05/09/2015

Contre la Franc-Maçonnerie : Une gousse de vieux fascisme dans la fondue valaisanne

 

Il en va toujours ainsi en Suisse. C’est dans les régions où les étrangers sont les moins nombreux que l’on vote le plus xénophobe. C’est dans les villes sans mosquée que l’on craint le plus l’érection des minarets. Et c’est dans un canton où il y a peu de francs-maçons, le Valais[1], que l’on s’apprête à prendre contre eux des mesures discriminatoires. Inouï dans un pays, la Suisse, qui doit tant à la Franc-Maçonnerie dans la création de ses institutions démocratiques !

 Le bureau du Grand Conseil valaisan propose, en effet, de contraindre les nouveaux députés à annoncer leur appartenance à une Loge maçonnique, sous couleur de transparence. Il ajoute les clubs de service (Rotary, etc). Mais ce n’est là que manœuvre. C’est, en effet, la Franc-Maçonnerie et, elle seule, qui est visée. Ainsi, l’Opus Dei n’est-elle point désignée à notre connaissance. Le Grand Conseil du Valais se prononcera bientôt sur cette mesure discriminatoire. Passons sur le caractère inapplicable de cette décision, si elle est prise. Et voyons plutôt ce que cette proposition nous révèle.

 Cette histoire d’obliger les Francs-Maçons à se dévoiler est vieille comme le fascisme et l’intégrisme papiste, deux larrons qui ont souvent fait bonne entente. Le chef ouvertement mussolinien des fascistes genevois, Georges Oltramare, avait publié dans les années 1930 des listes de membres des Loges du canton dans son torchon Le Pilori. De même, le colonel Fonjallaz, fondateur du groupuscule Fédération fasciste suisse, avait lancé  en 1937 une initiative visant à interdire la Franc-Maçonnerie ; elle fut balayée par le peuple. Plus récemment, en Valais, l’actuel conseiller d’Etat UDC Oskar Freysinger – dont on sait la place extrêmement extrémiste qu’il occupe sur l’échiquier politique suisse – avait proposé que les francs-maçons employés dans la fonction publique valaisanne déclarassent leur appartenance. La proposition avait été mise en échec au Grand Conseil du canton grâce à l'intervention du parlementaire radical Tornare.

 Aujourd’hui, les antimaçons valaisans s’y prennent d’une façon plus hypocrite en associant les Loges à un « lien d’intérêt ». Savoir qu’un député soit actionnaire de tel ou tel groupe financier ou économique, qu’il appartienne à tel syndicat, est souhaitable. Cela relève de la sphère publique. Mais obliger un parlementaire à dire s’il est juif, musulman, athée, pratiquant ou non-pratiquant ou franc-maçon brise cette sphère privée qui est l’ultime rempart contre le totalitarisme.

Personnellement, je n’ai jamais tu mon adhésion à la Franc-Maçonnerie, tant en Suisse qu’en France. Mais une telle décision relève du libre-arbitre de chacun. Pour certains, la Franc-Maçonnerie fait tellement partie de leur sphère intime qu’ils n’entendent pas la transformer en sujet de conversation. Sont-ils indignes, pour autant, d’exercer un  mandat politique ?

 Cette démarche du bureau du Grand Conseil du Valais a été initiée – si l’on ose dire – par l’UDC et suivie par les catholiques-conservateurs qui ont aujourd’hui pour nom, Parti démocrate-chrétien valaisan. Ce n’est pas un hasard, si ces deux entités mènent la guerre contre la Franc-Maçonnerie. Elles sont les héritières politiques et culturelles du fascisme et de l’intégrisme papiste de jadis qui se sont toujours opposés à la liberté de conscience. L’UDC et le PDC attaquent aujourd’hui la Franc-Maçonnerie sous l’angle de la transparence. Or, la transparence absolue– c’est-à-dire celle qui cherche à fouiller les consciences personnelles et la vie privée –est ce que les dictateurs ont toujours imposé à leurs sujets. C’est cela le totalitarisme, qu’il soit rouge, noir ou brun. Staline a persécuté les francs-maçons au goulag, Hitler les a expédiés en camp d’extermination, Mussolini les a bannis de la vie publique, Franco les a condamnés à mort. Et aujourd’hui, les islamoterroristes du Hamas veulent les anéantir comme ils le promettent dans leur charte.

 Ah ça, mesdames et messieurs les blochéro-papistes, on peut dire que vous êtes en belle compagnie !

 Pourquoi ces sempiternelles attaques contre la Franc-Maçonnerie par ces entités, en apparence, disparates ? Parce qu’elle propose un cheminement personnel vers une spiritualité sans dogme, par la libre interprétation des symboles ancestraux de la construction. Ce cheminement est intérieur et s’accomplit dans le silence. Contrairement aux sottises récemment débitées à la radio romande, la Franc-Maçonnerie n’est pas une société secrète. Mais il est vrai qu’elle ne fait pas de prosélytisme actif, contrairement aux institutions confessionnelles, aux partis et aux associations. On dit d’elle qu’elle est une société discrète. C’est une formule. Je préfère la qualifier de société tournée vers l’intériorité.

 Or, le papisme s’est toujours opposé à ce libre cheminement spirituel sans dogme, dans la mesure où justement, il se proclame gardien des dogmes de la conception vaticane du christianisme. Il est donc logique que cette institution s’oppose à tout ce qui promeut la liberté de conscience.

Tony Blair, faux socialiste mais vrai catholique converti, avec tout le zèle que cela implique, avait tenté, lui aussi, mais sans grand succès, d’obliger les fonctionnaires francs-maçons britanniques à se dévoiler.

 Jadis, l’institution vaticane[2] a usé de la terreur, comme celle de l’Inquisition, pour imposer ses dogmes. Aujourd’hui, loué soit l’Eternel, elle a mis de l’eau dans son vin. Mais ici ou là, elle tente de ranimer la flamme antimaçonnique dès qu’elle se sent en mesure de le faire. Ainsi, à Paris, au début de cette année, les hordes de Civitas, mouvement catholique intégriste, se sont-ils attaqués rue Cadet au siège du Grand Orient de France. Violemment.

D’une manière générale, toutes les formes politiques et sectaires qui veulent imposer leur conception du monde par la force – fascisme, communisme autoritaire, islamoterrorisme et autres – vouent une haine sans borne à la Franc-Maçonnerie et l’ont toujours persécutée.

 Les antimaçons ont pour argument qu’il faut contrer l’affairisme et le copinage, prétendue monnaie courante en Franc-Maçonnerie. Que des brebis galeuses broutent dans les prés de la Franc-Maçonnerie, cela peut arriver. Il y en a dans toutes les catégories de la population et au sein de toutes les associations, des sociétés d’anciens étudiants aux clubs de football. Mais un franc-maçon fautif n’entache pas toute la Franc-Maçonnerie. De même, les curés pédocriminels ne portent pas atteinte à toute l’institution vaticane. Dès lors, pourquoi s’attaquer à la Franc-Maçonnerie et à elle seule ? Ne serait-ce pas parce que – partout et depuis quatre siècles – elle constitue l’un des piliers des Lumières et de la démocratie ?

 Bien sûr, entre cette mesure hypocrite proposée par le Grand Conseil valaisan et les camps de concentration, il semble y avoir un abîme. Mais le passé nous a appris à quelle vitesse, cet abîme peut être franchi. On commence par ficher les parlementaires francs-maçons, puis on passera aux magistrats, aux policiers, aux fonctionnaires. Et on finit toujours par les utiliser, ces listes, sinon pourquoi les ferait-on, je vous le demande ? Au mieux pour discriminer les francs-maçons, au pire pour s’en débarrasser. Ce qui s’est passé hier, peut se reproduire demain. Il convient donc d’appeler un chat un chat, et la proposition du bureau parlementaire valaisan, une sacrée saloperie !

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Puisque certains de nos politicards d’aujourd’hui ont une mémoire de diptère amnésique, il convient de remettre le Temple maçonnique au milieu de l’Histoire helvétique. Et rappeler que le premier président de la Confédération, Jonas Furrer co-rédacteur de la Constitution qui a donné naissance à la Suisse moderne, était Franc-Maçon, vénérable (président) de la Loge Akazia à Winthertour. Cela nous change des lamentables faces blochériennes.

 

Jean-Noël Cuénod

 

PS. Le secret maçonnique étant mal compris par des confrères journalistes, ce blogue publiera une suite de textes sur ce fameux secret dont ceux qui en ignorent tout ne cessent d’en parler à tort, et surtout, à travers.



[1] A ma connaissance, ce canton compte trois Loges, toutes installées dans la partie valaisanne du Chablais, terre moins influencée par l’institution vaticane. A comparer à la trentaine de Loges vaudoises et à la grosse vingtaine de Loges genevoises.

[2] C’est à dessein que j’utilise les termes de « papisme », d’ « institution vaticane » et non ceux d’ « Eglise catholique » ou, selon le nom officiel, d’ « Eglise catholique, apostolique et romaine ». L’Eglise catholique, à l’instar des autres Eglises protestantes et orthodoxes, a pour mission de diffuser le message chrétien. A ce titre, elle n’a pas à être évoquée dans un domaine qui relève de la politique. En revanche, l’Eglise catholique recèle un autre aspect, celui d’une institution étatique, politique et idéologique avec son monarque, ses agents gouvernementaux, sa force de maintien de l’ordre et sa très active diplomatie. Dès lors, c’est  cet aspect – l’institution politique et non l’Eglise en tant que porteuse du message chrétien – qui est justiciable du débat politique avec toutes les critiques que cela peut comporter. 

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04/09/2015

Bande-annonce d'Entrailles Célestes

EDILIVRE l'éditeur d' "Entrailles Célestes" vient de publier la bande-annonce du dernier bouquin de poésie du Plouc. En librairie. Ou directement chez www.edilivre.com

Et si vous êtes à Paris, la poétesse-danseuse Christine Zwingmann improvisera une chorégraphie sur les poèmes dit par ma pomme dans le contexte du Festival O+O à la Butte-aux-Cailles, devant le 41 rue Vandrezane (XIIIe), en face de l'école (métro place d'Italie). Ce spectacle est gratuit et se donnera en plein air.

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30/08/2015

ADHUC STAT

 

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 Vasque vide mousse éperdue

Dans la cour du château caduc

Où rôdent d’antiques esprits

Des mondes abolis s’accrochent

Lézards pétrifiés partout

 

Des escaliers effondrés

Ne portent que les pas du vent

Les dentelles du toit flageolent

Et du souvenir d’un puits

Nulle vérité ne surgit

 

La table rase du passé

Ne saurait nourrir le présent

Mais la pierre des ruines

N’a pas dit son dernier mot

Nous sommes au pied du mur

 

Jean-Noël Cuénod

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28/08/2015

Un roman à lire: Un après-midi de Robert Inard d’Argence

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 C’était avant. Avant la chute des tabous, lorsque le Grand Mystère faisait palpiter les garçons aux culottes encore courtes mais aux fantasmes longs comme une retenue du jeudi[1]… Ce Grand Mystère qui se résumait en une question taraudante : «Qu’est-ce qui se cache sous les jupes des filles». Des jardins aux délices? Des forêts inexplorées? Des sources aux parfums orientaux? Un Graal de la marque Petit Bateau?

Malgré les sermons parentaux ou ecclésiastiques, la hantise des mères de famille devant «la chose» qui devait précipiter leurs petits dans l’enfer des grands (et surtout des grandes), les menaces, les punitions, les objurgations, les diables peints sur le tableau noir, à défaut de muraille, le Grand Mystère ne cessait d’émettre ses sifflements envoûtants, comme le serpent de la Genèse.

 

Inard.jpgCes «premiers émois de la chair», comme l’on disait jadis dans les sacristies, sont merveilleusement illustrés par le premier roman d’un excellent poète, Robert Inard d’Argence[2] (photo), roman intitulé Un après-midi[3]. Il réussit ce tour de force de décrire les différentes phases de l’initiation amoureuse avec autant d’authenticité que de pudeur. Car, oui, il est possible de décrire l’éveil de la sexualité, sans rien en celer mais sans s’exhiber. La pudeur ne cache pas, elle rend fraîche la réalité.

 Ce roman ne limite pas son propos à la découverte du corps autre de l’autre. C’est tout ce territoire perdu de l’enfance qu’il restitue. L’écrivain narre le passage de la ville de Toulon à un village des Basses-Alpes[4] sur décision d’un père instructeur pilote de chasse, soucieux de mettre sa famille à l’abri, juste avant la Seconde guerre mondiale. Le pater familias deviendra agriculteur pour nourrir les siens.

Le petit Robert, avec son frère et sa sœur qui vient de naître, découvre les libres joies, pleines de saveurs et de dangers, d’une enfance élevée dans une ferme, ce qui vaut au lecteur d’heureuses pages gourmandes. Mais à neuf ans, Robert doit quitter ce paradis pour rejoindre à Paris un oncle et une tante afin de recevoir un enseignement que les Basses-Alpes des années 40 ne pouvaient lui assurer.

Malgré le choc initial, le petit campagnard apprivoise Paris, à moins que ce ne soit l’inverse : «Paris, immense billard électrique dont j’étais la bille lancée d’un coin à un autre, d’un trottoir, d’une vitrine, d’un cinéma à l’autre, d’une distraction à un spectacle.» (page 68).

Au retour provisoire à la ferme familiale au début des grandes vacances d’été, Robert reçoit un choc encore plus moral que physique. Il court saluer son père, heureux de pouvoir enfin l’embrasser. Mais l’homme ne le regarde même pas et continue à labourer son champ du haut de son tracteur. Une ligne de labour, une autre, encore une, puis le tracteur s’arrête à la hauteur du petit garçon. Le père saute à terre, ne dit pas un mot, puis gifle violemment la joue de Robert. «C’est pour ton zéro en mathématiques». Et remonte sur son tracteur. Cette claque, l’écrivain doit encore la ressentir. Elle ne le rendra pas meilleur en arithmétique mais le fera bifurquer vers le latin, matière nettement moins rébarbative.

 Paris, les Basses-Alpes, les cousines, les copines, le père taciturne, la grand-mère aimante forment les notes de cette sonate de l’éveil. Mais il y a aussi la mère en contrepoint, celle d’hier, celle d’aujourd’hui et les relations complexes, entre affection cachée et reproches répétitifs. Pas simple, d’être mère, compliqué d’être fils.

Un après-midi peut changer la vie. La preuve.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Nous évoquons une époque où, pour les écoliers, le mercredi tombait un jeudi.

[2] Comédien, libraire, chroniqueur, poète et, comme il se nomme lui-même ouvre-boîte (de jazz), Robert Inard d’Argence est né à Toulon et a notamment vécu à Genève; il y a remporté le prix de poésie de la Société genevoise des écrivains en 1989 pour son recueil Ecrits Instantanés.

[3] Un après-midi, Robert Inard d’Argence, Editions 7 Ecrits, 2015, avant-propos de Joseph Joffo.

[4] Depuis 1970, les Basses-Alpes sont appelées «département des Alpes-de-Haute-Provence», prouvant ainsi que la bureaucratie peut rendre les montagnes plus élevées, d’un trait de plume. C’est magique!

 

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25/08/2015

La revanche de Maigret

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 C’était l’époque où le flair du flic remplaçait la police scientifique. Il y avait bien les empreintes digitales. Mais les malfrats avançaient gantés sur le boulevard du Crime. Alors, hein, les empreintes, le flic avait beau faire des pieds et des mains, il était rare qu’elles se missent à table!

Si vous avez eu le bonheur de regarder le film de Jean Delannoy «Maigret tend un piège» récemment diffusé par la chaîne D8, vous avez sans doute ressenti cette nostalgie des polars d’antan où, au moment fatal de l’aveu, le commissaire – figuré par un Gabin plus Maigret que nature ­– posait sa pipe encore fumante pour faire monter les bières et les sandwiches. Autour de lui, ses inspecteurs – Lino Ventura pas encore tête d’affiche, l’inoubliable André Valmy –retroussaient leurs manches de chemise, la cravate un peu de travers. Jean Desailly, vieil enfant couvé par ses deux femmes, sa mère et son épouse Annie Girardot, en pleine ascension, allait tomber dans le piège tendu par un Gabin-Maigret qui jacte titi comme Michel Audiard (l’auteur des dialogues).

 1958, c’est l’année de sortie du film. Il y a près de six décennies. Six siècles plutôt tant les choses policières ont changé à voir le commissaire et ses adjoints vous remuer un cadavre comme si c’était un paquet de linge ou patauger dans le sang. Et lorsqu’un flic trouvait le couteau meurtrier, allez hop !, on l’emportait, certes délicatement mais à mains nues, sans autre forme de procès.

Aujourd’hui, grâce aux séries télévisées américaines, le crime est devenu biodégradable et l’investigation (on ne dit plus l’enquête, ça fait ringard), hygiénique. Maigret traînait son pardessus qui sentait la frite alors que ses lointains descendant enfilent des combinaisons immaculées, de la tête aux pieds, et même des masques pour ne pas polluer les scènes du crime. Celle-ci est d’ailleurs bien délimitée par des bandes rouges et blanches en plastique. Pas question de faire les cent pas autour d’un cadavre en se grattant l’occiput pour tenter de faire venir l’inspiration.

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Après, le gros du travail ne se déroule plus dans un étroit bureau enfumé avec des machines à écrire qui font un bruit de mitraillette Thompson. Non, le vrai boulot s’accomplit dans ce qu’on n’appelle plus la morgue mais la salle d’autopsie. Là, des médecins légistes vêtus comme des cosmonautes emploient une batterie d’instruments tellement sophistiqués que l’on s’attend à ce que le cadavre soit ressuscité. Hélas (ou heureusement pour la suite du scénario), il reste bel et bien raide mort.

 Mais alors qu’est-ce qu’il cause, le macchabée! Car nos démiurges savent le faire parler comme s’il était le témoin de sa propre mort. Maigret, malgré ses ruses à deux Sioux, ne parvient jamais à rendre ses suspects aussi bavards que les défunts tout couturés gisant sur leur table d’acier qui étincelle sous le scialytique.

 Le dieu ADN a changé le monde criminel. Un prélèvement salivaire et c’est tout une histoire qui se déploie sous les microscopes à balayage électronique. Le criminel peut bien laver à grandes eaux les lieux de son forfait, il restera toujours une infime molécule qui le trahira. Le moindre atome laissé par lui vaut tous les aveux. Plus besoin de bière et de sandwiches, ni même de torgnoles ou de coup d’annuaire de téléphone sur le crâne. La vérité surgit des éprouvettes. La technologie était magicienne. La voilà justicière. Et même justicière infaillible. Ce n’est plus la Justice aveugle qui officie mais la Science clairvoyante.

 Mais vous savez comment sont les hommes, malins comme des singes. Il s’en trouvera toujours un pour manipuler les preuves, échanger des empreintes ADN avec d’autres pour faire accuser l’innocent et protéger le coupable. Alors que jadis l’on se méfiait des enquêtes menées par les hommes, qui oserait aujourd’hui contester les décrets rendus par la technologie ? L’erreur judiciaire ne sera donc jamais bannie. Mais elle risque fort de devenir indécelable.

 Pour la traquer, il faudra se pencher, comme autrefois, sur les méandres torturés de l’esprit humain, user de l’intuition, de l’imagination, de la déduction, de ce flair qu’on ne saurait trouver dans un bouillon de culture. Pour Maigret, l’heure de la revanche aura sonné.

 

Jean-Noël Cuénod

18:23 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : #justice #police #adn #gabin #simenon | |  Facebook | | |

21/08/2015

Jean-Marie Le Pen, du menhir au grain de sable

 

 

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5 octobre 1972-20 août 2015. Entre ces deux dates, 43 ans d’existence pour le Front national avec Jean-Marie Le Pen. Désormais, le voilà bouté hors de la formation qu’il avait contribué à créer en faisant d’un ramassis de nostalgiques de Pétain, de cathos intégristes,  d’anciens de la Waffen SS française, de païens qui rêvaient de Thulé dans les bois de Meudon et de veufs de l’Algérie française, un parti politique uni.

Le Bureau exécutif du Front national a, comme son nom l’indique, exécuté l’ancêtre en l’excluant de son propre parti. A la niche, le vieil aboyeur qui n’a pas compris que l’heure était désormais à l’extrémisme chafouin, au racisme implicite mais non explicite, au nationalisme petit doigt levé!

Bien entendu, ni Marine Le Pen ni son bras droit Florian Philippot n’ont assisté à la mise à mort. Ils ont délégué ça à leur valetaille. Mais personne n’est dupe. La fille voulait la peau tannée de son père. Elle l’a eu. Elle voulait régner seule, sans l’ombre brune de son géniteur. C’est chose faite.

 Le plus comique dans cette histoire est que Jean-Marie Le Pen a fait aujourd’hui la même erreur que celle commise à son propos par ses adversaires internes, peu après la naissance du Front national.

Celui-ci a été créé à l’initiative du mouvement néofasciste Ordre Nouveau qui voulait repeindre sa façade de couleurs électoralement plus avenantes. Pour ce faire, les dirigeants du groupuscule ont sorti de sa retraite politique, l’ancien député poujadiste Jean-Marie Le Pen et l’ont placé à la présidence du Front national dès sa fondation, pensant qu’il serait manipulable à leur gré. Mais les responsables d’Ordre Nouveau ont gravement sous-estimé les capacités de manœuvres du lieutenant Le Pen.

Fin procédurier, sachant rapidement profiter des erreurs de ses adversaires, Jean-Marie Le Pen s’est finalement débarrassé des responsables (si l’on ose dire) d’Ordre Nouveau pour régner seul.

 Quatre décennies plus tard, c’est Jean-Marie Le Pen qui est tombé dans le piège de la sous-estimation. Et qui plus est, de la sous-estimation de sa propre fille. Elle a fait preuve des mêmes capacités manœuvrières qui furent celles que son père avait déployées pour devenir l’unique chef des frontistes.

Pour motiver leur décision, les membres du «Bureau d’exécution» rappellent notamment les déclarations médiatiques récentes de Jean-Marie Le Pen qui en remettait une couche sur les chambres à gaz «détails» ( !) de la Seconde guerre mondiale et sur les convictions pétainistes de nombreux frontistes. Or, ce genre de propos, cela fait des années que Le Pen les tient sans que qu’ils n’aient provoqué la réprobation de sa fille ou des instances du FN. Il s’agit donc d’un prétexte pour se débarrasser du vieux qui prenait un peu trop au sérieux son titre de «président d’honneur».

 Dans un parti autoritaire, il ne peut y avoir deux chefs. Le Pen pensait donner le Front national à sa fille tout en gardant la présidence réelle du parti mais il s’est fait avoir comme un bleu.  Marine Le Pen a choisi le bon moment pour le mettre hors-jeu, à l’image de son père qui a attendu son heure pour jeter Ordre Nouveau hors du Front national.

 Jean-Marie Le Pen a fait du FN, une organisation autocratique et fortement hiérarchisée où la base doit obéir au sommet. Aujourd’hui, ce système hiérarchique qu’il a mis en place se retourne contre lui. Le sommet, ce n’est plus lui et il n’est même plus à la base. Certes, malgré le poids difficilement surmontable de ses 87 ans, il lui reste des capacités de nuisance qu’il va déployer contre sa fille. Mais celui qui se faisait surnommer « Le Menhir» n’est plus qu’un grain de sable dans l’escarpin de son héritière.

 

Jean-Noël Cuénod

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15/08/2015

La dette grecque, un gros boulet en… 1848 !

 

 

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Se plonger dans la lecture des journaux du XIXe siècle permet d’apprendre beaucoup sur l’actualité du XXIe. L’excellent confrère Arnaud Galy ­– rédacteur-en-chef du magazine en ligne ZigZag, de l'Année francophone internationale et d'Agora francophone – m’a permis de consulter sa collection du Moniteur Universel, dont les numéros parus au début de la IIe République française née de la Révolution de février 1848.

Je tombe sur un article daté de samedi 16 septembre 1848 (première photo). Il fait part d’une décision prise la veille par l’Assemblée nationale. Pour un lecteur de 2015, le titre est très évocateur : Avance au gouvernement grec. En voici le libellé (seconde photo) :

Art. 8. Il est ouvert au ministre des Finances un crédit de 527 240 francs 2 cent. et un autre crédit de 522 019 fr. et 83 centimes à l’effet de pourvoir, au défaut du gouvernement grec, au payement du semestre échu le 1er septembre 1847 et de celui échu le 1er mars 1848, des intérêts et de l’amortissement négocié le 13 janvier 1833 par ce gouvernement, jusqu’à concurrence de la portion garantie par le Trésor de France, en exécution de la loi du 14 juin 1833 et de l’ordonnance royale du 9 juillet suivant.

Les payements qui seront faits en vertu de l’autorisation donnée par le présent article auront lieu à titre d’avances à recouvrer sur le gouvernement grec. Il sera rendu annuellement à l’Assemblée nationale un compte spécial de ces avances et des recouvrements opérés en atténuation.

(L’article 8 est mis aux voix et adopté).

 Au moment où la Grèce d’aujourd’hui se débat dans les rets de sa dette, il apparaît qu’en 1848 déjà, elle faisait l’objet de négociation et qu’Athènes ne parvenait pas à rembourser ses créanciers, les Etats d’Europe occidentale et la Russie.

En fait, la Grèce était endettée avant même la proclamation de son indépendance en 1830. En effet, durant la guerre d’Indépendance contre la Turquie, qui a duré neuf ans, les Etats européens ont massivement prêté des fonds aux Grecs afin qu’ils se fournissent en armes … auprès de ces mêmes Etats !

 C’est ainsi que le journaliste français Edmond About écrit de la Grèce en 1854 : 

C’est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Tous les budgets, depuis le premier jusqu’au dernier, sont en déficit. 

161 ans plus tard, la situation n’a guère évolué.

 Il vaut d’ailleurs la peine de lire l’ouvrage d’Edmond About, La Grèce contemporaine (disponible sur Gallica[1]) pour se rendre compte à quel point les problèmes qui se posent à la Grèce et à l’Europe sont anciens. L’équation avait été posée au milieu du XIXe siècle. Mais rien de sérieux n’a été entrepris pour la résoudre. Résultat : plus d’un siècle et demi après, nous voilà en plein bouzin, comme l’on dit en Suisse romande.

 Edmond About avait mis la plume dans une plaie qui est encore bien ouverte : les vertigineuses dépenses militaires de la Grèce, dépenses qui, comme dit plus haut, ont plombé ce pays avant même son indépendance:

Si la Grèce n’a point de route, si les forêts ne sont pas exploitées, si les terres ne sont pas cultivées, si les mines ne sont pas fouillées, si les bras manquent, si le commerce extérieur n’a pas fait les progrès qu’il devrait faire, c’est parce que, depuis vingt ans, la Grèce a une armée.

Si le budget est régulièrement en déficit, si la Grèce est hors d’Etat de servir les intérêts de la dette, c’est parce qu’elle a une armée.

 Et le journaliste français d’en faire reproche au roi grec Othon 1er, d’origine bavaroise :Le roi tient beaucoup à garder son armée. Il y tient par vanité et par ambition.

Il faut dire que la défense nationale est un véritable gisement de corruption :Le ministère de la guerre donne environ 600 000 drachmes,  le ministère de la marine de la marine en paye plus de 250 000 à des hommes qui ne sont ni marins ni soldats  et qui, souvent, n’ont été ni l’un ni l’autre.

 Edmond About souligne que la Grèce n’a nul besoin de son armée, personne ne songeant à l’attaquer puisqu’elle se trouve sous la protection des puissances européennes.

 Un siècle et demi plus tard, l’appétit budgétaire de l’armée grecque reste aussi vorace. Au début des années 2000, les dépenses militaires atteignaient entre 4 et 5% du Produit intérieur brut de la Grèce, soit le taux le plus élevé de l’Union européenne. Aujourd’hui, il est descendu à moins de 3%, ce qui reste considérable, surtout en regard de la situation économique. Il y a peu, la Grèce était le quatrième plus gros importateur d’armes de la planète. Les deux principales bénéficiaires de cette manne: l’industrie militaire des Etats-Unis et… celle de l’Allemagne qui réclame aujourd’hui l’austérité perpétuelle pour les Grecs.

Et tout ça pourquoi ? Pour se défendre de la Turquie… qui fait partie de la même alliance militaire que la Grèce!

 Ce qui était aberrant au XIXe siècle, le reste au XXIe.

 Jean-Noël Cuénod

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[1] http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k28630w

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13/08/2015

Les «Gênants de la route» et l’impossible écotaxe, symboles du blocage français

 

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Pionnière de la redevance qui taxe les poids lourds depuis quatorze ans, la Suisse encaisse en moyenne, chaque année, 1,2 milliard d’euros grâce à ce dispositif. Il permet aux cantons d’entretenir leurs réseaux routiers (un tiers des recettes) et à la Confédération de développer son réseau ferroviaire (deux tiers).  Approuvée en 1998 par 57% du corps électoral suisse, cette écotaxe est calculée en fonction du nombre de kilomètres parcourus sur territoire helvétique, du poids total autorisé et des émissions polluantes dégagées par le véhicule.

 Il y a neuf ans, l’Allemagne a suivi cet exemple. Son écotaxe lui a rapporté 4,4 milliards d’euros en 2012. Depuis, la Belgique, les Pays-Bas et sept autres pays européens appliquent une forme d’écotaxe.

 Cette manne est devenue indispensable dans ces pays pour équilibrer des budgets de plus en plus malaisés à boucler. La France, qui court après chaque centime, en sera privée.

En 2013, les organisations des patrons routiers ont tiré le frein à main pour arrêter le char de l’Etat sur le chemin de l’écotaxe à la française. Ils ont été rejoints dans leur combat par des patrons et des ouvriers de l’agroalimentaires qui craignaient que cette taxe n’alourdît les charges de leurs entreprises. Celles-ci sont souvent basées en Bretagne où le mouvement des Bonnets rouges a pris l’ampleur que l’on sait.

Toutefois, ce n’était pas ces Bonnets rouges qui faisaient peur au gouvernement mais les organisations patronales des poids lourds qui sont en capacité de bloquer les principales voies de circulation de l’Hexagone.

 L’écotaxe a donc été abandonnée en octobre 2014. Plusieurs régions frontalières de la Belgique, de l’Allemagne et de la Suisse, submergées par les camions qui veulent éviter de payer trop de taxes dans ces pays limitrophes, ont réclamé son maintien. Mais là, l’Etat français s’est montré intraitable, le pouvoir de nuisance des partisans de l’écotaxe étant fort réduit, comparé à celui, plus impressionnant, de leurs adversaires.

Cet été, nombre d’élus du Nord et d’Ile-de-France, surtout socialistes mais aussi centristes, ont tenté de proposer une écotaxe limitée à leur région. La ministre de l’environnement Ségolène Royal s’est déclarée ouverte à un tel projet. Mais le lobby routier s’est fait derechef menaçant. Pas question de payer pour entrer en Ile-de-France, c’est-à-dire à Paris! Message reçu 5 sur 5 par le premier ministre Valls qui vient de  tuer dans l’œuf l’écotaxe régionale.

 Les groupes de pression routiers sont, en France, plus puissants que l’Etat, c’est un fait établi depuis longtemps et contre lequel aucun gouvernement n’a cherché à lutter. C’est l’un des principaux points faibles de la France qui, en misant sur le tout-routier en matière de transport de marchandises, s’est mise en état d’être soumise aux diktats des «Gênants de la route».

 

Ce blocage de la circulation symbolise d’ailleurs tous les autres blocages de la France. Le gouvernement donne systématiquement raison aux corporations qui crient le plus fort et qui disposent d’un important pouvoir de nuisance. Il renonce donc à une réforme qui, comme l’écotaxe, aurait bénéficié à l’ensemble du pays, pour le seul profit d’une minorité.

Si d’aventure le gouvernement veut entreprendre un bras de fer avec tel ou tel puissant groupe de pression, il est souvent contraint d’user de la force publique, avec tous les risques que cela comporte. Et si le gouvernement veut vraiment imposer sa loi, il doit mobiliser toute son énergie, au détriment d’autres questions plus importantes à traiter. Qu’on se rappelle les manifs à répétition contre le mariage homosexuel organisées par les associations proches de l’Eglise catholique. Le gouvernement a finalement fait passer sa loi mais après de longs mois de débats aussi vains qu’épuisants. Cela dit, l’issue du mariage pour tous démontre que le lobby catholique est tout de même moins puissant que le lobby routier qui a réussi à enterrer deux fois l’écotaxe!

 Comment sortir de cette impuissance française à mener des réformes ? La démocratie directe est une piste. Lorsqu’il y a blocage, que la parole soit donnée au peuple. S’il ne veut pas d’une loi, le gouvernement revoit sa copie. S’il accepte un texte, alors le gouvernement a pour lui la légitimité nécessaire pour contraindre groupes de pression et corporations à ne plus faire barrage. S’opposer au gouvernement, c’est une chose assez confortable. S’opposer au peuple en est une autre, nettement plus délicate.  Vox populi, vox dei.

 Certes, les Français, peu habitués à la démocratie directe, risquent de ne pas répondre à la question et de voter pour embêter celui qui la pose. Mais s’ils tombent dans ce travers, c’est qu’ils sont consultés très rarement – neuf référendums en 57 ans[1] ! Ils saisissent alors la première occasion pour exprimer leur grogne endémique contre l’exécutif. Plus souvent sollicités, ils ne réagiraient plus ainsi, selon toute vraisemblance.

Introduire une forme de démocratie directe en France réclamerait du temps et de la pédagogie. Mais c’est le prix à payer pour sortir ce pays de ses impasses chroniques.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 

 



[1] A titre de comparaison, la Suisse organise en moyenne quatre votations populaires par an. Mais chaque votation comprend plusieurs objets de diverses natures. Ainsi, pour la seule année 2014, les citoyens suisses ont pu répondre à douze questions, soit plus que les Français en 57 ans. En outre, il faudrait ajouter à cette statistique les référendums et initiatives cantonaux.

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05/08/2015

Benyamin Netanyahou, ce fileur de mauvais coton

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Benyamin Netanyahou est un homme dangereux. Et avant tout pour le pays qu’il dirige, Israël. Des intégristes – se réclamant d’un judaïsme aussi dévoyé que l’islam des djihadistes ­– ont récemment brûlé l’Eglise catholique de la Multiplication[1] (photo) près du lac de Tibériade, une maison palestinienne dans laquelle un bébé palestinien de 18 mois a perdu la vie et poignardé une jeune Israélienne de 16 ans lors de la Gay Pride de Jérusalem.

Après ces attentats Netanyahou, à la fois fileur de mauvais coton et pompier pyromane avait  clamé que, désormais, contre ces terroristes israéliens, c’était «tolérance zéro». Il n’aurait pas dû monter sur ses grands chevaux car il en fut aussitôt désarçonné par Shimon Pérès, ancien président de l’Etat d’Israël qui l’a rappelé à ses très lourdes responsabilités:

 «Celui qui incite à la haine contre les Arabes d'Israël, qu'il ne s'étonne pas lorsqu'on incendie des églises, des mosquées et qu'à la fin on brûle un bébé dans la nuit».

En effet, jusqu’à maintenant Netanyahou a assuré l’impunité à ses extrémistes. Il semble aujourd’hui prendre enfin conscience de la gravité de ce que les médias israéliens sont pourtant les premiers à dénoncer, à savoir le «djihadisme juif». Trois terroristes israéliens viennent d’être arrêtés. Mais lorsqu’on a lâché les meutes enragées, il est bien difficile de les faire gentiment regagner leur niche.

En s’entourant d’énergumènes d’extrême-droite comme Avigdor Libermann – dont il a fait son ministre des affaires étrangères jusqu’en mai dernier – Netanyahou a cautionné la violence des propos, violence d’autant plus incitatrice au passage à l’acte qu’elle émanait des plus hautes instances du pouvoir israélien.

Cette virulence est la marque de Netanyahou qui multiplie les attitudes brutales même envers le grand – et indispensable – allié américain. Et ne parlons pas de son comportement inqualifiable à Paris lorsqu’il a incité les Français de religion juive à quitter leur pays, alors qu’il était invité par le président Hollande à participer au cortège du 11 janvier dernier. Difficile de faire plus grossier.

De même, lorsqu’il s’assoit sur toutes les résolutions des Nations-Unis en développant ses colonies en territoire palestinien, le premier ministre porte atteinte au fondement même de l’Etat d’Israël dont la création a été approuvée en novembre 1947 par cette même ONU que le gouvernement Netanyahou bafoue. Or, mépriser l’institution qui a permis la naissance de son Etat est, à terme, suicidaire. Mais notre fileur de mauvais coton a la vue trop basse pour s’en rendre compte.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Le poète Marc Delouze a écrit une très belle évocation de cette église dans son livre C’est le monde qui parle, édition Verdier, 2007. A lire, à relire.

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31/07/2015

De l’indispensable inutilité de la poésie

 

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Essence-Ciel, photo JNC 

 « Ça rime à quoi ? », la seule émission radiophonique de poésie: supprimée de la grille de France-Culture ; la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines près de Paris : asphyxiée par fermeture du robinet à subventions; le Festival de Lodève : rayé de la carte. Ces trois emblèmes de la poésie en France vont donc passer par pertes et profits. Une pensée pour Sophie Nauleau, poétesse et productrice de «Ça rime à quoi ? » qui a défendu, toutes griffes dehors, la cause de la poésie chez les médiacrates. Une autre pour le maire et poète Roland Nadaus, qui a créé la Maison de Saint-Quentin-en-Yvelines. Une troisième pour Marc Delouze, cofondateur du Festival de Lodève, et infatigable animateur de l’association Les Parvis poétiques[1].

Toutes ces mises à mort se sont déroulées dans un silence criant d’indifférence. Les protestations qui se sont élevées, ici et là, n’ont pas atteint l’ouïe des médias, sourds mais point muets, hélas.

 Cela dit, ces épisodes n’ont rien d’étonnant. Ils sont dans l’ordre des choses. La société actuelle, basée sur l’hypercapitalisme et l’industrie des médias, n’est pas compatible avec l’  « état de poésie », si bien décrit par ce cher Georges Haldas.

Car, voyez-vous, la poésie n’est bonne à rien. Jadis majeur, cet art n’est aujourd’hui même plus mineur; il a disparu des écrans radar. Tout se vend, sauf la poésie. Tout se vaut, mais la poésie ne vaut rien. Impossible de la calibrer pour qu’elle se coince dans les moules de la marchandise.  La société médiamercantile a l’estomac nickelé des prédateurs. Elle avale tout : la musique qu’elle met en boîte format mp3, la littérature qu’elle castre pour la rendre consommable, l’art pictural qu’elle transforme en produits dérivés pour enjoliver les réfrigérateurs. Mais avec la poésie, rien à faire, elle la vomit.

 Ce qui fait résistance dans la poésie, c’est son inutilité. Elle ne peut pas servir à baliser une carrière, à s’insérer dans la lutte des places, à amorcer la pompe à phynances. Elle ne saurait être, en aucun cas, un divertissement, c’est-à-dire une occupation qui détourne l'humain de l'essentiel. Au contraire, la poésie va à l’essentiel, alors que la société médiamercantile impose le superflu.

 La poésie est dilatation de l’être ; elle l’aspire vers l’émotion esthétique. La société médiamercantile est rétractation de l’être ; elle le rabougrise dans sa seule dimension de tube digestif.

Ne nous lamentons pas sur le rejet de la poésie par cette société-là. Au contraire, réjouissons-nous. Il y a au moins une dimension de la vie qui échappe à cette bouillie hypercapitaliste. C’est la seule. D’où sont indispensable inutilité.

 Continuons à écrire des poèmes, à les dire, à les vivre, partout, dans les rues, les parcs, les caves, les champs, les arbres, sans rien escompter d’autre que le plaisir du moment présent. Il y aura toujours une oreille attentive à jouir de l’essence-ciel.

 

Jean-Noël Cuénod

 



[1] www.parvispoetiques.fr

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24/07/2015

Suite grecque : De l’énergie cupide ou de la grande trouille climatique, qui l’emportera? (2 et fin)

 

grexit,capitalisme,pollution climat

 

Dans le précédent papier intitulé « La Grèce, première victime de la dictature molle », le Plouc tentait d’expliquer la fin du «moment social-démocrate» et du libéralisme au sens classique, effacés par la révolution de l’hypercapitalisme financier qui a été traduit sur le plan politique par Reagan-Thatcher et dont le gérant actuel pour notre continent est la Germaneurope.

 Le capitalisme n’est pas qu’un ensemble de caractéristiques économiques et sociologiques. Il a aussi une dimension d’ordre psychique, faute de trouver un meilleur qualificatif. Le capitalisme est mû par une force interne qu’alimente l’ «énergie cupide». C’est cette force interne qui garantit sa pérénité. Elle est d’autant plus puissante qu’elle est inscrite au fond de chacun de nous. L’humain devant se débrouiller pour assurer sa subsistance sans pouvoir recourir à des moyens physiques exceptionnels, il a non seulement utilisé ses ressources intellectuelles pour obtenir de quoi se nourrir et se protéger des intempéries, mais il a aussi essayé d’amasser les plus possible de biens dans le but de se préserver pour l’avenir. La thésaurisation est devenue une obsession. Le «toujours plus» était né et avec, lui, la volonté d’exploiter la nature et autrui par la force ou la ruse.

 

Mais voilà, l’homme n’est pas un tigre solitaire capable de compter sur ses propres forces pour persévérer dans son être. Il a besoin de ses semblables pour assurer sa survie. D’où cette tension, jamais résolue définitivement, entre cupidité et fraternité. L’humanité a inventé divers systèmes pour tenter de mettre un frein à l’ «énergie cupide»  afin qu’elle ne transforme pas l’existence humaine en champ de bataille permanent. Les institutions religieuses, la féodalité figurèrent parmi ces systèmes de freinage. Mais tout système s’use et devient obsolète. Les révolutions américaine et française avaient donc proclamé que le roi était nu. Et surtout qu’il ne servait plus à rien, sinon à étouffer les forces productives.

Le capitalisme industriel a été tempéré par la régulation libérale puis sociale-démocrate. Aujourd’hui, comme on l’a vu dans le précédent texte, ces deux freins ont fondu sous la chaleur de la finance qui a pris la tête du capitalisme – devenu l’actuel hypercapitalisme financier – en renversant les frontières nationales qui empêchaient son moteur, l’ «énergie cupide», de tourner à plein régime et en s’attaquant aux institutions de prévoyance sociale.

 Avant la chute de l’empire soviétique, la peur de la «tentation de Moscou» a persuadé les formes politiques du capitalisme industriel à modérer un tant soit peu l’ «énergie cupide». Le communisme autoritaire étant mort, ladite énergie peut s’exprimer sans frein. C’est ce que nous sommes en train de vivre. Tout obstacle sur sa route est balayé. La loi du plus fort – ou plutôt la loi du plus mafieux, la loi du plus cynique – triomphe. Rien ne l’arrête. C’est la seule loi qui compte, celle de la jungle. Dès lors, pourquoi s’étonner que des jeunes se lancent dans le trafic, la violence et le terrorisme puisque ce sont justement les anti-valeurs prônées par l’hypercapitalisme financier sous son aspect médiamercantile? La société récolte ce qu’elle a semé.

Aujourd’hui, aucune forme politique ou sociale ne se trouve en mesure de freiner cette «énergie cupide» déchaînée – au sens premier du terme – par l’hypercapitalisme financier. Pour ce faire, seule une immense trouille – c’est-à-dire une pulsion d’intensité supérieure – pourrait l’amener à se calmer, comme celle qui s’est emparée des capitalistes industriels lorsque l’Empire rouge faisait figure d’ogre.  

 La seule grand’peur qui apparaît maintenant est d’ordre environnemental et climatique. La multiplication des catastrophes provoquées directement ou indirectement par l’humain (pollution majeure, réchauffement climatique tel qu’il entraîne des désordres incontrôlables, etc.) pourrait alors limiter sérieusement «ce toujours plus» qui nous mènerait vers le «rien pour toujours». Le développement sans limite de l’hypercapitalisme qui veut tuer le citoyen au profit du consommateur conduit, comme tout excès, à la mort.

 L’«instinct de conservation» pourrait alors brider l’«énergie cupide». Mais comme cette dernière s’est trouvée des expressions politiques pour assurer sa prééminence dans la société, l’«instinct de conservation» devra en faire de même. Or pour l’instant, on ne peut vraiment pas dire que les partis écologistes européens se placent à la hauteur de ce défi.

Un jour peut-être, les associations de base qui sont en train de se développer, à un rythme soutenu, sur des sujets particuliers (mouvements d’opposition à des projets atteints de gigantisme, défense de telle région menacée et autres) feront-elles émerger une nouvelle forme d’écologie politique suffisamment bien organisée, bien implantée et cohérente pour servir d’opposition crédible aux formes politiques de l’hypercapitalisme.

 Mais si l’humanité tarde trop à tirer la manette de frein à l’ «énergie cupide», celle-ci sera parvenu à une telle puissance que rien ne pourra l’arrêter. Et cette énergie qui aura participé à la vie des hommes achèvera de se transformer en porteuse de mort.

 

Jean-Noël Cuénod

 

     Jean-Noël CUÉNOD vient de publier ENTRAILLES CÉLESTES, préfacé et illustré par Bernard THOMAS-ROUDEIX. Il est édité par Edilivre à Paris et disponible directement chez l’éditeur en cliquant sur ce lien :

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21/07/2015

La Grèce, première victime de la dictature molle (1)

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Le véritable symptôme que révèle le diktat imposé à la Grèce par la Germaneurope n’est pas la dette colossale – et inremboursable ­– d’Athènes. Après tout, il y a eu d’autres exemples de ce genre dans l’Histoire. A commencer par les dettes allemandes au XXe siècle qui n’ont jamais été intégralement remboursées. En fait, l’affaire grecque met au grand jour cette dictature molle dont on sentait la croissance depuis plusieurs années mais qui aujourd’hui apparaît au grand jour. Molle, cette dictature, car elle n’a pas (encore ?) besoin d’instaurer un ordre violent pour s’imposer. Elle préfère le doux consentement des ex-citoyens confits dans leur indifférence.

De même, elle ne brise pas les institutions démocratiques mais les vide de leur substance, petit à petit, sans faire trop de tintamarre. Les Grecs ont-ils choisi un gouvernement anti-austérité ? La dictature molle va manœuvrer en sorte de contraindre les nouveaux élus à renier leur programme pour appliquer, non pas le mandat du peuple, mais celui édicté par la Germaneurope, représentant régional de la dictature molle.

 Pour comprendre comment elle s’est instaurée, reprenons le fil de l’Histoire. Après la grande dépression de 1929, la capitalisme industriel, bien ébranlé, a commencé à accepter le «moment social-démocrate» pour sauver ses meubles. Ce «moment» a été illustré Etats-Unis par la politique interventionniste du président démocrate Roosevelt. Dans un registre plus modeste, les industriels suisses ont fini par accepter la Paix du Travail en 1937 et la généralisation des conventions collectives; en France, le Front populaire a pris d’importantes mesures sociales (les congés payés, notamment) entre 1936 et 1938.

 A la Seconde Guerre mondiale, a succédé la période de reconstruction où le capitalisme industriel avait besoin du «moment social-démocrate» pour se développer sans trop de heurts avec ses imposantes troupes prolétariennes. Plus tard, la peur inspirée par l’empire soviétique a convaincu ce capitalisme industriel de continuer à supporter le «moment social-démocrate», en acceptant des réformes sociales destinées à détourner la classe ouvrière de la tentation de Moscou.

 Ce type de capitalisme, basé essentiellement sur l’industrie ­– la finance se plaçant au service de son développement – a amorcé son déclin vers la fin des années 70. Durant les années 80, la finance est devenue de plus en plus autonome vis-à-vis de l’industrie. Il est frappant de constater qu’elle a inventé le concept de «produits financiers» destinés à être vendus comme des biens de consommation. Auparavant, lorsqu’on parlait de «produits», on pensait «voitures», «ampoules électriques», «médicaments» mais certes pas «contrats à négocier sur le marché des capitaux».

 Pendant la décennie 80, les nouvelles technologies ont magnifiquement servi au développement du capitalisme financier qui, désormais, a supplanté le vieux capitalisme industriel. Dès lors, pourquoi s’encombrer du «moment social-démocrate» ? Il est devenu d’autant moins nécessaire que l’Empire soviétique craquait de toutes parts, avant de s’effondrer dès le début des années 90. Le Bolchévique au couteau entre les dents n’était plus qu’un ectoplasme.

 Devant ce constat, le couple infernal Reagan-Thatcher a fait en sorte de donner au capitalisme financier son assise politique en effaçant le «moment social-démocrate». Reagan a consciencieusement démantelé les acquis sociaux du New Deal de Roosevelt ; Margaret Thatcher en a fait de même en détruisant la plupart des mesures prises par les travaillistes et en muselant les syndicats.

 Reagan-Thatcher juraient de leur attachement à la démocratie, à preuve, leur volonté d’abattre la dictature soviétique. Mais en fait, ces deux leaders de la révolution conservatrice ont initié le mouvement vers la dictature molle. En proclamant son fameux slogan TINA (There Is No Alternative), Margaret Thatcher a bien illustré cette tendance. En clair, il n’y a pas d’alternative au capitalisme financier, devenu hypercapitalisme. S’il n’y a pas d’alternative, il n’y a pas de choix. S’il n’y a pas de choix, il n’y a pas de politique. S’il n’y a pas de politique, il n’y a pas de démocratie. Nul besoin de dresser les échaffauds et de brûler les urnes. Si le peuple vote dans le bon sens, grand bien lui fasse. S’il vote dans le mauvais, il sera tout naturellement conduit vers le droit chemin, les Etats n’ayant plus les moyens de s’opposer aux puissances financières supranationales.

 Si ce phénomène est apparu dans toute sa clarté en Grèce, c’est en raison de ses faiblesses particulières. Dans la plupart des autres pays occidentaux, l’Etat a quelques vestiges qui peuvent encore donner l’illusion d’un pouvoir, certes vacillant. Mais, pour sauver les apparences, la Grèce moderne ne peut même pas s’appuyer sur les ruines d’un Etat digne de ce nom, un Etat qui n’a jamais existé depuis l’indépendance obtenue en 1830.

 Le «moment social-démocrate» est bien mort. Il a rejoint au cimetière des idéologies perdues, le libéralisme, lié au capitalisme industriel. Aujourd’hui, l’hypercapitalisme financier impose, mine de rien, sa dictature molle. Existe-t-il un moyen pour sortir de cette situation ? Nous verrons ça dans le prochain blogue du Plouc intitulé : «De l’énergie cupide ou de la grande trouille climatique, qui l’emportera?»   

 

Jean-Noël Cuénod

Le Plouc vient de publier son livre de poésie ENTRAILLES CELESTES à commander sur le site: 

 

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16/07/2015

MIRAGE VALAISAN

 

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Haleine solaire sur les mélèzes

Leur peau verse des larmes de résine

Parfum de chapelle à l’ombre des pentes

Qui serpentent vers le nid des chalets

 

Coups d’encensoir le long des sentiers

La marche a pour oraison l’horizon

Mais la messe n’est pas encore dite

Sous les souliers roulent les pierres

 

Vêtu de ciel le vide menace

Espérer la présence secourable

Car dans la chaleur les morts reviennent

Sache-le les morts toujours reviennent

 

Leurs pas vibrent à l’unisson des nôtres

Comme un rire venu du fond des âges

Fragiles fragments de l’éternité

 

 

Dès qu’un bruit de ville retentit

Ils disparaissent et nous laissent seuls

Face à la plaine de tous nos vertiges

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo © JNC vers le sommet de Chrindellicka (Lötschental)

                                                                      

Le Plouc vient de publier ENTRAILLES CÉLESTES, préfacé et illustré par Bernard THOMAS-ROUDEIX. Il est édité par Edilivre à Paris et disponible directement chez l’éditeur en cliquant sur ce lien :

 

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14/07/2015

L’Europe évite le Grexit mais pas le Démocrexit

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« Peuples d’Europe, vous pouvez voter ce que vous voulez, votre suffrage ne pèse pas plus lourd qu’une flatulence de musaraigne ». Voilà le message que l’Union européenne et sa zone euro, sous la direction de l’Allemagne, viennent d’envoyer en forçant le gouvernement grec à signer sa reddition. L’  « accord » qui permet à la Grèce de rester dans la zone euro n’en est pas un. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une capitulation sans condition et sous contraintes.

Les Grecs avaient clairement, et à plusieurs reprises, signifié leur refus de continuer à subir des mesures d’austérité qui, pendant cinq ans, n’ont fait qu’aggraver la crise économique sans permettre de dégonfler l’énorme dette publique de leur pays (317 milliards d'euros à la fin de 2014, soit 171,3% du Produit Intérieur Brut). Une élection et un référendum n’ont donc eu aucun effet. L’important était de sauver les institutions créancières qui veulent bien engranger des bénéfices mais sans en payer les risques. Devant cet impératif financier la voix du peuple est inaudible.

A cet égard, l’Allemagne s’est montrée intraitable, menant une véritable guerre contre le gouvernement Tsipras. Berlin ne voulait pas d’un gouvernement anti-austérité en Grèce qui aurait pu donner de mauvaises idées à d’autres pays. Il fallait donc l’abattre. Que l’Epicière berlinoise nomme elle-même les membres de l’exécutif grec, ce serait moins hypocrite.

L’Europe a peut-être évité – pour combien de temps ? – le Grexit. Mais elle n’a pas échappé au Démocrexit, c’est-à-dire la sortie de la démocratie en Grèce. Selon les termes de la capitulation, Athènes « doit consulter les institutions créancières et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié, avant de le soumettre à la consultation publique ou au parlement ». En d’autres termes, la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) vont se substituer au peuple et à ses représentants pour les principales décisions. On leur laissera, peut-être, le soin de choisir la couleur de leurs chaînes. Dès lors, à quoi peut servir l’urne électorale dans le pays qui a inventé la démocratie ?

Le premier ministre grec Tsipras a dû céder, car une sortie de l’euro aurait eu des conséquences cataclysmiques pour la Grèce. La BCE menaçait d’assécher du jour au lendemain les banques grecques. Le gouvernement Tsipras n’ayant pas le temps d’imprimer une nouvelle monnaie, il n’avait donc pas d’autres choix que de se soumettre au diktat de Berlin.

Que les Grecs portent une part de responsabilité dans ce qui leur arrive, c’est un fait. Que Tsipras n’ait pas compris les rouages de la diplomatie européenne par manque d’expérience, en est un autre. Mais que dire de l’attitude des instances européennes ? L’homme qui, aujourd’hui, a la main sur le robinet des finances à la Grèce – le patron de la BCE Mario Draghi – a joué un rôle pour le moins trouble dans le maquillage des comptes qui a permis à ce pays de rester dans l’euro il y a une dizaine d’années.

En 2000, la Banque Goldman Sachs vend au gouvernement grec un produit financier « swap » qui permet d’inscrire une partie de sa dette publique hors bilan et de la faire ainsi disparaître provisoirement, le temps de présenter un bilan financier qui a permis à la Grèce d’entrer dans la zone euro. Certes, Mario Draghi n’a été engagé chez Goldman Sachs qu’en 2002, soit deux ans après la vente du « swap » et, lors de son audition devant les députés européens avant d’être nommé à la tête de la BCE, il a affirmé n’avoir travaillé qu’avec le secteur privé. Pourtant, le titre qu’il portait chez Goldman Sachs contredit cette assertion : « vice-président pour l'Europe-Goldman Sachs International, entreprises et dette souveraine ». S’occupant de la dette souveraine en Europe, il est difficile de croire que Draghi n’avait pas au moins supervisé les développements du contrat entre sa banque et la Grèce, même s’il en n’était pas l’initiateur.

De même, l’Allemagne qui donne des leçons de vertu à la Grèce, ne se vante pas d’avoir mis la main dans une grave affaire de corruption. En 2010, plusieurs cadres de la société allemande Ferrostaal, filiale du groupe MAN, avaient, selon leblogfinance.com, « avoué avoir distribué au total 60 millions d’euros à des intermédiaires grecs dont l’ancien ministre de la défense ». La justice de Munich a condamné Ferrostaal à une amende de 140 millions d’euros.

Autrement dit, les Allemands qui sont les plus décidés à bouter les Grecs hors de l’Europe n’ont pas été les moins prompts à les corrompre.

D’ailleurs, la Grèce fut longtemps une très bonne affaire pour les marchands de canons, son armée étant suréquipée en raison des tensions récurentes avec la Turquie. Dans ce contexte, l’Allemagne a été, il y a une dizaine d’années. le deuxième plus important fournisseur d’armes de la Grèce, après les Etats-Unis. Dès lors,  on comprend mieux pourquoi Berlin et les autres pays se sont montrés peu regardant pour accueillir Athènes dans la zone euro.

L’Allemagne et ses alliés auraient pu considérer, au vu des torts partagés, qu’il convenait d’aider les Grecs à surmonter cette dette colossale. Ils ont préféré les humilier en les privant, de fait, de leur pouvoir.

Le pire est que ce prétendu « accord » ne résoud en aucun cas la question fondamentale de la dette. Il risque fort de déstabiliser le gouvernement Tsipras et de provoquer des troubles sociaux de forte intensité. Or, cette situation ne peut que satisfaire les néonazis d’Aube dorée – troisième force politique du pays – toujours prompts à canaliser à leur profit la colère populaire.

Ailleurs qu’en Grèce, ce déni de démocratie, cette Union qui n’a pour ambition que de servir au plus près les exigences du capitalisme financier, ne font que donner des arguments supplémentaires aux partis de l’extrême droite nationaliste.

 L’Europe à l’heure allemande est complètement déréglée.

 

Jean-Noël Cuénod

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06/07/2015

Dirigeants de l’Europe, allez vous faire voir chez les Grecs !

 

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Ce n’est pas un camouflet que Bruxelles a reçu, c’est une claque des plus retentissantes. Les Grecs ont voté par référendum « non »  aux propositions des créanciers, alors que la gouvernance allemande de l’Union européenne a multiplié les menaces pour que triomphe le « oui ». Chantage à l’exclusion de la zone euro, voire de l’UE, menace d’assécher les banques, surtout, dénigrement du premier ministre Tsipras et son parti Syriza. Pendant des semaines, les dirigeants de l’Union européenne ont multiplié les confidences et les petites phrases pour caricaturer le chef du gouvernement grec en une sorte de clown incapable de suivre une ligne claire, un type dangereux avec lequel il n’était pas question de continuer à parler. Le « oui » des Grecs devaient donc débarrasser l’Europe de cet inapprivoisable animal politique.

  Le Fonds monétaire international et l’Europe allemande voulaient aussi bouter hors du gouvernement grec la gauche radicale,  afin d’imposer de nouvelles mesures d’austérité, sans renégocier la dette. Les dirigeants allemands avaient même ouvertement prévu l’installation d’un gouvernement de technocrates, Tsipras étant censé démissionner en cas de victoire du « oui ». Ah, le bonheur de traiter avec des technocrates, malléables à souhait, sourds aux cris du peuple, prêts à défendre les intérêts du système financier comme de braves petits soldats de la cause comptable !

 Mais c’est le « non » qui a déferlé dans les urnes grecques. Un « non » qui sonne comme un « oui »  franc et massif à la politique suivie par Tsipras.

 Les Grecs ont subi huit plans d’austérité en échange des programmes d’aide internationale depuis 2009. Résultat : la dette grecque n’a fait que croître. De plus, les efforts consentis par le peuple hellène ne servent qu’à rembourser les banques, sans faire avancer le pays. Et c’est cette méthode désastreuse que les créanciers ont proposée aux Grecs. Ils avaient parié sur leur peur de l’inconnu et d’être expulsés de la zone euro pour les inciter à voter « oui ». Tsipras n’est donc pas le seul à jouer au poker dans cette histoire. Mais lui au moins, il gagne !

 L’Epicière berlinoise, son commis Schäuble, l’Ectoplasme de l’Elysée et les gnomes de Bruxelles ont démontré qu’arrogance et incompétence peuvent rimer. Rime pauvre sur le plan politique, misérable même. Si nous vivions dans un système européen un tant soit peu démocratique, ces piètres négociateurs devraient être prier d’aller se faire voir, par exemple, chez les Grecs. Mais voilà, les mêmes dirigeants  qui ont si mal mené la barque européenne – et qui n’ont fait preuve d’aucune imagination créatrice pour sortir de l’imbroglio de la dette grecque – seront dès demain aux commandes. Dès lors, l’espoir de trouver une solution intelligente paraît aussi mince qu’un mannequin de chez Lagerfeld.

Des solutions intéressantes existent pourtant,  comme la proposition de transformer la dette en certificats d’investissement. Cela aurait pour avantage de ne pas effacer la dette tout en permettant le démarrage de l’économie grecque. Elle est formulée par les Français Gabriel Colletis, Jean-Philippe Robé et Robert Salais, deux économistes et un avocat. On peut lire cette proposition en cliquant sur ce lien :

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/annuler-une-par...

 Quant aux Grecs, ils ne sont pas sortis de l’auberge. Il leur reste à construire non seulement une économie, mais un Etat digne de ce nom.

 

Jean-Noël Cuénod

Le livre de poésie ENTRAILLES CELESTES vient de sortir chez Edilivre à Paris sous la plume de Jean-Noël CUÉNOD. Il est préfacé et illustré par le peintre, sculpteur et céramiste Bernard THOMAS-ROUDEIX.

Il est disponible sur le site de l’éditeur :

http://www.edilivre.com/entrailles-celestes-20bca8a41a.ht...

 

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01/07/2015

FAIT DIVERS

 

 

 

 

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L’éclair embrasse la mer

Les nageurs blêmes s’extirpent

Hors de l’eau sans cri sans mot

La peau enduite de sel

Léchée par le vent d’autan

Lampes de chair ils s’éteignent

Absorbés par les ténèbres

Jean-Noël Cuénod 

 

Ce poème fait partie de l’ouvrage ENTRAILLES CELESTES de Jean-Noël CUÉNOD, préfacé et illustré par Bernard THOMAS-ROUDEIX. Il est édité par Edilivre à Paris et disponible directement chez l’éditeur en cliquant sur ce lien :

http://www.edilivre.com/entrailles-celestes-20bca8a41a.html#.VYlooEbeJRA

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30/06/2015

Que ce soit « oui » ou « non », les Grecs devront apprendre l’Etat

 Le référendum voulu par Tsipras à au moins un immense mérite, celui de mettre enfin en première ligne l’aspect politique de la crise grecque. Obnubilés par les exercices comptables, l’Epicière Berlinoise et ses commis bruxellois avaient passé jusqu’à maintenant cette dimension, pourtant essentielle, par pertes et profits. Surtout pertes, d’ailleurs.

Si la Grèce s’est trouvée aspirée par le vortex d’une dette astronomique, c’est en partie dû au fait que les Grecs ont toujours considéré l’Etat comme un corps étranger. Sous la domination ottomane, l’Etat était tout naturellement considéré comme extérieur au peuple grec. De façon clandestine ou par la révolte ouverte, il fallait donc s’opposer à lui. Après une sanglante guerre d’indépendance et de nombreux essais d’autonomie au sein de l’Empire, la Grèce est devenue officiellement « indépendante »  en 1830. Les guillemets s’imposent en effet. Car cette indépendance de façade était un cache-misère. Ou plutôt un cache-dette! Le pays se trouvait alors, non plus sous la coupe des Ottomans mais sous celle de ses « puissance protectrices », la France, la Russie et l’Empire britannique, la Grèce ayant dû leur emprunter à tour de bras pour s’acheter des armes lors de sa lutte contre les Ottomans. Eh oui, la dette publique abyssale, c’est une longue histoire !

 

-Othon_with_the_Decree_Founding_the_National_Bank_of_Greece-_(c._1898-1899)_-_Nikiphoros_Lytras.jpgEt ce sont ces mêmes puissances qui ont imposé leurs rois aux Grecs. Des rois bien étrangers : le Bavarois Othon 1er, puis le Danois Guillaume. S’il y avait eu un noble inuit sur le marché des couronnes, il ne fait aucun doute que les Grecs en auraient hérité ! Comment incarner l’Etat hellène avec de tels monarques venus du froid ? (illustration: noble bavarois déguisé en roi grec – Othon 1er)

Par la suite, les Grecs ont tâté de la République de 1924 à 1935. Puis, sont revenus à la monarchie et ont goûté à une première dictature (celle du général Metaxas) de 1936 jusqu’à l’invasion nazie. Celle-ci a ravagé le pays ­– d’où le lourd contentieux entre la Grèce et l’Allemagne – causant la mort de plus de 300 000 Grecs. Dès la fin de l’occupation  nazie, la Grèce a connu jusqu’en 1949, une guerre civile particulièrement sanglante, le bilan en pertes humaines s’élevant à 200 000 morts. Entre 1939 et 1949, les deux conflits ont donc provoqué la disparition de plus d’un demi-million de personnes, ce qui, pour un pays qui comptaient 7 222 000 habitants en 1939 est considérable. De plus, la guerre civile entre communistes et non-communistes a durablement divisé le peuple.

 Considéré par les Grecs au mieux comme un ectoplasme, au pire comme une calamité, l’Etat n’a pas trouvé grand monde pour le défendre, si ce n’est quelques puissantes familles qui en ont fait leur propriété quasi personnelle, tissant des réseaux de suzeraineté et de clientélisme. A cet égard, les dynasties Papandréou, Karamanlis et Mitsotakis décrochent le pompon (celui qui garnit les souliers des evzones). Et ce n’est pas la dictature des colonels (1967 à 1974) qui a réconcilié peuple et Etat.

Dans ce contexte, la fraude fiscale, les petits arrangements, les grosses combines et les rentes-cadeaux deviennent la règle. Les familles régnantes se goinfrant de biens publics et les armateurs grecs ayant pour patrie d’élection les paradis bancaires, pourquoi se gêner ?

 La Grèce est donc entrée dans l’Union européenne et la zone euro sans Etat digne de ce nom, avec des habitudes qui devaient forcément entrer en contradiction avec les règles à observer en matière budgétaire. Mais cela, chacun pouvait d’emblée le constater à Bruxelles, Paris, Londres et Berlin. Cela n’a pas empêché l’Allemagne, la France et les autres d’accepter ce nouveau maillon qui ne cachait guère sa faiblesse.  Les pays européens doivent aussi payer les conséquences de leur… inconséquence. S’asseoir sur une partie au moins de la dette serait la moindre des choses.

Quant aux Grecs, quelle que soit l’issue du référendum, ils vont vivre des années de vaches anorexiques. Mais cette rude épreuve peut aussi leur permettre de construire cet Etat qu’ils n’ont jamais eu la possibilité de bâtir selon leurs propres plans. C’est le bon moment, puisque les grandes familles qui ont pourri leur pays ont été balayées.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

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26/06/2015

La France, la Tunisie et le chi’isme en première ligne de la guérilla mondiale

 

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Un homme décapité et une attaque dans l’usine à gaz de Saint-Quentin-Fallavier (Isère, à 24 kilomètres de Lyon) ; 38 personnes abattues à la kalachnikov sur la plage d’un hôtel de Sousse ; 25 morts et 202 blessés provoqués par un attentat-suicide – revendiqué par l’Etat islamique – dans une mosquée chi’ite de Koweït-Ville (photo). Voilà le bilan de ce nouvel épisode de la guérilla mondiale qui s’est déroulé ce vendredi.  

Si ces trois attentats islamoterroristes ont visé la France, la Tunisie et le chi’isme cela ne doit rien au hasard. Certes, il est bien trop tôt pour savoir si les trois attaques ont été coordonnées par l’Etat islamique ou un autre groupe du même tonneau de dynamite. Mais le choix des deux pays et du chi’isme comme cibles privilégiées obéit à la logique développée par l’islam radical. Faut-il rappeler qu’aux massacres de janvier dernier à Paris ont succédé ceux du Bardo à Tunis en mars et que les chi’ites sont persécutés par l’Etat islamique avec la même cruauté que les chrétiens d’Orient et les autres communautés non-sunnites ?

 

La Tunisie exsangue

 

La Tunisie est l’unique Etat arabo-musulman à vivre dans le respect de la femme, de la démocratie et des droits humains. Affaibli économiquement par les années Ben Ali et le contrecoup de la Révolution de 2011, ce pays n’a guère que le tourisme pour commencer à sortir la tête de l’eau. Dès lors, les islamoterroristes ne cessent d’attaquer ce secteur faisant ainsi d’une balle deux coups : ils tuent des «infidèles» et détruisent tout espoir de reprise économique en Tunisie. Ils espèrent ainsi qu’accablés par la misère, les Tunisiens finirons par les rejoindre.

 

La France ex-coloniale

 

La France abrite la plus grande communauté musulmane d’Europe avec 3,5 millions de personne, à en croire le Zentralinstitut Islam-Archiv-Deutschland. Elle aussi constitue un maillon faible, dans la mesure où ses gouvernements successifs ont laissé croître des ghettos caractérisés par le chômage de masse, irrigués par l’économie souterraine et animés par l’islam radical. De plus, le passé colonial de la France fait de ce pays une cible idéale pour «vendre» idéologiquement l’islam radical dans les pays arabes.

 

Le chi’isme ennemi numéro 1 de l’Etat islamique

 

Quant au chi’isme, il est l’objet de la part du sunnisme d’une guerre interislamique qui remonte à la mort du prophète Mohammed, c’est dire que nous ne sommes pas près d’en voir la fin. L’Etat islamique a été tout d’abord créé contre les chi’ites d’Irak puis, par la suite contre les différents avatars du chi’isme en Syrie. Eradiquer le chi’isme de l’islam est le premier objectif de l’Etat islamique. L’explosion de la mosquée chi’ite de Koweït-Ville fait partie de cette stratégie.

 Il faut donc tenir compte de ces trois cibles – Tunisie, France, chi’isme – avant d’élaborer une stratégie contre celui qui est désormais notre ennemi principal : l’Etat islamique. Dans cette optique, la police et l’armée ne constituent qu’une composante parmi d’autres.

 

Les limites de la réponse militaire

 

Certes, la police française, dans l’ensemble, fait très bien son travail et a pu arrêter ou mettre hors d’état de nuire de nombreux terroristes. De même, son armée a su réagir de façon efficace aux agressions intégristes au Mali. Mais la réponse militaire et policière n’est jamais déterminante dans une guérilla. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit. Non pas de la troisième guerre mondiale, mais de la première guérilla mondiale de l’Histoire. Ce ne sont plus des armées qui combattent front contre front. Mais des guérilleros qui frappent ici ou là, de préférence dans le dos, se replient ou laissent des pseudo-martyrs sur place et réattaquent ailleurs de façon tout aussi brève et explosive, avec utilisation accrue des images médiatiques fortes.

En privilégiant l’option militaire contre la guérilla, les Etats-Unis ont perdu le Vietnam et la France, l’Algérie. Répéter la même erreur contre l’Etat islamique aurait des conséquences catastrophiques. La réponse doit donc aussi se situer sur les plans politiques et économiques. Et c’est là que le bât blesse car les deux entités qui disposent du poids démographique nécessaire pour répondre à l’islam radical – les Etats-Unis et l’Union européenne – montrent d’inquiétants signes de faiblesse.

 

Obama l’Asiatique

 

Obsédé par la Chine et l’extrême-orient et se désintéressant des vielles problématiques européennes et moyen-orientales, Obama n’a pas élaboré une stratégie cohérente et convaincante face à l’islam radical. Cela restera l’énorme point noir de sa présidence. Tardivement, le président des Etats-Unis a compris qu’il était impossible d’avoir deux ennemis musulmans à combattre en même temps, à savoir l’Iran chi’ite et l’Etat islamique. D’où son changement de pied vis-à-vis de Téhéran. Mais il lui reste bien peu de temps, son mandat tombant à échéance dans un an et demi.

 

L’Epicière berlinoise et son carnet du lait

 

Quant à l’Europe, c’est le vide politique qui la caractérise. Sa principale dirigeante – l’Epicière berlinoise – est obnubilée par son carnet du lait et n’a pas d’autres perspectives que comptables. Or, pour apporter une aide concrète à la France – qui doit affronter la hausse exponentielle de ses dépenses militaires – et organiser le sauvetage économique de la Tunisie exsangue, l’Europe doit se trouver en capacité de prendre des mesures rapides, ce qui n’est pas le cas actuellement. De même, c’est aussi sur le plan européen qu’il faut entreprendre une politique idéologique digne de ce nom pour convaincre les jeunes musulmans du continent, souvent fraîchement convertis, de ne pas combler le vide qu’ils ressentent par un engagement au service de l’islam radical.

 

Jean-Noël Cuénod

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Attentat en Tunisie : "le terrorisme est notre... par lemondefr

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18/06/2015

Ce voile islamique qui voile les vrais sujets qui fâchent

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Voulez-vous gagner un pari sans risquer de le perdre? Alors, misez sur le voile islamique comme première question qui sera posée lors d’une conférence ou une émission consacrée à la laïcité. Vous gagnerez à tous les coups. Je n’évoque même pas le voile intégral, burqa ou niqab, qui reste le signe le plus manifeste de la régression obscurantiste. Non, je parle du simple voile qui cache la chevelure des musulmanes. C’est incroyable la passion ce que ce bout de tissu provoque!

Voilà qui est regrettable, car trop souvent l’essentiel des discussions se focalise sur cette question textile et l’on en vient à oublier les vrais sujets qui fâchent dans le débat entre musulmans et non-musulmans en Europe. Or, il y en a deux, au moins, qui mériteraient que les représentants de l’islam en Europe se mettent d’accord pour clarifier leur position et la diffuser massivement auprès de leurs ouailles.

Premier sujet épineux, celui des versets mecquois et médinois du Coran. Cette question d’apparence technique se trouve au centre de nos préoccupations les plus actuelles. Le texte coranique, «dicté» directement par Allah au prophète Mohammed, est composé de 114 sourates (chapitres). 86 d’entre elles furent révélées lors des treize années durant lesquelles Mohammed a prêché à La Mecque; les 28 autres l’ont été à Médine, après le départ en exil (l’Hégire) du prophète et de ses compagnons vers cette ville.

VERSETS DE LA PAIX,
VERSETS DE LA GUERRE

Les sourates mecquoises mettent principalement l’accent sur la paix et la tolérance, alors que les sourates médinoises prônent surtout la guerre et font montre souvent d’intolérance. Si des sourates sont intégralement mecquoises ou médinoises, il en existe d’autres qui mélangent les deux inspirations. Il convient donc d’utiliser la notion de versets plutôt que celle de sourates.

Leurs caractéristiques stylistiques propres permettent aux spécialistes de distinguer entre versets de La Mecque et versets de Médine. Certains musulmans utilisent les versets mecquois pour souligner le caractère pacifique de leur religion alors que d’autres brandissent les versets médinois pour en appeler au Djihad.

Alors à quels versets se vouer? Après la révélation coranique, dès le Xe siècle, les savants de l’islam ont élaboré la doctrine de l’abrogation pour répondre à cette question. En principe, c’est la «dernière parole d’Allah» qui abroge la plus ancienne. Dès lors, les islamistes radicaux ont beau jeu de proclamer que les versets guerriers de Médine abrogent les versets pacifiques de la Mecque, ces derniers étant les plus anciens.

Aujourd’hui, d’autres docteurs de l’islam affirment que ce sont les versets mecquois (pacifiques) qui, étant révélés en premier, ont la primauté sur les versets guerriers. D’autres envisagent le Coran comme une unité composée d’éléments contradictoires mais en apparence seulement; ils veulent dépasser ces contradictions apparentes et placer les versets médinois dans le contexte de guerre qui était le leur au moment de leur révélation.

SUJET ÉPINEUX DE L’APOSTASIE

Second sujet épineux, l’apostasie. Quitter l’islam est un péché majeur, une trahison vis-à-vis d’Allah et de la communauté musulmane. Mais l’apostat est-il justiciable de la colère divine uniquement ou doit-il être condamné à mort par la justice des hommes comme en Arabie Saoudite, en Iran ou en Mauritanie? à ce propos, les prédicateurs musulmans divergent considérablement.

À l’évidence, tant la primauté des versets médinois (guerriers) que la répression de l’apostasie sont inacceptables pour l’ordre public des pays européens. Il n’y a pas de négociation possible à ce propos. Il appartient donc aux musulmans d’Europe de donner à leurs compatriotes non-musulmans les assurances que ces derniers sont en droit d’exiger. L’absence d’une autorité centrale, de type Vatican, en islam ferait-elle obstacle à une prise de position commune?

Rien n’empêche les musulmans d’Europe de se fédérer afin de débattre de ces questions en leur sein. Il appartient aussi aux non-musulmans de faire preuve, dans leurs débats avec les fidèles de l’islam, à la fois de respect vis-à-vis de cette religion et de fermeté dans la défense de la liberté de conscience.

Jean-Noël Cuénod

Editorial paru dans l'édition de juin de La Cité.

 

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16/06/2015

Marine Le Pen veut traire et tuer la vache à lait européenne

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Marine Le Pen a donc réussi à créer son groupe au Parlement européen. Après un an de laborieuses recherches, elle a trouvé les vingt-cinq eurodéputés provenant de sept pays différents, conditions indispensables pour réussir cette opération. Jusqu’à maintenant Geert Wilders, le chef du PVV, parti néerlandais de type national-libéral, ne voulait pas s’allier au KNP – la formation d’extrême-droite polonaise –, son président Janusz Korwin-Mikke étant un vieux facho négationniste tout à fait infréquentable. A titre d’exemple, il prône l’abolition du vote pour les femmes. Et même, en tant que monarchiste, la suppression du vote tout court. Vous voyez le genre. Mais le KNP s’en est débarrassé sous le prétexte que ce Korwin-Mickey avait des enfants nés hors mariage. Un prétexte très faux culs mais qui a l’avantage de remiser la relique au Musée des horreurs politiques. Le KNP est donc devenu halal pour l’islamophobe Wilders et été enfin admis au Club des nationalistes propres sur eux.

Et comme le Front National a lui aussi confiné le dinosaure paternel dans son Vichyssic Parc, la route vers le groupe parlementaire a été dégagée. D’autant plus, que Marine Le Pen a reçu un autre renfort, britannique celui-là, en la personne de l’eurodéputée Janice Atkinson qui a été exclue du parti europhobe UKIP, en raison des soupçons de notes de frais gonflées qui pèsent sur la tête de l’une de ses principales collaboratrices à Bruxelles. De quoi donner des leçons de morale à tout le monde.

Le nouveau groupe de l’Europarlement s’appelle «Europe des nations et des libertés» (toujours se méfier lorsqu’on met la liberté au pluriel); il sera coprésidé par Marine Le Pen et le Néerlandais Marcel de Graaf (PVV). Cette fine équipe comprendra le Front national – mais sans Don Le Pen et son Sancho Pansu Bruno Gollnish ­– le PVV, le KNP, la Ligue du Nord, le FPÖ autrichien, un eurodéputé flamand du Vlaams Belang et l’exclue du UKIP.  

Faire partie d’un groupe procure de nombreux avantages: participation à l’élaboration de l’ordre du jour du Parlement européen, meilleure exposition médiatique. Mais surtout arrivée massive de gros sous. Selon le nombre d’eurodéputés – actuellement 36 – qu’elle engrengera, la fine équipe recevra de l’Union européenne un flot de subventions, entre 2,4 et 4,4 millions d’euros par an, soit près d’une vingtaine de millions sur l’ensemble du mandat, jusqu’en 2019.

Or, Marine Le Pen a déclaré sans ambage au Spiegel au début de ce mois : «Je veux détruire l’Union européenne!» Bonne princesse, elle ajoute: «mais pas l’Europe». Toutefois, c’est bien de cette Union européenne à pulvériser qu’elle va tirer profit.

Que penserions-nous d’un parti qui veut détruire, disons, la République française ou la Confédération suisse et qui, pour poursuivre son objectif destructeur, recevrait des millions d’euros ou de francs de cette même République, de cette même Confédération? Nous penserions qu’il y a des coups de pieds occultes qui se perdent.

Il faut dire que Marine Le Pen et son Front national éprouvent vis-à-vis des fonds européens un appétit vorace. Tellement vorace qu’il a attiré l’attention de la justice française. Le 24 mars dernier, le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire sur des soupçons de fraude, vingt assistants parlementaires des élus frontistes à Bruxelles étant accusés de travailler pour leur parti et non pour leurs eurodéputés. En d’autres termes, il est reproché au FN de faire payer vingt de ses permanents par l’Union européenne.

Marine Le Pen veut donc à la fois traire et tuer la vache à lait européenne. C’est l’illustration la plus achevée de l’incohérence morale et idéologique de l’extrême droite.

Jean-Noël Cuénod

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