France (FNAF)

Et n’hésitez pas à diffusobalader (podcaster) l’émission SUR LES DOCKS.

En guise de révérence, voici une photo de la Plouquette Christine Zwingmann prise par notre ami, le photographe Arnaud Galy, lors du spectacle consacré au centenaire de Dada qui s’est déroulé mercredi aux Chartrons à Bordeaux, sous la direction de Catherine Reillat-Pesquer.

 Jean-Noël Cuénod

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06/03/2016

Duplique à la réplique de Hani Ramadan : la laïcité et les laïcités

 

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S’il est des polémiques vaines, il n’y a jamais de débats inutiles. Réagissant au texte que j’avais publié (« Islam et laïcité, l’insoluble solubilité » du 19 février 2016) à propos de sa tribune libre dans Le Temps, Hani Ramadan a répliqué courtoisement en postant un commentaire[1]. Il y exprime sa foi ; je ne saurais la contester, dans la mesure où il respecte la mienne, celle des autres et l’absence de foi des athées. Toutefois, je préciserai deux point qui ressortent de sa réplique.

 Premier point. Hani Ramadan cherche à me mettre en contradiction avec moi-même lorsque je soutenais qu’il n’y a pas de laïcité ouverte ou fermée mais la laïcité tout court, alors que le rapport de la commission que j’avais présidée à la demande du Conseil d’Etat genevois énumère différentes pratiques de la laïcité. Mon contradicteur me permet de remettre, si j’ose dire, la maison laïque au milieu du village et de dissiper les brumes sans doute causées par une mauvaise formulation de ma part.

Il faut distinguer les principes de base qui fondent la laïcité de leur application. La laïcité repose sur deux socles : d’une part, la séparation des institutions religieuses et de l’Etat ; d’autre part, le respect de la liberté de conscience. Si l’un vient à manquer, il n’y a pas de laïcité. Par exemple, la liberté de conscience règne en Angleterre mais ce Royaume n’est pas laïque pour autant puisque son chef d’Etat est également celui de l’Eglise anglicane. Dans l’autre sens, les pays de modèle stalinien excluent la religion de la sphère politique mais rejettent la liberté de conscience. Par conséquent, ils ne sauraient sérieusement se prétendre laïques.

En revanche, il y a pluralité d’application de ce principe, en fonction de l’Histoire, des mœurs, des traditions, de la composition sociale de chaque contrée. En sens, l’application de la laïcité ne sera pas identique en France et à Genève. Chez notre voisin, elle fut le moyen choisi par la République pour asseoir définitivement la démocratie vis-à-vis des milieux monarchistes qui recevaient le soutien actif de l’Eglise catholique. A Genève, la laïcité a permis de sortir l’Etat de l’antagonisme entre protestants et catholiques. Ces deux démarches distinctes ne pouvaient donner que des applications différentes à un même principe.

 En résumé : la laïcité, comme principe, est une mais son application est multiple.

 Second point. Hani Ramadan affirme dans sa réplique (…) le Coran ne pose aucun problème d’authenticité. Il a été préservé intégralement : nous en conservons la lettre, sans en oublier l’esprit, et bien entendu, nous tenons compte du contexte dans lequel il a été révélé. Mais chaque mot du Coran est la parole même de Dieu.

 Dans l’esprit de M. Ramadan, il y aurait supériorité du Coran sur la Bible puisque lui seul est issu directement de la parole de Dieu. Notons d’emblée que cette disposition d’esprit nuit au dialogue entre musulmans et non musulmans. Comment entamer un rapport sérieux et honnête si l’on est persuadé d’avoir pour référence la parole divine en direct ? Dans cette optique, les autres ne sont que des êtres errant dans l’erreur, des brebis égarées qu’il convient d’amener à la seule Vérité, celle que Mon Livre détient. Tant que cette mentalité prévaudra chez les porte-paroles de l’Islam, le dialogue sera bien difficile, sinon impossible, à développer.

De plus, lorsque Hani Ramadan affirme que le Coran ne pose aucun problème d’authenticité, il va vite en besogne. En consultant le site musulman islamreligion.com, on se rend compte que l’élaboration du Livre s’est révélée aussi longue qu’ardue :

(…) A la mort du Prophète, des parties du Coran se trouvaient chez plusieurs membres de la communauté.  Certains ne possédaient que quelques pages, qu’ils utilisaient pour apprendre à réciter, tandis que d’autres, comme les scribes, avaient plusieurs sourates en leur possession.  Et d’autres, encore, ne possédaient qu’un morceau d’écorce ou de peau animale sur lequel n’était inscrit qu’un seul verset. À l’époque du califat d’Abou Bakr, qui fut le premier calife après la mort de Mohammed, la grande communauté musulmane se retrouva en situation de désordre civil.  De faux prophètes apparurent et plusieurs personnes perplexes et égarées, incapables de maintenir leur foi en l’absence de Mohammed, abandonnèrent l’islam.  Des batailles et des échauffourées eurent lieu et plusieurs des hommes qui avaient mémorisé le Coran y laissèrent leur vie.

Abou Bakr craignait que le Coran ne se perde, alors il consulta certains des compagnons de longue date sur l’idée d’une compilation des versets en un seul livre.  Il demanda à Zaïd ibn Thabit de superviser le tout.  Au début, Zaïd se sentit mal à l’idée de faire une chose qui n’avait pas été autorisée par le Prophète lui-même. Il accepta néanmoins de rassembler les divers manuscrits et d’aller voir ceux et celles qui avaient mémorisé le Coran pour former une compilation, le moushaf. 

Islamreligion.com ne doute pas un seul instant que le Coran soit la parole de Dieu dans sa pureté, Néanmoins, il ne dissimule pas les vicissitudes qui ont présidé à la fixation définitive du texte coranique. Dès lors, affirmer que le Coran est parole directe de Dieu est un argument d’autorité, nullement démontrable. C’est un acte de foi et comme tel il est respectable, dans la mesure où l’on ne cherche pas à l’imposer par la contrainte. De même, le fait de croire dans la double nature, divine et humaine, du Christ est un acte de foi tout comme le fait de nier l’existence de Dieu en est un.

En énonçant cela, on subit aussitôt le reproche de sombrer dans le relativisme et le «tout se vaut». Comment trouver du goût à cette soupe tiède ? En lui mettant son grain de sel personnel.

Je peux être animé par la foi en cet élan vital que les humains nomment de mille noms différents. Ma vie sera peut-être épanouie, enrichie par cette effusion poétique, par ce goût de l’absolu qui vient du cœur. Il est légitime de vouloir partager cette foi, de l’exposer. Mais dès que l’on cherche à l’imposer, Dieu devient odieux.

L’absolu est dans le cœur. Dès qu’il en sort, il devient toxique comme ces bactéries qui sont bénéfiques en restant dans leurs organes d’origine mais deviennent mortifères lorsqu’elles s’installent dans d’autres parties du corps.

 N’oublions jamais que, quelque soit l’idéal qui nous meut, nous ne sommes que des passants myopes qui tentent de se frayer un chemin dans ce monde relatif.

Se prendre au sérieux est le seul péché mortel.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] http://www.jncuenod.com ou http://www.jncuenod.blog.tdg.ch

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28/02/2016

Grâce aux réseaux sociaux, l’UDC perd une bataille mais pas sa guerre

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 Photo: Blocher dans son antre fastueux au-dessus du Lac de Zurich

Il y a quelques mois encore, les sondages prédisaient une large victoire de l’initiative de l’UDC pour le renvoi des criminels étrangers. Et c’est l’inverse qui s’est produit en ce divin dimanche ! Malgré les millions dépensés par son âme damnée, l’extrême droite blochérienne a reçu une claque retentissante. C’est un « non » franc et massif, pour paraphraser de Gaulle, qui est sorti des urnes helvètes.

Que s’est-il passé pour que nous assistions à un tel revirement dans l’opinion ? La mobilisation active sur les réseaux sociaux figure parmi les explications les plus plausibles. Sur Twitter, sur Facebook, sur d’autres plateformes, la présence des opposants à l’initiative blochérienne s’est révélée plus massive que celles de ses partisans. Venant de milieux divers – évangéliques, protestants, catholiques, ONG humanitaires, mouvements de jeunesse, partis traditionnels de la gauche, du centre et de la droite libérale – les «twittos» ont relayé les blogues et les articles détaillant les multiples mensonges forgés par l’UDC pour appuyer sa propagande. Les petits ruisseaux de l’internet font désormais les grandes rivières de l’opinion publique.

Cette salutaire prise de conscience s’est déclenchée au bon moment : ni trop tôt ni trop tard. A cet égard, l’UDC avait commis l’erreur de partir trop vite en campagne, ce qui a donné aux opposants le temps nécessaire pour démonter le mécanisme pervers de l’initiative. Ainsi, sous couleurs de renvoyer les criminels étrangers, les blochériens voulaient en réalité saboter les bases de l’Etat de droit. Pour ce faire, ils ont utilisé la justice comme cheval de Troie en prétendant que les Chambres fédérales protégeaient les criminels étrangers. Mais les opposants à l’initiative ont pu démontrer que la loi actuelle retient déjà les infractions les plus graves pour autoriser l’expulsion automatique. Le texte de l’UDC était pris pour qu’il était réellement : non pas une initiative contre la criminalité mais un projet xénophobe de plus.

La défaite de l’UDC est cuisante. Mais son plan pour s’attaquer aux droits de l’Homme reste d’actualité. L’extrême droite ne cache pas sa volonté de sortir la Suisse de Convention européenne des droits de l’homme. Cette haine du «droitdelhommisme», pour reprendre l’expression de Jean-Marie Le Pen, est partagée par tous les partis de l’extrême droite européenne. Leur argument prétendant que cette convention est une atteinte à la souveraineté populaire pourrait faire sourire, si la chose n’était pas aussi porteuse de catastrophes.

En fait, la Convention protège le peuple contre les abus de l’autorité. Et si Blocher et ses camarades veulent l’attaquer, ce n’est pas pour le bien du peuple mais pour le leur. Il s’agit pour eux de saper tout ce qui s’oppose aux discriminations et à les protéger contre les lois réprimant le racisme. 

L’UDC est bien organisée, grassement financée par Blocher et les siens. Il ne faut pas compter sur de nouvelles erreurs tactiques de sa part. A son tour, elle risque de mobiliser les réseaux sociaux comme l’ont fait ses adversaires. Blocher a perdu une bataille mais pas sa guerre.

 

Jean-Noël Cuénod 

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19/02/2016

Islam et laïcité, l’insoluble solubilité ?

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 Supputer, soupeser, scruter, apprécier, évaluer le degré de solubilité de l’islam dans la laïcité est un exercice qui revient périodiquement sur la scène médiatique. Une sorte de « marronnier » socio-théologique. Répondant à un article de Pierre Kunz, Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, a remis une pleine louche sur cette solubilité qui semble décidément insoluble, dans une « opinion » que Le Temps a fait paraître samedi 27 janvier dernier. Parmi les points forts de la prise de position de M. Ramadan (dont voici l’hypertexte), citons ce passage : « La grande civilisation de l’islam, dans son essence même, n’est doctrinalement pas soluble dans la laïcité. » (photo JNC)

Relevons tout d’abord que d’autres religions que l’islam peuvent éprouver, à divers degrés, des difficultés à faire coïncider leur doctrine, au sens strict de ce terme, avec les lois civiles. Ainsi, concernant le catholicisme romain, l’encyclique de Jean Paul II Evangelium Vitae de 1995 prescrit à son point 74 :

Les chrétiens, de même que tous les hommes de bonne volonté, sont appelés, en vertu d’un grave devoir de conscience, à ne pas apporter leur collaboration formelle aux pratiques qui, bien qu’admises par la législation civile, sont en opposition avec la Loi de Dieu (…) Cette coopération ne peut jamais être justifiée en invoquant le respect de la liberté d'autrui, ni en prenant appui sur le fait que la loi civile la prévoit et la requiert (…)

Cette encyclique visait notamment l’avortement. Elle n’empêche nullement les catholiques de respecter les lois civiles et les principes de la laïcité là où elle figure dans les textes.

 Infidèles reflets

 Le croyant, quelle que soit son appartenance, est induit à placer la Loi de Dieu, créateur des êtres et des choses, avant celle des humains, ses créatures. Pour lui, l’un est forcément au-dessus de l’autre. Toutefois, il se heurte à cette impasse : qu’est-ce que la Loi de Dieu ? Figure-t-elle dans la Bible ? Parole directe de Dieu transcrite telle quelle dans la Torah par Moïse ? Mais entre l’inspiration divine et ce que les humains, même les prophètes, en font, il y a un fossé plus large que la Mer Rouge. La Bible serait plutôt paroles d’humains qui traduisent les inspirations divines qu’ils ont reçues, infidèles reflets d’une vérité qui les dépasse. Le Christ, fils de Dieu, n’a pas écrit les Evangiles, ce sont ses apôtres qui s’en sont chargés. Dès lors, le truchement humain, de par son imperfection originelle, ne saurait transmettre la Loi de Dieu dans sa pureté et en toute sûreté.

Les maximes de la Bible doivent donc être examinées dans le contexte historique où elles sont apparues ; de même, il convient d’en interpréter les multiples symboles afin d’en saisir l’esprit. Elle est l’une des principales sources de la morale dans notre culture ; elle est le support aux méditations et à l’étude ; elle est sujette à interprétations diverses voire opposées ; elle n’est point un code régissant l’existence humaine dans tous ses détails.

Après bien des siècles de guerres et d’affrontements religieux, nos contrées l’ont finalement compris : c’est aux humains de se prendre en main pour vivre ensemble avec le moins de dysharmonie possible et d’élaborer les lois nécessaires à l’instauration de la paix sociale. La laïcité est l’un des moyens d’y parvenir. C’est celui que la République et canton de Genève s’est choisi, le peuple ayant approuvé la Constitution qui consacre la laïcité en son article 3.

 L’islam pose un problème supplémentaire : la source directement divine de son texte sacré, le Coran. Le prophète Mohamed n’est que le scribe qui écrit sous la dictée d’Allah, sans interprétation de sa part. C’est la parole de Dieu, telle quelle. Contrairement à la Bible, on ne saurait incriminer le manque de fiabilité des truchements humains dans cette diffusion de la Loi divine. Mais le croyant se heurte au même obstacle que précédemment. Si le Coran contient un ensemble de normes sociales à observer, il n’est pas pour autant un code qui définirait toutes les modalités changeantes de la vie collective. De plus, il est aussi contradictoire que la Bible, condamnant la violence ici, la justifiant là. Dès lors, la tradition musulmane a collationné les hadiths qui se réfèrent aux explications données par Mohamed ou de ses compagnons pour éclairer tel ou tel aspect de la vie des humains. Il s’en est suivi un vaste corpus de jurisprudences formé par des savants au fil du temps. Des savants certes éminents mais humains et donc faillibles. Dès lors, qu’il s’agisse du Coran, de la Bible ou d’autres textes sacrés, c’est en fin de compte l’être humain qui doit se débrouiller pour établir les règles nécessaires au bon déroulement de la vie collective. Par conséquent, on ne voit pas en quoi les musulmans seraient forcément des « empêchés de la laïcité ».

La laïcité sans ses voiles

Après avoir écrit que l’islam « n’est doctrinalement pas soluble dans la laïcité », Hani Ramadan ajoute : « Autre chose est le débat d’idées, autre chose la nécessité de vivre ensemble, et donc, pour les musulmans, d’évoluer dans un environnement laïc ». Et de citer trois types de laïcité : exclusive, intrusive et inclusive. Soit une « laïcité » – les guillemets s’imposent – qui bannirait la religion de l’espace pour imposer une sorte d’athéisme obligatoire, une « laïcité » qui donnerait à l’Etat « le pouvoir de s’immiscer dans la foi personnelle pour décider, par exemple, que le port du voile ou du niqâb (voile intégral) ne relève pas d’une pratique religieuse en islam » et une « laïcité » inclusive « avec laquelle il est possible de s’entendre. Elle invite intelligemment tous ses citoyens à respecter les lois, mais non pas à les confesser. » Formulation étrange, dans la mesure où il n’a jamais été question de « confesser » des textes législatifs émanant du Grand Conseil et des chambres fédérales !

Relevons tout d’abord, qu’il n’y a pas de laïcité ouverte, fermée, entrouverte, offensive, défensive, inclusive, exclusive, intrusive, de gauche, de droite, du centre, du haut, du bas… Il y a la laïcité, un point c’est tout. Il est toujours suspect de découper en tranches des principes, comme la liberté ou la laïcité, car on risque ainsi d’en affaiblir la portée.

La laïcité est fondée sur deux éléments indissociables, à savoir la séparation des institutions religieuses du pouvoir politique et la liberté de conscience. Elle ne bannit pas les religions de l’espace publique ; elles ont le droit de s’exprimer, à l’instar des partis politiques, des syndicats, des associations diverses. Mais, comme ces partis, ces syndicats et ces associations, les religions doivent respecter l’ordre public dont le garant est l’Etat neutre confessionnellement. La laïcité consacre le droit de chacun d’exprimer sa foi ou son athéisme. A celui qui croit au ciel de respecter celui qui n’y croit pas, et inversement. De même, personne ne peut exciper de sa religion pour se soustraire aux lois démocratiquement établies et faire fi, par exemple, de l’interdiction de discriminer les humains selon leur sexe ou leur origine.

Quid du voile intégral qui, décidemment, fait voguer les polémiques ? Pour l’Etat, la question à poser est celle-ci : cet accoutrement nuit-il à l’ordre public ? S’il en vient à la conclusion que tel n’est pas le cas, il s’abstient ; s’il constate que tel est le cas, il le prohibe, mais comme il le ferait d’un accoutrement dépourvu de toute référence religieuse. L’Etat ne dit pas « porter la burqa est contraire à l’islam », car il sortirait de son rôle, il dit « porter la burqa est un facteur de trouble sur la voie publique ». Il prendrait la même décision si, par exemple, la mode des cagoules à l’effigie d’un parti politique devait se répandre et semer le désordre.

Une « Cité des hommes sans Dieu » ?

Il y a dans le texte de Hani Ramadan, un passage qui n’a l’air de rien mais qui est de nature à nous alerter : « Toute notre vie moderne repose sur le postulat intangible selon lequel la paix sociale revient à organiser la Cité des hommes sans Dieu ». Est-ce le fait du hasard de la construction syntaxique ? On peut comprendre la formule « la Cité des hommes sans Dieu » de deux manières. Soit la Cité des hommes qui l’organisent en excluant l’idée de Dieu ; soit la Cité des athées. »  En s’adressant ainsi aux musulmans, M. Ramadan prend le risque de leur désigner la laïcité comme le monde des sans-Dieu, ce qui est inacceptable pour un adhérent à cette religion. Or, il ne s’agit pas d’organiser « la Cité des hommes sans Dieu » mais de l’organiser sans pouvoir religieux, ce qui n’est pas du tout la même chose.

La laïcité permet à une société de vivre ses différences dans l’harmonie. Mais cela requiert que toutes les parties en présences en acceptent les principes de base sans arrière-pensée, ni sous-entendu.

Jean-Noël Cuénod

 

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11/02/2016

L’écrivaine Huguette Junod : « Plus qu’assez des initiatives de l’UDC ! »

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Une fois n’est pas coutume, Le Plouc cède sa plume pour un tour. A l’excellente écrivaine genevoise Huguette Junod, en l’occurrence. Elle a rédigé pour le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève un texte remarquable contre l’initiative de l’UDC dite de mise en œuvre. Il s’agit d’appliquer le renvoi des étrangers en situation d’illégalité. Une fois de plus, l’extrême droite suisse instrumentalise la justice pour s’attaquer à son véritable « mouton noir » (animal qu’elle affectionne dans ses affiches ) : les droits des humains.

Comme Le Plouc en a lui aussi plus qu’assez de pondre des trucs sur les obsessions séniles des blochériens, il remercie Huguette de s’être acquittée de cette tâche, voilà donc son texte. Et pour ceux qui veulent se documenter, voici deux liens :

http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/interi...

https://www.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis433t.html

 J’en ai assez de courir après les initiatives de l’UDC, de plus en plus venimeuses, lancées comme des missiles qui, pour la plupart, attaquent non seulement les étrangers, mais l’Etat de droit. Je ne comprends d’ailleurs pas qu’on autorise une initiative ne respectant pas nos propres lois, ni notre fonctionnement démocratique.

  •  L’UDC a lancé sa 2e initiative de mise en œuvre en 2012, alors que le Parlement était en train de travailler en vue de l’élaboration de la loi de mise en application de la 1e (de 2010, prête fin 2015), qui donnait précisément 5 ans pour cela. L’UDC a donc court-circuité les travaux parlementaires.
  • En fait, la 2e initiative UDC est un durcissement de la 1e, et non sa « mise en œuvre ». Elle met sur le même plan les crimes et les délits. Un père ou une mère de famille, né-e à Genève, y travaillant, y payant des impôts, serait renvoyé-e d’office au 2e « délit » commis en dix ans. Seules les personnes possédant un titre de séjour seraient concernées. Cette 2e initiative n’aurait donc aucun effet sur les délits commis par les délinquants qui traversent les frontières.
  • Elle enlève également leur pouvoir aux juges, le renvoi serait automatique, en contradiction avec le droit suisse et les droits humains. Prétendre qu’un pays peut édicter les lois qu’il veut, sans tenir compte de la Déclaration des droits humains, c’est ouvrir la porte à toutes les dérives, jusqu’à la dictature. La Hongrie, la Pologne et la Croatie, pour ne parler que de l’Europe, montrent de bien mauvais exemples. C’est en effet le dernier étage de la fusée UDC : ne plus reconnaître la validité de la Cour européenne des droits de l’Homme, ce qui réduirait les droits de chaque individu. La Suisse ne pourrait alors plus défendre ses intérêts économiques ni sa politique sécuritaire. Ce serait se tirer une balle dans le pied, comme le peuple suisse l’a fait le 8 février 2014.
  • Pour diffuser sa haine des étrangers, l’UDC dispose de moyens financiers quasiment illimités, grâce aux milliards de Blocher, comme les tous-ménages envoyés récemment. Cette disproportion de moyens déséquilibre le débat démocratique.

 Tout en stigmatisant les étrangers, coupables de tous les maux (cela ne vous rappelle rien ?), l’UDC s’oppose systématiquement à l’aide économique aux pays du Tiers Monde et à la naturalisation facilitée.

 Aux éructations xénophobes des Blocher, Le Pen, Trump et autres, je préfère les propos de Montesquieu : « Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime. »

 Huguette Junod, écrivaine

 Photo : troupeau de blochériens attendant la prochaine initiative xénophobe.

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05/02/2016

La gauche anti-Hollande se met en ordre de bataille

DanyBellevilloise.jpgPour leur première réunion publique, les initiateurs qui ont lancé fin janvier «l’Appel à une primaire des gauches et de l’écologie» ont fait salle comble à La Bellevilloise, dans le populaire XXe arrondissement de Paris. Mercredi soir, plus de 700 personnes se sont massées pour écouter les initiateurs de l’Appel – dont Daniel Cohn-Bendit (photo JNC) et l’économiste Thomas Piketty  – et surtout pour débattre en exprimant leur rejet massif du président François Hollande.

 Alcooliques anonymes et couscous

 C’est d’ailleurs ce qui a marqué cette longue soirée très animée: le fossé qui sépare le gouvernement socialiste d’une grande partie de sa famille politique prend des allures d’océan. Volant un propos que lui avait soufflé l’essayiste Raphaël Glucksmann (fils de feu le philosophe), Cécile Duflot a bien illustré cet état d’esprit: «J’ai l’impression de participer à une réunion des alcooliques anonymes qui se demandent comment ils ont bien pu en arriver à voter pour Hollande en 2012!»

A des journalistes, un proche du président aurait murmuré : «Ce ne sont pas trois pékins autour d’un couscous qui vont organiser une primaire». Certes, mais l’Appel pour la primaire à gauche a récolté en quelques jours 76 200 signatures, ce qui fait beaucoup de pékins! De plus les partisans de l’Appel organisent des meetings et récoltent des fonds dans les grandes villes de province. C’est la gauche anti-Hollande qui s’organise.

Qui est-elle? On ne saurait la confiner à la «gauche de la gauche» de Jean-Luc Mélenchon. D’ailleurs, ce dernier a refusé de participer à ce mouvement. Les partisans de l’Appel comprennent aussi bien d’anciens rocardiens, des libéraux-libertaires comme Daniel Cohn-Bendit que des verts de toutes nuances, des communistes, des gauchistes. Et des militants, apparemment nombreux, du Parti socialiste qui sont parmi les plus virulents à critiquer le duo Hollande-Valls, même parmi des députés du PS, de plus en plus frondeurs. Les militants associatifs ou de simple sympathisants ont aussi donné de la voix dans ce grand déballage, sans ménager les élus, même frondeurs. Pour François Hollande, la reconquête de son socle électoral pour la présidentielle de 2017 relève de l’exploit titanesque. Sauf miracle économique.

 Et les ouvriers ? Des OPNI pour la gauche

 Dans ce contexte, la primaire à gauche semble n’être qu’un prétexte dans la mesure où il paraît difficile d’en organiser une à quinze mois de la présidentielle. Sans le dire ouvertement, la gauche anti-Hollande a intériorisé la défaite socialiste en 2017. Elle cherche donc à lancer un mouvement de réinitialisation idéologique pour mettre sur pied la future opposition.

Etonnant constat dans cette Bellevilloise, haut-lieu de la mémoire ouvrière parisienne, pas une seule fois les mots «syndicat» et «ouvrier» n’ont été prononcés. Devenus des OPNI, (objets politiques non-identifiés), Ils sont sortis des préoccupations de la gauche française, qu’elle soit pour ou contre Hollande. Conséquence directe : le Front national est le premier parti ouvrier de l’Hexagone.

 Jean-Noël Cuénod

 (Article paru vendredi 5 février 2016 dans la Tribune de Genève et 24 Heures repris dans ce blogue à l’intention, notamment, des lecteurs vivant en France)

 

 

 

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31/01/2016

La Galerie ART-Aujourd’hui lâche ses 7 anges du bizarre

 

 L’Ange du Bizarre, c’est le thème choisi par les animateurs de la galerie parisienne ART-Aujourd’hui[1] – Marianne et Philippe Rillon, Daniel Chassagne – pour qualifier l’exposition qu’ils organisent actuellement jusqu’au 27 février.

Un ange ? Plutôt 7 anges du bizarre : les peintres et dessinateurs Georges Bru, Jean-Marie Cartereau, Evelyne Gerbaud, Bernard Le Nen, Denis Pouppeville, Victor Soren et la sculptrice Pascale Proffit. 7, nombre symbole de l’unicité fondamentale entre la terre et le ciel, la matière et l’esprit que des générations de clercs ont voulu séparer. Œuvre proprement diabolique puisqu’en grec diabolein renvoie à la notion de division.

Par bonheur, les artistes et les poètes ont recollé les morceaux de la vie en rétablissant l’unité première, en effaçant d’une touche de pinceau, d’un coup de burin ou d’un trait de plume (arrachée à l’aile d’un ange qui passait par-là) l’illusoire frontière entre l’âme et le corps.

Le mot « bizarre » ne l’est pas moins, bizarre. Né du vieil italien bizzaro qui signifie « coléreux », devenu ensuite synonyme d’ « extravagant », de « brave » aussi, après un détour par l’Espagne, il partage une origine commune avec l’adjectif « bigarré ». Terme étrange (Vous avez dit étrange ? Comme c’est bizarre !), passant du rouge de colère aux couleurs multiples.

Associé à l’Ange, le Bizarre a pris une allure majuscule. Il bat des ailes entre les pages de la nouvelle d’Edgar Poe traduite par Baudelaire. Il turlupine Cocteau qui entamera contre lui un combat de velours. Et le voilà transformé en flic-poète par Charles Trénet dans son « Jardin extraordinaire ».

 

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Qui veut faire l’ange, fait la bête. Qui veut faire l’Ange du Bizarre, fait la bête du fantasme. Comme ce cauchemar d’enfance qui revient hanter l’adulte pour lui rappeler ses terreurs initiales. Que reste-t-il de nos fantasmes lorsque la lumière s’est éteinte ? (ci-dessus, Aimez-vous les uns les autres. Victor Soren)

 B._LE_NEN_Le grand Mystificateur 130x97 acrylique sur toile 2014.jpgL’Ange du Bizarre est aussi le gardien des portes. L’une d’entre elle ouvre sur le monde des chamans qui tirent des souterrains les forces nécessaires pour s’attirer les bonnes grâces du soleil. Regardez ce Grand Mystificateur (ci-contre) de Bernard Le Nen qui fait danser les morts sous son arbre-cerveau et tire d’un œuf un petit serpent qui ne demande qu’à grandir. Dieu lui-même serait mystifié par ces sortilèges qui donnent aux hommes l’illusion qu’ils peuvent obtenir les clés du ciel sans peine, ni labeur, simplement en se confiant à quelques grands prêtres.

 

 

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Avec sa série Ailes, Ether et Limbes (ci-dessus), Jean-Marie Cartereau s’inscrit naturellement et surnaturellement dans le thème choisi. L’Ange est tout à la fois homme, animal, végétal, minéral. Il s’élève mais la tête tournée vers le bas. Ses ailes se fondent dans toutes les nuances du gris, la couleur des humains, ces enténébrés lumineux.

E._GERBAUD_18-le silence-monotype-40x30cm.jpgLe gris, c’est aussi le domaine d’Evelyne Gerbaud. Dans ce Silence (ci-contre), le personnage sans bouche tient de la femme et du mustélidé. Son regard de charbon regarde bien au-delà des mots. Dans cet espace-temps, on n’articule pas des mots, on échange des ondes.

 

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Humains et animaux se rencontrent aussi dans le même corps chez Denis Pouppeville (ci-dessous, Jeune femme et homme à roulette). Mais là, plus question de silence, c’est la truculence et le sarcasme qui balaient l’esprit de sérieux et ses poussières. Point de bizarre éthéré, ici. Mais du bizarre ravageur.

 

 

 

 

 

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Changement radical de monde avec Georges Bru (ci-dessus, Personnage et son double). Les contours d ses personnages sont – bizarrement – à la fois estompés et précis comme certains souvenirs enfouis qui, en ressurgissant sans crier gare, font revivre des scènes précises dans un contexte resté flou.

 

 

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Une cohorte d’anges du bizarre en trois dimensions (au moins !) sortent des mains fertiles de Pascale Proffit (ci-dessus Le petit carré de ciel bleu). La sculptrice a l’étrangeté très joyeuse. Rêverie et rire ne manquent pas d’R ni d’air. L’imaginaire et l’humour prennent à contrepied ce monde prosaïque du Prozac qui veut éteindre les douleurs à coups de mensonges et de pilules.

Ce monde-là, les Anges du Bizarre n’ont pas fini de le hanter pour le subvertir.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 



[1] Galerie ART-Aujourd’hui, 8 rue Alfred-Stevens, Paris IXe, Métro Pigalle www.galerie-art-aujourdhui.com

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27/01/2016

Christiane Taubira, bien plus qu’une démission…

IMG_2247.JPGDESSIN: ACÉ

 Voilà une nouvelle qui ne fera tomber personne de l’armoire, même normande, tant elle était attendue. Au moins depuis décembre. Christiane Taubira a donc démissionné de son poste de ministre de la Justice. Disons plutôt qu’il s’agit d’un divorce par consentement mutuel avec l’Elysée. Farouchement opposée à la déchéance de la nationalité pour les terroristes, il lui était impossible de défendre ce projet devant le parlement français. C’est d’ailleurs le premier ministre Manuel Valls qui a dû le présenter ce matin même à la Commission des lois de l’Assemblée nationale. Ajoutons en passant que cette commission était présidée par celui qui remplacera Mme Taubira à la Justice: Jean-Jacques Urvoas.

Les réactions des dirigeants politiques à ce départ démontrent à quel point le discours politique en France a sombré dans le ridicule et la caricature. A gauche, c’est à une Madone que l’on destine les coups d’encensoir les plus empanachés de parfums gras. A droite, c’est sur une Gorgone que l’on jette les paquets de boue les plus pestilentiels. Il est vrai que la désormais ancienne ministre ne laisse personne indifférent; s’il est une personnalité contrastée, c’est bien la sienne.

 Madone ou Gorgone ? Ombres et lumières

 Celle qui, comme son titre l’indiquait, a gardé les sceaux de la République française pendant près de quatre ans, a commencé sa carrière politique par militer contre elle en réclamant l’indépendance de sa contrée natale, la Guyane. Au début des années 80, la jeune politicienne, constatant que les Guyanais voulaient massivement rester Français, a renoncé au séparatisme en créant Walwari, un parti local autonomiste, aujourd’hui lié au Parti radical de gauche. Par conséquent, l’idole de l’aile gauche du Parti socialiste… n’est pas socialiste!

Du courage, de la niaque, de l’éloquence, du sens tactique et du panache, Christiane Taubira n’en manque pas. En sont convaincus, tous ceux qui l’ont vue défendre au Palais Bourbon (parfois bourbeux) la loi autorisant le mariage homosexuel au milieu des vociférations que proféraient de grimaçants députés de droite remontés comme des lapins Duracell par le curé de leur circonscription.

Si le verbe est efficace, l’action l’est moins. Et son goût pour l’improvisation baroque  laisse songeur. Un exemple parmi d’autres: en octobre dernier, à la faveur – si l’on ose dire – d’un fait-divers, elle avait annoncé une réforme visant à escorter certains détenus dangereux en congé par des policiers ou des gendarmes. Comme si les agents de la sécurité intérieure étaient sous-employés après les attentats de janvier 2015! Evidemment, plus personne ne parle aujourd’hui de cette «réforme».

En outre, son caractère autoritaire et cassant a usé quatre directeurs de cabinet, soit plus d’un par an. Cela traduit son incapacité à mener une équipe, ce qui est bien gênant pour une responsable politique.

 Urvoas, l’homme de la police ? Pas forcément

 Cela dit, sa démission dépasse de plusieurs coudées son cas personnel. Les médias ne cessent de rabâcher que François Hollande a ainsi perdu sa «caution de gauche». Cette caution, cela fait longtemps que le président français l’a égarée, depuis qu’il a accepté la politique «austéritaire» de Berlin, quelques heures seulement après son investiture à l’Elysée. Toutefois, il est vrai que le départ de Christiane Taubira permet au président de disposer d’un gouvernement entièrement à sa main.

Présenté par les médias comme «l’homme de la police», le nouveau ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas appliquera d’autant plus volontiers la politique antiterroriste de l’exécutif, qu’il en a promu la plupart des textes lorsqu’il présidait, il y a quelques heures encore, la Commission des lois de l’Assemblée nationale. C’est notamment lui qui a conçu en grande partie la législation sur le renseignement dont il fut le rapporteur. Or, dans le contexte de la lutte contre le terrorisme, ces textes offrent aux services de renseignements des pouvoirs d’intrusion dans la vie privée qui leur étaient jusqu’alors interdits et qui paraissent dangereusement invasifs. De plus, Urvoas est un proche du premier ministre Valls dont il soutient la politique musclée.

Sa nomination signerait-elle le règne de la police au sommet de la justice ? Pas forcément. Tout d’abord, Jean-Jacques Urvoas est un juriste et un constitutionnaliste de haut niveau (maître de conférence à l’Université de Bretagne occidentale) ; les magistrats et lui parlent donc la même langue. Ensuite, il s’est montré sceptique quant à la poursuite de l’état d’urgence dont il a publiquement dénoncé l’ «essouflement»  et critiqué son application lorsqu’elle a débordé le strict cadre de l’antiterrorisme. Enfin, lorsqu’un ministre de la Justice entre en exercice, il endosse la culture d’un puissant appareil qui s’est toujours opposé à ce que la police foule de ses bottes d’assaut le pré carré des juges. A ce niveau, la fonction change souvent l’homme.

 L’axe social-libéral

 Revenons au départ de Christiane Taubira qui confirme, une fois de plus, la mort du Parti socialiste français tel qu’il a été ressuscité par François Mitterrand lors du Congrès d’Epinay en 1971. La ligne social-libérale insufflée par François Hollande n’est plus compatible, non seulement avec la «gauche de la gauche», mais aussi avec une partie importante des élus et des adhérents – du moins ce qu’il en reste – du PS. En revanche, elle est conforme à celle défendue par le centre et une grande part de la droite. Il existe un axe, de facto, qui relie Emmanuel Macron et Manuel Valls (même si les deux hommes sont en concurrence) à François Bayrou, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé.

Pour l’instant, cet axe n’aboutit pas à une coalition, exercice difficile (mais pas forcément impossible) dans les institutions de la Ve République. En cas de victoire d’Alain Juppé à la présidence de la République en 2017, cet axe peut fort bien se muer en un bloc social et libéral, voire une sorte de grand Parti républicain à l’américaine, alliant l’aile droite des socialistes, les centristes et une grande partie de l’ex-UMP.

La gauche, au sens traditionnel du terme, se trouverait alors en état de décomposition avancée, ce qui, paradoxalement, peut constituer une chance pour elle. En effet, la gauche n’a actuellement plus rien à dire. Elle n’a pas eu le courage et l’intelligence de dresser les constats de décès du communisme et de la social-démocratie. Or, sans cette nécessaire et fondamentale remise en question, il ne lui sera pas possible de revenir dans l’arène politique avec les armes idéologiques indispensables à un courant politique pour revendiquer le pouvoir.  

La gauche authentique a donc aujourd’hui un urgent besoin de partir en cure d’opposition.

 Jean-Noël Cuénod

18:06 | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : #france, #politique | |  Facebook | | |

25/01/2016

Nouvelle règles régissant les commentaires de ce blogue

Un blogue, c’est une maison. Une maison qui appartient à celui qui l’anime. Il accepte ou non des invités qui commentent ses textes. Certains propriétaires se barricadent et refusent tout apport extérieur. D’autres entrouvrent leur huis virtuel. Quelques uns l’ouvrent largement. Ce qui a été le cas, jusqu’ici, du Plouc.

Mais voilà, c’est comme avec les invités. Vous avez des gens polis même s’ils se montrent critiques envers les plats que vous leur présentez. Et vous avez des goujats qui vous salopent votre intérieur, mettent leurs souliers boueux sur la table, se mouchent dans vos rideaux. Voire pire. Pendant plus de huit ans, Le Plouc a supporté à peu près tout, se limitant à ne censurer qu’en cas de violation flagrante du Code pénal suisse, notamment lors de propos racistes et antisémites. Car il faut savoir que l’auteur d’un blogue est juridiquement responsable, non seulement de ses écrits mais aussi des commentaires qui y sont associés.

Cette politique libérale s’est, en fin de compte, soldée par un échec : propos vindicatifs et injurieux, échanges acerbes entre commentateurs. Cet échec a été récemment illustré par le texte délirant d’un troll malfaisant qui, sous le prétexte d’une « plaisanterie », a exhalé toute sa haine gluante envers Le Plouc.

 Donc, changement de politique. Désormais, propos injurieux et insultants envers quiconque, mises en cause d’un commentateur par un autre, grossièretés diverses seront aussitôt supprimés et, en cas de récidive, leur auteur, bannis.

 A ceux qui crieraient à la censure, rappelons qu’ils peuvent eux-mêmes ouvrir leur blogue et assouvir comme ils le souhaitent leurs passions graphomanes, tout en assumant personnellement les risques inhérents à cette démarche.

 Vous êtes toujours les bienvenus chez Le Plouc mais maintenant, vous êtes priés de vous essuyer les chaussures avant d’entrer.

 Et merci à la très grande majorité des commentateurs qui, eux, se montrent bien élevés.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 En attendant, voilà quelques dessins de notre jeune ami Acé, particulièrement inspiré par la venue de l’actrice Pamela Anderson à l'Assemblée nationale. Elle a tenté de convaincre les députés français de faire arrêter le gavage des oies et canards. L’ex-blonde explosive d’Alerte à Malibu a remporté un vif succès auprès des photographes. On n’en dira pas autant de son intervention en anglais devant le parlement français au moment où la grippe aviaire met sur la paille nombre de producteurs dans le Sud-Ouest.

 

ALERTE AU PALAIS BOURBON

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