26.01.2012
Anne Sinclair, la reine de l’info pour pas un rond?
Le lancement à Paris par Anne Sinclair de l’édition française du Huffington Post – en compagnie de la fondatrice américaine de ce site d’information – a remporté un succès médiatique qui n’étonnera personne, compte tenu de la notoriété de l’ancienne star de TF1. Mais, après le champagne de l’inauguration, nombre de journalistes parisiens ont la gueule de bois. La cause de ce malaise? Les contributions gratuites des blogueurs et des 200 personnalités qui écriront dans ce nouveau journal numérique. Pour les internautes, l’accès y est d’ailleurs lui aussi gratuit, les recettes étant générées par la publicité.
Alors, Anne Sinclair, reine française de l’info pour pas un rond? Directrice éditoriale, elle ne reçoit pas de salaire. «Je suis intéressée aux résultats, s’il y en a», précise-t-elle. Cette gratuité agace d’autant plus que Huffington Post – «HuffPo» pour les intimes – brasse des millions aux Etats-Unis. Créé en 2005 par Arianna Huffington, qui y avait investi un million de dollars, «HuffPo» a été vendu 315 millions de dollars à AOL – groupe américain de services sur internet – en février 2011. Toutefois, Arianna Huffington est restée à la tête de ce site qui s’est étendu au Canada, à la Grande-Bretagne, à la France et gagnera l’Italie et l’Espagne.
Quel que soit le pays, le concept est le même: un minimum d’investissement dans le secteur rédactionnel pour un maximum d’exploitation de ce qu’internet peut offrir en contenus gratuits: réseaux sociaux, liens avec des articles provenant d’autres sites ou journaux, blogs et tribunes libres. Ainsi, l’édition américaine accueille… 9000 blogueurs, dont maintes célébrités et moult experts. Arianna Huffington indique que 95% de ces contributeurs ne reçoivent aucune rétribution. Quant aux 5% restants, le mystère demeure. Chaque mois, «HuffPo» accueille 28 millions de visiteurs uniques, un trésor pour la publicité.
Aux Etats-Unis, la méthode Huffington a été stigmatisée, notamment, par Bill Keller, l’ancien rédacteur en chef du New York Times, qui accuse «HuffPo» «de prendre des mots écrits par d’autres, de les emballer sur son site et d’en tirer un profit qui, normalement, aurait dû revenir à ceux qui ont généré le matériel rédactionnel». Pourtant, force est de reconnaître qu’Arianna Huffington a eu l’intelligence de comprendre plus vite que d’autres le fonctionnement de l’internet et qu’elle n’a pas inventé la cybergratuité. La plupart des sites pompent ici ou là du contenu sans bourse délier.
Cela dit, ce phénomène est train d’évoluer. Comme l’indique une remarquable enquête de Dan Israel pour le site @rrêt sur image, (lien de l'enquête) un nombre croissant de blogueurs et de contributeurs reçoivent désormais une rémunération. Avec l’effervescence des premières années, les blogueurs se souciaient peu d’être payés, éblouis qu’ils étaient par ce nouvel outil. Aujourd’hui, ils commencent à tendre la sébile. Le miracle de la cybergratuité n’est pas éternel.
Jean-Noël Cuénod
Et voici la vidéo de la conférence d'Anne Sinclair et Arianna Huffington
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24.01.2012
Nicolas Sarkozy reçoit un sacré coup de mou
Un meeting réussi ne fait pas le printemps présidentiel, certes. Toutefois, dimanche au Bourget, il s’est bien passé quelque chose. D’où cette impression diffuse que le destin a basculé, impression qui sera peut-être balayée le 22 avril, lorsque les Français glisseront leur bulletin dans l’urne. Tant d’événements peuvent encore survenir.
Mais aujourd’hui, François Hollande a repris la main et Nicolas Sarkozy a subi un sacré coup de mou. Les meetings de janvier demeurent essentiels dans les campagnes présidentielles françaises. Ils en constituent la rampe de lancement. Ou le candidat prend son envol. Ou il se casse le nez. Le 14 janvier 2007, le prétendant Sarkozy avait organisé une cérémonie hollywoodienne à la Porte de Versailles en mobilisant 50 000 fans, mis en scène par le télé réalisateur Didier Froehly. Du grand spectacle de pro. En comparaison, le meeting de Ségolène Royal faisait sortie de classe sous la gouverne d’une institutrice, jolie mais terriblement nunuche. On connaît le résultat.
Cinq ans plus tard, la mollesse a changé de camp. Dans la halle du Bourget, au cœur de la banlieue parisienne défavorisée, François Hollande emporte la foule par son verbe tantôt chaleureux, tantôt tranchant. Au même moment, le président Sarkozy adresse ses vœux à un millier de Guyanais et, sous l’œil des caméras, s’installe maladroitement dans une pirogue en prenant un air pincé, à côté de son ministre Guéant dont l’allure rendrait neurasthénique le plus démonstratif des setters irlandais.
Nicolas Sarkozy doit donc changer de tactique. Jusqu’à maintenant, il comptait sur les erreurs de son adversaire socialiste pour le battre, à la manière d’un joueur de tennis en petite forme. A ce jeu-là, l’actuel président perdra le trophée de l’Elysée. S’il attend trop pour se déclarer officiellement candidat, Sarkozy risque fort d’aggraver la déprime qui règne au sein de ses partisans.
Jean-Noël Cuénod
(Editorial paru dans 24 Heures de mercredi 25 janvier 2012)
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| Tags : élection présidentielle 2012, françois hollande |
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23.01.2012
François Hollande: un «Flanby» à pâte dure
François Hollande a réussi son premier grand meeting, dimanche au Palais des expositions du Bourget. Ce n’est certes pas surprenant. L’ancien patron du PS est un habitué de ce genre d’opération et demeure l’un des rares bons orateurs de l’actuelle classe politique française.
Ce qui est plus étonnant est son retour à la hausse dans le plus récent sondage, celui que BVA a mis sur pied pour la presse quotidienne régionale, avant-hier. Durant ces dernières semaines pourtant, sa cote ne cessait de s’effriter. Comment expliquer ce réveil du candidat socialiste à l’élection présidentielle française, avant même que sa campagne ne passe à la vitesse supérieure? Deux facteurs principaux l’expliquent.
Tout d’abord, la France accumule les mauvaises performances économiques: pertes du triple A, hausse du chômage. Les réponses apportées par le président Sarkozy – notamment lors de son «sommet social» aux maigres résultats – ne paraissent pas se situer à la hauteur des difficultés, aux yeux d’un nombre croissant de Français.
Ensuite, par ses attaques personnelles constantes, agressives et souvent maladroites, le camp du président a «virilisé» l’image jusqu’alors mollassonne de François Hollande. En faisant du socialiste l’homme à abattre, l’UMP a diffusé l’idée du «vote utile» au sein de tous ceux – et ils sont nombreux – qui veulent chasser Nicolas Sarkozy du Palais de l’Elysée. A cet égard, la ministre Nadine Morano s’est particulièrement distinguée, si l’on ose dire, par ses remarques très «gros sel». En voulant dénoncer «Hollande le mou», en braquant leur force de tir sur lui seul, les communicants sarkozystes ont réussi ce miracle, transformer «Flanby» en pâte dure.
Jean-Noël Cuénod
(Editorial paru dans la Tribune de Genève lundi 23 janvier 2012)
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19.01.2012
Place au VIP (Very Important Panda) ! Plutôt Huan-Huan que Mamadou
Sur la piste de Roissy, dimanche, cent journalistes, un ministre français, un ambassadeur chinois, deux préfets, deux parlementaires, la Garde républicaine et des escouades de policiers réservent à Huan-Huan et Yuan-Zi un accueil de stars. Ces fiancés - qui viennent de descendre de leur avion-cargo - ont droit à tous les égards dus à leur qualité de pandas géants délégués par le gouvernement chinois afin de complaire au président Sarkozy. «Il a fallu déployer des trésors de diplomatie pour qu'ils viennent enfin chez nous», souligne la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, des étoiles plein les yeux.
Ces VIP (Very Important Panda) logent désormais dans leur résidence de luxe au zoo de Beauval, près des châteaux de la Loire (photo: hôtel-de-ville de Saint-Aignan, près du zoo). Un espace de 2,5 hectares est réservé à leur seul usage, planté de bambous, agrémenté de ruisseaux et de cascades. Afin que Huan-Huan et Yuan-Zi se sentent à l'aise, le propriétaire a fait aménager une installation pour créer du brouillard artificiel. Et les bâtiments érigés dans cette zone disposent d'une toiture en forme de pagode afin que les deux immigrés ne soient point trop dépaysés. Leur assurance-vie a coûté 110 000 euros au zoo, qui a dû verser près de 1,5 million d'euros à un organisme chinois pour recevoirces deux «trésors nationaux chinois» en prêt durant dix ans. Si les amours du couple se concluent par un heureux événement, la Chine recevra chaque année 480 000 euros.
Pendant ce temps, Mamadou et sa femme Aminata rament entre l'Afrique et l'Europe sur leur rafiot de fortune. Ou plutôt d'infortune. A la merci d'un coup de vent, d'un contrôle policier et de la rapacité des passeurs de clandestins. S'ils en réchappent et parviennent à Genève, Lausanne, Marseille ou Paris, le seul accueil ministériel qu'ils recevront sera assuré par les policiers de Guéant ou les gardes-frontière suisses. Et là, ce sera l'internement dans des cellules qui n'ont rien à voir avec le palace des pandas.
Si Aminata et Mamadou passent malgré tout entre les mailles du filet, ils grossiront les rangs des travailleurs au noir, entre la plonge au bistrot et la brouette de chantier. Pour habiter, ils auront le choix: un coin de parking, les logements d'urgence qui sentent le vomi ou, s'ils ont de la chance, dix mètres carrés à partager dans un squat. Ah, si Aminata et Mamadou, au lieu d'être humains, clandestins et Maliens, étaient pandas, invités et Chinois, ils recevraient la sollicitude attendrie des Européens... Ils sont tellement choux, ces mignons nounours! Mais, faute de ressembler à des peluches vivantes, les malheureux n'ont droit, au mieux, qu'à l'indifférence du passant et, au pire, qu'au racisme de l'imbécile.
Le déchaînement de sensiblerie qui a emporté les médias à l'arrivée de Huan-Huan et Yuan-Zi montre à quel point les valeurs morales en Europe sont dégradées. Une société qui réserve le luxe à des pandas et l'opprobre à des humains fuyant la famine se montre aussi indigne que méprisable.
Jean-Noël Cuénod
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17.01.2012
LES COPINAGES DU PLOUC: Faits d'Hiver, un festival de la danse qui ne tourne pas en rond
Si vos pas de deux ou vos grands jetés vous propulsent à Paris, ne manquez pas le Festival Faits d'Hiver, consacré à la danse contemporaine. Il se tient dès maintenant jusqu'au 11 février et comprend huit spectacles qui se dérouleront dans six lieux différents dont le Théâtre de la Bastille. Par ce lien, vous disposez de tous les renseignements pratiques sur le déroulement de cette intéressante manifestation dirigée par Christophe Martin, également directeur artistique de Micadanses.
La caractéristique de ce festival réside dans l'importance donnée à la création. On y danse donc, mais pas en rond.
Et pour vous faire une petite idée de la chose, voici une vidéo qui vaut tous les discours.
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13.01.2012
La France à la recherche du président "triple A"
La perte du triple A de la France était attendue, elle n’en constitue pas moins une punition sévère pour Nicolas Sarkozy, qui achève son mandat dans les pires conditions sur le plan économique. Est-il mort politiquement, comme lui-même le laissait entendre, il y a quelques mois, en évoquant la dégradation de la note française?
Tout d’abord, il ne faut jamais enterrer un politicien français. Cette espèce particulière semble posséder, à l’égal des chats, neuf vies. Au moins. Alain Juppé est là pour le démontrer.
Ensuite, Sarkozy donne toute la mesure de son énergie lorsqu’il est assiégé par l’adversité. Ce coup du sort va sans doute agir sur lui à la manière d’un produit dopant. Il mènera sa campagne présidentielle avec encore plus d’agressivité qu’auparavant. Les missiles voleront plus bas que jamais.
Enfin, l’alternative offerte par ses adversaires n’enthousiasme pas les Français. François Hollande et les socialistes n’ont pour l’instant guère expliqué leur programme, ou alors de façon confuse, comme ce fut le cas avec la réforme du quotient familial. Marine Le Pen grimpe dans les sondages, mais personne ne la voit prendre en main le destin économique de la France. Taper sur les immigrés musulmans est une chose, sortir une vieille nation de l’ornière en est une autre.
Il reste François Bayrou qui, lui aussi, a réussi une percée spectaculaire dans les sondages. Incontestablement, le patron du MoDem (centriste d’opposition) a conduit son début de campagne de façon convaincante en dénonçant la désindustrialisation de la France. Sur le plan économique, il a démontré sa crédibilité en décrivant les ravages de la dette, dès 2007. Mais Bayrou reste un homme seul. Face aux gros bataillons sarkozystes et socialistes, les troupes de son MoDem font petite figure.
Avec angoisse, les électeurs français cherchent encore un président triple A.
Jean-Noël Cuénod
(Texte de l'édito paru samedi 14 janvier 2012)
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12.01.2012
La Hongrie d’Orban, son inquiétante Constitution et le silence européen
En octobre 1999, lorsque l’extrême droite du FPÖ avait participé à la coa- lition gouvernementale en Autriche, l’Union européenne était montée sur ses grands chevaux. Paris, Londres, Berlin ne trouvaient pas de mots assez durs pour stigmatiser cette présence brunâtre. Toutefois, les ministres du FPÖ ne cherchaient pas à modifier les lois fondamentales de leur pays.
Aujourd’hui, saisissant contraste: la Hongrie a adopté une Constitution qui contient des ferments extrémistes inquiétants, et Bruxelles ne bronche guère, sinon par une pâle résolution de protestation au Parlement européen. Certes, la Commission a proposé, hier, aux gouvernements de l’Union de supprimer un milliard d’euros d’aides à la Hongrie, mais c’est principalement pour la punir de laisser filer son déficit public et de ne pas accorder d’indépendance à sa Banque centrale. L’une des rares personnalités à tirer la sonnette d’alarme est le centriste français Jean-Louis Bourlanges, professeur à Sciences Po Paris et ancien eurodéputé.
Il faut dire que la Hongrie avait grand besoin d’une Constitution puisque, malgré sa participation à l’Union européenne, son texte fondamental remontait à… 1949, lorsque ce pays suffoquait sous la botte de Staline. Mais, au lieu de procéder à une consultation populaire, le gouvernement du conservateur nationaliste Viktor Orban a fait adopter sa Constitution par le parlement ordinaire, sans même créer une assemblée constituante élue à cet effet. Il s’est contenté d’envoyer, au début du processus, un questionnaire tous-ménages.
Ainsi, le mariage homosexuel et l’avortement se trouvent-ils bannis par ce texte fondamental. Les parlementaires sont donc liés pour un temps indéfini dans deux domaines en pleine évolution. Ce n’est pas tout, loin de là. L’indépendance de la justice n’est plus garantie, de même que celle de la Cour constitutionnelle, dont les compétences ont été revues à la baisse. La liberté de la presse n’est plus protégée en tant que droit de l’individu à en bénéficier et ne figure que sous la forme d’une vague promesse de l’Etat à la respecter. Or le gouvernement Orban a multiplié les attaques contre les médias depuis plusieurs mois. Quant à l’interdiction des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou celle d’introduire la peine de mort, elles passent à la trappe.
Enfin, ce texte se caractérise par une revendication nationaliste exacerbée en octroyant le droit de vote aux Magyars qui vivent hors des frontières hongroises et qui auront obtenu la citoyenneté, sans même devoir résider en Hongrie. Cela ne manquera pas de réveiller de vieilles rancœurs chez d’autres membres de l’Union européenne, la Roumanie et la Slovaquie, qui abritent d’importantes minorités hongroises.
Viktor Orban est en train de concentrer tous les pouvoirs dans ses seules mains. Pendant ce temps, Bruxelles ne s’inquiète que pour ses deniers.
Jean-Noël Cuénod
Pour en savoir plus, voici le site (disponible en magyar et en anglais)
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05.01.2012
DANSE DENSE
Un seul brin d'herbe
Qui danse bouleverse
Le corps du Cosmos
Lune pleine d’âmes
Qui attendent les orages
Pour enfin renaître
Ecoute en toi l’aube
Qui se lève dans un cri
De drap déchiré
L’œuf tient le monde
Le ciel est sa coquille
Et Dieu est son jaune
Au centre du centre
Tout se ressemble s’assemble
Et se fond sans fin
Jean-Noël Cuénod
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01.01.2012
Sarkozy a présenté ses vœux brouillés
L'an passé, Sarkozy se voulait encore l'hyperomni qui allait bouleverser toutes les barrières placées entre la France et la modernité: «L'année 2011 s'annonce pleine de promesses». En effet, pleine de ses promesses non-tenues. Et dans ce même discours, il se félicitait de ce que la récession fût «plus courte» que dans d'autres pays. Un an plus tard, chacun a pu mesurer la brièveté de cette récession.
Pour 2012, le président et quasi-candidat, revêtu d'un complet gris très foncé, a pris un ton plus austère. La pompe élyséenne s'est voulue funèbre. C'est en ce morose apparat que Nicolas Sarkozy a présenté au peuple de France ses vœux brouillés.
Brouillés par deux informations parasitaires, tombées dans les dernières heures de 2011. La première: le déficit commercial de la France a plongé, passant en un an de 55 à 75 milliards d'euros. «C'est la faute à la crise qui touche toute la planète», a plaidé Sarkozy lors de son discours. Mais alors, par quel miracle la voisine allemande affiche-t-elle un excédent de 154 milliards? Second sarkoparasite: la France compte désormais 2 844 800 chômeurs; elle n'avait plus subi pareil score depuis 1999. La barre symbolique des trois millions sera sans doute franchie dans la première moitié de 2012.
Or, l'élection présidentielle, qui se déroulera dans cinq mois se jouera sur cette question. Nicoléon Sarkonaparte a donc revêtu son uniforme de Maître des batailles pour l'emploi. A cet effet, il organisera le 18 janvier un grand sommet social, avec les syndicats et organisations patronales: «Nous écouterons. Et nous déciderons».
En fait, tout semble déjà décidé comme le laissent entendre les vœux présidentiels. Sans mentionner le nom de la chose, il annonce clairement l'instauration de la TVA sociale, ce qui consiste à faire payer par l'impôt indirect une partie des cotisations sociales. L'idée est de baisser le coût du travail afin de rendre l'économie française plus compétitive et frapper ainsi les exportations. Reste à savoir si cette TVA sociale ne va pas grever encore plus le budget des ménages déjà mis à mal par les restrictions diverses.
Mais si le principal est décidé que restera-t-il à négocier avec les partenaires sociaux? Des clopinettes, comme d'habitude. Car depuis cinq ans, Sarkozy n'a pas dérogé à sa méthode: imposer ses décisions en calmant les ardeurs revendicatives par des «sommets» ou des «Grenelle» qui sont au dialogue social ce que furent les villages Potemkine à l'urbanisme. Cela dit, en multipliant les passages en force, Sarkozy s'affaiblit dans les sondages.
Ces vœux présidentiels qui manquent de fraîcheur seront sans doute restés sur l'estomac des Français. Leur déprime semble d'autant plus profonde que les adversaires de Nicolas Sarkozy n'offrent pas une alternative enthousiasmante. François Hollande patine, Marine Le Pen éructe, François Bayrou vaticine, Eva Joly grince et Jean-Luc Mélenchon clabaude. Bonne année quand même.
Jean-Noël Cuénod
ET VOICI LES VOEUX PRESIDENTIELS EN VIDEO POUR CEUX QUI LES AURAIENT MANQUES!
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31.12.2011
ADIEU FRANGIN
Adieu frangin. Tu ne verras pas 2012. Mardi 20 décembre au soir, tu es parti ailleurs. Vendredi 30, nous avons célébré ton départ au Temple de Vandoeuvres. L'hommage du Plouc à son frère Bernard Cuénod, ancien député et maire de Corsier.
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28.12.2011
VIVE EAU
Une onde vibrante
Parcourt les eaux du ciel
Pour créer la Terre
***
Le règne de l’eau
Ne connaît aucune rive
Puissance sans fond
***
Le sel d'un instant
Se dissout dans la pluie
De tes caresses
***
Il pleut sur ma peau
Des gouttes de ta nuit
Qui étend sa main.
Jean-Noël Cuénod (la photo est tirée du remarquable blogue édité par le photographe Dominique Sachot (site:http://doque.over-blog.com)
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25.12.2011
Cancer social et triste passions des préférences
Le Plouc apprend en lisant l'excellent blogue de l'ami Souaille qu'il existe une notion de « préférence cantonale » développée sans doute par ces politibraillards de bistrot qui semblent faire la loi à Piogre. Jadis, le père Le Pen avait illustré ainsi cette pensée visionnaire : « Je préfère mes filles à mes nièces, mes nièces à mes cousines, mes cousines à mes voisines et mes voisines à des étrangères ». Il a donc élaboré le slogan de la « préférence nationale ». Montant d'un degré, les sarkozystes militent maintenant pour la « préférence européenne ». Mais avec les politibraillards de Piogre, on tombe dans l'escalier : voilà la « préférence cantonale ».
Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Instaurons la « préférence communale », puis la « préférence de quartier ». Continuons avec la « préférence d'immeuble » qui n'est qu'une étape avant la « préférence d'étage », puis la « préférence d'appartement. » La suite logique en est la «préférence individuelle ».
Allons encore plus, loin, avec la « préférence organique ». Un organe revendique d'être privilégié par rapport aux autres. Il est apparu en premier dans le fœtus, prétend-il. C'est alors que les cellules se mettent à leur tour à se combattre les unes contre les autres, au nom de la « préférence cellulaire ».
Cela s'appelle le cancer. Bon Noël quand même.
Jean-Noël Cuénod
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| Tags : noël, préférence nationale |
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22.12.2011
La faim, un massacre invisible et quotidien
Cannes 2011, au Sommet du G20. Les organismes d'entraide tentent d'extirper la meute journalistique de son obsession, à savoir la crise de l'euro. Mais la petite voix de ces organisations non-gouvernementales (ONG) ne parvient guère à percer dans le tintamarre orchestré par un expert en bruits médiatiques, Nicolas Sarkozy, temporaire Roi du monde à la tête du G20.
Toutefois, en tendant bien l'oreille, le journaliste dûment accrédité peut percevoir le message des ONG, à savoir que les soucis des Européens prennent une place démesurée comparés à ce constat effrayant dressé, entre autres, par Mauricio Cunha qui dirige une quarantaine de programmes humanitaires au Nordeste brésilien:
«920 millions d'hommes et de femmes - dont 200 millions d'enfants - se couchent chaque soir sans avoir mangé durant la journée. Et le Sommet de Cannes n'a abordé cette réalité que de façon accessoire».
Dans son dernier livre, «Destruction massive - Géopolitique de la faim» (Seuil), Jean Ziegler se fait le relais de ceux qui luttent contre la famine et la malnutrition. L'ancien rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation et actuel vice-président du Comité consultatif au Conseil des droits de l'homme de l'ONU décrit l'état des lieux de la faim qui n'a cessé de croître.
Les principales victimes sont les enfants dont les neurones se forment durant les cinq premières années de leur existence. Si pendant cette période cruciale, les petits ne reçoivent pas «une nourriture adéquate, suffisante et régulière», ils resteront des mutilés cérébraux à vie. C'est donc des nations entières dont le développement est ainsi mis en péril. Dès lors, parler en l'occurrence d'un «massacre de masse» n'est pas exagéré.
Notre société média-mercantile invente des bidules électroniques toujours plus complexes. Elle est magnifique d'efficacité dans le futile, le superflu et l'accessoire. Mais quand il s'agit de s'attaquer au premier des scandales, celui de la malnutrition, son imagination créatrice se tarit aussitôt. Le concept n'est pas vendeur, voyez-vous.
Les prédateurs de la faim sont nombreux mais identifiables, entre les riches dirigeants des pays pauvres - qui préfèrent alimenter leurs comptes en Suisse plutôt que le garde-manger de leurs concitoyens - et les spéculateurs qui, après s'être livrés à la prédation dans le domaine boursier, usent des mêmes techniques spéculatives dans le marché agroalimentaire. Après avoir mis à sac la finance en 2008, ils vont en faire de même dans l'alimentation.
Et pourquoi se gêneraient-ils? La famine tue tous les jours mais en silence.
Jean-Noël Cuénod
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| Tags : famine, jean ziegler, finance mondiale |
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17.12.2011
L'Europe nouvelle vogue sans les peuples
La crise de la dette a donc donné naissance à une Europe à l'accent allemand. Le nouveau traité européen qui devrait être présenté à la ratification des 26 Etats (la Grande-Bretagne s'est retirée du jeu) en mars marque une régression démocratique qui ne paraît guère émouvoir les politiciens du continent. Le principe de sa création a été arrêté à Bruxelles les 8 et 9 décembre, dans l'urgence, lors de l'un des multiples «Sommets de la dernière chance». Ce texte est en cours d'élaboration ultrarapide, puisqu'il devrait être achevé dans quinze jours.
Evidemment, tout va plus vite en boutant les peuples hors du champ des décisions. «Les consulter? Vous n'y songez pas... Le feu de la crise menace de brûler toute l'Union et ses billets d'euros. On n'a pas le temps de finasser. Laisser faire les pompiers!»
Le danger avec les pompiers, c'est que leurs lances à eau causent parfois plus de dégâts que les flammes. A cause de ce nouveau traité, c'est la démocratie qui risque fort d'être noyée.
Le texte en gestation accélérée prévoit que la Commission européenne surveillera les politiques budgétaires des Etats signataires et décidera de lancer des sanctions contre les pays qui sortiront des clous. Ainsi, des commissaires qui n'ont aucune légitimité populaire examineront la copie des parlementaires nationaux qui, eux, ont été élus par le peuple. Si les députés ne décident même plus de la politique budgétaire de leur Etat, on se demande à quoi ils peuvent bien servir. A part, bien sûr, interdire le port de la burqa qui est un objet dont l'importance vitale n'échappe à personne.
En outre, chaque Etat devra inclure dans sa Constitution la «règle d'or» de l'équilibre budgétaire. La Cour de justice de l'Union européenne du Luxembourg examinera si l'article constitutionnel est conforme ou non avec le traité. Les juges qui composent cette juridiction sont nommés par leur gouvernement et ne passent donc pas par l'onction citoyenne. Ce sont plus des fonctionnaires que des magistrats, au sens où nous l'entendons en Suisse.
S'il est un domaine qui doit rester l'apanage exclusif des peuples, c'est bien la Constitution. Or, en cette occurrence, ils sont priés de ne pas s'en occuper. Le traité germano-européen leur impose la «règle d'or» et ce sont des juges-fonctionnaires qui décideront en fin de compte.
L'Union européenne n'a jamais brillé par son sens de la démocratie. Mais avec le traité qui se prépare, cette situation va empirer. Bruxelles a voulu prendre une voie médiane et bâtarde entre la fédération et la confédération, entre la délégation des pouvoirs façon helvétique et l'association d'Etats indépendants. L'Union européenne aura finalement bricolé un rafiot qui s'éloigne de plus en plus de la rive des citoyens.
Jean-Noël Cuénod
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16.12.2011
Carlos ou le crépuscule des vieux terroristes
Au cours d’une interminable soirée jeudi, la Cour d’assises spéciale de Paris a condamné le terroriste vénézuélien Illich Ramirez Sanchez dit Carlos (photo Keystone) à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 18 ans. Il a été reconnu coupable de quatre attentats commis en France dans les années 80, provoquant 11 morts et 150 blessés. Cette campagne sanglante avait pour but de faire libérer la compagne allemande de Carlos, Magdalena Kopp, ainsi que son camarade tessinois Bruno Breguet.
Avant la lecture du verdict, Carlos a déchaîné un flot verbeux dans la salle d’audience. Pendant cinq heures d’affilée, l’accusé a dit tout le mal qu’il pensait des procureurs et, dans un sabir franco-espagnol, a détaillé ses conceptions politiques, sorte de magma islamo-stalinien. Puis, il a chanté sa gloire en manière d’opéra que l’on pourrait intituler «le crépuscule des vieux terroristes».
Sa défense pathétique consiste à se glorifier d’attentats en général et de les réfuter lorsque la justice se réfère à des cas précis. Ainsi, Carlos nie toutes les opérations qui font l’objet de son acte d’accusation. Il s’agit de peindre sa légende et de poursuivre la guérilla de la procédure que des aveux rendraient impossible. Car, bien entendu, Ramirez Sanchez interjette appel contre ce jugement.
Il sait que ses chances d’obtenir une peine moins lourde sont quasi-nulles. Mais son objectif est de s’offrir une nouvelle tribune et parader devant son dernier carré de partisans dont le maître d’œuvre est le comique sulfureux Dieudonné. Toutefois à chaque procès, son public s’amaigrit. Il vit le drame ridicule des vedettes décaties qui s’agrippent aux rideaux du théâtre.
«Je n’ai honte de rien, je n’ai jamais trahi, je n’ai jamais dénoncé», s’exclame-t-il avant de lire un document qui le fait pleurer: le testament de Kadhafi. Les victimes de Carlos, elles, n’auront même pas eu droit à un regard.
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15.12.2011
Chirac condamné: le président-roi perd sa couronne
Après la condamnation de Jacques Chirac dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, BFM TV a saisi les premières réactions. Le Plouc, qui a assisté au procès, se fend de cet édito.
La condamnation de Jacques Chirac à deux ans de prison avec sursis marque une rupture dans la conception française du pouvoir présidentiel. Charles de Gaule, le créateur de l’actuelle Constitution, a transformé le président en monarque républicain. Il conservait de la République, l’onction démocratique et prenait à la monarchie, la sacralité du trône. Afin qu’il régnât au plus haut des cieux tricolores, il fallait que le chef de l’Etat fût protégé des vils embarras de la vie quotidienne, telles les procédures judiciaires. Dès lors, durant tout son règne, l’immunité la plus étanche le protégeait des enquêtes pénales. De fait, des générations de magistrats se sont cassé le nez à ce mur jusqu’alors infranchissable.
Grâce à la ténacité des juges d’instruction, cet obstacle a été franchi pour la première fois. Un ancien président n’est pas encore un justiciable comme les autres, toutefois, il n’est plus intouchable. La fonction présidentielle continue sa lente mais inexorable descente vers la désacralisation. L’actuel président Nicolas Sarkozy avait amorcé ce mouvement par son comportement de nouveau riche montreur de Rolex. La condamnation de Chirac l’accentue. Le prochain président — quel qu’il soit — risque fort de perdre sa couronne.
Ce jugement démontre aussi l’indépendance des juges «du siège» par rapport aux magistrats du Parquet censés conduire l’accusation. Dans cette affaire, le Parquet avait réclamé la relaxe (acquittement) de Chirac et des autres accusés.
Jean-Noël Cuénod
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13.12.2011
Les aphorismes du Plouc(3)
- Le Plouc n'a pas besoin de regarder au sol pour éviter l'étron canin qui menace ses pas.
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- Le Plouc porte en lui une nostalgie qui ne lui appartient pas.
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- Le Plouc aime à se faufiler entre les tombes. Il y rencontre une foule de gens tout à fait estimables. Paul Valéry avait son Cimetière Marin, Le Plouc se contente de son Cimetière marrant.
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- Quant le gel durcit la terre, Le Plouc met de l'Afrique dans ses sens.
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- Dieu est un grand humoriste derrière l'Eternel.
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08.12.2011
Tendre et cruel tango de la vie et de la mort
Nous vivons des temps agités, paraît-il. Certes, aucune époque n'a connu le calme des matins zen. Mais la nôtre a ceci de particulier qu'elle diffuse l'image de sa geste frénétique tous azimuts grâce aux cyberbidules. Ce qui accroît d'autant cette danse de Saint-Guy globalisée.
Politiciens dissimulant leur impuissance sous une brume de postillons, «pipoles» sautillant de micros en caméras pour répéter sur un ton hystérique leurs banalités communicantes, banquiers sans visage hier, sans scrupule aujourd'hui, financiers fous poussant le monde sur le toboggan des crises... Soudain, toutes ces marionnettes s'effondrent dans l'immobilité. Une seule phrase a tranché leurs fils: «Je vais mourir».
Un livre de l'écrivain, poète et chanteur vaudois et genevois, Pierre Alain remet avec une douce ironie nos pendules détraquées à l'heure de la mort. Ce qui est tout sauf triste; on s'amuse beaucoup en lisant ses Tribulations de Père la Lune parues aux Editions Publi-Libris. Après avoir vécu - au sens plein du terme - la mort de sa mère centenaire, le Père la Lune, qui n'est autre que l'auteur, apprend que son corps abrite un adversaire nommé cancer.
Il prend alors le lecteur par la main pour lui faire visiter sa vie. Qui vaut vraiment la peine d'être vécue. Car il en aura vu des paysages, Pierre Alain. Monté très jeune à Paris, il obtiendra de jolis succès dans la chanson et une flopée de disques d'or. Le valdo-genevois côtoie Claude François, Johnny Hallyday, Michel Polnareff, Jacques Dutronc, passe du Lapin Agile au Tire-Bouchon et moult autres cabarets. Entre les expériences érotiques d'un Paris en folie dans les années 60 - sans oublier Le Havre qui, en matière de débauches acrobatiques, peut en remontrer à la capitale - et les instants de pure plénitude où l'être tout entier appartient à la joie cosmique, Pierre Alain a dansé le tendre et cruel tango de la vie avec son rêve comme bandonéoniste.
L'amour sauve tout. L'amour de sa mère qui ne cesse de jaillir. L'amour de sa femme Christianne. Contre ces forces irradiantes, le désespoir se ratatine et s'assèche. La poésie est là qui veille elle aussi et qui transforme une tasse de thé en univers chatoyant. Pierre Alain ne manque pas de savoir-vivre.
«Perit ut vivat», mourir pour vivre, dit la traditionnelle sagesse. La mort oblige à réunir tout ce qui, en nous, est épars. Lambeaux de songes, colères mal éteintes, expériences multiples, rêves dont on ne sait s'ils sont réels ou chimériques tissent notre être. Bruit, fausses valeurs, nous empêchent de prendre conscience des liens qui font tenir ensemble ces multiples nous-mêmes. Nos morceaux d'existence glissent alors au fil du temps et nous voilà à sec.
Heureusement, la mort est là qui veille et nous rappelle à l'ordre en nous forçant à trier entre le rare essentiel et l'abondant accessoire. Sans elle que serait la vie?
Jean-Noël Cuénod
(Ce texte a paru jeudi 8 décembre 2011 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en rubrique "Perspective" (version un peu raccourcie) de la Tribune de Genève)
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04.12.2011
Théâtre à Lyon: Besame mAcho!
Le Plouc vous recommande chaudement cette magnifique troupe italo-lyonnaise, SOLELUNA animée par le trio des Carpintieri: Aude, Milena et Giorgio. Ces drôles de paroissiens crèchent au Théâtre de l'Etoile Royale, 17 rue Royale, Lyon 1er, situé à un jet de poularde demi-deuil de la Mère Brasier. Voici leur prochain spectacle qui s'annonce drôle, grinçant et intelligent.
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01.12.2011
Moult obstacles devant la «Françallemagne»
«Convergence franco-allemande». C'est la formule préférée du président Sarkozy en cet automne où les mauvaises nouvelles économiques tombent au rythme des feuilles de marronniers. En fait de convergence, il s'agit plutôt d'un alignement de la France sur l'Allemagne. Paris s'efforce de rester dans la roue du maillot jaune de l'Union européenne et ne conteste plus à Berlin son rôle de leader. Sarkozy cherche désormais à l'imiter en espérant créer un condominium sur l'Europe, une sorte de «Françallemagne» à la Charlemagne qui dicterait sa loi au reste des pays de l'Union, rétrogradés au rang de figurants plus ou moins intelligents. Nombre de politiciens et politologues français aiment à illustrer cet espoir en usant du cliché: «le couple franco-allemand, moteur de l'Europe».
Drôle de ménage où Madame porte la culotte et Monsieur, la brosse à reluire. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy font de plus en plus penser à ces couples dessinés par Dubout qui met en scène d'imposantes matrones traînant derrière elles un petit mari grimaçant et sautillant.
Plusieurs obstacles se dressent devant la création de cette «Françallemagne». Tout d'abord, les Français se montrent plus déterminés que les Allemands à pousser plus loin leurs marivaudages. Du haut de son sommet, l'Allemagne tend à considérer la France comme un pays du Sud aussi paresseux et endetté que les autres. Alors que ses voisins du Nord démontrent une belle solidité économique et une admirable constance dans l'effort. Pourquoi Berlin privilégierait-il une entente avec Paris plutôt qu'avec Amsterdam ou Stockholm?
Sur le plan diplomatique, les vues allemandes et françaises ont souvent divergé, on l'a vu avec la guerre en Libye où Paris a trouvé à Londres l'appui que Berlin lui a refusé sans prendre de gants.
L'organisation économique des deux pays n'a guère de points communs. L'Allemagne est restée une puissance industrielle avec un tissu dense d'entreprises moyennes qui constituent le fer de lance des exportations. Rien de tel en France qui voit mourir son industrie jour après jour et dont les PME n'exportent guère. Par sa «convergence franco-allemande», le président Sarkozy cherche d'ailleurs à puiser dans l'exemple germanique l'impulsion nécessaire au redressement industriel. Mais l'Allemagne l'aidera-t-elle dans cette entreprise au risque de créer de nouveaux concurrents? Une France réduite, comme aujourd'hui, aux services convient bien mieux à Berlin.
Il en va de même dans les rapports sociaux. Multiples syndicats aux maigres troupes en France; peu de centrales mais aux effectifs nombreux en Allemagne. Culture de la rupture d'un côté du Rhin, culture du compromis sur l'autre rive.
La «Françallemagne» illustre la nostalgie française de la puissance perdue. Paris a tenté de la réanimer, au moins partiellement, par le truchement d'une Europe forte politiquement. Ce fut l'échec. Elle essaie désormais de s'appuyer sur l'Allemagne pour donner un peu de corps à son rêve devenu inaccessible.
Jean-Noël Cuénod
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| Tags : angela merkel, nicolas sarkozy |
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