20/04/2014

Le Christ et sa libre parole

 

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Voilà le Christ quittant son tombeau, son linceul, ses bandelettes qui attachaient son corps d’humain. Il est revêtu de lumière nue, marche en plein midi et invite les femmes et les hommes qui le veulent à se dépouiller de tous les métaux qui sont autant d’entraves qui empêchent la marche. Serait-ce un acte simple comme bonjour ?

 

C’est aller trop vite en besogne, et faire bon marché de l’extraordinaire génie des humains qui les pousse à forger leurs propres chaînes avec tant d’ingéniosité et de raffinement. Chaîne de la cupidité qui entraîne les riches dans la spirale sans fin du «toujours plus». Chaîne de la soumission qui force les pauvres à accepter l’inacceptable sans révolte. Chaîne des stupéfiants, légaux ou illégaux peu importe, qui obnubile tous les autres dans l’illusion d’une consommation sans frein et sans autre but que sa satisfaction jamais satisfaite. Tant de chaînes qui font de nous des êtres assis. Tant de chaînes à jeter bas…

 

Dans sa marche de Pâques, le Christ nous désigne le chemin pour devenir libre. Mais il ne saurait être libre à notre place. Cette liberté, c’est à nous de la conquérir, jour après jour. Lorsque nous refusons d’être soumis aux puissances économiques, aux pouvoirs politiques, aux institutions ecclésiastiques, c’est le Christ qui parle en nous. En faisant nôtre sa libre parole, nous sommes hors d’atteinte de toute oppression.

 

 

Jean-Noël Cuénod

Photo: la foudre du Christ de Corcovado, au-dessus de Rio

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17/04/2014

Madame Jésus Christ a-t-elle existé ? La belle affaire !(Les Jeudis du Plouc avec vidéo)

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Dès qu’il s’agit de revêtir le Christ avec les oripeaux de l’actualité, la planète Média se met à tourner encore plus vite. La récente publication d’une découverte a jeté les Saintes Huiles sur un sacré feu. Le fragment d’un papyrus datant du IVe siècle –rédigé en copte et découvert en Egypte ou en Syrie – révèle la mention suivante: «Jésus leur a dit, ma femme…» 

Faux forgé par une main sataniquement habile? Document authentique remettant la femme au milieu de l’Eglise? Les historiens se battent comme des diables dans un bénitier. Les prélats se voilent la face devant ce sein peut-être saint qu’ils ne sauraient voir.

 

La belle affaire! Que Jésus soit ou non marié, qu’il ait connu bibliquement ou non Marie Madeleine, voilà qui ne relève que de l’anecdote. En quoi cela change-t-il le message fondamental du Christ qui a traversé les déserts, les océans, les plaines, les montagnes ainsi que les siècles? Ce message est inscrit dans la célébration de Pâques: Dieu –  l’Etre des Etres ou quel que soit le nom dont on l’affuble – s’est incarné, a subi les violences que l’humanité s’inflige à elle-même, et fait l’expérience de la mort pour en triompher. Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu, disait Saint Irénée (IIe siècle). En d’autres termes, le Christ a montré la voie pour arracher les chaînes qui attachent l’humain à son angoisse de mourir. Il n’est pas de plus grande liberté.

 

Les institutions, sous leurs diverses formes, n’ont eu de cesse d’enfermer Jésus Christ dans des normes et des rôles: est-il Dieu ou homme? Est-il Dieu et homme ? Est-il Dieu hominisé? Dieu humanisé? Mais le Christ n’a que faire de nos catégories carcérales. Il est libre. Il est même la Liberté. Celle qui triomphe de tout, de l’injustice et des bourreaux, de l’oppression et des tombeaux. Aucune Eglise, aucun Etat, aucune organisation ne saurait l’enfermer car le Christ est toujours là où on ne l’attend pas. On le croit au ciel? Il partage le quignon de pain du prisonnier. On le croit cloué à sa croix? Il vibre dans notre cœur.  On le croit en majesté? Il reçoit les crachats de la foule. On le croit à la droite de Dieu? Il se proclame Fils de l’Homme. On le croit particule ? Il est onde.

 

Alors qu’il soit ou non marié ne change rien au fait qu’à une époque où les femmes étaient méprisées, il a choisi l’une d’entre elle, Marie de Magdala, pour annoncer sa résurrection. C’est-à-dire la victoire définitive de la vie sur la mort.

 

Tout le reste n’est que vain babil.

 

A toutes et à tous, belles Pâques

 

Jean-Noël Cuénod


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12/04/2014

LE SANG DES ETOILES

LE SANG DES ETOILES

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Molle molécule dans le sol

Infime reste de mon corps

Rendu à sa glèbe initiale

Glissant coulant dans les replis

De l’infini minuscule

Voyage au centre de la terre

Par les veines diamantifères

Par l’eau noire pailletée d’or

Quelle fête pour un cadavre !

Ce moi-même infime et caduc

Mélangé à d’autres déchets

Nourrira le sang des étoiles



Jean-Noël Cuénod 

Photo: http://www.picdumidi.com/soirees-etoilees

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

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10/04/2014

Manuel Valls et la perruque poudrée de Monsieur Désir (les Jeudis du Plouc)

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  A peine quelques heures après avoir réussi son grand oral devant les députés, patatras, le nouveau premier ministre français Manuel Valls commet plus qu’un crime, une faute, en nommant secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, l’ex-patron du Parti socialiste Harlem Désir. « Il s’agit moins d’une promotion  que d’une exfiltration », susurre le site de «Libération». En effet, le désormais ancien premier secrétaire du PS ayant démontré toute l’étendue de son incompétence, il fallait d’urgence lui trouver un autre poste, encore plus haut placé, encore plus important. Lamentable !

 

A la tête de son parti, Harlem Désir s’est montré au-dessous de tout. Au lieu de l’animer, il l’a assoupi. Au lieu de le réveiller, il lui a chanté des berceuses. Il s’est montré incapable d’assurer l’unité des socialistes et de préparer le tournant social-libéral impulsé par les choix de François Hollande. La punition a été sévère : le PS a subi une déroute effarante aux municipales. Certes, l’impopularité du président socialiste, empêtré dans ses promesses de Gascon hollandais, et la hausse continue du chômage sont les principaux facteurs de la débâcle. Mais un parti ne perd pas des élections locales aussi massivement, malgré une solide implantation, sans que sa direction n’en porte une lourde responsabilité.

 

Harlem Désir ayant notoirement démérité, son éjection de la direction du parti présidentiel devenait donc inévitable. Les salariés qui se trouvent dans cette situation doivent pointer à l’assurance-chômage en essayant de se former en vue d’une reconversion. Mais Monsieur Désir ne fait point partie de cette valetaille. Il est du sérail. Il a sa perruque poudrée, sa culotte moirée et ses bas de soie. La Nation lui doit les égards qu’elle réserve à ses grands incapables. Voilà donc le Secrétariat d’Etat aux affaires européennes à lui offert sur un plateau doré.

 

Dans leurs discours, le président Hollande et le premier ministre Valls n’ont que l’Europe à la bouche. L’Europe, unique objet de leur assentiment. L’Europe comme seule voie possible pour parvenir à la croissance. L’Europe comme lieu décisif pour impulser une politique dans la tourmente mondialisée. Mais dès qu’il s’agit de passer aux actes, ils n’ont rien de plus pressé que de confier les clés de ce domaine, si décisif à leurs yeux, au type qui n’a même pas réussi à faire le ménage dans son parti.

 

Ce faisant, le président et le chef de son gouvernement ont fait fi de la pitoyable image qu’ils allaient donner aux autres pays européens et ont pris le risque d’affaiblir la France – qui n’a déjà pas bonne réputation à Bruxelles – au sein de l’Union, pour un motif futile. « Mais Harlem Désir, ne fera pas beaucoup de dégâts puisqu’il sera placé sous la coupe du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius », répliquera-t-on. Ah bon ? Mais en ce cas, pourquoi s’encombrer d’un secrétaire d’Etat aux affaires européennes, s’il n’est là que pour porter les valises du ministre ?

 

François Hollande voulait « présider autrement », mais il fait comme les autres en plaçant ses copains et en traitant l’Europe par-dessus la jambe. Manuel Valls n’a pas eu le cran de lui résister, malgré ses jolis coups de menton à l’Assemblée nationale.

 

 

Jean-Noël Cuénod


 

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08/04/2014

Manuel Valls un bon discours dans la pire des situations (avec vidéo)

 

 

Pour son discours engageant, mardi après-midi, la responsabilité du nouveau gouvernement socialiste français, Manuel Valls était condamné à être bon. Il le fut. Les premiers pas d’une nouvelle équipe dirigeante sont déterminants à une époque où tout va très vite, du fait de l’hystérie médiatique généralisée et du quinquennat qui, en raccourcissant le mandat présidentiel de deux ans, a accéléré tout le processus politique en France. Le défi était d’autant plus important à relever pour le premier ministre que son parti a subi un effondrement historique à l’issue des élections municipales. Il fallait tourner la page, au plus vite.

Manuel Valls a donc plutôt réussi son grand oral à la forme et au fond.

 

A la forme.

Son ton clair, ferme mais calme a tranché avec les vociférations infantiles d’une partie des députés UMP, les moins présentables d’entre eux, tel Balkany, se montrant les plus odieux. Ce qui a plutôt servi le nouveau chef du gouvernement. Valls a ensuite ajouté juste ce qu’il faut d’émotion en rappelant qu’il fut Français par choix et non d’origine :

« La France a cette même grandeur qu’elle avait dans mon regard d’enfant, la grandeur de Valmy, celle de 1848, la grandeur de Jaurès, de Clemenceau, du général de Gaulle, la grandeur du maquis. C’est pourquoi, j’ai voulu devenir Français ».

Sachant que ses compatriotes ne supportent plus les euphémismes façon Hollande, Valls a choisi de parler dru dès les premiers mots de son allocution :

« Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France. Et c’est conscient de cette réalité que je me présente devant vous (…) Disons les choses simplement, beaucoup de nos compatriotes n’y croient plus. Ils ne nous entendent plus. La parole publique est devenue pour eux une langue morte ».

 

Au fond.

Le premier ministre a annoncé des mesures qui vont frapper l’opinion. En bien ou en mal. Mais l’important est de sortir de ce magma informe de mesurettes. En présentant le détail du pacte de responsabilité voulu par le président Hollande, Manuel Valls nous balance du lourd. Ainsi, les charges sociales payées par les patrons seront entièrement supprimées pour l’employeur d’un salarié payé au salaire minimum (SMIC). Cette mesure va avantager les petites et moyennes entreprises qui sont les plus nombreuses à payer leurs travailleurs au  SMIC. La droite en avait rêvé. La gauche va le faire. Les charges des artisans seront également revues à la baisse. Les cotisations sociales des salariés seront diminuées pour les salariés payés au SMIC, ce qui représentera pour eux l’équivalent d’une hausse annuelle de 500 euros sur leur fiche de paye. Une série de taxes frappant les entreprises seront également abandonnées. Le but du premier ministre : baisser de 30 milliards d’euros le coût du travail en deux ans.

 

 

Comment financer tout ça, alors que la France doit dégonfler sa dette publique ? Le président François Hollande avait déjà annoncé que l’Etat devait réduire ses dépenses de 50 milliards d’euros par an d’ici 2017. Valls désigne les secteurs qui seront touchés : l’Etat et ses fonctionnaire, 19 milliards ; l’assurance-maladie, 10 milliards ; les collectivités locales (communes, communautés de communes, départements, régions), 10 milliards. Il demeure tout de même 11 milliards à dénicher. Là, Valls nous fait du Hollande :

« Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations ». Mouais… On sent que ces 11 milliards risquent fort de sombrer dans le gouffre à promesses.

 

Sur le plan de l’organisation du pays, Manuel Valls va s’attaquer à rude partie : les baronnies locales qui profitent de l’indigeste millefeuille administratif français. Il veut donc diminuer les régions de moitié mais aussi – enfin ! – clarifier les compétences des régions et des départements afin de supprimer les multiples doublons entre ces deux entités qui ne sont pas pour rien dans l’incroyable « chenit » de l’Hexagone. Mais à entendre mugir du fond des travées parlementaires les faces rubicondes des roitelets provinciaux, cette grande réforme n’est pas gagnée d’avance.

 

 En y mettant ce souffle et cette énergie qui manquaient cruellement au ci-devant premier ministre Ayrault, Manuel Valls s’impose désormais comme le patron de la majorité. Toutefois, son gouvernement est placé dans la pire des situations. Le Parti socialiste a perdu une grande partie de ce qui faisait sa substance, à savoir les mairies. Les ouvriers l’avaient abandonné avant même l’élection de François Hollande. Mais le président socialiste a aussi été abandonné par cette coalition des classes moyennes, inférieures et supérieures, qui a puissamment contribué à son élection.  

 

Certes, mardi soir, Manuel Valls a finalement obtenu des députés un vote de confiance plus large que prévu : 306 pour, 239 contre, 26 abstentions dont 11 socialistes. Les quelque 88 députés socialistes de l’aile gauche n’ont pas mis leur menace de s’abstenir à exécution, à l'exception des onze qui viennent d'être évoqués. Même les écologistes – qui ont renoncé à participer au gouvernement – ont très majoritairement voté pour lui. Toutefois, ce succès relatif ne doit pas être surestimé. L’un des leaders de la gauche du PS a déclaré que son vote favorable ne signifiait pas autre chose que sa volonté d’éviter une crise institutionnelle ; elle aurait abouti à la dissolution du parlement et à de nouvelles élections qui auraient été cataclysmiques pour les députés socialistes.  Les concessions que Valls et Hollande ont faites au patronat risquent donc de diviser le PS pour longtemps.

 

Avec des socialistes qui ne savent plus où ils habitent, des écolos qui ne savent plus où aller, des ennemis irréductibles à la gauche de la gauche et une opposition de droite requinquée par sa victoire éclatante aux municipales, le gouvernement Valls commence sous les pires auspices. D’autant plus qu’il doit trouver 50 milliards d’euros d’économie en trois ans, tout en favorisant la croissance, en recréant le tissu industriel et en s’attaquant au millefeuille administratif. En comparaison, les travaux d’Hercule font tournois de pétanque pour maisons de retraite.

 

 

Jean-Noël Cuénod


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Le discours de Manuel Valls demandant la confiance de l'Assemblée nationale

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05/04/2014

La Suisse à la conquête de l’or noir africain. Enquête exclusive de La Cité

 

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Le mensuel La Cité vient de sortir son numéro d’avril. Ne comptons pas sur les confrères pour en parler et puis, on n’est jamais si bien servi que par soi-même.  Voici donc un bref aperçu de quelques-uns des articles que vous lirez dans La Cité.

 

A citer d’emblée, une enquête aussi exclusive que passionnante sur une société fort discrète logée au Tessin; elle a tissé un réseau d’influences à travers plusieurs pays africains. Le but ? Se placer dans la grande bataille qui se déroule actuellement pour faire main basse sur le pétrole africain. Un vrai cas d’école. Et un vrai thriller dû au talent de Federico Franchini que vous découvrirez dès la «couverture» de La Cité.

 

Autre exclusivité, un grand reportage d’Allan Kaval sur la Turquie qui s’efforce, non sans mal, «d’ajuster sa ceinture kurde». Les médias laissent dans l’ombre cette partie du monde où pourtant se joue l’avenir de cet Orient qui nous est très proche.

 

L’immigration et les réfugiés sont des sujets récurrents en Suisse. Mais en Belgique aussi. Comment nos cousins en francophonie abordent-ils ces questions brûlantes? Vous le saurez en lisant le remarquable reportage de Luisa Pace (texte) et Alberto Campi (photos) nos envoyés à Bruxelles.

 

Marco Motta (texte) et Michaël Cordey (photo) nous emmènent dans le monde étrange des «zombies» du Zanzibar. On ne vous en dit pas plus. A découvrir d’urgence.

 

Nous vivons la période stressante des playoffs. Mais savez-vous que le hockey sur glace est le miroir à facettes de la Suisse? Interviewé par Jean-Christophe Aeschlimann, le journaliste-vedette alémanique Klaus Zaugg vous l’expliquera.   

 

A lire aussi l’impressionnante – et inquiétante - enquête de notre partenaire Mediapart sur la grandeur et la décadence d’une monnaie virtuelle, le Bitcoin. Vous saurez comment on peut perdre 460 millions de dollars dans les fumées de la virtualité non régulée.

 

«Le rock est éternel, même en Suisse». Alexandre Wälti trace l’histoire de ce genre culturel et musical qui a transformé le monde. Et même la Confédération. 

 

Vous retrouverez encore dans La Cité les chroniques «Science & Conscience»  du professeur André Langaney et «Vous prendrez bien un peu de recul?» d’Ariane Ferrier qui vous parlera d’un bien curieux soutien-gorge. Ajoutons l’éditorial du Plouc – il signe de son vrai nom ­– qui ne sera diffusé qu’en version «papier». 

 

Le mensuel La Cité ne peut vivre que grâce aux abonnements. Il n’a ni publicité ni mécène afin de conforter son indépendance.  Si vous désirez sauvegarder une presse libre et exigeante, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire!

 

Jean-Noël Cuénod

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03/04/2014

Pourquoi Valls a raté son tango avec les Verts (les Jeudis du Plouc)

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Disons-le sans fard. Le Plouc s’est planté en affirmant, lors de son précédent blogue, que les écolos français allaient rejoindre leur niche après avoir reçu une belle gamelle bien remplie par Manuel Valls. Les anciens ministres Cécile Duflot et Pascal Canfin ont refusé toutes les gentillesses du nouveau premier ministre.

Leur parti Europe-Ecologie-Les Verts refuse de participer à l’exécutif en affirmant rester dans la majorité présidentielle, tout en ne faisant plus partie de la majorité gouvernementale. Jadis, le Parti communiste en avait fait de même avec le Front populaire en 1936 avec sa formule, «soutien sans participation». Comme dans le gouvernement Ayrault les Verts faisaient de la «participation sans soutien», la formule se muera peut-être en «sans participation sans soutien».

 

Cela dit, Le Plouc n’avait pas tout à fait fort en surestimant le fumet de la gamelle, car la plupart des députés Verts ont hurlé d’horreur devant le «niet» de leur PolitBuro. Dany Cohn-Bendit, s’est même exclamé à propos de ce refus: «Mais quelle connerie!». Et d’ailleurs, l’instance de ce parti qui a pris cette décision, le Bureau exécutif, ne l’a votée que de justesse par 7 voix contre 3 et 5 abstentions.

 

Il faut dire que Manuel Valls, conscient du danger, avait multiplié les concessions au profit de ses ex-alliés en cédant sur leurs principales revendications :

 

– introduction d’une dose de proportionnelle dans l’élection des députés (25% d’élus), ce qui garantissait une présence appréciable des écolos sur les bancs de l’Assemblée nationale (mais aussi un nombre important de parlementaires Front national);

– arrêt définitif des réacteurs nucléaires de troisième génération (EPR);

– fermeture de vingt-cinq centrales atomiques;

­– la nomination de Cécile Duflot, devenue numéro 2 du gouvernement, à la tête d’un puissant ministère de l’écologie, du logement et, surtout, de l’énergie, ce qui aurait permis aux verts de diriger cette transition écologique qu’ils appellent de leurs vœux.

 

Résultat des courses: c’est notre Royal Ségolène qui hérite de ce maroquin maousse. Ce qui signifie que, même s’ils voulaient revenir un jour au gouvernement – ce qui est le souhait le plus cher d’au moins 75% de leurs députés – les écolos auront bien du mal à en déloger l’ancienne compagne du président Hollande qui sait conserver une bonne position, bien mieux que ces bleus de verts.

 

Bref, tout ce que les écolos ont toujours rêvé d’obtenir, le premier ministre le leur offrait sur un plateau d’argent. Alors pourquoi, une petite majorité de leur direction a-t-elle refusé de danser le tango avec Valls?

 

Une partie d’Europe-Ecologie-Les Verts ne croit plus aux chances des socialistes de sortir des sables mouvants de leur impopularité. L’effondrement historique du PS aux municipales, ajouté au fait que les écolos ont, eux, bien mieux résisté, l’ont confortée dans cette position. D’autant plus qu’alliés au Front de Gauche, ils ont enlevé aux socialistes l’importante ville de Grenoble. Dès lors, tablant sur le naufrage du paquebot rose emporté par des vagues bleues (voire bleue Marine) successives, ces rats verts préfèrent le quitter et préparer avec les rouges du Front de Gauche, l’opposition de demain.

 

Mais une autre partie, sans doute plus importante, ne veut pas entendre parler d’un tel accord avec l’extrême-gauche, ce qui les relègueraient dans une opposition stérile et morne, sinon éternellement (l’éternité est un concept inconnu en politique), du moins pour de nombreux lustres. Ils le feront payer très cher à Cécile Duflot. Pour l’instant, elle tient EELV, mais ce parti risque fort d’éclater.

Pour les écolos réalistes, on a toujours tort d’avoir raison dans l’impuissance.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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L'excellente et claire explication de Daniel Cohn-Bendit à Europe1


Cohn-Bendit dénonce la "faute politique" d'EELV par Europe1fr

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31/03/2014

François Hollande s’offre un tour de Valls. Et pour la première fois un Tessinois, à Matignon!

 

 

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Evacuons tout de suite l’info qui fait mouche en Suisse. Pour la première fois, un Tessinois est nommé premier ministre en France. Un demi-Tessinois, certes, mais de la meilleure moitié, la féminine, puisque la mère de Manuel Valls est originaire de Ludiano, près de Biasca. Son père, lui, est Catalan. Lorsque Le Plouc l’avait rencontré en 2008 à l’occasion de la sortie d’un livre et de la création de son Club 21, Valls s’était rappelé ses vacances estivales dans le village maternel. Mais nos compatriotes de la Banque seraient mal avisés de compter sur ces gènes suisses pour infléchir la position de Paris vis-à-vis de l’évasion fiscale. Fin de la séquence émotion helvétique.

 

Passons aux choses sérieuses. Sans surprise, le président Hollande a renvoyé son chef de gouvernement Jean-Marc Ayrault à ses chères études nantaises. Il va pouvoir enfin se consacrer à plein temps à son dada: l’implantation d’un aéroport dans les bocages verdoyants (en attendant d’être merdoyants à cause du kérosène) à Notre-Dame-des-Landes. Après la défaite historique du Parti socialiste – la perte de 155 villes ­– l’éjection d’Ayrault relevait du service minimum. Sans surprise, l’Elysée a nommé Manuel Valls à Matignon.

 

«Ah, mais Valls va diviser le PS ! Son aile gauche et les écolos rejettent ce social-traître. Hollande va perdre sa majorité!» Calmons-nous! Les députés verts et rouges ne sont pas de bleus. S’ils provoquent une crise gouvernementale majeure, l’Assemblée nationale risque d’être dissoute. Ont-ils vraiment envie de retourner devant les électeurs après la claque mémorable qu’ils viennent de subir ? Ils vont donc grogner, râler, gronder. Hollande et Valls devront les calmer en leur caressant l’égo dans le sens du poil. Et ils rentreront à la niche comme d’habitude.

 

En fait, comme Le Plouc l’a souligné dans son précédent blogue, François Hollande n’a pas le choix. En renonçant à renégocier le Pacte budgétaire européen qu’Angela Merkel avait réussi à refiler son prédécesseur Sarkozy, l’actuel président est obligé de continuer sur la voie de l’austérité. Il ne peut pas arrêter ses réformes au milieu du gué. Il est obligé de les faire passer coûte que coûte. Une politique économique de cet ordre ne se pilote pas comme un tricycle mais comme un énorme paquebot.

 

Et pour faire ce boulot, Manuel Valls a le bon profil. Autoritaire et bien vu par les électeurs de droite, il est l’un des rares ministres à rester populaires dans les sondages. L’opposition n’est pas encore parvenue à le déstabiliser.

 

Enfin, en matière de social-libéralisme, Valls se trouve sur la même ligne que François Hollande.  A preuve, ce qu’il disait au Plouc il y a six ans, lorsque le nouveau chef du gouvernement n’était encore qu’un député-maire de l’opposition:

 

«Il y a de la cohérence à accepter pleinement la société de marché tout en construisant un service public fort et adapté. Il faut que nous, socialistes, ayons le courage de dire aux Français, oui, nous devrons travailler plus longtemps et prendre en charge l’apparition du 4e âge, celui de la dépendance.»

 

La mission confiée au premier ministre Valls est plutôt compliquée: il doit expliquer aux Français qu’il ne faut rien changer au… changement qui a été initié. Son rôle sera avant tout celui d’un super-communiquant destiné à persuader des Français à bout de nerfs que la patience est plus qu’une vertu, une nécessité. S’il réussit ce tour de force – qui relève plus du ministère de Lourdes que de celui de Matignon – les plus hautes destinées sont promises au catalo-tessinois d’Evry

 

Avec son nouveau tour de Valls, Hollande va-t-il vraiment redonner de l’air à son quinquennat qui est déjà à bout de souffle? 

 

 

Jean-Noël Cuénod

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30/03/2014

François Hollande coupable du Waterloo de la rue de Solférino

 

 Les politologues avaient pronostiqué une courte défaite des socialistes lors des élections municipales françaises. En temps normal, dans ce type de scrutin, les thèmes nationaux sont occultés par les problèmes de rond-point ou de ramassage des ordures. Mais voilà, comme nous ne vivons pas une époque normale, le président «normal» a pris normalement une claque magistrale ! C’est Waterloo, rue de Solférino, siège parisien du Parti socialiste.

 

François Hollande paye au prix fort la déception profonde qu’il a causée, au sein même de son camp. Certes, les Français avaient plutôt écarté l’agité Sarkozy qu’ils ne l’avaient choisi de gaieté de cœur. Mais tout de même, sa volonté de réformer en respectant les impératifs de la justice sociale avait séduit une majorité d’électeurs. Ceux-ci ont vite déchanté. Hollande a, en effet, complètement raté les six premiers mois de son mandat, à l’instar de Nicolas Sarkozy.

 

 Tout d’abord, en nommant comme premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui s’est montré incapable de donner à son gouvernement ne serait-ce qu’une esquisse de cohérence. Ensuite, en tolérant que des ministres parlent à tort et à travers plutôt que de faire leur boulot. Enfin et surtout, en acceptant la politique d’austérité voulue par Angela Merkel afin de renforcer la domination économique de l’Allemagne sur l’Europe.

Or, justement, le candidat Hollande avait pourtant bien vu le danger en affirmant qu’il renégocierait le pacte budgétaire européen. Il n’a, en fait, rien négocié du tout et n’a pas eu le cran de résister à la pression de Berlin. La France s’est enfoncée dans l’austérité, avec ses corollaires, restrictions budgétaires et augmentations d’impôts, provoquant hausse du chômage et baisse du pouvoir d’achat.

 

Les socialistes supplient le président Hollande de changer de cap, après ce direct en pleine face. Mais comment le fera-t-il ? Il n’a plus de marge de manœuvre, après avoir accepté la logique du pacte budgétaire. Un changement de gouvernement ne suffira pas à redonner de l’espoir à ceux qui n’attendent plus rien du pouvoir politique. Dimanche soir, le Parti socialiste a perdu plus que des mairies.

 

Jean-Noël Cuénod

 

23:04 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : élections, municipales, france | |  Facebook | | |

29/03/2014

A CORPS PERDU

A CORPS PERDU

  

Sur les rues désertes je dessine ton corps

Les épais nuages ne charrient que du vide

Et dans le ciel vaine attente de l’éclair

Le silence étrangle même les rossignols

 

Refuge plein de bruits au fond du bistrot

Buée sur les vitres les songes se dissipent

Le café glisse lentement son ombre amère

Au creux du ventre serpent fraternel et chaud

 Devant la carafe d’eau tristesse plaisante

Sur ses flancs roulent des larmes multicolores

Sur le formica la crasse trace ses plans

Les épaisses vapeurs de bière s’incrustent

Comme l’encens qui colle au mur des cathédrales

A la pendule le temps ne bat plus ses cartes

Tous les vieux joueurs ont quitté la partie

Et tous les néons sont rendus à leur néant

 

La porte s’ouvre le silence sort ses griffes

Le ciel distille ses menaces de plomb

Mais je suis hors d’atteinte ma chair est sauve

Je sais maintenant que ton corps est éternel

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo Adrian Radu

 

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- Circonstances

 

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27/03/2014

Devant des journalistes étrangers, Jean-François Copé multiplie les vacheries sur ses «compagnons» de parti (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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«Monsieur Jean-François Copé organise cet après-midi une petite réunion pour quelques journalistes étrangers. Etes-vous libre ?» Au téléphone, une voix flûtée tire Le Plouc de sa torpeur parisienne. Qu’est-ce que le président de l’UMP peut bien leur annoncer, à ces scribouillards allogènes? Ils n’apporteront aucune voix à ses candidats pour le second tour, dimanche, des élections municipales françaises. Certes, les ressortissants de l’Union européenne ont le droit de voter à cette consultation. Mais il est douteux que les Anglais du Périgord attendent la BBC pour choisir le maire de Saint-Sulpice-de-Mareuil ou de Rudeau-Ladosse.

 

Au siège parisien de l’UMP, rue de Vaugirard, – un immeuble tout en verre qui sent encore le neuf, de style clinique et qui a coûté 40 millions d’euros – huit journalistes ont donc bavardé avec le grand patron du parti de la droite française. Il s’agit pour lui de recadrer la presse étrangère qui s’est fait enfumer par les vilains médias français en présentant le Front national comme le principal vainqueur du premier tour des municipales.

 

En d’autres termes, les vrais gagnants, c’est nous à l’UMP. Ou plutôt, c’est moi, grâce à ma ligne, celle du «ni-ni». Ni accord avec le FN, ni Front républicain avec les socialistes, même pour barrer la route aux lepénistes. «La digue de l’UMP n’a pas cédé face au Front national. Nous n’avons conclu aucune alliance avec les frontistes. La seule fusion d’une liste de droite avec le Front national  s’est conclue à Villeneuve-Saint-Georges. J’ai aussitôt viré les 3 ou 4 conseillers municipaux UMP qui se sont prêtés à ce jeu».

 

Voilà pour le principal «élément de langage» à faire avaler aux journaleux. Mais Jean-François Copé a aussi réservé une série de vacheries contre ses rivaux au sein de son propre parti : François Fillon, Alain Juppé et même Nicolas Sarkozy, l’homme le plus écouté de France. Se serait-il laissé aller en causant avec des journalistes étrangers? Ou veut-il ringardiser, sur le plan international, ceux qui lui feront de l’ombre en 2017 pour succéder à un François Hollande qu’il voit battu d’avance?

 

Copé rappelle illico que cette tactique du «ni-ni» , c’est lui ­– et personne d’autres ­– qui l’a mise au point à l’occasion des élections cantonales de 2011: «Juppé et Fillon voulaient partir avec la gauche contre le FN. Nos électeurs étaient fous de rage» et d’ajouter aussitôt : «Il est vrai que depuis, Fillon s’est montré plus ambigu en disant qu’entre un socialiste et un frontiste, il choisirait le moins sectaire. Mais moi, j’ai établi une ligne claire, cohérente». 

 

Le président de l’UMP se voit donc en président de la République. Il ne le dit pas aussi ouvertement mais dans une conversation censée ne concerner que les municipales, il se met à décliner un programme tout ce qui a de plus présidentiel:

«Suppression des 35 heures, retraite à 65 ans, réforme fiscale, immigration choisie, réforme de l’école, baisse des dépenses publiques… Un président peut amorcer ce programme dans les six premiers mois de son mandat, par ordonnances». Mais alors il se voit déjà à l’Elysée! Et lorsque Le Plouc lui en fait la remarque, Copé se marre : «N’allez surtout pas dire ça! » Il ajoute dans la foulée : «J’ai une grosse difficulté par rapport à mes aînés (sous-entendu, des vieux impropres à la consommation électorale). C’est que moi, je suis en pleine bataille au quotidien à la tête de l’UMP. Je participe à une course de haies, les municipales, les européennes, les sénatoriales. Alors qu’eux peuvent se placer pour la présidentielle».

Et son impopularité? Copé continue à flinguer les copains : «Lorsqu’un homme politique se tait dans les médias, il atteint des sommets de popularité, à l’exemple d’Alain Juppé. Cela fait au moins un an qu’il n’a plus participé à une grande émission de télé. Remarquez que François Fillon, lui aussi, se tait mais cela ne le rend pas plus populaire pour autant!»

Même Sarkozy n’est pas épargné, lui qui reste le préféré des électeurs de droite : «J’attends qu’il parle et on verra. Vous savez, cela se passe toujours ainsi lorsqu’un homme politique est en retrait. Dès qu’il parle, sa popularité baisse. Si Sarkozy déclare qu’il va supprimer les 35 heures, on lui demandera pourquoi il ne l’a pas fait durant son quinquennat. Et sa cote baissera de 5%. S’il annonce que les 35 heures seront maintenues, les électeurs de droite seront déçus et  sa cote baissera aussi».

 

A l’UMP, on s’aime vraiment beaucoup. Dans la défaite comme dans la victoire.

 

Jean-Noël Cuénod

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25/03/2014

MESSE BASSE


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MESSE BASSE

 

Légère cantate montant l’escalier

Dans un nuage froufroutant de jupons blancs

Les champignons infiltrés dans les vieilles pierres

Dégagent un lourd parfum de bénitier

 

Une porte s’ouvre une autre claque

Des voix d’outre-mur marmonnent leur liturgie

Fantômes sonores sans parole distincte

Qui passent repassent trépassent et renaissent

Entre les cantiques confus des radios

Et les prêches caverneux des téléviseurs

 

La messe du soir se dilate comme un ventre

Et l’ennui se relève de son tombeau

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photos Olivier Rochette (www.corse-photos.fr)

 

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23/03/2014

Elections municipales françaises : triomphe du désarroi national

 

 La bataille pour la mairie était la compétition électorale préférée des Français, mise à part la présidentielle. L’imparfait s’impose désormais. Avec près de 40% d’abstention, le premier tour des municipales illustre le désamour des citoyens d’outre-Jura vis-à-vis de la politique.

 

 Les raisons sont multiples : impuissance des gouvernants à proposer une issue au déclin économique ; multiplication des affaires politico-judiciaires qui polluent autant la gauche que la droite de gouvernement ; coupure totale entre la sphère politique et la vie quotidienne ; incapacité de désigner une stratégie pour civiliser une mondialisation de plus en plus sauvage. A ce constat – qui pourrait s’appliquer à d’autres pays – s’ajoute une spécificité bien française : le millefeuille administratif.

 

Naguère encore, le maire était le symbole du pouvoir local ; chacun pouvait remarquer ses réalisations ou déplorer son inertie. Aujourd’hui, les communes sont devenues trop petites dans un monde trop grand et qui tourne trop vite. Mais pour satisfaire l’ego des roitelets de bourgades, l’Etat a préféré conserver les communes dans leur taille originelle.

Toutefois, comme il faut bien résoudre des problèmes qu’elle n'est plus en mesure de gérer, les gouvernements successifs ont ajouté d’autres structures au-dessus de l’entité municipale : syndicats intercommunaux, communautés de communes, communautés de pays, intercommunalités, entre autres «supramachins». Dès lors, petit à petit, même la commune a perdu sa visibilité. Le monde politique a disparu aux yeux des Français dans un épais brouillard, le laissant au bord de l’autoroute mondial où les poids lourds de l’économie globalisée menacent de l’écraser à chaque instant. Ce dimanche a rendu tangible le désarroi national.

 

Dans ce brouillard, perce une voix rendue éraillée par les cigarettes : celle de Marine Le Pen qui dit des choses simples : préférence nationale, retour dans le chaud giron de la France maternelle, loin des croquemitaines bronzés de la mondialisation. Peu importe que son programme soit irréalisable. Ce ne sont pas les paroles de la chanson frontiste que les Français apprécient mais sa musique. Il faut dire que celle des partis de gouvernement sonne tellement faux…

Quels que soient les résultats du second tour, le Front national sort d’ores et déjà vainqueur de ces élections municipales. Ne serait-ce que par la victoire, dès le premier tour, du frontiste Steeve Briois à Hénin-Beaumont.

Marine Le Pen semble avoir pris la mesure de la gestion catastrophique qui fut celle des maires frontistes dans les années 90 et dont les échecs ont tenu un rôle essentiel dans le déclin provisoire du FN.

Toutefois, la gestion au quotidien forcera les élus frontistes aux compromis. Ce qu’ils gagneront en respectabilité, ils le perdront en charisme. Le temps est venu, pour le Front national, de décevoir.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

Marine Le Pen,Front national,maire


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20/03/2014

La Suisse rend le gouvernement français schizophrène (les Jeudis du Plouc)

 

Horreur! Un opérateur français de téléphonie pourrait devenir suisse! Numericable s’apprête à acquérir SFR. Le premier nommé appartient au groupe Altice dont le siège se trouve au Luxembourg. Jusque là, tout va bien. Mais ça se gâte vite : le patron d’Altice, Patrick Drahi, vit à – beurk ! – Genève. La gentille fiscalité luxembourgeoise ne gêne pas l’odorat parisien. Mais la vilaine fiscalité suisse, elle, pue à dix pas. 

           

 Dans ce style chantourné, élégant, fluide qui est la marque des ministres d’outre-Jura depuis quelques lustres, la porte-parole du gouvernement Ayrault, Najat Vallaud-Belkacem, s’en est émue mercredi, publiquement :

« Ce n’est pas neutre pour les consommateurs de savoir qu’une entreprise comme SFR est susceptible de devenir une entreprise suisse, donc c’est une vraie question qui est posée».

On sait que le gouvernement français cherche à favoriser Bouygues dans le rachat de SFR, même s’il n’a pas les moyens légaux de l’imposer. Bouygues étant aussi propriétaire de la chaîne TF1 avec son audimat mammouth, on comprend que le pouvoir politique veuille lui brosser la manche. Ce qui relève du dérisoire est l’argument «suisse» pour tenter de flinguer Numericable. Après tout,  cela ne gêne nullement Paris que le constructeur français Peugeot devienne en partie chinois.

 

Un jour après que la ministre Vallaud-Belkacem a débité son galimatias helvétophobe, son collègue Pierre Moscovici a, lui, tressé des couronnes de lauriers au groupe italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC). Le numéro 2 mondial des armateurs vient de commander deux paquebots au chantier naval STX France (photo) à Saint-Nazaire, en déposant la somme de 1,5 milliard d’euros. Et pourtant, le siège de MSC est à Genève, comme le lieu de domicile du patron de Numericable. Mais là,  plus de «beurk», ce serait plutôt «miam-miam» !

Le ministre de l’économie Pierre Moscovici s’en pourlèche d’ailleurs les babines :

«Cette commande est une récompense pour la compétitivité des entreprises françaises. Elle représente seize millions d'heures de travail, ce qui donne une sécurité à 2000 personnes pour plusieurs années». Et surtout le chantier naval est sauvé pour un bon bout de temps. Là, pour le coup, Genève embaume la rose et Paris ne songe plus à lui chercher des poux dans sa fiscalité.

 

Et puis que la marine suisse vienne au secours du port de Saint-Nazaire, voilà qui nous fait bien gondoler!

 

Jean-Noël Cuénod 

 

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18/03/2014

La Russie, cet ennemi que nous aimons tant détester

 

 

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Le retour de la Guerre froide sonne dans les médias comme ces vieux refrains qui nous énervaient tant jadis, mais sans lesquels la vie nous paraissait si fade. Il faut dire que le maître de toutes les Russies (et un poil au-delà) a tout fait pour nous rappeler le réfrigérant passé. Tout d’abord, un bon coup de force et après un petit coup de référendum pour faire passer le tout. Un bortch bien gras et après, hop, une lampée de vodka ! Tout ça vous tient bien au corps.

 

La question posée aux Criméens était un petit bijou de manipulation digne du Grand Staline lui-même. Les votants n’avaient pas à choisir entre la Russie et l’Ukraine mais entre la Russie et un statut d’autonomie tellement large que de toute façon, l’Ukraine aurait perdu, de fait, la Crimée. Le choix entre «oui» et «oui» voilà qui nous ramène aux listes uniques de la démocratie version tchékiste. Avec une superbe invention moderne, le portage des urnes au domicile des votants.

Le résultat de cette consultation – 96,77% en faveur de la Russie – nous rappelle aussi quelque chose. Surtout, le taux de participation semble aussi sincère que celui des consultations brejnéviennes : 86% alors que les minorités ukrainienne et tatare (37%) avaient appelé au boycott.

Toutefois, Moscou n’aurait même pas eu besoin d’artifices pour l’emporter (mais que voulez-vous ? On ne se refait pas !), les Russes étant majoritaires en Crimée ; ils s’étaient réveillées Ukrainiens le 20 février 1954, sans que Khrouchtchev, alors patron du Parti soviétique, ait songé à demander leur avis. Dans les Républiques populaires, le peuple n’est là que pour faire adjectif.

 

Ces apparences ­– car il ne s’agit que de cela – d’un passé récupéré ont semé chez nous autres Européens, un drôle de sentiment : à l’angoisse de découvrir une situation de guerre à nos portes, s’est ajouté le soulagement de compter à nouveau avec un ennemi connu. Après la chute de l’Empire soviétique, nous nous sommes sentis dépourvus. Contre qui se construire? A qui se comparer pour pouvoir se rassurer et se dire qu’en ce miroir, l’Europe est toujours la plus belle? Sur quelle poupée vaudoue planterions-nous nos aiguilles?

 

Certes, l’islamoterrorisme s’est inscrit comme ennemi de substitution. Mais il demeure à l’état gazeux. Il peut couver ses vapeurs dans une cité des banlieues européennes, au fond des grottes du Sahel, sur les sommets afghans. Il est toxique, bien sûr, mais insaisissable. Il a le visage de Mohammed Merah qui pourrait être n’importe quel voisin de métro. Il n’a ni lieu bien circonscrit ni frontière et ses chefs paraissent interchangeables sous leur turban. On en tue un au Pakistan et son clone surgit à l’autre bout de la planète. Ce n’est pas du jeu, a-t-on envie de crier à ces ectoplasmes sanguinaires!

 

Alors qu’avec Poutine, c’est du solide, du charpenté. Il joue le jeu, lui, avec sa tronche d’espion qui venait du froid et ses gros sabots garnis de chenilles tankistes. C’est un ennemi d’Etat qui a l’obsession des frontières. Il veut les élargir, bien sûr, mais justement, en visant ce but, il en respecte le principe, contrairement aux islamoterroristes. L’agressivité russe a même quelque chose de rassurant. L’Europe se dit qu’avec Poutine, il est possible, en fin de compte, de lire ses desseins et de parler la même langue.

Et puis, ce retour de l’ennemi moscovite entrainera celui des kréminologues qui nous manquaient tellement. Les plus anciens d’entre nous avaient la nostalgie de ces savants politologues qui – rien qu’en scrutant sur l’estrade du 1er Mai la position de tel membre du Bureau politique par rapport au Secrétaire général du Parti ­– pouvait prédire son avenir. Une place plus loin par rapport au précédent 1er Mai, et la disgrâce voire le goulag se profilaient. Une place plus près, et le nirvâna bolchevique s’illuminait.

 

Aujourd’hui bien sûr, plus de 1er Mai à Moscou. Pour exercer leurs talents, les nouveaux kréminologues choisiront plutôt les cérémonies officielles qui se tiennent en la Cathédrale  de l’Annonciation lorsque le Patriarche de toutes les Russies, Sa Béatitude Kirill, accueille et glorifie le Pouvoir temporel. Quel ministre est-il plus proche de Poutine? Quel autre stagne derrière ses collègues? Qui reçoit la bénédiction juste après que Sa Présidence a baisé la croix tendue par le Patriarche ? Pour les kréminologues, c’est une véritable résurrection.

 

L’annexion de la Crimée nous a donc offert le retour de notre vieil ennemi bien aimé. L’ennui, c’est que l’autre, le fantôme islamoterroriste, continuera à nous hanter.

 

Jean-Noël Cuénod

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16/03/2014

VANILLE

 

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VANILLE

 

Rayon de soleil vanillé

Sur le toit garni de corbeaux

Hésitation du matin

Frémissement  dans les plumages

Un parfum féminin s’envole

Douce prière de la peau

 

 

                                   *****************

 

L’AILE DU DOUTE

 

Sur l’aile du doute

Navigue ma foi

Vers d’autres matins

Elle s’est envolée

Mais le soir venu

Elle revient

Plumage nouveau

Et même regard

 

Jean-Noël Cuénod

PHOTO: BLOG moniquetdany.typepad.fr

 

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14/03/2014

Pics de pollution, Le Plouc en a ras le pot d’échappement !

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Visez donc la photo prise par l’excellent Stefan de Vries, correspondant néerlandais à Paris pour RTL4.  Une partie montre Paris un jour de pollution, si l’on ose dire, «normale» et l’autre, prise sous le même angle de vue, représente la capitale telle qu’elle est actuellement, au moment où l’empoisonnement de l’air atteint l’un de ses pics monstrueux. L’anticyclone qui apporte le soleil, transforme la cuvette parisienne en un vaste cloaque poussiéreux. 

 

Alors que chacun pourrait se réjouir de ce temps splendide, nous voilà en train de fermer les fenêtres, d’éviter toute sortie inutile, de laisser tomber les balades à vélo et les flâneries sur les boulevards. Nous en sommes réduits à espérer le retour des jours pluvieux qui, pourtant, ont accablé les Parisiens pendant des semaines, longues, grises et enrhumées. Nous avons le choix entre le coryza causé par l’humidité et la bronchite due aux particules fines.

 

Ces micro-organismes restent en suspension dans l’air et pénètrent à l’intérieur des poumons, pouvant provoquer cancers, crises d’asthme, infections respiratoires, maladies cardio-vasculaires et autres joyeusetés qui font le bonheur des petits et des grands.

 Ces saloperies ont diverses origines : les volcans en éruption, mais ils sont assez rares dans la région parisienne ; les feux de forêts, mais le Bois de Boulogne est plus enflammé par des allumeuses que par des allumettes ; le chauffage, mais qui fait marcher sa chaudière par une météo aussi estivale ?

Restent les seuls grands coupables : les bagnoles, surtout celles qui roulent au diesel ; elles abondent en France, puisque ses gouvernements successifs ont été  assez stupides – ou alors soumis aux groupes de pression bagnolards ­– pour avantager fiscalement ce carburant.

 

La version démagogique de la plaidoirie des bagnolards a pour thème : ce sont les pauvres des banlieues qui sont contraints d’utiliser leurs caisses au diesel, alors que les Bobos parigots bénéficiant de formidables réseaux de transports publics, peuvent s’en passer. C’est réducteur. Mais ce n’est pas faux.

 

Les RER amenant les banlieusards dans la Ville Lumière (tamisée aujourd’hui par les gaz), se transforment trop souvent en galère. Au zinc des bistrots, on raconte souvent qu’un tel a perdu son boulot parce qu’il arrivait systématiquement en retard à cause de son maudit train. Cela dit,  si les RER tombent en rideau, les voitures restent bloquées dans les bouchons. Les banlieusards sombrent donc de rideaux en bouchons. Ce qui n’est pas la plus enthousiasmante des perspectives.  Et rien n’est fait pour améliorer la situation.

 

Alors qui faut-il accuser ? L’incroyable millefeuille administratif qui dilue les responsabilités entre municipalités, intercommunalités, départements, régions, Etat au fur et à mesure que les gaz polluants se concentrent ? Cela saute aux yeux (qui piquent).

Les groupes de pression des constructeurs autos, des compagnies pétrolières, des transporteurs routiers ? Certes, mais enfin, ils font leur boulot.

Les sphères dirigeantes qui sont tellement élevées dans la stratosphère que même la pollution de l’air ne les concerne pas ? Certainement, puisqu’elles cèdent aux pressions desdits groupes.

 Les médias ? Bien sûr, puisqu’au lieu de battre le tambour à propos de ces pics polluants, ils nous jouent du pipeau à coulisse sur de vaseuses histoires d’écoutes sarkophages.

 

Mais l’accusé principal n’est autre que le citoyen bagnolard. Si le gouvernement fait mine d’augmenter les impôts sur le diesel, il s’embrase. Si le parlement adopte l’écotaxe, il prend son bonnet rouge. Si la vitesse est réduite, il démolit les radars de contrôle.

 

Bref, le Français aime sa bagnole. A en mourir.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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09/03/2014

FRUIT

           Quel fruit dans les mains des humains

  Vert ou moisi ? Volé ou donné ?

       Fruit défendu par qui ? Pour quoi ?

 

         Sous l’écorce, pomme de discorde ?

Chaque question est un pépin

       Planté dans l’épaisseur de la terre

           Où nos morts remplissent leur office

         D’anges pourris et transformateurs

     Laissez leur âme mûrir le germe

Car il n’est pas encor revenu

Le temps du soleil et du ciel

 

   De ce fruit tombé en disgrâce

 Naîtra la forêt des questions

                   Entre ses troncs l’homme doit s’y perdre

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Photo Brigitte Brissard, Bellac (Limousin)

 

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07/03/2014

Sarkozy, Copé and Co ou la vertigineuse descente aux enfers de la droite française

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Il y a quelque chose de fascinant, d’effarant mais aussi d’angoissant à assister à la vertigineuse descente aux enfers de l’UMP, le parti de la droite française de gouvernement.

 

C’est tout d’abord, le calamiteux président de l’UMP Jean-François Copé qui est accusé par le magazine «Le Point», qu’on ne saurait qualifier de brûlot gauchiste, d’avoir favorisé, avec l’argent de son parti, la boîte de communication appartenant à deux de ses proches, à hauteur de huit millions d’euros. Or, l’UMP avait supplié ses adhérents de la renflouer pour onze millions. La réplique de Copé s’est révélée lamentable. Pour faire contre-feu, il a annoncé le dépôt d’un projet de loi pour assurer la transparence des partis. Malheureusement, cette loi existe déjà et Copé s’y était opposé au moment de son adoption au parlement!

 

C’est ensuite, le conseiller d’extrême-droite de Sarkozy, Patrick Buisson, qui avait enregistré l’alors président de la République, à l’insu de ce dernier. Ces conversations ne relèvent rien d’autres que la vulgarité fricarde de la Sarkosphère, la dinguerie Buissonière et le mépris que le ci-devant locataire de l’Elysée vouait à certains de ces ministres. Mais ces conversations captées sur un dictaphone de poche auraient pu aussi dévoiler des secrets relevant de la sécurité nationale. Et à ce propos–puisque ces bandes semblent se promener un peu partout (Qui les diffuse? En voilà une question qu’elle est bonne, comme dirait Coluche !) ­– l’avenir nous réserve peut-être de mauvaises surprises.

 

C’est enfin Nicolas Sarkozy lui-même, qui est décidément un homme très écouté. Les juges d’instruction parisiens Serge Tournaire et René Grouman sont chargés d’enquêter sur des accusations de «corruption», visant l’éventuel soutien financier que Kadhafi aurait apporté à Sarkozy lors de sa campagne présidentielle de 2007. Dans ce contexte, les magistrats décident de placer sous écoutes l'ancien président, ainsi que deux de ses anciens ministres de l'intérieur, Claude Guéant et Brice Hortefeux. En soi, l’information est étonnante: c’est la première fois qu’une telle mesure est prise à propos d’un ex-chef de l’Etat en France.

Mais il y a plus explosif encore: ces écoutes montrent que Nicolas Sarkozy et son avocat Me Thierry Herzog sont très bien renseignés sur un autre dossier qui concernait l’ancien président – l’affaire Bettencourt – grâce à un haut magistrat de la Cour de cassation. Celui-ci a informé le camp sarkozyste sur l'évolution des tendances au sein de cette Cour, grâce à son accès à l’intranet de la juridiction.

Ces transcriptions évoquent un échange particulièrement délicat, entre Me Herzog et Sarkozy. L’avocat indique à son client que le magistrat, proche de la retraite, souhaite que l’ancien président use de son influence afin de le propulser conseiller d’Etat à Monaco, une sinécure de rêve.

 

Le gouvernement socialiste semble incapable de sortir la France de son marasme qui est au moins aussi moral que social et économique. Son principal opposant, l’UMP, s’effondre dans une série de scandales consternants, au moment même où son champion Sarkozy prépare sa reconquête de l’Elysée en 2017.  L’ex-président s’apprête sans doute à créer son propre parti sur les décombres de l’UMP. Ce tour de prestidigitation lui permettrait d’éviter d’en passer par d’humiliantes «primaires» en 2017. Mais il ne saurait le débarrasser du magma d’affaires qui colle à ses semelles.

 

Pendant ce temps, Marine Le Pen compte les points, entre deux bouffées de cigarette électronique.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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06/03/2014

Poutine et son éventuelle guerre en Ukraine feront-ils le jeu du gaz de schiste? (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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Si la guerre éclate en Ukraine, le gaz de schiste ne risque-t-il pas de devenir l’un des vainqueurs de ce conflit? Comment? De quelle manière?

 

Vieux cliché : l’argent est le nerf de la guerre. Certes, mais ce nerf par quels fluides est-il irrigué? Pour la Russie, la réponse relève de l’évidence: les hydrocarbures. D’après un rapport du Sénat français qui vient d’être publié – bizarrement, il n’a guère suscité d’intérêt – «en 2012, le secteur de l’énergie a représenté environ 34% du produit intérieur brut (PIB) russe, mais a procuré 67% de l’ensemble des recettes d’exportation et 50% des recettes budgétaires de la Fédération». (lire ici le rapport sénatorial).

 

L’Union européenne absorbe les trois quarts des exportations de pétrole de la Russie et les quatre cinquièmes de ses exportations de gaz. Alors, les Européens sont-ils à ce point dépendants des hydrocarbures russes? Oui, mais cette dépendance va dans les deux sens, souligne le rapport: «Sans exportation d’énergie (…), la Russie ne pourrait  pas importer sans mettre en péril sa situation financière. Elle a, de fait, un besoin vital de vendre, ce qui relativise pour le moins la dépendance énergétique de ses clients, notamment de l’Union européenne». D’autant plus que la Russie n’a que deux gros acheteurs: l’Union européenne et la Chine.

 

Dès lors, si un conflit éclate en Ukraine, menaçant les voies d’approvisionnement énergétique du continent (mais aussi la manne pétrogazière perçue par  Moscou), l’Union européenne pourrait être tentée par l’extraction du gaz de schiste. Elle dispose d’importantes réserves en la matière. La compagnie française Total les estime entre 3 000 et 12 000 milliards de mètres-cube. Grâce au gaz de schiste, les Etats-Unis sont en train de passer d’importateurs à exportateurs d’énergie.

 

Certes, on ne saurait plaquer l’exemple américain sur la situation géologique et géographique de l’Europe. La forte densité démographique de notre continent par rapport aux Etats-Unis (113 habitants au kilomètres-carré contre 31) aura pour effet que le nombre d’ouvertures de puits sera nettement plus restreint qu’en Amérique du Nord ; par conséquent, cette production sera plus coûteuse en Europe.

Toutefois, le gaz de schiste, s’il devient réalité sur notre continent, constituera une alternative sérieuse aux hydrocarbures russes. Pour la Fédération de Russie, il s’agit d’un véritable scénario catastrophe.

 

Certes, le sous-sol russe semble riche en gaz de schiste. Mais pour l’extraire, il faut user d’une technologie de les Russes ne maîtrisent pas encore seuls ; ils devraient donc s’allier à des compagnies américaines ou européennes pour y parvenir. Mais ce genre d’accord n’est guère compatible avec un état de guerre.

 

A propos d’extraction, oublierais-je  un léger détail? Ah, oui, l’environnement.  Les forages pour capter le gaz de schiste s’effectuent par l’injection, à plus de mille mètres sous le sol, d’un mélange d’eau, de sable et de détergents sous pression, afin de fracturer les roches qui abritent le gaz. D’où des risques intenses de pollution des nappes phréatiques et d’empoisonnement des eaux. 

C’est pourquoi l’Europe a, pour le moment, renoncé au gaz de schiste. Mais si une crise énergétique majeure intervient entre notre continent et la Russie, il ne fait aucun doute que notre goinfrerie énergétique triomphera de notre très modeste sagesse écologique.

 

 

Jean-Noël Cuénod


 

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