13/09/2014

PREMIER CAILLOU

 

 

 

Souviens-toi du premier caillou

Que tu as saisi au creux de la main

Le monde tenait dans cette merveille

 

Tout était possible même la mer

Tout t’appartenait même le soleil

 

La montagne traçait les sentiers

Pour te sauvegarder de ses chaos

 

Libre roi sans sujet sans ennemi

La couronne inscrite sur tes genoux

Royaume d’herbes sèches et de vipères

De noisetiers après la pluie

Et de tronc d’arbre en patte d’éléphant

 

 

Tu étais l’étoile et la molécule

Tu savais tirer le feu de la pierre

Tu lisais l’univers à livre ouvert

Tu parlais la langue d’avant la langue

Avec pour unique alphabet ton coeur

 

Ne connaissant rien tu savais tout

Familier des oiseaux et des morts

 

Tu n’avais pas encore appris les murs

Petit soleil marchant dans la forêt

 

Tu avais disparu et te voilà

J’attendais tendu l’écho de tes pas

Mais tu n’as pas raté le rendez-vous

Ouvre donc ta main et laisse tomber

Ton premier caillou sur le cercueil

 

 

                     **********

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

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11/09/2014

Obama, Al-Assad et l’Etat islamique, vers un gloubiboulga pimenté (les Jeudis du Plouc)

 

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« Notre objectif est clair. Nous affaiblirons et, à terme, détruirons l’Etat islamique ». En prononçant mercredi ces paroles martiales, Barack Obama s’est voulu rassurant. Deux semaines après avoir avoué que les Etats-Unis n’avaient pas de stratégie vis-à-vis des partisans du Calife Ibrahim, voilà le président américain qui nous en sort une, toute fraîche, encore emmaillotée dans son emballage d’origine. Les services américains ont mis huit ans à se rendre compte du danger représenté par cet Etat autoproclamé. Mais en quelques jours la Maison-Blanche a trouvé la parade à l’avancée des « califistes » en Irak et en Syrie. Miracle ou mirage ?

 

Si l’objectif « est clair », pour reprendre l’expression d’Obama, les moyens pour y parvenir ne le sont pas du tout. Le président annonce que l’intervention américaine se limitera aux frappes aériennes qui seront étendues à la Syrie, après avoir été ordonnées en Irak. Mais ce ne sera pas suffisant pour contrer les troupes de l’Etat islamique (EI) qui occupent de vastes territoires en Irak et en Syrie (voir carte). Le « service au sol » sera assuré en Syrie par les rebelles anti-Bachar de tendance laïque et démocrate (Armée syrienne libre), explique la Maison-Blanche. A cet effet, le président Obama va demander au Congrès de débloquer 500 millions de dollars pour équiper et former ces combattants occidentalo-compatibles. Ces derniers, malheureusement, sont mal organisés, divisés et ont démontré leur inefficacité sur le terrain militaire. A telle enseigne, qu’ils ont laissé les troupes djihadistes les plus radicales prendre la tête des opposants au dictateur syrien Bachar Al-Assad, parmi lesquels figurent les combattants qui agissent aujourd’hui au nom de l’Etat islamique.

 

Surtout, l’inévitable question de l’ennemi principal se pose d’emblée. Actuellement, il y a deux guerres en Syrie. L’une menée contre Bachar Al-Assad et l’autre contre l’Etat islamique qui, lui-même, combat les troupes de Bachar! Les Etats-Unis luttent donc à la fois contre le dictateur de Damas et le calife de l’EI. Mais comment mener le feu sur deux fronts à la fois sans courir à l’échec ? Comment porter le fer contre une partie des opposants au régime syrien (les troupes de l’EI) sans faire le jeu d’Al-Assad ? Comment garantir que les armes fournies par les Etats-Unis aux rebelles occidentalo-compatibles ne vont pas, en fin de compte, enrichir l’arsenal du calife, déjà bien pourvu en matériel d’origine américaine amassé en Irak?

 

Ce que ne dit pas Barack Obama, c’est qu’il sera bien obligé de choisir entre la peste « calife » et le choléra « Bachar ». Sans doute, ménagera-t-il Al-Assad, l’Etat islamique faisant courir plus de danger sur la scène mondiale que le régime syrien. Nous souhaitons bien du plaisir au président lorsqu’il devra expliquer que le « monstre de Damas » n’est, au fond, pas si monstrueux que ça ! Sa parole perdra encore un peu plus de son poids.

 

Pendant ce temps, l’allié de Bachar, la Russie, compte les points en Syrie et avance ses pions en Ukraine. L’autre allié de Damas, l’Iran – désormais replacé dans le jeu mondial par son opposition farouche à l’Etat islamique –, espère profiter de cette situation nouvelle en décrochant un accord le statisfaisant sur le dossier nucléaire.

 

Les Etats-Unis en particulier et le monde en général, auront bien de la peine à digérer ce gloubiboulga pimenté.

 

Jean-Noël Cuénod


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07/09/2014

Obama n’a pas de stratégie contre l’Etat islamique : mais que fait la CIA ?

 


 imgres.jpg«We don’t have a strategy yet for fighting ISIS»  – «Nous n’avons pas encore de stratégie pour combattre l’Etat islamique» –  voilà ce que déclarait le 28 août Barack Obama,  responsable, paraît-il, de la première puissance mondiale. Relevons que l’ISIS en question n’est point la déesse égyptienne qui a reconstitué le corps de son mari et frère Osiris démembré par Seth, mais la traduction anglaise de cet Etat islamique qui a démembré la Syrie et l’Irak pour reconstituer le Califat de l’horreur obscurantiste.

 

Ainsi le président américain se lance dans une guerre contre un adversaire dont il ignore à peu près tout, sans avoir la moindre idée de la façon dont il va la mener. 

Voilà qui est aussi rassurant qu’un communiqué de l’OMS sur les avancées du virus Ebola, sauf qu’en ce cas, les scientifiques commencent à mettre au point des médicaments. Alors qu’en Irak-Syrie, Obama et, avec lui, tout l’Occident, patinent sur le houmous.

 

Pourtant, contrairement à ce que la plupart des médias diffusent, l’Etat islamique n’est pas né au début de cet été. Sous le nom d’ «Etat islamique en Irak» (devenu plus tard «Etat islamique en Irak et au Levant»), il a été fondé en 2006 par des sunnites radicaux, en lutte contre le pouvoir chiite irakien, qui revendiquaient déjà le contrôle de six grandes villes dont Bagdad, au moins en partie. 

A la faveur de la guerre civile contre Bachar Al-Assad, cet Etat autoproclamé s’est emparé de nombreux pans de la Syrie, dès avril 2013. L’an passé, l’Etat islamique se trouvait donc à la tête d’un vaste territoire englobant des districts syriens et irakiens. Mais cela n’avait guère soulevé l’émotion diplomatique et médiatique. Ce n’est qu’en juin dernier, lors de la proclamation du Califat par l'émir Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi (devenu calife Ibrahim) que, tout d’un coup, l’Etat islamique a semé la panique dans les chancelleries et les rédactions.

 

Par conséquent, lorsqu’Obama tombe des nues en découvrant ce phénomène, nous, nous tombons de l’armoire! 

 

Les Etats-Unis entretiennent à grands frais – plus de 75 milliards de dollars en 2012 – une «Communauté du renseignement» (Intelligence Community). Formée de dix-sept agences, employant près de 100 000 personnes, elle comprend notamment la CIA, la DIA (défense), la NSA avec ses longues oreilles qui traquent le moindre courriel au fin fond de la Lozère ou du Kamchatka et qui sait chez quel fournisseur à domicile, Angela Merkel a commandé sa bratwurst. 

 

Rien n’échappe au renseignement yankee. Sauf, l’essentiel.

 

Les agences américaines ont raté successivement, la révolte hongroise de 1956, l’arrivée au pouvoir de Khomeini, le 11-Septembre 2001, entre autres échecs cuisants. Ils ont donc également loupé la montée de l’Etat islamique. 

Soit Obama n’a pas suivi les analyses de ses services, soit ces derniers n’ont rien vu venir. Dans les deux cas, le contribuable américain peut se demander pourquoi verser 75 milliards de dollars par an à des organismes aussi inaptes à comprendre le monde ou à se faire écouter des dirigeants politiques. Autant consacrer ce fabuleux trésor à bâtir des assurances sociales dignes de ce nom.

 

L’un des reproches formulés par les services de renseignements français (nettement plus efficaces avec beaucoup moins de moyens) à l’endroit de ceux des Etats-Unis, est d’avoir privilégié le recours aux technologies de pointe au mépris de la récolte d’informations sur le terrain. De plus, on écoutant tout et n’importe quoi, la NSA embouteille tout le système d’analyses. Et un drone ne donnera jamais de «tuyaux» utiles sur les dissensions au sein de tel ou tel clan islamiste.

 

Toutefois, cette explication reste limitée. En effet, le renseignement américain avait  multiplié les bévues avant l’apparition des nouvelles technologies. Peut-être, faut-il voir dans cette incapacité chronique une conséquence de la culture des Etats-Unis centrée sur elle-même, à l’instar de ces sports collectifs que cette nation est à peu près la seule à pratiquer. 

 

On ne peut pas prétendre gouverner le monde en étant fasciné par son nombril.

 

Jean-Noël Cuénod


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04/09/2014

Avec Valérie Trierweiler et François Hollande, les «sans-dents» nous laissent sans voix! (Les Jeudis du Plouc)

 

 

 

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Elle paraît aux Arènes, la chose que Valérie Trierweiler consacre à son ci-devant compagnon, le président Hollande. Ce qui augure bien, et de la forme et du fond puisqu’il s’agit d’un règlement de mécompte amoureux.

 Tout d’abord, levons-nous et respectons une minute de silence à la mémoire des arbres qui ont été sacrifiés pour fabriquer ce machin imprimé.

 

 

Le seul avantage de cette publication (interdit de prononcer à son propos les mots «livre», «bouquin», «ouvrage», «œuvre»!) est qu’il est possible d’en causer sans le lire. Chaque média publie, en bonnes feuilles de mauvais aloi, un chapitre arraché à l’éditeur – au plein gré de son insu – pour une exclusivité vachement intergalactique. Il suffit donc de balayer son écran d’ordinateur pour placer dans son éprouvette virtuelle quelques gouttes de fiel distillées par la journaliste Trierweiler à propos de son ex.

 

Il y a quelques années, celui-ci déclarait détester les riches. Lors de son discours du Bourget en 2012, c’était la finance que le candidat vouait aux gémonies. Son ex-copine nous apprend aujourd’hui que le président ne peut pas encadrer les pauvres qu’il surnomme les «sans-dents». Voilà qui nous laisse sans voix.  François Hollande aurait-il une dent contre ses électeurs? Mais qui ment comme un arracheur de dents, chaque fois qu’il prend le crachoir?

 

En tout cas, ce truc en papier nous montre dans quelles profondeurs abyssales la société merdiatique entraîne la politique et le journalisme, ces mots nobles devenant vils par cette alchimie à l’envers  qui transforme l’or en plomb.

 

Une journaliste partage le lit du président. Et une fois larguée, la voilà qui balance à des milliers d’exemplaires les «misérables petits tas de secrets» (Malraux scribit) du ci-devant couple. Elle trahit ainsi deux fois sa profession. La première en entrant de plain-pied dans les sphères du pouvoir, sans quitter le journalisme mais sans pouvoir dire quoique ce soit sur l’exercice dudit pouvoir. La seconde, en se servant de son savoir-faire dans le seul but de satisfaire une vengeance personnelle.

Quant au président, il était discrédité par les méandres de sa politique, le voilà devenu ridicule par la divulgation de ses travers. Rien ne semble tenir droit chez lui.

 

Et l’on s’étonne que les politiciens et les journalistes perdent le peu de crédibilité qui leur reste?

 

Jean-Noël Cuénod

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01/09/2014

Université d’été du PS français à La Rochelle (2): L’impossible social-démocratie

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Photo JNC prise devant l'Université d'été de La Rochelle, dimanche 31 août 2014. Une militante distribue des tracts contre la politique du gouvernement Valls-Hollande. 

A l’Université d’été du PS à La Rochelle, lors d’un entretien inopiné, le politologue français Roland Cayrol nous a fait toucher du doigt la principale caractéristique qui sépare le PS des autres partis sociaux-démocrates européens:

«le PS n’est pas – et n’a jamais été – un parti social-démocrate, contrairement à ce que prétend François Hollande. Un parti social-démocrate repose sur une organisation syndicale puissante. Cela n’a jamais été le cas pour le socialisme français».

 

Beaucoup de syndicats mais peu de syndiqués, telle est la situation singulière de la France. A titre de comparaison, la plus importante centrale syndicale de ce pays, la CGT, revendique quelque 690 000 adhérents, alors que l’Union syndicale suisse en compte près de 400 000 pour… huit fois moins d’habitants. En Grande-Bretagne, le parti travailliste a été carrément créé par les syndicats qui voulaient disposer d’un relai politique. En Allemagne, en Autriche, en Suisse, dans les pays scandinaves, une seule centrale syndicale domine avec laquelle chaque parti socialiste ou social-démocrate a tissé des liens tellement étroits qu’on peut les qualifier de consubstantiels.

Les responsables syndicaux deviennent souvent des dirigeants politiques au sein de ces formations. En France, cette situation est rarissime. A telle enseigne que l’élection du syndicaliste de la CFDT Edouard Martin au Parlement européen sur la liste du PS français a été perçue, du côté des syndiqués, comme une trahison. Une réaction qui serait inimaginable en Suisse ou ailleurs.

 

Cette séparation entre gauche politique et syndicalisme remonte, au moins, à 1906, lorsque la CGT a créé sa Charte d’Amiens qui a donné le ton, par la suite, à toutes les autres centrales. Sous l’influence de l’anarcho-syndicalisme, cette Charte visait deux objectifs. D’une part, la défense des revendications immédiates et quotidiennes; d’autre part, la lutte pour une transformation de la société «en  toute indépendance des partis politiques et de l’Etat». Il n’y avait donc pas ce partage des rôles propres aux autres pays précités: aux syndicats les revendications sociales quotidiennes; aux partis de gauche, la transformation de la société. Au contraire, en France, syndicats et partis sont entrés en concurrence pour «changer le monde». Il s’en est suivi une idéologisation des syndicats qui se sont donc fragmentés, chacun défendant sa vision de la société.

 

Ce processus a créé la situation inverse à celle visée par la Charte d’Amiens. Alors qu’elle prônait l’indépendance du syndicat vis-à-vis des partis, cette Charte a abouti à créer des syndicats fortement idéologisés qui se sont soumis à des formations politiques, sans pour autant les influencer de façon notable, du fait de cette soumission. C’est ainsi que la CGT est devenue la courroie de transmission du Parti communiste français et la CFTC, la représentante de la doctrine sociale de l’Eglise catholique, deux entités qui, en matière de propagande et de contrôle, ont démontré toute l’ampleur de leur efficacité.

D’autres syndicats ont tenté de résister à ce processus. Force Ouvrière a quitté la CGT afin de se libérer du parti stalinien. Et la CFDT, issue de la CFTC, s’est émancipée de l’institution romaine. Mais ils n’ont pas réussi à créer une organisation unie et puissante, ni même à fournir au Parti socialiste des dirigeants de haut niveau, à l’exception, notable certes, de Jacques Delors (CFDT) et Pierre Bérégovoy (FO).

 

 

Le PS français s’est formé un autre humus, celui offert par le socialisme municipal. Au fil des succès électoraux, assurés par de bons gestionnaires, le Parti socialiste s’est créé de vastes réseaux sur tout le territoire. Il a attiré à lui les employés locaux, les fonctionnaires, les enseignants et s’est créé une clientèle à défaut de former des militants.

Parallèlement, cette large et implantation a séduit les éléments les plus carriéristes de la société française, ceux qui sont sortis de la fabrique à hauts fonctionnaires, l’Ecole nationale de l’Administration (ENA). Une grande partie d’entre eux ont adhéré au PS parce qu’ils voyaient dans ce parti une possibilité de promission. Ils auraient tout aussi bien pu choisir l’UMP ou une formation centriste de gouvernement. Par conséquent, ils leur a manqué cette «fibre populaire» qui permet à une formation sociale-démocrate de rester connectée au peuple. D’où l’autisme de l’actuel gouvernement.

 

 Autre élément négatif, alors qu’ils étaient environ 60 000 (sur quelque 100 000 adhérents !), les élus socialistes ont diminué de moitié après la déroute des élections municipales de ce printemps. Comme le PS repose en grande partie sur eux, le voilà fort dépourvu quand le tsunami électoral fut venu!

 

Le socialisme municipal semble avoir fait son temps. Et il est impossible de créer une sociale-démocratie sans substrat historique. «La gauche peut mourir», disait Manuel Valls. Pour le bon équilibre démocratique, il faudrait qu’elle renaisse en inventant un nouveau modèle qui pourrait fort bien inspirer les autres partis de la gauche européenne qui n’affichent pas tous une santé rayonnante. 

 

Jean-Noël Cuénod 

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30/08/2014

Université d’été du PS français (1): leçons de faire-savoir

 

 

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Avant de tirer les conclusions de l’Université d’été du PS français en rade… de La Rochelle, retenons les leçons de faire-savoir prodiguées samedi par certains ministres ou ex du gouvernement Valls-Hollande. Impressionnants. De vrais artistes. S’ils n’ont pas encore compris les fondamentaux de l’économie mondialisée, au moins maîtrisent-ils les nouveaux moyens de communications.

Le Plouc s’en est persuadé en rédigeant ses touïtes au fil des interventions de l’Ejecté Arnaud Montebourg et du ministre des finances Michel Sapin, ainsi qu’en assistant à l’arrivée vélocipédique de la Garde des Sceaux et des Dérailleurs Christiane Taubira.

 

Prenons le match Montebourg-Sapin. L’orateur s’efforce de commencer ni trop dur ni trop mou, afin de laisser les touïteurs se chauffer, tout en marquant son territoire. Après cette période initiale, il lance sa première phrase touitable. Bien entendu, elle ne doit pas dépasser les cent quarante signes maximum requis par ce truchement gazouilleur. Montebourg passe à l’attaque: «Nous avons construit le patriotisme économique au quotidien».

Cinquante-quatre caractères, ce qui laisse au touïteur l’espace nécessaire pour situer le lieu et les circonstances de la déclaration. Il s’agit aussi de prendre la pose patriotique, histoire de ne pas laisser Marine Le Pen agiter seule le drapeau tricolore.

 Et ainsi de suite, jusqu’à la dernière salve, celle qui doit viser Manuel Valls, l’Ejecteur de l’Ejecté : «C’est le destin des responsables politiques de se faire congédier lorsque, quelque fois, ils ont raison».

Nonante caractères, ce qui ménage de la place pour les guillemets et la mise en situation. Et lorsque Montebourg parle «destin», chaque auditeur pense aussitôt «2017». C’est de la mécanique subliminale.  

 

Entre ces phases touïtables, l’orateur prend soin de réserver, en  longues plages, une série de propos anodins afin de laisser le touïteur souffler, tout en ménageant les effets rhétoriques. Les Mozart du babil numérique savent que les fortissimi doivent être judicieusement dosés.

 

Sur ce terrain, le ministre Sapin a paru un peu vermoulu en comparaison du concertiste montebourgeois. Mais pour la mise en scène, la diva reste Christiane Taubira.

 

Elle doit marquer son soutien aux «frondeurs» tout en restant au gouvernement. Il lui faut donc attirer l’attention des médias afin que, si Valls l’éjecte à son tour, cela fasse le maximum d’images. Or, pas de bol, lorsque Taubira va débarquer, Montebourg fait son numéro devant toutes les caméras. Qu’à cela ne tienne, la Garde des Cycles (photo prise devant l’Elysée) arrive à vélo à l’Espace Encan où se tient l’uni d’été rochelaise. Succès garanti. Toujours à l’affut du dérisoire spectaculaire, les faiseurs d’image fondent sur la pétulante pédaleuse comme un essaim de guêpes.

 

Pour être politicien en France, il ne faut pas seulement causer fort, il faut aussi pédaler juste.

 

Et l’on se prend à songer que si les membres de cette caste mobilisaient autant de talents sur leurs dossiers qu’ils en fournissent pour leurs shows, la France s’en porterait d’autant mieux.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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28/08/2014

Montebourg l’imposteur – Les Jeudis du Plouc

 

images.jpg Ministre de l’économie s’opposant en paroles à la politique économique qu’il est chargé de conduire, Arnaud Montebourg a donc cessé – très provisoirement – de se payer la tête des Français. Remarquons qu’il n’a pas de lui-même renoncé à ses fonctions, ce qui lui aurait conféré un semblant d’allure. Il a été extrait du gouvernement par le premier ministre Valls et le président Hollande, comme une écharde.

 

Auteur en 2001, avec Vincent Peillon, d’un rapport sur la Suisse et le blanchiment d’argent sale truffé d’erreurs et d’approximations, Montebourg avait déjà montré à cette occasion que son faire-savoir dépassait de plusieurs coudées son savoir-faire. La Suisse et l’argent sale sont-ils des thèmes porteurs ? «Allons-y gaiement, ça nous propulsera au firmament médiatique. Et ne nous encombrons pas d’inutiles exactitudes». Cela lui avait valu de se faire appeler «Montebourde» par la presse romande. 

Bien entendu, ce fracassant rapport n’a eu aucun effet. Le secret bancaire suisse n’a été coulé, une douzaine d’années plus tard, que par la seule volonté de la puissance américaine. Montebourg n’a joué, dans cette affaire, que le rôle de mouche du coche. Il est vrai que cet agaçant diptère et le vrombissant politicien partagent plus d’un point commun.

 

Aujourd’hui, l’Ejecté de Frangy-en-Bresse affirme que la voie économique suivie par François Hollande mène à l’échec; il réclame la fin des mesures d’austérité et l’instauration de la relance par l’augmentation du pouvoir d’achat. La croissance qui en résulterait, permettrait de créer des emplois.

Tout d’abord, le France ayant perdu une grande partie de son tissu industriel, l’augmentation, aujourd’hui, du pouvoir d’achat des Français favoriserait surtout les importations, creusant encore plus le déficit commercial de ce pays. Dès lors, on voit mal comment l’emploi pourrait croître dans ces conditions. Cela dit, il est vrai que les mesures d’austérité adoptées par Hollande-Valls risquent fort de créer une déflation catastrophique.

 

Comment le gouvernement socialiste de la France s’est-il mis dans cette fâcheuse posture? Les causes sont nombreuses mais proviennent d’une erreur, «mère» de toutes les autres. A peine élu en juin 2012, François Hollande a renoncé à sa promesse de renégocier le pacte budgétaire européen – le tristement fameux TSCG ­– qui avait été adopté fort légèrement par l’alors président Sarkozy sous la pression de l’Allemagne d’Angela Merkel. Ce traité condamne ceux qui l’ont signé à suivre des mesures d’austérité budgétaires dictées, dans les faits, par Berlin. En le paraphant, la France s’est mise dans l’incapacité à reconstruire son industrie, notamment dans les domaines de l’environnement et du développement durable. Le candidat François Hollande avait bien vu l’écueil. Devenu président, il s’est aussitôt couché devant la chancelière allemande sans obtenir la moindre concession majeure.

 

Or, à la même époque, le ministre du Redressement économique (non, ce n’est pas drôle!) Arnaud Montebourg n’avait pas dénoncé cette capitulation concédée avant même le combat. Au contraire, il s’était montré solidaire de l’action du gouvernement auquel il appartenait de plein droit. Dès lors, lorsque Montebourg réclame aujourd’hui des mesures de relance rendues impossibles par le traité qu’il a approuvé, on ne frise plus l’imposture. On la défrise. Carrément.

 

De même,  ses rodomontades et tartarinades n’ont pas empêché le groupe Mittal de fermer ses hauts-fourneaux à Florange. Il avait tenté de faire oublier cet humiliant échec en lançant la promotion de produits français à la «une» des magazines, son torse télégénique enveloppé d’une marinière armoricaine (photo : sa marionnette aux « Guignols»).

 

L’action politique d’Arnaud Montebourg se borne donc à promouvoir son égo, à prendre la pose, à s’agiter mécaniquement lorsque pointe une caméra. Son modèle, c’est Sarkozy. Son anti-modèle, c’est Mendès-France.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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22/08/2014

Etat islamique, Russie, Iran and Co : à la recherche de l’ennemi principal (les Jeudis du Plouc)

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Mao Tsé-Tung en fit l’une de ses grandes réflexions stratégiques durant sa conquête du pouvoir. Il est essentiel de déterminer l’ennemi principal et, pour l’abattre, de s’allier avec l’ennemi secondaire. Quitte, lorsque l’ennemi principal est vaincu, à se retourner contre l’allié provisoire redevenu ennemi principal. Vous me suivez? Le Plouc vous avertit qu’il s’agit, en l’occurrence, d’une Longue Marche…

C’est ainsi que les troupes Parti communiste chinois ont pactisé avec celles de leurs adversaires nationalistes du Kuomintang, tout d’abord entre 1924 et 1927 contre les puissants seigneurs de la guerre, puis entre 1937 et fin 1945, contre les envahisseurs japonais. Dès les Nippons battus, la guerre civile a repris ; elle s’est conclue le 1er octobre 1949 par la victoire des communistes de Mao. Le Kuomintang a dû se contenter de régner sur Taïwan.

Mais à l’époque, les rapports de force se présentaient de façon ­– relativement – simple en Chine. Il fallait choisir entre faire la guerre à son ennemi national ou s’allier avec lui contre l’envahisseur.

 

Aujourd’hui, pour les Etats démocratiques, déterminer l’ennemi principal devient un casse-tête qu’on n’ose à peine qualifier de chinois. Il y a surabondance de facteurs hostiles. Or, il est impossible de vaincre en luttant sur plusieurs fronts à la fois. Pour l’instant, les démocraties n’ont pas encore choisi leur ennemi principal.

Ou plutôt, cet ennemi principal change tout le temps de tête: il y a trois ans, c’était le dictateur syrien Bachar al-Assad ; l’an passé, l’AQMI et divers groupes djihadistes au Mali lui ont volé la vedette ; au début de l’année les agressions de Poutine en Ukraine ont pris le dessus sur la scène médiatique. Et lorsque la météo belliqueuse s’apaise pendant un bref moment, on reparle du nucléaire iranien ou alors le couple infernal Netanyahou-Hamas se déchaîne une fois de plus. Dans ces conditions, on ne sait plus où donner de la haine.

 

Il s’ensuit que jamais, dans la période contemporaine, la situation internationale n’est apparue aussi confuse, aussi déstabilisante, aussi angoissante. Les chefs d’Etat paraissent tous dépassés par des événements ; ils ne feignent même plus d’en être les organisateurs.

 

Mais la donne risque de changer maintenant. Une petite organisation djihadiste active en Irak, puis en Syrie, portant le fer à la fois contre Bachar al-Assad et ses opposants démocrates, a pris tout le monde de court – et en premier lieu Obama. Elle est parvenue à s’emparer de manière fulgurante d’une grande partie de l’Irak et de la Syrie, créant ainsi l’Etat islamique (anciennement Etat islamique en Irak et au Levant-EIIL), une sorte de "Djihadistan". Son chef Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi – qui se fait désormais appeler Ibrahim – s’est proclamé Calife, rétablissant l’ordre islamique de l’époque ottomane. Il n’entend pas en rester là et veut étendre son Etat à l’ensemble de l’Irak et de la Syrie mais aussi de la Jordanie et de toutes les terres de la région. En tant que Calife, les musulmans lui doivent obéissance partout, affirme-t-il.

En égorgeant le journaliste américain James Foley, en terrorisant les Arabes chrétiens et les Yézidis, en appliquant la dictature la plus implacable au nom de la charia, en s’emparant de pans entiers de deux pays, l’Etat islamique a décuplé le pouvoir de nuisance de l’islamoterrorisme.

A cet égard, il convient de remercier les pétromonarchies du Golfe qui ont largement financé la bande du Calife avant de se rendre compte, mais un peu tard, que ce chien enragé allait mordre la main de ceux qui l’ont nourri pendant si longtemps. Un grand merci aussi à la Turquie qui a fermé les yeux sur l’approvisionnement en armes de l’Etat islamique.

 

D’aucuns ont cru que le pseudo-Calife Ibrahim n’était qu’un chef de bande ensauvagé à la tête de brutes épaisses incapables de concevoir une politique cohérente. Rappelez-vous, on disait jadis la même chose à propos de Hitler.

La presse américaine relate qu’en fait, l’Etat islamique est en train de constituer une autorité de façon fort habile, en prélevant un impôt bien inférieur aux pots-de-vin de rigueur dans les régimes précédents en Syrie ou en Irak, en ouvrant des hôpitaux, des dispensaires, des centres alimentaires afin de répartir la nourriture de façon équitable, en réorganisant la vie sociale. Nul doute que cette politique va séduire une large part des habitants, épuisés par des guerres civiles dévastatrices. Actuellement, les troupes de l’Etat Islamique comptent entre 20 000 et 40 000 hommes. Chaque jour, de nouveaux volontaires viennent d’un peu partout, attirés par le versement d’un salaire régulier et la dynamique du succès.

 

Alors, voilà enfin l’ennemi principal rêvé pour les démocraties ! Certes, Poutine risque fort de profiter de cette situation pour pousser ses pions en Ukraine. Mais il sait aussi que l’islamoterrorisme peut faire rage à l’intérieur de ses propres frontières. Dès lors, la puissance américaine saura-t-elle amener la Russie à se contenter d’avaler la Crimée et à laisser l’Ukraine en paix ? Sera-t-elle capable de convaincre le gouvernement israélien et le Hamas à mettre une sourdine à leurs affrontements sans fin? Espérons-le car, avec cet Etat islamique fondé sur le terrorisme, il y a péril en nos demeures, encore plus qu’à l’époque de Ben Laden. Mais les hésitations du décevant Obama au Proche-Orient ne sont pas pour nous rassurer.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Le reportage de Meydan Dairieh, un journaliste palestinien, qui décrit l'embrigadement des enfants au "djihadistan" ou Etat islamique 


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17/08/2014

Pavel Korbel, le peintre mystique vient d’atteindre le bleu éternel

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Le grand peintre de l’esprit incarné, Pavel Korbel (photo), a rejoint le 11 août cet Eternel qui lui était si présent. Il avait 82 ans. La cérémonie religieuse donnée en son honneur se déroulera mardi 19 août à 14 h. à l’Eglise catholique du Sacré-Cœur à Montreux. Depuis quelques années, il avait quitté Genève pour gagner les hauteurs montreusiennes et les splendeurs de ce panorama inspiré, inspirant.

Né à Szarvas en Hongrie, le 18 janvier 1932, dans une famille slovaque, il a été envoyé dès 14 ans en Tchécoslovaquie, afin de poursuivre ses études ; il y restera vingt-deux ans. Après le bac, les études pédagogiques et les Beaux-Arts de Bratislava, Pavel Korbel se partage entre peinture et enseignements.

 

Les chars soviétiques envahissant Prague en août 1968, il quitte la Tchécoslovaquie pour se réfugier en Suisse dont il adoptera la citoyenneté en 1981. Cet exode sera pour lui une libération dans tous les sens du terme, comme il l’expliquera au Plouc, trente-trois ans plus tard :

« Ce ne sont pas les troupes soviétiques qui m’ont chassé de Tchécoslovaquie. Mon départ était dicté, avant tout par un choix d’ordre philosophique, artistique, spirituel. L’Armée Rouge n’aurait pas envahi mon pays que je serai tout de même parti. Ma décision prise et mon départ accompli, je me suis senti libre, pleinement. » 

L’un de ses premiers actes outre Rideau de Fer est d’entreprendre l’indispensable voyage en Italie et surtout, à Venise, ville qui restera l’un des lieux-phare de son inspiration :

« En accomplissant ce pèlerinage aux sources italiennes, je voulais, en quelque sorte, me laver le regard, me déconditionner de toutes les années que j’avais passées dans un univers totalitaire. » Il retirera de cette imprégnation italienne, une structure classique qui, comme une colonne vertébrale, ne se remarque pas mais permet au tableau de se tenir debout.

 

 L’une des caractéristiques de Pavel Korbel est son va-et-vient entre la peinture d’inspiration mystique et le portrait. Dans l’une, le tableau dépasse la frontière entre le figuratif et l’abstrait pour les unir dans un espace de non-dualité. Ses figures anthropomorphiques sont multivoques. Dans l’autre, Pavel Korbel revient vers l’humain, la sensualité, l’incarnation. 

 

Même s’il maîtrise le trait à la perfection, cet artiste complet se distingue tout particulièrement comme coloriste. Il existe un « bleu Pavel » que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Un bleu qui n’est pas une couleur froide ; au contraire, elle réchauffe comme l’eau d’un lagon. Ce bleu, allumé par une touche orangée, est une porte vers notre ciel intérieur que nous enfermons à double tour. Les tableaux de Pavel nous donnent les clefs et, surtout, l’envie de s’en servir.

 

En Suisse, il a été reconnu par de nombreuses personnalités comme Peter Ustinov et son fils, le sculpteur Igor. Durant ces dernières années, Pavel Korbel a été célébré dans ses pays d’origine, la Hongrie et la Slovaquie. Un film a d’ailleurs été consacré à son œuvre et à sa vie.

 

Ces prochains jours, contemplez le ciel. Vous le verrez, le bleu ne sera plus comme avant. Le Grand Architecte vient d’embaucher un sacré peintre.

 

Jean-Noël Cuénod


Le labyrinthe de la vie - Pavel Korbel

 

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16/08/2014

Au cœur du Débarquement en Provence : René Char, la résistance corps et âme

 

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Il y a septante ans, les Forces françaises libres et les Alliés débarquent en Provence, le 15 août 1944. Un mois plus tard, ils gagneront les premiers contreforts des Vosges. Parmi ceux qui ont préparé ce débarquement de 580 000 hommes, l’un des plus grands poètes de notre langue, René Char (1907-1988). Après avoir été convoqué en juillet 1944 à Alger par le général de Gaulle[1] qui préside alors le Gouvernement provisoire de la République française, le capitaine Alexandre – nom de résistant du poète – revient dans sa Provence natale pour l’assaut final.

 

René Char commande alors le Service action parachutage (SAP) de la zone Durance et installe son quartier général à Céreste dans les Basses-Alpes. De 1943 jusqu’au débarquement en Provence, le SAP réceptionne 53 parachutages d’armes, gère 21 arsenaux secrets, dont aucun ne sera découvert par les troupes allemandes, et distribue munitions et armements venant de Grande-Bretagne. Le capitaine Alexandre est donc l’un des principaux officiers de l’ « Armée de l’ombre » en Provence.

 

Son engagement dans la Résistance a commencé très tôt. Démobilisé après le désastre de juin 1940, il regagne sa maison de l’Ile-sur-la-Sorgue mais doit prendre le maquis presqu’aussitôt, le préfet du Vaucluse l’ayant dénoncé comme « communiste ». Certes, René Char n’a jamais appartenu au PC, toutefois sa réputation de poète surréaliste suffit à le rendre hautement suspect. Après la perquisition de son domicile, le 20 décembre 1940, par la Gestapo, l’écrivain se cache dans son pays provençal qu’il connaît par cœur. Et s’installe à Céreste dans une clandestinité qui durera près de quatre ans. A vélo, à pied à travers forêts et garrigues, Char recherche tous ceux qui refusent l’occupation et les recrute pour former son maquis à Céreste. Dès 1941, ce maquis et son chef – qui s’appelle désormais capitaine Alexandre –se mettent au service des premiers réseaux de résistance qui, avec d’autres, formeront en novembre 1942, l’Armée Secrète.

 

Lorsque la France est occupée, René Char a 33 ans. Depuis toujours, il est habité par la poésie. Ses premiers poèmes, diffusés de façon confidentielle, seront remarqués par Aragon et Eluard, puis par Breton qui adoube ce colosse rugbyman au sein du groupe surréaliste. En 1935, Char publie l’un de ses recueils les plus connus, Le Marteau sans Maître qui inspirera vingt ans plus tard au compositeur Pierre Boulez une œuvre pour voix d’alto et six instruments. A cette époque, le poète de l’Ile-sur-la-Sorgue n’a que peu de lecteurs… Mais quels lecteurs ! Ses aînés Breton, Aragon, Eluard, l’éditeur José Corti le tiennent pour l’un des leurs. A l’époque de la Seconde Guerre mondiale, Char a pourtant tiré un trait sur le groupe surréaliste ; il ne renie aucunement cette appartenance mais n’est pas homme à supporter les diktats, d’où qu’ils viennent. Cela dit, même au plus fort de son adhésion au mouvement, René Char a toujours pris ses distances avec les théories élaborées par André Breton, comme il l’explique dans sa préface au Marteau sans Maître :

J’ai toujours ignoré l’écriture automatique et tout ce que j’ai écrit était consciemment élaboré.

 

Dès le début de l’occupation, René Char renonce à publier, « aussi longtemps que ne se sera pas produit quelque chose qui retournera entièrement l'innommable situation dans laquelle nous sommes plongés », comme il l’écrit à son ami Francis Curel. De son point de vue, il n’est pas question de soumettre ses écrits à la censure. A toutes les censures. Celle de Vichy et des nazis, cela va de soi. Mais aussi celle des camarades et des compagnons de combat : « Tu ne devrais pas écrire ça ; tu risques de nuire à notre cause ». La poésie et l’être qui la porte sont formés de la même substance. Publier à un moment où tout est servitude, c’est participer à son propre esclavage.

 

C’est le choix de René Char. D’autres poètes de la Résistance, comme Aragon et Eluard, font alors le chemin inverse et publient soit clandestinement, soit en Suisse. Qui avait tort ? Qui avait raison ? Répondre serait indécent. Bien installés dans nos pantoufles fourrées qui sommes-nous pour jouer les arbitres ? En publiant Liberté en 1944, poème parachuté par la Royal Air Force, Paul Eluard a offert un grain de soleil aux Français. Et ça ne se refuse pas, un grain de soleil lorsque la nuit dure quatre ans. Mais René Char, en renonçant à diffuser sa poésie sous la botte, a témoigné de son incorruptibilité. Incorruptibilité de l’homme. Incorruptibilité de la poésie.

 

Ne pas publier ne signifie pas renoncer à écrire. A l’époque où il recrute, organise, planifie, commande des embuscades et fait le coup de feu, René Char rédige les Feuillets d’Hypnos, publiés en 1946 et repris dans Fureur et Mystère en 1948. Le jour, le poète a pour nom capitaine Alexandre, meneur d’hommes en colère. La nuit, il devient Hypnos, divinité grecque du sommeil qui peut endormir même les dieux. Mais Hypnos est aussi celui qui veille lorsque tout est endormi. Hypnos-Alexandre sera le veilleur combattant.

 

Les allusions à la guerre sont plutôt rares dans Feuillets d’Hypnos. Ci-dessous figure l’une d’entre elles qui se passe de tout commentaire. René Char y évoque l’assassinat  par les SS de l’un de ses hommes auquel il était fraternellement attaché, Roger Bernard, lui aussi poète, âgé de 23 ans.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Feuillets d’Hypnos – Fragment 138

 

Horrible journée! J’ai assisté, distant de quelque cent mètres, à l’exécution de B. Je n’avais qu’à presser, sur la gâchette du fusil mitrailleur et il pouvait être sauvé!

Nous étions sur les hauteurs dominant Céreste, des armes à faire craquer les buissons et au moins égaux en nombre aux SS. Eux ignorant que nous étions là.

Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal d’ouvrir le feu, j’ai répondu non de la tête. Le soleil de juin glissait un froid polaire dans mes os.

Il est tombé comme s’il ne distinguait pas ses bourreaux et si léger, il m’a semblé, que le moindre souffle de vent eût dû le soulever de terre.

Je n’ai pas donné le signal parce que ce village devait être épargné à tout prix. Qu’est ce qu’un village? Un village pareil à un autre ? Peut être l’a-t-il su, lui, à cet ultime instant.

 

René Char


 

ESPACE VIDEO

 

 

Cette vidéo a été tournée en 1967 par le remarquable cinéaste genevois Michel Soutter (1932-1991).



[1] De Gaulle avait réuni les principaux chefs de la Résistance intérieure pour leur transmettre ses ordres pour les dernières étapes de la Libération ; le moins que l’on puisse dire est que le  courant n’a pas passé entre ces deux forts caractères. 

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14/08/2014

SANG NOIR

 

 

 

 

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Photo Arbralettres 

Cher ange où laves-tu donc tes os ?

Dans quel récipient les trempes-tu ?


Toute la suie que tu essuies

Dans ton ciel si souillé qui suinte

A passé ton squelette au brou de noix

Tu n’es plus que cet oiseau mazouté

Que l’homme a crucifié comme l’Autre

 

Nous avons tout corrompu même toi

Qui fut la plus belle part de nos rêves

Lave tes os, l’ange, lave tes os

Que nous puissions voir un peu de blanc

Au-dessus de tout ce sang noir qui coule

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

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12/08/2014

Michel Halpérin, hommage à un grand homme libre

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 Genève a perdu, lundi, l’une de ses plus belles voix, au sens propre comme au sens figuré, celle de Michel Halpérin. Elle ne s’élèvera donc plus des prétoires du Palais de justice ou de la salle du Grand Conseil. Chaude, dans les tonalités de baryton, elle ne déferlait pas en vagues tempétueuses mais coulait dans votre pensée comme un fleuve calme et puissant, pour la porter au-delà des préjugés.

Cette voix a convaincu maints jurés d’Assises que les apparences sont souvent trompeuses, que sous le masque déformant des rapports de police et des articles de presse, vit un humain, rien qu’un humain. Avec toutes ses failles, certes. Mais Michel Halpérin savait montrer aux juges les éclats de lumière qu’elles laissaient filtrer.

 

L’une de ses plus saisissantes plaidoiries fut celle qu’il a prononcée lors d’un procès hors norme, celui d’un ancien légionnaire accusé d’avoir tué sa maîtresse et qui était resté pendant plusieurs jours à côté du cadavre, afin de procéder à une sorte de rituel funéraire constitué d’offrandes et de bougies allumées. A la conclusion de sa plaidoirie toute de finesse, d’empathie et d’intelligente sensibilité, Me Halpérin a fixé du regard, le président, puis les jurés en prononçant sans monter le ton – il n’avait pas besoin de crier, chacun l’en écoutait d’autant mieux – « Memento mori !» Feu le président Jean Maye (autre belle âme) qui, pourtant en avait vu bien d’autres, a enlevé ses lunettes pour écraser furtivement une larme.

« Memento mori »… Les paroles de Michel Halpérin résonnent encore et prennent maintenant un ton d’Eternité.

 

Au Grand conseil aussi, cette voix s’est élevée pour sortir de leur marais les débats lorsqu’ils s’embourbent dans le dérisoire. Michel Halpérin n’avait nul besoin du fauteuil présidentiel – qu’il a occupé en 2006 – pour prendre de l’altitude et, ce qui est plus rare, pour la faire prendre à bien de ses collègues parlementaires. Libéral par amour de la liberté, il savait regarder au-delà des frontières partisanes.

 

Aujourd’hui, chacun se rappelle une anecdote à son propos. C’est souvent une façon pour les vivants de capter la lumière d’un défunt. Le Plouc va donc tomber dans ce travers mais il doit cette dette à Michel Halpérin, celle de lui avoir donné sa première leçon de liberté journalistique. Jeune rédacteur, Le Plouc hésitait à pondre un édito contre une décision du Tribunal fédéral. Comment un chroniqueur judiciaire encore balbutiant pouvait-il avoir le toupet de vilipender des juges fédéraux éminents et compétents ? « Pensez-vous que leur décision soit juste ? Non ? Alors, c’est votre devoir de le dire et surtout de l’écrire, point final. »

 

Point final? Non. Cette voix-là, cette voix libre, comment l’oublier?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

Allocution de Michel Halpérin au moment de quitter la présidence du Parti libéral genevois, en mai 2010.


Michel Halpérin quitte la présidence du PLG par TVduPLG

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11/08/2014

VERS LE MUR

   


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Que savons-nous de l’horizon ?

 

Nous qui passons notre chemin

Comme d’autres passent leur temps

Yeux vides tête baissée

 

La paresse de nos regards

A étouffé tous nos destins

Nous suivons la folie des chefs

 

Marchant vers la mort en baillant

Prenant le sang pour de la rouille

Et les cris pour des chansonnettes

 

Jugeant odieux l’étranger

Et glorifiant le bourreau

Nous n’avons plus ni faim ni soif

 

Que savons-nous de l’horizon ?

 

 Jean-Noël Cuénod


Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

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 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

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08/08/2014

Persécution des chrétiens d’Irak : où sont les manifestants ?

 

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Deux poids, deux mesures. C’est le reproche formulé par les manifestants européens propalestiniens – principalement français – à l’endroit de la politique occidentale dans le conflit israélo-palestinien. Les démocraties européennes et américaine soutiennent Israël et laissent tomber les Palestiniens. Pendant la bataille de Gaza – qui vient de reprendre feu – des dizaines de milliers de manifestants ont ainsi protesté contre cette politique «deux poids deux mesures». A Paris, ces démonstrations ont été marquées par la violence antisémite.

Aujourd’hui, les chrétiens d’Irak sont persécutés par les djihadistes, de même que les yézidis, fidèles d’une religion monothéiste issue de la Perse antique. Obligés de quitter leurs maisons, leur travail, leur ville natale par l’Etat Islamique qui veut se former entre l’Irak et la Syrie.

Les djihadistes leur ont laissé ce choix : soit ils se convertissent, soit il payent un impôt spécial en tant que sujets de seconde zone, soit ils sont passés «par le glaive». Sans oublier les Eglises détruites et le riche patrimoine des Arabes chrétiens et des yézidis réduit systématiquement en cendre, au nom d’un islam dévoyé mais diablement virulent.

Et où sont les manifestants de la semaine passée ? Les rues de Paris et d'ailleurs n’ont jamais été aussi calmes. Mais que voulez-vous, cette fois-ci, les victimes sont ces mécréants de chrétiens et de yézidis, alors que les bourreaux figurent parmi les combattants du Calife. Alors, ça change tout, forcément. Qui a dit, deux poids deux mesures ? Le sang des chrétiens et des yazidis serait-il moins purs que celui des musulmans ?

 L’actuel silence des musulmans d’Europe n’est pas supportable. Certes, des voix se font entendre ici ou là, parmi les fidèles les plus éclairés de l’islam. Mais elles n’ont pas suffisamment d’ampleur pour percer ce mur de silence. Où sont les démonstrations de solidarité ? Que font les grandes voix autorisées qui clameraient leur indignation devant ces persécutions commises au nom de l’Islam ?

Ce silence risque d’être interprêté comme un acquissement muet aux violences antichrétiennes et antiyazidies, mais aussi d’approfondir et d’élargir le fossé entre les musulmans et les autres citoyens des pays européens.

Aux musulmans d’Europe de démontrer qu’eux, au moins, refusent le « deux poids, deux mesures ».


PS: n'ayant ni le temps ni l'envie de vérifier chaque IP et compte tenu du nombre d'anonymes qui utilisent des pseudos qui ne sont ordinairement pas les leurs, je ferme les commentaires concernant ce texte ainsi que l'autre sur le même sujet. Mille excuses pour ceux qui sont de bonne foi.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Cette jeune femme appartenant à la religion yézidie dénonce devant le parlement irakien les persécutions dont les siens, mais aussi d’autres minorités, sont les victimes.

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07/08/2014

Danse de la femme et du cheval (les Jeudis du Plouc)

Le Plouc vous offre cette vidéo, sans coupure, avec toutes les longueurs qui font son charme. Nous avons le temps. C'est l'été.

Au début, Christine danse en dehors de l’objectif, quelque part dans le Périgord Vert. Le cheval, qui broutait, lève la tête. Ses oreilles et ses yeux se braquent sur la danseuse et ses mouvements doux. Il vient la chercher. Elle arrive lentement dans l’écran ; la danse avec le cheval commence. C’est la première fois que la femme et l’animal se rencontrent. L’une et l’autre s’apprivoisent comme le Petit Prince et le Renard.

 

Fasciné, le cheval suit la courbe des mouvements comme s’il cherchait à décrypter quelque message. Puis, il esquisse à son tour un mouvement dansé, jambe tendue pour répondre à celle qui s’approche.

 

Autour, le silence s’accomplit pour laisser parler l’émotion qui passe de la danseuse à son danseur, puis du danseur à sa danseuse. Pas de deux. Ou plutôt pas de six. La musique est dans leur cœur réciproque. Il n’y a plus ni humain ni animal mais un seul être aux formes changeantes. La vie. Et puis, c’est tout.

 

Jean-Noël Cuénod

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04/08/2014

A Gaza, Netanyahou remet le Hamas en selle

 

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Si le but du premier ministre israélien Netanyahou était de remettre le Hamas en selle, alors son bombardement massif sur Gaza a pleinement réussi.

Cette métastase palestinienne des Frères musulmans égyptiens subissait une nette perte de vitesse. Son alignement sur le sunnisme radical en lutte contre les organisations chiites en Syrie menaçait son approvisionnement en armes par l’Iran, principale force antisunnite avec son allié libanais Hezbollah au Proche-Orient. L’éviction du président égyptien Morsi, prélude à la répression contre les Frères musulmans, a privé le Hamas d’un soutien vital. A l’intérieur de Gaza, sa politique économique désastreuse –  basée sur la corruption et les trafic de produits circulant dans les tunnels qui relient la Bande à l’Egypte – l’a rendu très impopulaire. L’accord signé avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, après une longue rupture, tenait surtout de la planche de salut pourrie, dans la mesure où, pour une fois, le rapport de force était favorable à l’OLP d’Abbas, qui a, elle, admet l’existence de cet Israël que le Hamas veut détruire.

 

L’opération lancée par le gouvernement israélien a bouleversé cette donne défavorable au Hamas. La fâcherie syrienne étant reléguée au second plan, l’Iran le soutient à nouveau. Le flot d’armes, loin de se tarir, va déferler de plus belle. Le peuple gazaoui, qui ne supportait plus le Hamas, se tient derrière lui comme un seul homme, puisqu’il reste son seul défenseur militaire. Le rapport de force entre l’OLP et le Hamas s’est retourné en faveur de ce dernier, devenu intouchable grâce à l’aura de martyr. D’autant plus, que le bombardement par Israël d’une école de l’ONU à Rafah a soulevé l’indignation générale. Dès qu’Israël cessera les combats, le Hamas se donnera les gants du vainqueur qui, encore et toujours, tient tête à l’ennemi.

 

Alors, pourquoi Netanyahou s’est-il lancé dans cette aventure militaire ? Pour boucher les tunnels entre Gaza et Israël ? Le Hamas en construira d’autres, il en a fait sa mafieuse industrie. Pour faire cesser les tirs de roquettes ? Ils reprendront comme d’habitude, avec peut-être plus d’efficacité, compte tenu de l’expérience accumulée et de la reprise de l’approvisionnement en armes.

 

Le seul avantage – mais il n’est pas mince – pour Netanyahou est d’avoir conservé son ennemi favori. Il est difficile de grimer l’OLP et Mahmoud Abbas en antisémites sanguinaires et de les transformer en diables peints sur les murs séparant Israël de la Cisjordanie. Alors qu’avec le Hamas, c’est du solide : sa charte (en lire ici le texte intégral, traduit par le chercheur français au CNRS, Jean-François Legrain) est clairement fascisante, reprenant tous les fantasmes contre les Juifs, les Francs-Maçons, et la démocratie créés par Hitler et Mussolini.

Faute d’opposition crédible – où est la gauche israélienne ? – le clan Netanyahou continuera donc d’utiliser le Hamas pour faire oublier les problèmes intérieurs.

 

Alors, la paix peut attendre. Comme d’habitude.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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31/07/2014

Ils n’ont pas fini de tuer Jaurès (Les Jeudis du Plouc)

 

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Ce soir à 21 h. 40, il y aura cent ans que Jean Jaurès a été assassiné. Et si vous l’ignoriez, c’est que vous passez vos vacances dans une dimension quantique inconnue des réseaux sociaux. Car Jaurès est vachement tendance aujourd’hui. Personne ne l’a lu. Mais tout le monde en cause. Sa belle barbe et ses yeux doux s’affichent sur toutes les « une » en France.

 

De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, tous les politiciens le prennent en otage. Même Sarkozy l’a embarqué dans son Panthéon pneumatique (l’Ex n’a jamais manqué d’air). Le pire est le Front national qui a utilisé son portrait (photo) sur une affiche électorale pour éructer ce slogan : « Jaurès aurait voté Front national ». Ah oui, Jaurès aurait certainement voté pour les héritiers de ceux qui l’ont tué ! Le fanatique Raoul Villain, son assassin, faisait partie d’un de ces groupes nationalistes[1] dont le FN, dans sa version blonde, est le continuateur chafouin.  

 

Mais Villain ne fut que le premier des assassins de Jaurès. Le pauvre n’a cessé d’être occis moralement après sa mort physique. La justice française a tout d’abord acquitté son tueur et faisant payer à la veuve Jaurès les frais du procès. Mais c’est surtout dans son propre camp que le fondateur (avec Jules Guesde) du Parti socialiste SFIO n’a cessé de recevoir des coups de revolver symboliques.

Alors qu’il a payé de sa vie la lutte contre la guerre, son parti – cinq jours à peine après l’assassinat ! – vote les crédits en faveur de l’armée française, rendant ainsi possible la grande boucherie de 14-18. La SFIO deviendra un parti belliciste tout au long de la Première guerre mondiale, au nom de l’Union Sacrée.

 

Par la suite, les communistes – qui avaient pris le contrôle du quotidien créé par Jaurès, L’Humanité ­– se réclameront de sa grande figure. Alors qu’il s’est toujours opposé au concept marxiste de la dictature du prolétariat, mise au point par Lénine et perfectionnée par Staline avec le succès que l’on sait. Ainsi, les créateurs du Goulag glorifient Jaurès… C’est un peu comme si Pol Pot s’était placé sous l’égide de François d’Assise, toutes proportions gardées, bien sûr, Jaurès n’étant ni saint ni ange.

 

Le président paraît-il socialiste François Hollande n’a pas manqué d’ajouter sa balle à ces crimes en série et revendique, avec Manuel Valls, l’héritage jauressien, alors que de reniements en reculades, son gouvernement s’est plié au desiderata austéritaire de l’Allemagne. Celui qui voulait faire de la finance son ennemie est devenu son allié. Cette abdication aurait commandé de sa part un peu plus de retenue dans la célébration de Jaurès.

Mais pourquoi se retenir puisque les mots ne veulent plus rien dire, puisque la trahison est devenue une vertu et l’impudence, une valeur ?

 

Ils n’ont pas fini de tuer Jaurès.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE AUDIO

 

Evidemment, Jacques Brel s’impose…



[1] La Ligue des jeunes amis de l’Alsace-Lorraine, proche de l’Action Française, revue et mouvement royaliste et antisémite.

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30/07/2014

Festival Mimos : Josef Nadj recrée son monde

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Lorsque la chorégraphie parvient à faire du mouvement corporel une recréation du monde, elle dépasse l’art pour devenir un acte sacré. Le danseur est alors ce chaman que les humains délèguent pour se concilier les forces de l’univers. Il efface l’espace-temps de la salle pour former le sien.

 

 Ce moment rare, les spectateurs du Festival Mimos à Périgueux l’ont vécu mardi soir grâce à ce génial sorcier qu’est Josef Nadj[1]. Il y a présenté en première française son Paysage inconnu, un duo avec le danseur costaricain Ivan Fatjo qui lui donne parfaite réplique, de même que les deux musiciens – Gildas Etevenard (percussions) et Akosh S., de son vrai nom, Akosh Szelevényi (percussions, divers instruments, un saxophone ténor et une clarinette basse) – dont la performance impressionne autant que celle des deux danseurs.

Pour élaborer cette chorégraphie, Josef Nadj, serbe d’expression hongroise, s’est inspiré de sa ville natale Kanjiza qui appartient à cette étrange province autonome de Voïvodine, rattachée à Belgrade et qui compte six langues officielles[2] ! C’est donc le monde de son enfance qu’il refait. Mais, preuve qu’il a réussi pleinement son coup, ce monde-là est universel. Comme Ramuz qui, en évoquant Derborence, faisait sentir le poids de tous les rochers de la Terre. Alors, voilà ce que Le Plouc et sa Plouquette ont vécu ce soir-là.

 

Au début était le chaos. Deux hommes perdus dans cette arène aride cherchent à quoi, à qui s’accrocher pour ne pas être emportés par ce mortel trop-plein de vie. Entre les deux, le combat est inévitable, suivi par des phases de solidarité, d’entraide, de compassion. Mais toujours, cette apparente maladresse lorsque l’un touche le corps de l’autre.

Après cette phase où ils cherchent et se cherchent, Nadj et Fatjo plantent un totem. Axe autour duquel doit s’organiser la vie des hommes. Mais il n’est pas grand, le totem. Il est même plus petit que les hommes. Les dieux sont nécessaires puisqu’il faut un point d’équilibre, mais enfin il ne faudrait tout de même pas qu’ils se prennent pour des dieux !

 

La civilisation s'installe avec ses masques noirs, son Histoire, sa grande hache. Que l’ordre règne! Le poète siffleur et persiffleur en perd, d’un coup de hache, son sifflet. Castration de la voix qui démange, de la voie qui dérange. Mais l’ordre est une illusion ; le désordre revient bien vite avec ses folies créatrices. Jusqu’à la mort. Et puis, voilà, tout recommencera. Tout, toujours, recommence. Monde du cycle et non pas monde de la ligne.

 

Vous auriez certainement vécu une autre histoire, vu un autre paysage. Voilà pourquoi, les gestes, parfois, dépassent les mots. A chacun son théâtre.

 

Si vous passez dans le Sud-Ouest de la France, un crochet à Périgueux vous permettra d’assister, jusqu’à samedi 2 août, aux multiples spectacles de Mimos – Festival international des arts du mime et du geste – tant « in » que « off ». Tous les renseignements figurent sur le site http://www.mimos.fr.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Portrait de Josef Nadj



[1] Il dirige aujourd’hui le Centre chorégraphique national d’Orléans.

[2] Serbe, magyar, slovaque, roumain, croate et ruthène.

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28/07/2014

CRI

 

Ciel en sueur

Qui laisse tomber ses gouttes

Sur la terre sèche

 

 

 

 

                                                       Un murmure glisse

                                                       Sur le fil du temps qui passe

                                                       Et devient cri

 

LuneBeaurecueil.JPG

 

 

 

Vieil homme courbé

Tu contemples cette terre

Qui déjà t’absorbe

 

 

                                                          Etre de lumière

                                                          Dis-moi es-tu né à Pâques

                                                          Et mort à Noël ?

Photo JNC

Jean-Noël Cuénod


 Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

 

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24/07/2014

La nouvelle outre du vieil antisémitisme (les Jeudis du Plouc)

 

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Ouf! La manif de soutien aux Gazaouis s’est déroulée sans heurts, mercredi soir à Paris. Parce qu’elle avait été autorisée, contrairement à celles qui se sont déroulées de façon violente, il y a peu, à Barbès et à Sarcelles? L’équation interdiction=troubles s’est-elle vérifiée? La réalité est sans doute moins algébrique. Le cortège parisien a été très solidement encadré par les services d’ordre de la CGT et du Parti communiste qui s’y connaissent en contrôle des éléments perturbateurs et autres agents provocateurs.

Pas de drapeaux israéliens brûlés, contrairement à ce qui s'est passé à Barbès (photo). Des groupes de juifs orthodoxes antisionistes acclamés tout au long de la démonstration. Dès que des jeunes tentent une incursion pour aller casser du flic ou du juif ou de la vitrine, hop, les voilà solidement encadrés pour les faire revenir dans le droit chemin du défilé en leur faisant crier des slogans de soutien aux habitants de Gaza! Du vrai travail de pro. Et dans ce domaine, la CGT et le PCF se montrent nettement plus efficaces que les forces de l’ordre dont la tenue Robokop ne fait qu’exciter les têtes les plus échauffées.

 

Cette manifestation, qui s’est déroulée pacifiquement, ne saurait faire oublier le déferlement de haine antisémite qui a éclaté dans le quartier Barbès et à Sarcelles. Les images diffusées sur les réseaux sociaux d’enfants tués par les bombes israéliennes seraient la cause de cette explosion, répète-t-on. Mais alors pourquoi les mêmes manifestants n’ont-ils pas pris d’assaut les pavés lorsque Mohamed Merah a froidement tué, dans un pays en paix, des enfants de trois, six et huit ans, uniquement parce qu’ils étaient juifs? Merah a commis ce que les SS avaient perpétré jadis, pas moins. Et si les balles de la police n’avaient pas arrêté le cours de sa vie prédatrice, il aurait encore cherché à liquider d’autres petits «coupables» de judéité. Difficile de trouver plus monstrueux.  

 

Pour qualifier ce phénomène, les médias parlent souvent de «nouvel antisémitisme». Il serait né à l’extrême-gauche dans la mouvance des comités propalestiniens et viserait Israël en tant qu’ «agent de l’impérialisme américain». Dans les manifs, ils trouveraient des appuis auprès des jeunes musulmans venus des quartiers défavorisés de Paris (Barbès, La Goutte d’Or) ou des banlieues. Cette mouvance récuse tout antisémitisme pour se qualifier d’ «antisioniste». Elle combat donc le sionisme mais non pas les Juifs et cite parfois en exemple certaines écoles orthodoxes du judaïsme qui s’opposent à la création de l’Etat d’Israël avant l’arrivée du Messie.

 

Toutefois, s’attaquer au sionisme ­– au-delà des arguments théologiques pour ou contre la création de l’Etat d’Israël – c’est refuser au peuple juif de développer un mouvement national. La nation est sans doute source de bien des maux, mais enfin, elle demeure tout de même un moment décisif dans l’Histoire de l’Humanité! Aujourd’hui, personne ne cherche à contester la légitimité des mouvements d’émancipation nationale en Algérie, au Maroc, en Indonésie ou ailleurs. Pourquoi donc s’attaquer au mouvement national d’émancipation des Juifs? Parce qu’ils ont pris la terre des Arabes?

Cette terre est certes arabe, mais elle est aussi juive. C’est bien là tout le problème. Et c’est la partie arabe qui a refusé le partage de la Palestine de 1947, alors que la partie juive l’avait acceptée, même si cette répartition ne lui était pas particulièrement favorable (voir la carte ci-dessous). Cet argument tombe donc à l’eau. Tout mouvement national cherche à s’établir, souvent par la force, avec son cortège de violences et d’injustices. Il en va ainsi pour tous les peuples et toutes les nations. Même en Suisse, la conquête de nos frontières actuelles ne s’est pas toujours faite dans l’harmonie et la concorde.

 

Reposons la question: pourquoi s’opposer au mouvement national juif et non pas aux autres mouvements de même nature? Parce qu’il est soutenu par la puissance américaine? Bien des mouvements d’émancipation nationale ont aussi reçu le soutien d’autres puissances impériales, celle de l’Union soviétique par exemple. Cherche-t-on pour autant à contester leur légitimité? Nullement. Alors, pourquoi se focaliser sur le mouvement national illustré par le sionisme, sinon parce qu’il représente un groupe humain que l’on rejette, à savoir les Juifs?

De l’antisionisme à l’antisémitisme, il n’y pas un fossé, tout juste un ruisselet à sec.

 

Cet antisémitisme né à l’extrême-gauche n’a rien d’un phénomène nouveau. Au XIXe siècle, plusieurs penseurs de gauche l’ont développé tels Auguste Chirac et, dans une moindre mesure, Proudhon, le Juif étant assimilé au capitalisme. Hitler a également usé de cette figure de propagande. Ce faisant, l’antisémitisme d’extrême-gauche rend bien service à la stratégie de l’extrême-droite qui a toujours utilisé le faux mythe du juif capitaliste pour diviser la gauche.

Les erreurs d’hier se répètent aujourd’hui. L’outre de l’antisémitisme est enduite d’un vernis plus actuel. Mais c’est le même vinaigre empoisonné qui clapote à l’intérieur.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Plan_de_partition_de_la_Palestine_de_1947.PNG


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