11/02/2016

L’écrivaine Huguette Junod : « Plus qu’assez des initiatives de l’UDC ! »

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Une fois n’est pas coutume, Le Plouc cède sa plume pour un tour. A l’excellente écrivaine genevoise Huguette Junod, en l’occurrence. Elle a rédigé pour le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève un texte remarquable contre l’initiative de l’UDC dite de mise en œuvre. Il s’agit d’appliquer le renvoi des étrangers en situation d’illégalité. Une fois de plus, l’extrême droite suisse instrumentalise la justice pour s’attaquer à son véritable « mouton noir » (animal qu’elle affectionne dans ses affiches ) : les droits des humains.

Comme Le Plouc en a lui aussi plus qu’assez de pondre des trucs sur les obsessions séniles des blochériens, il remercie Huguette de s’être acquittée de cette tâche, voilà donc son texte. Et pour ceux qui veulent se documenter, voici deux liens :

http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/interi...

https://www.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis433t.html

 J’en ai assez de courir après les initiatives de l’UDC, de plus en plus venimeuses, lancées comme des missiles qui, pour la plupart, attaquent non seulement les étrangers, mais l’Etat de droit. Je ne comprends d’ailleurs pas qu’on autorise une initiative ne respectant pas nos propres lois, ni notre fonctionnement démocratique.

  •  L’UDC a lancé sa 2e initiative de mise en œuvre en 2012, alors que le Parlement était en train de travailler en vue de l’élaboration de la loi de mise en application de la 1e (de 2010, prête fin 2015), qui donnait précisément 5 ans pour cela. L’UDC a donc court-circuité les travaux parlementaires.
  • En fait, la 2e initiative UDC est un durcissement de la 1e, et non sa « mise en œuvre ». Elle met sur le même plan les crimes et les délits. Un père ou une mère de famille, né-e à Genève, y travaillant, y payant des impôts, serait renvoyé-e d’office au 2e « délit » commis en dix ans. Seules les personnes possédant un titre de séjour seraient concernées. Cette 2e initiative n’aurait donc aucun effet sur les délits commis par les délinquants qui traversent les frontières.
  • Elle enlève également leur pouvoir aux juges, le renvoi serait automatique, en contradiction avec le droit suisse et les droits humains. Prétendre qu’un pays peut édicter les lois qu’il veut, sans tenir compte de la Déclaration des droits humains, c’est ouvrir la porte à toutes les dérives, jusqu’à la dictature. La Hongrie, la Pologne et la Croatie, pour ne parler que de l’Europe, montrent de bien mauvais exemples. C’est en effet le dernier étage de la fusée UDC : ne plus reconnaître la validité de la Cour européenne des droits de l’Homme, ce qui réduirait les droits de chaque individu. La Suisse ne pourrait alors plus défendre ses intérêts économiques ni sa politique sécuritaire. Ce serait se tirer une balle dans le pied, comme le peuple suisse l’a fait le 8 février 2014.
  • Pour diffuser sa haine des étrangers, l’UDC dispose de moyens financiers quasiment illimités, grâce aux milliards de Blocher, comme les tous-ménages envoyés récemment. Cette disproportion de moyens déséquilibre le débat démocratique.

 Tout en stigmatisant les étrangers, coupables de tous les maux (cela ne vous rappelle rien ?), l’UDC s’oppose systématiquement à l’aide économique aux pays du Tiers Monde et à la naturalisation facilitée.

 Aux éructations xénophobes des Blocher, Le Pen, Trump et autres, je préfère les propos de Montesquieu : « Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime. »

 Huguette Junod, écrivaine

 Photo : troupeau de blochériens attendant la prochaine initiative xénophobe.

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05/02/2016

La gauche anti-Hollande se met en ordre de bataille

DanyBellevilloise.jpgPour leur première réunion publique, les initiateurs qui ont lancé fin janvier «l’Appel à une primaire des gauches et de l’écologie» ont fait salle comble à La Bellevilloise, dans le populaire XXe arrondissement de Paris. Mercredi soir, plus de 700 personnes se sont massées pour écouter les initiateurs de l’Appel – dont Daniel Cohn-Bendit (photo JNC) et l’économiste Thomas Piketty  – et surtout pour débattre en exprimant leur rejet massif du président François Hollande.

 Alcooliques anonymes et couscous

 C’est d’ailleurs ce qui a marqué cette longue soirée très animée: le fossé qui sépare le gouvernement socialiste d’une grande partie de sa famille politique prend des allures d’océan. Volant un propos que lui avait soufflé l’essayiste Raphaël Glucksmann (fils de feu le philosophe), Cécile Duflot a bien illustré cet état d’esprit: «J’ai l’impression de participer à une réunion des alcooliques anonymes qui se demandent comment ils ont bien pu en arriver à voter pour Hollande en 2012!»

A des journalistes, un proche du président aurait murmuré : «Ce ne sont pas trois pékins autour d’un couscous qui vont organiser une primaire». Certes, mais l’Appel pour la primaire à gauche a récolté en quelques jours 76 200 signatures, ce qui fait beaucoup de pékins! De plus les partisans de l’Appel organisent des meetings et récoltent des fonds dans les grandes villes de province. C’est la gauche anti-Hollande qui s’organise.

Qui est-elle? On ne saurait la confiner à la «gauche de la gauche» de Jean-Luc Mélenchon. D’ailleurs, ce dernier a refusé de participer à ce mouvement. Les partisans de l’Appel comprennent aussi bien d’anciens rocardiens, des libéraux-libertaires comme Daniel Cohn-Bendit que des verts de toutes nuances, des communistes, des gauchistes. Et des militants, apparemment nombreux, du Parti socialiste qui sont parmi les plus virulents à critiquer le duo Hollande-Valls, même parmi des députés du PS, de plus en plus frondeurs. Les militants associatifs ou de simple sympathisants ont aussi donné de la voix dans ce grand déballage, sans ménager les élus, même frondeurs. Pour François Hollande, la reconquête de son socle électoral pour la présidentielle de 2017 relève de l’exploit titanesque. Sauf miracle économique.

 Et les ouvriers ? Des OPNI pour la gauche

 Dans ce contexte, la primaire à gauche semble n’être qu’un prétexte dans la mesure où il paraît difficile d’en organiser une à quinze mois de la présidentielle. Sans le dire ouvertement, la gauche anti-Hollande a intériorisé la défaite socialiste en 2017. Elle cherche donc à lancer un mouvement de réinitialisation idéologique pour mettre sur pied la future opposition.

Etonnant constat dans cette Bellevilloise, haut-lieu de la mémoire ouvrière parisienne, pas une seule fois les mots «syndicat» et «ouvrier» n’ont été prononcés. Devenus des OPNI, (objets politiques non-identifiés), Ils sont sortis des préoccupations de la gauche française, qu’elle soit pour ou contre Hollande. Conséquence directe : le Front national est le premier parti ouvrier de l’Hexagone.

 Jean-Noël Cuénod

 (Article paru vendredi 5 février 2016 dans la Tribune de Genève et 24 Heures repris dans ce blogue à l’intention, notamment, des lecteurs vivant en France)

 

 

 

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31/01/2016

La Galerie ART-Aujourd’hui lâche ses 7 anges du bizarre

 

 L’Ange du Bizarre, c’est le thème choisi par les animateurs de la galerie parisienne ART-Aujourd’hui[1] – Marianne et Philippe Rillon, Daniel Chassagne – pour qualifier l’exposition qu’ils organisent actuellement jusqu’au 27 février.

Un ange ? Plutôt 7 anges du bizarre : les peintres et dessinateurs Georges Bru, Jean-Marie Cartereau, Evelyne Gerbaud, Bernard Le Nen, Denis Pouppeville, Victor Soren et la sculptrice Pascale Proffit. 7, nombre symbole de l’unicité fondamentale entre la terre et le ciel, la matière et l’esprit que des générations de clercs ont voulu séparer. Œuvre proprement diabolique puisqu’en grec diabolein renvoie à la notion de division.

Par bonheur, les artistes et les poètes ont recollé les morceaux de la vie en rétablissant l’unité première, en effaçant d’une touche de pinceau, d’un coup de burin ou d’un trait de plume (arrachée à l’aile d’un ange qui passait par-là) l’illusoire frontière entre l’âme et le corps.

Le mot « bizarre » ne l’est pas moins, bizarre. Né du vieil italien bizzaro qui signifie « coléreux », devenu ensuite synonyme d’ « extravagant », de « brave » aussi, après un détour par l’Espagne, il partage une origine commune avec l’adjectif « bigarré ». Terme étrange (Vous avez dit étrange ? Comme c’est bizarre !), passant du rouge de colère aux couleurs multiples.

Associé à l’Ange, le Bizarre a pris une allure majuscule. Il bat des ailes entre les pages de la nouvelle d’Edgar Poe traduite par Baudelaire. Il turlupine Cocteau qui entamera contre lui un combat de velours. Et le voilà transformé en flic-poète par Charles Trénet dans son « Jardin extraordinaire ».

 

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Qui veut faire l’ange, fait la bête. Qui veut faire l’Ange du Bizarre, fait la bête du fantasme. Comme ce cauchemar d’enfance qui revient hanter l’adulte pour lui rappeler ses terreurs initiales. Que reste-t-il de nos fantasmes lorsque la lumière s’est éteinte ? (ci-dessus, Aimez-vous les uns les autres. Victor Soren)

 B._LE_NEN_Le grand Mystificateur 130x97 acrylique sur toile 2014.jpgL’Ange du Bizarre est aussi le gardien des portes. L’une d’entre elle ouvre sur le monde des chamans qui tirent des souterrains les forces nécessaires pour s’attirer les bonnes grâces du soleil. Regardez ce Grand Mystificateur (ci-contre) de Bernard Le Nen qui fait danser les morts sous son arbre-cerveau et tire d’un œuf un petit serpent qui ne demande qu’à grandir. Dieu lui-même serait mystifié par ces sortilèges qui donnent aux hommes l’illusion qu’ils peuvent obtenir les clés du ciel sans peine, ni labeur, simplement en se confiant à quelques grands prêtres.

 

 

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Avec sa série Ailes, Ether et Limbes (ci-dessus), Jean-Marie Cartereau s’inscrit naturellement et surnaturellement dans le thème choisi. L’Ange est tout à la fois homme, animal, végétal, minéral. Il s’élève mais la tête tournée vers le bas. Ses ailes se fondent dans toutes les nuances du gris, la couleur des humains, ces enténébrés lumineux.

E._GERBAUD_18-le silence-monotype-40x30cm.jpgLe gris, c’est aussi le domaine d’Evelyne Gerbaud. Dans ce Silence (ci-contre), le personnage sans bouche tient de la femme et du mustélidé. Son regard de charbon regarde bien au-delà des mots. Dans cet espace-temps, on n’articule pas des mots, on échange des ondes.

 

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Humains et animaux se rencontrent aussi dans le même corps chez Denis Pouppeville (ci-dessous, Jeune femme et homme à roulette). Mais là, plus question de silence, c’est la truculence et le sarcasme qui balaient l’esprit de sérieux et ses poussières. Point de bizarre éthéré, ici. Mais du bizarre ravageur.

 

 

 

 

 

G.BRU_Personnage et son double. Technique mixte s_papier. 27,5 X 18,5 cm. 2014.jpg

Changement radical de monde avec Georges Bru (ci-dessus, Personnage et son double). Les contours d ses personnages sont – bizarrement – à la fois estompés et précis comme certains souvenirs enfouis qui, en ressurgissant sans crier gare, font revivre des scènes précises dans un contexte resté flou.

 

 

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Une cohorte d’anges du bizarre en trois dimensions (au moins !) sortent des mains fertiles de Pascale Proffit (ci-dessus Le petit carré de ciel bleu). La sculptrice a l’étrangeté très joyeuse. Rêverie et rire ne manquent pas d’R ni d’air. L’imaginaire et l’humour prennent à contrepied ce monde prosaïque du Prozac qui veut éteindre les douleurs à coups de mensonges et de pilules.

Ce monde-là, les Anges du Bizarre n’ont pas fini de le hanter pour le subvertir.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 



[1] Galerie ART-Aujourd’hui, 8 rue Alfred-Stevens, Paris IXe, Métro Pigalle www.galerie-art-aujourdhui.com

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27/01/2016

Christiane Taubira, bien plus qu’une démission…

IMG_2247.JPGDESSIN: ACÉ

 Voilà une nouvelle qui ne fera tomber personne de l’armoire, même normande, tant elle était attendue. Au moins depuis décembre. Christiane Taubira a donc démissionné de son poste de ministre de la Justice. Disons plutôt qu’il s’agit d’un divorce par consentement mutuel avec l’Elysée. Farouchement opposée à la déchéance de la nationalité pour les terroristes, il lui était impossible de défendre ce projet devant le parlement français. C’est d’ailleurs le premier ministre Manuel Valls qui a dû le présenter ce matin même à la Commission des lois de l’Assemblée nationale. Ajoutons en passant que cette commission était présidée par celui qui remplacera Mme Taubira à la Justice: Jean-Jacques Urvoas.

Les réactions des dirigeants politiques à ce départ démontrent à quel point le discours politique en France a sombré dans le ridicule et la caricature. A gauche, c’est à une Madone que l’on destine les coups d’encensoir les plus empanachés de parfums gras. A droite, c’est sur une Gorgone que l’on jette les paquets de boue les plus pestilentiels. Il est vrai que la désormais ancienne ministre ne laisse personne indifférent; s’il est une personnalité contrastée, c’est bien la sienne.

 Madone ou Gorgone ? Ombres et lumières

 Celle qui, comme son titre l’indiquait, a gardé les sceaux de la République française pendant près de quatre ans, a commencé sa carrière politique par militer contre elle en réclamant l’indépendance de sa contrée natale, la Guyane. Au début des années 80, la jeune politicienne, constatant que les Guyanais voulaient massivement rester Français, a renoncé au séparatisme en créant Walwari, un parti local autonomiste, aujourd’hui lié au Parti radical de gauche. Par conséquent, l’idole de l’aile gauche du Parti socialiste… n’est pas socialiste!

Du courage, de la niaque, de l’éloquence, du sens tactique et du panache, Christiane Taubira n’en manque pas. En sont convaincus, tous ceux qui l’ont vue défendre au Palais Bourbon (parfois bourbeux) la loi autorisant le mariage homosexuel au milieu des vociférations que proféraient de grimaçants députés de droite remontés comme des lapins Duracell par le curé de leur circonscription.

Si le verbe est efficace, l’action l’est moins. Et son goût pour l’improvisation baroque  laisse songeur. Un exemple parmi d’autres: en octobre dernier, à la faveur – si l’on ose dire – d’un fait-divers, elle avait annoncé une réforme visant à escorter certains détenus dangereux en congé par des policiers ou des gendarmes. Comme si les agents de la sécurité intérieure étaient sous-employés après les attentats de janvier 2015! Evidemment, plus personne ne parle aujourd’hui de cette «réforme».

En outre, son caractère autoritaire et cassant a usé quatre directeurs de cabinet, soit plus d’un par an. Cela traduit son incapacité à mener une équipe, ce qui est bien gênant pour une responsable politique.

 Urvoas, l’homme de la police ? Pas forcément

 Cela dit, sa démission dépasse de plusieurs coudées son cas personnel. Les médias ne cessent de rabâcher que François Hollande a ainsi perdu sa «caution de gauche». Cette caution, cela fait longtemps que le président français l’a égarée, depuis qu’il a accepté la politique «austéritaire» de Berlin, quelques heures seulement après son investiture à l’Elysée. Toutefois, il est vrai que le départ de Christiane Taubira permet au président de disposer d’un gouvernement entièrement à sa main.

Présenté par les médias comme «l’homme de la police», le nouveau ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas appliquera d’autant plus volontiers la politique antiterroriste de l’exécutif, qu’il en a promu la plupart des textes lorsqu’il présidait, il y a quelques heures encore, la Commission des lois de l’Assemblée nationale. C’est notamment lui qui a conçu en grande partie la législation sur le renseignement dont il fut le rapporteur. Or, dans le contexte de la lutte contre le terrorisme, ces textes offrent aux services de renseignements des pouvoirs d’intrusion dans la vie privée qui leur étaient jusqu’alors interdits et qui paraissent dangereusement invasifs. De plus, Urvoas est un proche du premier ministre Valls dont il soutient la politique musclée.

Sa nomination signerait-elle le règne de la police au sommet de la justice ? Pas forcément. Tout d’abord, Jean-Jacques Urvoas est un juriste et un constitutionnaliste de haut niveau (maître de conférence à l’Université de Bretagne occidentale) ; les magistrats et lui parlent donc la même langue. Ensuite, il s’est montré sceptique quant à la poursuite de l’état d’urgence dont il a publiquement dénoncé l’ «essouflement»  et critiqué son application lorsqu’elle a débordé le strict cadre de l’antiterrorisme. Enfin, lorsqu’un ministre de la Justice entre en exercice, il endosse la culture d’un puissant appareil qui s’est toujours opposé à ce que la police foule de ses bottes d’assaut le pré carré des juges. A ce niveau, la fonction change souvent l’homme.

 L’axe social-libéral

 Revenons au départ de Christiane Taubira qui confirme, une fois de plus, la mort du Parti socialiste français tel qu’il a été ressuscité par François Mitterrand lors du Congrès d’Epinay en 1971. La ligne social-libérale insufflée par François Hollande n’est plus compatible, non seulement avec la «gauche de la gauche», mais aussi avec une partie importante des élus et des adhérents – du moins ce qu’il en reste – du PS. En revanche, elle est conforme à celle défendue par le centre et une grande part de la droite. Il existe un axe, de facto, qui relie Emmanuel Macron et Manuel Valls (même si les deux hommes sont en concurrence) à François Bayrou, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé.

Pour l’instant, cet axe n’aboutit pas à une coalition, exercice difficile (mais pas forcément impossible) dans les institutions de la Ve République. En cas de victoire d’Alain Juppé à la présidence de la République en 2017, cet axe peut fort bien se muer en un bloc social et libéral, voire une sorte de grand Parti républicain à l’américaine, alliant l’aile droite des socialistes, les centristes et une grande partie de l’ex-UMP.

La gauche, au sens traditionnel du terme, se trouverait alors en état de décomposition avancée, ce qui, paradoxalement, peut constituer une chance pour elle. En effet, la gauche n’a actuellement plus rien à dire. Elle n’a pas eu le courage et l’intelligence de dresser les constats de décès du communisme et de la social-démocratie. Or, sans cette nécessaire et fondamentale remise en question, il ne lui sera pas possible de revenir dans l’arène politique avec les armes idéologiques indispensables à un courant politique pour revendiquer le pouvoir.  

La gauche authentique a donc aujourd’hui un urgent besoin de partir en cure d’opposition.

 Jean-Noël Cuénod

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25/01/2016

Nouvelle règles régissant les commentaires de ce blogue

Un blogue, c’est une maison. Une maison qui appartient à celui qui l’anime. Il accepte ou non des invités qui commentent ses textes. Certains propriétaires se barricadent et refusent tout apport extérieur. D’autres entrouvrent leur huis virtuel. Quelques uns l’ouvrent largement. Ce qui a été le cas, jusqu’ici, du Plouc.

Mais voilà, c’est comme avec les invités. Vous avez des gens polis même s’ils se montrent critiques envers les plats que vous leur présentez. Et vous avez des goujats qui vous salopent votre intérieur, mettent leurs souliers boueux sur la table, se mouchent dans vos rideaux. Voire pire. Pendant plus de huit ans, Le Plouc a supporté à peu près tout, se limitant à ne censurer qu’en cas de violation flagrante du Code pénal suisse, notamment lors de propos racistes et antisémites. Car il faut savoir que l’auteur d’un blogue est juridiquement responsable, non seulement de ses écrits mais aussi des commentaires qui y sont associés.

Cette politique libérale s’est, en fin de compte, soldée par un échec : propos vindicatifs et injurieux, échanges acerbes entre commentateurs. Cet échec a été récemment illustré par le texte délirant d’un troll malfaisant qui, sous le prétexte d’une « plaisanterie », a exhalé toute sa haine gluante envers Le Plouc.

 Donc, changement de politique. Désormais, propos injurieux et insultants envers quiconque, mises en cause d’un commentateur par un autre, grossièretés diverses seront aussitôt supprimés et, en cas de récidive, leur auteur, bannis.

 A ceux qui crieraient à la censure, rappelons qu’ils peuvent eux-mêmes ouvrir leur blogue et assouvir comme ils le souhaitent leurs passions graphomanes, tout en assumant personnellement les risques inhérents à cette démarche.

 Vous êtes toujours les bienvenus chez Le Plouc mais maintenant, vous êtes priés de vous essuyer les chaussures avant d’entrer.

 Et merci à la très grande majorité des commentateurs qui, eux, se montrent bien élevés.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 En attendant, voilà quelques dessins de notre jeune ami Acé, particulièrement inspiré par la venue de l’actrice Pamela Anderson à l'Assemblée nationale. Elle a tenté de convaincre les députés français de faire arrêter le gavage des oies et canards. L’ex-blonde explosive d’Alerte à Malibu a remporté un vif succès auprès des photographes. On n’en dira pas autant de son intervention en anglais devant le parlement français au moment où la grippe aviaire met sur la paille nombre de producteurs dans le Sud-Ouest.

 

ALERTE AU PALAIS BOURBON

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19/01/2016

La micro-philo du Plouc. «Je suis un salaud. Je suis un saint»

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Je suis un salaud. Je suis un saint. Comme chacun de vous. Salaud, saint, alternativement. Salaud, saint en même temps. Si le regard de l’Histoire s’arrête à un temps T, je suis un salaud. Ou un Saint. Mais s’il s’arrête à un autre moment, je suis alors un saint. Ou un salaud.

Il y a des exceptions, bien sûr. Il y a toujours des exceptions qui ne confirment aucune règle, sinon celle du monde qui se plaît à contredire l’image que nous nous formons de lui. Comment trouver le moindre atome de sainteté chez les Salauds majuscules comme Hitler, Staline, Pol-Pot ? Pourtant, à un moment de leur carrière, des millions d’humains les ont considérés comme des saints. Les films d’actualité de l’époque mettent en scène l’hystérie idolâtre qui montait vers le Führer comme les convulsions d’un orgasme collectif. Et lorsque le Petit Père des Peuples a rendu son dernier souffle, même les locomotives soviétiques s’abîmaient dans les sanglots. Effets de propagande ? Certes, mais la mayonnaise communicatrice ne prend que si elle trouve un écho dans les populations visées.

A contrario, ceux qui ont été dûment répertoriés comme des saints et paraissent exempts de toute souillure seraient peut-être considérés comme des salauds, si le cours de leur vie s’était arrêté au mauvais moment. Si le Saint majuscule, François d’Assise, avait été tué lors des révoltes communales auxquelles il a pris part dans le centre de l’Italie au début du XIIIe siècle, ce jeune spadassin aurait laissé le souvenir d’une tête brûlée, prompte à courir la gueuse et à trucider l’ennemi. Soit tout le contraire de la belle figure pacificatrice qui est vénérée depuis des siècles. En cherchant des poux dans la tonsure des saints, on trouvera toujours quelques parasites douteux.

Il est si facile de devenir un salaud en se prenant pour un saint. J’adhère à un mouvement d’émancipation. Enthousiasmants idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité. Plus je m’investis dans le groupe, plus je dois donner des gages dans l’action concrète qui doit mener au pouvoir. Mais cette conquête ne se mène pas en gants blancs. Elle passe par l’exécution des basses manœuvres. Petites magouilles électoralistes, complots calomniateurs, diffusions de mensonges, pour les situations les plus bénignes.

Mais lorsque les tensions atteignent leur paroxysme, je peux être poussé à tuer. Oh, pour la bonne cause, hein ? C’est toujours pour la bonne cause, voire pour une cause sainte, que l’on massacre ou que l’on torture. «C’était pour éviter un plus grand carnage», dit le salaud qui a saintement torturé. Mais dans toute action humaine, bonne ou mauvaise, le plaisir a toujours sa part. Cette once de plaisir inévitable fait du tortionnaire animé des plus hautes aspirations, un salaud. Irrémédiablement.

Je suis un saint. Je suis un salaud. Le saint risque de s’intégrer dans un engrenage qui fera de lui un salaud. Mais le salaud peut aussi faire l’inverse, à la faveur d’une rupture dans sa vie, comme Saül de Tarse sur le chemin de Damas.

Nous sommes des êtres binaires. Si je n’intègre pas cette réalité dans ma conscience, je passe à côté de moi-même. Et si je ne contemple que mon «être-saint», je risque de perdre ma vigilance intérieure, ce qui permettra à mon «être-salaud» de prendre la direction de ma personnalité et les rênes de mon destin.  Remarquez que l’inverse– je ne contemple que mon « être-salaud » et je me fais avoir par mon « être-saint » – est nettement moins dangereux pour les autres. Mais c’est tout aussi déstabilisant pour moi-même, car je reste le jouet d’une illusion ce qui empêche ma conscience de prendre en main ma vie.

Le besoin que j’éprouve à réunir ce qui est épars en moi m’incite à dépasser le binaire pour atteindre l’unité  supérieure. Mais ce processus de dépassement réclame du temps. Il faut d’abord développer toutes les potentialités du binaire avant d’atteindre le Graal de l’unité supérieure, qu’il faudrait peut-être nommer unicité du fait de son caractère unique, lieu-moment où tout se rejoint. C’est dire si ce n’est pas demain la veille !

En attendant, dans un même souffle : je suis un salaud ; je suis un saint.

 Jean-Noël Cuénod

 Illustration : Saint Augustin et le Diable, œuvre de Michael Pacher (~1435-1498)

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17/01/2016

Kippa et pas kippa (suite et fin provisoire). Le débat à Europe1

 

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En complément au précédent blogue sur la kippa, voici l’échange qui s’est déroulé dimanche 17 janvier à Europe1 entre Ana Navarro Pedro, correspondante du magazine portugais Visao et votre serviteur, rédenchef du mensuel suisse La Cité. Echange arbitré par la patronne de l’émission « Carnet du Monde » Sophie Larmoyer (Photo).


podcast

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15/01/2016

Kippa ou pas kippa ?

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 La kippa décoiffe donc les médias français. Après l’agression d’un enseignant juif à Marseille, le président du Consistoire israélite de cette ville, Zvi Ammar a conseillé à ses ouailles de ne pas porter la kippa dans la rue, afin de ne pas servir de cibles aux islamistes intégristes et autres antisémites.

Le Grand Rabbin de France Haïm Korsia a critiqué cette décision tout en y décelant un appel au secours. Les agressions antisémites progressent en France. Nombre de Français de religion juive se sentent en insécurité dans leur pays et s’installent en Israël.

Certaines réactions d’auditeurs radiophoniques ont critiqué le port de la kippa, signe confessionnel qui n’aurait pas sa place sur la voie publique. A l’instar du voile ou de la croix, elle serait considérée comme un emblème à n’utiliser qu’entre les murs de sa maison ou de la synagogue. «Cachez cette kippa que la laïcité ne saurait voir!»

 Cette réaction trahit les idées fausses qui circulent à propos d’une laïcité mise à toutes les sauces, même les plus indigestes.

La laïcité a pour objet principal de séparer le pouvoir politique des institutions religieuses et d’assurer la neutralité confessionnelle de l’Etat. Mais les religions ont parfaitement le droit de s’exprimer publiquement, à l’instar de tout groupe humain, tels les partis, les syndicats, les associations, comme le garantit l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme (lire ci-dessous). Pourquoi interdirait-on à une communauté religieuse, ce qu’on autorise à un mouvement politique ? La seule réserve étant de respecter les lois et l’ordre public. Ce qui valable pour tous, politiques ou pas, religieux ou pas. Un juif a le droit de se promener avec sa kippa, comme la musulmane avec le foulard islamique ou le chrétien avec son collier porteur d’une croix, le nostalgique du castrisme avec son T-shirt à l’effigie du Che.

La kippa n’est pas un signe d’appartenance, c’est un signe d’humilité qui rappelle qu’il y a au-dessus de soi une puissance supérieure, comme l’a expliqué le Grand Rabbin de France. La porter relève surtout de la coutume. Un juif peut ou non s’en coiffer dans la rue. Lors des offices à la synagogue, il est prescrit, aux hommes et aux femmes, de se couvrir la tête mais pas forcément avec une kippa.

Alors, puisque ce n’est pas une obligation, ne tentons pas le diable antisémite, et que les juifs laissent leur kippa à la maison, semblent dire certains intervenants qui vibrionnent sur les réseaux sociaux. Insupportable recul devant l’intolérance ! On cède sur la kippa et demain sur quoi d’autres ?

Et pourquoi interdire la burka et pas la kippa ? Tout simplement parce que l’un et l’autre n’ont aucun point commun. Le voile intégral, imposé par les versions les plus intégristes de l’islam, cache la totalité d’un humain appartenant à un seul genre : féminin. Ce visage rendu invisible porte atteinte aux liens sociaux les plus fondamentaux. Il interdit tout échange entre les êtres. Cette pratique conduit donc à une négation de l’humanité, ni plus ni moins. Rien à voir avec un modeste et discret bout de tissu rond posé au sommet du crâne.

 Porter une kippa, ce n’est pas refuser l’autre, c’est assumer publiquement sa foi en une transcendance. De même, celui qui épingle un insigne de parti, expose ses opinions politiques sans pour autant rejeter ses interlocuteurs. Ceux qui se sentent rejetés ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes et à leur manque de tolérance.

Et si cet insigne arboré est une croix gammée? Celui qui le porte n’affirme pas une opinion mais signifie son appartenance à la plus puissante organisation criminelle de l’Histoire. En ce cas, on peut vraiment parler d’un acte de rejet de sa part. Mais il s’agit, comme avec la burka, d’une situation extrême. Des exceptions qui ne confirment aucune règle.

 

 Jean-Noël Cuénod

 

Article 9. Convention européenne des droits de l’homme

 Alinéa 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

 Alinéa 2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.

 

LE PLOUC CAUSE DANS LE POSTE

La Kippa, la porter ou pas ? Cette question sera abordée sur Europe1 par l'émission "Club de la presse étrangère" que Sophie Larmoyer anime entre 11h. 45 et 12h. 20, ce dimanche 17 janvier. Avec la correspondante à Paris de Visao, Ana Navarro Pedro, et ma pomme, représentant le mensuel La Cité

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12/01/2016

Exclusif! L'hommage de la ministre Fleur Pellerin à David Bowie, vu par le dessinateur Acé

Le Plouc n’a rien à dire sur la mort de David Bowie. Pas son verre de blanc. Mais il cède volontiers la place au dessin du jeune ACÉ qui se fait l’interprète de Fleur Pellerin, la ministre française de la – on ne rit pas ! – Culture. Rappelons que ladite a été incapable de citer un seul titre de livre signé Patrick Modiano, lorsque ce célèbre romancier français avait reçu le Prix Nobel de littérature en 2014. (JNC)

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08/01/2016

Kim Jong-un ou la défaite de l'école bernoise!

kim,corée du nord,bombe a,bombe h

Sur cette planète, deux chefs d’Etat parlent le bärndütsch.

Aparté destiné aux non-suisses : il s’agit d’un dialecte tudesque, situé entre la laryngite aiguë et le cri de la corneille courroucée, utilisé par les habitants de la majorité germanophone du canton de Berne.

Reprenons : il y a donc deux chefs d’Etat qui causent ce redoutable langage. D’une part, le président de la Confédération helvétique pour l’an 2016, le Bernois Johann Schneider-Ammann, ce qui n’est pas surprenant ; d’autre part, le dictateur de la stalinienne Corée du Nord, Kim Jong-un, ce qui l’est plus. Si les deux dirigeants se rencontrent un jour, ils n’auront pas besoin d’interprètes : Gruessdi, Kimi, wie geits ? Süper, Johanni, wie drr Chouche im Chuchichaeschtli ! (Dessin: Pierre Dubois)

 Il faut dire qu’enfant Kim Jong-un a subi le sort que tous les petits Romands redoutent : être dressé dans une école bernoise. Selon Le Matin d’il y a deux ans, il a résidé en Suisse de 1991 à 1998, soit entre l’âge de huit et quinze ans. Son séjour en Helvétie a été entourée par un silence de barbelé ; il était inscrit dans les établissements scolaires sous un nom d’emprunt et chaperonné par de faux « parents » dévoués au véritable paternel, l’alors tyran Kim Jong-il, amoureux de la Suisse et fondu de fondue… Amateur aussi de secret bancaire, puisque le clan Kim aurait planqué près de deux milliards de francs dans nos coffres.

On sait tout de même que Kim Jong-un a fréquenté l’école publique de Steinhölzli à Liebefeld, de 1998 à 2001. Depuis lors, il a poursuivi son périple helvétique dans des établissements secondaires.  Peut-être à l’école internationale de Gümlingen. Il y était décrit comme un amateur de basket et de natation, grand fan des films de Jean-Claude van Damme et de voitures sportives. Il faut dire qu’entre un essai nucléaire et une exécution de rival potentiel, son papounet lui avait offert une Mercédès adaptée à sa taille de garçonnet de trois ans.

 C’est sur les bancs des classes primaires qu’il a appris le dialecte bernois et l’allemand. Plus tard, il se perfectionnera en anglais et acquerra les rudiments de la langue française.

Depuis Kim Jong-un a fait son chemin en succédant à son père et à son grand-père. Désormais, c’est lui qui a le droit d’exécuter tous ceux qui ne se sont pas courbés assez vite à son passage. Il le fait à coups de canon de DCA, ce qui est beaucoup plus rigolo et plus moderne qu’une banale pendaison.

Tout le monde le sait, le Suprême Joufflu a fêté ses 33 ans en faisant la bombe. La bombe H, en l’occurrence. La plus puissante. Et le voilà qui menace la terre et ses environs de ses foudres mortifères. Un dingue. Mais un dingue thermonucléaire.

Force est de constater que le dressage bernois n’est pas paré de toutes les vertus, contrairement à ce que soutenait mon père, il y a quelques millénaires, en menaçant de m’expédier outre-Sarine à chaque mauvais carnet. La Suisse – qui a donné au monde trois de ses plus grands pédagogues, Johann Heinrich Pestalozzi, Jean-Jacques Rousseau et Jean Piaget – a donc lamentablement échoué à faire du Dodu Irascible un citoyen raisonnable et modéré, prompt au compromis et rompu au respect de la collégialité.

Notre pays ne lui a même pas inoculé ces virus occidentaux qui vous rendent le plus extrémiste des enragées en groupie de Lady Gaga. Et pourtant, la Suisse y était parvenue avec les deux frères ainés qui ont suivi le même parcours bernois (et aussi genevois dans leur cas) que l’Epais Nucléocrate. Ils vivent aujourd’hui à l’étranger, l’un parce qu’il a préféré Disneyland aux casernes coréennes et l’autre parce qu’il a troqué les hymnes martiaux contre le rock anglais.

Espérons qu’à son tour, Kim Jong-un confiera sa future progéniture à l’école bernoise. Afin que cette fois-ci, elle parvienne enfin à fondre la dynastie Kiminelle dans le mol magma du chocolat fondu.

 

Jean-Noël Cuénod

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06/01/2016

De l’état d’urgence à l’Etat policier, fausses et vraies polémiques

 

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La présidence Hollande et le gouvernement Valls, usant de leur babil ligneux, ont forgé un nouvel oxymore, l’urgence permanente. Si cette figure de style est appropriée au langage poétique, traduite en jargon politique, elle cache de périlleux projets sous un voile d’ambiguïté.

Depuis les attentats de novembre, l’exécutif français cherche à pérenniser l’état d’urgence en l’inscrivant dans les lois et la Constitution. Nous sommes en guerre contre l’islamoterrorisme. Il faut donc s’adapter à la situation nouvelle. Peu importe, les fioritures juridiques. Les libertés individuelles passent au second plan.

 Sur ce train de mesures qui s’enfonce à tombeaux ouverts dans le tunnel, les professionnels de la polémique ont, une fois de plus, visé les mauvais wagons. Ils s’acharnent sur la déchéance de nationalité que François Hollande veut graver dans la Constitution. La nationalité française serait enlevée aux terroristes qui auraient retourné leurs armes contre leur propre pays.

Les socialistes sont particulièrement divisés sur cette question. Pour les uns, cette mesure ne concernerait que les binationaux, puisque les textes internationaux interdisent à un pays de créer des apatrides. Faux, rétorquent d’autres en s’appuyant sur le professeur de droit constitutionnel Michel Lascombe. La France a signé – mais non pas ratifié – les deux textes internationaux concernés (la Convention de l’ONU de 1961 et la Convention du Conseil de l’Europe de 1997). Ne les ayant pas ratifiées, l’Etat français n’a donc pas à les appliquer et pourrait enlever leur passeport au « mono-nationaux ». Mais l’aile qui bat le plus à gauche ne se soucie pas de ses nuances ; elle refuse toute déchéance de nationalité au nom de l’idéal républicain.

La droite est moins partagée et soutient, sans trop le clamer, la déchéance pour les binationaux. Mais de cette rive politique, des voix se sont élevées contre le projet, comme celles de Patrick Devedjian, Hervé Mariton et Benoît Apparu, tous élus LR peu suspects d’angélisme gauchiste. Il n’y a que l’extrême droite qui est unanime pour réclamer une déchéance de nationalité « appliquée plus largement » à en croire Florian Philippot. Appliquée à tous les binationaux, même innocents ?

Pour rendre encore plus embrouillé ce projet fumeux, des voix éparses tentent de remplacer la déchéance de nationalité par l’ « indignité nationale », une vieille disposition qui s’appliquait aux collabos de Vichy à la Libération. C’est dire si elle ne colle pas aux réalités du XXIe siècle.

 Ils s’en tamponnent le kamis!

 La vigueur de cette polémique est pour le moins exagérée. La déchéance de nationalité ne concernerait que des terroristes qui, de toute façon, ont brûlé leur passeport français. Quant à l’indignité nationale, ils s’en tamponnent le kamis. L’efficacité de ces mesures contre le terrorisme est donc à égale au zéro absolu.

 Mais de là à crier à l’assassinat de la République, il y a un abîme. Après tout, la déchéance de nationalité est déjà prévue dans les lois actuelles à l’encontre de ceux qui sont devenus Français par naturalisation. On ne saurait dire que cette mesure a mis en péril la démocratie. D’autant plus que la gauche de la gauche avait proposé, naguère, le retrait du passeport français aux exilés fiscaux.

 Ce tintamarre cache d’autres mesures gouvernementales qui, elles, sont autrement plus dangereuses pour l’Etat de droit et qui ne concernent pas qu’une poignée de terroristes mais pourraient atteindre chaque citoyen.

 Le gouvernement socialiste envisage de rendre permanentes plusieurs mesures qui ne sont prévues qu’en état d’urgence. Certes, ces projets de lois ne sont pas tous à rejeter ; certains s’imposent même, compte tenu de la situation. Mais d’autres donnent au pouvoir politique et à la police des prérogatives dangereuses pour la liberté individuelle. Elles offrent aux représentants de l’Etat – préfets et procureurs – des pouvoirs exorbitants au regard des normes démocratiques et ce, au détriment des juges.

 Ainsi, jusqu’à maintenant seul un juge – indépendant du gouvernement – avait le droit d’ordonner des perquisitions domiciliaires pendant la nuit. Désormais, un procureur – soumis au gouvernement – pourra procéder à ces perquisitions. L’exécutif invoque la sécurité et la rapidité pour expliquer cette mesure. Calembredaine ! Les juges peuvent faire des permanences de nuit tout comme les procureurs. C’est une question d’organisation interne au sein des juridictions qui n’a pas besoin d’être résolue par la loi.

 De même, selon ces projets législatifs, les policiers pourront fouiller bagages et voitures s’ils ont « des raisons sérieuses de penser » qu’il pourrait y avoir, peut-être, un vague soupçon de terrorisme. Un conseil aux barbus : rasez-vous ! De même, les policiers auront le droit de contrôler l’identité de n’importe qui, n’importe quand, sans qu’il y ait la moindre présomption d’infraction. Conséquence : les contrôles au faciès vont se multiplier, ce qui ne manquera pas d’encourager les jeunes ainsi visés à écouter les semeurs de djihad d’une oreille complaisante.

 Plus de pouvoirs à l’Etat, moins aux juges

 D’une manière générale, ces dispositions augmentent les pouvoirs des agents du gouvernement – préfets, procureurs, policiers – au détriment des magistrats indépendants. Or, la France ne laisse à ces derniers qu’une part de plus en plus réduite et seuls les contre-pouvoirs sont à même d’endiguer la puissance de l’autorité politique. L’état d’urgence nous a montré que les représentants de l’Etat ne sont pas tous animés par le sens du bien commun, voir par le bon sens tout court. Souvenons-nous que les perquisitions et assignations à résidence permises par l’état d’urgence ont été trop souvent utilisées pour museler les militants écologistes pendant COP 21. Des « suspects » qui n’avaient pas le moindre lien avec le terrorisme.

Les islamoterroristes cherchent avant tout à abattre la démocratie et l’Etat de droit considérés comme œuvres impies. En transformant l’état d’urgence en Etat policier, nous leur facilitons le travail et leur donnons raison.

Tout détenteur d’un pouvoir ne résiste jamais longtemps à la tentation d’en abuser.

 

Jean-Noël Cuénod

15:54 | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : terrorisme, france, nationalité, islamisme | |  Facebook | | |

31/12/2015

De 2015 à 2016

 

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Un texte en guise d’adieu à cette année 2015, empreinte de douleurs et de colère. En guise de salut à 2016, où perce un point lumineux. Mirage ou réalité? A vous de le décider. Soyez heureux!

(Le poème ci-dessous a déjà été diffusé sur ce blogue le 30 août 2011 sous le titre "Tout revit". Repris aujourd'hui, car il semble bien s'adapter à la situation présente).

 

Que retirer

De ce magma

De sang de larmes

De cris d’angoisses?

 

Cette pépite

Que l’homme oublie?

Ce filon d’or

Qu’il perd de vue?

 

Tout se dérobe

A nos regards

Tout se disperse

A notre appel

 

L’ennemi glisse

Venin gluant

Il nous enjôle

Baiser mortel

 

De nos colères

Il tirera

Son bénéfice

Et son miel

 

A ses enchères

Il cédera

Au plus offrant

Notre révolte

 

A l’abattoir

Nous marcherons

En écoutant

Ses chansonnettes

 

Où sont nos soifs

De libre étreinte?

Où sont nos faims

De pains rompus?

 

Comment porter

Le fer le feu?

Comment percer

Le ventre l’abcès?

 

Dans les entrailles

Des médias

Plonger les mains

En surmontant

La pestilence

 

En transformant

Le haut-le-cœur

En haut le corps

L’amour battant

Apparaîtra

 

Foi éternelle

Que notre doute

Toujours aiguise.

 

Jean-Noël Cuénod

15:30 | Lien permanent | Commentaires (38) | Tags : #nouvelan, #2016 #poésie | |  Facebook | | |

29/12/2015

Quand la gauche du PS français proposait la déchéance de la nationalité pour… les exilés fiscaux

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L’aile gauche du Parti socialiste français continue à faire pression sur le Manuel Valls et François Hollande (photos) pour qu’ils renoncent à inscrire dans la Constitution la déchéance de la nationalité française pour les double-nationaux reconnus définitivement coupables de terrorisme. La polémique enfle. Voilà le président socialiste accusé à l’intérieur de son propre camp de s’asseoir sur les principes les plus sacrés de la République, de s’inspirer des lois pétainistes et de faire le jeu de l’extrême-droite.

 Le plus marrant est que cette même aile gauche du PS avait proposé la déchéance de nationalité pour les Français qui sont partis à l’étranger et ne s’acquittent d’aucun impôt en France. C’est le député Yann Galut qui avait fait cette proposition – restée sans lendemain – en décembre 2012, peu après le tonitruant asile fiscal en Belgique de l’acteur Depardieu.

Aujourd’hui, ce même député qui voulait ôter le passeport français au exilés fiscaux s’oppose à ses camarades de l’exécutif qui veulent le retirer au terroriste. Il fait, en effet, partie des plus fervents détracteurs du projet Hollande-Valls.

Alors, les exilés fiscaux sont-ils plus dangereux que les terroristes? A un journaliste du Figaro qui lui demandait de s’expliquer sur ses deux positions, le député Gallut répond : La principale et fondamentale différence c'est qu'à l'époque ma proposition s'appliquait à tous les Français, et pas en fonction de leurs origines.

Cette laborieuse explication tombe à plat: compte tenu des textes internationaux, un Français qui n’a qu’un seul passeport ne peut pas être déchu de sa nationalité, car il est interdit de créer des apatrides. Donc, la proposition Gallut, visant les exilés fiscaux, comme celle de l’exécutif, ciblant les terroristes, ne peuvent s’appliquer l’une et l’autre qu’à des double-nationaux. Dès lors, lorsqu’il prétend que son idée se serait appliquée à tous les Français, le député dit n’importe quoi.

 Si on juge que la déchéance de nationalité porte une atteinte fondamentale aux principes qui forment la citoyenneté de la République française, elle doit être rejetée dans tous les cas de figure, exilés fiscaux, terroristes ou autres. Si on l’estime acceptable, elle peut alors être appliquée à l’une ou l’autre catégorie de criminels ou de délinquants. Mais contrairement aux positions d’une grande partie de la gauche socialiste, on ne saurait à la fois exciper des grands principes dans un cas et en faire fi dans un autre.

 Jean-Noël Cuénod

Le Plouc vient de sortir chez Nouvelle Presse Editions son nouveau bouquin 2015 Journal d’une année à tort et à travers

Vous pouvez vous le procurer de plusieurs façons (prix : 22 francs ou 20 euros, port compris) :

 – Le commander directement chez Nouvelle Presse Editions par courriel à l’adresse :

editions@nouvellepresse.org

- ou par lettre : Nouvelle Presse Éditions Case postale 1103 CH-1211 Genève 26

- ou par téléphone de Suisse : 022 800 14 30 ou de l’étranger : 00 41 22 800 14 30

Rappelons que les frais de port sont inclus dans le prix d’achat.

 

Vous pouvez aussi l’acheter chez Payot Libraire ou alors dans l’une des librairies suivantes en Suisse romande :

— Nouvelles Pages, Rue Saint-Joseph 15, 1227 Carouge; site : www.nouvellespages.ch

— Librairie du Boulevard, Rue de Carouge 34, 1205 Genève, site : www.librairieduboulevard.ch

— Rameau d'Or, Boulevard Georges-Favon 17, 1204 Genève ; site : www.rameaudor.ch

— Librairie L'Olivier, Rue de Fribourg 5, 1201 Genève ; site : www.icamge.ch

— Le Parnasse, Rue de la Terrassière 6, 1207 Genève ; site : leparnasse@vtxnet.ch

— Librairie La Fontaine, EPFL, Rolex Learning Center, 1015 Lausanne ; site : www.lelivre.ch

— Librairie L'Etage, Rue du Lac 44, 1400 Yverdon-les-Bains ; site : www.l-etage.ch

— Albert Le Grand, Rue du Temple 1, 1700 Fribourg ; site : www.albert-le-grand.ch

— Page d'encre, Rue des Bâts 4, 2800 Delémont ; site : www.page-d-encre.ch

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27/12/2015

Le Plouc sur France-Info et… chez Payot !

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 En 2015, les correspondants de la presse étrangère en poste à Paris n’ont pas chômé. Pour son émission « Micro Européen », diffusée sur les ondes de France-Info,  Marie-Christine Vallet en a donc invité deux, Anaïs Ginori, de la Repubblica et votre Plouc, Jean-Noël Cuénod (La Cité, Tribune de Genève, 24 Heures). Ils ont donc tiré le bilan de cette « année terrible », samedi 26 décembre.

Anaïs Ginori a publié un livre « Le kiosquier de CHARLIE », aux éditions Equateur ; il narre l’un des épisodes les plus saillants de 2015, l’attentat contre l’hebdomadaire satirique et l’HyperCasher.

Et votre serviteur en a commis un autre, « 2015, Journal d’une année à tort et à travers » aux Editions Nouvelle Presse. Ce bouquin est désormais disponible chez Payot Libraire dès le 29 décembre (voir ci-dessous les nombreuses façons de se procurer l’ouvrage).

Voici donc l’émission « Micro-Européen »

 http://www.franceinfo.fr/player/resource/753113-1686733#

 Vous pouvez vous procurez 2015 JOURNAL D’UNE ANNEE A TORT ET A TRAVERS – Nouvelle Presse Editions – de plusieurs façons (prix : 22 francs ou 20 euros, port compris) :

– Le commander directement chez Nouvelle Presse Editions par courriel à l’adresse :

editions@nouvellepresse.org

- ou par lettre : Nouvelle Presse Éditions Case postale 1103 CH-1211 Genève 26

- ou par téléphone de Suisse : 022 800 14 30 ou de l’étranger : 00 41 22 800 14 30

 Rappelons que les frais de port sont inclus dans le prix d’achat.

 

Vous pouvez aussi l’acheter dans les librairies Payot Libraire ainsi que dans celles-ci :

 — Nouvelles Pages, Rue Saint-Joseph 15, 1227 Carouge; site : www.nouvellespages.ch

Librairie du Boulevard, Rue de Carouge 34, 1205 Genève, site : www.librairieduboulevard.ch

Rameau d'Or, Boulevard Georges-Favon 17, 1204 Genève ; site : www.rameaudor.ch

Librairie L'Olivier, Rue de Fribourg 5, 1201 Genève ; site : www.icamge.ch

Le Parnasse, Rue de la Terrassière 6, 1207 Genève ; site : leparnasse@vtxnet.ch

Librairie La Fontaine, EPFL, Rolex Learning Center, 1015 Lausanne ; site : www.lelivre.ch

Librairie L'Etage, Rue du Lac 44, 1400 Yverdon-les-Bains ; site : www.l-etage.ch

Albert Le Grand, Rue du Temple 1, 1700 Fribourg ; site : www.albert-le-grand.ch

Page d'encre, Rue des Bâts 4, 2800 Delémont ; site : www.page-d-encre.ch

 

 Jean-Noël Cuénod

13:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : #2015 #politique #terrorisme #fn | |  Facebook | | |

23/12/2015

Le journal de l'année 2015 vient de sortir!

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2015, JOURNAL D’UNE ANNEE A TORT ET A TRAVERS (Nouvelle Presse Editions)… C’est le titre du dernier bouquin du Plouc qui sort aujourd'hui. Certaines années symbolisent un changement d’époque. 1905, grandes découvertes en physique d’Albert Einstein; 1956, émeute en Hongrie réprimée par l’Empire soviétique et fin des vieux colonialismes franco-britanniques avec le débarquement à Suez; 1968, libération des mœurs; 1991, fin de l’URSS.

2015 marquera la prise de conscience par l’Europe en général et la France en particulier de la guerre que mène l’islamoterrorisme contre les démocraties.

En 2015, il s’est produit d’autres événements, comme la mise au pas de la Grèce par l’Union européenne et ses créanciers, la montée des nationalismes en Suisse, en France, en Scandinavie, dans l’Est européen.

 Voici réunis les textes parus au fil des jours dans des éditoriaux ou des blogues, réécrits à la forme pour s’adapter au style requis par le livre «papier» mais sans en modifier le fond. 

 Vous pouvez vous procurez 2015 JOURNAL D’UNE ANNE A TORT ET A TRAVERS – Nouvelle Presse Editions – de plusieurs façons (prix : 22 francs ou 20 euros, port compris) :

 – Le commander directement chez Nouvelle Presse Editions par courriel à l’adresse :

editions@nouvellepresse.org

 - ou par lettre : Nouvelle Presse Éditions Case postale 1103 CH-1211 Genève 26

 - ou par téléphone de Suisse : 022 800 14 30 ou de l’étranger : 00 41 22 800 14 30

 

Rappelons que les frais de port sont inclus dans le prix d’achat.

 

Vous pouvez aussi l’acheter dans une des librairies suivantes en Suisse romande :

 — Nouvelles Pages, Rue Saint-Joseph 15, 1227 Carouge; site : www.nouvellespages.ch

 — Librairie du Boulevard, Rue de Carouge 34, 1205 Genève, site : www.librairieduboulevard.ch

 — Rameau d'Or, Boulevard Georges-Favon 17, 1204 Genève ; site : www.rameaudor.ch

 — Librairie L'Olivier, Rue de Fribourg 5, 1201 Genève ; site : www.icamge.ch

 — Le Parnasse, Rue de la Terrassière 6, 1207 Genève ; site : leparnasse@vtxnet.ch

 — Librairie La Fontaine, EPFL, Rolex Learning Center, 1015 Lausanne ; site : www.lelivre.ch

 — Librairie L'Etage, Rue du Lac 44, 1400 Yverdon-les-Bains ; site : www.l-etage.ch

 — Albert Le Grand, Rue du Temple 1, 1700 Fribourg ; site : www.albert-le-grand.ch

 — Page d'encre, Rue des Bâts 4, 2800 Delémont ; site : www.page-d-encre.ch

 Joyeux Noël et bonne lecture.

 Jean-Noël Cuénod

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14/12/2015

Les régionales françaises : tous gagnants, tous perdants

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Etranges élections régionales en France où tous les protagonistes ont de quoi sourire et pleurer. Le Front national était au porte du pouvoir régional avant le second tour de dimanche. Une à trois régions lui semblaient prenables. En fin de course, il n’en aura aucune. Les frontistes perdent l’occasion de régner sur des grandes régions de 4 ou 5 millions d’habitants. Cela aurait constitué pour eux – et surtout pour leur patronne Marine Le Pen (Photo Lexpress) – un tremplin de choix pour l’élection présidentielle de 2017.

Caramba, encore raté ! La malédiction du second tour continue à éteindre la flamme FN. Comme en mars dernier, lors des élections départementales, les candidats de l’extrême-droite font un malheur au premier tour ; un malheur tel, que les abstentionnistes de la droite LR et de la gauche se réveillent en sursaut (républicain) au second tour.

Ce second tour a réservé une belle claque au clan Le Pen. Tante Marine caracolait en tête avec quinze points d’avance sur Xavier Bertrand (LR) au premier tour. Une semaine après, c’est elle qui est devancée par le même candidat de la droite républicaine de… quinze points, Bertrand ayant bénéficié d’un report de voix massif de toute la gauche, des communistes aux socialistes en passant par les Verts. Même scénario en Provence-Alpes-Côte d’Azur où la nièce Marion Maréchal-Le Pen a été largement battue par le LR Christian Estrosi qui a, lui aussi, bénéficié de l’appui décisif de la gauche. Or, la candidate frontiste était largement sortie en tête au premier tour.

Plus de six millons et demi de voix pour le FN

Toutefois, le Front national a également de quoi sourire. Dimanche, il a battu de 200 000 voix supplémentaires (6.600.253 suffrages sur l’ensemble du territoire) son record historique obtenu par Marine Le Pen à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle. Il a surtout démontré qu’il était partout implanté et que sa dynamique n’était pas seulement mue par la famille Le Pen.

Enfin, le Front national a changé le paysage politique de la France, désormais divisée en trois forces plus ou moins égales.

Pour le parti LR les raisons de maugréer ne manquent pas. Après son succès aux élections départementales et l’impopularité spectaculaire du gouvernement socialiste, il était parti pour rafler la quasi-totalité des douze régions de l’Hexagone (sans la Corse, ni l’Outre-mer). Or, il en a finalement décroché sept et a dû en céder cinq au Parti socialiste, laissé pour moribond dans les ornières médiatiques. Maigre butin, d’autant plus que trois régions – Nord-Picardie, Alsace-Champagne-Ardennes, Provence-Alpes-Côte d’Azur – n’ont été obtenues par les candidats LR que grâce à l’apport des électeurs de gauche. Nicolas Sarkozy qui s’était battu contre le « Front républicain » avec les socialistes et la gauche a donc été sauvé de la déroute par ce même « Front républicain ».

Sarkozy doit rendre des comptes

Nul doute que ses nombreux rivaux vont lui réclamer des comptes et l’attaquer sur ses dérives extrème-droitières. Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire se montreront intraitables à son égard, dans l’optique de la primaire qui désignera l’an prochain le candidat de la droite à la présidentielle de 2017. Un autre rival interne de Sarkozy a pris du galon, Xavier Bertrand qui a terrassé la présidente du FN Marine Le Pen grâce aux voix de gauche. Or, le patron du parti LR ne lui a pas facilité la tâche, c’est le moins que l’on puisse dire, en vilipendant la gauche durant l’entre-deux-tours. Les deux hommes, on le sait, se détestent, Sarkozy ayant traité Bertrand, devant des journalistes, de « petit assureur médiocre et bon à rien ». Après avoir réussi à faire bloc autour de lui, à droite et à gauche, en région Nord-Picardie, le « petit assureur » a pris de l’assurance. Un souci de plus pour l’ex-président de la République qui voit ses rêves de reconquête de l’Elysée bien compromis.

Mais le parti LR peut aussi se targuer d’avoir pris tout de même sept régions, alors qu’il n’en détenait qu’une seule (l’Alsace) jusqu’à maintenant. La plus grande victoire LR a été obtenue en Ile-de-France où Valérie Pécresse a battu le président socialiste de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, ce qui n’est pas un mince exploit après 17 ans de pouvoir à gauche. Mais c’est surtout François Fillon, adversaire interne de Sarkozy, qui peut en tirer avantage, Valérie Pécresse étant son alliée.

Quant aux socialistes, ils subissent une défaite de plus. Ils détenaient 21 régions sur 22 selon l’ancien découpage. Désormais, ils n’en comptent plus que cinq sur douze (hors Corse et Outre-Mer) avec les nouvelles grandes régions. Mais voilà, ces cinq régions sauvées sont perçues comme de véritables victoires dans la mesure où personne n’aurait misé sur un tel score, il y a seulement quelques semaines. L’impopularité du gouvernement socialiste semblait un éceuil insurmontable. Et si les enquêtes d’opinion gratifiaient le président François Hollande d’un regain de satisfaction après les attentats du 13 novembre, cette situation ne semblait pas devoir se traduire dans les urnes.

Très fragile bonne séquence pour le PS

Le Parti socialiste a donc sauvé les meubles, sans gloire certes, mais c’est mieux que rien. La tactique de Valls et Hollande visant faire le forcing auprès des électeurs de gauche pour qu’ils votent en faveur des candidats LR contre les frontistes a atteint son but à court terme – le Front national n’a pas de région – et peut-être à long terme, en faisant apparaître François Hollande comme le rempart le plus efficace contre le Front national lors la présidentielle de 2017.

Après les succès de la diplomatie française à COP21, le regain de popularité qui succédé aux attentats et ces élections qui n’ont pas tourné à la catastrophe, la séquence actuelle n’est pas si mauvaise que cela pour le gouvernement socialiste. Il reste à savoir si la courbe du chômage ne va pas réduire en miettes cette timide espérance.

 Jean-Noël Cuénod

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12/12/2015

La sculptrice Catherine Bouroche a rejoint ses nuages

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 Comment sculpter un élément aussi dépourvu de densité qu’un nuage ? Catherine Bouroche avait réussi ce tour, non de force, mais de douceur. Cette douceur plus vigoureuse, plus pleine de vie que toutes les apparences de la puissance. Cette grande sculptrice française a rejoint ses nuages. Elle nous a laissé sur la terre, vendredi matin à Paris, sa ville de résidence, alors que la Galerie ART-Aujourd’hui lui consacre actuellement une exposition en compagnie des œuvres de Gianbattista Bresciani, Nadine Cosentino et Jean-Marc Ehanno[1]

 Née en 1942 à Casteljaloux (Lot-et-Garonne), Catherine Bouroche a obtenu en 1965 son diplôme de l’Ecole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art à Paris. Trois ans plus tard, elle s’est installée dans son atelier, rue Pradier dans le XIXe arrondissement parisien. De 1975 à 1977, elle a réalisé des œuvres monumentales pour plusieurs établissements scolaires.

L’année 1992 marque un tournant dans son œuvre. Elle scelle sa rencontre avec le plexiglas qui lui permet d’exprimer son univers onirique peuplé de formes légères, nébuleuses mais denses, éclairé ça et là de touches d’humour.

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Le peintre Philippe Rillon – qui anime la Galerie ART-Aujourd’hui avec Marianne Rillon et Daniel Chassagne – a bien décrit le travail de la sculptrice :

 Catherine Bouroche, tout en délicatesse et légèreté, aime interroger et surprendre nos regards et nos esprits. Jamais ses nuages ne suggèrent des orages ou des drames. Tiens, il pleut...! C'est pas grave! Les nuages traversent la fenêtre, on peut les attraper, les caresser, ils sont lisses, prendre leur empreinte, les mettre en cage, ouvrir la cage, les ausculter, les disséquer, rien de grave! Et le ciel, lui, est limpide et clair comme la plaque de verre ou le miroir qui le signifie. Chez Catherine Bouroche, ciels et nuages sont "idéaux". Ils sont une invitation au voyage.

 Dans son œuvre, rien de répétitif. Chaque nuage a son «être» qui lui est propre. Il vit sa vie de nuage, l’air de rien. Ou plutôt l’air de tout. Puisque tout est air, tout est vide entre les particules de la matière. La vapeur a une solidité que lui envierait la pierre. L’apparence des choses est un faux-semblant. Catherine Bouroche définit les contours du vrai-semblant.

Puissent les nuages lui tenir chaud.

 Jean-Noël Cuénod

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[1] Exposition «Temps calme, beau fixe… » jusqu’au 20 décembre 2015 à la Galerie ART-Aujourd’hui,  8 rue Alfred-Stevens 75009 Paris ; site : http://galerie-art-aujourdhui.com

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09/12/2015

Le Front national et la nostalgie de la famille politique

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Parmi les multiples raisons qui font le succès du Front national, il en est une qui mérite d’être examinée. Elle a trait à la notion de famille politique. Ce n’est pas le caractère nettement népotiste de ce parti – il n’est pas d’exemple dans les pays démocratiques d’un parti aussi colonisé par une seule famille – qui nous intéresse en l’occurrence, mais cet « être ensemble » qui fait d’une formation politique un lieu de convivialité sociale.

 Faire de la politique, ce n’est pas seulement défendre des projets destinés à améliorer le gouvernement des êtres et des choses et à mettre un bulletin dans l’urne.

C’est aussi accomplir ces petites besognes militantes qui vont de la gestion des réseaux sociaux (l’époque du collage des timbres est un peu dépassée), du porte-à-porte dans les immeubles (le pire des accueils y côtoie le plus chaleureux), au collage d’affiches (qui peut tourner en baston). C’est aussi participer aux réunions de section (de cellule à l’époque du communisme triomphant) dans l’arrière-salle des bistrots, à la préparation des meetings (mais qui a oublié de brancher la sono, hein ?)

Cet ensemble d’activités crée un esprit de famille, de famille politique, une chaleur collective, une convivialité qui, en France, a fait la force, jadis, du Parti communiste, mais aussi, contrairement à ce que l’on croit, des partis gaullistes (sous leurs différentes dénominations) et socialiste (sous leur ancien nom, SFIO– Section française de l’Internationale ouvrière).

Le tournant de 1962

En instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel en 1962, le général de Gaulle a centré toute la vie politique sur ce moment électoral. En effet, la France est le pays démocratique où le pouvoir est le plus concentré dans les seules mains du chef de l’Etat. Cela fait du président, un Louis XIV électif. Tout découle de cette élection, notamment les législatives. Dès lors, les partis de gouvernement se sont mués en écuries présidentielles. Petit à petit, le projet politique a été remplacé par les stratégies de communication. Une mentalité de type marketing s’est installée, c’est-à-dire que l’écurie présidentielle adapte son projet en fonction de l’air du temps et non pas en vertu des nécessités de l’époque. On cherche à se distinguer médiatiquement par des petites phrases mais le fond de l’action politique est devenu flou et quasi-interchangeable. C’est ainsi que les socialistes François Hollande et Manuel Valls appliquent des mesures semblables à celles que pourraient prendre n’importe quel leader de la droite libérale.

Evacuation du politique. Evacuation des militants

Cette évacuation du politique a pour corollaire celle des militants qui n’ont plus leur place dans ce dispositif désormais réservé aux professionnels de la communication et aux permanents.

Quant à ce nid de militants dévoués et souvent efficaces qu’était le Parti communiste français, il a été emporté dans la chute de l’empire soviétique. Or, ces militants rouges faisaient aussi vivre ces banlieues que l’on dit aujourd’hui déshéritées et qui ne l’étaient pas tant que ça dans les années 1960 et 70. Ces communistes de la base aidaient les gens à remplir leurs formulaires, à se mouvoir dans les méandres de l’administration, les conseillaient pour faire valoir leurs droits. Ils exerçaient aussi un sorte de contrôle social lorsque tel ou tel habitant troublait le quartier: «Dis donc camarade, tu pourrais mettre ta télé moins fort le soir ; tes voisins doivent se lever tôt pour aller bosser».

Aujourd’hui, ces militants communistes ont été remplacés par des dealers ou des intégristes de l’islam qui peuvent d’ailleurs être les deux à la fois.

 Le Front national occupe le terrain

Les héritiers – de plus en plus lointains – du gaullisme et du socialisme démocratique ayant abandonné, et la politique et les militants, le Front national s’est empressé d’occuper le terrain ainsi délaissé. En une année, le FN a doublé le nombre de ses militants passant de 40 000 à 83 000 actuellement. Certes, tous les partis mentent de façon infantile sur ce genre de statistiques et on ne voit pas par quel miracle déontologique les frontistes échapperaient à ce vice commun. Mais il est manifeste que les adhésions progressent fortement au bénéfice de ce parti. Il n’est qu’à voir leurs permanences souvent bien remplies.

En suivant leur congrès et leurs manifestations, il est frappant de constater la convivialité qui y règne. L’esprit «famille politique» s’est éteint à droite et à gauche, le voilà ranimé à la flamme du Front national. Ce parti ne considère pas le militant comme une quantité négligeable et lui donne un rôle à jouer, des missions à accomplir. Faire vibrer la toile des réseaux sociaux est nécessaire mais pas suffisant. Au fur et à mesure que s’étend la virtualité induite par les nouvelles technologies, le besoin de rapports humains et directs s’accroît. Le FN l’a bien compris.

Cela dit, ce militantisme retrouvé est mobilisé en faveur de causes néfastes pour la société, telle l’exclusion, la xénophobie et le racisme qui restent le fond de la mentalité FN comme le démontre la lecture des prises de positions des élus de base sur Twitter et Facebook.

Pour opposer résistance à ce mouvement, il est indispensable que les partis de gauche et de la droite libérale retrouvent le chemin du militantisme et changent leur logiciel d’écurie présidentielle pour le remplacer par celui d’un vrai parti où l’humain n’est pas qu’une fleur de rhétorique mais en constitue la substantifique moelle. Bien du pain sur une longue planche !

 

Jean-Noël Cuénod

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06/12/2015

En France, malgré la vague bleu Marine, tout n’est pas joué

 

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Constat initial du premier tour des élections régionales françaises: l’Hexagone s’installe dans le tripartisme avec un bloc nationaliste à 27-28% représenté par le FN, un bloc libéral (Les Républicains et les centristes de l’UDI), juste un peu en-dessous du Front national, et un bloc social-démocrate (le PS et les radicaux de gauche) à 23-24%. Cette configuration, la Suisse la connaît bien avec l’UDC, les radicaux-libéraux et les démocrates-chrétiens, ainsi que le troisième larron socialiste. On pourrait un jour ou l’autre, la retrouver en Grande-Bretagne si UKIP parvient, malgré la loi électorale britannique, à s’insérer dans le traditionnel duel entre conservateurs et travaillistes.

Elle traduit la nouvelle donne sociologique provoquée par le brutal brassage des cartes de l’économie globalisée. Les électeurs qui travaillent comme patrons ou salariés dans des secteurs essentiellement actifs sur le marché national craignent d’être déclassés par la concurrence sauvage de la mondialisation; tout ce qui vient de l’étranger – accords européens, migrants, réfugiés – est perçu comme une source de danger. Danger pour son travail. Danger pour la sécurité avec les récents attentats. Danger pour ses habitudes de vie. Ce groupe d’électeurs est forcément sensible aux chants des sirènes lepénistes, blochériennes ou europhobes.

Les électeurs qui, au contraire, comme patrons ou salariés s’activent dans des secteurs qui ne craignent pas la concurrence mondialisée, ne peuvent pas se reconnaître dans cet esprit de fermeture. Une fermeture qu’ils estiment périlleuses pour leurs propres intérêts. Ils privilégient donc les partis libéraux comme, en Suisse, le PLR (et le PDC avec, parfois, une teinte sociale) et en France, Les Républicains et l’UDI.

Il y a donc deux droites de force à peu près égale avec pour troisième pôle, les socialistes qui développent à la fois un discours d’ouverture et de protection. Parfois, ce discours est audible. Souvent, il ne l’est pas. Néanmoins, on constate, tant en France qu’en Suisse, que, malgré leur baisse de régime – forte en France, faible en Suisse – les socialistes tiennent le coup dans une période qui leur est très défavorable. Après tout, avec 24%, le PS français est très loin de disparaître du paysage politique. Et si l’on ajoute les 10% des autres partis voisins (Front de Gauche et écologistes), la gauche française atteint 34%, soit plus que le bloc FN et le boc LR-UDI.

 Sarkozy joue très gros

 Revenons en France et à ce premier tour des régionales. Deuxième constat : rien n’est encore joué. Certes, le Front national arrive en tête dans six régions sur treize, ce qui est énorme et dépasse même les plus flatteuses estimations. Toutefois, pour l’emporter au second tour, il n’a aucune réserve de voix. Son électorat s’est fortement mobilisé au premier tour et il ne peut guère compter sur les abstentionnistes pour engranger de nouveaux suffrages. Son seul espoir est le maintien au second tour des socialistes et de la droite LR et centristes arrivés en deuxième et troisième positions. Mais si l’un des deux suivants se désistent ou fusionnent avec l’autre, les chances de victoire du FN seront alors réduites à peu de choses.

Rappelons que les listes qui ont obtenu au moins 10% ont le droit de se maintenir. A 5% au moins, elles peuvent fusionner avec une liste qualifiée pour le second tour.

Les socialistes ont paru très confus dans leurs explications. Il apparaît que si dans certains cas, ils préconisent la fusion avec la liste LR-centristes, voire le désistement, pour s’opposer au FN, dans d’autres, ils semblent enclins à se maintenir.

Nicolas Sarkozy – qui avait sa tête des mauvais jours – a annoncé devant les caméras que les candidats LR ne désisteront pas en faveur d’un socialiste et qu’il n’y aurait aucune fusion de liste. Et déjà, la discorde survient avec son allié Jean-Christophe Lagarde, le patron des centristes de l’UDI qui, lui, demande à ses candidats de se retirer en cas de duel entre le FN et le PS pour faire barrage aux frontistes. La cohabitation entre LR, très marquée à droite par Sarkozy, et les centristes devient de plus en plus malaisée.

Pour l’ancien président de la République ce premier tour a des allures de défaites. Tout d’abord, le parti qu’il dirige n’arrive que deuxième derrière le FN et ses listes ne sont en tête que dans quatre régions sur treize. S’il parvient à renverser la situation au second tour, cette défaite sera oubliée. Mais si ce résultat médiocre se confirme la semaine prochaine, alors le leadership de Sarkozy sera fortement remis en cause à la tête du parti LR où l’ancien locataire de l’Elysée ne manque pas de rivaux. Dès lors, son opération «reconquête» à l’élection présidentielle de 2017 risque fort d’échouer. Cette semaine, Sarkozy joue très gros.

Pour le président François Hollande, si le Front national parvient à conquérir une ou deux régions (sans doute le Nord-Picardie pour Marine Le Pen et Alpes-Provence-Côte d’Azur pour sa nièce Marion Maréchal-Le Pen), Nicolas Sarkozy en sortira très affaibli. D’une part, tout le monde parlera de la victoire historique des frontistes même si le parti LR remporte plus de régions. D’autre part, le succès du clan Le Pen démontrera que la stratégie sarkozyste de placer la droite libérale sur le même terrain que l’extrême droite était vouée à l’échec.

Mais François Hollande jouera-t-il avec la flamme du FN en persuadant les socialistes de se maintenir au second tour au risque de faire élire un (ou plutôt une !) frontiste. Ce cynisme risque de lui coûter fort cher, au sein même de son propre camp.

 Jean-Noël Cuénod

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03/12/2015

L’Etat dans tous ses états d’urgence

 

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Le président François Hollande et son premier ministre Manuel Valls (photo Média-Info-Presse) sont tellement satisfaits de l’état d’urgence qu’ils veulent l’inscrire dans la Constitution française et porter sa durée maximale à six mois (trois mois actuellement).

Valls a établi devant les médias un premier bilan de cette urgence dans tous ses états: «Nous sommes à plus de 2000 perquisitions administratives qui ont été menées depuis la mise en place de l'état d'urgence. Elles ont permis de saisir 320 armes, dont une trentaine d'armes de guerre. Plus de 250 procédures judiciaires ont été initiées suite à ces perquisitions, plus de 210 personnes ont été placées en garde à vue».

 En quoi consiste l’état d’urgence? Les préfets peuvent ordonner le couvre-feu, instituer, selon la loi de 1955 adoptée au début de la guerre d’Algérie, «des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est règlementé» et interdire de séjour «toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit l’action des pouvoirs publics».

Le ministre de l’Intérieur a le droit d’assigner à résidence toute personne qu’il estime dangereuse pour l’ordre public ainsi qu’avec les préfets, à fermer les salles de spectacle, débits de boisson et lieux de réunions.

Ledit ministre et ses préfets ont aussi la possibilité d’ordonner des perquisitions de police à domicile – dites administratives car se déroulant sans le contrôle d’un juge –  de jour et de nuit.

Et enfin, une disposition peu évoquée mais particulièrement inquiétante permet au ministre de l’Intérieur et aux préfets de prendre toute mesure pour contrôler la presse et les médias.

 Déjà les premières dérives apparaissent. Une ferme de maraîchers bio dans le Périgord Vert a été perquisitionnée pendant des heures et fouillée dans les moindres recoins. S’attendait-on à y découvrir des ceintures de carottes explosives? Bien entendu, les policiers n’ont rien trouvé et sont repartis comme ils étaient venus. Pourquoi cette perquisition? Ces fermiers qui militent pour l’agriculture écologique n’ont pas le plus petit lien avec le terrorisme. Les policiers ont simplement signalé à ces jeunes paysans qu’ils avaient participé, il y a trois ans, à une manif contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ce qui fait d’eux des suspects, bien sûr.

D’autres militants écologistes ont été assignés à résidence. Une famille de Seine-Saint-Denis a été traumatisée par l’apparition de policiers qui ont débarqué dans son appartement par erreur… Pendant ce temps-là, un vrai islamoterroriste, bien dangereux, bien radicalisé, bien armé, Salah Abdeslam en l’occurrence, court toujours malgré l’état d’urgence.

 Les bavures de ce genre vont s’accumuler, car lorsque les autorités ont la bride sur le cou, elles ont toujours tendance à s’emballer et à faire n’importe quoi. Y compris régler des comptes avec les militants opposés à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui sont quand même un tout petit moins dangereux que les barbus sanguinaires.

 La France vivait un moment rare dans son Histoire, à savoir le soutien populaire aux forces de l’ordre. En multipliant les dérives suscitées par l’état d’urgence, ce soutien risque fort de disparaître. Or, policiers et gendarmes en ont plus que jamais besoin pour mener leurs missions.

 Que l’Etat protège les institutions et les citoyens par des mesures exceptionnelles, c’est indispensable. Mais ces mesures, elles doivent le rester, exceptionnelles, au risque de vider la démocratie et l’Etat de droit de leur substance. Or, la démocratie, l’Etat de droit, la liberté individuelle, la liberté de la presse ce sont justement les valeurs que veulent abattre l’Etat islamique et les intégristes musulmans. Veut-on leur faciliter la tâche en les abandonnant ?

Au lieu de graver dans le marbre gaullien de la Constitution une sorte de permanence de l’urgence, il serait plus utile, pour combattre le terrorisme, de donner aux gendarmes et policiers les moyens en personnel et en matériel qu’on leur promet toujours mais qu’on leur octroie rarement.

 Et puis, est-il vraiment utile de rendre constitutionnels autant de pouvoirs de contrainte, au moment où le clan Le Pen et l’extrême droite risquent d’être portés à l’Elysée ?

 

Jean-Noël Cuénod

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